Archives par mot-clé : zone euro

Quel temps fait-il ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Et quel temps va-t-il faire ? Eh bien, consultons le baromètre !

Grèce 2 ans : le 6 mai 14,906 % – hier 7,532 %

Portugal 2 ans : le 6 mai 5,509 % – hier 2,951 %

Espagne 2 ans : le 6 mai 2,61 % – hier 1,938 %

Bon, touchons du bois, si ça reste comme cela, on peut dire que la situation s’arrange.

Taux grec 2 ans

© Bloomberg

Taux portugais 2 ans

© Bloomberg

Taux espagnol 2 ans

© Bloomberg

Passons à autre chose : le VIX. La volatilité des options sur l’indice boursier américain S&P 500, un bon thermomètre de la nervosité des marchés. Un peu calmé lui aussi.

VIX

© Bloomberg

Passons au TED. Qu’est-ce que le TED? C’est le Treasury-Bill – Euro Dollar : la différence entre le taux qui s’applique aux bons du Trésor américains à trois mois et le taux que les banques exigent l’une de l’autre pour un prêt à trois mois. C’est le baromètre de la « confiance » qui règne entre elles : moins elles se font confiance, plus grande est la prime de risque qu’elles incluent dans le taux d’intérêt qu’elles exigent l’une de l’autre.

Aïe ! le TED était monté en flèche la semaine dernière, il a fléchi un petit peu hier, mais la « confiance » n’est manifestement pas encore au rendez-vous.

TED

© Bloomberg

Enfin, l’euro, puisque c’est quand même lui qu’il s’agissait de sauver avant-hier dimanche. On va s’intéresser à la matinée qui s’achève, à la mi-séance comme on dit. Dix jours sont représentés sur le graphique.

Ouille ! Sévère rechute ! Le pic à 1,309 dollar pour un euro a été atteint hier dans la matinée (l’« euphorie », comme on disait alors), on est retombé à 1,269, soit une baisse de 3%.

Tout cela n’aurait donc servi à rien pour l’euro lui-même ? Il va malheureusement falloir inventer autre chose. Mais quoi ?

€ vs. US$

© Dow Jones

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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BFM Radio, lundi 10 mai à 10h46 – La Grosse Bertha

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Alors, est-ce vraiment depuis hier « Un pour tous, tous pour un » ? On a en tout cas rassemblé 750 milliards d’euros. Autrement dit, on a sorti la Grosse Bertha.

Qu’est-ce qui s’est passé ces jours derniers ? Eh bien, tout ce à quoi on aurait dû penser à froid, au moment où l’on mettait en place la zone euro, on a été obligé de le résoudre à chaud, dans la précipitation et en courant dans tous les sens. Le texte du Traité de Lisbonne, tel qu’il a été rédigé, étant inutilisable, on a été obligé de le contourner par des astuces comme un SPV (Special Purpose Vehicle), une structure ad hoc à qui on prête de l’argent et qui elle, l’utilisera ni vu ni connu, sa spécificité étant qu’elle a le droit de faire toutes les choses qu’on s’était interdit de faire à soi-même. Et tout particulièrement que les nations dans la zone euro manifestent les unes envers les autres une réelle solidarité. Eh ! que voulez-vous, c’est une Europe « libérale » que Maastricht avait mis en place, pas l’Europe solidaire dont on s’est rendu compte sur le tard qu’on avait réellement besoin !

Il reste un peu de naïveté cependant dans la démarche : défier la spéculation en se tambourinant la poitrine et en criant : « Je suis plus fort que toi ! », ça ne suffira pas. La spéculation est comme l’hydre de Lerne : on lui coupe l’une de ses sept têtes, ou même les sept à la fois, et elles repoussent aussitôt. Ce qu’il faut mettre en place, pour mettre la spéculation hors d’état de nuire, c’est une interdiction des paris sur les fluctuations de prix. On ne pourra pas en faire l’économie.

Est-ce que tous les problèmes sont résolus ? Non bien sûr puisque le cadre conceptuel erroné est intact. Tant que la dette publique et le déficit d’une nation seront calculés par rapport à leur PIB, ils sembleront augmenter de manière mécanique en période de récession, par une illusion d’optique : simplement parce que les chiffres absolus sont divisés par un coefficient qui se réduit pendant ce temps-là comme peau de chagrin. Alors que c’est précisément dans ces périodes que les États devraient pouvoir mobiliser l’outil de l’endettement plus librement. Pour que l’Europe de la zone euro cesse de s’en prendre à ses citoyens chaque fois que ses banquiers perdent certains de leurs paris, il faudra que dettes et déficits cessent d’être calculés en pourcentage du PIB. Si l’on ne résout pas cette erreur conceptuelle, toute crise aura toujours le même effet : elle débouchera sur des programmes d’austérité qui s’en prennent par priorité aux avantages sociaux. Le Pacte de Stabilité de la zone euro doit être réécrit en des termes qui aient un sens du point de vue économique. Quand il aura un sens économique il aura automatiquement aussi un sens social.

Dans l’euphorie ambiante de ce matin, il ne faudrait pas perdre de vue que quelle que soit la radicalité apparente des mesures prises hier, le système qui siphonne l’argent du contribuable vers les plus grosses fortunes est toujours en place, et plus que jamais en excellente santé.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Deutschlandfunk, dimanche 9 mai de 9h30 à 10h00

Pour ceux qui comprennent l’allemand. Mon entretien avec le Dr. Stefan Fuchs passe de 9h30 à 10h00 sur Deutschlandfunk. Vous pouvez écouter le podcast ici

Zerstörerisches Geld

Lehren aus der Hyperkrise, Teil 2: Gespräch mit dem Wirtschaftskolumnisten Paul Jorion

Von Stefan Fuchs

Die seit Herbst 2008 andauernde Finanzkrise hat sich auch zu einer Krise des globalisierten Kapitalismus zugespitzt. Denn eine ungehemmte Liberalisierung der Märkte und die Ausdehnung der internationalen Arbeitsteilung haben die gigantischen Wachstums- und Wohlstandsversprechen nicht einlösen können.

Im zweiten Teil der Gesprächsserie « Lehren aus der Hyperkrise » unterhält sich Stefan Fuchs mit Paul Jorion über die zerstörerische Wirkung des Geldes. Jorion ist Wirtschaftskolumnist der französischen Tageszeitung « Le Monde ». Als strukturalistischer Ökonom kritisiert er die Gleichsetzung von Geld und Kredit als blanke Ideologie. Der hiesige Kapitalismus befinde sich in einem Todeskampf.

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L’actualité de la crise: la danse endiablée des balais, par François Leclerc

Billet invité.

LA DANSE ENDIABLEE DES BALAIS

Avons-nous été proches de la fin du monde, dans la nuit européenne ? D’après les traders du New York Stock Exchange, cela a bien été le cas pendant quelques minutes, vers 14 heures 30 heures locales, lorsque la Bourse a effectué un plongeon comme jamais vu. Faisant revivre à ceux qui l’ont accompagné les pires instants de la crise financière, lorsque le monde de la finance s’écroulait, nous précipitant à sa suite.

De Tokyo, le jour s’étant levé, la cloche de Wall Street ayant retenti et les transactions devenues litigieuses annulées, on apprenait qu’une conférence téléphonique des 7 était dans l’urgence organisée, cet après-midi de vendredi. Que s’est-il passé ? Que va-t-il se passer  ?

La journée et la soirée d’hier ont été fertiles en événements, et il n’y a que l’embarras du choix pour rechercher les causes de cet effondrement imprévu, si l’on ne veut pas s’en tenir à l’explication d’une simple erreur de saisie d’un trader.

Depuis Lisbonne, la BCE décevait les attentes des marchés n’annonçant aucune nouvelle mesure afin de faire face à une crise européenne en plein dérapage, tandis que montait irrésistiblement, comme une crise d’angoisse, la crainte d’un inévitable défaut de la Grèce et d’une contagion atteignant dans l’immédiat et ensemble le Portugal et l’Espagne. Alors que les rues d’Athènes retentissaient à nouveau des protestations de ceux qui sont sommés de régler l’addition, accréditant l’idée que le gouvernement n’allait pas respecter sa feuille de route. Au Royaume-Uni, le scénario redouté d’une imparfaite victoire des Conservateurs se confirmait, installant un vide politique dans le pays, risquant de continuer à geler des décisions qui ne peuvent plus attendre, la livre sterling sur une pente de plus en plus glissante.

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L’actualité de la crise : démonstration par l’absurde, par François Leclerc

Billet invité.

DEMONSTRATION PAR L’ABSURDE

On pouvait encore s’interroger, il y a quelques jours, sur la démonstration que les gouvernements européens étaient en train de nous faire. Ce n’est plus le cas, deux jours seulement après qu’ils sont parvenus à un accord timidement présenté comme assurant leur maîtrise retrouvée de la crise.

Ils pensaient pouvoir s’appuyer sur les marchés réclamant la réduction à marche forcée des déficits publics pour retrouver le chemin vertueux d’un pacte de stabilité rompu par presque tous, forcés et contraints par la crise, et préserver ainsi l’euro ainsi qu’une construction inachevée de l’Europe. Ils croyaient aussi que l’épreuve serait dure, faite de rigueur, d’austérité et de sacrifices, mais qu’ils parviendraient à l’imposer à force de résignation en se servant comme levier du cas de la Grèce, qu’il fallait faire plier pour l’exemple. En fait, tout comme les financiers, ils ne voulaient rien changer.

A ce jour, ils ne sont parvenus qu’à faire preuve de leur légèreté et de leur sous-estimation de la situation, de leur incapacité à y faire face, sauf en utilisant un expédient. Or la crise européenne va inévitablement rebondir, sans que l’on sache quel est l’indice qui va le mieux l’annoncer, aucun n’étant de bon augure.

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Le Point, le 29 avril – « L’Europe n’a pas droit à l’erreur »

Je vous ai présenté il y a quelques jours les photos de Jean-Claude Moschetti à l’Île de Houat. Vous apprécierez, j’en suis sûr (hmm…) le contrepoint entre la photo de Georges Papandréou allumant un cierge à la page 84 du Point et la mienne à la page 85 (qu’il m’autorise aimablement à reproduire), tirant parti (à mon insu) d’un tableau au mur de mon bureau.

Interview Paul Jorion : « L’Europe n’a pas droit à l’erreur », pp. 85-86

Patrick Bonazza : La Grèce vient officiellement d’appeler à l’aide. La première fois que nous nous sommes vus, il y a quinze jours vous disiez que c’était inéluctable.

Depuis mars, après chaque réunion européenne, on nous disait que le problème était réglé. Mais on constatait quand même que lorsque la Grèce retournait sur les marchés pour emprunter elle payait toujours plus cher que les autres pays. Même avec derrière elle le prétendu soutien de toute l’Europe la Grèce est restée pénalisée. Elle ne pouvait pas échapper à la sanction des marchés. D’où son appel au secours.

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L’actualité de la crise: une ornière qui mène dans le décor, par François Leclerc

Billet invité.

UNE ORNIERE QUI MENE DANS LE DECOR

Au petit jeu des citations, il n’y a ce lundi que l’embarras du choix pour établir le palmarès des propos les moins conséquents.

Sans nul doute, le premier prix doit revenir à Christine Lagarde, une habituée de la compétition, qui a déclaré à propos du risque de contagion de la crise grecque en Europe : « je ne veux même pas y penser ». Elle se voulait catégorique et, soyons honnête, c’était vendredi dernier. « Je crois que le plan qui se met en marche, la procédure qui est engagée, c’est de nature à re-stabiliser une monnaie qui en a besoin » a-t-elle poursuivi pour élargir son propos.

A propos de la politique suivie par le gouvernement allemand, elle s’est contentée de faire preuve de sa transparence habituelle et de constater : « C’est un formalisme auquel les Allemands sont attachés, ils ont raison ».

Le président de l’Union européenne, Herman Van Rompuy, n’a pas été en reste et est monté sur la deuxième marche, depuis l’université de Kobe où il s’exprimait devant les étudiants japonais : « Mon impression est que, malgré le fait que nos problèmes soient loin d’être terminés, je suis convaincu que nous maintiendrons la stabilité de la zone euro ».

Mais si tous les regards sont naturellement tournés vers la Grèce et l’Europe, on aurait tort d’oublier le reste du monde occidental. Naoyuki Shinohara, directeur général adjoint du FMI, a mis en garde le Japon : « Même si les problèmes du Japon ne doivent pas être mis sur le même plan que la crise de la dette en Grèce, sa vulnérabilité budgétaire est en train de croître à des niveaux vraiment élevés ». Les agences de notation multiplient ces derniers temps les avertissements à propos de cette dette la plus importante du monde, que les commentateurs affectent encore de tenir pour négligeable au prétexte qu’elle est détenue à 95 % en interne. Ce qui n’affecte en rien le rythme rapide de sa détérioration et le besoin que commence à exprimer le gouvernement de se tourner vers les marchés extérieurs pour se financer.

A la sortie du G20 Finances de Washington, vendredi dernier, Timothy Geithner, secrétaire d’Etat au Trésor des Etats-Unis, déclarait être convaincu d’une reprise pour 2011, tirée par la demande privée, afin que le pays puisse commencer à réduire son déficit. Il se montrait toutefois plus optimiste que Ben Bernanke, président de la Fed, qui avait déclaré mi-avril devant le Congrès « la hausse de la demande finale [sera] suffisante pour assurer une reprise économique modérée dans les trimestres à venir », sans pronostiquer une date, estimant en réalité que la hausse du PIB serait lente et qu’en conséquence des choix difficiles devraient être faits pour réduire le déficit. Une toute autre hypothèse que celle qui est lancée par Tim Geithner, qui comme l’ont fait au début de la crise de la dette les Européens, pense financer sa réduction par la croissance plus que par des coupes budgétaires. L’histoire a tranché.

En Europe, sans surprise, les taux grecs à 10 ans atteignaient 9,385% à midi ce lundi, tandis que les taux portugais (5,141%), irlandais (4,872%) et espagnol (4,033%) se tendaient. Ce palmarès est en permanence mis à jour et prend de plus en plus l’allure d’une catastrophe annoncée. Elle préfigurera, si elle intervient, ce qui va également ne pas manquer de se passer au Japon et aux Etats-Unis, et va forcer les gouvernements à tenter de sortir de l’ornière dans laquelle ils se trouvent. A produire autre chose que des déclarations du type de celle qu’ils ont adopté dans le cadre de l’Assemblée générale du FMI, samedi dernier, où la plus ferme des résolutions a été adoptée en faveur de la réduction des déficits publics, qui apparaissent de plus en plus comme l’expression d’une situation sans issue.

La crise de la dette publique va dominer tout le reste et imposer de tenter de trouver des solutions inédites, car elle est trop importante pour que les anciennes recettes fonctionnent.

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Les politiques à la hauteur des financiers

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le 16 mars, l’Europe s’apprêtait à voter la réglementation des hedge funds. Mr. Gordon Brown a appelé son homologue espagnol Mr. Zapatero pour lui expliquer qu’il allait devoir affronter des élections parlementaires dans des conditions difficiles (plus de 70 % des hedge funds européens sont domiciliés au Royaume-Uni). Le vote fut remis sine die.

La Grèce est à deux doigts d’un défaut sur sa dette. Elle a demandé vendredi que soit déclenché le plan de soutien qui lui a été promis par les membres de la zone euro et dont l’application peut la sauver. Mme Merkel tergiverse et prétend ajouter de nouvelles conditions. La raison : des élections régionales en Allemagne le 9 mai où sa politique étrangère « trop généreuse » vis-à-vis de la Grèce pourrait être sanctionnée.

Mardi 27, Lloyd Blankfein, P-DG de Goldman Sachs sera sur la sellette devant une sous-commission du Sénat américain. Il se verra reprocher l’irresponsabilité du milieu financier, cause de la crise.

Une question se pose cependant : en matière d’irresponsabilité, les financiers ont-ils quoi que ce soit à envier aux politiques ?

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L’actualité de la crise: la déflation est annoncée, par François Leclerc

Billet invité.

LA DEFLATION EST ANNONCEE

Il aura fallu deux mois aux gouvernements européens pour trouver entre eux un accord. C’est le 11 février qu’il avait été pour la première fois annoncé la décision d’aider financièrement la Grèce. Deux mois fertiles en annonces destinées à masquer les désaccords, laissant progressivement s’installer un doute de plus en plus fort à propos de leur capacité à y parvenir, ne trompant personne. Certainement pas les marchés, en tout cas, qui l’ont fait savoir avec de plus en plus d’insistance sur tous les tons, obligeant finalement les gouvernements à s’entendre, la crise qu’ils avaient enclenché devenant trop sérieuse et menaçant de déborder, atteignant la zone euro en tant que telle.

Cette première constatation exprime la force de la crise qui s’est engagée et permet de penser qu’elle n’est pas résolue. Même si à court terme la Grèce a obtenu le soutien qui lui faisait défaut, elle à fait monter de manière irrésistible à la fois les enchères et les taux obligataires grecs, qui ont atteint des sommets. A court terme, il va falloir scruter non seulement le marché de la dette et celui de l’euro, pour voir comment ils réagissent, mais également la situation des banques grecques, très malmenées dans la phase finale de la crise. Ensuite, d’autres difficultés vont inévitablement intervenir. Ce matin, le taux grec se détendait, établi à 6,690% contre 7,126% vendredi à 18 heures.

Un taux de 5%, inférieur à celui du marché est une aide, il n’est pas un cadeau. Le montant de la dette grecque est toujours aussi élevé, et si une diminution de l’effort qui va être nécessaire pour la réduire a été obtenu (rendant celui-ci un peu plus plausible), celui qui reste à accomplir en très peu de temps reste immense. De ce point de vue la crise grecque n’a pas été résolue, elle est passée de son stade aiguë à un stade chronique, une situation que nous connaissons bien et qui nous renvoie à la crise générale dans laquelle nous continuons de piétiner.

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Jusqu’où la folie ?, par Corinne Lepage

On pouvait lire il y a quelques jours dans un article publié dans The Guardian :

David Jane, responsable du placement en actions chez M & G – qui contrôle plus de 170 milliards de £ au nom de petits investisseurs – précisait qu’il en coûtait désormais seulement 1 £ par jour pour spéculer sur 1 million £ de devises.

Les sommes en cause font frémir.

Quotidiennement, le montant global échangé sur les marchés des changes (ndlr : Forex en anglais, contraction de Foreign Exchange) oscille autour de 4 « trillions » de dollars, 90% étant de la spéculation pure.

Les taux d’intérêt historiquement bas permettent en effet aux spéculateurs de faire des paris valant plusieurs milliards d’euros à un coût proche de 0.

« Vous pouvez actuellement vendre à découvert des euros pour un coût quasi nul puisque le cost of carry ou coût prélevé sur les positions maintenues ouvertes a chuté. C’est l’une des conséquences inattendues de l’assouplissement quantitatif (en anglais : quantitative easing) et de l’action des banques centrales à travers le monde visant à maintenir les taux d’intérêt bas », souligne David Jane.

Cette situation est gravissime car elle permet de mettre en péril non seulement la Grèce mais derrière elle toute la zone euro, sans que ceux qui spéculent ne courent en réalité de véritables risques.

Ainsi, grâce à l’endettement que les gouvernements leur ont fait consentir, les citoyens européens ont non seulement permis la spéculation qui se retourne aujourd’hui contre eux, mais les taux très bas de la banque centrale alimentent encore davantage la spéculation.

Jusqu’où faudra-t-il aller pour qu’enfin des mesures coordonnées soient prises par le G20 ou a minima par l’Europe pour que les spéculateurs perdent et les États, c’est-à-dire les citoyens, gagnent ?

Pourtant, les possibilités existent. D’abord, une solidarité européenne autour de la Grèce par un emprunt gagé par les Européens, qui ferait baisser les taux d’emprunt de la Grèce. Ensuite et surtout, réglementer très strictement les ventes à découvert, ce qui pourrait se faire dès lors que la volonté politique l’exigerait. Mais en est-il ainsi ? Les traders londoniens dominent le marché, les cinq premiers acteurs du marché des devises en 2009 ont été la Deutsche Bank, Union de Banques Suisses (UBS), Barclays Capital, Royal Bank of Scotland (RBS) et Citibank. On peut donc douter d’une quelconque volonté de s’opposer sérieusement à de tels intérêts.

Et pourtant, dans une situation où la crise économique ne cesse de croître – malgré la méthode Coué ambiante –, il est plus qu’urgent d’intervenir pour sauver la zone euro et commencer à prendre de vraies mesures pour soumettre le système financier aux besoins de l’économie et à l’intérêt du plus grand nombre.

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L’euro à la merci des banques, par Jean-Pierre

Billet invité.

L’euro est en crise. A lire les articles des commentateurs avisés, la responsabilité en revient aux différents canards boiteux au sein de l’Union : les fameux PIGS, comme les ont si subtilement nommés les milieux financiers. Leurs déficits galopant expliqueraient la débâcle actuelle, ils contribueraient à semer le doute auprès des investisseurs et à alimenter la panique. Mais à y regarder de plus près, les événements ne se sont pas déroulés de la sorte. Récapitulons brièvement les faits.

La Grèce est le gros souci de l’Union. C’est ce que nous serinent les médias, banques, économistes et finalement politiciens de tous bords. Certes, on ne peut nier que les finances de cet État soient dans un état lamentable. Depuis que le pays est gouverné par une nouvelle équipe, le déficit a subitement doublé, dépassant les 13% du PIB. Il ne faut pas s’étonner de la chose : les chiffres communiqués par le gouvernement précédent étaient embellis. Mais qui nous assure que les nouveaux soient fiables ? Personne, bien sûr. En réalité, cela n’a aucune importance. Tout ce qu’on en déduit formellement est que la Grèce est dans la dèche. Son nouveau gouvernement a calculé ses besoins pour cette année : 53 milliards d’euros. Sans doute la seule donnée fiable de tout cet imbroglio.

Mise sous pression, la Grèce a dû démontrer qu’elle avait un plan de redressement approprié. L’Europe et ses membres lui ont d’ailleurs fait la leçon : si elle ne parvient pas à réduire son déficit à 3% du PIB d’ici 2012, les sanctions tomberont. Il n’est initialement fait aucune allusion à une quelconque aide de la part de l’Europe. Le pays doit s’en tirer seul.

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L’actualité de la crise: confusions et indécisions, par François Leclerc

Billet invité.

CONFUSIONS ET INDECISIONS

En peu de temps, de nombreux éléments concordants sont venus accréditer l’idée que nous sommes probablement au début d’un tournant de la crise. Sans être en mesure de comprendre où celui-ci va nous conduire. Comme si tous les discours dont nous avons jusqu’à maintenant bénéficié étaient épuisés, leurs veines taries, que le temps des pronostics de circonstance était révolu, et qu’il allait falloir passer d’une manière ou d’une autre à l’acte, mais lequel  ?

On perçoit dans l’actualité qu’une réelle incertitude s’approfondit dans les milieux qualifiés de décisionnaires, que ce soit en Europe ou aux Etats-Unis, selon des modes et des sujets différents. A laquelle semble correspondre une non moins réelle et palpable indécision. L’heure est encore à l’énumération des multiples dangers qui nous menacent, celui des déficits publics ayant succédé à celui de l’inflation, qui n’était plus crédible, sans que l’on soit encore franchement entré dans le vif des sujets qui risquent de fâcher. Il faudrait en tirer les conséquences, mais lesquelles précisément ?

A Washington, on est étourdi par une multiplication d’initiatives qui partent un peu dans tous les sens. Venant du Congrès ou de l’administration, toutes témoignent, dans leurs genres respectifs, de la même exigence ressentie par leurs acteurs : aller à la rencontre de l’opinion publique, à défaut de résoudre l’essentiel de ce qui la préoccupe, c’est à dire le chômage. Alors que les mégabanques poursuivent sur leur brillante et impudique lancée.

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L’actualité de la crise : la jurisprudence des premiers cas-tests européens, par François Leclerc

Billet invité

LA JURISPRUDENCE DES PREMIERS CAS-TESTS EUROPEENS

Les tests de deux importants cas-types pour la suite des événements sont en cours en Europe. Après celui de la Grèce, voici venu celui de l’Islande. Dans les deux cas, les gouvernements y sont mis à l’épreuve, pris entre le marteau de leurs engagements internationaux et l’enclume de leur opinion publique. Une question centrale est posée et sa réponse testée : de quoi vont-ils être capables  ? Une autre question sous-jacente l’est également : la communauté internationale aura-t-elle, dans les deux cas, les moyens d’imposer ses vues ou devra-t-elle composer  ?

En Islande, Olafur Ragnar Grimsson, le président de la République, a finalement décidé de ne pas promulguer une loi votée au forceps et résultant d’un accord gouvernemental avec les Britanniques et les Hollandais, visant à rembourser les gouvernements de ces deux pays du renflouement de leurs 300.000 clients nationaux, lors de l’effondrement en octobre 2008 de Icesave, une filiale de la banque Islandaise Landsbanki. 3,8 milliards d’euros sont en question, soit 40% du PIB annuel du pays. Pis encore, une processus référendaire est annoncée par le président, risquant de donner en cas de réponse négative une assise souveraine à cette remise en question, considéré comme un défaut de signature, c’est à dire un crime impardonnable.

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