BFM Radio, lundi 10 mai à 10h46 – La Grosse Bertha

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Alors, est-ce vraiment depuis hier « Un pour tous, tous pour un » ? On a en tout cas rassemblé 750 milliards d’euros. Autrement dit, on a sorti la Grosse Bertha.

Qu’est-ce qui s’est passé ces jours derniers ? Eh bien, tout ce à quoi on aurait dû penser à froid, au moment où l’on mettait en place la zone euro, on a été obligé de le résoudre à chaud, dans la précipitation et en courant dans tous les sens. Le texte du Traité de Lisbonne, tel qu’il a été rédigé, étant inutilisable, on a été obligé de le contourner par des astuces comme un SPV (Special Purpose Vehicle), une structure ad hoc à qui on prête de l’argent et qui elle, l’utilisera ni vu ni connu, sa spécificité étant qu’elle a le droit de faire toutes les choses qu’on s’était interdit de faire à soi-même. Et tout particulièrement que les nations dans la zone euro manifestent les unes envers les autres une réelle solidarité. Eh ! que voulez-vous, c’est une Europe « libérale » que Maastricht avait mis en place, pas l’Europe solidaire dont on s’est rendu compte sur le tard qu’on avait réellement besoin !

Il reste un peu de naïveté cependant dans la démarche : défier la spéculation en se tambourinant la poitrine et en criant : « Je suis plus fort que toi ! », ça ne suffira pas. La spéculation est comme l’hydre de Lerne : on lui coupe l’une de ses sept têtes, ou même les sept à la fois, et elles repoussent aussitôt. Ce qu’il faut mettre en place, pour mettre la spéculation hors d’état de nuire, c’est une interdiction des paris sur les fluctuations de prix. On ne pourra pas en faire l’économie.

Est-ce que tous les problèmes sont résolus ? Non bien sûr puisque le cadre conceptuel erroné est intact. Tant que la dette publique et le déficit d’une nation seront calculés par rapport à leur PIB, ils sembleront augmenter de manière mécanique en période de récession, par une illusion d’optique : simplement parce que les chiffres absolus sont divisés par un coefficient qui se réduit pendant ce temps-là comme peau de chagrin. Alors que c’est précisément dans ces périodes que les États devraient pouvoir mobiliser l’outil de l’endettement plus librement. Pour que l’Europe de la zone euro cesse de s’en prendre à ses citoyens chaque fois que ses banquiers perdent certains de leurs paris, il faudra que dettes et déficits cessent d’être calculés en pourcentage du PIB. Si l’on ne résout pas cette erreur conceptuelle, toute crise aura toujours le même effet : elle débouchera sur des programmes d’austérité qui s’en prennent par priorité aux avantages sociaux. Le Pacte de Stabilité de la zone euro doit être réécrit en des termes qui aient un sens du point de vue économique. Quand il aura un sens économique il aura automatiquement aussi un sens social.

Dans l’euphorie ambiante de ce matin, il ne faudrait pas perdre de vue que quelle que soit la radicalité apparente des mesures prises hier, le système qui siphonne l’argent du contribuable vers les plus grosses fortunes est toujours en place, et plus que jamais en excellente santé.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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134 réflexions sur « BFM Radio, lundi 10 mai à 10h46 – La Grosse Bertha »

  1. Un petit topo sur la carburation du Special Purpose Vehicle sorti de l’atelier Euro?
    (au cœur du dispositif nouveau)

    Tuyaux d’entrée ? tuyaux de sortie ? Qui règle le ralenti et la taille de la vanne d’air ?
    Analogie avec le « infamous » CDR du Crédit Lyonnais ? (le tristement célèbre en français)

    Merci

    Enfin, j’entendais ce matin sur France Culture à 8h53 un point de vue nuancé sur les Grecs :
    les secousses avaient des chances de mettre à jour le vaste non-dit sur la corruption et le clientélisme du système qui les entourait, ce qui était un aspect de la question qu’ils pouvaient voir positivement, mais personne dans leur classe politique ne leur semblait capable de reprendre le flambeau dans un nouveau contexte, car tous avaient profité de l’ancien.

  2. Pour une fois je vais me risquer à tenter de résumer l’intervention de PJ.

    L’Europe croit avoir trouvé un remède canon : la Grosse Bertha.
    En fait ce remède est la paille dont se serviront les puissants de ce monde pour syphoner nos poches.

    1. Oui l’euro retombe et l’or remonte.

      Et du côté du Dow Jones un curieux effet de va et vient qui l’a fait passer rapidement d’une nouvelle chute vertigineuse à 10.000 points à un gain tout aussi surnaturel à 10700.

      Un nouvel effet des High frequency trading ? 🙂

  3. Mon billet pour BFM, je l’ai écrit ce matin. Mais j’en avais écrit un, de rechange, au cas où les autorités européennes ne seraient arrivées à rien dans la nuit. Comme annoncé hier, son sujet aurait été Le chat de la voisine. Le voici, essentiellement parce que je trouve dommage que le chat ait disparu.

    Le dimanche en fin de journée, je m’assieds devant mon ordinateur et je jette sur le papier, enfin sur l’écran, les quelques idées qui me serviront de fil conducteur à mon billet. Hier, il m’est venu une pensée très bizarre. Enfin, peut-être pas « bizarre » vu le contexte mais en tout cas très inhabituelle : préparer deux billets, l’un que je prononcerais au cas où le CAC40 est en hausse à 10h46 et un autre au cas où il est en baisse. S’il est en baisse, je ne parlerais sans doute pas de la pluie et du beau temps, mais presque. Je prendrais exemple sur Yves Montand qui chantait une chanson dont certains se souviennent peut-être : « Le chat de la voisine ». Pour ceux qui ne la connaissent pas, j’en cite quelques vers très représentatifs de la chanson dans son ensemble : « Je ne parlerai pas de l’ouvrier qui pleure La perte de ses doigts morts aux champs du labeur De la jeune fille fanée avant d’avoir aimé Je n’en parlerai pas, il vaut mieux glorifier Le chat de la voisine Qui mange la bonne cuisine Et fait ses gros ronrons Sur un bel édredon dondon ».

    Si le CAC est en hausse, je pourrais me permettre d’être plus sérieux : revenir sur l’accumulation de nouvelles plus ou moins bizarres qui a caractérisé la semaine écoulée : d’abord, à la Bourse de New York, l’étrange « flash krach » de jeudi dernier, comme l’appellent les Américains, ou plutôt le plus étrange encore « flash rebond » qui lui a succédé. Encore qu’il s’agit peut-être, comme on l’avait cru initialement, d’une simple combinaison de la fascination des traders new yorkais pour le spectacle en boucle des émeutes en Grèce, et de leur déception devant le refus de Jean-Claude Trichet de recourir pour l’Europe au « quantitative easing », l’assouplissement quantitatif, la solution du désespoir des banques centrales – devenue malheureusement banale de nos jours. Autre bizarrerie pour ce qui touche à la Grèce : pourquoi les États européens qui prêtent de l’argent à la Grèce se croient-ils obligés de faire un profit sur l’opération ? Et plus étrange encore, la révélation de documents apparemment authentiques suggérant que la Grèce a rejeté en février l’offre par un fond « private equity » américain d’un prêt à 10 ans d’un montant de 7 milliards d’euros et au taux pourtant très concurrentiel de LIBOR + 1,25 %. Si la nouvelle est vraie, la Grèce doit s’en mordre les doigts aujourd’hui – et toute l’Europe avec elle. Enfin, moins étrange mais tout aussi inquiétante, l’annonce que les ministres des finances européens, réunis un dimanche, devaient prendre des décisions, ouvrez les guillemets : « avant que les marchés ne s’ouvrent à Tokyo », nous ramenant à des souvenirs de sinistre mémoire : l’atmosphère de fin du monde qui caractérisa les derniers jours de Lehman Brothers.

    Pourquoi la stratégie « Chat de la voisine » dans le cas d’un marché boursier en baisse ? Parce que les nouvelles que je viens de mentionner comme des sujets de possibles indiquent tous et par-delà tout doute possible, que la finance vient d’entrer à nouveau dans une zone de turbulences majeure – ce que les physiciens appellent une phase critique – et quand un système, et la finance en est un, à l’échelle mondiale, entre dans une phase critique, sa fragilité tend vers l’infini. C’est alors que l’« effet papillon » joue à plein : que le vol d’un papillon à Pont-Aven (j’y étais samedi) peut provoquer de proche en proche un ouragan dans le Golfe du Mexique.

    Alors Guillaume, dites-nous : où en est le CAC40 ?

    À la hausse : Ah très bien : deux mots donc sur la réunion des ministres des finances européens… Quant à Madame Merkel, les élections en Rhénanie-Westphalie constituent pour elle un cinglant échec…

    À la baisse : Ah très bien : « Le chat de la voisine Qui s’met pleines les babines De poulet, de fois gras Et ne chasse pas les rats Miaou, miaou Qu’il est touchant le chant du chat Ronron, ronron Et vive le chat et vive le chat… »

    1. Pont -Aven…. ah… les galettes, …et toute ma jeunesse sur la route…
      Bravo pour ce message avec ou sans intervention de l’Europe…. on va bien que mondialement, la finance internationale est devenue folle.
      Et Freud parlait d’hystérie féminine? … vous avez dit « féminine »?

    2. Pont-aven les galettes mais aussi Gauguin!
      Et un très bon restau, »le moulin de Rosmadec » au bord de la rivière pour les amateurs de bonne chair.

  4. … Mais je reviens à la charge,

    Le CAC bondit de plus de 8% « boosté » par les bancaires, mais l’Euro reste toujours fébrile

    – Une belle synthèse donc: des banques sauvées, mais une Europe politique toujours à la carafe qui ne rassure pas !!

  5. Me Jorion , il semble que nos « REPONSES  » à tous apparaissent séquentiellement à al fin du billet et non sous-jascente aux commentaires auxquelles elles s’adressent … Me suis-je fait bien comprendre ?

    1. Et bien c’est simple :

      – Les optimistes qui ont cru au plan européen ont réinvesti dans le Cac 40

      – Les réalistes qui ne croient pas en son efficacité continuent à attaquer l’euro

    2. Les attaques se faisaient à la fois sur la Grèce MAIS aussi sur l’Euro.

      Les swaps Euros-dollars viennent d’être réactivés. Ca va se stabiliser au cours que voudront les US.

    3. Je ne suis pas experte en économie mais je suppose que c’est l’effet mécanique à la décision de la BCE de monétiser la dette des pays européens couplé au fait que les Etats de l’UE vont appliquer des plans de rigueur.
      Les mesures d’austérité vont entraîner peu de croissance ou au pire la récession, les déficits ne seront pas résorbés dans les pays où les exportations sont faibles.
      Les investisseurs vont donc éviter l’euro dans les semaines et les mois à venir. L’euro devrait donc continuer encore de chuter.

  6. Si la BCE monetise la dette europeenne (achat emissions pourries et hop des euros a la place) alorsl’euro devrait continuer a baisser mecaniquement. Les actions qui montent c’est normal puisque l’euro a perdu de sa valeur face aux autres monnaies. Cela est bon me semble-t-il. La BCE fait comme la FED et la BOJ et la BA. Tous ces pays ne pourront plus se gaver sur le dos des europeens en devaluant leur monnaie par la planche a billets. L’euro se place comme equivalent au $ et a la livre. Pour la chine fini aussi car nous allons pouvoir imprimer des euros, les echanger avec des dollars et les leurs fourguer. La chine va financer notre deficit. La vertu europeenne de non monetarisation etait un defaut face a tous ces gredins. C’est fini. Ou presque. Comme par hasard Obaba a ouvert les vannes de dollar pour la BCE. Les USA ne vont-ils pas se retrouver avec nos prets publics pourris dans LEURs banques.
    Certes notre pouvoir d’achat va chuter, mais bon on achetera plus de saloperies? La belle affaire. Et si produire en europe devenait subitement competitif?
    Dis-je moult aneries?

  7. Enfin de la discipline au sein de l’Euroland ! Gràce à Mme Merkel qui a su imposer l’intervention du FMI à hauteur de 30 % pour tout prêt à un pays défaillant. Au FMI, ce ne sont pas des marrants, ils sauront faire respecter les engagements que les politiques (y compris les nôtres) repoussaient toujours aux calendes grecques sous prétexte de l’attente d’une reprise, d’une échéance électorale mais plus vraissemblablement, de mauvaise foi à peine sous-jacente.

    Ce brave Mr Trichet ne pouvait faire que les gros yeux à ceux qui dépassaient allègrement les 3% de déficit et les 60 % du PIB pour l’endettement. Finalement dans cette organisation sans chef qu’est l’Euroland, on fait tout bonnement appel aux « Casques bleus » pour faire règner l’ordre.

    Du coup, moi, j’y crois assez…

  8. Et maintenant, sus à la Livre Sterling, n’est-il pas ?

    Sinon tous les beaux discours sur les vils spéculateurs tomberaient en miettes…

    1. un volatilité de 4% à la hausse est un soulagement alors qu’une même volatilité à la baisse est une erreur, un évènement anormal qui doit être investigué et qui est très complexe à expliquer. La hausse, elle, trouve une explication très simple et évidente et personne ne se demande pourquoi ça monte tant cematin … ce comportement des investisseurs, en soi, représente un risque pour le marché, et démontre l’inconscience, l’ignorance et la complaisance des investisseurs individuels et institutionnels, qui sont biaisés par l’avidité et leur profond désir de croire en une illusion positive.

    2. Dontigny a raison : il est indispensable de découvrir quel dysfonctionnement majeur a provoqué le « flash-krach » de jeudi, mais créera-t-on quatorze commissions d’enquêtes pour expliquer le gain de 9 % du CAC40 aujourd’hui ?

      Il a raison aussi sur un autre point : on appellera plus tard la période actuelle : « la mise à sac ». Ceux qui y ont accès puisent dans la caisse tant qu’ils peuvent, avant fermeture définitive.

    3. Si la période actuelle sera répertoriée comme celle de la mise à sac.
      Je ne comprends dès lors pas pourquoi certains gouvernements, particulièrement exposés, n’ont pas encore fait appel à leurs services spéciaux pour mettre un peu d’ordre et tempérer les ardeurs de certaines officines.

      Une centaine de morts à la suite d’un raid éclair sur un plateau de bureau (genre salle d’arbitrage G.S. ou agence de notation Fitch) est à la portée de n’importe quel pays, fut-il une république bananière.

      Quand on veut pas, on peut pas. Si on veut on peut: tout le monde sait cela depuis que Dostoîevski à écrit :
      « Si Dieu n’existe pas, tout est permis. »

    4. @paul Jorion :

      La « fermeture définitive », si l’on se met à créer de l’argent, on passerait d’abord par une phase de dévaluation de l’euro (à défaut d’inflation) … si jamais les Etats ne sont pas en faillite, ceci ayant l’air d’être la seule chose qui intéresse le spéculateurs, on pourrait retarder le collapse final. Amha

  9. J’ai lu à plusieurs reprises ailleurs – dans des endroits où l’on joue son argent graphique avec 18 courbes à l’appui – que si le Cac 40 dépassait les 3720 points, c’était la hausse assurée pour quelques semaines. Or, chose étrange, en fin de séance, ultime bouffée d’euphorie pour finir à + 9.66%, soit 3720.29 points. Cela ressemble à un sombre et vulgaire casino.

  10. After trading as high as mid 1.30s, the EURUSD is rolling over, and its slide is now picking up steam, barely holding on to 1.2858 at last check. The 1.2800 stops are looming, whose break would take the EURUSD back to a 1.27 handle.This may very well still turn out to be the shortest and must futile trillion dollar bailout in history yet. Don’t forget it was the EURJPY correlation desks that freaked out on Thursday and drained all NYSE liquidity in stocks. It will be truly amazing if we get another 1000 point move in the Dow… But not up.

    zerohedge

  11. Bravo pour l’analyse encore… je dois dire que je ne suis pas spécialistes des subtilités économiques, mais à moi, il m’a toujours suffi, dans la vie, de comprendre les trucs « en gros » de façon à savoir éviter le pire, et en particulier les mauvaises fréquentations.
    Merci à vous, Paul, et aux spécialistes de ce blog, de nous expliquer patiemment… on a vraiment besoin de comprendre, même en gros…
    Les grandes lignes sont assez édifiantes pour apprendre quand on se fait « mettre » (excusez cet écart) en beauté…
    La ligne Fillon nous promet l’austérité? Eh bien je dis : NON, N.O.N.
    Et vous tous sur le blog?
    Et du coup, keskonfait comme dirait zazie, ou le langage sms…??

  12.  » Il reste un peu de naïveté cependant dans la démarche : défier la spéculation en se tambourinant la poitrine et en criant : « Je suis plus fort que toi ! », ça ne suffira pas.  »

    Ca ne me rassure pas non plus.

    « Ce qu’il faut mettre en place, pour mettre la spéculation hors d’état de nuire, c’est une interdiction des paris sur les fluctuations de prix. On ne pourra pas en faire l’économie. »

    Oui,

    Mais le mal du monde ce n’est pas uniquement la spéculation c’est aussi pour des gens :

    La bureaucratie,
    La peur du chômage,
    Le lavage de cerveau,
    L’influence des marques,
    (vous n’avez qu’à compter la seule présence du logo d’une marque dans un grand magasin )
    L’empressement du monde,
    L’empoisonnement des eaux et ce pétrole qui se déverse sans cesse dans la mer quel malheur,
    L’empoisonnement des sols devenant de plus en plus arides pour d’autres famines à venir,
    L’empoisonnement de l’air que l’on respire,
    L’abrutissement de l’argent,
    Le point de vue des riches,
    Les politiciens à l’antenne,
    Les mêmes idées reçus,
    Le chantage de plus,

    C’est tout un ensemble le monde actuel se dirige tout droit vers un plus grand dictat de l’homme sur l’homme, les progrès de la science aidant les hommes de pouvoir en trouveront bien un jour ou l’autre les moyens de mieux asseoir leur propre dictat sur d’autres de plus, ce n’est bien sur jamais assez de faire le bien et des politiciens en continuelle rivalité de pouvoir et d’existence médiatique avec les gens du marché ce qui n’est guère mieux à voir.

    C’est comme une grande escalade verbale, c’est comme dans un couple parfois cela va si vite, si normal pourrait-on dire et habituellement dans l’esprit des gens qu’il n’en devient même plus alors possible de leur faire entendre raison, de faire machine arrière et c’est alors les enfants, les petits et les nombreux estropiés des industries de croissance qui en patissent davantage et c’est l’enfer.

    Tout cela va très mal finir pourquoi vouloir toujours traiter et payer plus durement les gens, pourquoi tant de dureté et de bétise en plus. Mais quel est donc le plus bête dirigeant de la terre
    de nos jours et sur les marchés ?

    C’est hélas peut-être aussi un grand nombre de gens irrécupérables avant que les choses ne se précipitent toujours bien évidemment pour les premiers de ce monde en fait.

  13. Il y a encore une semaine à peine les décideurs n’avaient pas de mots assez durs pour villipender et menacer les agences de notation et les spéculateurs auxquels on allait enfin s’attaquer.

    Et puis un miracle s’est produit. Le faramineux plan FEA (Fuite En Avant) est mis sur pied pour impressionner les marchés. La bourse remonte ! Les taux de la dette grecque se détendent. Eureka !
    N’est-ce pas le terrible aveu qu’ils n’ont jamais envisagé sérieusement de réguler les marchés en mettant un frein légal, régalien, à la spéculation ? AU lieu de quoi on les combat avec une arme similaire à celle dont disposent les marchés, à savoir l’argent, comme si le rapport de force pouvait être inversé sur ce seul terrain. De plus on fait une fois de plus accroire que c’est une crise de liquidités. L’argent pourtant existe en quantités considérables, seulement comme le dit justement Paul, il est siphonné.

    Il n’y a aucun effort de fait sur le plan conceptuel pour éclairer les peuples sur la véritable nature de la crise. Pourtant, une crise telle que celle-ci c’était coté européen l’occasion rêvée pour prendre les peuples à témoin pour stopper net la spéculation.

    Bref, pourquoi ce qui apparaissait l’hérésie suprême pour l’Allemagne, à savoir la monétisation de la dette via la BCE ou son véhicule spécial, n’en est plus une, tandis que la mise au pas de la spéculation — mesure qui n’aurait rien coûté, en tous cas beaucoup moins, apparaît comme un verrou insurmontable ?

    Les dirigeants viennent en réalité de montrer qu’ils ont toujours aussi peur des marchés, et aussi, qu’ils en sont sans doute aussi les complices. Non monsieur Quatremer, ce n’est pas la nuit du 4 Août pour l’Union. On n’a pas fait preuve de solidarité, on a seulement voulu sauver sa peau, ses banques, ses rentes. C’est une solidarité qui ne s’inscrit dans aucune perspective de transformation sociale et politique de l’Europe.

    1. « on les combat avec une arme similaire à celle dont disposent les marchés, à savoir l’argent »

      On ne les combat pas, on les rassure. Comme disait un politique célèbre et courageux (il y en a eu): « Ils ont eu le choix entre le déshonneur et la guerre ; ils ont choisi le déshonneur, et ils auront la guerre »

  14. Globalement, votre analyse me parle, mais je m’interroge sur une de vos formules en forme d’aphorisme, précipitation radiophonique obligeant, sans doute.
    « Quand il aura un sens économique il aura automatiquement aussi un sens social. »

    Vous devriez, M. Jorion, décrypter la formule. Elle me semble, ainsi, sujette à caution pour deux raisons.
    Priorité semble donnée à l’économique, et vous savez mieux que moi que la priorité à l’économique aujourd’hui arase le social, ce depuis pas mal d’années. Particulièrement aujourd’hui, où l’on voit des raisonnements et des actes économiques interdire de penser même la dimension sociale, en Grèce et ailleurs. Prétextes économiques, j’entends par là des raisonnements en termes de ratios, bilans, dette, etc…Ce que d’ailleurs vous dénoncez de plus en plus clairement, et j’en suis satisfait.

    De plus, conceptuellement, la déduction ne me semble pas aller de soi, sauf si on s’inscrit dans un paradigme libéral et, dans ce cas, votre formule signifierait, à peu près, « la bonne gouvernance du marché établité automatiquement l’allocation optimale des ressources (et le bien-être social optimal des agents).

    Mais peut-être, et sans doute, y avait-il des pointillés dans la formule, pointillés qui renverraient plus spécialement à la configuration du Pacte de stabilité…

    Enfin, si vous avez quelques instants à consacrer à ce débat qui n’est pas nouveau, le social vous en remerciera sans doute, il est à la peine en ce moment…

    1. Le crédit, comme on a pu le constater, n’est pas une solution : si l’on veut relancer les économies, il faut augmenter le pouvoir d’achat, mais pas par des artifices : en augmentant les salaires, en baissant les impôts sur les tranches basses de revenus et en les augmentant sur les tranches hautes, en baissant les taxes non-progressives comme la TVA.

  15. Retirer ses quelques euros de la banque, s’acheter les outils qui manquent et un petit bout de terrain non constructible à cultiver avec les copains le week-end et en vacances. Grand air, repas sur l’herbe, enfants en liberté, loisirs conviviaux très sains, gratuits , des fruits et de bons légumes pour tous.
    C’est ce qu’on a déjà fait . Cette année, on agrandit le poulailler collectif . La prochaine étape est de retirer le salaire de la banque (tant qu’il y a un salaire) le jour même où il est versé .

    Pendant que Wall Street et le CAC 40 jouent au yo-yo !

    Puisque nous ne sommes pas en démocratie, que les résultats des référendums ne sont pas respectés, que quelques nantis décident de notre vie et de notre mort, c’est notre instinct de survie qui parle et la seule forme de résistance à notre portée: vidons les banques de nos maigres avoirs .

  16.  »Tant que la dette publique et le déficit d’une nation seront calculés par rapport à leur PIB, ils sembleront augmenter de manière mécanique en période de récession, par une illusion d’optique »

    J’ai du mal à comprendre cette phrase. Le PIB n’est-il pas liée à la richesse produite ? ce qui permet d’apprécier la capacité à s’endetter n’est-il pas le niveau des revenus ? Plus une personne (ou un état) a de revenus plus sa capacité à honorer le service de sa dette est grand. Me trompe-je ?

  17. « …il ne faudrait pas perdre de vue que quelle que soit la radicalité apparente des mesures prises hier, le système qui siphonne l’argent du contribuable vers les plus grosses fortunes est toujours en place, et plus que jamais en excellente santé. »

    Cette conclusion de votre billet eût mérité d’être non seulement en titre, caractère gras, mais aussi d’être longuement méditée, puis développée par les doctes chroniqueurs et « spécialistes » qui s’épanchent dans nos médias favoris (France Culture l’a mentionnée ce matin, me semble-t-il).
    Comment ne pas s’étrangler de rage quand on comprend que les politiques sont coincés, acculés par les marchés mais que malgré tout ils ne peuvent s’empêcher de manier la langue de bois avec un aplomb invraisemblable. Mme Lagarde, ce matin sur cette même radio affirmant que non, ce sont les politiques européens qui ont envoyé un signal fort aux marchés, signal qui les contraindrait à reculer ou, au moins à modérer leurs ardeurs spéculatives…
    Ben voyons.
    Comment oublier, ou en tout cas ne pas assumer que les derniers 18 mois ont clairement montré que le modèle ultra-libéral est, par définition vicié, hors de contrôle et conduit dans le mur de la misère une grande partie de l’humanité, quand une petite minorité se gave grâce notamment aux « marchés ». Soit dit en passant, ce terme dont on nous rabat les oreilles à longueur de colonnes et de JT sont tout simplement les banques, principaux acteurs autour des corbeilles, elles-mêmes sous la pression des grandes fortunes qui leur ont confié leurs avoirs. Appelons une banque une banque…
    Sans tomber dans l’angélisme peut-on espérer que des politiques compétents et responsables, authentiques serviteurs des peuples, auront un jour le courage de botter les fesses de cette caste qui ignore tout des réalités quotidiennes plutôt dures de la grande masse des gens qui les engraissent, et qui vampirise la richesse mondiale.
    Pourquoi les observateurs et analystes notoirement intelligents et « humains » (ne rougissez pas Monsieur Jorion…), ne sont-ils pas écoutés plus que cela dans les couloirs dorés des palais nationaux ou financiers ?
    Sans être un adepte du Grand Soir, j’en viens à conclure que c’est la responsabilité du citoyen (et aussi, pourquoi pas, du consommateur) d’arriver à faire comprendre à nos chers gouvernants, que tant qu’ils se (nous) trompent, ils ne sont pas les bienvenus. Ce par tous les moyens, fussent-ils du désespoir.

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