Le Point, le 29 avril – « L’Europe n’a pas droit à l’erreur »

Je vous ai présenté il y a quelques jours les photos de Jean-Claude Moschetti à l’Île de Houat. Vous apprécierez, j’en suis sûr (hmm…) le contrepoint entre la photo de Georges Papandréou allumant un cierge à la page 84 du Point et la mienne à la page 85 (qu’il m’autorise aimablement à reproduire), tirant parti (à mon insu) d’un tableau au mur de mon bureau.

Interview Paul Jorion : « L’Europe n’a pas droit à l’erreur », pp. 85-86

Patrick Bonazza : La Grèce vient officiellement d’appeler à l’aide. La première fois que nous nous sommes vus, il y a quinze jours vous disiez que c’était inéluctable.

Depuis mars, après chaque réunion européenne, on nous disait que le problème était réglé. Mais on constatait quand même que lorsque la Grèce retournait sur les marchés pour emprunter elle payait toujours plus cher que les autres pays. Même avec derrière elle le prétendu soutien de toute l’Europe la Grèce est restée pénalisée. Elle ne pouvait pas échapper à la sanction des marchés. D’où son appel au secours.

Le fait que l’Allemagne dans la dernière ligne droite hésite encore est-il lourd de conséquence.

C’est la crédibilité de l’Europe et de l’euro qui se joue à Athènes. Peut-être qu’au fond d’eux-mêmes, les Allemands retrouvant peu à peu leur place en Europe centrale pensent pouvoir se passer des pays du « Club Med ».

Pour sauver l’euro les partenaires de la Grèce doivent-ils renoncer à l’égoïsme pour être altruistes ?

Oui et l’on voit que pour la Grèce ça ne se passe pas très bien à cause de l’attitude allemande. Et que fera Berlin s’il y a d’autres alertes ?

Car il peut y avoir d’autres alertes…

La Grèce est un cas particulier. Quand Georges Papandréou revient au pouvoir l’automne dernier tout remonte à la surface, les comptes falsifiés, les accords de swaps avec Goldman pour minimiser la dette… Tous les pays ne sont pas dans cette situation.

Donc il n’y pas de risques de contagion.

Je n’ai pas dit ça.

Mais la Grèce c’est 3% seulement du Pib de la zone euro. Les risques sont limités.

On a dit la même chose pour les subprimes. Au début on a minimisé leur impact. On connaît la suite. Ce qu’il faut bien comprendre c’est la vitesse à laquelle l’information circule et les arbitrages se font sur les marchés financiers. Lehman Brothers est tombé le 15 septembre 2008, la semi-nationalisation d’AIG – qui en est la conséquence – a lieu le lendemain : le 16.

Donc on ne peut exclure que la Grèce ait allumé une mèche.

Oui : si le sauvetage de la Grèce n’est pas bien mené, par ricochet le risque que le Portugal tombe à son tour est considérable. Puis viendra le tour de l’Espagne. Le scénario est déjà écrit.

L’Espagne c’est un gros poisson.

Bien sûr. Près de cinq fois plus gros que la Grèce. Aider la Grèce c’est une chose mais pour ce qui est de l’Espagne on n’aura pas les moyens. Beaucoup se joue en fait en ce moment. Si le soutien de la Grèce par l’Europe et par le FMI fonctionne bien la mèche dont vous parliez peut être éteinte.

Sinon…

L’Union européenne n’a pas le droit à l’erreur. Le meilleur moyen de réduire le risque espagnol c’est de montrer de la détermination pour sauver la Grèce. L’enjeu est énorme car si l’Espagne tombe tout le reste vient avec. Ce serait le chacun pour soi.

Mais le soutien à la Grèce est acquis.

Sur le papier seulement ! Angela Merkel était plus à l’aise quand elle était alliée aux sociaux-démocrates. Avec les libéraux les querelles sont incessantes. Peut-être parce qu’avec la crise, les libéraux du monde entier sont sur la défensive.

Pour revenir à la Grèce. Si les choses tournent mal une sortie de l’euro est-elle possible ?

Cela ne me paraît pas possible. Elle devrait dévaluer massivement dans un environnement économique international qui lui resterait extrêmement hostile. Dévaluer serait raisonnable si l’on avait adopté en 1944 la solution du bancor qu’avait proposé John Maynard Keynes à Bretton Woods. Les Américains avaient refusé et imposé le dollar.

Le bancor ?

C’est un système international de paiement qui pénalise aussi bien les pays qui exportent trop que ceux qui importent trop. Si un pays s’éloigne trop de l’équilibre il est forcé de réévaluer ou autorisé à dévaluer. Avec l’euro ça n’est pas possible. Ce jeu n’est pas permis.

Un peu utopique votre bancor.

C’est tout le contraire : on va beaucoup en parler dans les mois qui viennent. Il intéresse en particulier les Chinois qui veulent se débarrasser de leurs montagnes de dollars. En mars de l’année dernière dans un essai le gouverneur de la banque de Chine Zhou Xiachuan plaidait la cause du bancor.

Si a priori on exclut une sortie de l’euro quand vous parlez de pays qui tombe vous parlez de quoi ?

De pays qui en raison de leur situation financière catastrophique sont condamnés à l’austérité. Alors même, et c’est toute la contradiction, que pour quitter la zone rouge ces pays doivent faire de la croissance : utiliser toutes les ressources dont ils disposent pour augmenter le pouvoir d’achat des ménages. Le cabinet McKinsey recommande l’augmentation des salaires, or les inventeurs de la « stock option » ne sont pas des agitateurs ! Si de plus en plus de pays choisissent l’austérité par contagion c’est toute la zone euro et l’ensemble de la zone euro qui serait affectée.

Comment arrêter cette mécanique infernale ?

C’est tout le problème. Surtout que l’on n’a peut être pas tout vu.

Que voulez-vous dire ?

Il y a des bulles qui n’ont pas encore explosé. Qui avait prévu une faillite à Dubaï ? Qui avait pensé à une soudaine urgence de la dette publique grecque ? Il faut donc rester prudent. La déflation menace plus que jamais et ce sera le tour de l’inflation aussitôt que les choses iront un peu mieux. Et tout le monde sait qu’aux Etats-Unis beaucoup trop de centres commerciaux, d’immeubles de bureaux ou d’hôtels de luxe payés à crédit ne trouvent pas preneurs où alors à des loyers trop faibles pour assurer le remboursement. Le récent effondrement d’un fonds immobilier de Morgan Stanley pourrait donner le signal d’une purge. Mille petites banques et banques moyennes pourraient tomber d’ici à 2013 aux Etats-Unis à cause de l’immobilier commercial. Ce n’est pas rien.

Pour revenir à la Grèce est-ce bien moral d’aider un pays qui a triché et qui ne respecte pas la discipline commune ?

Mais comment faire machine arrière ? Les politiques en Europe ont vendu l’euro aux peuples. Maintenant ils doivent trouver une solution. Ils sont au pied du mur. Ils ne peuvent pas dire « on ne sait pas quoi faire ». On a dit aux peuples, y compris aux Grecs, l’Europe et l’euro c’est la solidarité. Maintenant il faut le prouver. Les Allemands comme les autres. Car eux aussi ont signé.

La crise grecque démontre en tout cas que les fondateurs n’avait rien prévu en cas de crise grave.

C’est évident. Après dix ans on a vu à quoi menait un même taux d’intérêt pour des pays ne progressant pas au même rythme. Au passage on s’aperçoit que les ratios retenus à Maastricht (comme la dette et le déficit publics mesurés par rapport au PIB) ne sont plus forcément pertinent aujourd’hui.

Autrement dit…

La crise de 2007-2008 a été telle que les Etats ont été contraints d’augmenter leurs dépenses pour faire de la relance. Et heureusement qu’ils l’ont fait. Du coup aujourd’hui ces critères ne veulent plus dire grand chose. Personne ou presque ne respecte Maastricht. Plutôt que d’être hypnotisé par la dette publique brute, celle dont on parle toujours, il vaudrait mieux s’intéresser à la dette nette, c’est-à-dire la différence entre les engagements financiers et l’ensemble des actifs, ou même intégrer au calcul le patrimoine public, c’est-à-dire la richesse globale du pays. La situation paraîtrait alors moins dramatique, voire même encourageante. Les instruments de mesure retenus à Maastricht ne font qu’aggraver la crise. Pour respecter le pacte européen il faut contenir la croissance ce qui retarde la sortie de crise.

Vous paraissez être bien seul sur cette ligne.

Tant pis. Je m’y tiens.

Sans les hedge funds la crise grecque aurait-elle éclaté ?

Les animaux qui mangent la charogne sont utiles. Est-ce que les hedge funds sont utiles ? Disons qu’il leur était difficile de ne pas voir que les Grecs n’empruntaient plus au même prix que les autres et qu’ils n’ont rien fait pour améliorer les choses.

Aujourd’hui la France a une dette publique supérieure à l’Espagne. Pourquoi n’est-elle pas exposée ?

La France a eu de la chance. Quand Nicolas Sarkozy était ministre des finances il voulait importer la technique des subprimes. Heureusement, si je puis dire, la crise ne lui en a pas laissé le temps. La France en matière d’endettement des ménages est donc restée conservatrice. C’est pourquoi sa situation est plus solide. Les ménages ont fait moins de folies que les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne sans parler de l’Espagne.

Un pays qui comme la Grande-Bretagne reste en dehors de l’euro est-il avantagé ?

Je ne dirais pas ça. La Livre Sterling depuis la crise a perdu pratiquement la moitié de sa valeur. Comme le pays, hormis des armes ou des médicaments n’est pas un grand exportateur cela ne lui donne pas vraiment un avantage compétitif. Et cela ne renforce pas forcément la City qui demeure sa principale industrie.

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51 réflexions sur « Le Point, le 29 avril – « L’Europe n’a pas droit à l’erreur » »

  1. A propos de la photo…
    Désolé Paul ,on ne peut pas vous canoniser de votre vivant,bien qu’on vous donnerait le Bon Dieu sans confession.

  2. Un bon photographe est quelqu’un pour lequel on peut dire de ses oeuvres : »bien vu ! ».

    L’auréole est méritée ?Vraiment ?

    Oui , puisqu’au fond , ce que vous proposez est d’imposer la morale à un système financier
    qui aurait , prétendument , la particularité de s’autoréguler , tout seul comme un grand ( comme par miracle….)

    Cette photo est bien vue, même si , pour vous , ce genre de « morale » n’est probablement que de « l’intelligence ».
    Du moins, celle qui prend en compte le long terme .

  3. très beau – l’oeil malicieux – quoique légèrement fatigué – le sourire aux lèvres – me disent – mhe… – écoute ce qu’il dit – il est étonnant celui là – pas banal – il doit dire quelque chose – qui es tu ?

  4. Vous êtes donc canonisé de votre vivant !
    Là, au moins, on est sûr de pouvoir témoigner en votre faveur.
    Il n’empêche que vous serez encore soumis à la question pour justifier cette faveur. Et c’est tant mieux pour notre sauvegarde.

    P.S : puisque vous connaissez « l’Ordre Economique Naturel », que pensez-vous de la proposition de Silvio Gesell au sujet de l’IVA et des Iva notes ?

  5. « Vous paraissez être bien seul sur cette ligne.

    Tant pis. Je m’y tiens.  »

    Rien n’est plus fluide que l’eau, rien n’arrête l’eau.

  6. Elle est bizarre la photo : on vous voit auréolé et tenir un chapeau panama que Don Corleone n’aurait pas renié (à mon goût). J’adore dans cette interview « la France a eu de la chance » ah oui c’est bien vrai…mais vous savez que Chirac avait mis Sarkozy aux finances pour qu’il se rate totalement et le discréditer ? Sarkozy pendant sa campagne proposait la mise en place des prêts hypothécaires. Quelques années auparavant (en 2003), il avait eu cette phrase qui m’avait interloqué : « le problème des Français, c’est qu’ils ne sont pas assez endettés »…

    1. Bien sûr que le problème des Français pour Sarkozy c’était, entre autres, qu’ils n’étaient pas assez endettés, car le problème des Français, pour Sarkozy, c’était, et c’est toujours, qu’ils ne sont pas assez comme les américains.
      Les français ont réussi l’exploit d’élire un président qui ne se satisfait pas de sa condition de français ! Le pire étant qu’il est persuadé que c’est bon pour eux car plus ils seront américains moins ils seront « ploucs ».
      Le pire du pire étant qu’il n’est pas seul de cet avis parmi « ceux qui font l’opinion », sinon il ne serait pas là. Il n’est qu’à voir l’importance quotidienne des US dans les journaux ou à la télé, même et surtout, dans les faits divers…

      « De quoi Sarkozy est il le nom ? » http://www.amazon.fr/quoi-Sarkozy-est-il-nom/dp/2355260036 (Plus que 4 réapprovisionnement en cours, ça c’est bien vendu !)

  7. Plus sérieusement, L’Espagne à encore un peu de marge car la TVA est plutot basse (16%), d’ailleurs il est prévu de monter 2 pt cet été ce qui devrait rapporter beaucoup (si qqn peut nous combien?). En France par contre, même en revenant sur les 500 millions que coutent le bouclier, et allez, pourquoi pas sur les autres 500 millions que coûtent les expulsions par charters, ça ne fait guère qu’un petit milliard… et sur un budget plus gros. De plus l’endettement Espagnol n’est pas encore trés haut, c’est la hausse du déficit qui promet de le gonfler mais cette hausse est récente et surtout due à la politique de relance de Zapatero (et aussi a la baisse de la croissance bien sur). Le problème de l’Espagne c’est l’endettement privé mais je crois que le public peut temporiser un peu en augmentant les prélèvements (reste à voir comment le peuple réagira et ne pas oublier que trop d’impots tue l’impot), d’autre part je crois que les marché n’ont pas trop intérêt à conduire les espagnols à ne plus pouvoir rembourser leurs crédits (voir les subprimes). En France, le seul remède vas consister soit à continuer à torpiller le système social, soit à délester le bas de laine de mes chers compatriotes, et les deux options ne sont pas pour déplaire aux libéraux ou aux spéculateurs.

    Alors qui du lièvre ou de la tortue?…. On attend l’oracle de saint Paul avec impatience lol.

    1. Vous passez complétement à coté des vrais problèmes de l’Espagne, qui sont économiques, pas financiers :
      – chomage de masse
      – pays structurellement importateur
      – baisse démographique

    2. Je me cite : « Le problème de l’Espagne c’est l’endettement privé mais je crois que le public peut temporiser un peu »

      J’aurais du écrire le Public pour désigner les finances publiques…. De plus j’ai parlé de temporiser sur la cessation de paiement de l’état ou le recours à l’aide extérieure, peut être assez pour que pendant ce temps, les finances publiques françaises en soient au même point ou guère mieux. Visiblement, je me suis mal exprimé ou vous m’avez mal compris.

      Je voulais aussi mettre en évidence le fait que pour parier sur la chute d’une valeur, il faut que quelqu’un prenne le pari en face me semble t il, or pour la Grèce ceux qui ont pris le pari qu’elle allait tenir savaient que sa proportion au niveau européen permettrait à l’Europe d’intervenir. Dans le cas de l’Espagne, si elle tombe (surtout si elle tombe aprés le Portugal et/ou l’Irlande), il n’y aura pas de providence pour venir en aide à ceux qui ont pariés qu’elle va tenir et ils le savent, ils ne seront donc pas si nombreux à prendre le pari ou alors à des prix prohibitifs et ça pourrait la protéger un peu de la spéculation. La France par contre verra encore pendant quelques temps son statut de « valeur refuge » maintenu (du fait de son faible endettement privé) et il risque d’y avoir une activité spéculatrice plus intense à son encontre au fur et à mesure que la situation sociale et les finances publiques vont se dégrader avec pour conséquence d’accélérer la sus dite dégradation des finances publiques, enfin, tout ça, c’est moi qui le dis, et je suis bien loin de tout y comprendre.

      Enfin, ne passez pas vous non plus à côté des problèmes économiques de la France :

      -En France aussi le chomâge monte en puissance et on ne compte pas pareil, en Espagne il n’y a pas de RMI ou RSA pour faire sortir les trés longues durée des stats, bien qu’ils doivent avoir leur truc à eux je suppose, je ne me suis jamais bien renseigné sur le sujet (mais je sais pour l’avoir vécu qu’avec 1 million de chomeurs il fallait aller chercher des immigrés pour bosser).

      -La France n’est plus un pays exportateur depuis 2003 : extrait wiki « 2009 est la sixième année consécutive de déficit des échanges commerciaux français. Le dernier excédent remonte à 2003 (+ 1,143 milliard d’euros). »

      -La démographie Française ne s’est relevée que depuis peu (et le coût pour les finances publiques est pour l’instant plutot important :allocations familiales, besoins en fonctionnaires pour l’éducation etc quoiqu’en dise et en fasse le gouvernement) et les naissances de ces 15 dernières années ne produisent pas encore de richesses (bien qu’elles consomment déja mais j’ai du mal à considérer que consommer produise de la richesse, ça coince quelque part dans mon esprit terre à terre, peut être ai je tort?) enfin, quand cette génération du « baby boom » des années 2000 vas entrer sur le marché du travail et au vu du taux de chômage des jeunes actuellement , je n’ai pas vraiment l’impression que se sera un avantage (par chance avec plus de jeunes ce n’en sera que plus réactif au niveau social… bien que l’on trouve sur ce blog un monsieur déjà mûr dont beaucoup de jeunes puissent envier la réactivité [@ Paul Jorion : que ce soit bien clair je ne vous traite ni de vieux ni de réactionnaire mais bien de Réactif lol ])

      Bien vous tous y buenas noches.

    1. ah oui, en grand on comprend bien mieux l’image!
      jusqu’ici j’avais le sentiment de quelqu’un dans un aquarium avec un tuba et qui faisait d’étrange bulles en forme de nuages… et je trouvais que ça allait assez bien avec l’humour tout poétique des chroniques 😉

    2. est-ce bien François Leclerc ?
      si c’est le cas, je le croise régulièrement alors, il va devoir assumer son rôle de grand Pasteur des hommes !
      je vais le guetter …

  8. Noriéga, fraîchement arrivé sur Paris, cherche certainement un « conseil » économique. Votre chômage technique voit sans aucun doute la fin du tunnel!
    Que dieu vous protège de vos pires amibes, des patates en lévitation, des planètes atomisées en alignement, et de l’œil pointu des photographes…..
    Je met ma main au feu que ce portrait vous suivra jusqu’à la fin de vos jours beaucoup plus sûrement que votre mise au point.

    Le titre Belge de ‘l’oeuvre » : « Ceci n’est pas un économiste! »

  9. bizarre, tous les commentaires (à part un ou deux) sont faits sur la photo et non sur l’interview.
    On s’intéresse plus à la façon de se présenter qu’à ce qui est dit. Sans doute nos grands comptables Européens ont fait la même chose avec le bilan Grec ils n’ont regardé que la présentation soignée.
    M Jorion lorsque vous dites « l’ensemble des actifs, ou même intégrer au calcul le patrimoine public, c’est-à-dire la richesse globale du pays. » pour la Grèce cela pourrait être leurs iles ou en extrapolant à l’extrême le pays entier?

  10. Pour le calcul de la dette des différents acteurs en jeu, je veux bien qu’on calcule autrement pour un état souverain.

    Mais pour les banques et autres acteurs en possession de montagnes himalayennes de produits dérivés, comment peut-on faire un compte sain ?

    Et à quel point le fait que ce sont les banques privées qui ferment le circuit de la dette des Etats conduit-il à mélanger les deux registres, c’est à dire à ne plus savoir vraiment ou s’arrêter même dans le bilan d’un Etat dans la mesure où les banques qui détiennent des obligations de cet état les a peut être titrisées, etc. Est-on sûr que les effets du leveraging sont circonscrits pour au moins des entités centrales comme les Etats Souverains ? L’exemple de Dubai me conduit à penser que ce n’est pas évident en tout cas.

  11. Quels sont les « petits détails » des efforts grecs?
    Y a-t-il de la volonté dans ce pays de s’attaquer à la corruption et aux fraudes fiscales massives?
    Le gouvernement a-t-il la volonté et les moyens d’organiser dans le pays non seulement la restriction des dépenses de salaires et de retraites, mais y aura-t-il aussi des mesures précises pour saisir les sommes détournées par les plus fortunées?
    Une telle politique, pour être crédible, nécessiterait que les pays d’Europe se mettent tous ensemble pour traquer les plus gros fraudeurs.
    Cela impliquerait aussi que les pays anglosaxons et aussi les paradis fiscaux soient « contraints » d’y participer.
    Car il est évident que ces dettes existent seulement parce qu’il y a bien des créanciers quelque part.
    Les fraudeurs, habitués ainsi, ont l’habitude de l’évasion de leurs avoirs.
    Quels sont les moyens juridiques pour sasir ces biens où qu’ils soient?
    Il me semble qu’à part « faire payer les pluspauvres », les instances internationales ne se montrent guère efficaces.
    Puisque le SMT n’est qu’utopie, semble-t-il, pourtant le seul moyen de mobiliser comme il faut les capitaux en faveur des investissments réels dans l’économie et en faveur d’un désendettement général et réellement payé par les créanciers rentiers beaucoup trop riches, il me semble que tous les milliards pompés vers la Grèce vont surtout alourdir le poids de la dette grècque sans possibilité de redressement.
    Le domino conduisant à une crise déflationniste européenne et mondiale ensuite (à la japonaise) me semble être le scénario écrit d’avance sans avir besoin d’être écrit davantage.
    Face au « sauve qui peut » qui suivra, quelle politique?

    1. Bien sur: les créanciers sont les banques qui achètent des titres qui leur rapportent de 3,5% jusqu’à 9% avec les refinancements offerts à 1% par les banques centrales.

      A titre d’exemples:

      – Les banques, fonds et assurances françaises détiennent déjà 45 milliards d’euros de dette grecque

      – Les fonds et assureurs français détiennent 16% des titres publics du Portugal, les banques allemandes en ont 13%.

      – Les fonds et assureurs français détiennent 8% des titres grecs, les banques allemandes 7,2% et les banques françaises 6,2%.

      – Les banques anglaises détiennent 9,6% des titres de dette publique irlandaise, les assureurs et fonds français 8%.

      – Les banques allemandes détiennent 9% des titres de dette espagnole.

      – Le Luxembourg détient 6% des titres publics allemands, le Japon 5%.

      (Flash Natixis 24 mars 2010 – N° 124 )

      – 43% des titres des Pays-Bas sont concentrés dans les portefeuilles français, allemands et britanniques.

    2. Henry, tous ces chiffres, Ponzy Madoff et tous les chainistes des petits faiseurs…………

      Comme neige au soleil, il va y avoir de la liquidité, la source de la vie pour rester optimiste.

  12. La sortie de l’Euro de la Grèce ne peut se faire qu’à l’occasion d’une crise majeure.
    Krugman en parle sur son blog.
    http://krugman.blogs.nytimes.com/2010/04/28/how-reversible-is-the-euro/
    et http://krugman.blogs.nytimes.com/2010/04/29/a-catastrophe-delayed/
    Dans une situation similaire, si la Grèce avait encore sa propre monnaie, le FMI recommanderait une sévère dévaluation pour restaurer la compétitivité extèrieure.
    Il me semble qu’une voie n’a pas encore été évoqué : celle d’instaurer des droits de douane ou mieux des « montants compensatoirs » comme il y en a eu dans l’Europe agricole, à la suite de la dévaluation du Franc en 1969.
    La France avait (et a toujours) un secteur agricole et agroalimentaire puissant ; la dévaluation du Franc aurait plongé dans la crise les secteurs agricoles des 5 autres pays européens. Les montants compensatoirs étaient donc des droits de douane vis à vis des exportations françaises, et des subventions aux exportations agricoles des autres pays.

    Ne pourrait on s’en inspirer pour la Grèce : cela doperait instantanément sa compétitivité et le système pourrait être progressivement aboli, si les économies recommencent à converger…
    Cela, par certains coté ressemble au bancor…

  13. Que pensez-vous de la situation aux Pays-Bas, à mon avis un pion important sur l’échiquier de la finance?

  14. « Que voulez-vous dire ?  »

     » Il y a des bulles qui n’ont pas encore explosé.  » PJ

    C’est comme sur le tableau se trouvant derrière vous sur la photo, plusieurs pierres se trouvent être encore en attente de retomber lourdement quelque part, sans doute de nouveau sur la tête des moins protégés par les gens d’en haut.

    La pierre verte beaucoup plus visible que les deux autres pourrait par exemple symboliser la prochaine calamité climatique de plus, puis les deux autres pierres représentaient autre chose, la fausseté des prix, l’arbitraire de choses se mettant peu à peu en place partout pour mieux paraît-il y remédier davantage la douleur et le servage de plus.

    1. Ah! Le tableau.

      Pouvez-vous nous en dire plus Mr Jorion.
      Ce fameux tableau que vous aimez tant.
      Comme Jérémie, je vois l’arrière plan.

  15. P.Jorion ne sourit pas aux anges, il a l’œil vif. Pourtant, est-il bien conscient de tout ce qui se passe lorsqu’il dit que cette photo a été prise à son insu ? Sans vouloir l’offenser, j’en doute.

    Quant au noir et blanc choisi par F. Leclerc, on peut penser que c’est pour ne pas contraster avec ce que donne à voir le spectacle du monde. J’attends la venue d’un cliché en couleur comme signal d’un changement favorable de la conjoncture.

    Merci à vous deux et aux autres qui font vivre ce blog formidable!

    1. A chacun son miroir ?

      Nous avons tous besoin d’un miroir de nous même.
      Suivant notre parcours, nos égos, le cuir épais
      de notre « peau » laisse toujours transparaître un désir de reconnaissance.
      Les deux photos me plaisent et semblent correspondre aux deux personnalités si
      différentes et si complémentaires. Je pencherai pour la photo de François Leclerc,
      plus proche de l’abîme si bien décrypté par ses articles.
      Merci à vous deux pour ces photos, elles sont à la hauteur de ce que je pressentais.

  16. Bonjour,
    Aujourd’hui pas de commentaire sur le contenu de cet entretien qui ne fait que reprendre l’énoncé en droite ligne, des craintes de voir encore une fois nos Politiques fuirent leurs obligations (surtout grecs !).
    Je préfére porter mon attention à cette photo pleine d’indications sur l’auteur de ce Blog:
    Bien sur la première chose que l’on regarde est l’auréole qui nimbe la tête du personnage symbolisant l’aura qui en émane et que concrétement on peut percevoir également en lisant les commentaires des afficionados (dont je fais partie).
    On remarquera également que le visage est celui d’une personne fatiguée ( et il y a de quoi à la vue de son emploi du temps et surtout de ce besoin de convaincre) qui est un cérébral (voir la prédominance de son front ). L’ouverture de ses yeux indique un regard plein de discernement sur les événements. Son oeil droit est fixe tel un laser qui pointe son rayon scrutateur de manière analytique. Son oeil gauche, traduit un peu de suffisance certainement fruit d’une revanche sur ses détracteurs. Les cheveux sont rebelles comme il se sent probablement au milieu de ses pairs plus enclins à se peigner selon la mode du moment. Le nez est fort et large ce qui le favorise pour « sentir « les ambiances. Ses oreilles sont plaquées à sa tête, signe d’une écoute intérieure plus qu’extérieure. La barbe n’est pas apprétée signe d’un esprit libre qui n’a que faire des conventions quand celles-ci reposent sur des non prises en compte du quotidien des personnes. C’est la main droite qui tient le panama qui lui-même protége le coeur. Cela tend à indiquer que la raison est au service des sentiments. En déployant son bras droit, on pourrait voir dans son geste la révérence d’un seigneur envers ses interlocuteurs, signe d’une grande conscience de soi-même.
    La bouche posséde des lévres closes mais sans crispation car le besoin d’exprimer est chez cette personne naturelle dès lors qu’elle n’est pas d’accord avec ce qui lui est présentée.
    La posture générale refléte une certaine sérénité qui décrit le personnage comme étant confiant en lui-même dans ses affirmations. L’image est celle d’un terrien.
    Autour de lui une représentation d’un tableau aux représentations géométriques qui sied bien à Mr. Jorion friand de Mathématiques et de réflexions méthaphysiques. La pile de livres symbolise ce besoin perpétuel d’apprendre pour pouvoir nourrir sa réflexion.
    De cette photo se dégage la fameuse « force tranquille » chère à Mr Mitterrand, à la différence que celui qui la revendique me parait plus apte à en être digne….
    Voilà briévement mon humble regard sur une image qui n’a rien d’anodine ….
    Le hasard n’exsiste pas !
    Bonne journée.

    1. Merci pour ce lien, j’aurais bien aimé voir figurer les autres pays de la zone euro sur le premier graphique 1. si quelqu’un à quelque chose dans ce sens? Merci d’avance.

  17. La photo (magnifique et très amusante) est beaucoup moins frappante dans l’édition du Point du 29 avril, que j’ai acheté ce matin exprès: de dimensions trop faibles, elle n’a pas l’impact du tirage reproduit sur le blog. Mais le sujet est naturellement le même: Saint Paul Jorion l’Itinérant, ce que souligne la panama tenu à la main…

    Autrement, c’est sans doute la meilleure interview ‘grand public’ que Paul ait donnée dans un grand média. Aucune ironie dans les questions de Patrick Bonazza, ce qui mérite d’être relevé dans un magazine qui ne brille généralement pas par son progressisme.

    Reste à passer de la page 85 à la couverture, consacrée dans cette édition à Marine Le Pen… Encore un effort, Paul! Delenda est Carthago…

  18. Saint jean ne sais pas mais don quichote, c’est beauoup plus sur, avec Mrs leclerc dans le role de sancho, l’homme aux mirroirs (version J brel bien sur )

    Je ne sais pas si l’humour est autorisé ?

  19. Bonjour,

    @Paul Jorion : « De pays qui en raison de leur situation financière catastrophique sont condamnés à l’austérité. Alors même, et c’est toute la contradiction, que pour quitter la zone rouge ces pays doivent faire de la croissance : utiliser toutes les ressources dont ils disposent pour augmenter le pouvoir d’achat des ménages.  »

    Je ne comprend pas votre logique de raisonnement. Quand on est surendetté et acculé à payer ses échéances à temps (comme la Grèce), on réduit ses dépenses et si possible on essayer d’augmenter ses rentrées d’argent. Ce qui pour un état se traduit par une baisse des dépenses publiques et une augmentation des impôts.

    En outre si on prend le facteur humain, la population consciente que son pays va mal va automatiquement prendre cet argent en surplus non pas pour consommer mais épargner, c’est-à-dire mettre de côté (et même plutôt loin des banques si on se réfère à l’actualité des banques grecques) afin de subvenir à ses besoin en période de vaches maigres.

    En outre, et là je sors du cas de la crise, n’est-il pas mieux d’épargner plutôt que de consommer en général ? Je trouve qu’on consomme bien assez comme cela et trop souvent à court terme. L’épargne permet d’investir plus efficacement par la suite. La consommation c’est justement céder à une forme de panique et c’est même étroitement lié à la création des bulles (là je reviens à la crise).

    En outre je trouve qu’on est bien cléments avec les grecs, et je ne parle pas de l’état, qui pour un tiers travaillent au noir (fonctionnaires compris) et qui viennent après se plaindre de leurs bas salaire ou retraite misérable. Il fait être un peu conséquent dans la vie, non ? A leur décharge, leur état semble particulièrement corrompu ce qui ne donne pas forcément envie de l’alimenter… à condition qu’on en use pas en retour !

    Merci d’avance pour les réponses.

  20. A propos du Bancor:

    Pour quelle raison un pays très exportateur comme la Chine peut-être aussi intéressé par le Bancor?

    Merci!

  21. Bonjour mon commentaire arrive tardivement! Je suis celui qui a commis cette photo. Dans ce genre de travail, commande pour un magazine, le commanditaire demande au photographe de fournir suffisamment de « matière » afin de pouvoir choisir l’image qu’il souhaite publier. Dans les rédactions le choix de l’image se fait parfois dans la précipitation et je ne suis pas certain que les images soient toujours réellement « vues » avant publication. Pour la séance photo avec Paul Jorion, il faut bien reconnaitre qu’il n’a découvert sa canonisation qu’une fois la photo imprimée et que son sourire malicieux n’est nullement du à la présence de son auréole dont il ignorait tout au moment de la prise de vue. J’ai hésité avant d’envoyer cette photo, je la trouvais un peu stupide quoique pas complètement hors sujet puisqu’il me semblait que Paul Jorion était une sorte de « Guide ». Je suis content de constater que cette « icone » vous a fait sourire. J’espère que Paul, avec qui j’ai passé un bon moment, ne m’en veut pas trop d’avoir laissé passer cette image !!

    Jean-Claude.

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