Fukushima : DES NORMES DE SÉCURITÉ ACCOMMODANTES, par François Leclerc

Billet invité.

Fukushima est un désastre loin d’être totalement exploré, le suivi à rebondissements du chantier de la centrale dévastée de Fukushima n’épuisant pas le sujet, il s’en faut. Ainsi, la volonté gouvernementale de relance du parc des 48 réacteurs nucléaires à l’arrêt a suscité hier à Tokyo une manifestation de 16.000 protestataires opposés au redémarrage des deux réacteurs de la centrale de Sendai, suite à l’autorisation finalement accordée par l’Autorité de régulation nucléaire, laissant peu de doute sur l’hostilité générale de l’opinion publique à un tel projet.

Mais un autre angle ne peut être ignoré : celui du sort réservé à tous les Japonais déplacés en raison de la catastrophe. A cet égard, la contribution de Cécile Asanuma-Brice doit être signalée. Résidente au Japon depuis 2001, cette chercheuse en géographie urbaine du Clersé (une unité commune à l’Université de Lille I et au CNRS), fait assurément partie de ces lanceuses d’alerte qui veillent au bien commun. Dans son article, les étapes successives de la gestion gouvernementale des réfugiés sont passées en revue. D’abord installés dans des logements provisoires, construits y compris dans des zones contaminées ou imparfaitement décontaminées, ces 140.000 Japonais (chiffre officiel probablement en dessous de la vérité) ont été incités à s’adapter à un environnement devenu contaminé et aux contraintes qui en résultent. Une stratégie de communication a été parallèlement déployée en direction de l’opinion publique, afin de normaliser ce qui ne devrait pas l’être, et de banaliser ainsi la relance du parc nucléaire.
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La résistance sur la zone humide du Testet, par Sophie

Billet invité.

Nous sommes arrivés dimanche avec des amis sur la zone du Testet après plus de 3 heures de route répondant ainsi à l’appel lancé sur les réseaux sociaux. À cette occasion nous avons pris connaissance du dossier (et de l’état du saccage) ainsi que du mot d’ordre lancé par José Bové (bien que ce ne soit pas forcément ma tasse de thé) : sabotage et désobéissance civile (en refusant notamment de payer nos impôts utilisés sur des projets qui nous desservent et profitent d’abord aux intérêts privés).

Imaginez un paysage bucolique, entouré de collines aux teintes verdoyantes, où serpente au gré des prairies et des sous-bois, une petite rivière. Une belle métairie abandonnée, en briques et en pisé, propriété du Conseil Général, parfait le tableau… Mais… En écoutant on apprend que le four à pain qui avait été remonté par les jeunes qui occupent et défendent ces terres et la forêt de Sivens, a été démoli par les forces de l’ordre… Puis en s’approchant d’un lieu nommé les « Bouilles », on tombe sur un paysage lunaire qui annonce le début de la destruction programmée de la forêt… Un trou béant à travers bois, les machines mécaniques ont comme avalé et digéré cette partie de la forêt… Il ne reste rien … Que de la désolation… Plus un seul brin d’herbe… Un sol argileux défoncé qui laisse apparaître ici et là des moignons de feu nos amis les arbres…Et ce n’est qu’un début…

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À propos de « Rencontre nationale des Agricultures, à Dardilly », par Dominique Gagnot

Billet invité. À propos de « Rencontre nationale des Agricultures, à Dardilly ». Ouvert aux commentaires.

On y trouve les interrogations qui se posent depuis des décennies sur l’avenir du monde agricole / de la pêche / industriel, et je crains que, une fois de plus, on tente de noyer le poisson, sous un flot de propositions aussi complexes que dérisoires face aux réalités économiques, financières et politiques, que l’on ne veut pas voir.

La réalité est en fait un gros truisme.

Pour que les produits agricoles se vendent au prix qu’ils méritent, eu égard au niveau de vie que les agriculteurs sont en droit d’espérer dans un pays développé, il faut :

1 – qu’ils ne soient pas concurrencés par ceux de producteurs moins exigeants en matière de niveau de vie…

2 – que le pouvoir d’achat des populations leur permette de se les offrir.

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Rencontre nationale des Agricultures, à Dardilly (Lyon), les 22 et 23 août 2014

Agriculteurs 1

Agriculteurs 2

Introduction des séances plénières

I

Voyant chaque jour disparaitre des abattoirs, des usines, des exploitations agricoles, nous soupçonnons qu’une destruction de l’emploi est en cours dans les fermes et dans l’agro-industrie amont et aval. Les chiffres nous donnent-ils raison ? Comment femmes et hommes, paysans et salariés, vivent cette transformation ? Cette situation est-elle particulière au milieu rural et à nos métiers, ou sommes-nous face à un mouvement général de disparition du travail dans notre société ? Ne sommes-nous pas tenus alors d’envisager une transformation profonde de notre rapport au travail ? De nous demander à quoi nous nous employons ? À quelles fins travaillons-nous ? De quels moyens, de quels atouts  disposons-nous pour faire face à ces interrogations, pour faire face à ce changement ?

 Paul JORION, anthropologue à la Vrije Universiteit Brussel.
 Maurice DESRIERS, économiste au Ministère de l’Agriculture.
 Olivier LE BRAS, ouvrier dans l’agro-alimentaire, syndicaliste.
 Pierre-André DEPLAUDE, paysan, viticulteur.

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« La transmission des savoirs », à Bécherel, le 19 avril 2014

Si vous ne m’avez jamais entendu parler d’éducation, de la difficulté qu’il y a à transmettre un savoir empirique sur les bancs d’une école et même de la difficulté qu’il y a à transmettre le savoir scientifique, de la raison pour laquelle le pèse-sel n’est pas d’une aussi grande utilité sur un marais salant que pourrait l’imaginer un scientifique, ou de ce qui distingue un pêcheur de homards grottiers d’un pêcheur de homards coureurs, eh bien, une occasion vous est offerte de le faire.

Car si on me demande souvent de parler d’économie – ce qui n’est pas mon métier – on ne me demande pratiquement jamais de parler d’anthropologie – ce qui l’est pourtant. Mais c’était le cas à La fête du livre à Bécherel le 19 avril, où j’ai parlé de La transmission des savoirs, le livre que j’ai co-rédigé avec Geneviève Delbos, publié aux éditions de la Maison des Sciences de l’Homme en 1984, et toujours disponible.

Ceci dit, je parlerai cette fois de Comment la vérité et la réalité furent inventées (Gallimard 2009), aux Rencontres du Louvre le 13 octobre. Je vous en dirai plus à ce sujet en temps utile.

Le son est un peu faible au début mais ça s’arrange par la suite.

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Réponse à Jacques Seignan sur la question alimentaire, par ClaudeL

Billet invité. À propos de « Ressources en énergie » – Énergie et questions connexes, par Jacques Seignan.

Les progrès technologiques ont permis (comme Jean-Paul Vignal l’espère pour notre avenir) de multiplier les ressources tant énergétiques avec le pétrole qu’alimentaires avec les engrais – et de nourrir 7,2 milliards d’hommes en 2014 (1). Or la production des engrais consomme beaucoup de pétrole. Ce fut avec des plantes adaptées un des éléments de la Révolution verte qui sauva des millions de gens de la famine – et nul ne peut nier ce progrès qui fit mentir les malthusiens.

L’alimentation humaine est un des défis majeurs que nous devons résoudre à court terme. Aussi bien sur le plan mondial que chez nous, notre propre autosuffisance alimentaire.

Or, le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est mal parti.

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Comment vivent les gens ? Pour répondre à Christophe Hordé, par Jean-Claude Balbot

Billet invité, en réponse au billet de Christophe Hordé

Cet homme a malheureusement raison quant à ses conclusions. Cet homme est aussi mes voisins à lui tout seul !

La question de l’économie agricole bretonne est une aporie. Soit nous nous enfonçons dans le processus industriel actuel et nous connaissons la fin du film : destruction d’emplois, concentration du capital, et pour ne pas entraver la sacro-sainte « compétitivité », liberté d’entreprendre : « l’environnement ça suffit ! ». Soit nous changeons de pied, allons vers des processus de production plus demandeurs de main d’œuvre, et ils existent même en circuit industriel, et nous nous trouvons face à la diminution, ou du moins au changement de qualité, des emplois de l’agro-industrie dans laquelle travaillent tant de mes voisins. Personne n’arrive à trancher. Le ministère cherche à ménager la chèvre et le chou. Plus la chèvre tout de même. J’en connais un rayon là-dessus que je ne peux pas faire tenir en quelques lignes. Un film (« Entrée du personnel ») sorti en salle il y a un an, montrait bien le dilemme : les ouvrières que vous voyiez s’esquinter la santé sur les chaines de découpe de l’agro-alimentaire, s’il vous venait un instant l’idée de les plaindre et de souhaiter que leurs tâches soient accomplies par des robots, à l’instant suivant l’une d’elles vous rappelait que son salaire, aussi faible soit-il, lui permettait de nourrir ses enfants.

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Travailleurs et travailleuses de toutes les espèces, unissez-vous !

Il n’y a pas de raison qu’il n’y ait que nous qu’on remplace par des robots après nous avoir empoisonnés : les abeilles sont des travailleuses comme les autres !

Pour des sous-titres en français : le petit rectangle blanc en bas à droite « Captions ».

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« Bioperversité », par rienderien

Billet invité.

Je vous fais part d’un commentaire lu un site bio/humanité. Il illustre parfaitement ce qui pour moi relève de la » bioperversité ».

Nous achetons pour l’essentiel des fruits et légumes bio, locaux, de saison, en conversion ou en agriculture biologique, et pour moins cher que l’équivalent issu de l’agriculture « conventionnelle » au supermarché (frais de transport et marge du distributeur influençant le prix final).

Ben voyons, mon frère, t’en connais un bout d’héritage en héritage pour avoir la main sur les bons morceaux du plat à pas cher, on te fait confiance.

Quant au bio industriel, parfois cher, se méfier reste de vigueur : il faut éplucher les étiquettes, traquer l’huile de palme (parfois simplement dissimulée sous le terme générique « huile végétale » ou « graisse végétale »), les excès divers, et se poser des questions sur les provenance. Tout ceci pour des raisons écologiques et éthiques (humaines).

Quel fin stratège ! Que ta réflexion est profonde et pleine de noblesse, franchement mon frère respect ; pendant qu’on se fait rouler dans la farine OGM qui ruine et met en esclavage des pays entiers mais toi t’es super bien tu ne participes pas à ce bizness, la ‘transmission, y’a que ça de vrai !
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Des institutions dont les hommes se dotent. La quévaise, une utopie mise en œuvre ?, par Jean-Claude Balbot

Billet invité

Soit une terre des plus ingrates : manque de chaleur et de lumière, forte pluviosité, gelées précoces et tardives, reliefs tourmentés, sols acides et maigres. Tout pour plaire. D’autant plus qu’à quelques kilomètres de là, au nord comme au sud ou à l’ouest, les conditions sont, sans conteste, plus favorables à l’établissement des hommes. Par quels étranges ressorts depuis mille ans au moins se maintient ici une communauté humaine ?

Au début du second millénaire, ces terres ingrates furent remises en « propriété » à des cisterciens, des templiers et hospitaliers, pour services rendus à l’Église et ses Princes. À charge pour eux d’en retirer leur pitance. Une fois posé comme préambule que ces messieurs avaient tâche plus noble à accomplir que de travailler, restait à répondre à cette question : comment  attirer ici, sur ces milliers d’hectares inhospitaliers, les forces de travail susceptibles d’être taxées et de nourrir ainsi cette intelligentsia.

Chaque heure de travail à quelques lieues de là procurait dix à vingt fois plus de récoltes. Qu’importe alors que celles-ci soient taxées de la moitié et que vous même soyez tenu en servage.

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SOIRÉE À PAIMPOL – Communication publique et information, par Jean-François Le Bitoux

Billet invité

L’histoire débute dans un grand hangar d’entretien de matériel nautique, sur les quais de Paimpol en Trégor-Goëlo (Côtes-d’Armor) un beau soir d’été il y a 2 ou 3 ans. Erik Orsenna a invité par voie de presse à une soirée d’échange sur l’avenir marin de notre région et d’ailleurs. Chacun sait l’intérêt de l’académicien voyageur pour l’eau, la mer et tout ce qui s’y déroule. Ayant un nouveau livre en préparation, il a invité des amis à lui et des lecteurs à en discuter à bâtons rompus. C’est ainsi qu’il demande à Monique, l’ostréicultrice à laquelle il achète ses huîtres régulièrement, de raconter le calvaire que sa profession vit depuis quelques années. Et Monique raconte les mortalités qui se multiplient dans tous les bassins ostréicoles français depuis une dizaine d’années et elle souligne le rôle de sentinelle que joue le coquillage dans la qualité des eaux côtières que l’on peut craindre polluées de manière chronique, avec son point Godwin inéluctable : « Quand les huitres auront disparu, nous serons les prochaines victimes ! » Sauvons donc les lanceurs d’alerte, les ostréiculteurs, pour nous sauver nous-mêmes. Effectivement, alors que dans bien des pays, les productions conchylicoles passent depuis toujours en station d’épuration afin d’en garantir la qualité sanitaire, la position officielle de la France a longtemps été que c’était la qualité des eaux qui était la meilleure garantie de la qualité sanitaire des coquillages. Cette position a évolué quand des incidents se sont multipliés, et dorénavant les conchyliculteurs disposent tous d’une station d’épuration qui leur donne droit à leur étiquette sanitaire. Cet investissement économique additionnel constate ainsi que la qualité de l’eau de mer n’est plus ce qu’elle était ! Et Monique s’emporte et dénonce ces huîtres Triplos et Diplos – évoquées ici récemment – qui brouillent les responsabilités et d’éventuelles méthodes douteuses de la part des écloseries qui les produisent.

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La conférence de l’OMC de Bali
L’ÉLAN BRISÉ DE LA MONDIALISATION, par François Leclerc

Billet invité

Déjà surnommé « Bali light » ou « Bali décaféiné » à peine adopté, un mini-cycle de Doha de la dernière chance a été signé par les 159 ministres représentant les États membres à la conférence de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) de Bali, après des mois de négociations tendues à Genève. Il était moins une, c’était cela ou désespérer, selon les négociateurs : un premier accord – aussi réduit soit-il – devait à tout prix être adopté, pas moins de douze ans après le lancement du « cycle de Doha », qui faisait suite à « l’Uruguay round » conclu en 1994, suite auquel l’OMC a été crée. La marche triomphale vers la libéralisation du commerce international piétine, l’application de ses normes n’avance pas et ses perspectives idylliques ne se concrétisent pas.

La multiplication des accords de libre-échange multilatéraux entre pays ou au sein des régions du monde, tels les partenariats transpacifique ou transatlantique, avaient fini par faire croire que toute avancée globale était impossible et qu’il fallait s’y prendre autrement, quatre conférences successives n’y étant pas parvenu au fil des années. Mais, à y regarder de plus près, le concert de congratulations et d’auto-satisfactions auquel l’annonce de l’accord de Bali a donné lieu est loin d’être justifié, car il ne concerne que 10 % du programme pour le développement lancé initialement à Doha (PPD). Tout repose sur l’espoir volontariste qu’une dynamique irrésistible soit relancée, afin de ne pas reconnaître les illusions qui se sont envolées.

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DE LA CONCHYLICULTURE À LA CRISE DES SUBPRIMES : UN ALLER-RETOUR, par Jean-François Le Bitoux

Billet invité

Mortalités ostréicoles et finances toxiques : mêmes défis ?

L’approche de l’anthropologue a bien des outils en commun avec celle du vétérinaire généraliste de campagne que je suis par formation et par culture. L’un et l’autre se posent avant toute autre considération une question : comment l’écosystème observé fonctionne-t-il quand tout va « bien » ? Ils disposent de différentes grilles de lecture et ils arrivent à croiser des informations dispersées, qualitatives et quantitatives, pour mieux interpréter le passé, le présent et faire quelques hypothèses sur une évolution possible. En cas de pathologie, le vétérinaire utilise ses hypothèses de manière préventive et curative. Le médecin explore le corps du patient à travers les différentes fonctions connues : la respiration, la digestion, les régulations nerveuses et endocrines, etc. Et il se construit souvent une cohérence sans faire appel aux acquis d’une biochimie trop scientifique. L’avantage du généraliste est d’avoir accès à de nombreux détours expérimentaux pour construire une cohérence, chose dont ne dispose pas toujours le « spécialiste » limité par des connaissances trop pointues, trop exclusives qu’il lui est difficile de raccorder à des observations de terrain. Bref, la transmission de savoirs très pointus masque la transmission d’un vaste domaine d’ignorance. Et c’est dans ce vide entre ignorance et savoirs trop exclusifs que des catastrophes sont quasiment inéluctables.

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Nous les azo-cyborgs, par timiota

Billet invité.

Je commente le billet de Jean-François Le Bitoux : De quoi les marées vertes sont-elles le message ?, en particulier sur la question des nitrates, en montrant à sa façon en quoi elle est un impensé.

Si cette réflexion sur l’écologie en baie bretonne et les nitrates me parait très pertinent dans son message et ses lignes générales (un retour intelligent au « hands on »), il me semble que l’humanité n’est pas très consciente de l’énorme modification que MM. Haber et Bosch nous ont permis de faire dans le cycle de l’azote depuis 1913 (voir les écrits de Vaclav Smil, par exemple celui-ci ou encore celui-là – avec mes remerciements à « blob » pour ces liens).

On n’en est pas conscient car bien sûr il n’y a strictement aucun manque d’azote possible ou imaginable, vu ce que dame atmosphère en contient (et que, de plus, on n’utilise pas pour respirer). Ce sont des gens comme Liebig qui ont compris que les plantes manquaient d’azote assimilable, et on y pourvoyait par les fumures (urée, etc.), le guano (« beancake » en Chine), le nitrate des mines chiliennes d’Atacama (eh oui, s’il fait humide, le nitrate migre dans tous les sols et murs poreux, c’est le salpêtre), recherché avant la guerre de 1914.

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LES GRIOTTIERS PARMI NOUS

Pommier : rien ! Reine-claudier : une prune ici ou là dans les frondaisons supérieures ! Cerisier : à pleurer ! Pêcher : pas bézef ! Par contre, le griottier qui n’a pas donné un noyau sur quatre ans, ploie cette année-ci sous sa récolte abondante !

C’est comme avec les gens : il y a de complets tarés qui dans des circonstances inhabituelles révéleront l’extraordinaire talent que nul ne leur aurait sinon jamais soupçonné !

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Augmenter la productivité pour rémunérer le capital et le travail rare : exemple de finitude de la mécanique, par Christophe Diss

Billet invité

Dans mon dernier billet (ici) évoquant le cas de la rentabilité des exploitations laitière inscrites dans un rapport de force de filière, j’évoquais par quel mécanisme de la pensée économique, les chefs d’exploitation et les financiers ont cherché à augmenter le flux de liquidité par l’argument de la productivité du travail, facteur de rentabilité face à une déflation du prix du lait, une hausse de charge et une confiscation de la valeur ajoutée le long de la chaine de valeur.

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ON ACHÈVE BIEN LES CHEVAUX, par Zébu

Billet invité.

Le ‘scandale’ en cours et dernier d’une longue liste déjà étoffée, celui des lasagnes à la viande de cheval, révèle les logiques qui sous-tendent un système qui ne peut que conduire à l’impasse actuelle.

Surtout, telle la pointe émergée de l’iceberg, il permet de concevoir l’immense masse immergée que l’on ne sait (ou ne souhaite) pas voir mais que l’on ne peut éviter de deviner.

Tout commence toujours ainsi : « Il était une fois une fraude … »

Une faillite

Le fraudeur. Le fraudeur est l’archétype même du rouage nécessaire à la survie d’un système qui a failli.

Il permet à tout un chacun l’exutoire nécessaire quand un malheur arrive à une communauté. Celle de l’agroalimentaire français a ainsi trouvé son bouc émissaire : Spanghero. Coupable émérite puisque déjà mis en examen pour fraude (« déjà ! », s’écrie la clameur) à la viande avariée en 2008, les pouvoirs publics ont donc resserré les filets et fini par trouver un poisson. Exit donc tous les autres acteurs de cette lasagne au cours bouillon européen, qui travaillent parfois ensemble depuis des années : aucun d’entre eux n’est responsable puisqu’un coupable existe forcément (le fraudeur), qui heureusement vient à être désigné.

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BON APPÉTIT !

On lit dans un article du Financial Times paru il y a une heure et consacré à l’affaire des lasagnes de cheval :

Nombreux sont ceux qui pensent que tester en vue de déceler la présence éventuelle de viande de cheval ne touche encore que la partie émergée de l’iceberg. « Je suis certain que l’on étendra rapidement la recherche à d’autres espèces animales », déclare Adam Couch, P-DG de Cranswick, un fournisseur de viande et de pâte, qui n’est pas impliqué dans le scandale.

« Autres espèces animales » que le boeuf ou le cheval dans la lasagne, le hamburger ou la sauce bolognaise ? les paris sont ouverts !

Curieusement, j’ai le sentiment d’être le seul jusqu’ici à parler de cette affaire comme une conséquence de la financiarisation de l’industrie alimentaire. À quand un marché à terme du « minerai » (comme on dit si joliment pour les raclures de bidoche) ? Minerai de chien, de chat, de rat ?

 

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FILIÈRE INDUSTRIELLE LAITIÈRE : CHANGER DE PARADIGME EST INDISPENSABLE, par Christophe Diss

Billet invité

D’après l’agence Agra Presse, la commission de l’agriculture du Parlement européen a voté trois propositions dans le cadre de la réforme de la PAC pour permettre aux agriculteurs de gérer leurs volumes de production laitière en cas de crise. Ce vote n’est pas du goût de l’European Dairy Association, le porte-voix à Bruxelles du lobby de l’industrie laitière. Le vote des eurodéputés n’est pas seulement « un pas en arrière » selon eux, mais il remet en question « l’évolution progressive du secteur en vue d’une plus grande orientation vers le marché ».

Et de rajouter : « Adopter des mesures de gestion des volumes serait tout à fait incompatible avec les exigences du fonctionnement de notre industrie sur le marché mondial », martèle Joop Kleibeuker, le secrétaire général de l’European Dairy Association. Un système de gestion des volumes « ne marcherait pas dans le monde d’aujourd’hui ». En effet, pour doper la dynamique industrielle, la conquête des marchés internationaux devient une norme indéfectible. Pourtant, ces mécanismes ont fait leur preuve au Canada et les États-Unis souhaitent s’en inspirer.

La production et l’industrie dans le sillage d’un marché objectif et efficace.

Cette réaction du lobby laitier est une démonstration florissante de son intégration à l’idéologie du marché efficace, méprisant ainsi l’idée d’une régulation du secteur, privilégiant le report du risque de la volatilité des prix sur le secteur de la production. En effet, les industriels indexent désormais davantage la paye du lait cru sur la valorisation des marchés de ses dérivés. Elle demande en revanche la mise en place de filets de sécurité exceptionnels d’aides au secteur de la production, pour les « coups durs », ou des aides au stockage privé des quantités excédentaires présentes sur le marché, comme cela se faisait couramment par la force publique avant l’instauration des quotas en 1984 (politique au combien coûteuse et qui n’est plus du tout au goût du jour). Au milieu des années 2000, la commission européenne a mis l’Europe sur les rails du commerce international et de la loi du marché : la fin des contingentements laitiers (quotas) est prévue pour le 1er avril 2015. À une échelle plus petite, en Suisse, la disparation du contingentement laitier est intervenue dès 2008 et s’est soldée par un échec cuisant suite à la volonté de certains industriels de « conquérir ». Par manque d’organisation collective et de défense sectorielle des producteurs, la vingtaine d’organisation de producteurs – rattachée chacune par contrat à une laiterie différente – ne s’entendent plus, du fait de l’intégration à la logique de leur industrie respective sur la façon de gérer le développement « volumique ».

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«… EN AFFICHANT AU-DESSOUS DU PRIX DE VENTE, LA MARGE DU DISTRIBUTEUR SUR SON FOURNISSEUR », par Mains dans le cambouis

Billet invité.

Cher Monsieur Jorion,

Comme nous en sommes convenus le 14 Septembre dernier après la conférence que vous avez donnée à Toulouse dans le cadre d’Assosciences, je reprends contact avec vous sur le sujet de l’affichage souhaitable des marges de distribution sur les étiquettes de vente des produits destinés au consommateur.

Vous nous avez expliqué, lors de votre conférence, qu’en-dehors du fonctionnement théorique d’un marché parfait (et irréel bien entendu), un prix n’était pas représentatif d’un équilibre entre offre et demande mais que depuis Aristote, qui en avait eu le pressentiment, « le prix représente le statut des parties en présence » (et donc, au mieux, de leur pouvoir respectif de négociation). Vous avez parfaitement formalisé un fonctionnement du marché que je soupçonnais depuis longtemps, je dirais même : que j’ai vécu dans le domaine agricole, sans en avoir une vision claire.

À mon sens – et c’est ce que je voulais mettre en exergue dans mon intervention à la fin de votre exposé – dans le « statut des parties en présence », il intervient pour beaucoup (mais pas seulement) le niveau d’informations sur le marché détenues par l’une ou l’autre de ces parties. Je vous citais l’exemple du rééquilibrage du pouvoir de négociation des agriculteurs d’aujourd’hui face aux acheteurs de céréales ou d’oléoprotéagineux, depuis qu’ils ont accès par internet aux informations mondiales des circonstances de leur production dans tel ou tel pays ou sous-continent et de leur commercialisation (accidents climatiques, importances des récoltes, état des stocks de ces pays, leurs décisions de ventes, les prix à la Bourse de Chicago, voire aux ports de Rouen ou de Bordeaux, etc.) Et j’attirais votre attention sur une autre situation de rééquilibrage par l’information, des pouvoirs des parties en présence liés à leur statuts : celle des consommateurs face à la Grande Distribution.

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