La « négociation » de la révolution numérique selon Bernard Stiegler, par Madeleine Théodore   

Billet invité.

Notre époque est traversée par un flot de questions sans réponses, du moins immédiates, et de situations propices à déboucher sur le désespoir. C’est ce que confirme Bernard Stiegler dans l’introduction à son livre paru chez Fayard en 2015, L’emploi est mort, vive le travail ! *, lorsqu’il affirme : « Les gens sont dépressifs, et moi aussi » (p. 16).

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« De l’anthropologie à la guerre civile numérique » – VIII. Subissons-nous l’empreinte de l’écriture en tant que telle ?

Suite de l’entretien du 5 mai 2016 avec Franck Cormerais et Jacques-Athanase Gilbert de la revue Études digitales, en complément de l’entretien intitulé De l’anthropologie à la guerre civile numérique.

VIII. Subissons-nous l’empreinte de l’écriture en tant que telle ?

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Les Échos, À l’aube de 2016, le « faire pour faire » des entrepreneurs français a trouvé ses limites, par François Némo, le 7 janvier 2016

À l’aube de 2016, le « faire pour faire » des entrepreneurs français a trouvé ses limites

[…] J’ai assisté aux Entretiens du Nouveau Monde industriel (ENMI) organisés par Bernard Stiegler, ce philosophe français incontournable qui axe sa réflexion sur les enjeux des mutations actuelles – sociales, politiques, économiques, psychologiques – et dirige l’ Institut de recherche et d’innovation (IRI) qu’il a créé au sein du centre Georges-Pompidou. Je ne citerai que quelques intervenants comme Evgeny Morozov, Julian Assange, Paul Jorion, Axelle Lemaire, qui en repensant notre conception de la politique et de l’économie sont les précurseurs d’une société numérique qui sort de son adolescence pour entrer dans une autre phase de son histoire. […]

La suite sur le site des Échos.

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 17 DÉCEMBRE 2015 – (retranscription)

Retranscription de Le temps qu’il fait le 17 décembre 2015. Merci à Cyril Touboulic pour la retranscription !

Bonjour, nous sommes le jeudi 17 décembre 2015. D’habitude, je fais la vidéo le vendredi, je la fais aujourd’hui (un jeudi) parce que demain à l’heure où j’enregistre ma vidéo habituellement, je serai avec les 7 autres experts de notre groupe de réflexion, de notre comité, nous nous retrouverons en face du ministre des finances belge, M. Johan Van Overtveldt, et nous lui remettrons le rapport sur lequel nous travaillons depuis 8 mois. Voilà !

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Le temps qu’il fait le 17 décembre 2015

J’ai rencontré un petit souci avec youtube, la fin de la vidéo est coupée. Je terminais en précisant que le compte-rendu dans Le Monde que j’évoque portait sur mon intervention aux Entretiens du nouveau monde industriel.

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Comprendre, pour éviter de refaire les mêmes conneries

Essayer de comprendre, c’est tirer parti du fait d’avoir un cerveau. Certains partisans du « tirons dans le tas, on verra bien plus tard ! », sont contre. À leur opposer, quelques beaux textes ces jours derniers :

Le Monde, Thomas Piketty : «  Le tout sécuritaire ne suffira pas »

Face au terrorisme, la réponse doit être en partie sécuritaire. Il faut frapper Daech, arrêter ceux qui en sont issus. Mais il faut aussi s’interroger sur les conditions politiques de ces violences, sur les humiliations et les injustices qui font que ce mouvement bénéficie de soutiens importants au Moyen-Orient, et suscite aujourd’hui des vocations sanguinaires en Europe. A terme, le véritable enjeu est la mise en place d’un modèle de développement social et équitable, là-bas et ici. […]

Le Monde, Bernard Stiegler : Ce n’est qu’en projetant un véritable avenir qu’on pourra combattre Daech

C’est donc sur les ruines de l’ultralibéralisme que se construit la radicalisation ?

Oui. On ramène le radicalisme à une question de religion, et c’est scandaleux. La plupart des recrues de l’islam radical n’ont pas de culture religieuse. Ce n’est pas de religion dont il s’agit, mais de désespoir. Richard Durn, l’assassin de huit membres du conseil municipal de Nanterre en mars 2002, anticipe son acte en parlant de son sentiment de ne pas exister : il a voulu devenir quelqu’un par ce geste. […]

Le Monde, Jérôme Ferrari : Déplorer, maudire, ne pas comprendre

Peut-être sommes-nous entrés en guerre, peut-être sommes-nous entrés en résistance, je ne sais pas. Il y a sans doute bien des manières d’être en guerre et de résister. Les querelles sémantiques paraissent bien vaines. Mais je sais que Paris n’est pas Homs, et je crains fort que persister à boire un apéritif en terrasse ne transforme aucun de nous en Jean Moulin. Finalement, ce serait bien qu’on commence par se mettre d’accord sur le sens des mots. Avant d’entendre à la radio une ministre que je me refuse à accabler, j’ignorais, par exemple, que les stades de foot étaient des temples de la « fraternité », sur lesquels déferlent régulièrement, comme chacun sait, des tsunamis d’amour. De même, je ne suis pas très sûr de bien comprendre ce qu’une autre ministre, qu’il est également superflu de nommer, appelle « lieux de culture ». L’émotion est immense, elle est légitime, et elle explique évidemment que règne une certaine confusion dans le choix du vocabulaire.[…]

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AVEC LE REVENU MINIMUM, FAIRE DE NÉCESSITÉ VERTU, par François Leclerc

Billet invité.

La plaie du chômage est grande ouverte, et pas seulement en Grèce, au Portugal ou en Espagne, ces pays particulièrement touchés pour avoir bénéficié des attentions soutenues des autorités européennes. Entre hier et aujourd’hui, une nouveauté est toutefois intervenue en Europe : il était déjà prédit une croissance sans emplois, mais celle-ci donne depuis des signes de faiblesse, à peine timidement apparue. Que reste-t-il ?

Le taux de chômage des jeunes de moins de 25 ans est particulièrement impressionnant. Il a dépassé 50 % en Espagne et, ce qui est moins connu, 43 % en Italie. Les prévisions de l’Organisation internationale du travail (OIT) prêtent également à réflexion : dans le cas de l’Espagne, celle-ci prévoit en effet que le taux de chômage global restera au-dessus de 20 % durant toute la décennie.

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Ars Industrialis, Valeur, prix, travail, à Saint-Denis le samedi 21 mars de 14h à 18h30

Stiegler 1


Valeur, prix, travail.
À propos du revenu contributif, deuxième partie

Le 21 mars 2015 au théâtre Gérard Philipe, à Saint Denis

de 14 h. à 18 h.

Bernard Stiegler
Paul Jorion
Arnauld de l’Epine
Colette Tron et Ars Industrialis Marseille
Franck Cormerais

« Notons une propriété remarquable de la monnaie selon Aristote », écrit Paul Jorion dans Rebâtir à partir de Keynes, à paraître aux éditions Odile Jacob. « Il existe une distinction fameuse attribuée au Stagirite dont il n’est en réalité pas l’auteur, c’est celle qui opposerait « valeur d’usage » et « valeur d’échange ». Le passage de l’Éthique à Nicomaque où il aurait prétendument fait cette distinction ne contient pas même de mot signifiant « valeur », celui qui s’en rapproche le plus signifie « comme mesuré par le prix » (l’erreur de traduction est due au Scolastique Albert le Grand [?-1280], qui la commit délibérément ; voir sur ceci Piron 2011). Ce que dit Aristote, c’est que pour toute chose susceptible d’avoir un prix, il y a deux usages possibles : être utilisée selon son usage propre, par exemple pour des chaussures, d’être portées aux pieds, et utilisée selon son usage dans l’échange, et toujours pour des chaussures, d’être échangées contre autre chose, disons, quelques leçons de guitare. Or ce qui est remarquable pour l’argent, c’est que dans son cas, ces deux usages se confondent. »

Après une introduction de Bernard Stiegler sur les questions du travail et de sa valeur dans une société automatique, c’est par l’approfondissement des considérations de Paul Jorion citées ci-dessus, et dans la suite de la séance mouvementée du 31 janvier dernier, que nous commencerons cette troisième rencontre d’Ars Industrialis au Théâtre Gérard Philipe de Saint Denis.

Ensuite de quoi, là aussi pour faire suite au 31 janvier, Arnauld de l’Epine présentera quelques idées majeures de travaux internes du groupe qu’il anime au sein d’Ars Industrialis sur les principaux aspects institutionnels de ce que devrait être pour nous un revenu contributif. Puis le groupe Ars Industrialis Marseille animé par Colette Tron et Thomas Ricordeau présentera par Skype ses propres réflexions au sujet d’une conception actualisée du travail. Enfin Franck Cormerais proposera une analyse des rapports entre contribution et cotisation en partant des propositions de Bernard Friot évoquées dans le débat du 31 janvier dernier.

La séance débutera à 14 heures. Un débat public sera ouvert à 16 heures et jusqu’à 18 heures.

La salle étant limitée à 75 places l’inscription est indispensable ici.

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Assistance (robotique) à la personne

Ouvert aux commentaires.

Il n’y a pas de terrain plus miné pour le « bon sens » que celui de la robotisation et de la « logicièlisation ». Le bon sens nous assure que la mécanisation date au moins du moulin à vent et que l’informatique d’aujourd’hui n’empêche pas qu’il n’y ait rien de nouveau sous le soleil de ce point de vue.

Or il ne faut pas être spécialiste en intelligence artificielle, il suffit d’être familier de la programmation, pour savoir qu’on se trouve ici sur un nouveau terrain, qu’un saut qualitatif a eu lieu, et que la « singularité » – l’ordinateur faisant tout mieux que nous – est une question d’années, pas même de dizaines d’années.

Ceux d’entre vous qui étiez au théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis le 31 janvier, ont assisté au véritable clash entre Bernard Stiegler et Dominique Méda sur ce sujet, Stiegler est convaincu comme moi que le travail (et derrière lui, l’emploi) est en voie de disparition, Dominique Méda pense que « business as usual » sur ce plan et Jean Zin pense comme elle, et il faut lire (je suis d’accord avec lui sur de nombreux points) son billet ne datant que de quelques jours : Non, les robots ne sont pas la cause du chômage !

Stiegler me dit que c’est ce clash qui l’a retenu jusqu’ici de mettre en ligne l’enregistrement de notre débat. Il me semble au contraire essentiel (je le lui ai dit) que la question (et ses affrontements) soit débattue sur la place publique.

Quels arguments ont à offrir Dominique Méda et Jean Zin en cette matière ? Pas grand-chose me semble-t-il sinon le bon sens. Or pensons à ceci : y a-t-il un domaine dont on nous affirme avec davantage de force que la robotisation n’y opérera une percée qu’en tout dernier recours, sinon l’assistance à la personne, le « care », mais y a-t-il en fait un domaine où la percée est au moment-même où nous débattons, plus décisive ?

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Paul Jorion pense tout haut le 24 septembre 2014 à 8h39 (retranscription)

Retranscription de Le temps qu’il fait le 19 septembre 2014. Merci à Olivier Brouwer.

Bonjour, on est le 24 septembre 2014 et il est 8h 39.

Et si j’annonce l’heure, c’est parce qu’on est dans la série où je pense tout haut : ces réflexions que je me fais sans me dire a priori que je vais aboutir à une conclusion, ou que je sais d’avance qu’il n’y aura pas de conclusion, mais où je voudrais quand même vous parler de quelque chose.

Et ce qui m’a conduit à cela, c’est d’avoir reçu hier le manuscrit, enfin les épreuves, d’un livre qui va paraître dans les quinze jours à venir, et c’est pour ça que je ne dis pas exactement son titre ni l’auteur, puisqu’on va attendre qu’il sorte pour en parler officiellement, mais on m’a envoyé ce livre pour me demander de participer à un événement que j’annoncerai aussi quand les choses seront plus claires, quand les invités qui ont été approchés, abordés, auront dit oui ou non s’ils viennent.

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Paul Jorion pense tout haut le 24 septembre 2014 à 8h39

Sur Dailymotion, c’est ici.

Que faire, sinon ce que nous faisons déjà ?

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ET MAINTENANT, QU’ALLONS-NOUS FAIRE ?, par Zébu

Billet invité. Ce billet fera l’objet d’un « chat »sur la page Les débats du blog de Paul Jorion en fin de semaine prochaine. La date sera précisée ultérieurement.

Le présent billet n’a pas pour objet de retracer les constats, les analyses qui ont été déjà réalisés ici, sur Le blog de Paul Jorion, sur la ‘grande perdition’ : je n’y reviens donc pas (‘ceci est bien une pipe’). Son objet est très clairement de pouvoir proposer des constats et des analyses pouvant déboucher sur des actions et d’en définir les objectifs. Il s’agit, évidemment, d’une liste non exhaustive, qu’il convient de modifier et compléter.

Tout d’abord, un constat : bien que parcellaire, on ne peut que constater une poussée politique croissante du Front National. À moins de faire un déni de réalité comme certains le font au pouvoir (ou même dans l’opposition), d’élections en élections (partielles), le FN est en train de gagner son pari : imposer ses thématiques dans les débats politiques, forcer ses concurrents à les suivre (ou à se positionner contre, c’est ‘pareil’), recentrer son parti politiquement (en passant d’un parti extrême à un parti populiste), sans rien renier de son vieux fonds d’extrême droite.

Cette poussée du FN ne semble pas devoir s’arrêter, étant donnée la déréliction du champ politique, de tous bords. Déréliction de ce champ politique, dans tous les partis, y compris d’opposition (UMP, mais aussi chez le FdG), mais surtout du pouvoir en place (PS, Verts) : celui-ci navigue à vue, n’a aucune vision ni structuration politique en dehors de continuer à appliquer sa politique de ‘containment’ de la dette publique.

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Réflexions pour un mouvement néodémocratique (XIII) – La nécessité de l’invention, par Francis Arness

Billet invité.

Notre situation n’a pas d’antécédent dans l’histoire de l’humanité. Celle-ci n’a jamais connu une telle crise écologique planétaire, ni une telle globalisation des problèmes, et par là même un risque d’effondrement généralisé, et même de disparition de l’espèce. C’est cette nouveauté radicale de notre situation qui explique aussi le temps que demande l’invention de nouvelles réflexions et de nouvelles pratiques permettant de faire face à cette nouvelle situation. Nous devons inventer, nous inventer – individuellement et collectivement – dans nos réflexions, nos pratiques et nos manières de vivre.

Ce mouvement collectif d’invention a bien lieu, même s’il est difficilement accessible au citoyen qui s’informe auprès des médias les plus courants qui ne parlent que peu de cela. Comme le rappelle François Leclerc [*], la société est entrée dans une phase d’innovation intense. De nouvelles logiques économiques sont élaborées (collaborative, circulaire, contributive…) afin de répondre à la crise. Des pratiques nouvelles apparaissent ainsi : mutualisation de moyens, prêts, échanges, recyclages, circuits courts de distribution, ateliers de production 3D, élargissement de la sphère des rapports non marchands sur Internet. La vie associative et les réseaux sociaux répondent au besoin de recréer un lien social. Un mouvement profond parcourt la société, esquissant les nouveaux paradigmes qui succéderont à la société néolibérale. En parallèle, de nouvelles réflexions surgissent dans tous les domaines (énergie et environnement, urbanisme et éducation, santé et fiscalité, ou encore chômage, retraites et partage du travail en général) pour faire face aux nouveaux problèmes qui se posent, s’appuyant sur les expériences et les connaissances développées au sein de la société civile. Tout ceci va dans le sens de la création d’un mode de vie plus sobre, qui tranche avec la frénésie consumériste et productiviste qui empêche bien des gens d’avoir le temps de se parler et de réfléchir. Notre tâche politique est de rendre visible ce vaste mouvement d’invention, pour en informer la population et les classes dirigeantes et responsables, et de le faire pénétrer dans le monde politique puis dans les structures de gouvernement.

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Réflexions pour un mouvement néodémocratique (XI) – Tentative néoautoritaire et renversement de l’atmosphère sociale, par Francis Arness

Billet invité.

À court ou moyen terme, nous aurons affaire à une tentative néoautoritaire. Face à l’inéluctable approfondissement de la crise – qui adviendra nécessairement tant que des mesures de stabilisation permises par un tournant néodémocratique n’aura pas lieu -, une importante partie des classes dirigeantes et responsables cherchera à perpétuer et à approfondir la concentration des richesses et du pouvoir. Elle sera en cela soutenue par une importante partie de la population qui y verra une solution défendant ses intérêts. Nous aurons affaire à une tentative de mutation du système de concentration des richesses et du pouvoir, qui passera d’une forme néolibérale – que l’on essaiera de pousser le plus loin possible, pour préparer le coup suivant – à une forme néoautoritaire. En France, la tradition et l’imaginaire bonapartistes y trouveront une continuité naturelle. Les mobilisations actuelles de la droite classique devenue radicale et de la droite extrême, sont des indicateurs de la préparation d’une telle alliance en ce sens.

Une telle tentative, un tel mouvement social et politique, pourront s’appuyer sur la puissance des médias, des réseaux sociaux et des productions culturelles que contrôlent les réseaux de pouvoir allant dans ce sens. Cela permettra de déployer ce que l’on appelle des techniques de « captation de l’attention » (Christian Salmon) et de « capture » (Paul Jorion, Frédéric Lordon) des manières de vivre dans le sens qui leur convient. Si elle n’arrive pas à produire du sens existentiel et intellectuel, cette communication de masse, sur les médias, les réseaux sociaux et dans les productions culturelles relevant de la sous-culture de masse (qui n’a rien à voir avec la culture populaire vivante), ont par contre le pouvoir, d’entraver ou de détruire, chez les personnes et groupes qui s’y prêtent, tout sens, toute idée d’avenir, et toute tentative existentielle et collective, politique de liberté (Bernard Stiegler, Christian Salmon).

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Réflexions pour un mouvement néodémocratique (X) – La grande désorientation, par Francis Arness

Billet invité.

La présente réflexion ayant peut-être permis de clarifier quelque peu dans quelles situations existentielles et dans quelle atmosphère sociale nous nous situions avant le tournant politique contemporain, voyons ce qu’il en est actuellement. Nous sommes en train de passer de l’inertie à la grande désorientation. Si la désorientation, le plus souvent sous une forme occultée, existait avant le tournant politique actuel (Bernard Stiegler [*]), elle est maintenant bien plus forte et bien plus manifeste.

Pour qualifier notre situation existentielle face à la difficulté des situations personnelles et collectives, face aux informations toujours plus paradoxales, mensongères, inquiétantes et désespérantes qui adviennent (en même temps que certaines nouvelles peuvent nous réjouir, lorsqu’elles montrent une certaine révélation du réel et une véritable inventivité), face la stratégie du choc du pouvoir qui cherche à nous déstabiliser existentiellement et collectivement pour continuer de mener coûte que coûte la néolibéralisation de l’économie et de la société, nous pouvons parler de tétanie mentale. Le système néolibéral ne fonctionne plus. De plus en plus de personnes seront au chômage, avec de moins en moins d’aide sociale, ce qui les promet tragiquement à la pauvreté. Nous serons toujours de plus en plus plongés dans la grande désorientation par l’ensemble de ce qui nous advient, c’est-à-dire par :

1. La souffrance matérielle et mentale.

2. La colère et le sentiment de révolte – y compris dans les classes dirigeantes et responsables de bonne volonté – face au déni par le système des libertés réelles, à l’injustice et à l’absurdité de cette souffrance et de la concentration des richesses et du pouvoir.

3. Le caractère tragique de notre situation d’effondrement social et écologique.

4. L‘écart toujours plus grand entre le discours des autorités politiques et économiques et le réel qui se révèle.

5. Le vertige face à la complexité du réel.

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Réflexions pour un mouvement néodémocratique (IX) – L’atmosphère sociale avant le tournant politique actuel, par Francis Arness

Billet invité.

Durant la période néolibérale qui est en train de s’achever, s’est cristallisée, dans l’ensemble de la société, une atmosphère sociale fondée principalement sur l’inertie, le pessimisme du moindre pire, le scepticisme, le laisser-faire pour ceux dont les comportements sont les plus égoïstes et destructeurs. La production d’une telle atmosphère sociale a été en bonne partie permise par les médias dans leur versant manipulateur et communicationnel (car il existe des médias qui jouent leur rôle démocratique). Ces médias ont en effet une puissance de « captation de l’attention » (Christian Salmon, Bernard Stiegler) et de « capture » (Paul Jorion, Frédéric Lordon) de nos manières de vivre.

Dans ce règne des apparences trompeuses, la dégradation de l’énergie vitale du corps social et l’asphyxie de la vie se déploient librement. Dans un cercle vicieux, elles entraînent le déclin tout à la fois de la créativité, de la capacité de révolte féconde, comme celui du désir et de l’espoir de vérité, de liberté et de bonheur véritable. Pourtant ce sont cette créativité et cette révolte, ce désir et cet espoir qui permettent que notre existence et notre vie collective se confrontent au réel et l’inventent dans le sens le meilleur. Ce sont d’ailleurs cette créativité et cette révolte, ce désir et cet espoir que le système cherche à asphyxier. Il le fait justement en produisant cette atmosphère sociale d’inertie, de pessimisme existentiel, de scepticisme, de laisser-faire pour ceux dont les comportements sont les plus égoïstes, lâches et destructeurs.

De plus, l’apparence trompeuse et l’asphyxie de la vie sont avant tout les caractéristiques existentielles de ceux qui veulent le pire et mettent celui-ci en œuvre méthodiquement, poussant ainsi en dehors du système, ou plongeant dans des contradictions paralysantes, les personnes de bonne volonté. C’est en fait leur ruse et l’auto-asphyxie de leur propre existence que ces gens répandent dans le corps social, en une véritable contagion.

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Réflexions pour un mouvement néodémocratique (VI) – Les cinq réactions fondamentales face au tournant politique actuel, par Francis Arness

Billet invité.

Dans la situation actuelle de découplage toujours croissant entre, d’un côté, le système et ses appuis, et, de l’autre, la majorité de la population et des classes dirigeantes et responsables de bonne volonté, nous rencontrons – et rencontrerons toujours plus – cinq réactions fondamentales :

1. Une partie importante de la population et des classes dirigeantes et responsables, qui se prêtait au néolibéralisme ou plus largement à la logique de concentration des richesses et du pouvoir, se réfugie maintenant dans la perpétuation de cette occultation.

2. Une autre partie minoritaire et lucide, de la population, des classes dirigeantes et responsables, et des institutions sociales, fait face à la révélation du réel, et à la nécessité de prendre celui-ci en compte pour construire un avenir qui ne soit pas un grand effondrement, mais bien un grand tournant. Ce sont ces forces sociales qui constituent le noyau du tournant néodémocratique à venir. Elles peuvent s’appuyer sur les réflexions de ceux qui, précocement lucides, avaient compris voire prévu de quoi il en retournait bien avant la crise de 2008.

3. Une partie importante et de la population et des classes dirigeantes et responsables de bonne volonté est dans une situation d‘indécision, parfois quasiment de désorientation et de tétanie mentale. Celle-ci est provoquée par le discours médiatique néolibéral qui désarçonne – et vise à ce désarçonnement. Elle est aussi provoquée par le fait que le réel révélé est en soi désorientant, difficile à assimiler, du fait de sa complexité, mais aussi parce que c’est bien de destruction des individus, des sociétés et de l’environnement, d’effondrement civilisationnel, voire de fin de l’espèce humaine, dont il est ici question, et qu’il s’agit d’accepter dans leur possibilité même. Cette partie importante de la population commence à souffrir d’une grande désorientation – sachant que nous sommes tous désorientés par ce qui arrive.

4. Une partie minoritaire de la population et des classes dirigeantes et responsables est opposée au système néolibéral mais n’arrive pas à prendre en compte la révélation du réel. Cela est lié à l’attachement à une identité politique a priori et tournée vers le passé, qui permet de ne pas être bouleversé par le réel qui advient. Une identité politique véritablement efficace est toujours tournée vers l’avenir.

5. Il ne faut pas oublier la partie non négligeable de la population qui est massivement frappée par l’inertie existentielle radicale qu’implique la soumission la plus passive à l’ensemble des pressions sur les conditions d’existence liées aux tendances les plus inquiétantes de notre système social, médiatique et culturel et de sa sous-culture de masse (B. Stiegler [1], C. Salmon [2]). Cette partie de la population, si elle en reste à cette attitude, se tournera petit à petit vers le néoautoritarisme, ou le laissera agir.

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TODD OU STIEGLER, OU LES DEUX ?, par zébu

Billet invité.

« L’inquiétant vide idéologique », c’est le titre du dernier billet de Françoise Fressoz sur son blog. Il tombe assez bien, car après avoir vu le ‘face à face’ Todd-Stiegler sur l’avenir du FN, il restait comme des interrogations sur les termes employés, à savoir ‘face à face’ et ‘FN’.

D’abord parce que les deux participants ont bien pris soin de ne pas apparaître comme sur un ring, malgré les provocations un brin ironiques d’Emmanuel Todd à ce sujet mais bien au contraire, de souligner l’origine différente de leurs analyses.

Bernard Stiegler en particulier a souligné à de nombreuses reprises la complémentarité de celles-ci, justement parce qu’elles avaient des origines et des méthodes différentes. Sur ce point, force est de constater que Stiegler à raison : Todd, en anthropologue et démographe qu’il est, a dressé un tableau des réalités sociales, culturelles et politiques françaises, quand Stiegler ne se préoccupait ‘que’ de tenter de définir la toile, mouvante, des idées sur laquelle ces réalités se peignent, à moins que ce ne soit l’inverse.

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AGONIE DU CAPITALISME ET ÉCONOMIE DE LA TRANSINDIVIDUATION, Paul Jorion & Bernard Stiegler, samedi 10 décembre 2011 de 14h à 17h

L’annonce complète.

Les intervenants, à part Bernard Stiegler et moi-même, sont Franck Cormerais et Arnauld de l’Épine.

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