Les masses et les publics, par CG

Cher Monsieur Jorion,

Je n’ai pas acheté l’émission où vous interveniez (« arrêt sur images »), mais j’ai regardé la vidéo de lancement de 10 min, où un résumé de l’affaire GameStop a été réalisé par un chroniqueur et où Monsieur Schneidermann vous a présenté ainsi que votre répondant. Je reste donc sur le seuil, ne sais ce qui est dit, mais j’ai vu sur votre blog cette autre vidéo qui a sans doute joué le rôle de carte de visite (« Wall street : le petit gars a perdu »).

J’avais, comme monsieur Daniel Schneidermann sans doute, été très intéressé par ce que vous y disiez. Suite à cela, je m’étais remis à la lecture de votre ouvrage sur Keynes. J’ai relu le chapitre XV qui réactive un certain nombre de souvenirs sur ce que j’avais appris autrefois grâce notamment à vos explications patientes sur les produits dérivés, et autre inventions de la finance. 

Troisième élément du contexte de mon message : l’irruption de cet évènement relevant au domaine de la finance dans le fil de votre cours d’actu intervient à un moment où vous mettiez en avant sur votre blog votre activité d’anthropologue par la republication d’articles anciens édités par des revues prestigieuses. Il s’agit de réflexions d’épistémologie de cette discipline, écrites à un moment où pour des raisons de financement, la grande école britannique d’anthropologie sociale a été mise à mal (si j’ai bien compris). Je m’intéressais en vous lisant aux liens que vous faisiez entre anthropologie et psychanalyse, voire entre psychanalyse et technologie (usage de Freud pour penser l’intelligence artificielle), technologie et anthropologie (usage des machines pour formaliser les structures de la parenté).

Comme à chaque mail que je décide de vous écrire, un souvenir concernant Bernard Stiegler me revient. Votre ami commun je crois, Frank Cormerais, avait été à l’époque interpelé par Bernard Stiegler qui lui faisait remarquer que le Robespierre dont il parlait était une idéalisation de sa part, un effet de son admiration. Les thésards qui ont suivi B.S. quand ils lui ont rendu hommage (notamment Yuik Hui), ont indiqué qu’il utilisait avec eux ce transfert pour les aider à se dépasser, et qu’ils savaient par intermittence se mettre à la hauteur des espoirs qu’il suscitait. J’ai l’impression que votre Keynes est une forme d’identification de ce type : la petite vignette qui affiche sa photo comme un médaillon sur la couverture du livre vient remplacer celle du précédent livre chez Odile Jacob où l’on pouvait vous voir (les temps qui sont les nôtres). Cette technique de « penser tout haut » semble faire revenir des personnages identificatoires, qui se mettent alors à parler pour nous. J’ai l’impression que c’est une technique de type psychanalytique pour laisser s’exprimer intelligemment l’inconscient, que vous avez mis au point à l’aide des vidéos sur votre blog. Le sens de ce mail est à chercher dans ce phénomène : je ne sais pas exactement ce que je cherche à vous dire, mais comme vous accueillez généreusement mes élucubrations habituellement, je m’autorise d’en faire une nouvelle.

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J’ai deux pistes à suivre : la première c’est cette présentation par le journaliste (Schneidermann est un fin analyste qui du fait de sa supériorité sur les autres journalistes semble faire autre chose que cela, mais je considère ici qu’il est surtout journaliste), en vous symétrisant avec votre répondant. J’ai l’impression que c’est une des techniques du classique journalisme (qu’il convient peut-être de décortiquer comme le fait habituellement arrêt sur images) : on construit un débat en choisissant quelqu’un prioritairement, et puis que dans un second temps, on lui trouve un répondant qui fasse contre poids et qui semble son opposant. On a sacrifié à la neutralité axiologique. En le symétrisant, on entre dans un jeu de miroir où l’autre apparait doué des attributs inversés du premier même si les petites nuances font jouer au jeu des 7 différences. Ainsi, je vous ai vu tiqué quand Mr S. vous a réduit à la position d’analyste financier et qu’il a présenté l’autre comme un bloggeur iconoclaste, manquant de dire que vous êtes vous-mêmes bloggeur et que cette activité est de nature expérimentale et novatrice (c’est là mon point de vue : vous testez les possibilités encore inexplorées de ces outils, en les réfléchissant, en en faisant part dans vos vidéos. Vous faites de cet outil nouveau un appareil expérimental qui relève recherche. Vous organisez une forme de communauté de lecteurs et de contributeurs, transmettez un savoir acquis dans des écoles prestigieuses et vous le faites évoluer. Finalement, votre travail est proche du principe de l’émission). 

Je ne sais pas la raison de Mr S. Il semble avoir fait ça a dessein pour vous stimuler. Peut-être est-ce pour créer des mouvements d’audimat de votre blog à l’autre ou inversement.  La toile redevient par moment le lieu polémique où l’attention est très fluente. Régulièrement des évènements font sortir les internautes du circuit cadré des habitudes de lecture : « les gros poissons mangent les petits ». Peut-être au contraire, il s’agit d’une habitude de journaliste qui donne du crédit à qui va prendre la parole en reprenant la présentation qu’il donne de lui. La personne se présentant comme iconoclaste, on le présente comme elle aime à se voir. Vous êtes dans cette seconde hypothèse vu comme financier et non pas comme spécialiste des technologies ou de la rhétorique informatique (je n’ai pas encore lu suffisamment avant Perelmann par qui votre aristotélisme est peut-être marqué). Il fallait faire un choix. 

L’autre piste, c’est celle qui passe par Stiegler : je me rends compte que c’est son rapport à la psychanalyse plus encore qu’au kantisme qui m’a facilité l’accès à ses thèses, et que c’est en suivant cette ligne que je me suis mis aussi à vous lire quand je vous entendu pour la première fois à un débat d’Ars Industrialis.

Néanmoins, Freud revient chez lui comme un nom propre (voire un totem) plutôt que comme un champ d’analyse dans la dernière partie de son œuvre. Certes, on sent qu’il lit beaucoup de psychanalyste, mais aussi on devine qu’il n’a plus vraiment le temps de théoriser ces apports : il ne formule les déplacements de sa pensée qu’à travers des reformulations passant par ces concepts fétiches, ceux qu’il a le plus travaillés. Il y revient sans cesse au risque de les user. Il modélise Freud (et Winnicott) de façon maniable avec quelques concepts standardisés (libido, investissement, captation du désir, liaison des pulsions, amovibilité de l’objet, identification primaire et secondaire, objet transitionnel etc.) ; de plus Freud devient lui-même un nom générique, celui d’un champ théorique. Ce qui m’avait par contre vraiment intéressé à l’époque de La Télécratie c’est son usage de la Métapsychologie. Il y avait là un apport qui se nourrissait d’un savoir plus approfondi que les psychanalystes n’avaient pas en général sur des objets techniques (ou le milieu des médias). En psychanalyse les noms objets techniques sont utilisés de manière métaphorique (je n’ai ni pas lu ce que Lacan dit de la télévision ni l’entretien de Stiegler avec Derrida qui nuanceraient peut-être cette idée). Il y a quelque chose de magique dans le fonctionnement d’objets dont les mécanismes nous échappent. On fait comme si on savait. La maîtrise de l’usage du mot suggère celle de la chose, même si ce n’est pas le cas. 

Actuellement, il y a sur Arte une série « en thérapie » qui met en scène un policier d’origine algérienne qui fait partie de l’équipe de la BRI entrée au Bataclan lors des attentats de novembre 2015. Comme le psychanalyste lui présente la théorie du « souvenir écran » il lui parle de « cible » par exemple ; ou encore, le vocabulaire de la police « opérations », « mission » « enquête », revient avec plus ou moins d’ironie. On sent que ces mots fonctionnent comme les images de mots (les idéogrammes). Comme ceux que l’on glisse sous la porte dans cette fable : « le mystère de la chambre chinoise » (fable qui est une sorte de transposition « la lettre volée », une version sinisée de l’enquête menée à la manière Rouletabille). Le policier lui fait cette remarque : « moi je sais ce que c’est qu’une cible ». Ainsi, Stiegler semblait faire une analyse en connaissant de l’intérieur ce qu’était les objets techniques dont les psychanalystes maniaient les étiquettes en produisant dans l’esprit de ceux qui savaient (ceux qui étaient en contact de cette partie du réel) des phénomènes dont ils n’étaient que le déclencheur (et peut être qu’ils ne maîtrisent pas toujours). La conversation dans la série entre le psychanalyste et le policier de la BRI passe par une réflexion sur le « passage à l’acte » : le psychanalyste déplace alors leur conversation dans la Vienne bourgeoise de Freud pour l’empêcher de prendre des décisions trop radicales pendant sa cure. Il explique à son patient qu’une des règles posées à l’époque était « ne rien faire d’impulsif pendant une analyse » ; à cela le policier répond qu’il n’est pas un bourgeois. Et l’évocation de ce petit milieu viennois semble plutôt raffermir sa résolution. Dans l’histoire, il est question de deux passages à l’acte : le second le fait se comparer aux intellectuels qui se sont engagés pendant la guerre d’Espagne (la série fonctionne pour moi comme cette chambre chinoise : j’essaie de deviner ce qui se passe dans les cabinets de psychanalyste, en regardant des images inversées que l’on glisse sous la porte de ces chambres closes, de ces boites noires).

Je pense que je me suis transféré du groupe A.I. vers votre communauté blog quand j’ai vu que vous travailliez depuis à ces questions d’épistémologie de l’économie. Je pense que votre activité de financier me faisait espérer qu’il y aurait dans vos écrits une réflexion de fond sur le thème de « l’économie libidinale », que dans ces analyses, ce terme n’était pas qu’un mot (je n’ai pas été déçu, vous m’avez appris des choses sur la finance autrement que ce que j’avais pu essayer de comprendre par moi-même en lisant des livres théoriques ou en écoutant des cours classiques) J’avais déjà tenté de m’instruire sur ces domaines en m’inscrivant dans une prépa administratif, et j’essayais d’écouter les cours d’économie de cette oreille sensibilisée à l’économie politique par les interventions de Bernard Stiegler. J’essayais de comprendre le présupposé techniciste refoulé de ces théories qui se contentait de gloser sur les effets de l’infrastructures sans jamais réfléchir sur les causes réelles (les rapports de forces, sociaux ou culturels). Il me semble qu’une des vertus de votre travail consciencieux et soucieux de clarté est d’éviter d’aborder frontalement les questions fondamentales qui ne peuvent que nous engloutir (ce qui est le défaut commun j’ai l’impression de Marx et Heidegger ; ces deux auteurs trouvent dans le forçage et par là dans l’augmentation de puissance une solution paradoxale à cet engloutissement dans l’obscurité : on n’avance pas mais on mouline).  Ainsi, vous ne posez pas directement la question du rapport entre finance et psychologie, mais je pense que c’est ce dont il est question. Vous critiquez le psychologisme de Keynes. Mais vous descriptions techniques des constructions financières m’évoquent la psychanalyse freudo-lacanienne. N’est-ce pas grâce à la psychanalyse que vous avez dépassé les manquements de sa théorie qui la rendent apparemment caduque aux yeux de ceux qui travaillent dans les milieux de la finance (alors même qu’en tant que spéculateur Keynes partageait un peu leur état d’esprit) ? 

Ce qui me semble tout à fait remarquable dans votre travail, c’est la dynamique (énergétique) de votre esprit. Je ne parlerai pas d’esprit animaux (je n’évoquerai pas le devenir animaux de Deleuze ou de Serre qui retournant la catégorisation des cultures de Descola sur les savants occidentaux, qui les totémise en les identifiant à des animaux), mais je trouve que vous évitez les captures et l’essentialisation par cette mobilité (votre histoire passe par une série de changements, et ça se rejoue régulièrement dans l’évolution des thèmes dont traite le blog). Je devine que dans l’autobiographie intellectuelle que vous écrivez, vous décrivez une série de métamorphoses. Par exemple, il y a une attention particulière sur les points de passage comme celui qui vous a fait quitter une première psychanalyse pour aller sur le terrain des pêcheurs de l’île de Houat (j’ai pensé à ça quand dans la série « en thérapie » il était question de « passage à l’acte » ; je ne l’ai pas terminé, et je ne sais pas encore si le policier est parti en Syrie comme Orwell ou Veil en Espagne mais ça m’a fait penser à la sortie de votre première psychanalyse où vous vous disiez vous enliser sans avancer, ce à quoi a succédé votre rencontre avec le terrain).

J’ai l’impression d’ailleurs que la psychanalyse n’a précisément pas de terrain : c’est-à-dire qu’elle se joue dans cet entre-deux, entre une psychanalyse qui rate et une qui réussit. J’ai l’impression que c’est sur les brisés de la première que la seconde réussit, qu’on mène toujours un peu les deux en même temps. Je dis ça car j’ai des griefs contre moi qui n’arrive pas à rejoindre « le terrain », et je comprends bien que je ne fais que le reporter sur la psychanalyse quand je lui en veux de m’entretenir dans ce processus réflexif névrotique (Est-ce que la psychanalyse ne casse pas l’homme comme Freud le fait à la fin de totem et tabou entre sauvage impulsif et névrosé velléitaire ? il faudrait advenir dans ce lieu déserté et réinvestit alors).

Toujours sur cette question de l’absence de terrain prédéterminé de l’analyse : je suis en train de lire également « le manteau de Spinoza ». Ce livre semble une attaque en règle de la psychanalyse de Milner comme psychanalyse bourgeoise, qui cherche un contrôle policier pour préserver les acquis à quoi l’on oppose le penseur ouvrier, qui change de meublé, Spinoza. J’ai l’impression que cette opposition Milner/Spinoza est un peu ce que met en scène la confrontation de la série « en thérapie », mais de manière moins brutale (moins à charge). Je repense aussi à ce que Stiegler disait à Lordon (indirectement via sa discussion avec Aude Lancelin je crois) : parler du désir à travers Spinoza sans tenir compte des acquis de la psychanalyse ce n’est pas sérieux. Ainsi, le terrain, le réel, c’est peut-être ce qui est dans l’entre deux de ces deux thérapies imaginaires (la bonne et la mauvaise). 

La connaissance de la finance réelle, telle qu’elle se pratique, permet peut être de sortir d’en vision métaphorique de l’économie psychique, de sortir de la névrose théorique répétant les images financières, les mots démonétisés, galvaudés. Naturellement, le champ a déjà été abordé de mille façon différentes : a. la question du rapport de la psychanalyse à l’argent (j’ai vu passé un recueil d’articles de psychanalyse qui reproduisait un passage du livre de Pascal Bruckner, repris par Lucchini au théâtre), b. la question de la folie des traders (dont à mon avis le Loup de Wall Street montre assez clairement ce qu’il y a à démontrer ; le sociopathe que la théorie de homo oeconomicus tente de présenter comme l’arrière-plan psychique commun a des variantes, américan psycho fait aussi une partie du boulot ) etc. Mais là je trouve que c’est d’un autre enjeu dont il s’agit : le rapport à l’argent stabilisé par les outils de la finance dresse peut-être le portrait psychique de l’homme contemporain.

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Autour de votre livre sur Keynes, je me souviens de deux anecdotes. Une première qui était au moment de sa rédaction (le moment où vous étiez invité en Corse avec Etienne Klein pour les entretiens du futur je crois). Vous parliez de l’alchimie des idées, de Newton etc. Ça rentrait en résonance avec l’humanité modifiée qu’expérimente les astronautes et dont témoignait Claudie Haigneré. Je me racontais qu’au moment où ils sont en apesanteur, ils doivent se sentir incarné plus qu’eux-mêmes, un point de l’évolution humaine (ils me donnent l’impression d’avoir un point de vue privilégié sur l’humanité, ce qui les rendraient potentiellement conscients de manière aigüe de problèmes que nous ignorons pris la tête dans le guidon). L’autre anecdote était après la publication lors d’un débat que vous avez passé en apesanteur et où vous laissiez un contradicteur parler sans intervenir considérant que son discours paraissait suffisamment clairement faux pour n’avoir pas à ajouter quelque chose pour le confondre. C’est après qu’on vous ait fait la remarque que vous sembliez dans les cordes et sans réplique face à quelqu’un qui déversait son flot idéologique rebattu à quoi l’on était suffisamment habitué pour cesser de s’interroger sur sa véracité, que vous avez regretté (personnellement je vous ai trouvé très zen et plutôt convaincant, même si à l’économie).

Ce qui me semble intéressant dans votre livre, c’est ce qui a été transposé malgré-vous de votre ancien métier d’anthropologue, et qui vous a fait percevoir les enjeux pulsionnels, de cet étagement des produits financiers (comme les étages d’une fusée, qui garderait comme partie essentielle, comme capsule, les produits risqués, la part spéculative de la finance « la prime de crédit » qui est revendu pour mutualiser les risques d’assurance sur des portefeuilles plus larges.)

.. .Je n’arrive pas à formuler l’analogie qui m’était venu à la lecture avec la seconde topique de Freud…

J’ai abandonné depuis un moment la lecture de livres d’économie du fait de la division des disciplines dans le secondaire où j’enseigne : chacun à sa chasse gardée, et je ne pouvais m’épuiser à nager contre le courant, lire des choses qui viennent me mettre en concurrence avec des profs d’éco, très sympa et amicaux mais qui ont leurs propres habitudes de présentation, circuit entre les thèmes imposé par le programme. Ca créait des interférences. La lecture régulière de ce genre de livre, je pouvais le faire un peu quand j’étais étudiant, plus maintenant que je suis prof de philo. Je parle de la notion de travail à ma manière (Alain Supiot, le droit du travail), et à charge aux étudiants de faire la synthèse (c’est dommage).

En essayant de m’y remettre un tout petit peu (après la lecture de Clavel dont je vous ai fait part dans un précédent mail), je me suis rendu compte que j’avais deux attendus à quoi la lecture de vos livres ne semblait pas répondre. J’ai bien conscience qu’il ne s’agit pas d’angle mort ou de point aveugle et que le manquement n’est pas de votre part. Je les cherche par habitude : passage obligé des manuels d’éco, les traiter frontalement, c’est y engloutir toute son énergie, et perdre la possibilité de se libérer de ce cadre paradigmatique. Par une forme de dressage qui contraint de passer par es passages obligés on en vient en se faire les récitant d’une religion.

En tant que spécialiste de la finance je pensais que vous en viendriez à exposer la théorie économique qui est à l’arrière-plan de la pratique économique des banques centrales et que vous démonteriez la théorie de l’argent magique en rendant compte du rôle de « l’argent-crédit » dans le mécanisme du contrôle des taux d’intérêt (peut-être l’avez-vous fait précisément dans l’argent mode d’emploi, il faudrait que je le relise, je ne m’en souviens plus). D’autre part, en tant qu’anthropologue, j’imaginais que vous parleriez de l’argent comme institution et à travers une réflexion sur nos usages et nos croyances (notamment dans un livre comme « mode d’emploi »). Je m’attendais à une analyse de la fétichisation de la valeur qui s’incarne dans l’or, que l’on se figure dans un au-delà imaginaire du sensible. L’en soi de la chose en soi kantienne rejoué de façon hallucinatoire par le fantasme de l’or (ce n’est plus la pureté de la raison pure, mais l’éternité matérielle de l’or). 

Mon idée est que derrière votre déclaration ironique en Corse où vous expliquiez qu’il faudrait peut-être fonder une nouvelle religion sur la réincarnation du grand économiste : Marx, Keynes puis vous, il y avait à peine caché, le désir de refonder l’économie (qui étant aujourd’hui une religion appelait cette ironie). Vous en avez jeté effectivement les jalons avec le Prix, l’Argent Mode d’Emploi et Keynes. Misère de la Pensée Economique est le premier livre de vous que j’ai lu et vous disiez exactement ce qu’il me fallait entendre formuler pour pouvoir me protéger d’une idéologie envahissante, mais c’est un livre critique (se Débarrasser du Capitalisme … est aussi une source d’arguments et d’outils pour les avec ceux qui demandent de laisser ces affaires de côté). Mais est ce que cette refonde de l’économie ne passe pas par la psychanalyse (votre boutade fait penser à Freud se disant infliger la troisième blessure narcissique à l’humanité). 

Je reprends ici l’idée de Stiegler. A l’époque où il fondait Ars Industrialis, il relisait Rifkin et essayait de le rendre compatible avec le marxisme qu’il entendait rénover je crois (c’est comme ça que je comprends aussi Économie de l’Hypermatériel et Psychopouvoir où il théorise le dépassement de l’opposition consommateur-producteur, la pensée d’une économie et d’une démocratie participative qui ne soit pas seulement des slogans et qu’il renommera « économie distributive » et « modèle du logiciel libre »). Pour lui « la baisse tendancielle du taux de profit » était modélisable selon les tendances psychiques des consommateurs. On avait constitué ce psychique en nouvel El Dorado (le ciblage marqueting visait un approfondissement des marchés intérieurs, ce qui signifiait l’exploitation de cette terra incognita qu’est l’inconscient des spectateurs-consommateurs rendus passifs et disponibles, mais aussi la destruction au passage de leurs désirs par l’ouverture cette boite de Pandore qu’est la libération des pulsions). Votre travail de transposition des outils des sciences humaines se situe plutôt du côté des professionnels de la professions dont vous révélez l’inconscient et le fonctionnement via votre blog je pense.

J’ai conscience que mes raisonnements ne sont pas rigoureux. Ils sont sans doute de même nature que ceux d’Idriss Aberkane, qui fait un « bon mot » : l’idée est séduisante qui est rapportée dans l’émission « arrêt sur image ». Dire qu’Occupy Wall Street consiste à aller à l’intérieur de la bourse et de jouer les robins de bois dans le lieu où se trouve le shérif de Nottingham parait une évolution par rapport au camping sur les places. On croirait découvrir la vérité cachée d’un dessin animé de Disney transformé en boule de cristal. J’ai conscience qu’en réalité, il ne s’agit pas d’une idée mais d’une image. On construit une comparaison séduisante, mais en réalité on ne sait pas de quoi on cause, je trouve intelligente et prudente l’invitation de Schneidermann pour justement déconstruire cette image séduisante qui emporte l’adhésion car donne l’occasion d’une formule reproductible dans les conversations entre amis. Il essaie de comprendre, et invite ceux qui savent. Il a sans une appréciation qui lui est propre et il sait aussi comme journaliste où cherche ceux qui savent : il se met à bonne école en vous invitant. Peut-être que s’il y a débat entre vous, c’est une discussion sur le modèle économique de votre blog : le modèle économique de son émission implique que votre blog serve de panneau publicitaire à sa propre émission, mais à l’inverse vous avez un nouveau cadrage de votre propos. Vous n’êtes pas autorisé à reproduire la vidéo de votre interview (et j’avoue en être un peu frustré). 

Je me suis demandé si votre autobiographie intellectuelle ne devait pas aussi intégrer les réflexions que vous avez faites à propos de la gestion de votre blog (des remarques de type éditorial). C’est cette réflexion que vous avez fait sur la publication à quoi je fais référence : pour être lu, vous devez accepter d’en passer par un mode d’édition en ligne (qui relève un peu d’un Mooc) au lieu de chercher à publier des livres. L’édition des billets, n’est plus le work in progress d’un livre, mais une édition de nouvelle nature. C’est comme si la reliure d’un livre avait été numérisée, qu’elle s’était virtualisée. J’ai l’impression qu’il y a une transition que vous faite aussi, dont vous êtes à la fois le témoin et le signe à interpréter (interprétation que vous menez dans votre autobiographie qui est une manière de révéler quelque chose des milieux que vous traversez comme vous l’avez fait de celui de la finance américaine). Peut-être que cette réflexion sur les « modèles économiques » qui sont viables actuellement concerne plutôt le journalisme et l’édition des livres, et qu’ils ne peuvent pas être extrapolé en théorie économique générale. Néanmoins je me dis qu’il y a certaines formes d’échanges qui sont paradigmatique et celui-ci l’est peut-être : ça le serait si c’était une rénovation du cadre analytique freudien impliquant une nouvelle modélisation théorique de l’appareil psychique adapté aux nouveaux usages de la pensée en réseau sur internet (peut-être est-ce simplement un nouveau modèle économique comme le modèle de la Ford T l’était pour les trente glorieuses. Vous auriez alors expérimenté la forme de l’entrepreneur de soi et éprouvé ses possibilités loin de la négation des structures qui pèsent sur l’individu que l’on trouve présupposé dans l’encouragement néolibéral à se jeter dans la gueule du loup. Cf. la coolitude des start up de Ramadier).

Je crois que j’ai un surmoi structuraliste (je veux direque les théories structuralistes me hantent). C’est sans doute cela qui me fait à l’écoute de vos vidéos regarder les évènements de ma vie au prisme de la logique, de la rhétorique sous-jacente de vos discours. (Par exemple, vos deux dernières vidéos sont construites un peu comme des contes : « comment devient-on complotiste », et « Souvenez-vous, O.J. Simpson »). Je fais des analogies entre elles et des structures narratives. Par exemple j’ai vu un lien entre le film qui passait sur arte (Styx) et votre vidéo intitulé « le petit gars a perdu ». Entre cette description du monde de la finance où les hedge fund, fait retourner à terre, au niveau du fondamental les prix spéculatifs des entreprises moribondes, et où ceux qui tentent de se sauver créer d’autres catastrophes que celles dont ils essaient d’échapper. 

Je me demande si vos clips sur la finance ont la capacité de cristalliser des structures qui semblent actives sur le moment, si on le pouvoir de capturer l’air du temps. Il y aurait alors à l’œuvre dans ces mouvements de la finance une logique psychique qui se diffracte, de manière kaléidoscopique dans la société. J’avais déjà une impression analogue en 2007, 2008 : alors que je tentais de faire de la philosophie plutôt spéculative (Hegel) j’ai pris cette crise de la spéculation financière de plein fouet. C’est comme si j’étais en tant que philosophe dans le mauvais secteur : ce n’était plus là où l’on comprenait le réel. Ce savoir acquis difficultueusement était dévalorisé sur le marché du travail. On aurait presque dit que les idées philosophiques relevaient d’un fond toxique : comme si ces idées que j’avais dans la tête me rendaient non-opérationnel, constituaient un désavantage vis-à-vis d’autres moins formés et plus malléables.

Comparaison n’est par raison. Comme je n’arrive plus à penser ces liens entre psychologie et finance dont je voulais vous entretenir, je m’embrouille avec ces analogies…

Je termine juste avec une demande : pourriez-vous m’indiquer un livre où l’on explique les mécanismes de la monnaie crédit comme non magique, et aussi ceux du « quantitative easing » comme n’étant pas une création monétaire. J’ai bien compris je crois l’idée que la seule chose qui soit créé ex nihilo c’est un risque quand on prend les paris sur un « évènement de crédit ». Mais je ne vois bien ce que recouvre les termes « quantitative easing » et « monnaie crédit » et s’ils sont bien nommé ou au contraire de la fausse monnaie sémantique destinée à tromper ceux qui ne savent pas ce qu’il y a derrière en leur suggérant des idées fausses. Une autre question : est-ce que le livre d’André Orélan sur la monnaie vous semble une lecture recommandable ?

Bien amicalement,

C.G.

P. S. :

Je voudrais résumer peut-être deux points en conclusion pour rendre mes élucubrations moins confuses et faire un peu leur bilan :

  • A propos de votre Keynes … vraiment très clair mais qu’il me faudra relire notamment sur les mécanismes des « futures » et de leurs enjeux géopolitiques… je me faisais la remarque que cette biographie de Keynes est suivie dans votre oeuvre par une biographie de Trump. Le versant lumineux suivi du versant obscur de l’époque. Je me disais qu’il y avait là le passage de la dimension économique à la dimension géopolitique de vos analyses.  

En lisant votre Keynes, une autre remarque me vient : n’y a-t-il pas entre la crise de 2007, la crise grecque, et puis l’élection de Trump une forme de fil invisible que vous suiviez ? Je pensais à l’époque (2007) que c’était un changement de paradigme scientifique qui avait lieu (la refonte de la science économiques devenait alors nécessaire) mais c’est peut-être en réalité un mouvement qui embarque tout le monde et qu’on devrait utiliser le terme foucaldien d’épistémè pour en rendre compte et en marquer la nouveauté. Le langage de la finance imprègne maintenant notre vocabulaire de tous les jours. Par exemple quand je prête un livre à quelqu’un et qu’il me le rend sans l’avoir lu, j’ai l’impression de pouvoir analyser cela en termes de bénéfices ou pertes symboliques. Mon incapacité à parler de ce que j’ai lu et d’exprimer ce que j’ai compris m’avait poussé à le prêter pour que l’implicite du livre soit partagé, et comme je constate que l’autre résiste à la lecture, ne peut pas « investir » son temps dans cette lecture qui semble pourtant l’intéresser, je me dis que mes difficultés ne sont pas que personnelles, que tout le monde est pris dans la même fuite en avant, la même dénégation.

Par ailleurs, cette tendance à s’intéresser à la finance en amateur (comme moi), me fait penser à ce que vous dites des spéculateurs sur les produits dérivés. J’ai l’impression que ce savoir réservé des financiers fait l’objet d’une curiosité du grand public (et est l’occasion de toute sorte de leurres de la part des experts quand ils font mine de répondre à leur demande). Une curiosité désintéressée de celle dont parle Aristote au début de la métaphysique (c’est naturel de chercher à comprendre et donc à apprendre), mais que cette indétermination de ce que l’on cherche vraiment empêche que l’on comprenne. On s’égare. Ceux qui comprennent, c’est ceux qui jouent quelque chose, ceux qui même s’ils travaillent au compte d’une banque (comme Kerviel) ont un enjeu gagé : s’ils comprennent mal, ils peuvent perdre beaucoup (je me dis que Keynes devait trouver un stimulant intellectuel dans le jeu de la bourse, et que les probabilités sont un objet de curiosité en ce qu’elles engagent la vie, que le jeu en bourse inversement est intéressant en ce qu’il stimule l’intelligence). Ainsi, les amateurs ne peuvent que perdre.

Enfin, je me dis que si le « petit gars » a perdu dans le jeu que vous avez décrit, c’est qu’il ne percevait pas les mécanismes de la bourse devenu vraiment complexe. Contrairement à ce que dit Idriss Aberkahn, le révolutionnaire qui occupe Wall Street de l’intérieur, ce n’est pas celui qui fait sauter la banque de l’intérieur (le loup de Wall Street ne fait pas autre chose), mais c’est celui qui révèle les mécanismes du fonctionnement de la bourse, en indiquant une action politique qui renverse ce qu’il y a de pourri dans ce programme. Il serait tentant de faire la synthèse entre votre apport et celui de Stiegler dans cette direction. Ca en passerait à chaque fois par la psychanalyse je crois. 

En ce qui vous concerne, je me demande si la différence entre Keynes et vous (l’apport que vous faites à la théorie de Keynes) ne tient pas au progrès de la connaissance économique, non pas celle que l’on trouve dans les manuels, mais celles que l’on découvre dans les milieux de la finance et qui est thésaurisée dans les innovations techniques. Est-ce que la finance n’aurait pas tiré les conséquences des découvertes psychanalytiques (directement ou indirectement, c’est-à-dire à partir de ce qui a diffusé en dehors de sa sphère d’influence directe) ? Je veux dire que cette réflexion sur le taux d’intérêt que vous menez, semble calquée sur les mécanismes de l’appareil psychique, sauf que ces mécanismes que l’on croyait seulement psychique, sont là extériorisés. La difficulté du béotien aujourd’hui quand il se penche sur finance, tient à ce qu’il doit apprendre à s’appareiller correctement pour mener une action sur les marchés (à l’époque de Keynes ce n’était peut-être pas plus intuitif, mais l’usage de l’intelligence nécessaire pour comprendre ce qui se passait en bourse ne passait peut-être pas tant par cet artifice de l’intelligence artificielle). J’ai l’impression que les cotations, taux d’intérêts, ce sont des projections psychiques objectivées, qu’on dit quelque chose comme « aujourd’hui, le futur, c’est cela » (j’ai beaucoup aimé dans votre dialogue sur PJ TV votre introduction d’Attali qui soulignait sa manière de faire prendre conscience de l’indétermination du présent en parlant au futur antérieur : « notre futur aura été cela aujourd’hui »).

Ce que Stiegler fait grâce à la psychanalyse avec le marketing en retrouvant la trace de Bernays pour faire la généalogie du capitalisme consumériste, vous le faites au niveau de la finance qui organise la répartition des investissement, et les empêche de redescendre de la sphère spéculative pour aller nourrir les entreprises des gens de bonne volonté (j’ai l’impression que dans l’analyse du rachat par la Chine des bons du trésor américain, on a la généalogie de la responsabilisation de ce pays sur le chemin de son destin mondial afin d’organiser le virage écologique. C’est comme si en soutenant la consommation américaine et en finançant la dette américaine, elle se donnait les prérogatives d’une banque mondiale et construisait les conditions de l’instauration de sa vision du monde. Elle me fait penser à ce que Lordon disait de l’Allemagne pour l’Europe : elle est centrée sur elle-même et ne veut pas du rôle qu’elle a de fait, leader de l’équilibre économique, mondial pour la Chine, Européen pour l’Allemagne).

  • J’ai l’impression que Stiegler avait une attitude ambivalente avec la psychanalyse à une époque où elle était assez bousculée :  en un sens il la défend, et en un autre, il semble dire implicitement qu’elle ne peut continuer qu’en changeant ses modalités d’exercice (la recherche-action qu’il menait su le terrain). Il n’en parlait pas je crois mais je me dis qu’il considérait peut-être que la seule relation analytique dans le cabinet de l’analyste ne suffit plus à valider et à faire évoluer les hypothèses de la psychanalyse et qu’il fallait faire comme Freud (« sur les épaules de Sigmund Freud » pourrait-on dire) qui cherchait à composer une géographie variable des frontières disciplinaires en se rapprochant d’autres sciences humaines. Ainsi, ce qu’il dit d’un côté avec la question de la massification de l’attention (télécratie contre démocratie) il semble le reprendre ailleurs à travers le travail de sa fille sur Dewey, en abordant la question des publics. La publication, c’est une manière de forcer son psychique à rencontre le réel à travers une adresse indéterminée, à géographie variable, dont seule l’expérimentation pourra rendre concrète (c’est comme ça que je comprends ses expérimentations avec les différents appareils, et sa volonté d’articuler l’appareil psychique avec le cinéma, avec le numérique, avec Skype etc.).  

Pour ce qui est de votre expérience de l’internet je ne pense qu’elle est assez unique, et que vos vidéos régulières ne sont pas seulement celle d’une chaine youtube qu’elle correspond à une juste prise de contact avec les foules numériques. Mais je ne saurais pas trop en parler. Avec les graphiques d’audiences, il y a également dans votre adresse au monde une dimension géopolitique aussi, qui vous fait vous tourner vers la Chine et d’Afrique.

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20 réflexions sur « Les masses et les publics, par CG »

  1. Bonjour CG

    Je devais aussi être au théâtre de la Colline, si mon souvenir est bon, pour l’unique débat (n’est-ce pas ?) ou Bernard Stiegler et Paul Jorion s’étaient retrouvé assez longuement sur un même plateau. Une partie du public étaient en effet les “aficionados” d’Ars Industrialis.

    J’ai suivi un chemin “Stiegler” puis “Jorion” (venant de la science dure où j’exerce toujours en physique, d’un peu de Leroi-Gourhan, de Braudel et du “Diplo” dont on se lasse comme vous le dites pour le marxisme…, et il y a encore plus longtemps, ma prof de philo de Terminale nous avait fait venir Michel Serres que j’avais donc lu). J’étais assez rétif à la psychanalyse, entre autre à cause du pb français particulier des Asperger pour lesquels nombres de “psy” français stigmatisaient encore idiotement (au sens grec ! ) les parents façon Bettelheim il y a peu.
    Mais sur la psychanalyse le “Principe des Systèmes Intelligents” fut une réelle porte ouverte (avec un peu de R Sennett aussi), on pouvait se défaire des “teneurs.ses de marché”(:;) de la chose (Roudinesco, Kristeva, …) , teneurs.ses que je vais taxer de “germanopratin.e.s” à gros traits (peut-être le déterminant des choix pugilistiques d’Onfray : “MO contre SGdesP : le match” ?).

    Sur l’analogie Psy/monnaie, n’est-elle pas explicite dans la menée de “Le Prix” vs “CVRFI” (Comment la Vérité et la Réalité Furent Inventées) . Le modèle vs. l’être donné (euh, si bêtise corrigez !). Dans un cas la pensée occidentale en surf stratosphérique sur les maths/physique, de l’autre une “valeur” dont la longe qui la réunit au sous-jacent s’étire (temporellement aussi , comme vous le sentez).

    J’ai deux fils à tirer de tout cela:

    – Un que j’avais glissé il y a longtemps, comme quoi le rire/l’humour serait un trait de la psyché destiné à traiter dans la “machine à corrélation” qu’est devenu notre néo-cortex les cas “forts en signal mais pas d’une seule façon” : Dans la “machine mnésique” décrite par PJ, la névrose se centre sur un/des “ilot(s) barricadé(s)” dont les arcs des graphes s’éloignent à distance respectueuses, parce qu’il y fut enregistré que leur activation était associé à des souvenirs blessants. Mais le cas où des corrélations sollicitent fortement le même point du réseau mais suivant des associations opposées (“pas d’une seule façon”), est un cas sans “solution”. C’est pour “évacuer la dynamique d’affect” , et le faire sans que cela pèse, que le rire aurait été inventé par la grande câbleuse de cortex, l’évolution exosomatique (ah, on peut dire ce genre de mot, ici !) . Le jeu de mots est la forme courante de cela (chez des voisins de chez moi, l’un deux a laissé des plinthes à jeter dans le couloir et a oublié de les mettre aux encombrants le lundi matin, on lui répondu sur le petit tableau de leur copropriété “#porter_plinthe !”).

    – Plus profondément, vous n’évoquez pas beaucoup la notion de Bernard Stiegler qui m’avait le plus séduit: le “milieu associé”. Il me semble qu’on peut reprendre une grande partie des questions que vous posez sur les pans du savoir et de la psyché (et des pulsions) en éco/technique/média… etc autour de cela, et plus précisément, autour du fait que certains savoirs sont des systèmes “pas trop ouverts” mais du coup offrant à une communauté la pratique non pulsionnelle (~ câblé “pré-néolithique” i.e. pré-accumulation sans borne) du milieu associé. Et de l’autre, ce que nous appelons en physique des systèmes ouverts (Stiegler y plonge comme un gamin dans le Nutella de sa crêpe : Bertalanffy, Lotka, et d’autres étant appelé à la rescousse). Ouvert au point d’être en déséquilibre accéléré (jusqu’à la “disruption” quand il n’y a plus le temps de “panser”, de soigner, de déprolétariser, de passer de l’adaptation du moyen technique encore côté poison du pharmakon à son adoption côté remède : l’imprimerie, la langue même, etc…. ).
    La finance offre ce paysage (Pour reprendre l’image de Braudel dans sa trilogie sur Economie et Civilisation, la finance est sur l’étage “haute tension” du transformateur, mais le retour par le neutre (4ème fil du triphasé , qui doit rester proche de la “terre”, le fil saillant de la prise chez vous, pour les connaisseurs) ne se fait pas, le courant retourne comme il peut (“par la terre”) et il n’y a pas de disjoncteur différentiel. Sauf que évidemment le deal se fait aussi avec un décalage temporel (le crédit) et donc la croyance, l’idée de recommencer ou pas (statut, Aristote, ou après moi le déluge), avec cette non-métaphore du mot le plus courant de l’économie apprise aux jeunes générations : le “business” ou “neg-otium” , les fonds jamais au repos.
    (A l’inverse, certains sous-systèmes techniques ont maintenu par force cette caractéristique d’un système associé : l’aéronautique civile, la huerta de Valencia et son Tribunal des Eaux, l’industrie “hardware” des semiconducteurs (pas le soft), c’est ce sur quoi j’attire souvent l’attention dans mes billets, bravant les tenants du flygskam pour que le bébé sorte de l’eau du bain avant vidange).

    Bref : Ce flux de fond, cette dynamique, de fait externe et extractiviste, cela me semble par principe destructeur du flux “circulaire” du savoir dans un milieu associé, un milieu “juste assez ouvert” (comme dirait Boucle d’or) puisque tout fermé c’est mort sinon mormon. Sans vouloir plaquer du biologisme de bas étage, la nature a fait la libido dans le cadre d’êtres hominidés en évolution lente, dans des milieux qui n’évoluaient qu’en quelques dizaines de générations (une transition climatique rapide du quaternaire prend quand même 1000 ans je crois), il y a certes une source d’hubris (la libido poussant les moyens techniques aussi loin qu’on peut, jusqu’aux découplages que pointe Paul Jorion dans “Le Prix” et dans “CVRFI”), mais dans le cadre de sapiens peu outillé encore, elle jouait dans un monde moins variable. Elle s’est couplée à des moyens techniques pour en faire ce que nous avons sous les yeux, avec outre l’évidente débauche technique, énergétique et l’irrespect de la biodiversité, on a un patchwork de cultures optimalement créolisées où les japonais excellent comme violonistes, les afro-américains nous ont offert le jazz, etc. et de misère par l’abus de puissance sur les multitudes les plus faibles, par le truchement d’une doxa économique, puis, maintenant que l’étiage de la démocratie a tant baissé, par le truchement des “souverainismes de dépit” .

    Merci déjà a minima pour cette fenêtre sur cour dans la sphère d’Ars Industrialis, et pour la capacité à en souligner le meilleur autour de Stiegler (Bernard…. et Barbara maintenant) malgré la désillusion perceptible sur les limites qui avaient surgi après la floraison des meilleures décennies de Bernard S.

    1
      1. Au temps pour moi, en effet, m’est revenu au moins un autre épisode en centre Paris.

        Je pense quand même que c’est la fois qui était la plus “institutionnelle” vis à vis d’Ars Industrialis.

        (et je ne parle pas de l’émission sur “TV PJ” bien sûr, qui était amha moins un débat)

    1. @Timiota
      La finance offre ce paysage (Pour reprendre l’image de Braudel dans sa trilogie sur Economie et Civilisation, la finance est sur l’étage “haute tension” du transformateur, mais le retour par le neutre (4ème fil du triphasé , qui doit rester proche de la “terre”, le fil saillant de la prise chez vous, pour les connaisseurs) ne se fait pas, le courant retourne comme il peut (“par la terre”) et il n’y a pas de disjoncteur différentiel.
      Cette analogie avec le câblage électrique n’est guère pertinente car il est totalement exclu de câbler son réseau de distribution d’énergie électrique selon sa propre interprétation : la conformation à une norme stricte est obligatoire et incontournable (NF C 15-100) pour une simple raison de sécurité.
      D’un autre côté, la conformité à des normes strictes en matière aéronautique a pu faire ses preuves en matière de sécurité et démontrée qui plus est, à contrario par une tentative d’y échapper pour de vils motifs (Boeing 737 Max) avec de tragiques conséquences !
      Il serait donc souhaitable de voir s’instaurer une norme stricte concernant le fonctionnement de la finance à l’image de ces domaines cités ?

      1. Ah, bah, en observant des orages comme B Franklin, je me dis pourtant que voilà une analogie “stock-flux” avec des charges électriques ou la neutralité est rarement violée mais quand elle l’est, ça ne passe pas inaperçu.
        Quant au 737 MAX, oui, j’en ai dit autant (notamment sur le BPJ) pour cette eau du bain là (l’avion mal conçu) et ce bébé ci (les ingés de Boeing qui dans leur immense majorité croyaient qu’il faisait un bon job cohérent).

        1. J’aime bien cette analogie avec les phénomènes de charges électriques distribuées entre la terre et les masses nuageuses ; un certain équilibre du champ électrique s’établit entre les deux armatures du condensateur constitué de la terre et des masses nuageuses la surplombant, jusqu’au moment où débute un effet d’avalanche qui portera la valeur du champ électrique à des valeurs considérablement plus élevée et amorcera une sorte d’équilibre brutal !
          Cette analogie doit-elle laisser supposer que l’on en est que réduit à observer le processus sans pouvoir agir ?  🙂

          1. Ah Franklin OK.

            Et mon Braudel, alors?

            Braudel dans son analogie des “hautes tensions” croyait implicitement qu’il y avait aussi les transformateurs un peu partout,
            capables de convertir la finance vers l’économie réelle.
            Il avait surtout repéré les flux de lettres de changes, les banquiers, les “clearing” aux foires de Champagne, ou ailleurs en Europe.
            Mais il n’a pas eu le temps de voir la finance se mettre “hors sol”. La version spéculative existait quotidiennement à Venise (le retour de la galère se passe-t-il bien ? ou pas ?). Mais il en est surtout né l’édifice assurantiel (les Assicurazioni Generali ont comme logo le lion de Venise, il me semble). Je ne me souviens plus s’il a commenté la tulipomanie. Et pour la monnaie, il suivait les métaux (bimétallisme, oscillations de part et d’autre de l’inde, transmutateur de l’argent en or et vice versa, entre Europe et orient)

            1. F. Braudel, oui, euh ! À la réflexion, la métaphore du réseau électrique serait plus acceptable si l’on envisage cela dans une échelle plus globale, incluant les courants vagabonds issus des réseaux ferroviaires électrifiés (trams, trains), les courants induits par les réseaux à lignes haute tension, les courants telluriques, etc..
              Le cas des courants vagabonds est problématique pour les canalisations en fonte ductile à proximité des rails utilisés pour le retour des courants de traction tramways 800V c.c. (effet galvanoplastie, amenant le percement de canalisations!) A noter que le vol des tresses de cuivre qui assurent l’équipotentialité des rails éclissés, s’il assure un gain pour les voleurs, peut aussi amener une catastrophe ou au moins des défauts de fonctionnement des signaux de voies R.F.F. !
              Les courants induits dans les installations métalliques des agriculteurs à proximité des lignes HT, amènent également quelques inconvénients.

          2. Et finalement pour vous, Toutmehérisse(même 12 V ?) l’idée d’un disjoncteur différentiel défaillant, voire omis par conception, vous fait encore froncer les sourcils virtuels ?

            Normalement, la monnaie circule (courant explicite) et les reconnaissances de dettes circulent (là comme dans les semi-conducteurs, il y a un courant d’électron et un courant de “trous”, les créances et les dettes circulent), et une forme d’arbitrage veille à la reconnexion sans excès de ces dettes&crances (à l’occasion de la “transformation” dans une basse tension consommable des reliquats ou “intérêts” ) et les petites imperfections sont stoppées par un disjoncteur différentiel (fraudes et Ponzifications mineures et presque vénielles, 32 vessies valent 24 lanternes, mais j’ai plumé quelques gogos, peu, à 32 pour 28).

            Sans différentiel, toutefois, une Ponzification institutionnelle prolifère; et elle doit spécialement prolifèrer dans un des secteurs où se traitent le plus de dettes, suivant les branchements réalisés sur toute la société et l’économie du moment, et notamment sur son grippage capitaliste par surconcentration du moment.

            Avec par exemple le “courant invisible” qu’était la valorisation des actifs immobiliers lors de la crise des subprime.

            Les dark pools n’ont même plus besoin d’une contrepartie tangible, semble-t-il pour faire ce type de chose, car de fait, si dans un monde en croissance assez nette, on a toujours un panel d’investissements qui sont comme chevaux au PMU, –ils rapporteront peu ou beaucoup, rarement ils perdront tout–. à l’inverse, dans un monde sans inflation et dont la croissance est de plus en plus hachée (2001, 2008, 2011-2015 crise grecque/chypriote, 2013-2018 la séquence TrumpBrexitDaech (dans le désordre) et les démocraties illibérales , 2020 la covid19) et où la transition toujours plus impérieuse est toujours plus bloquée dans nos cliquets (une invasion!), eh bien c’est en mode charognard que se fait la prise de bénéfice : presque tout peut un jour chuter, faire faillite, surtout les boites “classiques” industrielles, les Renault et autres Suez, les Asltom, mais les boites “new tech” fournissent un matelas (made in Schumpeter) tandis que les places que je mets sous “dark pools” sont, dans mon analogie, le siège des courants de transformations vers des flux réels de quelques uns. Ces quelques uns, gens dont l’être-hyène ne sauterait même pas à leur propres yeux, sont –se disent-ils — les meilleurs recycleurs d’un certain humus économique.
            Si cela marche encore (comme les personnages de BD au-delà de la falaise) c’est que l’aubaine de l’énergie bon marché nous a donné une marge immense pour ne pas allouer les avances là où elles sont utiles (hosto-école-fac-transition,…). Plus on attend, moins on a de chance de retourner sur la falaise avec une opportunité de descendre côté pente douce .

    2. Bonjour Timiota,

      Merci beaucoup pour votre long retour très détaillé et ouvrant plein de pistes vraiment enthousiasmantes. Les relectures couplées du Prix et du Comment la Vérité et la Réalité furent inventées que vous suggérez devraient être stimulantes, je vais m’y essayer dans la mesure où mon temps le permet. J’ai besoin en général d’une “seconde navigation” afin de synthétiser des lectures que j’ai traversées mais que ma mémoire n’arrive pas à ramasser. Vos remarques pourraient me donner un solide plan de route. Idem pour le principe des systèmes intelligents : j’ai pris en cours de route le blog au moment où des extraits étaient publiés régulièrement ce qui m’avait fortement impressionné.

      Sur vos références préalables je partage le monde Diplo mais me suis mis à lire Braudel et Leroi-Gourhan seulement par la suite. Serre quant à lui essaimait ça et là (à la radio et à la télé) et je ne l’avais pas lu sérieusement. Je me suis demandé par après s’il n’y avait pas eu une entente tacite entre Stiegler et lui dans le choix des dieux tutélaires : Prométhée pour l’un, Hermès pour l’autre, Kant et Leibniz etc. J’ai l’impression aussi que cette manière de construire le débat public en se faisant le représentant du moment d’une pensée d’un grand ancien a un peu implosé. Je date ça de 2007, car je crois qu’à ce moment là la tendance germano-pratine propre à la philosophie et qui se cultivait en prépa partout en France (où elle se représente comme discipline prestigieuse par excellence) s’est enrayée. Sociologiquement, j’ai l’impression que les impétrants s’imaginaient un futur par analogie à ce qui s’était joué autrefois : le second à l’agreg était un futur Sartre en puissance, la première une future Simone de Beauvoir etc. On se répartissait les rôles d’un petit théâtre mental pour reprendre le mot de Chabian (cf. commentaire de l’article). Mais je pense aujourd’hui que l’illusion en question est en réalité générale avec les 80% au bac et l’inflation des diplômes. Les parents regardent les succès de leurs enfants au prisme structurellement déformé de leurs souvenirs. Non pas que les enfants sont moins bons ou moins attirés par le savoir mais pragmatiques ils ne font plus grand cas de cette monnaie d’échange dévaluée, ou la prennent pour ce que c’est, une monnaie d’échange : plus de cet idéalisme nécessaire qui faisait croire à l’en soi de la valeur d’un bout de papier sur lequel était dessiné une couronner de laurier.

      Le projet d’Ars Industrialis avait ouvert une fenêtre à l’époque, produit un courant d’air. J’avais l’impression d’un ancrage architectonique, qui par un effet d’accélération parfois vertigineux cristallisait le moment présent en une scène où l’on avait l’impression que quelque chose se jouait (court-circuit des temporalités de Braudel : le Stiegler de l’époque était celui du temps carbone et il brulait de l’archive comme de l’essence). C’était l’époque aussi de “Ce soir où jamais” et c’était peut être ce qui qualifiait l’esprit du moment. Dans une tendance généralisée à la mise en silo des savoirs, on forçait des confrontations entre des domaines qui s’ignoraient et il les poussait à ne pas s’en tenir aux traités de non agression d’usage par quoi chacun était ramené à son audience propre (sa zone de confort, son public acquis). Après, ça pouvait prendre parfois l’aspect d’arène de gladiateurs, il faut aussi se méfier de ce genre de pulsions là.

      Quelque chose qui reste “ouvert” à mon avis chez Stiegler, c’est le sens du mot “technique” dans son appellation vague comme “technique d’un footballer” comme Zidane ou “technique de persuasion” comme Gorgias (l’idée des ateliers de “technique de soi” mis Maus, mis Stoïciens me semblaient une bonne idée pour sortir le public du rôle abonné de spectateur, mais AI a interrompu l’initiative sans que j’arrive à en reconstituer la raison à partir de ce qui était dit publiquement). Certes il analyse la sophistique et s’y oppose en philosophe sous la forme du marketing et de la télécratie. Néanmoins il jouait avec le public qui lui était acquis comme le font les grands boxeurs.

      Je m’interroge sur le sens du mot “technique dans le cas de la “technique psychanalytique”, qui n’est pas une technique médicale au sens strict, mais qui a là un sens beaucoup plus précis à mon sens (l’usage de ce mot m’apparait incontournable car elle est ce qui protège le psychanalytique de la nécessité d’être vertueux pour réussir à soigner). Je pense que c’est ça qui me semblait mieux assumé par Paul Jorion car sans besoin d’être sans cesse thématisé comme un objet de théorisation, de réflexivité.

      Néanmoins la réhabilitation de la question technique via Simondon contre le platonisme qui ontologise la mathématique (qui le faisait peut être désirer être l’Aristote de Badiou), me semblait passer par une forme de prise de risque sur la scène médiatique qui a été beaucoup reproché à Derrida et à la French Theory en général qu’on a pu taxer de sophismes, mais qui était nécessaire d’un point de vue épistémologique et aussi linguistique. Le savoir et le passage à l’acte du comprendre ; le langage et la performativité d’un discours qui créait les conditions de sa réception, en montrant plus qu’en disant.

      La notion de milieu associé m’avait vraiment beaucoup attiré également à l’époque. Mais je me suis rendu compte que quand j’essayais de redire ce que disait brillamment Stiegler, quand j’essayais de le dire en utilisant ses propres mots, je n’arrivais pas forcément à me faire comprendre des non initiés. C’est pour ça que je m’en suis un peu méfié. Je pense que l’usage qu’il faisait de ses termes relevait d’une certaine performance (performativité du langage). j’ai lu dans l’article d’hommage écrit par Jean-Hugues Barthelémy qu’il s’était positionné vis à vis de celui qu’il considérait comme un grand frère en lui refusant la thèse que le langage était de nature technique. Je pense que ce débat a du se cristalliser à un moment donné où il a fallu faire des choix théoriques et où le sens des termes utilisés s’est un peu figé. Leur méthode de travail semblait de s’inspirer de la lecture de livres pour produire des déplacement de questions contemporaines. Comme on ne peut pas tout relire tout le temps, ils ont fait des choix qui leur permettent de différencier face à un postérité qu’ils imaginaient pour s’en soutenir. Il n’en reste pas moins que le langage était avec Stiegler opérant.

      L’idée de milieu associé redevient expressive quand je lis Simondon. Je me souviens vaguement d’une conférence à La colline où il était question de résonance et où la théorie de la communication classique, m’avait paru devenir alors très concrète. La langue comme milieu associé. Mais dans ces métaphores d’un bain linguistique, je me méfie toujours d’une forme de cratylisme et de suggestion. Il y a une manière de dire plus qu’on ne dit, de suggérer quelque chose. Aussi l’impression de voir paraître sur le devant une pensée dont le fond n’avait pas été encore explicité me faisait l’impression d’une avance sur investissement. Ce qui s’était joué, il faudrait en rendre compte en théorisant sérieusement ce que l’on avait pressenti collectivement. Mais malgré le génie de l’organisation de Stiegler, ça semblait de moins en moins possible de mener tous les combats de front (théoriques et politiques).

      Dans l’idée de milieu associé (turbine Gymbal) il y a l’ouvrage technique qui technicise le milieu. Mais justement j’ai l’impression que l’artificialisation du milieu est capable de plus et de moins. Il en va de même avec le langage : même Stiegler qui parlait dans des rencontres, où il y avait des enjeux, car exposé face à un public, était parfois “en roue libre” (à Epineuil où il a pu parler de moulin à paroles). Il s’agit toujours de rattraper le coup, mais on ne peut pas être au four et au moulin.

      Bernard Stiegler avait tendance à galvauder ses concepts en les faisant fonctionner pour des raisons d’urgence politique je pense. La théorie de Paul Jorion et le souci d’une écriture claire dans une langue plus vernaculaire était un bon antidote à la surchauffe sémantique à quoi je suis naturellement moi même exposé (je pense que le souci très britannique du style m’impressionne aussi beaucoup). La théorie des systèmes intelligents théorise d’ailleurs cela, en plaçant le problème des techniques rhétoriques au niveau du support informatique. C’est aussi pour ça que j’aimerais relire Perelman également. Peut-être que cette idée de la charge mentale pourrait être plus qu’une image. Stiegler parlait des supports mnésiques. mais dans les Principes des Systèmes Intelligents, de dynamique d’affect, c’est moins substantialiste.

      Il y a d’ailleurs un style Paul Jorion dans les débats qu’il mène et qui est très appréciable, surtout dans la forme d’une colère qui se contient face au pressentiment qu’il y en face une tendance à l’enfumage (je pense à un débat avec Brice Couturier sur France cul, mais il y en a plein d’autres.) Une conférence aussi sur la finance dans un amphi d’une fac de chimie du quartier latin où il avait été fait référence à la leçon d’anatomie du docteur Tulp : par le discours on assistait à la dissection du fonctionnement des appareils de finance qui se faisait une guerre en lançant des requêtes et les annulant pour cartographier secrètement le terrain des échanges. J’ai l’impression que les conférenciers Bernard Stiegler et Paul Jorion avaient mis des antennes aux propositions et qu’ils percevaient par elles le réel. Tout ça ce sont des images, mais elles s’imposaient à moi pour rendre compte de ce qui se passait.

      Quant à la question de la métaphore électrique, je la trouve très belle. D’ailleurs, c’est un peu le passage d’une chanson de Bashung qui me revient quand je pense à ça “y a quelque chose qui fait masse”. J’ai l’impression que c’est effectivement ce rapport aux masses qui donnait une certaine gravité à la parole de Stiegler.

  2. Je ne comprends pas bien le titre du billet : les mots sont absents du texte…
    Et texte dont on ne comprend pas bien les enjeux concrets. On débat subtilement de rapprochement entre des oeuvres (Jorion Stiegler Freud et quelques autres) ou entre des disciplines, des images trompeuses, et de finances en trompe l’oeil… et cela fait penser au Théâtre de Toone (marionnettes).

    1. – Je me trompe peut être mais je pencherais pour dire que le titre du billet est de Paul Jorion .

      – J’ai pu voir la série ” en thérapie” sur ARTE plusieurs fois citée dans ce billet . C’est un peu , d’ailleurs ce qui m’a fait récemment évoquer que le ” thérapeute” pouvait en avoir marre ( c’est ce qui arrive dans le dernier épisode que j’ai pu voir , où il se confie à une amie thérapeute incarnée par Carole Bouquet , qui le renvoie à son ” contrôleur” ) ! Les actrices et acteurs de cette série sont tous extraordinaires . Mes petites restrictions mentales devant un scenario et des textes très travaillés , ont davantage tenu à la concentration dans un temps restreint d’accouchements qui , de ce que j’en connais , nécessitent parfois des mois voire des années .L’enchainement rapide des épisodes trahit un peu cette empreinte du temps nécessaire .

      – Les rapports entre ” finances” et ” psychologie”, ne sont pas vraiment une révélation , d’autant que je me demande avec quoi la psychologie pourrait ne pas avoir de rapports quand on se place du côté de l’homo ou de la mulier . Dans le même esprit , je me souviens que Jacques Attali écrivait en 2006 , dans “Une brève histoire de l’avenir ” que ” le lien entre technologie et sexualité structure la dynamique de l’ordre marchand ” .

      1. Le titre est de l’auteur du billet.

        Dans ce fameux échange entre Lacan et moi-même en 1972, il est question de ce qu’il avait dit à Vincennes en 1969, à propos de “l’analyste [qui] ne s’autorise que de lui-même”. Mon sentiment est que beaucoup trop nombreux sont ceux qui se sont autorisés (y compris parmi les vedettes contemporaines) – alors qu’ils auraient dû se rendre compte que leur analyse était complètement ratée et que leur compétence à analyser d’autres était nulle.

        1. C’est un titre freudien au sens où Freud distinguait 2 public : publicum et offentlichkeit.
          http://www.epel-edition.com/fichiers/telecharger/Littoral17.pdf

          « Beaucoup trop nombreux », La démocratisation de l’accès à la psychanalyse suppose la multiplication des proposants et des petits pains pour les nourrir. Dans le train des 30 glorieuses sont montées les hordes de psy divers devenus biens de consommation à finalité de mieux-être. C’est autre chose que le suspens de toute finalité de la psychanalyse comme telle, même si la rumeur dit que ça aurait des effets…

          Pour jauger ce qu’est une analyse ratée ou de la compétence à analyser, quel aplomb faut-il ? Les problèmes d’organisation que vous évoquez à Louvains sont ceux de tous groupes où querelle de doctrine et querelle de transfert se tirent la bourre, alors qu’elles sont liées (voyez votre blog !). La passe n’a pas de concurrent pour jauger plus que juger, et la métaphore de la traversée complète en 1973 en image ce à quoi vous aviez affaire en 1972.

          …[Ça pourrait se dire comme ça : « l’être sexué ne s’autorise que de lui-même ». C’est en ce sens que, qu’il a le choix, je veux dire que ce à quoi on se limite, enfin, pour les classer mâle ou féminin, dans l’état civil, enfin, ça, ça n’empêche pas qu’il a le choix. Ça, bien sûr, tout le monde le sait. Il ne s’autorise que de lui-même – j’ajouterai : « et de quelques autres ».]…
          …[ « Sumus enim sodomitae », écrivait un prince qui, je crois était lui-même de la famille des Condé : « Sumus enim sodomitae igne tantum perituri ». Il disait ça pour rassurer ses compagnons au moment où ils traversaient une rivière : il ne peut rien nous arriver, on ne va pas se noyer puisque nous sommes igne tantum perituri, on ne doit périr que par le feu, donc on est à l’abri. Bon. En attendant, est-ce qu’il n’aurait pas pu venir à l’idée dans mon École que c’est ça qui équilibre mon dire que l’analyste ne s’autorise que de lui-même ? Ça ne veut pas dire pour autant qu’il soit tout seul à le décider, comme je viens de vous le faire remarquer, de vous le faire remarquer pour ce qui est de l’être sexué.]…

    2. Bonjour Chabian,

      Je suis conscient que tout ça est un peu confus.

      je crois que si l’usage que je fais des noms propres et des noms de doctrines mène effectivement à un petit théâtre de marionnettes. Si c’est le cas, c’est que ces personnages sont des béquilles pour m’aider à penser plus loin que je n’y arrive vraiment (les personnages conceptuels dont parlent Deleuze ?) Stiegler parlait dans son Mooc sur Ménon du petit théâtre de Calder, je dois dire que je suis assez sensible à ces miniaturisations, ces modélisations du monde (peut-être que la première topique de Freud aussi a ce caractère enfantin).

      Le titre du mail m’est venu à la toute fin. Je crois qu’il exprime ce qui en est à l’arrière plan de mon propos, mais c’est vrai que c’est aussi le point où ma réflexion achoppe : c’est ce que je n’ai pas réussi à formuler.

      D’un côté, il y a “Analyse du Moi et psychologie des foules” de Freud. J’ai l’impression que les corps qui font bloc est une modalité visible du “faire masse”. Cela on peut le photographier, un journaliste de presse le fait. L’apport de Stiegler dans son livre sur la télécratie c’est que les masses sont produites par la synchronisation des esprits par le tube cathodique (quand je traverse les rues vides de Paris je me demande ce qu’il en est de ces masses. La multiplications des séries change la mise au diapason des consciences, je ne sais pas trop quoi en penser. Je n’ai pas l’impression que mes idées sont moins embouties et mon esprit moins comateux qu’après le flux cathodique d’autrefois).

      De l’autre côté, les publics. Je pense qu’ils ont du mal à exister parce qu’il ne peut pas y avoir un traitement du flux d’images que l’on absorbe par les mots. Les émissions comme Arrêt sur images décrypte ça de l’intérieur et permettent de réfléchir l’attitude de spectateur. Mais il y a aussi surtout les expérimentations via les blogs, les sites etc. Ça contrebalance les automatismes acquis sur les réseaux sociaux et la passivité face aux industries de programmes. Ars industrialis était enthousiasmant et témoignait d’un état d’internet qui permettait d’avoir un certain espoir de ce côté là (reprise en main des discussions, retour des clubs). Après il y a eu l’époque nommé par le groupe “blues du net”. Heureusement, il y a encore des îlots où ça existe (le blog de Paul Jorion, où même quand on n’écrit pas, on a l’impression de participer, ça m’a toujours paru mystérieux d’ailleurs).

      Quant à la télé, j’écoute surtout des émissions de débats. L’impression qui en ressort c’est que les discours rodés, qui vont vite et font système nous imprègnent d’éléments de langage qui s’y déversent (sans doute la réalité du ruissèlement est linguistique et non économique). Le vocabulaire financier se déploie alors en cascade : le temps investi à écouter quelque chose doit être rentabilisé en trouvant un public à qui l’on peut en faire part. Il n’y a pas échange mais transmission d’un flux. Plus de source à quoi on pourrait confronter un propos pour en mesurer le coefficient de déformation. Tout n’est que modulation.

      Je ne connais pas bien la théorie de la communication d’Habermas ou la réflexion sur les publics de Dewey, mais je me représente une prise de parole comme une adresse qui lance un peu dans l’indéterminé un filet sans savoir exactement ce qu’elle s’attend à trouver et que ce n’est que quand il y a réponse ou résistance qu’elle peut se dire “c’est ça” ou “c’est pas ça” que je disais ou que j’attendais. En l’occurence, j’ai l’impression que le modèle de l’échange économique surdétermine le modèle de l’échange linguistique et qu’à la rigueur on se pose de moins en moins la question du sens de ce que l’on dit. La question sous-jacente est “qu’est ce que ça rapporte ?” ou “quel effet ça fait”.

      Mon propos n’est pas très sensé car il tourne un peu en rond. Mais ce qui ne fait pas sens dans le paradigme actuel, c’est je n’en attends rien de particulier, sinon d’élucider par cette adresse maladroite ce qui me tourmente un peu à la lecture d’un texte qui m’interpelle (le chapitre XV du Keynes de Jorion).

      1. Peut-on aller décanter ces tourniquets linguistiques (de la télé, etc. ) sans une contrepartie d’expérience concrète ?

        Autrement dit, une dynamique d’affect débranchée d’une certaine corporéité est-elle possible et peut-elle produire de l’intellection non pas utile mais plutôt éclairante.
        J’ai l’impression que dans Stiegler passait en fond le jazz du bar toulousain qu’il avait du fermer en 1978 (et qui le conduisit au “passage à l’acte” et en tôle). Et que chez Paul Jorion passe en fond les gestes des pêcheurs, qu’il regardait il est vrai déjà au prisme du futur “Cambridgien décalé” s’il me permet ce raccourci sans nuance . Perso, j’ai eu la chance de démarrer en science avec un fer à souder (en même temps que bac et prépa), au temps des processeurs 8 bits et des radios libres. Je n’ai jamais “re-théorisé” cela depuis, mais l’envie de “ravauder” pour reprendre le mot latourien à la mode, m’est sans doute venue là : des centaines d’heures de réparation et mise au point. Et cela conduit à identifier un noyau faisant système.
        Je crois que Stiegler a résonné avec ce qui a pu faire système pour vous dans votre vécu, mais peut-être le rapport à la technique reste moins confortable si la plongée dans celle-ci est esquivée au profit d’un approfondissement du volet le plus intellectuel. De fait, forger un réseau mnésique avec certaines propriétes de connexion dans un cadre très intellectuel me semble plus exigeant, il faut que les systèmes philosophiques tissés entre eux fassent le méta-système qui puisse jouer le rôle que joua pour moi une “simple” discipline technique.

        De fait, cela dérive vers la question de l’interdisciplinarité. Mon co-auteur de billet “Renart” vient de me parler des dernières réformes en projet du CAPES + agreg où la transdisciplinarité est vendue comme sauce dissolvante et fade d’un peu tout (pour le plus grand bien de la transition, forcément), alors qu’il a pour credo (que je partage) qu’une bonne interdisciplinarité est d’abord une exigence dans une discipline “mère”, là où la logique de la technique elle-même nourrit mieux l’esprit et l’affûte dans ses futures rencontres que ne le fait un vernis “tutti frutti”.

        J’en reparlerai peut-être…

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      2. Merci de ce retour. Mes remarques ne seront pas structurées.
        En tant qu’ouvrier, il m’est arrivé plusieurs fois de lancer un mouvement revendicatif. On appelle cela un “mouvement de masses” concret ! Dans un cas nous n’étions que quatre, un par pause (système à quatre pauses)… et nous nous sommes fait entendre ! Dans l’autre nous étions cent… Et je ne peux nier que l’action entraine des effets de foules : qui est le dirigeant pour qu’on le suive et qu’il porte le chapeau… (transmision de la responsabilité). Ici l’action était plus symbolique et il s’agissait de ne pas se faire réprimer. J’ai utilisé un argument connu du meneur prudent : “hé, je n’entraîne personne, que ce soit bien clair ! Maintenant, suivez-moi pour barrer l’entrée…”. On pourrait étendre la réflexion au départ du mouvement des gilets jaunes : quelques individus sont passés à un (ou plusieurs) appel à l’action ; Cet appel répondait à une attente massive dans toute la France. Pour beaucoup de gens, ce mouvement les a grandi, leur a donné une existence et une parole qui n’existait nulle part, c’est pour eux une expérience existentielle. Et il faut écouter un peu les “Assemblées des assemblées” pour voir une expérimentation socio-politique en construction. Cela ne devait pas être très différent pour les Soviets en 1905 (première révolution russe). Méfiance foncière, démocratie sourcilleuse et organisation d’une participation horizontale…
        Si je rappelle (en bon matérialiste) ces enjeux concrets (j’ai fait aussi beaucoup d’expériences participatives), c’est que je perçois rapidement le risque du “pinaillage intellectuel” (expression ancienne, bien avant les débats télévisés !) dont on ne voit pas ce qu’il apporte ou apportera. Et c’est ainsi que m’est venue l’image des marionnettes de Thoone, spectacle dramatique en patois bruxellois plutôt confus racontant un débat ou un duel du Moyen-Age des Pays bas espagnols…
        Pourtant j’ai fait philo comme vous et j’ai continué à lire des livres d’intellectuels nombreux (Piketty, Latour sont les plus récents, je n’ai rien lu de Stiegler, mais bien le Keynes de Jorion parmi d’autres). Parfois je me dis que je ne suis pas cohérent avec mon anti-intellectualisme militant (on dirait anti-idéalisme). J’ai cité Habermas récemment dans un commentaire car une réminiscence de lecture de 1995 me venait dans mon argumentation, mais je ne peux en tirer autre chose.
        Nous avons vécu l’arrivée de la civilisation de l’image : nouveau cinéma, TV, premières photos dans Le Monde (!), vidéo, web aujourd’hui et réseaux sociaux. Mais est-ce le tout (le résumé) de nos vies, de nos échanges, de nos relations humaines ? Le mouvement des Gilets Jaunes en est le démenti : quoi qu’on en dise sur nos écrans, le réel était dans la rue et dans les assemblées, pas dans la parole ou le débat médiatique qui est déformant. Je vois bien des gens non intellectuels partager des “images émotionnelles” (personnnelles ou fabriquées/commercialisées) sur les réseaux mais ce n’est pas leur vie, c’est une 2e vie, et une addiction, pas un échange.
        Nous sommes bien sûr dans la Société du spectacle, dans la politique-spectacle et celle-ci mord sur les réseaux sociaux. Car il faut “être présent”. Mais qui parle de l’abstention ? de la méfiance ? de la perte de légitimité ? “Pourquoi cette méfiance massive envers le vaccin ?” titre un média. Mais d’où parle-t-il pour en parler au nom de ceux qui ne parlent pas… Blabla sans intérêt. Un mouvement de masse concret se soucie aussi de spectacle et perçoit vite la discrimination contre lui. On a trop vite tendance à penser que les foules sont instrumentalisées et que la psychologie des foules parle d’animaux bêtes (c-à-d. selon les clichés que nous en sommes faits !) alors que les foules sont démunies, en recherche, en colère, en émotions et donc manipulables mais pas passives : réactives.
        Les masses que produit la TV (quel logicien a écrit “Sur la télévision” ?), les publics que cible la fiction audio-visuelle construite “pour les ados”, “pour la ménagère”, sont des artéfacts. Il en va de même des sondages, des succès de tous ces créateurs de chaine youtube et autres influenceurs, et des statistiques de fréquentation de sites… et ces artéfacts peuvent être hautement manipulés et mis en question. Aujourd’hui, ce sont les médias qui sont entrés dans l’ère de l’influence chiffrée et émotive. Mon post de ce matin sur FB : “Ne dites pas que dix mille belges ont une société au Luxembourg” (titre de Le Soir de ce matin), mais Dites “99 % des belges sont grugés par les 0,1% qui mettent leur fortune à l’abri pour nous laisser payer les impôts à leur place”. Ne concluez pas trop vite en voyant les rues vides ! Vous seriez fasciné par la capacité de cerveaux sans importance. Allez, une dernière pour la route : on dit les gens manipulés par les fake news, mais c’est une “légende urbaine” selon l’expression à la mode : ils ont plein d’opinions, d’arguments dans le mouvement de masse de résistance à la crise covid, mais ils sont démunis et manipulables eux aussi. Je commentais ici votre développement sur “les publics”. J’ai sans doute une vision d’un citoyen double : drogué et addictif d’un côté, en relation et en échange de l’autre.
        Enfin, j’adore prendre la parole, la tenir, la distribuer (en cas de débat) et intéresser l’auditoire, lui apporter quelque chose, c’est une passion qui m’étonne encore aujourd’hui comme retraité, mais dans l’associatif : j’étais un grand timide, je suis devenu tout autre chose. Mais il y a des prises de parole différentes : didactique, dirigeante, manipulatrice, séductrice… Mais je parle ici dans la vraie vie. Dans l’audio, on est effectivement une savonnette qui parle pour faire mousser, on ne sait dans quel jeu on joue. “Je t’ai vu à la TV ! Tiens, je n’ai plus été interviewé depuis longtemps, c’était une rediffusion, j’y parlais de quoi ? Oh, j’sais plus, un truc là… mais tu étais bien, et je t’ai reconnu, c’est l’essentiel !” L’important est d’être présent, disais-je des hommes politiques qui cherchent le buzz, mais nul ne connait l’effet acquis. En fait, Habermas dans l’Agir communicationnel disait (pour l’essentiel) que la possibilité d’un échange était un pré-requis ‘structurel’ de la prise de parole. On pourrait dire que “l’audiovisuel” détruit cette communication, tue la communication. C’est juste une propagande, une action “publicitaire”.
        Maintenant, finance et monnaie et valeur sont un grand mystère. Marx me tombe des mains après cinq pages ! Moi je suis abusé et je ne me risquerai à rien dire. Mais je vous écoute, j’écoute Jorion sur cela aussi.
        Mon petit commentaire du début était un appel à communiquer. Pas très adroit d’ailleurs. Merci d’avoir suivi…

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