81 réflexions sur « Bernard Stiegler 1952-2020, par Chantal Montellier »

      1. Le propos est superbe mais l’esthétique de Stiegler est une circulation revendiquée entre Duchamp, Sophie Calle et Beuys, une esthétique de l’immanence de la vie qui relève de l’art contemporain critique et négatif comme dirait Badiou récemment cf « Badiou et l’art contemporain, une nouvelle mouture »
        Annie Lebrun nous a offert une ouvrage pertinent et courageux, « ce qui n’a pas de prix », mais le surréalisme qu’elle préconise, celui de Breton qui n’aimait pas Cézanne, ni Rembrandt ni Rubens, il avait raison de son point de vue non « plastique » favorable à une peinture littéraire, ne permettra pas de répondre à la question du beau. Le surréalisme n’a-til pas triomphé comme le pense les premières lignes de L’Internationale Situationniste ? Vous vous réclamez plus bas de l’harmonie visuelle.

  1. Il nous manque une définition universelle du beau, qui s’il elle existerait, devrait figurer en tête de liste des gratuits accessibles à chaque être humain.

    1. « Ce qui suspend le temps pour celui qui le rencontre ». Si j’ai bon souvenir, c’est la définition sur laquelle nous étions tombés d’accord un jour Annie Le Brun et moi pour le beau.

      1. Mode vacances / On

        Et à partir de quelle durée de suspension sait-on qu’on a affaire à un chef d’oeuvre ?

        Mode vacances / Off

      2. Jacques Mayol critique d’art ! 😉

        Sans aucune volonté de polémique : c’est quand même bizarre que vous soyez tellement analytique partout et que vous deveniez poète quand il s’agit d’art, non ?

        « Suspension du temps », « rétention du souffle », ça nous fait pas des concepts super opératoires quand même…

      3. « Suspension du temps », « rétention du souffle », ça nous fait pas des concepts super opératoires quand même…

        Vous m’avez déjà vu inventer un « concept super opératoire » ? Ce n’est pas le style de la maison !

        Je crois en avoir déjà parlé, quand on apprend à parler dans un milieu bilingue, on a le sentiment tout petit qu’il y a déjà *trop* de mots et pas *pas assez*, qu’on n’a qu’à se baisser : « Je n’ai pas de mot en français pour dire à ma soeur que la confiture dégouline de son toast sur sa robe ? Ça ne fait rien : j’en ai trois en hollandais ! » Donc vous ne m’avez jamais vu « créer un concept », proposer un néologisme. Qu’il y ait des mots dont il faille réexaminer le sens, ça oui : je l’ai fait pour « argent », pour « prix », pour « capitalisme », etc. mais ça c’est du confucianisme : la « rectification des noms », que le père soit à nouveau un père, le prince à nouveau un prince… Mais proposer un « concept super opératoire », non, merci !

      4. Une résonance pure avec la chose perçue qui nous fait jouir de l’instant, oublier tous les mauvais moments qui l’ont précédé et qui nous relance pour un tour.
        Une balise qui nous signale que l’on chemine dans la bonne direction.

      5. J’appelle plus souvent ce « temps suspendu » le  » hors temps  » , celui que l’on oublie toujours quand on ne voit le temps que comme un fleuve qui s’écoule ou des montres fondantes à la Dali .

        Je partage aussi l’intuition ( domaine du hors temps ) et la conviction que le  » beau » individuel ou universel trouvent leur place dans le  » hors temps  » aux côtés de la création , dans ce quart temporel qui nous fait et qui complète les trois autres pour nous rendre globalement empathiques , créatifs , organisés , parieurs .

        Mais je ne suis pas certain que tout ce qui relève du temps suspendu soit  » beau » .

        PS : on notera que le  » temps suspendu » a inspiré bien des poètes , des artistes , des suspensions de séances , des moratoires , des restaurants , des gites d’étapes ( en particulier en Provence où selon la formule d’Yvan Audouard , le soleil se lève deux fois par jour : le matin , normalement , et l’après midi après la sieste , qui est en elle même un temps suspendu )

    2. Je crains d’être un peu schématique, vous me pardonnerez, mais je crois que le beau, c’est comme pour les mathématiques: ce qui est juste. Si un calcul est faux, ça cloche, et on est dans une situation inconfortable tant qu’on est pas arrivé au bon résultat. Pour ma part, mes ambitions d’artiste en matière de beauté (harmonie des lignes et des couleurs, exigence esthétique, intelligence et habileté des traits, respect et équilibre des parties, justesse de la symétrie, etc…) sont assez modestes, et j’essaie simplement de forger une « esthétique à visage humain », qui n’écrase pas, n’abaisse pas l’autre, ne le caricature pas, (sauf pour des raisons politiques), mais au contraire, le « soulève » un peu et l’enrichisse… Le beau, c’est aussi pour moi,  » l’esprit de la matière » quand elle s’organise harmonieusement. Cela dit, je comprends le dessinateur et le peintre qui cherche à casser tout ça. C’est souvent un acte de révolte et de colère qui peut parfaitement se justifier étant donné notre misérable « condition humaine », comme dirait l’autre…

    3. En réponse à Thierry Briault: j’ignorais absolument ce dont Bernard Stiegler se revendiquait en matière d’art… Pour ma part je suis plutôt proche des positions d’Annie Le Brun, et son interview par Aude Lancelin sur l’art contemporain m’a fait jubiler, notamment l’histoire du peintre anglais, Anish Kapoor (pas si poor que ça), qui s’approprie le monopole du noir absolu (absorbant 100% de la lumière)!!! Waouh!! Je pense que concernant la citation retenue, il s’agit moins de parler de courants artistiques que de la grande misère symbolique et esthétique dont souffre au quotidien une majorité de personnes condamnées à vivre dans la laideur et dans des univers (urbains) totalement dégradés et aliénants… Une grande violence (quotidienne) faite à tout ces gens. Du mépris en barre, si j’ose dire…

  2. Il suffit d’un dessin et de quelques lignes ( et le talent) pour comprendre pourquoi ça ne tourne pas rond sur cette planète.
    Le marché aliène l’immense majorité de l’humanité, c’est une évidence, et la seule question à poser est comment casser les liens qui nous anesthésient à ce point.
    On ramasse les copies dans quatre heures !

    1. Il nous anesthésie, il nous aveugle, il nous infantilise, il nous manipule, il nous leurre… Il sait aussi comment faire pour se débarrasser vite fait des artistes de talent qui le contrarie. Il sait comment les brûler mine de rien. Souvent un seul mot suffit: FOU. Ce mot est magique et il a le pouvoir d’éloigner les foules du danger que représente le dissident, et d’installer un désert mortel autour de celui ou celle qui ose défier le Divin Marché et ses maitres, ses codes, ses lois, son « esthétique », et les créatures qui en sont les véhicules. Il séduit surtout la jeunesse dont la libido est facile à canaliser. Un autre mot a un pouvoir magique: TOXIQUE. Bien sur, tout cela se fait au nom de la paix sociale et de la préservation de la santé des « citoyens ». La niaiserie et le grégarisme étant des signes majeurs de bonne santé mentale.

      1. @ Chantal Montellier 12/08 10h18 :
        Polanyi, sort de ce corps ! ( Karl Polanyi)
        (Le sociologue qui a le mieux vu en quoi, surtout à l’aide du marché, l’économie pouvait se targuer d’un « désencastrement » (de-embedding) de la société. Ainsi le marché fut-il l’outil de tout ce qu’on met peu ou prou sous le chapeau « casse sociale ».

        La société peut faire des échanges très complexes sans marché, ne se réduisant absolument pas au troc. L’exemple des Trobriand (connu de Polanyi via Malinowsky si je dis pas de bêtise) le montre.

        A l’inverse, la préservation contre le marché par une classe rurale représentante du pouvoir féodal-rural qui avait été capté au niveau des paroisses notamment, peut conduire à des aberrations. Ainsi Polanyi s’attarde-t-il sur l’épisode peu connu des (quasi)-lois de Speenhamland (*), 1795-1834, garantissant un revenu minimal indexé sur le prix du pain et le nombre de bouches à nourrir (pour faire court), qui eu un résultat catastrophique en faisant des « trappes de pauvreté » (obligation de se déclarer travailleur dans sa paroisse dans l’activité X, ne pas aller voir ailleurs),

        (*) https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_Speenhamland

      1. Cette copie donne une bonne explication à ma question mais malheureusement ne donne pas de solution, à part mettre par terre le système capitaliste.
        Mais alors comment ?
        Si j’en juge par cette vidéo très intéressante, la manipulation des foules étant ce qu’elle est, la voie démocratique est plutôt sans issue, tout étant verrouillé à la base.
        Peut-être attendre la Super Crise paroxystique pour voir s’effondrer ce système comme un château de cartes ?
        Wait and see.

      2. Pour Arsène

        A tout problème il y a une solution. Du débat sur les ronds points et lors des manifestations un consensus a été trouvé sur le partage des richesses qui paradoxalement fait écho à la déclaration de Warren Buffet milliardaire américain qui dit ceci : « Je veux donner à mes enfants juste assez pour qu’ils puissent faire ce qu’ils veulent mais pas assez pour qu’ils ne puissent rien faire »,

        Ainsi avons-nous défini la proposition suivante : Chaque citoyen peut recevoir en héritage sa vie durant un patrimoine maximum de 55 ans du salaire annuel minimum soit : 1 million d’euros,

        Attention il s’agit du patrimoine reçu.

        En France la réserve héréditaire stipule que si vous avez trois enfants, la fortune de vos parents doit être au trois quarts transmis aux enfants et un quart en libéralité,

        Dans le cas des grandes fortunes, comme pour Warren Buffet, les enfants pourraient recevoir chacun 1 million d’euros (s’ils n’avaient rien touché de leur grands parents) le reste étant des libéralités.

        Mais comme en France nous avons la réserve héréditaire, la proposition complémentaire sur l’héritage maximum, est l’introduction de l’entreprise dans la réserve héréditaire,

        Ainsi les salariés obtiendraient la propriété sociale de l’entreprise, et dirigeraient l’entreprise arbitrant entre les salaires, les dividendes et les investissements. (N’ayant que la propriété sociale ils ne percevraient pas de dividendes mais pourraient être intéressés aux résultats),

        Mais comment faire passer cette proposition ?

        1°) Il faut un consensus sur cette proposition

        2°) il faut détourner le sens de l’élection présidentielle de 2022 et en faire un référendum pour l’acceptation de cette proposition dans les conditions suivantes :

        Le candidat X détourne le sens de l’élection présidentielle en faisant de sa candidature un référendum pour une nouvelle démocratie avec la présentation d’une Loi référendaire pour une société plus juste.

        Il s’engage ainsi s’il est élu à :

        1°) Faire voter en juin 2022 ce projet de Loi référendaire qui remet en cause les privilèges des OLIGARQUES. (Projet S’unir contre l’OLIGARCHIE par la mise en place de l’HERITAGE MAXIMUM )

        2°) Modifier avant les législatives la représentation des partis politiques à l’assemblée nationale par un vote à un tour à la proportionnelle intégrale avec un minimum de voix de 3% pour élire des députés (les circonscriptions pouvant être régionales)

        4°) Nommer un gouvernement issu des élections législatives composé d’un premier ministre issue du groupe majoritaire à l’assemblée.

        3°) Proposer à cette assemblée nouvellement élue la création d’une assemblée constituante composée de représentants du peuple tirée au sort.

        5°) S’engager conformément à l’article 20 de la constitution à laisser le 1er Ministre gouverner sans s’immiscer dans la gestion du gouvernement (comme en cohabitation).

        6°) Démissionner dès le vote de la nouvelle constitution.

        Ceci est une proposition synthétique et je suis prêt à élargir la discussion

      3. @coiffet (9h43) répercute en proposition n°3 : …  » création d’une assemblée constituante composée de représentants du peuple tirée au sort.  » …

        Simple curiosité , sans aborder le fond : a-t’on envisagé? / exclu? / les deux? l’hypothèse que ce tirage au sort soit exclusivement effectué dans une liste de candidats obligatoirement VOLONTAIRES annoncée selon un processus chronologique transparent..?

      4. Pour Otromeros

        Non cette proposition est en débat, rien n’a été tranché mais par analogie avec les jurys d’assise aucun citoyen ne peut se récuser s’il est désigné comme juré d’assise sauf motif légitime dont je ne connais pas la liste.

      1. Ah ! Les temps sont durs mais trois emplois pour une seule bulle… fait bondir le petit actionnaire );-))
        Cela dit le patron fait ce qu’il veut.
        Mon voisin qui était croque-mort et menuisier utilisait et prononçait le mot « esthétique » avec un certain dédain.
        Je l’ai visité deux fois pour affaires (sans retour).
        Sa liste des cercueils était simple. Alors que pour moi le beau n’a pas de prix, chez lui, les cercueils les plus chers étaient les plus « esthétiques ». Le mot prononcé avec difficulté prenait une dimension ésotérique. La pudeur se mêlait à la maladresse.

        Je salue Bernard Stiegler pour son courage. Je lui délivre un dernier sourire

  3. C’est une tendance c’est vrai, mais je ne trouve pas cette affirmation très juste:
    1. On en est pas encore là.
    2. Je trouve que c’est un peu élitiste. Je côtoie beaucoup de gens simples, sans grand bagage intellectuel ni artistique. Mais ils ont une notion du bien commun et de la beauté. D’ailleurs je crois que la beauté ultime réside dans une parfaite simplicité. Une humilité qui s’oublie elle-même. La beauté c’est l’instant qui passe. Et c’est accessible à tous, à tout instant.

    1. Ce n’est pas ce que dit la légende, qui dit seulement que certaines catégories de la population vit dans des environnements dégradés, ce qui comprend une dimension esthétique. Ici le mot a une acception qui dépasse le sens étroit qui ne concerne que la réception individuelle, car il s’agit d’une guerre esthétique. IL y a un enjeu social : des esthétiques s’opposent. Un petit exemple : dans les années 80 est apparue une nouvelle esthétique qui fit de la publicité un art. A la télévision il y eu même une émission dédiée : Culture pub. Ce n’est pas anecdotique, car avec l’esthétisation de la publicité, c’est un modèle de société qui est promu, assumé et même revendiqué. Bref on assiste à l’annexion du beau par le fric. C’est grave, c’est un acte politique, ou plutôt anti-politique.

      On est loin de la définition d’Annie Lebrun-Jorion, qui transcende le social et qui est assez proche de celle de Kant de ce point de vue.
      L’esthétique qu’impose la publicité, est une esthétique normalisée, qui lors même qu’elle se veut subversive renvoie toujours au même modèle consumériste. IL n’y a pas de place pour la contemplation, la suspension du temps. Stiegler a très bien expliqué tout cela : comment les marchands s’emploient à capter notre attention. Or qui dit captation de l’attention, dit aliénation, d’où grande difficulté d’accès à ces moments privilégiés. J’ajouterais que l’élite n’a pas le privilège du bon goût, et d’ailleurs il ne s’agit pas ici de bon ou mauvais goût, de riches marchands que je ne nommerai pas ont des goûts de c….ttes. L’élite a seulement plus de possibilités de s’extraire d’un environnement aliénant, et ce d’autant plus que c’est souvent l’élite économique qui fabrique notre environnement dégradé avec son esthétique dégradée.
      Bref, j’aime beaucoup ce dessin et cette légende en hommage à Bernard Stiegler, c’est la quintessence de sa réflexion et de sa sensibilité humaniste.

      1
      1. Merci Pierre-Yves pour ce « commentaire » qui est d’une telle justesse à mes yeux, qu’il en devient extrêmement beau!

      2. La beauté n’est pas mathématique. Les mathématiques tentent de définir des critères de beauté. Les sciences sont une description du monde, pas le substrat. Sinon dans ce cas vous seriez capable de me donner le périmètre précis d’un cercle.

      3. Comme Chantal 10h20 12/08,
        J’évoquerais aussi Richard Sennett et ce qu’il dit du quartier de Cabrina ‘(de mémoire) où l’on permit aux afro-américains de Chicago, dans c quartier pauvre, de choisir les détails de leur environnement (rien d’extraordinaire, c’est du niveau du square, etc.) : cela participa d’une dimension esthétique de leur existence. Sennett explique aussi (sur son mode « brouillon-symphonique » souvent) pourquoi ça n’a pas tenu bien longtemps, les communautés locales n’ayant pas de relais pour pérenniser cela…

        De fait, la pérennisation d’un mode de gestion, est ce que le marché sape le plus volontiers et le plus rapidement.

        C’est un peu paradoxal par rapport à « l’axiome de la chrématistique » du Stagyrite, en clair d’Aristote, qui dit qu’une transaction s’opère à un niveau de prix qui maintient les statuts et est donc « pérennisante » de quelque chose. Dès lors, on peut faire l’hypothèse que le « gène » du capitalisme serait que l’accumulation de savoir donne l’occasion à ceux qui ont « pérennisé du bon côté du manche » ( ou qui naquirent avec une cuiller en argent dans la bouche) de refaire basculer les flux vers eux lorsque classes inférieures ont accédé à un peu de pérennité et donc accumulé une forme de savoir qui leur sert dans le rapport de force.

        Cela pourrait être l’occasion de renouer les lectures jorioniennes, stieglériennes, lordoniennes et, faisons bonne mesure, marxistes de l’histoire.
        Ajoutons un brin de Dewey (que Barbara Stiegler cite bien plus que Bernard S. ), et d’ailleurs en farfouillant pour voir ce qui les réunissait (en gros le pragmatisme de Dewey n’exclut pas les techniques chères à Bernard Stiegler), je suis tombé sur la philosophe Catherine Malabou que je vais peut-être mettre dans mes prochaines lectures :
        A ce lien : https://usbeketrica.com/article/la-plupart-du-temps-on-se-comporte-comme-des-robots

        Décidément…

    2. Un peu comme Mr Jorion ci dessus vous assimilez la beauté a la sensation qu on en a. Ce n est pas si evident et il ya du génie dans cette citation de Mr Stiegler car il parle d esthetique et d alienation en evitant ainsi ce piege. La beauté est en partie mathématique, il y a des regles qui produisent cette sensation, regles qui sont bien connues et utilisée ad nauseam par le marché pour nous aliener d autant plus qu elle donnent acces precisement a des ressort enfouis au trefond du ressenti de l intime. Une Ferrari par exemple on pourra debattre a l infini de si c est beau ou pas mais qu on le veuille ou non c est sacrément esthétique et derrière vient toute la gratification sociale associée quand on s installe au volant ou qu on imagine s y installer…

      1. 10/10, je partage complètement ce que dit Dup, qui semble n’être dupe de rien, et a bien compris la part mathématique (et surtout géométrique) cachée dans le beau. D’ailleurs, si l’on en croit certains astro physiciens, TOUT est mathématique…

      2. La beauté mathématique… Mouais ! Culturel aussi ça. Mais Bach c’est vachement bien arrangé c’est vrai aussi. Et quand on hisse une technique et un savoir au rang de perfection, souvent cela engendre du beau. Ce qui sous entend pas mal de travail derrière.

        Cependant, moi je valide le beau par cette sensation que tout devient limpide, un manque est rempli, le temps s’arrête, bref une émotion qui emporte, ce et y compris avec n’importe quoi, construit ou naturel, furtif ou établi.

        Oh puis hein, c’est les vacances, et il fait … beau.

      3. J ai bien précisé en partie mathématique et c est cette partie dont se sert le marché pour activer des declencheurs dans notre intimité sensible. La partie non mathématique echappe encore au marché c est encore une chance. Quelques vers de Bashung dans son dernier album en disent long sur cette esthetique dont parle si bien Stiegler , de memoire :

        « Les capitales sont toutes les mêmes devenues
        Vetues d acier vêtues de noir »

    3. « L’élite a plus de possibilités de s’extraire d’un milieu aliénant  » moi je pense que c’est faux. Et d’ailleurs si elle s’en extrait c’est souvent pour se plonger dans son propre milieu avec d’autres formes d’aliénation, dont celle de croire appartenir à élite.

  4. La prolétarisation des esprits, dont parlait abondamment Bernard Stiegler, concerne tous les esprits: on échappe pas à son époque ou au populisme industriel. Cette phrase s’adresse certainement à un public cultivé, et elle est malheureuse car elle abstrait ce public d’une misère symbolique dont il est le cadre, le bénéficiaire, mais aussi le plus affecté notamment dans l’esthétisation -sans emploi- de sa supériorité dépressive.

    1. Bene dito, Benito Maldito, (pardon, je n’ai pas pu résister). Pour avoir vécu TROP longtemps avec un sociologue (polytechnicien de formation, en plus!) du CNRS (aujourd’hui directeur de recherche émérite… Huhuhu…!) et côtoyé ses semblables, je ne peux que souscrire à ce que vous dites, hélas… Mais pour ma part, ma vie est ailleurs et il y a belle lurette que j’ai pris le maquis, j’espère donc échapper à votre critique. En plus de ça, les encadreurs de la « misère symbolique » ne peuvent généralement pas… m’encadrer. Quand à l’humeur dépressive, c’est un luxe que je n’ai jamais pu me payer, vu que pour moi, c’est plutôt « marche ou crève » dans l’ensemble, dissidence oblige.

  5. Les mathématiques ayant un certain rapport avec la nature elles ont logiquement un rapport avec notre sentiment du beau car nous faisons partie de la nature.

    Je suis kantien apparemment… et Kant ne parle pas d’esthétique je crois.

    Ce mot est ambivalent. Il est associé à « beau » et cela me parait très souvent faux.

    Il y a beaucoup de choses belles qui ne sont pas particulièrement « esthétiques ».

    Il me semble que « esthétique » désigne du culturel plutôt que la réalité naturellement ressentie par nous comme belle .

    Quelque chose comme un style parfois plus ou moins artistique.

    Ne peut-on pas parler d’esthétique pour toute chose ?

    Les mots sont sources de grandes confusion !

  6. Pour moi, praticienne tendance arts graphiques, la réflexion et le souci esthétique est un chemin privilégié vers la beauté et me permet, je l’espère, parfois de l’approcher… Mais bon… je ne suis pas vraiment plasticienne, juste snipper sur Photoshop…

    1. Rien a dire sur vos qualités de sniper vous avez fait mouche pour la citation. Une vrai frappe chirurgicale 😉 et un bien bel hommage a Mr Stiegler. Merci.

  7. Oui, je suis un tireur à gages professionnel et si vous pouvez me trouver des contrats… /… (enfin, une tireuse…)

  8. Je n’aime pas du tout ces petits monstres grotesques, ridicules, et infantiles devant mon nom et celui des intervenants. C’est infériorisant. En plus, Paul, lui, est en majesté! Deux poids, deux mesures…? Ca me rappelle des choses… Mais non, n’est-ce pas, pas ici, pas chez toi mon cher Paul… Rassure-moi. Et merci de supprimer la petite merde devant mon nom.

    1. Ah ! Chantal, ne trahit pas comme ça ton manque de familiarité avec le monde numérique qui est le nôtre allant à 200km à l’heure (les jeunes finiront par te snober) : il n’y a que toi qui puisse faire de ce monstre un.e prince.sse charmant.e : ça se répare ici : https://fr.gravatar.com/

    2. @Chantal Montellier
      Maintenant il va falloir choisir une image pour votre gravatar. Attention, celle-ci va révéler beaucoup de votre personnalité, à moins que vous ne rusiez 🙂

      1. Merci de votre conseil Arkao… « Gravatar », quel drôle de nom, pourquoi pas Avatar ou Gravillon? (vous connaissez celle avec le pape appelé à régner?)

  9. J’adore être snobée par les jeunes! Et je le leur rend bien. Mais toi avec ta photo réaliste pas socialiste, tu ne crains pas d’être snober par les moins jeunes? Et puis, faire du jeunisme, à ton âge! et avec tes qualités intellectuelles… Bon , salut, je fais aller me pendre.

    1. Ah zut ! Chaque fois que j’oublie mon sac d’émojis à la maison et que je me dis « Allez, je fais quand même un commentaire », je passe après un très mauvais quart d’heure. C’est promis, juré ! Si je n’ai pas mes émojis avec moi, je me tais jusqu’à ce que je les aie retrouvés ! 😀

  10. En fait, on se croirait sur un site de bédéastes à peine post pubères, mais avec un gros néo cortex, et une âme un peu douloureuse… ! Je retourne me pendre. J’arrive, Stiegler!

  11. Ici c’est comme à Beyrouth, l’Internet ne fonctionne qu’une heure ou deux par jour…
    J’ai peut-être le temps de glisser une courte phrase de Picasso que je livre à votre réflexion :
    « Il faut courir plus vite que la beauté ».

    1. On sait depuis Ronsard que la beauté a quelque chose à partager avec mon imprimante, à savoir une certaine obsolescence. Vrai pour les humains mais aussi pour les définitions, les canons. La mode en est un parfait exemple qui se veut dire et propager une image de la beauté qui vue un peu plus tard fera sourire.
      Le sujet est toujours épineux, une vrai pomme de discorde que Zeus soi-même n’a pas su régler et fera toujours débat.

  12. Pas mal, mais j’aime mieux celles-ci, toujours de Picasso: « L’art, c’est 10% d’inspiration et 90% de transpiration. »
    « Un grand artiste c’est quelqu’un qui expose dans une grand galerie. »
    Ou encore: »Je ne cherche pas, je trouve! »
    Qui dit mieux?

    1. Sur l’art et la beauté , ma meilleure accroche est avec les nombreuses définitions que Oscar Wilde en a donné . Par exemple :

      sur l’art :  » L’art est le résultat mathématique d’un désir sentimental de beauté » .
      sur la beauté :  » La beauté révèle tout parce qu’elle n’exprime rien  » .

      1. Lequel ? ( car je trouve que ces deux extraits traduisent plutôt fidèlement – mais il est vrai de façon sibylline -l’art et la beauté tels qu’il les a toujours …..traduits tout au long de son œuvre ) .

        On pourrait davantage compliquer en évoquant comme il l’a parfois fait le style et le tempérament artistique . J’aime bien aussi : » En art , tout est important , excepté le sujet  » .

      2. Il a dit de très belles choses Oscar Wilde, mais il est comme nous, il a eu des jours où il était moins inspiré, et il aurait mieux valu qu’il fasse alors une promenade en forêt. Évidemment, injustement sous les verrous, il a pu être tenté alors d’écrire plutôt que se taire.

      1. L art et la beauté n ont pas grand chose en commun… Si ce n est peut etre au niveau des mecanismes cerebreaux qui servent a l apprécier. Le Guernica nous subjugue autant qu un lever se soleil mais est il (elle)? beau pour autant?? Vous avez deux heures 😁

      2. L’art et la beauté sont en effet deux …choses différentes , même si bien évidemment ils ont des liens . L’art c’est une tentative humaine de rendre la beauté « sensible » , il n’est qu’une trace du passage de la beauté , donc déjà sujet aux impuretés . Mais pour les deux , et en paraphrasant encore Oscar : »L’art et la beauté, comme la sagesse , aiment l’adorateur solitaire  » .

  13. « Quand on est dans la merde jusqu’au cou, il ne reste plus qu’à chanter » Samuel Beckett… L’art commence souvent ainsi il me semble.
    Bonne nuit!
    C.

    1. Certes mais on sait ce qui arrive ensuite a l oisillon qui est tombé dans une bouse quand le renard l entend piailler… 🙄 Gageons que Becket en avait tenu compte avant de contredire la morale de l histoire …. 😉

      1. C’était juste une petite pique en réponse à votre commentaire que j’ai un peu mal pris, sans doute à tort… Pour ce qui est du handicap, ma mère souffrait d’une épilepsie incurable (après un avortement clandestin qui s’est mal passé), alors, je ne suis pas du genre à les snober, vous savez. Au contraire.

      2. Oooh <3
        Désolé C'était fastoch et oui je sais !
        Si vous avez mal pris mon commentaire c'est normal, et pensons à la danse africaine pour le bootyshake

  14. Oui, c’est vrai, mais les renards en général n’aiment pas trop la bouse, et il parait qu’ils sont généralement musicophiles… lol.

  15. Le beau, dans une perspective un peu stieglérienne, c’est le « moment de protention maximale » de nos sensations.
    A priori, pas de raison de distinguer un des 5 sens, mais ceux qui « transportent le sens » (culturel), c’est l’ouïe et la vue, donc on va quand même se focaliser sur ceux là (nolens volens me disait mon cerveau latin pré-pubère,
    Ah et puis incise qui n’a rien à voir sauf le cerveau latin, mais un des systèmes qui s’est assez bien « sorti » du marché capitaliste, ce sont les « fruitères » (à fromage surtout), dont on ne sait même pas si le nom vient bien du « fructus » latin. Mais voilà du circuit local « tou-beau tout-bon, et souvent l’azote de la caséine du from en question n’a pas eu besoin de passer par le douceureux mais très métastable stade de l’ammonitrate, contrairement à la production laitière industrielle, (juannessy ? à portée de Beaufort ? ))
    Je reprends sur la protention. Version 1900 de Clemenceau, du temps des bordels : « Le meilleur moment de l’amour, c’est quand on monte l’escalier. »
    Plus sagement, quand on voit une joli cour d’immeuble par un portail, il y a un « meilleur momentde beauté » quand on s’avance, et qui est bien avant qu’on voit tout. C’est ça l’expérience ordinaire de la protention pour moi : le cerveau capable de projeter un peu sur « ce qui manque » (le défaut /Derrida/Stiegler…), et de faire la recette hormonale « que c’est chouette ici » à ce moment là.
    En musique, je pense que la même chose se produit au moment d’une montée ou descente d’une voix par exemple, on anticipe le timbre « sublime » qui va faire son trémolo dans les aigus (la Callas) ou dans les graves (chants russes) ou les intonations d’une Yaël Naim dans « Coward » (ici https://www.youtube.com/watch?v=Evk9fxgjaX4 à son passage à CSOJ vers 2014, 2015… le bon temps de Taddei à CSOJ.. snif).
    Ce niveau de beau agit à la fois comme protention « primaire » (sur ce qu’on voit) et protention « tertiaire » (cela agit via notre construction des sensations, pour peu qu’on n’ait pas eu une vie entière « prolétarisée »).
    Le « noeud » de l’artiste est qu’elle/il se pose devant une page blanche avec une « protention secondaire » : ‘##je vais faire une oeuvre##, en mode « conscient », comme lorsque nous allons faire notre déclaration d’impôt parce qu’il faut.
    D’où l’importance des moments émotionnellement forts pour reconnecter les niveaux secondaires avec primaires (~ action) et tertiaires (~ce qui nous a construit, que nous avons adopté, j’aime l’exemple de peintres chinois et occidentaux à qui on demande de reproduire le même bosquet aux branches un peu tarabiscotées, ce qui oblige les uns et les autres à ne pas reproduire photographiquement mais à plonger dans leur « fond » avec un résultat très différent, pas retrouvé sur le web…)

  16. Pour ce qui me concerne, je ne me mets jamais devant une page ou une toile blanche me disant:-« Tiens, allez! Je m’en vas faire une oeuvre aujourd’hui! »… Je suis plutôt une oeuvrière , comme d’autres sont des ouvriers… Mais peut-être ne suis-je pas vraiment une artiste, justement. Deux choses me poussent, l’ENVIE et la CURIOSITE de ce qui va naître.

  17. J’ai un gros malaise avec cette phrase, citation dans le dessin. Toute généreuse qu’elle soit.
    -« Nous »… : Elle réaffirme un « nous » (se voulant pourtant modeste : « prétendus (!) cultivés, savants, artistes, philosophes, clairvoyants et informés » — je cite de mémoire) face à une « immense majorité ». Elle crée donc une hiérarchie et…. une élite, apparemment intellectuelle.
    -« il faut que nous nous rendions compte » : celui qui écrit postule une autorité et une clairvoyance, Il y a un moi au-dessus du nous.
    – « l’immense majorité de la société vit dans cette misère symbolique faite d’humiliation et d’offense ». Et bien, non. Pour avoir été prolo un temps suffisant, j’estime que nous vivons dans une exploitation réelle faite d’humiliation et d’offense par la classe supérieure, avant toute supérieure de ses moyens matériels. Et l’offense est leur mépris et leur méfiance envers nos capacités d’adresse manuelle, mais aussi notre intelligence sous-utilisée que nous dérivons comme joueur d’échecs, comme parieur turfiste ou footballeux ou seulement joueur de loterie. Par opposition, nous avons une culture propre, celle des « petits qu’on écrase mais qui ne sont pas dupes ». Une clairvoyance sociale. Nous votons pour les extrèmes ? Nous nous abstenons ? C’est pour emm… les élites, c’est sans conviction. Nous avons tellement cru aux partis ouvriers quand nous les avons constitué, et nous y avons encore souvent crus et appuyé, mais la corruption passive du pouvoir et la corruption active de la grosse bourgeoisie a eu le fin mot.
    – « Misère symbolique » ? En partie oui, et de plus en plus. D’abord il est vrai que nous manquons de mots, que les échafaudages complexes sont moins à notre portée (et que ceux des intellectuels nous font souvent bien rire par leur irréalisme). Ensuite il est vrai que la disparition du mouvement ouvrier a anéanti les discours qui nous représentaient et nous constituaient comme force sociale fière d’elle-même. Enfin il est vrai que la tentation de la consommation (elle commence avec « Ford », elle quintuple avec les 30 glorieuses qui ont multiplié tous les revenus par 5, dixit Piketty) a nivelé notre différence sociale, elle l’a noyée dans les jouets Mattel, dans les bagnoles à petit prix (japonaises..) et à crédit et autres erzats du luxe « de marque ».
    Mais tout cela ne vous autorise pas à parler de nous comme des « autres », simplets et handicapés de l’intellect, nous sommes des humains. Nous, dominés (c’est un état de fait, pas un manque comme évoque la « misère symbolique ») ; vous, dominateurs. Vous planez sur la planète, la tête dans les étoiles (cfr le dessin), tandis que nous assurons encore le quotidien avec nos mains. Bien sûr, nous sommes la plupart éloignés de la production, nous sommes devenus une infime minorité de paysans, une minorité minable de manoeuvres prolos, et un magma d’employés de service.
    Bon, je connais pas ce B.Stiegler — ce qui me parle le mieux est qu’il se soit fait voleur, cela le rapproche de Chester Himes — sauf que Ch. H. s’adressait à son immense minorité noire avec des coups de poings : sortez de votre simplisme, ne rêvez pas de vous faire adopter par les dominateurs, etc. Mais c’est un autre sujet.

    1. Si je représente Stiegler dans les étoiles, c’est parce qu’il est mort…Par ailleurs si quelqu’un n’etait pas dans le mépris social, c’est bien lui. Il a été ouvrier et en a donc connu, concrètement, la condition. Il a été paysan, éleveur et cultivateur, mais n’a pas réussi à tenir le coup du fait d’une sécheresse terrible qui l’a terrassé… il a été patron de bistrot, persécuté par la maréchaussée qui l’a poussé à la faute. Il a été détenu et c’est derrière les barreaux qu’il est devenu philosophe… C’est de là qu’il parle, qu’il nous parle, qu’il vous parle…ne l’oubliez pas. Merci pour lui, et pour moi. Amicalement. Chantal

  18. On se connecte au hasard d’Internet et on retrouve des noms du passé. Chantal Montellier ? Celle de « Ah! NANA! » , de Futuropolis avec Florence Cestac ?
    Ceci dit, je ne veux surtout pas mettre de l’huile sur le feu, car sur Internet « on monte vite dans les tours », mais l’argument très à la mode aujourd’hui du  » moi j’étais ouvrier, je connais la base » est un poil erroné, autant pour B. Stiegler que pour Dupont-Moretti . Un ouvrier braqueur (le crime suprême pour la justice française) qui se fait effacer son casier judiciaire par Me Leclerc, cador du barreau français et copain de ministres ? Pas un peu improbable si B. Steigler était vraiment ouvrier ?
    Nous avons le même âge et moi aussi j’ai bossé en usine bien qu’à Bac +7. C’était courant dans les années 70s. Mais on n’y a pas passé sa vie entière comme les vrais ouvriers. Et moi, quand j’ai été insoumis à l’armée alors que j’étais reçu 1er au concours des IPES de sciences physiques , j’ai été interdit de fonction publique ma vie durant (terminé l’enseignement public !) et H. Leclerc ne serait pas intervenu pour moi. On n’est quand même pas chez les prolos dans la famille Steigler.
    Respectons les classe sociales et ceux qui en bavent leur vie durant. Merci.
    Ceci dit, le dessin de C. Montellier est beau.
    F.EMERY

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