Bernard Stiegler – Mémorial

J’ai été tout particulièrement touché que durant les journées d’avant-hier et hier vous soyez venus, nombreux, et dont le nom m’était le plus souvent inconnu, déposer ici une pensée à la mémoire de Bernard Stiegler. Je rassemblerai tout cela d’ici une semaine ou deux (j’ai fait ça pour Georges Miedzianagora à une époque).

En attendant, j’ai réuni ici les réponses que j’ai faites aux quelques questions que vous m’avez posées.

7 août 2020 à 22h 22 min

Non : dans notre dernière conversation il a juste été question de la fin, dont il savait qu’elle était plus que probablement très proche. Qu’on ait envie d’abréger dans ce cas-là me paraît éminemment humain. Ce n’est pas en dépressif qu’il me parlait de cela, mais en philosophe.

8 août 2020 à 10h 13 min

J’ai enregistré ma vidéo hier matin aussitôt après avoir découvert la nouvelle de la mort de Bernard Stiegler. Je ne me suis pas posé la question de la cause de son décès tant la probabilité d’une mort naturelle était élevée. Je n’ai appris que plus tard dans la journée qu’il s’était donné la mort.

Dans la dernière conversation que nous avons eue nous avons parlé de sa souffrance physique, qui était aigüe me disait-il.

8 août 2020 à 15h 46 min

Je ne sais pas, une réflexion qui me vient : vous savez que vos jours sont – très – comptés, vous savez que vous avez eu – très – mal lors de la première alerte, dont on vous a prévenu qu’elle ne serait pas – sauf miracle – la dernière, alors, dans ce contexte là, qu’est-ce que « prémédité » peut bien vouloir dire ?

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20 réflexions sur « Bernard Stiegler – Mémorial »

  1. Il est bon de pouvoir s’endormir sans douleurs. Ça doit être terrible d’avoir sa fin annoncé. 2Casa a raison, le courage a sûrement joué un rôle.

  2. Mr Paul Jorion,
    Je vous envois un courrier de la conférence que Mr Stiegler avait donné pour Galilée SP. Quand j’ai appris sa mort à la vice présidente de ce think tank, elle a été très émue.
    De mon côté, ayant été placé à côté de mr Stiegler en remerciement d’avoir permis à chacun (Mr Stiegler et Galilée SP) de se connaître, j’ai passé l’un des moments les plus forts de ma vie. Je venais de perdre mon père au mois de juillet et ce moment passé au côté de Mr Stiegler m’avait redonné la « foi ».
    Il faut absolument que son idée de revenu contributif continue de faire son chemin.
    Dans mon courrier, je vous ai donné mes coordonnées pour m’aider dans cette voie.
    Je compte sur vous pour continuer de développer son idée de revenu contributif pour les aidants familiaux (vous aurez toutes les informations dans mon courrier sur ce que j’ai tenté de faire mais qui s’est soldé par un échec).
    Il faut former un collectif sur le sujet à moins que le collectif Internation ne prenne la relève : vous savez combien Mr Stiegler croyait en la force d’un collectif.
    Je viens de voir une nouvelle intervention de Mr Stiegler pour l’Observatoire B2V des mémoires qui est formidable surtout le passage où il parle de la solidarité

    Cordialement (je compte sur vous pour une réponse)
    Me Douspis

    1. waou, c’est du grand bernard STIEGLER et en 5mn!,(j’ai suivi plusieurs de ses conférences et l’ai lu)
      en tant qu’enseignante j’ai travaillé sur le cerveau et la mémoire pour aider mes élèves, mais je suis soufflée et adhère cependant à l’ idée de départ formulée ainsi, qui parait déroutante, mais développée et argumentée «  » notre personnalité c’est ce qui nous est arrivé ». (Sartre aurait ajouté « et ce que nous en avons fait « ) ;
      Merci de faire comprendre en 5mn l’importance de B. STIEGLER pour la pensée.

      1. ce qui nous arrive, en esprit, et aussi par effraction:
        je venais de lie ça (Pierre Bergounioux, Jusqu’à Faulkner, Gallimard, P. 48)
        De là une conclusion générale. La vie nous échappe, même à ceux qui croient l’avoir comprise et l’ont écrit. Ce qui se passe est partout et toujours imperméable à ce qu’on pense. Nous ne sommes pas de force. Nos existences, dans leur apparente évidence, sont une énigme qu’il ne fut jamais au pouvoir de personne de résoudre, nulle part.

    2. « donc la mémoire c’est notre personnalité » : ma mère atteinte de la maladie d’Alzheimer garde néanmoins toute sa personnalité, et c’est le cas pour toutes les personnes atteintes de cette m… Les cartes chronologiques craquent comme un vieux chiffon. La personnalité est faite de notre propre altérité. Qui se prend pour lui-même est un fou, ou plus couramment un fâcheux, un emmerdeur, ou encore un sujet enfoncé dans une dépression où le noeud a perdu le fil. Il se pourrait donc que notre personnalité soit le fait d’une lignée ancestrale, et que la mémoire augmentée de l’usage de la parole appartiennent aux facultés sensibles ou intellectuelles que nous avons su délier dans un environnement: que celle-ci réfère donc, non à une identité propre illusoire, mais plutôt à notre adaptabilité; quand elle saute nous ne reconnaissons plus notre jardin amoureusement déplié, notre personnalité, nos affects, nos émotions, notre régime sensible, persistent malgré un monde où symbolique et réel alors se phagocytent.

  3. Eminemment humain. M. Stiegler est un ouvrier de la vie, il m’a procuré de nouvelles clés pour mieux nous/la comprendre, tel un bon ouvrier usant de nouveaux trucs comme il le dit lui-même. Je ne jugerai jamais quelqu’un qui s’est donné ôté la vie, par souci d’humanité.

  4. J’ai appris la nouvelle avec beaucoup de peine également. C’est quelqu’un qui va nous manquer au sens où il éveillait de nombreux questionnements à chacune de ses interventions.
    Aussi, je me rappelle de ce jour pluvieux et de la lecture de Réenchanter le monde, dans un café, quelques mois après la naissance de mon fils. Un souvenir précieux.

  5. La mort de Stiegler c’est sûr ça fait chier, reste plus que les saloperies morales à la Onfray ou les insignifiants genre Enthoven pour incarner le travail philosophique. Pas la même catégorie du tout, le premier n’en finit plus de liquidier son Oedipe crypto-catho, l’autre cause vapeur aux Duchesses et Marquises. Le désert croît.

      1. On peut faire un « tout » avec des Sadin et nous, c’est le mode « contributif » qui définit la pertinence du tout.
        La « plus que somme » des savoir-faire et des savoirs.
        Est-ce si difficile à pratiquer ?
        « Lève-toi de ton silo et marche » aurais-je envie de dire.

  6. « Il y a un mystère dans ma vie … dont la base est que je ne suis pas né à Marseille le 4 septembre 1896, mais que j’y suis passé ce jour-là, venant d’ailleurs, parce que, je ne peux pas mourir. Pour les ânes médicaux-légaux, c’est du délire ; pour certains de la poésie, pour moi, c’est de la vérité comme un bifteck aux pommes frites ou un coup de vin blanc au comptoir d’en face.  »
    Antonin Artaud

  7. En vérité je vous le dis :
     » Il est encore bien trop tôt pour déjà s’apercevoir qu’il est trop tard  » ..!
    Otromeros 13.08.2020 « © » … °(^!^)°

  8. Bonjour Monsieur Jorion, boujour à tous.

    Découvrant avec émotion votre vidéo consacrée au décès de Bernard Stiegler, je suis retenu par le propos que vous déployez à partir de la 7e minute, à partir de Jacques Derrida, jusqu’à Heidegger et « la crainte de Dieu » . Vivement intéressé par ce sujet dont je prends soudain conscience au moment où vous l’évoquez, je vous écris pour vous demander des références que je pourrais compulser afin d’approfondir cette question – d’ailleurs, a-t-elle un nom, un énoncé courant ?- et ses deux côtés, le vôtre (dont je devine qu’il est également celui d’autres), et celui donc de Derrida et d’Heidegger, des sceptiques.

    Par ailleurs, vous aviez annoncé le 11 mars participer à deux comités d’éthique et d’IA : vos pensées sur le sujet (disons, éthique et IA/technique) sont-elles consultables quelque part, dans un ouvrage, un billet, une vidéo, un cours ?

    Dans l’espoir que vous me répondiez, je vous remercie, au passé et au futur, et vous souhaite les meilleures semaines à venir possibles.

    Bien cordialement,

      1. Merci infiniment de votre retour ! Espérons que le public puisse y participer ou assister, ne serait-ce que virtuellement.

        Auriez-vous également quelques précisions au sujet de cette faculté de connaître que vous évoquez ? Je ne trouve que des travaux de Derrida sur l’université.

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