LE CAPITALISME SUR UN FIL, par François Leclerc

Billet invité.

Un système financier présentant une apparence florissante peut-il longtemps coexister avec une économie en panne de relais de croissance ? Un tel paradoxe est-il longtemps tenable ? Poser cette question, c’est s’interroger sur sa capacité à relancer la machine alors que de puissants facteurs de déséquilibre en font douter.

Six ans et plus de labeur acharné, de conciliabules et de mesures annoncées par une multitude d’organismes, de lois et de réglementations dont la complexité n’a rien à envier à la matière qu’elles cherchent à régenter, de calendriers d’application à rallonges et de dispositions souvent émoussées, tout cela pour en arriver là ! Une nouvelle crise est inévitable est-il reconnu par ceux qui finiraient par le revendiquer, et rien ne dit qu’elle pourra être maîtrisée !

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À paraître : « Une grande découverte a été faite sur le blog de Paul Jorion »

Je mettrai en ligne dans les jours qui viennent un billet intitulé : « Une grande découverte a été faite sur le blog de Paul Jorion ».

Bon, cela paraîtra assez grandiloquent mais je n’ai pas le choix. Je n’ai pas le choix, parce que si je veux que cela se twitte et se facebouque je ne peux pas mettre « ici », puisque des « ici », il y en a partout. Donc je dois mettre « sur le blog de PJ ». Je n’ai pas le choix non plus, parce qu’il n’y a pas d’autre nom possible que « grande découverte ».

Pourquoi « grande découverte » ? Parce que Timiota (un scientifique français de très grand talent, il n’y a jamais de miracle !) a bâti un modèle (partie I et partie II) de ce que j’appelle la « machine à concentrer la richesse » et que Keynes appelait lui le « miracle de l’intérêt composé » (auquel il aurait dû ajouter le « miracle N°2 de la spéculation » 😀 ), et en simule le comportement.

Bon, (re-bon !), le capitalisme n’est pas vraiment ma tasse de thé (c’est le moins que je puisse dire), mais si quelqu’un voulait sortir le capitalisme de son agonie actuelle, il n’aura plus l’excuse de dire qu’il ne sait pas comment il faut faire : il faut « piketty-iser » pour empêcher les « crises de Gattaz », selon les termes de Timiota. C’est démontré très clairement, avec les formules et tout et tout, et des vidéos à la clé. Son « Découverte médicale : De petites doses de Piketty empêchent les crises de Gattaz » est de l’importance du fameux papier de Vitali, Glattfelder et Battiston à Zürich sur « Les maîtres du monde », traduit ici pour la première fois en français en 2011 (pour l’anecdote : par Timiota) : « Le réseau de contrôle global par les grandes entreprises ».

Il me faut des traductions en anglais, en allemand, en espagnol, certainement, et en tout ce que vous pouvez imaginer. Je compte vraiment sur vous !

P.S. Ah ! et puisque je passe par ici, si quelqu’un vous demande dans la journée comment reconstruire une gauche, signalez-lui un autre billet mis en ligne hier : « Un vrai projet de gauche : tenir compte de la réalité ». La recette est là : là aussi on ne pourra plus dire qu’on ne sait pas comment il faut faire. Il n’est pas trop tard mais il est temps. Grand temps !

Pour aller plus vite, j’ouvre la rubrique commentaires de ce billet. Mais on ne parlera que de ceci, désolé !

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Un vrai projet de gauche : tenir compte de la réalité, par Zébu

Billet invité.

Un véritable projet de gauche serait de tenir compte de la réalité.
Sa première observation, sans aveuglement ni oeillères, serait que le capitalisme crée désormais de la richesse sans emplois.

La colonisation du bon vieux temps a été partiellement rangée au magasin des accessoires mais il reste au capitalisme pour créer des richesses, la spéculation et les robots. De travail humain et d’emplois, disons le crûment : il n’a plus que faire.

Corollaires :
Défendre un contrat social fondé sur le travail est voué à l’échec.
Un système de sécurité collective fondé sur le travail est voué à l’échec.
Un système qui redistribue ou ‘met à distance’ les revenus (qui finiront par être réinjectés sous forme de liquidités dans le même système) est voué à l’échec parce que l’emploi disparaissant, les revenus qui en dépendent disparaissent eux aussi.

L’incompréhension de cette nouvelle donne par les syndicats et les partis de gauche les a conduits sur la voie de garage où nous les voyons aujourd’hui.

Interdisons à nouveau la spéculation pour que les richesses créées ne finissent pas dans les poches de prédateurs. Taxons les robots pour qu’ils ne travaillent pas seulement au bénéfice des détenteurs d’anciennes richesses accumulées et d’une poignée de sociopathes accros du pouvoir et de la domination. Il faudra bâtir une nouvelle sécurité collective qui ne soit plus fondée sur l’emploi mais sur la création d’activités socialement utiles, quelle que soit leur valeur marchande, quel que soit le chiffre qu’elles représentent à l’échelle planèticide du PIB.

Il faut pour cela aussi refonder le système politique, aujourd’hui ancré aux mêmes prémisses obsolètes de prix marchands et de PIB, et instituer une perspective innovante, en phase avec la survie harmonieuse de l’espèce humaine sur le long terme.

C’était là le sens de l’appel lancé par ses grands anciens à recréer un CNR (*) pour les temps qui sont les nôtres. Il ne lui manquait qu’un coup de Ripolin et nos propres manches retroussées !

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(*) Aujourd’hui 71e anniversaire de la création du Comité National de la Résistance.

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L’économie pour les neuneus. « Nous sommes tous des capitalistes ! », par Jean-Baptiste Auxiètre

Billet invité.

Chapitre 1 : « Nous sommes tous capitalistes ! »

Nous sommes tous des capitalistes : eh bien non c’est une blague ! Nous sommes presque tous des emprunteurs ! Il y a une chose que nous payons tous en effet, ce sont des intérêts, et nous les payons ceux là au capitaliste.

L’entreprise : Le capitaliste, l’actionnaire et l’entrepreneur

Quand vous créez une entreprise, vous êtes donc l’entrepreneur et vous allez à la banque emprunter de l’argent. La banque ne prête pas son argent malgré ce que pense l’imbécile en voyant la devanture, l’argent prêté est celui des déposants : ah oui l’argent des petites économies en compte-épargne ceci ou en assurance-vie cela, non là aussi c’est une blague ! Entre le besoin d’argent des entreprises et vos petites économies on n’est pas du tout dans le bon rapport ! C’est donc l’argent du capitaliste (c’est là qu’il intervient) que l’on vous prête. Cet argent est prêté avec intérêt bien sûr et en gros entre 20 et 30 ans vous rembourserez le double et en plus vous lui paierez une assurance contre le risque que vous ne remboursiez pas (attention le capitaliste n’est pas un fou : il prend une assurance pour être sûr que si vous ne remboursez pas, lui sera bien payé !). Ensuite vient l’actionnaire il apporte lui aussi de l’argent, pas autant que la banque mais il prend le risque avec l’entrepreneur, il prend tant de pourcents des parts au capital (en capital mais 0 en travail [tiens c’est curieux ?]), ensuite il reste vous, l’entrepreneur, qui apportez l’idée ; l’idée on la connaît (!!!) : en gros, vendre le produit fabriqué par d’autres que vous (oui ! le super nouveau, innovant produit compétitif !), mais bon, vous restez bon an mal an un boutiquier et par contre vous prendrez tous les risques, vous devrez payer le travail, les produits, les fournisseurs, les charges, etc.

Qui sont les gagnants de cette histoire. D’abord le capitaliste : les risques, aucun, et il double son capital en 20 ou 30 ans, l’actionnaire, là c’est déjà plus risqué mais il gagne si vous gagnez et il n’a pas à proprement parler de charges et vous, l’entrepreneur, vous, vous avez toutes les charges, tous les salaires et tout le travail à trouver quelque part.

Soyez donc tous entrepreneurs ! Vous n’êtes que des employés du capital et si vous gagnez quand même, vous gagnerez moins que le capitaliste proprement dit ou l’actionnaire ! (et vous aurez apporté tout le « travail », pour autant que tout cela présente vraiment un intérêt).

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LA DANSE DE LA PLUIE, par Jacques Seignan

Billet invité.

Le supplément économique du Monde (29/1/2014) a pour titre « Emploi : les patrons refusent de s’engager ». L’article en page intérieure précise « Pacte Hollande : les patrons attendent de voir ». Des patrons méchants ou égoïstes ? Non, c’est simplement de l’honnêteté intellectuelle. L’entreprise n’a pas à créer des emplois ! D’où sort cette vision saint-sulpicienne de l’économie ? Un vrai chef d’entreprise doit agir le plus rationnellement possible dans le cadre économique existant, aujourd’hui au service exclusif de ses actionnaires et des hauts cadres dirigeants. Le client, c’est la poule à plumer ; le salarié, le coût à éliminer.

Les mesures d’allègement de charges ont prouvé par le passé n’avoir pas créé d’emplois, significativement et indubitablement. Mais visiblement à Sciences Po (puis l’ENA) on préfère la Théorie à la pratique. D’ailleurs souvent, pour les diplômés, la pratique en entreprise se fait du haut des étages d’une tour de La Défense, bien au-dessus de nous… Reconnaissons-leur une difficulté conceptuelle. Si l’on appartient aux proclamées élites (économiques) par pure reproduction sociale, il est quasiment impossible de concevoir comment des gens calculent à quelques euros près, en fin de mois, comme c’est le cas de millions de Français (rapport de M. Delevoye). N’est-ce pas Messieurs les directeurs de Dexia ?

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Atlantico, « Le capitalisme s’autodétruit-il comme Marx l’avait prédit ? »

Extraits de l’entretien croisé entre François Leclerc, Nicolas Goetzmann et Jean-Marc Daniel

Atlantico : Nouriel Roubini, l’économiste qui avait en 2005 alerté sur les signes d’une crise économique imminente, a déclaré lors du forum de Davos que le capitalisme était en voie d’autodestruction, par le manque de consommation qu’il provoque à terme. Faut-il voir là une résurgence de la pensée marxiste parmi les observateurs de l’économie ou un constat factuel ?

François Leclerc : Ce ne sont pas les constatations qui manquent pour accréditer la perspective d’une autodestruction du capitalisme. Nul besoin de se référer à Karl Marx pour observer, même si un certain retour en grâce de celui-ci exprime le besoin de comprendre la crise actuelle, ce que la pensée économique dominante, avec ses schémas et ses croyances, ne permet pas. Parmi les observations que l’on peut faire figure en bonne place l’énorme volume atteint par la sphère financière, comparé à la taille de l’économie mondiale qui en dernière instance garantit les actifs financiers, avec comme conséquence un déséquilibre structurel grandissant. Comment y remédier est une question non résolue. Lors de l’épisode précédent, la titrisation était censée diluer le risque et les obligations souveraines, présumées à zéro risque, constituaient un socle solide. Qu’en est-il aujourd’hui, alors qu’il est craint une pénurie de collatéral – ces actifs apportés en garantie des transactions – en raison d’une demande accrue provenant des nouvelles réglementations et d’une confiance ébréchée des investisseurs, et de la perte de qualité de la dette souveraine ?

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PIQÛRE DE RAPPEL : Le capitalisme et l’économie de marché en tant que dysfonctions

Ce billet a été originellement publié le 19 octobre 2010.

Le capitalisme est un défaut structurel que peuvent présenter certains systèmes économiques. La définition classique est bien entendu différente : le capitalisme y est présenté comme un système économique à part entière. D’où vient le malentendu ?

Le point de départ un peu paradoxal de mon ouvrage Principes des systèmes intelligents (1990) était que nos faibles progrès en intelligence artificielle découlent de la trop haute idée que nous nous faisons des processus qui se déroulent quand nous pensons. Il m’était alors possible, en combinant quelques principes très simples de reproduire des résultats qui nous apparaissent déjà très sophistiqués. L’équivalent, dans le cas qui nous occupe ici, d’un tel paradoxe un peu provocateur, serait de dire que des mots tels « capitalisme », « économie de marché », renvoient à des dysfonctionnements qui n’apparaissent constituer des systèmes qu’en raison des correctifs que nous apportons immanquablement à ces défauts. Ici encore, ce serait une représentation un peu surfaite de ce que nous faisons et de ce que nous sommes qui nous induirait en erreur dans la manière dont nous traitons les problèmes qui surviennent dans le cours de nos affaires au jour le jour.

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MARSEILLE, Rencontres capitales, Et si l’on inventait un nouveau capitalisme ? le 16 novembre 2013

  • Et si l’on inventait un nouveau capitalisme ?

Longtemps promu comme rouage ultime du bon fonctionnement de l’économie mondiale, le capitalisme contemporain en est-il devenu la principale menace ? Ce système économique est-il réellement capable de s’autoréguler, de se réformer et les crises sont-elles bien exclusivement conjoncturelles ?

Avec Christophe Faugère, professeur PHD en finance à Kedge Business School ; Paul Jorion, docteur en Sciences Sociales de l’Université Libre de Bruxelles, titulaire de la chaire « Stewardship of Finance » à la Vrije Universiteit Brussel ; Louis Schweitzer, Président d’Initiative France, ancien président de Renault et Carlos Verkaeren, Président du groupe Poult.

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Deux économies ou une seule économie ? Un principe ou deux principes ?, par Dominique Temple

Billet invité

L’économie de réciprocité est une économie naturelle comme l’économie d’échange.

Les hommes comme le rappelle Aristote partout se sont réunis pour s’entraider mais ils ont observé ce phénomène singulier que l’entraide leur apportait un sentiment commun qu’ils ignoraient dans leur solitude et qu’ils apprécièrent d’autant plus qu’il s’accompagnait d’une raison qui lui donnait une forme : l’éthique. Celle-ci leur permettait de s’accomplir dans un autre domaine que celui de la vie, le domaine de l’esprit. L’éthique leur parut alors la motivation principale du vivre ensemble.

De l’actualisation de cette nouvelle puissance sont nés les sciences et les arts, et les biens d’un autre ordre que ceux pour lesquels les hommes s’étaient initialement secourus.

Les biens créés au nom de l’éthique s’ajoutèrent aux biens nécessaires à la vie. Les biens sont donc de deux sortes : ceux qui satisfont les besoins et qui sont créés dans le cadre de la réciprocité, et les biens créés à partir du sujet humain qui résulte de la réciprocité – le sujet non plus biologique mais la conscience qui se substitue au sujet biologique et qui semble par rapport à lui libre, souverain – autrement dit les biens qui correspondent au désir du bonheur (eudemonia).

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COMMENT AVERTIR DE CE QUE TOUT LE MONDE SAIT DÉJÀ ?, par Jean-François Le Bitoux

Billet invité, en réponse au billet de Jeanne Favret-Saada

La réponse à la question posée par Jeanne Favret-Saada est pour partie dans « La sorcellerie capitaliste » (Pignarre & Stengers 2005) et dans le résumé d’Anne Vièle. Les chapitres du livre analysent, synthétisent et proposent des voies de récupération de situations qui nous dépassent : « Que s’est-il passé ? », « Apprendre à se protéger », « Comment faire prise » et « Avoir besoin que les gens pensent ». Anne Vièle souligne ce qui pour elle fait corps dans l’analyse proposée et nous invite à en faire autant : Savoir oser – Sapere Aude – était la devise des Lumières ! « Antonio Munoz Molina montre comment cette cécité générale est aussi induite par les experts et les gouvernements ». Anne Vièle ne dit pas autre chose : « Il y a aussi les « petites mains » étatiques qui fabriquent les règlements, les lois, les normes, la discipline… Qui permettent de faire des économies de pensée… ». Car c’est bien dans la même procédure, économie de pensée, que se cachent Dieu et le Diable, selon l’usage que chacun en fera ou choisira d’ignorer. La procédure peut être pédagogique, enrichissante pour tous, citoyenne ou bien aristocratique et enrichissante seulement pour quelques-uns qui savent mieux la manipuler. Tant que les autres ne savent pas arrêter leur folie ! MAF (Mort aux Faibles)! Voilà bien « un truc » de la sidération capitaliste : faire croire que ces lois généreuses profiteront à tous alors que quelques décrets d’applications suffisent à les détourner des meilleures intentions (écotaxe ?).

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rtbf, MATIN PREMIÈRE, 5/5 de Marie Vancutsem dans le 5-7, vendredi 11 octobre à 5h45

Cinquième épisode : Le capitalisme peut-il encore être sauvé ?

Marie Vancutsem reçoit cette semaine l’anthropologue Paul Jorion, observateur avisé du monde de la Finance.

Dernier épisode de 5/5 avec Paul Jorion pour analyser le système économique actuel. Mais est-il suffisamment solide, ce capitalisme financier ? Va-t-il tenir le coup ? Que peut-on attendre de l’avenir ? Les perspectives semblent assez sombres, 5 ans après le déclenchement de la crise… Et on peut le dire cette semaine, l’horizon dépeint par Paul Jorion n’est pas franchement optimiste. Démonstration.

Le podcast est ici.

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PIQÛRE DE RAPPEL : L’annonce de la mort du capitalisme est-elle prématurée ?, le 20 mars 2009

Le 23 septembre 2013 (aujourd’hui) :

Le Monde : Face à la hausse des taux, la BCE n’exclut pas un nouveau prêt à long terme aux banques :

Le président de la Banque centrale européenne (BCE) a affirmé, lundi 23 septembre lors de son audition trimestrielle devant la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen à Bruxelles, que son institution était prête à utiliser tout instrument à sa disposition, y compris un nouveau prêt à long terme en faveur des banques (LTRO), si l’évolution des taux d’intérêt le requérait.

Le 20 mars 2009 :

Certains me demandent : « Fin du capitalisme ? Vous n’exagérez pas ? » La réponse est non : je ne fais jamais dans l’alarmisme. Et je suis très prudent quant à mes titres.

Souvenez-vous de mon premier blog intitulé Le déclenchement de la crise du capitalisme américain, il faisait suite à un courrier que j’avais envoyé à mes amis du MAUSS (Mouvement Anti-Utilitariste dans les Sciences Sociales) quelques jours auparavant. Regardez bien la date : le 28 février 2007. Croyez-vous que j’aie eu à regretter depuis mon titre « tonitruant », voire « alarmiste », ou même la date que j’avais choisie ?

Le « quantitative easing » de 300 milliards $, accompagné d’un relèvement du plafond des achats de Residential Mortgage-Backed Securities (RMBS) émises par Freddie Mac et Fannie Mae de 500 milliards $ à 1.150 milliards $ et l’achat possible de 200 milliards de leur dette (tous produits dont les Chinois continuent de se délester rapidement dans un contexte où l’immobilier résidentiel américain poursuit sa plongée), c’est bien entendu la guerre ouverte avec ceux qui possèdent dans leurs coffres des quantités énormes de dollars : en particulier la Chine, le Japon, le Corée et Taiwan.

Mais ce n’est certainement pas une mesure prise de gaieté de cœur, car le moment n’est pas bien choisi – c’est le moins qu’on puisse dire ! – pour les États–Unis de déclarer la guerre à la Chine, c’est tout simplement parce qu’avec des taux courts déjà à zéro, on est bien obligé de passer de la très mauvaise arme qu’est la manipulation des taux d’intérêt à une arme pire encore : créer de l’argent non pas parce que de la richesse a été créée mais simplement parce qu’on en manque : parce que trop de reconnaissances de dettes étaient des serments d’ivrogne. C’est une mesure désespérée, et c’est pour cela que j’évoque la « fin du capitalisme » : on brûle la dernière cartouche. Une fois constaté que le « quantitative easing » n’a rien donné (ou a donné le contraire de ce qu’on espérait), il n’existe plus de stratégie de rechange.

Les États–Unis auraient pu emprunter la voie d’un New Deal, et l’on serait resté dans le cadre d’une « posture C », au sens de Granier : le système ancien se serait métamorphosé en un nouveau système. Au lieu de cela, l’Amérique tente en ce moment (merci Mrs. Geithner et Summers) de sauver le navire d’un capitalisme pur et dur, mais le bateau sombre à vive allure, et les premières mesures du Président Obama sont, il faut bien le constater, un cafouillage affligeant bien que d’un montant faramineux. En s’accrochant au rêve de la « posture B » (le système retrouvera, bien que difficilement, sa forme originelle) grâce au recours promis aux armes secrètes que sont la suppression de la « cote-au-marché » (on inventera désormais de toutes pièces les chiffres comptables) et l’interdiction de la vente à découvert (qui permettra aux prix de se contenter de grimper), l’administration Obama, capitulant devant le monde des affaires, assure le succès de la « posture D » : le système actuel est irrécupérable et sera remplacé par quelque chose d’entièrement neuf. Notez bien : ce n’est pas moi qui suis en train de changer d’opinion et de passer de C à D : c’est le monde, avec l’aide bienveillante – et j’en suis sûr, sonnante et trébuchante – de la US Chamber of Commerce.

La Chine laissera tomber le capitalisme quand ça lui chante (d’où les avertissements récents portant sur des velléités d’un nouveau Tien-An-Men) et reprendra d’un bon pas sa marche vers un collectivisme plus déterminé que jamais. L’Europe elle, contrainte et forcée, repart à cent à l’heure vers la social-démocratie… qui se fera sans les socialistes bien entendu, qui n’ont toujours pas compris ce qui est en train de se passer !

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Les voleurs de lendemains, par Bertrand Rouziès-Leonardi

 Billet invité.

Il y a un point d’ancrage de la défense du capitalisme comme système d’enrichissement personnel et collectif « par ruissellement » qu’il est risqué de lever sans passer pour un décroissantiste forcené : il existerait une richesse « bien acquise » digne de louange. Évidemment, il n’est pas question ici du pécule modique sur lequel la plupart d’entre nous essaie de vivre et de survivre, et que le recours au crédit, de moins en moins pour le superflu et de plus en plus pour l’essentiel [1], grossit artificiellement. Cette pauvre richesse-là, si vous n’avez pas été éduqué au désintéressement et à la frugalité heureuse, peut vous rendre envieux de tous jusqu’à la méchanceté et comptable de tout jusqu’à la lésine. C’est un potentiel garroté ; un commencement de famine qui se fait un bout de lard du premier liard qui traîne ; une ambition qui s’est persuadée que sa ligne d’horizon passe par les fonds de tiroir.

Non, je veux parler d’une richesse dont le volume est tel qu’il dispense son détenteur d’en vérifier à toute heure la jauge et lui permet de garder l’oeil rivé sur les projets, les plus futiles comme les plus utiles, à la réalisation desquels ce capital doit servir. Je ne serai pas assez hardi pour affirmer que l’opulence est une des voies qui mènent au plus complet détachement. Hormis chez les prodigues inconséquents et les fils et filles de bonne famille qui dérogent pour ne pas se trouver embrassés dans la condamnation sans appel du riche par le Christ, le maléfice de l’argent a généralement cet effet pervers sur les nantis que plus ils en ont, plus ils en sont envoûtés. Mais au moins ont-ils la liberté, dans les moments où le charme n’opère plus, de n’y plus penser. Tel n’est pas le cas pour les indigents et les tout juste à l’aise jamais très éloignés de le devenir qui sont constamment ramenés au besoin d’argent, dans leurs activités quotidiennes comme dans leurs rêves. À mesure que la richesse s’éloigne d’eux dans la réalité, ils se pénètrent en imagination de tous ses fastes supposés et dilapident le peu de bien qu’il leur demeure dans l’acquisition de succédanés bon marché qu’ils savent insuffisants mais qu’ils investissent quand même d’un grand pouvoir de consolation, comme les adorateurs d’icônes.

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DERNIERS ESPOIRS D’UN PÈRE ET GRAND-PÈRE, par Juan Nessy

Billet invité

Toi qui fis la mémoire, est-ce pour qu’on oublie ?…
Non, c’est pour rendre au temps à la fin tous ses jours,
Pour faire confluer, là-bas, en un seul cours,
Le passé, l’avenir, ces deux moitiés de vie
Dont l’une dit jamais et l’autre dit toujours.

(Lamartine, « La vigne et la maison »)

Est-il vraiment possible à ce moment de l’histoire d’être totalement pertinent sur les impasses de la démocratie telle qu’on l’habille sous nos latitudes et sur la nécessité de la force pour  « bouger » ?

Je crois que non, et que la tâche (inévitable) sera celle d’une génération. La tâche de lieux d’échanges et de décision mondiaux à inventer. La tâche au jour le jour de groupements locaux atypiques (pour ne pas dire anarchistes) et innovants. Ce qui se raconte sur ce blog depuis 5 ans et sur d’autres, ce qui commence à percoler ou naître un peu partout dans le monde, annonce cette Re-Renaissance. Tout juste pouvons-nous reconnaître les antinomies qui aujourd’hui se révèlent et interpellent les consciences en même temps que les bien-être.

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CAPITALISME, SCIENCE ET HUMANITÉ, Jacques Testart – Paul Jorion, à Morlaix, le 9 avril 2013 à 20h30

Les vidéos du débat avec Jacques Testart sont maintenant en ligne :

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VUB, Chaire « Stewardship of Finance », neuvième leçon, le 21 février 2013

La neuvième leçon : travail et capital, consacrée au partage de la richesse créée, aux différentes manières de conceptualiser celui-ci, aux choix politiques qui en découlent et aux différents éclairages des questions éthiques en économie et en finance sur lesquelles ces derniers débouchent.

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LE CAPITALISME À L’AGONIE – mise à jour la plus récente

* Une cellule plus confortable et moins bruyante à la prison de Santa Ana (Californie) : 82 $ la nuitée.

* Bénéficier du statut « co-voiturage » à Minneapolis alors que vous êtes seul dans votre véhicule : 8 $.

* Une mère-porteuse indienne : 6.250 $.

* Un passe-droit à l’immigration aux États-Unis : votre promesse de créer dix emplois plus 500.000 $.

* Le droit de tuer un rhinocéros d’une espèce protégée en Afrique du Sud : 150.000 $.

* Aux États-Unis, le numéro du téléphone mobile de votre médecin traitant, assorti du droit d’être reçu par lui dans les 24 heures : entre 1.500 $ et 25.000 $, selon la région.

* Aux États-Unis, une inscription dans une université privée en dépit de très mauvais résultats scolaires : à négocier.

* Mercenaire en Somalie ou en Afghanistan : entre 250 $ par mois et 1.000 $ par jour, selon compétence et nationalité.

* Aux États-Unis, faire la queue pour une session parlementaire pour un lobbyiste : 15 $ – 20 $ par heure.

* À Dallas (Texas), lire un livre si vous êtes inscrit dans un lycée d’un quartier défavorisé : 2 $.

* Aux États-Unis, si vous perdez 7 kilos en quatre mois, votre mutuelle vous verse 378 $.

Source : Michael J. Sandel, What Money Can’t Buy. The Moral Limits of Markets, New York : Farrar, Straus & Giroux, 2012.

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CHANGEMENT DE PARADIGME : CAPITALISTE AU PAYS DES MERVEILLES, par El JEm

4ème billet invité de la série par El JEm. La première partie est ici, la seconde ici, et la troisième ici

Voilà donc de la gloire pour toi.

Je ne comprends pas ce que vous voulez dire, dit Alice.

Humpty Dumpty sourit dédaigneusement.

Évidemment que tu ne comprends pas. Pour cela, il faut que je te le dise. Voilà un argument décisif pour toi !

Mais « gloire » ne veut pas dire « argument décisif », objecta Alice.

Lorsque j’utilise un mot, il signifie exactement ce que je choisis qu’il signifie – ni plus, ni moins.

La question est de savoir si vous pouvez faire signifier autant de choses différentes, dit Alice.

La question est de savoir qui est le maître. Et rien d’autre, dit Humpty Dumpty.

Lewis Caroll, De l’autre coté du miroir.

Chaque humain agit et décide selon la représentation qu’il se fait du monde, de sa nature et de son fonctionnement ( : paradigme). S’il croit que la terre est plate, il n’essaye pas d’en faire le tour. En fait, une telle idée ne lui vient même pas à l’esprit : un paradigme ne guide pas seulement les décisions, il limite aussi l’imagination (cf. CP2).

Le paradigme politique actuel est celui de la société de marché, c’est-à-dire la croyance dans la capacité du marché à prendre les décisions justes pour la communauté. Dans ce système, le poids de chaque individu dans la prise d’une décision politique de la communauté est théoriquement lié à sa capacité à agir sur le marché, c’est à dire à acheter ou à vendre (cf. CP3). Mais dans les faits ceux qui dirigent sont ceux qui maîtrisent les richesses, c’est à dire ceux qui les possèdent ou qui les gèrent. Non seulement parce que leur poids dans les transactions est prépondérant mais aussi parce que ce sont eux qui organisent le marché, à leur profit.

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CHEDD, Les chemins de la transition, « La transition… », Rennes, le 3 juillet 2012, par Sylvie Gendreau

Billet invité.

Le ton est calme, presque rassurant. Son argumentaire est clair, documenté. Paul Jorion est assis au centre de la scène. Les auditeurs du Collège des hautes études du développement durable de Bretagne l’ont invité à prononcer la conférence d’ouverture de leur colloque annuel sur le thème de La transition.

Ce mardi 3 juillet 2012, le chercheur, ex-trader, a fait une démonstration importante qui illustre à quel point l’heure est grave. Il nous reste moins d’une petite trentaine d’années pour inventer un autre système que le système capitaliste. Il compare la situation que nous vivons à un phénomène en physique, le soliton, une vague qui remonte le courant et qui ne veut pas faiblir, la propagation d’un tsunami qui n’épargnera personne.

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