Retour du communisme en Chine ?

Giuseppe Castiglione – Le Glorieux règne de l’empereur Qianlong.
The Financial Times, China tech stocks fall sharply after Beijing passes data privacy law (Les actions des firmes technologiques chinoises en forte baisse après que Pékin décrète une loi de protection des données), le 20 août 2021

Un commentaire de ma part ? Bien sûr, le voici !

L’Écho – La Chine se retourne au milieu du gué, le mardi 10 janvier 2017

La Chine se retourne au milieu du gué

Lorsqu’il engagea la Chine sur la voie du capitalisme dans les années 1980, Deng Xiaoping décrivit la démarche comme « Traverser le gué en tâtant une pierre à la fois ». Les termes étaient ainsi posés d’un capitalisme conditionnel : politique des petits pas, dont les pas seraient suffisamment mesurés pour permettre tous les degrés d’une remise en question : de celui qui ne serait qu’un pas de côté sur une pierre moins branlante, à celui qui signalerait le retour sur la berge.

Après trente ans de progression vers l’avant sur le gué, c’est avec le président Xi Jinping, en place depuis 2013, à des pas de côté, sinon à des pas en arrière, que l’on assiste.

La direction du pays par le Parti communiste est à l’ordre du jour, le communisme lui-même revient en force. Les media officiels, organes du parti, sont à nouveau seule référence reconnue, les ONG sont sous surveillance étroite, les porte-paroles des droits de l’homme sont réduits au silence, voire emprisonnés, le seul syndicat toléré est à nouveau le syndicat officiel, une campagne contre les valeurs occidentales bat son plein, une B.D. cible les jeunes filles : méfiez-vous des hommes blancs, ce sont plus que probablement des espions !

Qu’est-ce qui inquiète M. Xi Jinping ? Tout d’abord le sérieux coup de roulis de la finance chinoise en 2015, devenue incontrôlable. Les moyens utilisés pour remettre la Bourse sur les rails furent bien éloignés de la confiance dans la main invisible d’Adam Smith : interdiction de la vente à découvert, suspension de la cotation de plus de la moitié des sociétés en Bourse, appels pressants au sens civique des intervenants, interdiction « patriotique » de vendre et enquêtes ouvertes sur les contrevenants, intimidation des gagnants les plus spectaculaires des mois précédents. M. Lou Jiwei, ministre des Finances limogé en novembre, a été la victime expiatoire d’une situation qui apparut hors de contrôle.

Ce qui inquiète ensuite le président chinois, c’est l’érosion des valeurs sous l’influence du matérialisme venu d’Occident, accompagnant d’autres notions comme la prévalence de l’individuel sur le collectif. M. Xi Jinping y lit l’origine de la dissolution du tissu social qu’il observe autour de lui et dont les signes les plus alarmants sont la corruption et la fuite hors du pays des hommes et des capitaux : fuite des bénéficiaires de la croissance à deux chiffres de 2006-2008 et départs massifs à l’étranger de leurs enfants.

D’où la campagne en cours contre la corruption, dont les victimes les plus haut placées furent des compagnons de route de M. Hu Jintao, le prédécesseur de M. Xi Jinping. D’où aussi les efforts faits pour assurer le retour des valeurs ou, plus précisément, le retour de ce « social intériorisé » dont parlait le père fondateur de la sociologie qu’était Émile Durkheim, de cette « décence ordinaire » dont parla ensuite George Orwell.

Les moyens de ce retour ? La promotion d’idéologies ayant déjà servi en Chine : le marxisme-léninisme, le maoïsme, et, plus surprenant sans doute pour un esprit occidental : le confucianisme, lequel s’explique aisément si l’on se souvient de certains propos du confucianiste Mencius (IVe av. J.-C.) : « Quand le ciel et la terre ne communiquent plus, les 10.000 êtres ne se reproduisent plus. Quand le haut et le bas [c’est-à-dire gouvernants et gouvernés] ne communiquent plus, la nation n’a plus d’amis [connaît sa ruine] ».

Organiser le retour des valeurs et la reconstitution du tissu social ne s’improvise pas bien entendu et exige le temps long. Les dix ans, soit deux mandats, auxquels les présidents chinois ont habituellement droit, paraissent bien courts dans cette perspective. Ce qui explique pourquoi on attribue à M. Xin Jinping l’intention d’adopter un plan de carrière semblable à celui de M. Poutine : viser comme lui une installation au pouvoir semi-permanente. Les mauvaises langues répètent d’ailleurs qu’avec le nombre d’ennemis qu’il se fait en ce moment, prendre sa retraite en 2022 serait bien malavisé. 

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20 réflexions sur « Retour du communisme en Chine ? »

  1. Macron le lettré n’a probablement pas plus lu Mencius que moi !
    Moi j’ai l’excuse de ne pas me « soucier de gouverner » (comme disait Alain).
    C’est quoi son excuse à lui ?..

    1. 1) il n’a pas lu le rapport Meadows mis à jour, il n’y avait plus d’huile dans sa lampe.
      2) Il reste accroché à l’idée que la main invisible et le marché sont capables de résoudre les problèmes de l’époque que nous vivons.

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  2. Je doute que le retour du « social intériorisé » puisse passer principalement par la coercition, ce à qui est le cas avec Xi Jinping.
    Je doute que le confucianisme tel que l’entend le président Xi soit celui de Confucius.
    Il n’en retient que le respect dû aux supérieurs hiérarchiques, ainsi le leitmotiv qui revient sans cesse dans la propagande c’est essentiellement la notion de loyauté non seulement envers le Parti mais surtout envers le leader suprême.
    Notons au passage que suivant les époques, cette notion fut discutée par les penseurs et lettrés chinois, pour certains la loyauté devait être totale envers le souverain, sous peine de mort, pour d’autres dans certaines circonstances, notamment quand le monde (tianxia) perdait son harmonie, l’obéissance absolue cédait le pas à un principe transcendant (au sein de l’immanence) d’ordre éthico-moral, qui devait inciter à contester, voire renverser l’ordre établi. C’est la notion de geming (changer le mandat du Ciel) , le terme que les communistes reprirent d’ailleurs à leur compte pour traduire le mot révolution.

    Or le confucianisme ne se réduit pas à cela, du moins le confucianisme originel, où la valeur de réciprocité tient une place au moins aussi centrale que celle du respect du aux supérieurs. C’est d’ailleurs ce qu’implique la citation de Mencius, lui même penseur de l’école confucéenne antique.

    Comment instaurer une réciprocité dans un système où l’individu est pris dans la nasse de contrôle étatique des moindres faits et gestes qui trouve aujourd’hui son accomplissement dans le système du crédit social, quand il subit une propagande insistante et omniprésente, quand la censure règne, quand donc pratiquement plus aucune marge de manoeuvre n’est laisséeé à la subjectivité individuelle, quand le conformisme de la pensée supplante la réflexion autonome ?
    Autrement dit, pour qu’il y ait intériorisation, au sens confucéen, il ne suffit pas de manier le bâton, ou d’accorder des récompenses, il faut au contraire qu’il existe un espace où puisse se mouvoir la subjectivité individuelle, cela nécessite le perfectionnement de soi comme préalable à l’harmonie sociale. Ainsi pour Mencius l’intériorisation consiste pour l’homme de bien à épuiser les ressources du cœur-intelligence jinxin 盡心, ce qui implique un perfectionnement moral, qui passe par l’étude, la réflexion …

    La société chinoise telle qu’elle est appréhendée par XI-Jinping relève bien plus du légisme que du confucianisme. En particulier du légisme de Han Feizi, la branche la plus ‘dure’ du légisme, à telle enseigne que HanFeizi est souvent présenté comme étant l’inventeur du totalitarisme en Chine : https://fr.wikipedia.org/wiki/Han_Fei_Zi

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    1. Ah ! Dur dur.
      Dans un monde où s’épuisent les richesses vitales et qui de plus est affolé et pris de vitesse par les menaces climatiques, je doute de la venue d’un printemps fleuri pour les ressources du coeur.
      A l’inverse tout semble vouloir se tendre et se contracter tel qu’on peut le voir en boucle sur tous les continents.
      Le légisme comme voie et orientation des pouvoirs devient tendance sur tous les fronts, avec quelles chances de réussite ? Pour quelle suite à donner ?
      Questions … mais réponses avec voiles opaques pour un bout de temps.

      1. Chez Mencius, dont je donne ci-dessous la citation complète, c’est bien plus qu’une ressource du cœur, il s’agit d’accomplir le mandat du Ciel en se cultivant (corps et esprit, tout un) avec pour finalité ultime l’harmonie sociale. C’est l’une des deux pierres de touche du confucianisme avec l’effectuation des RItes, lesquels ne peuvent donc se comprendre eux-mêmes sans intégrer une dimension intérieure et une dimension extérieure, comme deux aspects d’un même processus : l’intérieur pour la culture de soi, et l’extérieur pour l’intériorisation des normes rituelles. Sans l’élan du cœur il n’y a pas de Rites qui vaillent. C’est ce en quoi le confucianisme se distingue du légisme, ce dernier faisant abstraction de toute dimension personnelle dans l’accomplissement de l’harmonie universelle puisque les êtres humains, sont réduits aux fonctions auxquelles ils sont assignés. D’où une application mécanique de la théorie des noms. ; un mode de gouvernance où les êtres humains sont des pièces interchangeables d’un mécanisme qui pour ainsi dire devient un automatisme une fois qu’il a été bien réglé. On trouve des linéaments de cette conception de la politique dans le Tao T’e King (Dao De Jing) puisque les humains y sont comparés à des fétus de paille.
        J’ajoute que l’étude et la connaissance font intégralement partie du processus de culture de soi, cela se trouve ailleurs chez Mencius et les autres Confucéens.

        Je vous rejoins pour dire que c’est une tendance effective partout dans le monde désormais, avec bien sûr des différences selon les sociétés. J’assimilerais cette tendance à une déshumanisation.

        【原文】孟子曰:“尽其心者,知其性也。知其性,则知天矣。存其心,养其性,所以事天也。夭寿不贰,修身以俟之,所以立命也。”

        Épuiser le cœur (ses ressources) 盡心 c’est connaître sa nature profonde. Connaître sa nature profonde c’est connaître le Ciel. Ainsi donc, si l’on connaît sa nature profonde on connaît le Ciel.
        Si l’on connaît sa nature originelle alors on peut comprendre le mandat du Ciel. Conserver le cœur originel de l’humain, nourrir sa nature primordiale, c’est ainsi qu’on a à faire avec le mandat du Ciel.
        Que la vie soit courte ou longue, pourvu que l’on se cultive dans l’attente du mandat du Ciel, et l’on a bien son destin bien sur pieds. (Tranquille et assuré)

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    1. L’article de François Bougon et Romaric Godin sur Médiapart acte une volonté de réduire les inégalités de la part de Xi Jinping, mais il pointe aussitôt les limites de l’exercice notamment dans la conclusion :
      « … La Chine est devenue trop dépendante de la profitabilité de ses entreprises pour avancer avec tranquillité vers un modèle redistributif. Pas plus qu’en Occident, le rêve fordiste du PCC ne semble réaliste dans le contexte économique actuel. Reste le message politique. On semble loin alors d’un retour quelconque au maoïsme. Il s’agit plutôt de trouver des solutions à une situation inextricable que l’économiste Michael Roberts * décrit comme le « piège durable de la transition ».
      L’engagement en faveur d’une redistribution plus juste s’explique donc d’abord pour des raisons politiques. Au printemps 2020, lors de sa conférence de presse annuelle à l’occasion de la session parlementaire, le premier ministre Li Keqiang, qui a participé à la réunion de mardi, avait provoqué un choc dans le pays en déclarant : « Le revenu annuel moyen par habitant en Chine est de 30 000 yuans [près de 4 000 euros – ndlr], mais il y a plus de 600 millions de personnes dont le revenu mensuel atteint à peine 1 000 yuans, ce qui ne suffit pas à louer une chambre dans les villes chinoises. » S’attaquer aux plus riches peut s’avérer une bonne carte auprès de l’opinion publique pour Xi, alors qu’il cherche à consolider son pouvoir avant le XXe congrès du parti à l’automne 2022. »

      * https://braveneweurope.com/michael-roberts-chinas-crackdown-on-the-three-mountains
      Pour Michael Roberts le secteur privé capitaliste a pris une telle importance dans l’économie chinoise,, que la satisfaction des besoins sociaux dépend de la profitabilité de ces entreprises, alors que la main d’œuvre décline et que l’augmentation de la productivité diminue. C’est le défi qu’il faudrait relever, un Everest dit-il.

      1. Cette volonté systématique de dire que les choses sont l’inverse de ce qu’elles apparaissent être (formule générale du complotisme) conduit à cette profusion d’analyses en forme de voies de garage. Il est plus simple – et plus rentable sur le long terme [voyez mes propres analyses, eh eh] – de se dire « Peut-être qu’un Parti communiste est vraiment un Parti communiste, etc. »

        1. Mince alors en France en suivant la même logique le Parti Socialiste serait donc socialiste ? Mais c’est bien sûr 🙄 🤣

          Bon c’était un revers facile … 🤪

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  3. Xi Jinping se prépare la Chine au découplage et à la guerre froide que lui livrent les États-Unis.

    On parle beaucoup de la répression contre Alibaba de Jack Ma, mais on n’explique pas pourquoi : Alibaba n’est pas une banque, mais se comporte comme tel en autorisant les gens à s’endetter et en ne respectant pas les règlementations qui régissent une banque. Le régulateur chinois est intervenu.

    Le gouvernement chinois s’est aussi attaqué contre les groupes de soutien scolaire. Pourquoi ? Vous savez que les Chinois sont prêts à tout pour acheter ces services. Le coût neutralise l’envie des jeunes à avoir plus de 2 enfants. Cela va à l’encontre des efforts gouvernementaux en matière de politique démographique et du vieillessement de la population.

    Il faut arrêter de croire que Xi Jinping fait tout cela pour maintenir son pouvoir personnel. Il travaille avant pour l’intérêt de son pays et son peuple.

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  4. Un plaidoyer pour la Chine par Peter Koenig
    Chine vs USA

    Peter Koenig est un analyste géopolitique et un ancien économiste à la Banque mondiale et à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), où il a travaillé pendant plus de 30 ans sur l’eau et l’environnement dans le monde.

    https://lesakerfrancophone.fr/le-parti-communiste-chinois-un-siecle-de-succes-et-une-vision-davenir

    « La légendaire histoire de la réussite chinoise va de pair avec l’évolution du Parti communiste chinois (PCC) et la révolution communiste qui a débuté en 1945. La fondation du PCC, le 1er juillet 1921, a marqué la fin de quelque 200 ans d’oppression de la Chine par des puissances étrangères, d’invasions et d’exploitations par les occidentaux qui se sont emparés de territoires appartenant à la Chine et surtout de ses riches ressources naturelles et ont obtenu des avantages commerciaux, notamment grâce aux richesses des ressources et de l’artisanat chinois. »

    « Le PCC et sa vision du futur
    La Nouvelle route de la soie (NRS) est une brillante invention du président Xi Jinping. Elle est basée sur les mêmes principes anciens que l’était la Route de la soie originelle, ajustée au 21e siècle, construisant des ponts entre les peuples, échangeant des biens et des services, de la recherche, de l’éducation, des connaissances, de la sagesse culturelle, de manière pacifique, harmonieuse et dans un style « gagnant-gagnant » »

    Bonne lecture

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  5. Stephen Walt : Professeur à Harvard Kennedy School

    https://twitter.com/stephenWalt/status/1409895834125209605

    29 juin
    « A lot of US foreign policy experts are worried about China’s rise. Me too. But how many of these experts have reflected on the fact that China hasn’t been fighting wars in lots of places, while steadily gaining greater wealth, power and influence? »

    « De nombreux experts américains en politique étrangère s’inquiètent de la montée en puissance de la Chine. Moi aussi. Mais combien de ces experts ont réfléchi au fait que la Chine n’a pas fait la guerre dans de nombreux endroits, tout en gagnant régulièrement en richesse, en puissance et en influence ? « ( traduction Deepl)

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  6. Quelques notes en passant :
    1/ Il ne vous aura pas échappé que dans le billet, le « Communisme » n’est pas défini. Pour les lecteurs de l’Echo (anciennement l’Echo de la Bourse »), vaut mieux pas, sauf à définir le Diable dans le Bénitier.
    Dans cet esprit, a) la Commune, c’est la Communauté, c’est le collectif. C’est pas Paris, c’est pas une municipalité. C’est 72 jours de pouvoir, mais presque un an d’effervescence et de lutte contre un empereur puis un gouvernement bourgeois, sous le siège de l’ennemi.
    b) Toute définition du communisme est prise dans l’idéologie, donc dans la caricature droitière et dans la caricature de gauche et enfin dans la vie concrète sous ce type de régime. De ce point de vue, décrivez les différences entre URSS, Chine et USA. Qui est le plus concret, pratique, d’un point de vue ouvrier/gens du peuple ?
    De même, caricaturez le capitalisme de ce point de vue (une dictature de milliardaires corrupteurs sur les 2/3 de l’humanité et s’accrochant au pouvoir masqué).
    2/ Je veux bien m’appesantir sur Confucius et Mencius, comme aussi Paul de Tarse. Je viens de lire une histoire détaillé des « Hébreux » et de leur construction culturelle mythique (biblique) expliquée historiquement (oh encore si peu). J’ai lu la page Wiki de ce lettré Han chez les Quin, bien plus rationnel pour l’époque.
    Mais enfin, n’aurions-nous rien inventé de culturellement valable depuis ?
    3/ Par contre et dans cet esprit je vais creuser le « social intériorisé » de Durkeim. Que personne n’a prolongé (rebondi dessus) : faut tout faire tout seul ?

    1. Les RItes c’est du social intériorisé il me semble. Une norme sociale que l’on intériorise. Bourdieu dans le prolongement de la pensée de Durkheim évoque lui l’habitus comme incorporation des façons de se comporter inhérents à une structure sociale. Les manières de se comporter que l’on a apprises et que l’on finit par faire de manière automatique dans les situations que l’on rencontre. Ce qu’on apprend pas à l’école mais qui est néanmoins indispensable pour se mouvoir, progresser dans tel ou tel environnement social. Comme par exemple ce qu’il faut dire, ou ne pas dire, les gestes, les postures corporelles adéquates pour communiquer dans le milieu des affaires, en politique, ou simplement au sein d’un club de foot …. Je cite ici Bourdieu à dessein car si Bourdieu comme Durkheim visent tous deux une physique sociale, Bourdieu se sépare conceptuellement du second en faisant une sociologie qui intègre à la fois le rôle actif de l’individu (sur la société) et le rôle de la société qui fait l’individu, pour Durkheim la société imprime à l’individu sa norme sans retour. La société précède l’individu.

      IL y a donc un automatisme, mais là où il me semble ce n’est pas exactement Durkheim avec les Rites c’est que ceux-ci dans le contexte chinois sont pensés explicitement dans la vie des Chinois, comme intériorisation de la norme sociale, l’automatisme comme tel est donc thématisé par la pensée chinoise et notamment confucéenne. A ce titre c’est l’automatisme qui est recherché pour lui-même, non pas pour des buts spécifiques afférents à des structures sociales spécifiques, mais avec une portée universelle, puisqu’il s’agit d’intégrer une harmonie sociale elle-même congruente à une nature, la notion de nature, qui se dit xing 性 lorsqu’il s’agit des humains (notons que le caractère xing est formé des radicaux cœur 心 et naître 生), et qui se dit Ciel lorsqu’il s’agit de la nature comme univers physique.
      Les Chinois ont donc pensé très top le rôle des normes dans la société, dans ce qui fait société.
      L’automatisme est donc pensé pour lui-même. C’est la raison pour laquelle le procès (ou processus) en Chine est tellement essentiel, puisque c’est à travers le processus que l’on parvient à l’automatisme. Or, qui initie le processus, si ce n’est des humains en chair et en os avec leur corps, leur sensibilité, leurs affects et leur intelligence. D’où la dimension éthico-morale de l’intériorisation du social mise en avant dans le confucianisme : les humains doivent se perfectionner afin que le société elle-même puisse se perfectionner et il importe de stimuler ce perfectionnement conscient de sa nécessité. Précisions qu’ils ne se perfectionnent pas chacun dans leur coin sans tenir compte des autres mais à partir d’un travail préalable d’assimilation de formules communes récipiendaires de l’expérience humaine léguée par l’Histoire, à partir desquelles les Rites s’effectuent, et font communiquer les humains entre eux, et harmonisent, Humains, Ciel et Terre. Dans la Chine antique c’est aux Classiques qu’était dévolu le rôle des formes (ou formules) récipiendaires de la sagesse léguée par l’Histoire.
      Dans la Chine de Xi, selon une perspective confucéenne, qu’est-ce qui peut jouer ce rôle si ce n’est le dogme de la pensée Xi-Jinping ? Mais alors il y a contradiction dans les termes. La pensée d’un seul homme ne peut fournir le modèle commun de ‘formules’ à partir desquelles chacun peut progresser et contribuer à l’harmonie sociale. Le dialogue, est d’emblée impossible. IL s’agit d’inculquer une norme indiscutée et indiscutable, du haut vers le bas. Il s’agit donc plus d’enrégimenter les Chinois que de les éclairer en permettant à chacun d’avancer à son rythme et en communication réciproque comme cela se pratiqua sous l’antiquité chinoise autour des maîtres. Certes les disciples n’étaient pas les égaux de leurs maîtres mais au moins ils pouvaient discuter en toute liberté avec le maître.
      Le social intériorisé à la mode Xi n’enrichit plus la société. Celle-ci se condamne alors à imposer de force une norme sociale, ou des normes sociales, via la propagande, l’ingénierie numérique, qui s’appuient alors plus sur les mécanismes du réflexe pavlovien que sur la réflexivité d’une maturation. Han Feizi que je citais plus haut dans un commentaire c’est précisément une pensée du réflexe pavlovien à but socio-politique.

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      1. Merci ! Je vais voir cela. Il y a déjà des rituels animaux essentiels à la structure sociale. Notamment à la période du rut, du brâme (voir par exemple le docu « la marche de l’empereur »). Il y a une évolution des rituels, par exemple dans les espèces simiesques (dont les nôtres). Et nous évoluons aussi. Mais alors votre remarque sur « qui initie le processus » ouvre à comprendre ces évolutions.
        Il y a sans doute beaucoup d’illusions sur l’effet de la propagande et des rituels (cortèges) dans l’organisation communiste (Lire Zinoviev). Ce qui est curieux, c’est qu’ils paraissent nécessaires (déjà à la Révolution Française : Fête de l’Etre Suprême). Mais les rituels efficaces se fondent sur une tradition, où se perd/masque leur origine (cf. Ali Magoudi et l’échec du calendrier révolutionnaire). Faut-il alors prendre au sérieux le discours d’un dirigeant, comme impactant mécaniquement la société ? Un tel dirigeant ne tient qu’avec tout un réseau d’appuis, dont un groupe social exerçant une violence illégitime le plus souvent. Et il reste très fragile. Pour attacher foi à une culture (disons « tradition toujours efficace ») chinoise particulière, il faudrait raconter d’abord de même la culture européenne (au sens large) particulière… ce qui ne me parait pas un long fleuve tranquille.
        (Et je songe aussi à la critique féministe de l’habitus bourdieusien… et au caractère dominant et réactionnaire de toute tradition…)

  7. Pierre-Yves D a écrit: « Le dialogue, est d’emblée impossible. »

    On voit ce que le dialogue a donné aux Etats-Unis: un pays divisé entre les antivax et ceux qui sont pour l’obligation vaccinale, avec des disputes interminables. Le dialogue ressemble parfois à du lobbying. Bref, ce qu’on voit aux Etats-Unis arrive maintenant en France. En Chine, c’est l’inverse, la majorité des gens reprochent à Xi Jinping de ne être pas assez autoritaire et ferme. Les Chinois sont même déçus de la réaction mesurée de Xi Jinping face aux ventes d’armes américaines à Taiwan.

    Remarque à part: les nouvelles venues de Guadeloupe, de Martinique et de Polynésie ne sont pas bonnes. Dans ces régions, les gens sont peu vaccinés. On revoit les scènes vécus dans les urgences l’année dernière. Et le pire : cette situation aurait pu être évitée s’il y avait plus de vaccination. Pour expliquer le faible taux de vaccination, on nous explique que les Antillais ont perdu toute confiance dans l’Etat par suite du scandale de la chlordécone. Pourquoi ce pesticide dangereux n’est pas interdit ? Et bien, parce que les élus et dirigeants économiques antillais ont fait un lobbying soutenu pour maintenir son autorisation. Curieusement, personne ne songe à demander des comptes aux élus, aux dirigeants économiques. Je trouve que Trump et Macron s’en sortent très bien dans cette crise sanitaire. Imaginez un instant que c’était Xi Jinping à la place de Macron: on lui ferait le procès de tous les morts.

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