Mes commentaires sur les Pandora Papers

Misère de la pensée économique (Fayard 2012), pages 330 à 332 :

Chapitre Des réformes à mettre en œuvre immédiatement

* Mettre hors d’état de nuire les paradis fiscaux en interdisant aux chambres de compensation de communiquer avec eux dans une direction comme dans l’autre. Les mesures doivent viser l’ensemble de ces paradis fiscaux : y compris ceux que les États tolèrent dans des enclaves sur leur propre territoire ; ainsi pour la Grande-Bretagne : Jersey, Guernesey, l’Île de Man et la City de Londres ; pour les États-Unis, l’État du Delaware, [P.J. J’ajoute aujourd’hui l’État du Dakota du Sud] etc.

Les grosses fortunes cherchent à échapper à la solidarité nationale par l’« optimisation » fiscale, tandis que les grandes entreprises redistribuent leur comptabilité entre des paradis fiscaux dans le même but. Ces manœuvres qui minent le fonctionnement démocratique des sociétés, peuvent être interrompues instantanément par l’interdiction faite aux chambres de compensation assurant le transfert des capitaux au niveau international de communiquer avec les paradis fiscaux.

Il n’y a donc pas d’obstacle pratique à l’élimination des paradis fiscaux. Les deux obstacles à ce que de telles mesures soient prises sont d’une autre nature : il y a d’une part le fait que la raison d’État utilise les paradis fiscaux pour des opérations secrètes, pour du trafic d’armes en particulier, ainsi que pour le recyclage des bakchichs que génère le commerce licite cette fois des armes, dessous de table servant au financement occulte des campagnes électorales, il y a d’autre part le désir des classes dominantes – auxquelles la classe politique appartient automatiquement – à déjouer l’impôt sur le revenu. Le désir d’échapper au fisc dans les couches supérieures de la population est à ce point répandu qu’il leur paraît absolument « naturel ». On se souviendra ainsi d’Éric Woerth, dont l’épouse était conseillère en « optimisation » fiscale d’une des plus grandes fortunes de France à l’époque où il était lui-même ministre du Budget et ensuite ministre du Travail durant la présidence de Nicolas Sarkozy, et qui, interrogé à ce sujet, affirmait ne pas comprendre quel était le souci.

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50 réflexions sur « Mes commentaires sur les Pandora Papers »

  1. Marta Lucia Ramirez, vice-présidente corrompue du gouvernement d’Iván Duque, accusée de corruption, en bonne place dans les révélations des Narca Marta Lucía Ramírez amie des paramilitaires d’extrême droite, responsable de la répression des mvts sociaux et démocratiques en Colombie, accusée de corruption, de trafic de drogue, de blanchiment d’argent et de crimes contre l’humanité, invente toujours le récit pèlerin des « tragédies familiales » pour justifier sa … aujourd’hui reçue en grande pompe par Castex
    à pleurer:
    Réunis mardi à Luxembourg, les 27 ministres des Finances du bloc ont approuvé une décision de suppression des trois juridictions, affirmant que même si elles « ne se conforment pas encore à toutes les normes fiscales internationales », elles « se sont engagées à mettre en œuvre les principes de bonne gouvernance fiscale ».
    https://www.theguardian.com/news/2021/oct/05/eu-action-against-tax-havens-is-inadequate-say-meps

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    1. A noter que la levée du secret bancaire en Suisse n’a pas empêché que plus d e90 sociétés suisses sont impliquées dans les Pandora papers , le plus souvent en tant qu’intermédiaires vers la création de sociétés offshore . Des cabinets de conseil fiscal et de comptabilité bien sur , mais aussi des notaires et des  » consultants » .

  2. Personnellement ça ne m’étonne pas . En effet comment croire que ceux qui sont censés assurer une justice sociale vis à vis de l’impôt ne soient pas partie prenante à un niveau quelconque de ces évasions fiscales ! Car ceux là qui jouent avec les paradis fiscaux sont les mêmes qui mettent en place au pouvoir ceux qui sont censés les traquer !
    Bref il y a connivence !

  3. Je croyais que  » Papa » se satisfaisait de ne manipuler qu’Obama .

    Serait ce que ça devient plus difficile pour lui et qu’il doive effectivement  » se donner  » ?

        1. C’est aussi ce qu’ils disent .

          Au moins ceux qui sont dans le trombinoscope ( j’y ai aperçu une chinoise . Que fait XI ? Trop occupé avec l’immobilier ? )

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  4. Parfois je me dépeins en grand ou gros naïf. C’est selon. Ainsi par exemple ces interrogations qui suivent peuvent conduire à lever les yeux au ciel ou à hausser les épaules .

     » Les deux obstacles à ce que de telles mesures soient prises sont d’une autre nature : il y a d’une part le fait que la raison d’État utilise les paradis fiscaux pour des opérations secrètes, pour du trafic d’armes en particulier, ainsi que pour le recyclage des bakchichs que génère le commerce licite cette fois des armes, dessous de table servant au financement occulte des campagnes électorales.  » Paul Jorion

     » N. Sarkozy condamné à un an de détention à domicile avec port d’un bracelet électronique. » La Presse

    Alors, où est l’erreur dans ce cas d’espèce ?

    A quel point les rupins et leurs valets sont-ils assurés de leur impunité ?

      1. Pêne :

        Un pêne est une pièce de fer, que la poignée fait aller et venir, et dont l’extrémité est engagée dans la gâche quand la porte est fermée. C’est un des éléments constitutifs d’une serrure ou d’un verrou.

  5. Bon alors, faut voter pour qui demain pour que ça change ?
    Je crois que c’était Roberto qui avait proposé de boycotter les élections. J’y souscris.
    Avec moins de 50 % de votants, ce sera difficile de se dire légitime. Mais même comme ça, je suis sur qu’ils vont nous pondre le vote obligatoire.

    1. @ Pascal

      Proposition ridicule.

      Même avec 10 % des inscrits, l’heureux élu se déclarera légitime étant donné que les absents ont toujours tort.

      Il faut vraiment avoir l’esprit bien chantourné pour ne pas trouver à son goût un ou deux programmes politiques dignes de ce nom.
      Il ne faut pas charrier, tout le monde ici les connait.
      Pour ma part deux sont assez évidents pour ne pas tomber dans le piège de l’abstention, qui ferait n’en doutons pas la joie d’Emmanuel Macron
      et des autres candidats qui se présenteront en 2022 avec le même programme économico-policier, identique en tous points à peu de chose près.

      1/ L’AVENIR EN COMMUN :
      https://melenchon2022.fr/programme/
      2/ EELV :
      https://www.eelv.fr/contributions-2022/

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  6. Dans une tribu ancienne, quand le chef voulais emmener tout le monde à la guerre contre la tribu voisine et que le reste de la tribu ne le voulait pas, tout le monde lui tournait le dos.

      1. « Tout ce passe, en effet, comme si ces sociétés se constituaient leur sphère politique en fonction d’une intuition qui leur tiendrait lieu de règle : à savoir que le pouvoir est en son essence coercition ; que l’activité unificatrice de la fonction politique s’exercerait, non à partir de la structure de la société et conformément à elle, mais à partir d’un au-delà incontrôlable et contre elle ; que le pouvoir en sa nature n’est qu’alibibi furtif de la nature en son pouvoir. Loin donc de nous offrir l’image terne d’une incapacité à résoudre la question du pouvoir politique, ces sociétés nous étonnent par la subtilité avec laquelle elles l’ont posée et réglée. Elles ont très top préssenti que la transcendance du pouvoir recèle pour le groupe un risque mortel, que le principe d’une autorité extérieure et créatrice de sa propre légalité est une contestation de la culture elle-même ; c’est l’intuition de cette menace qui a déterminé la profondeur de leur philosophie politique. Car, décourant la grande parenté du pouvoir et de la nature, comme double limitation de l’univers de la culture, les sociétés indiennes ont su inventer un moyen de neutraliser la virulence de l’autorité politique. Elles ont choisi d’en être elles-mêmes les fondatrices mais de manière à ne laisser apparaitre le pouvoir que comme négativité aussitôt maitrisée : elles l’instituent selon son essence (la négation de la culture), mais justement pour lui dénier toute puissance effective. De sorte que la présentation du pouvoir , tel qu’il est, s’offre à des sociétés comme le moyen même de l’annuler. La même opération qui instaure la sphère politique lui interdit son déploiement : c’est ainsi que la culture utilise contre le pouvoir la ruse même de la nature; c’est pour cela que l’on nomme chef l’homme en qui vient se briser l’échange des femmes, des noms et des biens.
        […]
        De même, la bande Nambikwara à court de nourriture après une dure étape attend du chef et non de soi que la situation s’améliore. Il semble en ce cas que le groupe, ne pouvant se passer du chef, dépende intégralement de lui. Mais cette subordination n’est qu’apparente : elle masque en fait une sorte de chantage que le groupe exerce sur le chef. Car, si ce dernier ne fait pas ce qu’on attend de lui, son village ou sa bande tout simplement l’abandonne pour rejoindre un leader plus fidèle à ses devoirs. C’est seulement moyennant cette dépendance réelle que le chef peut maintenir son statut. »
        Pierre Clastre « La Société contre l’État »

        (Bien vu Toutvabien !)
        J’ai le souvenir d’un passage similaire avec le chef de guerre mais je n’ai pas retrouvé le passage.

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    1. du regretté Pierre Clastres:
      *« Il y a échange entre la société et le guerrier : le prestige contre l’exploit. Mais dans ce face-à-face, c’est la société qui, maîtresse des règles du jeu, a le dernier mot : car l’ultime échange, c’est celui de la gloire éternelle contre l’éternité de la mort (…). Il en est ainsi parce que le guerrier pourrait faire le malheur de la société, en y introduisant le germe de la division, en devenant organe séparé du pouvoir. Tel est le mécanisme de défense que la société primitive met en place pour conjurer le risque dont est porteur, comme tel, le guerrier : la vie du corps social indivisé, contre la mort du guerrier. Se précise ici le texte de la loi tribale : la société primitive est, en son être, société-pour-la guerre ; elle est en même temps, et pour les mêmes raisons, société contre le guerrier »*
      https://www.cairn.info/revue-les-champs-de-mars-ldm-2002-2-page-61.htm

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    2.  » Car c’est par l’humanisme conscient de la force des réalités en présence , volontariste et politiquement déterminé , que l’on pourra peut être un jour faire mentir l’aphorisme célèbre de Blaise Pascal :  » Ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort , on a fait que ce qui est fort fût juste » , en créant les conditions nécessaires pour que ce qui est juste devienne effectivement fort  » .

      Françoise Héritier , les fondements d ela violence / Analyse anthropologique . 2003

      Elle appelait à la détermination depuis chacun de nous jusqu’à l’ONU en passant par les états souverains et les organisations internationales .

        1. Cette même question mérite d’être posée quand on écoute la version finale de l’interview de Paul Jorion par le Média à propos des Pandora Papers .

          Il y met en exergue deux éléments principaux , constituants primaires de la perversion de la triche :

          – la fondamentale et éternelle perversion humaine jamais vaincue , qui motive et génère les trafics , les traites humaines , les marchés de l’ombre , les paravents à la vertu , les mensonges , les pillages , les corruptions ..

          – le système néo-libéral qui en instrumentalisant le droit , permet à la bête de vivre en la muselant juste ce qu’il faut , et se garde le « shadow » pour ça .

          Paul Jorion a tenté par quelques propositions phares , de mettre sur la place publique , un autre mode de faire sur le deuxième point et j’adhère à la totalité d’entre elles .

          Personne ( ni François Héritier , ni moi – ni même Jésus qui a essayé de le faire ! ) n’a par contre la force de porter ce qui est peut être la seule véritable question , et qui est toute entière dans le premier point .

          Au moins pourrait on espérer, en changeant le système comme demandé , que la bête soit mieux muselée .

          Sans être totalement sur que tout sera résolu .

  7. Rappel : Audition de Paul Jorion sur les paradis fiscaux, centres off-shore et juridictions non coopératives – Assemblée nationale, mardi 26 mars 2013

    « La commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale a créé une mission d’information sur la lutte contre les paradis fiscaux, centres off-shore et juridictions non coopératives, dont les rapporteurs sont MM. Alain Bocquet et Nicolas Dupont-Aignan, députés. »

    J’ai été entendu hier. Le texte que j’avais préparé se trouve ci-dessous. Les points sur lesquels des précisions supplémentaires m’ont été demandés sont : Chypre, le fonctionnement des « trusts », le « scandale du LIBOR », l’amende payée par HSBC pour blanchiment d’argent sale, la décision de la Cour suprême des Etats-Unis d’autoriser le financement illimité des campagnes électorales par les personnes morales, le projet de chambre de compensation multilatérale internationale de John Maynard Keynes.

    Intervention de Paul Jorion sur les paradis fiscaux – Assemblée nationale, mardi 26 mars

    Disons tout de suite que la question des moyens pratiques de l’élimination des havres fiscaux, une fois prise la décision de mettre hors d’état de nuire les nations ou subdivisions de nations jugées coupables, est aisément résolue : recourant à la même méthode que celle utilisée pour mettre en place un embargo financier contre l’Iran, par exemple. Instruction est donnée aux chambres de compensation internationales (telle Clearstream) et messageries de transfert interbancaire (telle SWIFT) de cesser toute communication avec les destinations mentionnées sur la liste communiquée.

    Mais la volonté de fermer les havres fiscaux existe-t-elle ? Leur existence est en effet tolérée depuis l’origine de l’Union européenne : le Luxembourg, qui se trouve au 2e rang mondial de ceux-ci, fait partie des États fondateurs de l’Union (membres de la CECA), au même titre que la Belgique qui se situe au 9e rang. Quatre pays européens se trouvent aujourd’hui parmi les dix premiers havres fiscaux. La zone financière quasi-autonome de la « City de Londres » constitue le foyer d’un réseau réglant environ 70% de la circulation des flux financiers entre havres fiscaux.

    Pour comprendre la question des havres fiscaux et pouvoir déboucher ensuite sur des solutions, elle doit être située pour commencer dans un plus vaste contexte où leur fonctionnalité est mise en lumière.

    La démocratie fondée sur le suffrage universel suppose un pouvoir politique égalitaire et transparent. Dans les faits, la démocratie contemporaine fonctionne cependant autrement : un suffrage censitaire fonctionne en sous-main, le pouvoir effectif étant proportionnel à l’argent dont chacun dispose. Les États pratiquent de leur côté une « Realpolitik » que toute véritable transparence réduirait à néant (en témoigne la brutalité de la réponse des États envers les acteurs de l’affaire Wikileaks).

    Par ailleurs et malgré plusieurs milliers d’années de pratique effective et de réflexion induite, les sociétés humaines n’ont toujours pas découvert le moyen de réguler certains comportements antisociaux parmi les plus fréquents :
    1) le commerce des paradis artificiels,
    2) le commerce des relations sexuelles lorsque celles-ci sont inaccessibles gratuitement,
    3) le commerce des armes,
    4) la corruption et la pratique du bakchich en matière commerciale ou politique.

    Autoriser entièrement ces comportements ou les prohiber formellement est impossible. L’autorisation pure et simple est inacceptable en raison des troubles de l’ordre social qui en résulteraient. Leur prohibition pure et simple mobilise elle des ressources considérables sans se révéler pour autant efficace (on pense à la prohibition de l’alcool aux États-Unis de 1919 à 1933), et conduit souvent à transférer involontairement les problèmes d’une nation à ses voisines (on pense aux États-Unis et au Mexique aujourd’hui).

    La voie moyenne sur ces questions de société est difficile à déterminer même si des progrès considérables ont été accomplis en cette matière.

    Les mieux nantis au sein de chaque nation se perçoivent comme non-bénéficiaires de la redistribution de la richesse qu’autorise l’impôt et ils cherchent à s’y soustraire. Pourtant, depuis 2007, les États et leur banque centrale, en honorant toutes les reconnaissances de dette, même lorsque celles-ci résultaient de simples paris spéculatifs, ont fait de ces nantis les principaux bénéficiaires de la solidarité nationale.

    Les entreprises font de même, qui ont trouvé dans la pratique du « prix de transfert » le moyen d’échapper en tout ou en partie à l’impôt. Ce sont elles qui définissent aujourd’hui les règles auxquelles elles sont soumises elles-mêmes par l’intermédiaire du bureau des normes comptables (IASB) dont le financement est privé (il est assuré par les entreprises et les grandes firmes d’audit) et situé d’ailleurs dans un havre fiscal (l’Etat du Delaware).

    Le secret dont bénéficient les comptes ouverts dans des havres fiscaux est nécessaire pour permettre aux mieux nantis de soustraire à l’impôt une part importante de leurs revenus (évasion fiscale, « optimisation fiscale »), ainsi que pour exercer par le truchement des « trusts », le pouvoir plus important octroyé aujourd’hui aux « personnes morales » qu’aux « personnes physiques ».

    Le secret des havres fiscaux est également nécessaire pour assurer le financement illicite des campagnes électorales et le simple exercice du pouvoir (fonds secrets), il est nécessaire aussi pour financer des mercenaires à l’étranger, conclure des transactions secrètes avec des terroristes preneurs d’otages, et ainsi de suite.

    Les trafics illicites et les opérations secrètes s’effectuant dans les mêmes devises que les opérations financières licites, deux options s’offrent pour régler leur circulation :

    1) La constitution d’un système financier autonome où l’argent « sale » circule en circuit fermé entre commerce de la drogue, de la prostitution, du trafic d’armes et du trafic d’influence ; ce sont alors des « mafias » qui ont sur ce système parallèle la haute main.
    2) La constitution de points de réinjection dans le système financier licite (« blanchiment de l’argent sale ») dans un cadre d’état de droit, mais laxiste en matière de transparence.

    La qualité de havre « fiscal » des « havres fiscaux » ne constitue donc qu’une de leurs qualités : le secret, l’anonymat et l’opacité en général octroyés aux « non-résidents » uniquement, constituent les autres. Les sommes soustraites à l’impôt constituent, il faut le souligner, de l’« argent sale », au même titre que celles récoltées par les divers trafics ou résultant de la corruption.

    Le fait que les havres fiscaux, permettant la réinjection de l’argent sale dans le circuit financier licite, soient soumis à l’état de droit, et ne constituent pas du coup un contre-pouvoir dangereux pour les États, a fait que leur existence s’est imposée comme un moindre mal. Le fait, par ailleurs, que leur fonctionnement soit garanti de facto par une autorité unique de tradition démocratique : « la City », établit un climat de confiance (mais d’où aussi l’effet particulièrement dévastateur pour celle-ci d’affaires où elle se trouve impliquée et qui minent cette image positive : « scandale des écoutes News of the World » [2011], « scandale du LIBOR [2012] »).

    La mise sur pied d’une chambre de compensation internationale multilatérale, proposition faite sans succès par John Maynard Keynes à Bretton Woods en 1944, assainirait considérablement la circulation des flux financiers, puisqu’elle interdirait de fait la circulation internationale de l’« argent sale », quelle que soit sa provenance, qui resterait confiné au sein des frontières nationales, obligeant cependant à mettre au point des solutions viables aux problèmes de société que sont la consommation de drogue, le recours à la prostitution, la vente d’armes et le trafic d’influence.

    Il conviendrait aussi que, en amont même de telles solutions, s’opère un rapprochement entre le fonctionnement effectif des États démocratiques et leur idéal proclamé, à savoir « un citoyen, une voix » dans la prise de décision politique, ainsi que l’élimination de toute « Realpolitik » dans la conduite des Etats, fonctionnement effectif dont ils sont aujourd’hui encore très éloignés et, il faut le craindre, en réalité de plus en plus éloignés.

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    1. à l’échelle mondiale, Amazon, Facebook et d’autres géants de la technologie ont payé près de 100 milliards de dollars de moins en impôts qu’ils ne le prétendaient. Un rapport à but non lucratif indique que six grandes entreprises technologiques ont exploité les règles mondiales pour ne payer que 3,6% de leurs revenus en impôts sur le revenu
      https://www.salon.com/2021/06/01/amazon-facebook-and-other-tech-giants-paid-almost-100b-less-in-taxes-than-they-claimed-analysis_partner/

  8. Profession de foi : contributions personnelles des membres du groupe de réflexion POUR UNE ÉCONOMIE POSITIVE, présidé par Jacques Attali, le 23 septembre 2013

    Les personnes morales disposent désormais dans l’exercice de leur droit de propriété d’un abusus aux effets démultipliés par rapport à celui autorisé aux personnes physiques. Des montages juridiques visant à contourner l’esprit des lois ont permis aux entreprises les plus riches de choisir leur nationalité comme bon leur semble selon le critère du moins-disant fiscal et réglementaire. La domiciliation dans les nations championnes de ce moins-disant (les « havres fiscaux ») leur permet d’atteindre cet objectif. Les grosses entreprises domiciliées dans des nations minuscules privées d’habitants échappent au contrôle du concert des nations véritablement peuplées et soucieuses du bien commun. La compagnie Apple est ainsi parvenue à l’aide de montages juridiques à se déterritorialiser quasi complètement ; les principales composantes du conglomérat Apple sont sans domiciliation aucune ; aucun devoir, aucun engagement ne les lie en aucun lieu à une véritable communauté de citoyens.

    D’autres montages juridiques ont permis aux individus les plus fortunés de convertir les droits qui sont les leurs en tant que personnes physiques en ceux, bien plus étendus, dont bénéficient les personnes morales. Le principe démocratique du suffrage universel a de fait été dévoyé en celui d’un suffrage censitaire.

    1. Medellín, le 6 octobre 2021

      @Paul Jorion

      Malheureusement, cher Paul, c’est plus grave que vous, ou M. Attali, le presentiez.

      Et ce n’est que la partie émergée d’un énorme iceberg.

      Ouvertement, sans aucun sentiment de honte, sans retenue.

      Le double sandwich: Pays-Bas // Irlande.

      Un système raffiné, élaboré consciemment avec tout le support nécessaire des pouvoirs ¨publiques¨ aux Pays-Bas et en Irlande.

      Et aissi les deux adresses à Amsterdam et à Cork sont bien connues.

      Apple.

      Un club, parfois, aussi ici au BLOG, admiré sans réflection critique, aveuglement.

      Je vous invite de lire.

      https://www.offshoreaffairs.com/post/double-irish-dutch-sandwich-tax-avoidance-explained

      https://www.engadget.com/apple-ireland-tax-eu-092712520.html

      https://www.investopedia.com/terms/d/double-irish-with-a-dutch-sandwich.asp

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  9. Pierre Clastres et certaines tribus avaient vu juste ou avaient eu la bonne intuition : le pouvoir livré à lui même (cf le libre échange quand les échangeurs ne sont pas à égalité ) ne produit qu’une seule chose, la destruction de la société. L’effondrement climatique par le pillage du bien commun au profit de quelques uns , l’effondrement social par l’exploitation létale d’une partie de la population mondiale, l’effondrement politique par un élitisme hors sol et reproduit dans le vase clôt des grandes écoles, un effondrement culturel qui fait de la culture soit un objet de commerce et de spéculation, soit un argument identitaire pour justifier le maintien des inégalités.
    Ben alors, il nous reste quoi ?

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    1. @ Pascal

      Il nous reste la raison, la capacité à créer un autre monde et celle de dépasser l’interprétation univoque ou régressive de ce monde-ci que certains se complaisent à en faire.

      Il nous reste à nous coordonner pour balayer aux prochaines élections françaises de 2022, les candidats hautement nuisibles et dangereux ; ceux qui nous gouvernent et ceux qui ont remis la chemise noire en s’imaginant remonter le temps, avant 1945.

      Nous avons beaucoup de choses à faire d’ici six mois et nous avons toutes les ressources pour bien agir.

      1. Désolé Hervé, ça fait 40 ans que j’entends cette chanson là. 40 ans que Yves Montand a poussé la chansonnette de la Crise
        https://m.youtube.com/watch?v=opxo-AHhBDQ
        Je ne joue plus et vous irez voter sans moi.
        La capacité de créer un autre monde ? La voix de Susan Georges est devenue inaudible, noyée sous le marketing politique et la logorrhée médiatique.
        « Nous avons toutes les ressources pour bien agir », dites vous. De quelles ressources parlez vous ? de combien de millions d’€ disposez vous ? De combien de médias derrière vous ? De combien de troupes ? Mon cher Ben Hur Marcel
        https://m.youtube.com/watch?v=KV1_uApdbus
        Je crois sincèrement qu’il y a des choses à faire mais pas de ce côté là.

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  10. Comment comprendre le « désir de fraude » chez les politiciens (ou chefs d’entreprise), alors que matériellement il n’y a pas de besoin matériel à combler ?

    Le roi de Jordanie, par exemple, n’a aucun besoin matériel non pourvu. Alors pourquoi frauder, mentir, risquer de se faire attraper, dépenser de l’énergie à frauder, au lieu de payer sagement ses impôts, sans que cela n’aie de conséquence ni sur son niveau de vie ni sur celui de ses descendants ?

    1.  » Il y a pire que de mentir aux autres , c’est de se mentir à soi même » .

      N’attribuer la « fraude » qu’aux politiciens ou aux chefs d’entreprises , c’est un peu « frauder » soi même .

      En quoi frauder pour obtenir un vrai faux pass sanitaire est il moins  » honteux  » que de frauder le fisc ?

      1. Si enfant je volais des sucreries et des gâteaux quand je rentrais dans une grande surface alors qu’il y avait du chocolat dans les placards de la maison, je peux donner du sens à ce geste en le reliant à l’absence de douceur, effective et affective, à la maison.

        C’est le sens de la fraude fiscale des très riches, qui semble de premier abord inutile, que j’interroge.

    2. Mais dans des cas comme celui du roi de Jordanie, ce n’est pas de la fraude : c’est de la simple concentration de la richesse par des potentats. La différence entre ces Pandora Papers et les fuites précédentes, c’est que ce sont le capitalisme et la logique du profit dans un contexte de rapport de forces, dans leur fonctionnement ordinaire, qui sont cette fois mis en cause.

      Ce Consortium International des Journalistes d’Investigation est-il conscient du glissement qui a eu lieu ? Je ne connais pas la réponse. Y aura-t-il des défections parmi les organes de presse correspondants du consortium ? A titre informatif, à l’époque où j’étais chroniqueur au Monde, je me serais fait rappeler à l’ordre d’être « un peu moins trotskyste svp » pour avoir tenu des propos beaucoup plus modérés que ce qu’on lit ces jours-ci à la une du Monde dans les articles relatifs aux Pandora Papers. La ligne politique timorée du journal (voir la critique mordante récente de Lordon) tolèrera-t-elle le glissement anticapitaliste implicite à la divulgation des Pandora Papers ?

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      1. Je comprends que le roi de Jordanie n’est pas un bon exemple pour illustrer ma question.

        Gérard Autajon (https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9rard_Autajon), alors qu’il est classé dans les « 500 plus grandes fortunes de France » prend le risque de dissimuler en Suisse 22 millions d’euros. Suite aux révélations des Panama Papers en 2016, il ramasse un an de prison, 2 millions d’amende, un redressement fiscal et une page Wikipédia qui l’implique, lui et sa famille, dans le scandale des Panama Papers.

        Existe-t-il une lecture psychanalytique qui permette de donner du sens à la fraude fiscale quand son bénéficiaire est déjà très riche ?

        1. Sigmund Freud, Sur les transformations des pulsions, particulièrement dans l’érotisme anal (1917)

          Que l’avarice, la méticulosité et l’obstination aient toutes trois leurs sources instinctives dans l’érotisme anal — ou, pour m’exprimer plus prudemment et plus complètement, qu’elles tirent des éléments importants de cet érotisme —, c’est une conception qui a été partout admise, osé‑je croire. Les cas auxquels l’association de ces trois traits de caractère conféraient un aspect particulier (formant le « caractère anal ») n’étaient que des exemples extrêmes qui laissaient deviner, même à une observation superficielle, la relation ci‑dessus indiquée.

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  11. Une déclaration de Hu Xijing, le rédacteur en chef du Global Times (un journal très proche du PCC) :

    « Mon instinct me dit que derrière la publication de ces documents, il y a l’implication des agences de renseignement des États-Unis et de l’Occident. »

    Et aussi :

    « Ils créent de nouveaux outils pour leur intervention politique dans les pays en développement »

    Cela aurait un rapport avec les contrats impliquant la Chine-PCC en Afrique (où l’on compte un certain nombre de noms dans les Pandora Papers) que je ne serais pas étonné. A moins qu’il s’agisse d’anticiper de futures révélations concernant des dignitaires du régime chinois.

    https://news-24.fr/pandora-papers-nest-quun-autre-outil-pour-que-loccident-interfere-dans-les-pays-en-developpement-selon-le-patron-des-medias-detat-chinois/

  12. Medellín, le 6 octobre 2021

    Aujourd´hui le Grand Esprit est avec nous. Un article très important publié dans le NRC Handelsblad, escrit par Paul Tang, membre critique, et pour cette raison méprisé par pas mal des gens, du PvdA, le parti socialdémocrate des Pays-Bas qui a produit (et éjecté) a Eveline Herfkens, Dijsselbloem etc, mais aui a aussi produit des géants comme Jan Tinbergen, Jan Pronk, et, alors, Paul Tang, membre du Parlement Européen, et président de sa commission permanente fiscale.

    Je donne la parole a lui, un grand merci a Gereon Frahling (Köln).

    quote

    L’émission Pandora Papers montre : L’approche européenne des paradis fiscaux est une imposture

    Révélations

    Tant que l’Union européenne fermera les yeux sur l’évasion fiscale, les paradis fiscaux ne changeront guère, écrit Paul Tang.

    source: https://www.nrc.nl/nieuws/2021/10/04/pandora-papers-laten-zien-europese-aanpak-belastingparadijzen-is-een-wassen-neus-a4060614#/handelsblad/2021/10/06/#118

    Avec un nouveau chef-d’œuvre de journalisme d’investigation, cette fois intitulé Pandora Papers, le collectif de journalistes de l’ICIJ expose ce qui devait rester caché. Dans un monde financier crépusculaire, les mondes supérieurs et inférieurs convergent : célébrités, politiciens et banquiers se retrouvent en compagnie de mafieux et d’escrocs qui utilisent des services pour dissimuler leurs intérêts financiers, échapper aux impôts ou blanchir l’argent du crime. Pour l’Europe et les Pays-Bas, ces révélations sont une preuve supplémentaire de l’incapacité à lutter efficacement contre l’évasion fiscale.

    Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le roi de Jordanie a acheté des maisons d’une valeur de 100 millions de dollars ; le président azerbaïdjanais 400 millions de dollars ; le Premier ministre tchèque Andrej Babis a acheté une maison à Cannes avec un cinéma et deux piscines pour 23 millions de dollars. Toutes ces personnes utilisent des sociétés boîtes aux lettres dans des paradis fiscaux pour dissimuler leur identité et échapper à l’impôt. Ils utilisent des lieux exotiques comme les îles Vierges britanniques et les Seychelles, mais le Dakota du Sud, l’Alaska et Chypre sont également populaires. Le président chypriote Anastasiades a même fait fortune en créant un cabinet d’avocats dédié aux désirs d’évasion et de blanchiment d’argent des riches Russes. Les hommes politiques se retrouvent ainsi côte à côte avec des criminels connus tels que le chef de la mafia Raffaele Amato et l’escroc en fuite Jho Low. Ensemble, ils opèrent dans un circuit de l’ombre où la différence entre ce qui est légal et ce qui ne l’est pas disparaît de la vue. La création d’entreprises de boîtes aux lettres est ainsi devenue une activité qui relie la haute et la basse société.

    Le rôle pivot des Pays-Bas

    Et c’est un problème. Car que dire lorsque Wopke Hoekstra, en tant que ministre [[des Finances jl]] sortant responsable en dernier ressort de la lutte contre l’évasion fiscale, et Tom de Swaan, le grand banquier qui devrait réformer ABN Amro après de graves scandales de blanchiment d’argent, investissent ensemble dans une société de boîtes aux lettres dans les îles Vierges britanniques ? Peut-on leur faire confiance pour apprécier la gravité du problème et mettre fin au rôle central des Pays-Bas dans l’évasion fiscale internationale ?

    Il est temps de changer. Après une série de scandales tels que LuxLeaks et les Paradise et Panama Papers, l’Europe a pris des mesures pour lutter contre l’évasion fiscale. Elle a adopté des lois visant à rendre les structures fiscales plus transparentes et a dressé une liste noire des plus grands paradis fiscaux. Mais les Papiers de Pandore les démasquent comme un simple palliatif. Sur la liste européenne des paradis fiscaux, il n’y a guère de paradis fiscal. Les ministres européens des finances, sous pression politique, n’osent pas passer les États-Unis au crible, par exemple, et se contentent de changements cosmétiques dans les îles Vierges britanniques et les îles Caïmans, entre autres, pour que ces pays ne figurent pas sur la liste des paradis fiscaux. Ces révélations ont également jeté un froid sur le projet des ministres des finances européens de retirer les Seychelles de la liste aujourd’hui. Ce royaume insulaire figurait en bonne place dans les papiers de Pandora. En particulier pour Hoekstra, la réunion promet d’être inconfortable, maintenant que sa crédibilité est sous pression. Peut-être pourra-t-il parer les regards méprisants de ses collègues en proposant un plan visant à renforcer considérablement la liste et la méthode qui la sous-tend. Le Parlement européen a déjà une proposition prête pour lui avec les ajustements nécessaires.

    Nettoyage avec un robinet ouvert

    Dans le même temps, l’Europe n’a pas encore réussi à mettre de l’ordre dans ses affaires. Les sociétés de boîtes aux lettres restent solidement implantées – à Chypre, à Malte, aux Pays-Bas et au Luxembourg, entre autres. Tant que les sociétés anonymes peuvent rester propriétaires de sommes importantes, et tant que les dividendes et les redevances peuvent disparaître en franchise d’impôt via les Pays-Bas et Malte vers des pays qui n’appliquent pas d’impôt effectif sur les bénéfices, les obligations de déclaration et l’amélioration de l’échange d’informations entre les services fiscaux européens constituent un véritable casse-tête. Quelle est l’efficacité de ces mesures si l’évasion fiscale est toujours tolérée ?

    Les changements nécessaires sont donc clairs : une liste européenne plus stricte des paradis fiscaux, la fin des sociétés « boîtes aux lettres » et des règles plus strictes pour empêcher l’évasion fiscale via l’UE. Mais maintenant que les « Pandora Papers » ont donné un visage à l’évasion fiscale, on comprend mieux pourquoi les changements nécessaires prennent autant de temps. Avec le Néerlandais Hoekstra, le Tchèque Babis et le Président chypriote Anastasiades, il y a déjà trois décideurs importants qui ont au moins l’apparence d’être contre eux-mêmes. Il n’est pas agréable de figurer sur cette liste, et cela n’aide pas les efforts des Pays-Bas pour se débarrasser de l’image de paradis fiscal.

    Mais les Papiers de Pandore offrent également aux Pays-Bas une nouvelle chance de cesser d’être le « cœur pourri de l’Europe », comme l’a écrit Roberto Saviano dans le NRC cette année. En menant une enquête approfondie et à grande échelle sur le rôle des Pays-Bas dans le circuit international de l’ombre, le gouvernement peut montrer que les Pays-Bas sont sérieux dans leur volonté d’éradiquer le blanchiment d’argent et l’évasion fiscale.

    unquote

    Sur Paul Tang:
    Paul Tang est membre du Parlement européen (PvdA) et président de la commission parlementaire sur la fiscalité (FISC).

    https://twitter.com/paultang?ref_src=twsrc%5Egoogle%7Ctwcamp%5Eserp%7Ctwgr%5Eauthor

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  13. « Que sont les papiers Pandora ?
    Il y a des courriels, des notes de service, des dossiers d’incorporation, des certificats d’actions, des rapports de conformité et des diagrammes complexes montrant des structures d’entreprise labyrinthiques. Souvent, ils permettent d’identifier pour la première fois les véritables propriétaires de sociétés écrans opaques. »

    https://histoireetsociete.com/2021/10/04/the-guardian-pandora-papers/

    Bonne lecture

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  14. Contre-feu ou souci réel..? :
    https://www.rtbf.be/info/economie/detail_taxation-des-multinationales-accord-a-136-pays-avec-un-taux-fixe-a-15?id=10856952

    …  » Cent trente-six pays se sont accordés pour imposer une taxation minimale à 15% sur les multinationales, a annoncé vendredi l’OCDE, après les ralliements de l’Irlande, l’Estonie et de la Hongrie. …(…)…
    Le Kenya, le Nigeria, et le Sri Lanka, associés aux négociations qui comprenaient 140 pays, ne font pas partie des pays signataires. Le Pakistan, pourtant inscrit dans une précédente liste de pays signataires, ne figure plus non plus dans celle de vendredi
    « …

  15. Concernant Paul, je serais tenté de dire : nul n’est prophète en son pays. Je suis venu vivre au pied des montagnes et c’est toujours un plaisir pour moi de les voir chaque matin mais pour beaucoup de gens nés ici, ils ne les voientreprises même plus. Depuis que je me suis mis à la méditation et à bidouiller pour moi des petites techniques issues du yoga, je parviens progressivement à faire ce que Gurdjiev appelait « le rappel de soi » qui me permet (entre autre) de redecouvrir mon environnement quotidien. Et en même temps dans mon métier, je suis avec des enfants de 5 à 6 ans qui me disaient consterné encore cette semaine :  » de la viande, c’est des animaux ? Beuh ! »
    Nous sommes tous persuadés de vivre dans le réel alors que nous ne cessons de vivre dans nos pensées, contraints entre notre mémoire et nos projets, alors que nous ne cessons de regarder la vie de plus en plus à travers un écran (combien de temps y passons nous chaque jour ? ), ce qui permet à mon fils en école d’ingénieur en informatique de me dire : « mais les écrans c’est aussi la réalité « .
    Le capitalisme est une idée, rien d’autre et n’existe que dans le cerveau des humains. La réalité pour les espèces qui disparaissent, elles ne subissent pas les conséquences du capitalisme mais uniquement les conséquences des activités humaines.
    Le bug, au delà du capitalisme, ne vient-il pas de notre rapport au réel ?
    Les montagnards ont une relation bien concrète au réel parce que leur vie est directement concernée par l’environnement direct : la chute de pierres, l’orage, la roche glissante. ..
    Le citadin qui sort de chez lui pour s’engouffrer dans sa voiture ou le métro jusqu’à son bureau climatisé et passe de l’écran de son smartphone à celui du gps pour finir devant son ordinateur avant de revenir le soir devant sa télé, quel rapport garde t il au réel ?
    J’ai réappris à sentir le parfum des fleurs sur le chemin qui me conduit à la boulangerie, le rythme de ma respiration, j’essaie de réapprendre à être pleinement présent en face d’une autre personne. C’est un travail que de véritablement être en relation avec le réel de mon environnement après avoir passé plus de 50 ans enfermé dans mes pensées.
    Il y a peut être une piste de transformation de ce côté là ?

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