Le Prix – à paraître en septembre

Le Prix paraîtra donc en septembre aux Éditions du Croquant, qui ont déjà publié La crise du capitalisme américain. C’est Jan Bruegel qui nous prêtera son Grand marché aux poissons pour la couverture. Voici aussi le texte de la quatrième de couverture.

Surpris par la manière dont les prix se déterminent dans la pêche artisanale en Bretagne et en Afrique, Paul Jorion voulut en avoir le cœur net : le prix se fixe-t-il bien comme on le prétend par la rencontre de l’offre et de la demande ? Ce qu’il découvrit est surprenant : le prix se détermine selon le rapport de force existant entre le groupe des vendeurs et celui des acheteurs, qui se définit à son tour en fonction de la rareté relative de chacun de ceux-ci à l’intérieur du groupe auquel il appartient. La froide logique de l’offre et de la demande s’efface derrière les rapports humains et une image émerge : celle d’un cadre sociopolitique qui trouve dans les prix le moyen de se reproduire à l’identique. Statut social, degré de concurrence de chacun au sein de son groupe, risque que chacun fait subir à sa contrepartie dans une transaction commerciale étalée dans le temps, tout cela s’équivaut en réalité au sein d’une équation complexe.

La théorie de la formation des prix qui se dégage est à la fois neuve et ancienne : c’est celle énoncée autrefois par Aristote. Son domaine de validité ne se restreint pas aux marchés traditionnels puisque sa logique se retrouve intacte sur les marchés financiers contemporains : de la notation des consommateurs pour leur risque de crédit aux métamorphoses du métayage sur le marché des options et des swaps.

Paul Jorion expose dans ce livre comment s’est constituée au fil des années – en Europe, en Afrique et en Amérique – la boîte à outils qui lui a permis d’être l’un des tous premiers à annoncer la crise financière et économique et à l’analyser.

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Faut-il aider les pays en développement à stabiliser les prix des produits alimentaires ? par Franck Galtier

Billet invité.

Il y a encore trois ans, cette question aurait semblé absurde. Depuis la fin des années 80, on savait – ou on croyait savoir – que la stabilisation des prix n’était pas une bonne idée. David Newbery et Joseph Stiglitz l’avaient démontré dès 1981 dans un livre, qui reste aujourd’hui encore une référence majeure. Les faits semblaient confirmer la théorie puisque, au cours des années suivantes, les dispositifs de stabilisation des prix internationaux des matières premières étaient abandonnés.

Selon la doctrine alors en vigueur, la stabilisation des prix présenterait deux défauts majeurs. D’une part, elle empêcherait les prix de jouer leur rôle de signal informant producteurs, commerçants et consommateurs sur la rareté des biens, guidant ainsi leurs comportements de production et d’échange. D’autre part, en déconnectant l’évolution des prix de celle de la production, elle priverait les producteurs de la compensation du risque-récolte par le risque-prix (quand les récoltes sont mauvaises les prix sont élevés).

La solution au problème de l’instabilité des prix agricoles a donc été recherchée dans les instruments privés de couverture des risques (marchés à terme, options), dont certains prédisaient un développement sans précédent. S’agissant des produits alimentaires dans les pays en développement, le dispositif était complété par l’aide d’urgence, déclenchée en période de crise et ciblée vers les populations vulnérables.

Cette doctrine semblait tellement bien établie que le thème de la stabilisation des prix a été abandonné par la recherche pendant plus de 20 ans. Aujourd’hui, elle est pourtant remise en question.

En effet, le boom attendu des instruments de couverture des risques ne s’est pas produit, malgré les initiatives visant à en promouvoir l’utilisation par les producteurs et les commerçants.

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« Séismes et bulles financières : quelle prévision ? », débat avec Didier Sornette

Je vous ai signalé dans « Paroles de chercheurs », le 25 novembre 2009, le débat auquel j’ai participé mercredi dernier à Paris sur le thème « Séismes et bulles financières : quelle prévision ? ». Débat organisé par l’Institut des Hautes Études pour la Science et la Technologie, et qui m’opposait à Didier Sornette, Professeur à l’Institut Polytechnique de Zurich, chaire des Risques entrepreneuriaux, professeur de physique et de géophysique, auteur de « Why Stock Markets Crash » (2003).

Le débat est désormais en ligne ici. J’y ai l’occasion de parler de

* « Raisons » et « causes » : que pense un individu dont une « loi physique » rend compte du comportement ?

* Nous sommes des particules d’un type très spécial puisque nous pouvons formuler et faire appliquer des règles qui modifieront notre comportement.

* « Interdire les paris sur les fluctuations des prix ».

* Etc.

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Les entretiens d’Auxerre 2009 : « L’argent », du 5 au 7 novembre

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Je participe donc aux entretiens d’Auxerre sur le thème de l’argent, présidés par Michel Wieviorka, qui se terminent ce soir dans la ville ancienne du même nom.

Hier, la journée avait commencé par ma présence comme invité, de 7h00 à 8h30, sur France Bleu – Auxerre. J’ai eu le sentiment que ça se passait très bien durant l’émission, et j’en ai eu la confirmation durant la journée, venant de la part de plusieurs personnes qui avaient eu l’occasion de l’écouter. Particulièrement appréciée apparemment mon évocation de « Se réveiller un matin dans un monde sans argent ».

Ce sont deux dames jusqu’ici dont les interventions m’ont particulièrement impressionné : Dominique Méda et Laurence Fontaine.

Dominique Méda est revenue sur les thèmes de son ouvrage Au-delà du PIB : Pour une autre mesure de la richesse. On se demande dès ses premières observations : « Pourquoi ne lui a-t-on pas demandé à elle ? » On se rend compte ensuite, au côté corrosif de ses remarques relatives à l’ignorance du Comité Stiglitz-Sen pour des dimensions du bien-être comme les inégalités, l’environnement, la violence, la santé et l’éducation, que les démangeaisons dues à son poil-à-gratter auraient été jugées insupportables par les autres participants. Excellente question posée par l’oratrice : « Pourquoi ne pas avoir ouvert le débat ? »

Laurence Fontaine, elle, a approfondi quelques-uns des thèmes de son L’économie morale : Pauvreté, crédit et confiance dans l’Europe préindustrielle, en particulier, sur les rapports respectifs de l’aristocratie et du petit peuple avec l’argent, et surtout, sur la formation du prix entre acheteur et vendeur dans les transactions où ces « états » sont impliqués. J’ai entendu là de fort belles illustrations – empruntées à des récits d’époque – du modèle aristotélicien de la formation des prix selon le statut réciproque, principe que l’on peut résumer ainsi : le riche paie peu ou pas du tout, le pauvre paie le prix fort.

A noter encore, les « définitions des mots de la crise » présentées par Philippe Frémeaux d’Alternatives Économiques, toutes irréprochables sur le plan technique, présentées cependant dans différents styles allant du sérieux à la boutade, en passant par la charge politique, un mélange des genres qui provoqua plus d’un regard interloqué entre membres du public.

Quant à ma propre présentation sur le thème : « Qu’est-ce que l’argent ? », elle fut très bien reçue. Je ne m’avance pas à la légère : je le sais par la douzaine de personnes qui vinrent ensuite m’en assurer ; je le sais aussi par un événement tout à fait inhabituel – et je dois bien le dire, inouï pour moi – le fait que toutes mes interventions de la salle par la suite furent ponctuées par des applaudissements nourris. Enfin, la pile de « L’argent, mode d’emploi », impressionnante sur la table du libraire dans l’entrée avant mon intervention, fut tout aussitôt épuisée.

Je vous signale aussi la rencontre avec un fan enthousiaste et anonyme du blog, et sur le même registre, parmi les intervenants, Paul Soriano, le rédacteur en chef de la revue Médium en qui vous pourrez trouver un connaisseur érudit et incollable du blog de Paul Jorion.

Enfin, à ne pas rater si vous passez par Auxerre, l’exposition qui se tient au Musée-Abbaye Saint-Germain, sur le thème de l’affiche politique française consacrée à l’impôt et qui présente une impressionnante collection d’affiches, du début du XIXe siècle à Charlie-Hebdo. Deux découvertes pour moi : certaines affiches datant de 1910 pourraient servir d’illustration à mes billets, sans qu’on doive en modifier en rien le texte, aussi : que certaines affiches du parti communiste représentaient vraiment un bolchévique vengeur, un couteau entre les dents !

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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S’adapter ou disparaître… par Candide

Billet invité.

S’ADAPTER OU DISPARAITRE

Traducteur indépendant (et donc ayant le statut de profession libérale) depuis 1993, c’est au quotidien que je ressens, depuis mon établissement en freelance, que la fixation d’un prix dépend du rapport de force entre l’acheteur et le vendeur.

J’en veux pour preuve le mail ci-dessous, que j’ai reçu hier soir de l’un de mes gros clients et qui constitue le point d’orgue (sans doute provisoire) d’un mauvais feuilleton (hélas sûrement banal de nos jours) qui dure depuis des mois. Il a été envoyé par la responsable du bureau français d’une agence de traduction américaine que j’appellerai « YYY » (qui est basée dans une ville que j’appellerai « US-CITY »). Ce bureau français travaille exclusivement pour la filiale française d’une « blue chip » (c’est le cas de le dire) que j’appellerai « XXX »…

Voici le mail :

Bonsoir à toutes et tous,

Comme certains d’entre vous le savent probablement depuis un moment, XXX a lancé au début du printemps un appel d’offre pour la traduction de ses projets. Cet appel d’offre était effectué au niveau mondial et les sociétés devaient répondre pour plusieurs langues (je n’ai jamais eu beaucoup de détails à vrai dire, tout a été réalisé à US-CITY par le management de YYY). XXX souhaitait en effet confier la traduction de ses projets à un groupe très restreint de sous-traitants (moins de 5 au niveau mondial).

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Constitution pour l’économie : soutenir la démarche, l’alimenter, la diffuser, par Jean-Pierre Castel

Billet invité. Il m’arrive de temps à autres de vouloir donner une visibilité particulière à l’un de vos commentaires pour faciliter un débat plus général, c’est le cas de celui-ci.

Bonjour, je découvre ce blog, extrêmement riche, et m’excuse à l’avance de ne pas avoir (encore) lu tout ce que Paul Jorion a écrit sur la formation des prix.

Si je me permets de résumer ma compréhension de la proposition de Paul Jorion, ce serait d’interdire les marchés secondaires sur les marchés à terme de commodités, au motif que ces marchés secondaires faussent la détermination du signal prix, signal indispensable à la bonne marche de tout système économique.

Je suis très sensible à cet argument, d’autant que cette question va trouver une nouvelle actualité dans le cadre des marchés du CO2. Ceux-ci ont pour finalité de produire un signal prix du CO2 de nature à motiver les émetteurs de CO2 à réduire leurs émissions. Or à cet effet ils devront engager des investissements, donc avoir une vue raisonnable du prix moyen futur de la tonne de CO2. Comment espérer que des systèmes de Cap and Trade comme celui de l’ETS européen ou celui envisagé aujourd’hui aux USA, systèmes où l’offre est fixée par les gouvernements, ex ante, suivant des critères incluant prévisions, choix politiques, marchandages opaques, et une demande qui elle sera fonction de la conjoncture en temps réel, systèmes sur lesquels se greffent déjà en Europe des marchés à terme et des marchés secondaires, systèmes régionaux sans coordination internationale, puissent fournir un tel signal ?

Or ce marché du CO2 risque de devenir le plus important marché de commodités, certains caressent même l’idée de faire du CO2 le nouvel étalon monétaire ! Mais personne ne semble mettre en garde contre le fait que ce signal prix sera hautement volatile et imprévisible, donc inexploitable pour la finalité prévue, à savoir justifier les investissements nécessaires pour réduire les émissions de CO2.

Je reviens à la proposition de Paul Jorion, pour souligner qu’aujourd’hui (comme je l’ai fait remarquer par ailleurs sur ce blog) l’affirmation selon laquelle les marchés secondaires faussent le signal prix, que je crois pour ma part vraie, reste une position marginale, contestée par l’establishment non seulement financier, mais aussi universitaire (voir d’ailleurs certaines réactions sur ce blog, ainsi que la position de personnalités comme J. Attali).

La première étape ne devrait-elle pas consister à faire de la pédagogie sur cette question, à la démontrer, à l’illustrer, à l’évaluer (j’ai cité un cabinet qui fait ce travail de façon très claire sur les métaux du LME), et à répondre aux objections ? Bref montrer la pertinence du diagnostic et chiffrer les effets induits, en vue de convaincre ?

Ensuite l’interdiction des marchés secondaires est-elle la seule parade ? Une telle mesure a-t-elle des précédents ? Il me semble que ce sont uniquement les « indexed funds », les nouveaux supports mis en place depuis 2004/2005 sur la base des indices de matières premières publiés par les grandes banques d’investissement, et les « long only investors » qui les utilisent, qui, par leur montée en puissance depuis 2006/2007, ont déréglé le signal prix, alimenté leur flambée d’avant la crise, et sans doute leur reprise depuis mars 2009.

N’y aurait-il pas un moyen plus ciblé d’interdire ces seules pratiques ? Par ailleurs l’un des risques d’une telle idée est qu’elle ne contribue à entretenir une illusion, celle qui consiste à croire que la volatilité des prix des commodités peut être jugulée. Même s’il est vrai que les « long only investors » ont accru cette volatilité, ils n’en sont pas, et de loin, la seule cause. Toutes les tentatives précédentes de stabilisation des cours des matières première, par le biais des stocks stratégiques, ont échoué. Et j’imagine que la mondialisation, l’intervention de nouveaux acteurs comme la Chine, l’Inde, la Russie, ne peut contribuer à la croissance de la volatilité. Paul Jorion, qui a beaucoup réfléchi aux mécanismes de formation des prix, a sûrement une vue très aiguisée sur la question.

Or cette volatilité des prix est une gêne croissante à la prise de décisions rationnelles. A ce titre elle a participé au passage de l’économie des trente glorieuses, où le long terme orientait les décisions industrielles, à notre économie à court terme dirigée par le casino des marchés financiers. La proposition de Paul Jorion ne vise qu’à donner un exemple d’article de la constitution économique qu’il appelle de ses vœux. L’un des objectifs majeurs de cette nouvelle constitution ne devrait-il pas être un équilibre sain entre long terme et court terme dans les prises de décision ? De ce point de vue, l’interdiction des marchés secondaires est-elle l’exemple le plus pédagogique, ou n’y aurait-il pas d’autres mesures plus parlantes pour le public non spécialisé, voire plus ambitieuses, pour s’attaquer à cette dérive court termiste ?

Paul Jorion cite par exemple, si j’ai bien compris sa réponse à ma question d’hier, le retour à un meilleur équilibre entre taxation des dividendes et des plus-values. L’idée ambitieuse d’une constitution pour l’économie et des propositions courageuses pour s’attaquer aux causes racines des dérives actuelles sont les initiatives dont nous avons de toute évidence le plus grand besoin. Il faut donc soutenir la démarche, l’alimenter, la diffuser.

Mon propos ci-dessus vise seulement à insister sur l’immense effort de pédagogie que cela nécessitera. Je suis sûr que Paul Jorion connaît des forums de qualité, pourvus de moyens et d’influence, et qui pourraient peut-être contribuer à cet effort de validation et de diffusion. Je cite, au gré de mes fortunes sur internet :

– le Glasshouse Forum (exemple de publication : Short-termism in the long run).

– l’Institut Aspen : (exemple de publication : The Aspen Principles: a better way forward: a critical mass of ‘strange bedfellows’ came to market in 2007 with a plan to reverse the destructive pull of short-termism (SHAREHOLDER VALUE))

Merci à Paul Jorion pour votre indulgence par rapport à ces propos : merci en particulier de prendre mes affirmations pour des questions, et mes erreurs de jugement pour un appel à des compétences telles que les vôtres.

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