Archives par mot-clé : formation des prix

UN COMPTE-RENDU DE « LE PRIX » PAR GUILLAUME ARNOULD

Dans Liens Socio, un compte-rendu de Le prix

Cet ouvrage est original à plus d’un titre. Il est emblématique de ce qu’il est convenu d’appeler la « socio-économie » dont les travaux cherchent à étudier les problèmes économiques (richesse, production, travail …) sans négliger le contexte social et historique dans lesquels ils apparaissent et se développent. On peut d’ailleurs saluer la collection qui abrite le livre de Paul Jorion et s’inscrit dans ce cadre : « dynamiques socio-économiques ».

Mais l’originalité n’est pas tant dans l’ancrage théorique de l’œuvre que dans la personnalité de l’auteur : Paul Jorion est un chercheur difficile à classer car il a de nombreux centres d’intérêts et qu’il a également une expérience professionnelle très riche. Ainsi dans Le Prix le lecteur passera de manière très cohérente et structurée dans plusieurs univers : la philosophie économique, la pêche ou les marchés financiers. Le fil conducteur de l’ouvrage est un retour sur une des questions les plus fondamentales de l’économie politique : comment se forme le prix dans un mécanisme d’échange.

La suite se trouve ici.

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A PROPOS DE « LE PRIX » : LIBERTE-EGALITE-FRATERNITE / GRATUITE, par Jean-Luce Morlie

Billet invité.

– Liberté-Egalité-Fraternité – cette utopie, pourtant structurante, échoue à pacifier les rapports sociaux et plus encore, les notions qui y sont évoquées s’opposent les unes aux autres, s’annulent par la séparation de leurs usages ! La solution d’Attali (1) consistait à réécrire « Libertés–Egalités… » , leur pluriel résultant de la multiplication de chacune par l’opérateur moral de fraternité. De fait, l’emploi unilatéral, de « LA liberté » ou de « Légalité », aligne souvent les claquements de bottes et couvre le sable de sang au seul profit d’un renouveau des hiérarchies ; « La fraternité » seule, livrée à elle-même, conduit, sans forcer, au pourrissement des phalanstères.

§

Les temps sont durs, devant la sauvagerie qui vient, Paul Jorion propose d’élargir le mouvement constitutionnaliste des 17e et 18e à la sphère économique. Son dernier ouvrage – Le Prix (2) – permet de comprendre la stérilisation de la devise de la République par l’économie. Reprenons Le Prix à la volée. Pour rendre compte des prix, la science économique refoule l’explication du prix établie empiriquement par Aristote laquelle a pourtant été, de nos jours, vérifiée par l’auteur, non seulement sur les marchés de pêcheries traditionnelles en France comme en Afrique, mais aussi au travers de dispositifs « informatisés » de trading sophistiqués. La redécouverte est simple : les modernes ne tiennent pas compte de l’inégalité des statuts des groupes sociaux auxquels appartiennent les partenaires de l’échange établissant le prix, or ce sont précisément ces rapports statutaires qui règlent, de fait, la formation des prix à proportion de leur différence de positionnement dans l’échelle sociale. Pour Aristote déjà, l’« heure de savetier » ne vaut pas l’« heure de l’avocat », la quantité fixée par « le prix à l’heure » renvoie à la qualité des échangistes. En Grèce antique, les groupes sociaux sont fixés dans la Loi, le rapport de force est stable, connu de tous. Pour nos sociétés modernes, le rapport de force entre groupes fluctue quelque peu certes, mais le fait est que le prix ne s’établit pas sur la rencontre de quantités d’offre et de demande de marchandise. Tout au contraire, l’ajustement du prix se fait à partir d’un calcul sous-jacent des risques de marchés liés aux positions sociales des parties, chacune évaluant la position sociale de l’autre. Dès lors, tout est dit : la science économique (comme le blabla qui y est associé au vingt-heures), sert de faux nez aux jeux de la domination entre groupes. Nous le savions déjà, mais le démontage précis du réveil peut aider à remonter une meilleure mécanique. Que propose Jorion ? D’abord, quelques mesures radicales, destinées à calmer la machine entrée en phase de « déglingue explosive ». Soit, et selon les niveaux de structure, le déplacement massif des revenus vers le travail, l’interdiction totale des paris sur les fluctuations des prix, et, entre nations, l’utilisation d’un équivalent du Bancor de Keynes, ces mesures n’étant à attendre que d’un reste de philia dont l’humanité serait encore pourvue. Déjà que ce n’est pas « gagné », alors au-delà ?

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Le temps qu’il fait, le 29 octobre 2010

La psychanalyse
Principes des systèmes intelligents (Masson 1990)
Le mystère de la chambre chinoise

Le prix (Le Croquant 2010)
• Le mécanisme de la formation des prix
• Les interactions entre classes sociales et les interactions à l’intérieur d’une classe sociale
• Karl Marx

Les systèmes de retraites
• Répartition et capitalisation
• Comment il faudrait repenser la question

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Le prix, demain en librairie

Mon livre « Le prix » (Éditions du Croquant) sort en librairie demain. Il s’agit, comme Comment la vérité et la réalité furent inventées (Gallimard 2009), d’un livre de longue haleine : il contient mes observations sur la formation de prix récoltées sur une période de trente-six ans dans les criées bretonnes, sur les marchés improvisés des plages africaines, dans les salles de marché des banques européennes et américaines. C’est donc un livre d’anthropologue. J’ai l’habitude de dire : « Je ne suis pas économiste », ici, j’ai dépassé cette perspective négative : je suis allé sur le terrain des économistes et j’ai dit : « La théorie des prix qui vous manque : la voici ! ». Il y a un an exactement, à Arc et Senans, un économiste assez agacé s’est précipité au tableau noir, a tracé deux courbes se croisant et a dit, se tournant vers la salle : « La formation des prix, c’est pourtant simple : là où l’offre et la demande se rencontrent ! » C’est si simple, que ce n’est pas comme ça que ça marche. J’ai hésité à lui dire : « Vous êtes sûr ? Vous avez jamais vérifié cela sur des chiffres ? » Je ne l’ai pas fait pour deux raisons. La première, c’est qu’il s’agissait du genre d’économiste qui m’aurait simplement pris pour un fou. La seconde, c’est que je connaissais la réponse : j’avais essayé de vérifier cela sur des chiffres et le verdict était simple lui aussi : ça ne marchait pas.

Merci à Jan Bruegel d’avoir peint un splendide marché aux poissons qui fait une non moins splendide couverture. Merci à Alain Oriot d’avoir fait de tout cela, un très beau livre.

P.S. : Vous me rappelez que vous aimeriez bien l’acheter. Vous pouvez en effet le faire ici.

J’ai reproduit ici, pour vous mettre en appétit, l’introduction de « Le prix » :

La vérité et le prix

J’ai consacré un livre à Comment la vérité et la réalité furent inventées (Gallimard 2009). Cet autre ouvrage relève de l’épistémologie ou philosophie des sciences. Celui qui débute ici relève de l’économie politique ou de l’anthropologie économique. Les deux livres ne sont cependant pas sans rapport du fait que j’y applique essentiellement la même méthode. Ce qui m’autorise à le faire, c’est que les deux phénomènes, de la vérité et du prix présentent une structure identique ; la seule différence entre eux, c’est que la vérité s’exprime sur le mode du mot et le prix sur le mode du nombre. Si l’on parle de la vérité on parle du fait même de quelque chose qui fonctionne comme un prix et si l’on parle du prix on parle du fait même de quelque chose qui fonctionne comme la vérité. Il est permis de dire que le prix est la vérité des choses humaines exprimée en nombres et la vérité, le prix des choses humaines exprimé en mots.

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Vérité et réalité du marché (*), par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

Réalité incomplète du marché financier

Les tests de stress des bilans bancaires de la zone euro illustrent à la caricature les contradictions de la finance sans marché. Ils montrent d’abord que le marché financier européen n’existe pas. Bien sûr il y a liberté de circulation des biens et des services. Mais le marché n’existe pas faute de définition commune effective de ce qu’on échange. L’inconvénient est rédhibitoire en matière financière. Pour des biens et des services matériels, l’objet physique échangé exprime l’identité économique de la transaction. Une voiture est une voiture partout en Europe et même en dehors : après l’avoir achetée, elle démarre et avance une fois la clé de contact entre les mains de son propriétaire. Les normes européennes de sécurité, de performance et de maintenance améliorent la sûreté du service automobile mais ne produisent pas l’objet. En cas de litige, le juge ou l’expert d’assurance peut se prononcer sur le respect effectif des normes connaissables et accessibles. L’existence physique d’un objet marchand induit une différence matériellement limitée entre sa visibilité et sa définition normative.

En matière financière, la situation est radicalement différente. Non seulement les conséquences matérielles, physiques et directes d’une transaction sont toujours à terme, non visibles au présent, mais encore, la définition contractuelle de l’objet d’une transaction ne suffit pas à l’identifier ni à prouver son existence. La mention d’une réglementation européenne dans un contrat, quand elle est exhaustive, n’évoque qu’un élément d’une transaction. L’inscription de la propriété d’une action de capital chez un dépositaire européen soumis à une réglementation unique ne dit rien de l’entreprise sous-jacente, de ses projets, de son équipe dirigeante, de l’implication de son actionnariat, de la mesure de ses fonds propres et de son endettement. Même le prix qui fait partie de l’utilité-même du titre n’est pas identique selon les différentes possibilités de le négocier.

La différence fondamentale entre un objet financier et un objet non financier est la cause d’existence : métaphysique pour une anticipation financière et physique pour un bien ou un service comptant. Les causes d’existence d’un objet financier sont les décisions de celui qui emprunte et de celui qui prête, de celui qui établit ou constate le prix, de celui qui exécute le paiement et de celui qui assume l’écart entre la promesse d’origine et la réalisation à terme. Les réalités financières sont métaphysiques au sens où elles sont purs produits de la pensée, de la volonté et de l’ambition. Toutes les traces d’une opération financière sont artificielles, délibérément produites, jusqu’à l’échéance de l’opération qui n’implique pas nécessairement la livraison d’un objet physique. La conclusion d’une transaction financière peut être un simple règlement monétaire traduit par une écriture dans des comptes bancaires.

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La première guerre de spéculation mondiale, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

LA PREMIERE GUERRE DE SPECULATION MONDIALE

Le jeu infini de la guerre

Une guerre est une confrontation collective d’intérêts humains où les parties ne discutent pas et ne cherchent pas à se comprendre. Le gagnant impose son point de vue. Le perdant renonce à choisir. La Première Guerre mondiale était survenue sur une accumulation de désaccords à une époque où les États et les nations concevaient de régler leurs différends par les armes. Les destructions infligées à l’ennemi devaient faire émerger la loi du plus fort. Après la Deuxième Guerre, la destruction physique des souverainetés étrangères est devenue un mode accidentel de résolution des conflits. Les motifs de conflit entre lois différentes sont demeurés mais les guerres ont été circonscrites. La rationalisation des conflits a primé sur la confrontation physique.

L’idée d’imposer un jugement à l’autre contre sa liberté est néanmoins demeurée active. Confinée au terrain de l’économie, la guerre est devenue un jeu non létal. Le triomphe du capitalisme après la chute de l’idéologie communiste s’est interprétée comme l’institution mondiale de la guerre par le marché. Le jeu a été d’imposer sa loi par le contrôle du marché indépendamment de l’offre ou de la demande. L’autre n’est pas détruit mais simplement soumis par la négociation dialectique hors d’un équilibre objectif des libertés. Les intérêts sont matériellement conciliés dans un prix d’échange ; mais une partie impose son raisonnement de la valeur qui reste inaccessible à l’autre. Ce qui est bien pour l’un doit l’être moins pour l’autre afin de dégager un bénéfice. Sans définition commune a priori des critères de la valeur, l’état de guerre s’impose dans la délimitation du terrain de négociation. La spéculation de marché travaille l’asymétrie d’information pour déséquilibrer le prix au profit de celui qui a la maîtrise des termes de négociation dissociés de l’objet.

La guerre se gagne par une succession de batailles où le vainqueur a réussi à créer un rapport de force localement favorable. La spéculation financière mène la guerre par des positions de force locales. Les armes sont remplacées par l’information qui définit ce qui est négociable. Les munitions sont le crédit et le dommage infligé à l’adversaire est le risque qu’il prend malgré lui. Le combat consiste à prendre un avantage d’information qui crée un écart de crédit. Le crédit finance les anticipations financières entre prêteurs et emprunteurs. L’accord sur les critères de la valeur future entre un vendeur de temps et un acheteur de temps libère les ressources du premier au profit du second qui s’engage à les rembourser à l’échéance convenue. L’emprunteur qui parvient à être crédible attire les ressources qu’il investit dans l’anticipation des objets futurs de valeur.

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Le Prix – à paraître en septembre

Le Prix paraîtra donc en septembre aux Éditions du Croquant, qui ont déjà publié La crise du capitalisme américain. C’est Jan Bruegel qui nous prêtera son Grand marché aux poissons pour la couverture. Voici aussi le texte de la quatrième de couverture.

Surpris par la manière dont les prix se déterminent dans la pêche artisanale en Bretagne et en Afrique, Paul Jorion voulut en avoir le cœur net : le prix se fixe-t-il bien comme on le prétend par la rencontre de l’offre et de la demande ? Ce qu’il découvrit est surprenant : le prix se détermine selon le rapport de force existant entre le groupe des vendeurs et celui des acheteurs, qui se définit à son tour en fonction de la rareté relative de chacun de ceux-ci à l’intérieur du groupe auquel il appartient. La froide logique de l’offre et de la demande s’efface derrière les rapports humains et une image émerge : celle d’un cadre sociopolitique qui trouve dans les prix le moyen de se reproduire à l’identique. Statut social, degré de concurrence de chacun au sein de son groupe, risque que chacun fait subir à sa contrepartie dans une transaction commerciale étalée dans le temps, tout cela s’équivaut en réalité au sein d’une équation complexe.

La théorie de la formation des prix qui se dégage est à la fois neuve et ancienne : c’est celle énoncée autrefois par Aristote. Son domaine de validité ne se restreint pas aux marchés traditionnels puisque sa logique se retrouve intacte sur les marchés financiers contemporains : de la notation des consommateurs pour leur risque de crédit aux métamorphoses du métayage sur le marché des options et des swaps.

Paul Jorion expose dans ce livre comment s’est constituée au fil des années – en Europe, en Afrique et en Amérique – la boîte à outils qui lui a permis d’être l’un des tous premiers à annoncer la crise financière et économique et à l’analyser.

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Faut-il aider les pays en développement à stabiliser les prix des produits alimentaires ? par Franck Galtier

Billet invité.

Il y a encore trois ans, cette question aurait semblé absurde. Depuis la fin des années 80, on savait – ou on croyait savoir – que la stabilisation des prix n’était pas une bonne idée. David Newbery et Joseph Stiglitz l’avaient démontré dès 1981 dans un livre, qui reste aujourd’hui encore une référence majeure. Les faits semblaient confirmer la théorie puisque, au cours des années suivantes, les dispositifs de stabilisation des prix internationaux des matières premières étaient abandonnés.

Selon la doctrine alors en vigueur, la stabilisation des prix présenterait deux défauts majeurs. D’une part, elle empêcherait les prix de jouer leur rôle de signal informant producteurs, commerçants et consommateurs sur la rareté des biens, guidant ainsi leurs comportements de production et d’échange. D’autre part, en déconnectant l’évolution des prix de celle de la production, elle priverait les producteurs de la compensation du risque-récolte par le risque-prix (quand les récoltes sont mauvaises les prix sont élevés).

La solution au problème de l’instabilité des prix agricoles a donc été recherchée dans les instruments privés de couverture des risques (marchés à terme, options), dont certains prédisaient un développement sans précédent. S’agissant des produits alimentaires dans les pays en développement, le dispositif était complété par l’aide d’urgence, déclenchée en période de crise et ciblée vers les populations vulnérables.

Cette doctrine semblait tellement bien établie que le thème de la stabilisation des prix a été abandonné par la recherche pendant plus de 20 ans. Aujourd’hui, elle est pourtant remise en question.

En effet, le boom attendu des instruments de couverture des risques ne s’est pas produit, malgré les initiatives visant à en promouvoir l’utilisation par les producteurs et les commerçants.

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« Séismes et bulles financières : quelle prévision ? », débat avec Didier Sornette

Je vous ai signalé dans « Paroles de chercheurs », le 25 novembre 2009, le débat auquel j’ai participé mercredi dernier à Paris sur le thème « Séismes et bulles financières : quelle prévision ? ». Débat organisé par l’Institut des Hautes Études pour la Science et la Technologie, et qui m’opposait à Didier Sornette, Professeur à l’Institut Polytechnique de Zurich, chaire des Risques entrepreneuriaux, professeur de physique et de géophysique, auteur de « Why Stock Markets Crash » (2003).

Le débat est désormais en ligne ici. J’y ai l’occasion de parler de

* « Raisons » et « causes » : que pense un individu dont une « loi physique » rend compte du comportement ?

* Nous sommes des particules d’un type très spécial puisque nous pouvons formuler et faire appliquer des règles qui modifieront notre comportement.

* « Interdire les paris sur les fluctuations des prix ».

* Etc.

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Les entretiens d’Auxerre 2009 : « L’argent », du 5 au 7 novembre

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Je participe donc aux entretiens d’Auxerre sur le thème de l’argent, présidés par Michel Wieviorka, qui se terminent ce soir dans la ville ancienne du même nom.

Hier, la journée avait commencé par ma présence comme invité, de 7h00 à 8h30, sur France Bleu – Auxerre. J’ai eu le sentiment que ça se passait très bien durant l’émission, et j’en ai eu la confirmation durant la journée, venant de la part de plusieurs personnes qui avaient eu l’occasion de l’écouter. Particulièrement appréciée apparemment mon évocation de « Se réveiller un matin dans un monde sans argent ».

Ce sont deux dames jusqu’ici dont les interventions m’ont particulièrement impressionné : Dominique Méda et Laurence Fontaine.

Dominique Méda est revenue sur les thèmes de son ouvrage Au-delà du PIB : Pour une autre mesure de la richesse. On se demande dès ses premières observations : « Pourquoi ne lui a-t-on pas demandé à elle ? » On se rend compte ensuite, au côté corrosif de ses remarques relatives à l’ignorance du Comité Stiglitz-Sen pour des dimensions du bien-être comme les inégalités, l’environnement, la violence, la santé et l’éducation, que les démangeaisons dues à son poil-à-gratter auraient été jugées insupportables par les autres participants. Excellente question posée par l’oratrice : « Pourquoi ne pas avoir ouvert le débat ? »

Laurence Fontaine, elle, a approfondi quelques-uns des thèmes de son L’économie morale : Pauvreté, crédit et confiance dans l’Europe préindustrielle, en particulier, sur les rapports respectifs de l’aristocratie et du petit peuple avec l’argent, et surtout, sur la formation du prix entre acheteur et vendeur dans les transactions où ces « états » sont impliqués. J’ai entendu là de fort belles illustrations – empruntées à des récits d’époque – du modèle aristotélicien de la formation des prix selon le statut réciproque, principe que l’on peut résumer ainsi : le riche paie peu ou pas du tout, le pauvre paie le prix fort.

A noter encore, les « définitions des mots de la crise » présentées par Philippe Frémeaux d’Alternatives Économiques, toutes irréprochables sur le plan technique, présentées cependant dans différents styles allant du sérieux à la boutade, en passant par la charge politique, un mélange des genres qui provoqua plus d’un regard interloqué entre membres du public.

Quant à ma propre présentation sur le thème : « Qu’est-ce que l’argent ? », elle fut très bien reçue. Je ne m’avance pas à la légère : je le sais par la douzaine de personnes qui vinrent ensuite m’en assurer ; je le sais aussi par un événement tout à fait inhabituel – et je dois bien le dire, inouï pour moi – le fait que toutes mes interventions de la salle par la suite furent ponctuées par des applaudissements nourris. Enfin, la pile de « L’argent, mode d’emploi », impressionnante sur la table du libraire dans l’entrée avant mon intervention, fut tout aussitôt épuisée.

Je vous signale aussi la rencontre avec un fan enthousiaste et anonyme du blog, et sur le même registre, parmi les intervenants, Paul Soriano, le rédacteur en chef de la revue Médium en qui vous pourrez trouver un connaisseur érudit et incollable du blog de Paul Jorion.

Enfin, à ne pas rater si vous passez par Auxerre, l’exposition qui se tient au Musée-Abbaye Saint-Germain, sur le thème de l’affiche politique française consacrée à l’impôt et qui présente une impressionnante collection d’affiches, du début du XIXe siècle à Charlie-Hebdo. Deux découvertes pour moi : certaines affiches datant de 1910 pourraient servir d’illustration à mes billets, sans qu’on doive en modifier en rien le texte, aussi : que certaines affiches du parti communiste représentaient vraiment un bolchévique vengeur, un couteau entre les dents !

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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S’adapter ou disparaître… par Candide

Billet invité.

S’ADAPTER OU DISPARAITRE

Traducteur indépendant (et donc ayant le statut de profession libérale) depuis 1993, c’est au quotidien que je ressens, depuis mon établissement en freelance, que la fixation d’un prix dépend du rapport de force entre l’acheteur et le vendeur.

J’en veux pour preuve le mail ci-dessous, que j’ai reçu hier soir de l’un de mes gros clients et qui constitue le point d’orgue (sans doute provisoire) d’un mauvais feuilleton (hélas sûrement banal de nos jours) qui dure depuis des mois. Il a été envoyé par la responsable du bureau français d’une agence de traduction américaine que j’appellerai « YYY » (qui est basée dans une ville que j’appellerai « US-CITY »). Ce bureau français travaille exclusivement pour la filiale française d’une « blue chip » (c’est le cas de le dire) que j’appellerai « XXX »…

Voici le mail :

Bonsoir à toutes et tous,

Comme certains d’entre vous le savent probablement depuis un moment, XXX a lancé au début du printemps un appel d’offre pour la traduction de ses projets. Cet appel d’offre était effectué au niveau mondial et les sociétés devaient répondre pour plusieurs langues (je n’ai jamais eu beaucoup de détails à vrai dire, tout a été réalisé à US-CITY par le management de YYY). XXX souhaitait en effet confier la traduction de ses projets à un groupe très restreint de sous-traitants (moins de 5 au niveau mondial).

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Constitution pour l’économie : soutenir la démarche, l’alimenter, la diffuser, par Jean-Pierre Castel

Billet invité. Il m’arrive de temps à autres de vouloir donner une visibilité particulière à l’un de vos commentaires pour faciliter un débat plus général, c’est le cas de celui-ci.

Bonjour, je découvre ce blog, extrêmement riche, et m’excuse à l’avance de ne pas avoir (encore) lu tout ce que Paul Jorion a écrit sur la formation des prix.

Si je me permets de résumer ma compréhension de la proposition de Paul Jorion, ce serait d’interdire les marchés secondaires sur les marchés à terme de commodités, au motif que ces marchés secondaires faussent la détermination du signal prix, signal indispensable à la bonne marche de tout système économique.

Je suis très sensible à cet argument, d’autant que cette question va trouver une nouvelle actualité dans le cadre des marchés du CO2. Ceux-ci ont pour finalité de produire un signal prix du CO2 de nature à motiver les émetteurs de CO2 à réduire leurs émissions. Or à cet effet ils devront engager des investissements, donc avoir une vue raisonnable du prix moyen futur de la tonne de CO2. Comment espérer que des systèmes de Cap and Trade comme celui de l’ETS européen ou celui envisagé aujourd’hui aux USA, systèmes où l’offre est fixée par les gouvernements, ex ante, suivant des critères incluant prévisions, choix politiques, marchandages opaques, et une demande qui elle sera fonction de la conjoncture en temps réel, systèmes sur lesquels se greffent déjà en Europe des marchés à terme et des marchés secondaires, systèmes régionaux sans coordination internationale, puissent fournir un tel signal ?

Or ce marché du CO2 risque de devenir le plus important marché de commodités, certains caressent même l’idée de faire du CO2 le nouvel étalon monétaire ! Mais personne ne semble mettre en garde contre le fait que ce signal prix sera hautement volatile et imprévisible, donc inexploitable pour la finalité prévue, à savoir justifier les investissements nécessaires pour réduire les émissions de CO2.

Je reviens à la proposition de Paul Jorion, pour souligner qu’aujourd’hui (comme je l’ai fait remarquer par ailleurs sur ce blog) l’affirmation selon laquelle les marchés secondaires faussent le signal prix, que je crois pour ma part vraie, reste une position marginale, contestée par l’establishment non seulement financier, mais aussi universitaire (voir d’ailleurs certaines réactions sur ce blog, ainsi que la position de personnalités comme J. Attali).

La première étape ne devrait-elle pas consister à faire de la pédagogie sur cette question, à la démontrer, à l’illustrer, à l’évaluer (j’ai cité un cabinet qui fait ce travail de façon très claire sur les métaux du LME), et à répondre aux objections ? Bref montrer la pertinence du diagnostic et chiffrer les effets induits, en vue de convaincre ?

Ensuite l’interdiction des marchés secondaires est-elle la seule parade ? Une telle mesure a-t-elle des précédents ? Il me semble que ce sont uniquement les « indexed funds », les nouveaux supports mis en place depuis 2004/2005 sur la base des indices de matières premières publiés par les grandes banques d’investissement, et les « long only investors » qui les utilisent, qui, par leur montée en puissance depuis 2006/2007, ont déréglé le signal prix, alimenté leur flambée d’avant la crise, et sans doute leur reprise depuis mars 2009.

N’y aurait-il pas un moyen plus ciblé d’interdire ces seules pratiques ? Par ailleurs l’un des risques d’une telle idée est qu’elle ne contribue à entretenir une illusion, celle qui consiste à croire que la volatilité des prix des commodités peut être jugulée. Même s’il est vrai que les « long only investors » ont accru cette volatilité, ils n’en sont pas, et de loin, la seule cause. Toutes les tentatives précédentes de stabilisation des cours des matières première, par le biais des stocks stratégiques, ont échoué. Et j’imagine que la mondialisation, l’intervention de nouveaux acteurs comme la Chine, l’Inde, la Russie, ne peut contribuer à la croissance de la volatilité. Paul Jorion, qui a beaucoup réfléchi aux mécanismes de formation des prix, a sûrement une vue très aiguisée sur la question.

Or cette volatilité des prix est une gêne croissante à la prise de décisions rationnelles. A ce titre elle a participé au passage de l’économie des trente glorieuses, où le long terme orientait les décisions industrielles, à notre économie à court terme dirigée par le casino des marchés financiers. La proposition de Paul Jorion ne vise qu’à donner un exemple d’article de la constitution économique qu’il appelle de ses vœux. L’un des objectifs majeurs de cette nouvelle constitution ne devrait-il pas être un équilibre sain entre long terme et court terme dans les prises de décision ? De ce point de vue, l’interdiction des marchés secondaires est-elle l’exemple le plus pédagogique, ou n’y aurait-il pas d’autres mesures plus parlantes pour le public non spécialisé, voire plus ambitieuses, pour s’attaquer à cette dérive court termiste ?

Paul Jorion cite par exemple, si j’ai bien compris sa réponse à ma question d’hier, le retour à un meilleur équilibre entre taxation des dividendes et des plus-values. L’idée ambitieuse d’une constitution pour l’économie et des propositions courageuses pour s’attaquer aux causes racines des dérives actuelles sont les initiatives dont nous avons de toute évidence le plus grand besoin. Il faut donc soutenir la démarche, l’alimenter, la diffuser.

Mon propos ci-dessus vise seulement à insister sur l’immense effort de pédagogie que cela nécessitera. Je suis sûr que Paul Jorion connaît des forums de qualité, pourvus de moyens et d’influence, et qui pourraient peut-être contribuer à cet effort de validation et de diffusion. Je cite, au gré de mes fortunes sur internet :

– le Glasshouse Forum (exemple de publication : Short-termism in the long run).

– l’Institut Aspen : (exemple de publication : The Aspen Principles: a better way forward: a critical mass of ‘strange bedfellows’ came to market in 2007 with a plan to reverse the destructive pull of short-termism (SHAREHOLDER VALUE))

Merci à Paul Jorion pour votre indulgence par rapport à ces propos : merci en particulier de prendre mes affirmations pour des questions, et mes erreurs de jugement pour un appel à des compétences telles que les vôtres.

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