De la république impériale à la démocratie financée par la compensation, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

Distraction financière

Paul Jorion a bien raison de parler de la distraction des commentateurs financiers à propos de la falaise fiscale aux États-Unis. Personne ne peut dire ce que c’est que tomber du haut d’une falaise. Quand on tombe, personne ne peut entendre ce que celui qui tombe voudrait dire ! Sauf à tomber ensemble au mépris de la conclusion que seul celui qui ne tombe pas peut réellement prévoir.

Dans la situation de désintégration critique où se trouve actuellement le système financier mondial, la réalité est impossible à dire. Les mots n’ont plus de sens dans un contexte si nouveau que les acteurs eux-mêmes ne savent pas de quoi ils parlent. Les physiciens de la matière parlent de décohérence quantique.

Dans le modèle de causalité aristotélo-thomiste du donné humain, il est possible de construire une connaissance de l’indicible en posant un cadre de compensation. Face à une réalité non observable en soi comme Dieu, ou aujourd’hui la monnaie et la finance, il est possible de dire quelque chose de vrai par l’hypothèse commune et assurément partagée que la chose existe pour tous ceux qui essaient d’en parler. L’exercice de la vérité commune de l’invisible est aujourd’hui radicalement renouvelé par le témoignage de la réalité numérisée sur la Toile.

Modèle numérique d’assurance systémique

Des hypothèses d’anthropologie financière formulées par Paul Jorion dans Comment la vérité et la réalité furent inventées etdans Le prix, a été tirée une maquette informatique de compensation numérique élaborée sur l’idée keynésienne du bancor. Cet algorithme de discussion numérique permet d’entrevoir la narration de la mutation en cours du non-système financier actuel en système mondial de compensation.

Posons que la mutation s’opère par la fonction financière des États nationaux actuels comme assureurs du système en dernier ressort. Or le sinistre systémique que les États assurent s’est produit dans la faillite des subprimes. Comme le système actuel n’est pas conçu pour faire fonctionner les États comme des assureurs au sens financier du terme, les autorités politiques publiques se voient illiquides face à la demande de leurs assurés.

Les États sont requis de reconstruire un système financier alors qu’ils n’ont plus aucune réserve financière pour réparer la perte subie par l’économie réelle mondiale. Le symptôme financier de la faillite systémique mondiale se trouve tout entier dans le triple déficit étatsunien : dette en dollar infiniment supérieure à ce que les ressortissants étatsuniens seront jamais capables de produire, déficit commercial financièrement antinomique de l’économie réelle et déficit fédéral non légalement finançable par le contribuable étatsunien dans le cadre du régime politique actuel.

État de réalité non assurée

Pourquoi la faillite étatsunienne est-elle mondiale et systémique ? Parce que le budget de l’État fédéral des États-Unis d’Amérique est en nature la prime d’assurance du système monétaire international irrigué en dollar. Et parce que cette prime n’est pas proportionnelle à l’insécurité systémique objective mais à la cause de cette insécurité qu’est l’océan des actifs toxiques en dollar. L’assurance systémique du budget fédéral en dollar est distraite du système des primes de droit en dollar.

Concrètement, il n’existe plus un État au monde qui ne soit pas financièrement en faillite. Même la Chine ou l’Allemagne sont en faillite par les créances irrécouvrables que leur banque centrale ont en dollar ou en euro. Comme le dollar est la monnaie de règlement international des transactions de crédit et d’assurance, la faillite générale des États et des banques est masquée par les crédits gratuits illimités que la Réserve Fédérale accorde par le marché monétaire mondial en dollar.

Comptablement et juridiquement, la banque centrale étatsunienne est obligée d’adosser la matérialité de ses crédits à des titres de dette publique que ses débiteurs lui remettent en gage. Finalement, l’État fédéral étatsunien n’honore que partiellement ses obligations d’assureur en empruntant au système financier mondial ; lequel place en titres de dette publique la liquidité empruntée aux banques centrales ; lesquelles affirment sans justification objective le prix nominal des titres publics pris en garantie de leur émission monétaire.

Crise financière de l’économie interdite

Par la disproportion radicale entre la masse monétaire circulant en dollar et la richesse réellement produite aux prix actuels en dollar inscrits dans les comptes bancaires internationaux, la monnaie a perdu l’essentiel de sa signification économique. Quand un prix est affiché sur les marchés internationaux, la variabilité implicite du prix par rapport à la réalité des biens et services effectivement livrables est potentiellement supérieure au prix en monnaie absolue. Concrètement, une part infiniment croissante du travail humain mondial est employée soit à ne rien faire soit à détruire ce qui est réellement produit !

Le dollar systémiquement distrait de l’application réelle des droits du travail producteur de richesse réelle fait monter les primes d’assurance financière à proportion de la destruction future de valeur qu’implique la destruction présente du travail. Le cercle vicieux détruit l’économie par la racine ; il ne peut pas être bloqué autrement que par la compensation publique légale. C’est à dire par l’adoption d’un marché mondial des règles de calcul des prix qui finance l’application du droit du travail.

Compenser signifie qu’aucun prix ne peut être réglé sans rémunération de toutes les causes qui font l’existence d’un bien servi à son acheteur. Parmi ces causes que le sophisme du « libre échange » n’intègre pas dans la réalité, il y a les droits du travailleur dans l’État de légalité qui fait économie politique.

Métaphysique numérique de la compensation par les personnes

La matérialité des droits humains dans l’économie politique, c’est la monnaie telle que Aristote l’a définie dans Éthique à Nicomaque. La monnaie qui dans la théorie financière moderne est en bien réel la quantification du modèle de la prime d’assurance de l’état de droit des échanges économiques.

Pour que la monnaie fonctionne selon ce qu’elle est, la compensation financière des prix mondiaux doit être développée dans les quatre dimensions aristotéliciennes de la réalité matérielle, formelle, finale et effective. Sur ce socle, l’économie thomiste de la personne érige le marché de la responsabilité aux quatre degrés de la réalité physique, morale, virtuelle et politique. Un équilibre des prix qui soit créatif et non spéculatif et nihiliste ; un équilibre de compensation à la fois subjective et objective, réelle et vraie, mathématique et juridique, physique et métaphysique.

Les technologies numériques d’information de la réalité ont instauré un état mondial analysable du réel ; un réel qui donne accès aux réalités personnelles. Les politiciens et les financiers se sont précipités sur ce marché mondial de la connaissance pour prendre le contrôle des personnes. Dans un premier temps, la mise en esclavage des personnes par les technologies numériques fait disparaître la responsabilité. Les lois ne sont plus discutables ni applicables. Les prix ne sont plus négociés mais calculés mécaniquement. Les propositions personnelles libres sont moquées et exclues de l’échange.

Économie de la personne en quatre figures

Dans un deuxième temps, les réseaux d’économie interpersonnelle se reconstituent dans la clandestinité sur la base d’une identification numérique unique et infalsifiable de toute personne physique, morale, virtuelle ou marchande. La personne morale est l’association de personnes physiques dans la production de mêmes biens dont la définition soit numériquement partagée. La personne virtuelle est l’association des personnes physiques et morales dans la discussion des biens possibles de la réalité humaine.

Enfin la personne marchande est l’état commun de droit des personnes échangeant physiquement, virtuellement et moralement par un même système de prix. Dans un troisième temps, politiciens et financiers épuisés par l’anéantissement des sociétés qu’ils conduisent font basculer l’économie officielle dans l’économie de la responsabilité personnelle.

Dans l’espace numérique, la légalisation financière de tous les degrés de la responsabilité économique consiste à attribuer un index unique à chaque personne. L’indexation des personnes publiques et financières au même niveau de responsabilité que les personnes physiques dans la négociation de l’équilibre des prix rétablit l’égalité entre le capital moral des personnes physiques et le capital virtuel et juridique des personnes politiques.

Modèle politique des données de compensation

Pratiquement les collectivités publiques deviennent des marchés de droits. Chaque état de droit est un système d’appréciation des échanges de bien assurés par une autorité politique souveraine de régulation. Les collectivités financières sont des intermédiaires de prix à l’intérieur d’un seul marché. Par la compensation, le travail employé et rémunéré des personnes physiques est rétabli comme contrepartie réelle de tout bien réglé en monnaie.

La compensation sur quatre degrés personnels d’égalité économique ré-indexe toute monnaie sur la responsabilité politique objectivement financée par des réserves de change. Les systèmes monétaires délimités par les systèmes juridiques réels sont capitalisés par des masses monétaires propres. Chaque masse monétaire est universellement convertible selon une règle objective mis en œuvre par une même chambre de compensation centrale distincte de toute autre.

Comptablement, le capital passif de chaque compensation finance les primes de change actives dans toute autre compensation. Les primes de change mesure la crédibilité financière de l’organe de gouvernance de chaque économie juridique. Dans la systémique de l’adossement des monnaies aux droits du travail, la seule chose que la compensation numérique change par rapport au non-système actuel, c’est la réalisation de la responsabilité de toute personne par un identifiant unique.

La causalité humaine compensée par la monnaie

L’indexation nominative rend la causalité des prix totalement distribuable entre les personnes qui la réalisent. Tous les États de droit de la société humaine, de l’ONU à l’État fédéral des États-Unis d’Amérique, à l’Union Européenne confédérale, à l’Union Indienne fédérale ou à l’Empire du Milieu sont rendus à leur unité personnelle responsable de l’existence physique des personnes multiples dans la personnalité morale plurielle.

La variabilité compensée des parités de change dans des marchés politiques distincts rétablira la fluidité des échanges que la crise des subprimes à gelée sous une montagne de dettes sans contrepartie réelle vérifiable. A défaut d’être appliqué dans un vrai marché des changes, le modèle de la monnaie compensable en quatre dimensions explique déjà la dynamique en cours de désintégration financière du dollar.

Pour l’heure, la liquidité est fictivement entretenue par l’émission monétaire de la Fed adossée à la dette fédérale, elle-même adossée au déficit commercial des États-Unis. Par la dette non remboursable contractée dans leur propre monnaie, les États-Unis prélèvent un impôt caché sur l’économie mondiale. Cet impôt comble partiellement les pertes du système financier aux dépens des principaux créanciers des États-Unis qui ne peuvent pas être dédommagés de leurs pertes de change et de réalité en dollar.

Guerre financière impériale

La prime d’assurance de la liquidité monétaire internationale prélevée par le Trésor étatsunien sur ses émissions de dette n’est pas restituable aux acheteurs étrangers d’obligations publiques. La république impériale étatsunienne est en guerre juridique contre ses créanciers étrangers. Pour ne pas perdre cette guerre, elle corrompt les gouvernements étrangers afin d’interdire les lois et les contrôles financiers qui rendraient calculable le privilège systémique formel matériellement perdu des États-Unis et des banques.

L’effondrement de l’économie réelle relativement à la prospérité indécente de l’aristocratie politique et financière détruit les fondements de la civilisation humaine. Le point de rupture approche où le délitement de l’État de droit ne permettra plus aux privilégiés de défendre leur propriété face à la masse de leurs débiteurs voués à l’esclavage financier.

Le libéralisme constitutionnel étatsunien est depuis l’origine tolérant à l’esclavage ; il va devoir choisir entre la guerre civile mondiale et un retour à la propriété comme responsabilité des choses au service des personnes solidaires par les sociétés civiles.

Du faux problème à la solution véridique

L’instauration d’un ordre monétaire international de la démocratie est techniquement simple. Il suffit de rattacher tout compte bancaire à un identifiant nominatif de l’une des quatre natures personnelles nécessaire à la réalité des prix dans une monnaie de droit nationalisé. La mutation de la Fed en chambre de compensation des échanges réels en droit de la démocratie aux États-Unis aura pour conséquence immédiate de proportionner la masse monétaire en dollar aux biens et services effectivement livrables sous le contrôle du juge étatsunien.

La compensation en dollar à égalité économique avec la compensation en euro ou en yuan, réintégrerait immédiatement le système politique étatsunien dans la démocratie et les autres systèmes dans la responsabilité économique quel que soit leur degré de démocratie.

La falaise fiscale étatsunienne serait instantanément aplanie :

1)    par l’adossement de la prime de change en dollar sur l’assurance des droits du travail aux États-Unis et chez les créanciers des États-Unis ;

2)     par l’adossement de la prime de crédit du Trésor des États-Unis sur la restauration de l’égalité devant l’impôt en dollar ;

3)    par l’adossement du capital des multinationales en dollar sur l’application des droits étatsuniens à tous les clients, travailleurs et fournisseurs de ces entreprises dans le monde ;

4)    enfin par l’adossement de la technologie étatsunienne à la satisfaction des besoins humains réels librement définis par les personnes.

 

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