Reconstruire un discours politique, par Michel Leis

Billet invité.

Je viens de participer pendant quelques semaines à l’aventure « Tout Autre Chose » en Belgique avant de claquer la porte. L’objectif était de fédérer des partis et des citoyens derrière une bannière commune. La demande est là ! 15 000 signatures en quelques semaines du côté francophone, à l’échelle de la Belgique, c’est une performance.

Retour d’expérience ? Il a fallu des semaines pour définir une plateforme (minimum) commune : certes, toutes les personnes qui partagent un certain nombre de valeurs peuvent signer à deux mains, mais c’est bien parce que le texte est pour l’essentiel un consensus mou autour de quelques valeurs.

Deuxième retour d’expérience : c’est un terrain pour des enjeux de pouvoir où quelques personnes et organisations essayent d’imposer à tout le monde leur vision. Il se crée des circuits parallèles où se mènent des discussions hors des outils collaboratifs mis en place. Les réunions entérinent des points de vue construits ailleurs, sans réelle possibilité de discussion. Sans doute une question de culture puisque Hart boven Hardn l’aile flamande du mouvement semble avoir plus de succès…

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LA POLITIQUE DU PIRE, par Franck Richez

Billet invité.

A propos des deux livres de Jean-Claude MICHEA : L’empire du moindre mal (EM) et La double pensée (DP) [1].

Cette présentation de deux livres de Jean-Claude Michéa obéit à une double préoccupation. Tout d’abord, montrer l’actualité de ces ouvrages parus en 2007 et 2008, c’est pourquoi je m’autorise à évoquer des évènements récents qui corroborent les analyses de l’auteur. Ensuite, je prends le parti d’aborder l’essayiste comme un lecteur avisé et critique de Marx. Partant de son concept d’alternance unique, je mets progressivement en relief plutôt qu’une homogénéité, la complémentarité effective de la droite et de la gauche, pour finir par m’interroger avec lui sur les causes de la désaffection de l’électorat populaire envers cette dernière.

I- L’ « Alternance unique » : un concept piégé.

À l’heure où de moins en moins se laissent encore abuser par la fausse opposition droite/gauche, les études de Jean-Claude Michéa permettent d’avancer d’un pas supplémentaire dans l’analyse sans céder à des simplifications insidieuses.

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Keynes, un homme pour notre temps ?

Je termine ces jours-ci mon ouvrage consacré à une réflexion économique à partir de Keynes (à paraître chez Odile Jacob). Voici un extrait de la conclusion.

Keynes, un homme pour notre temps ?

Oui, certainement !

Mais si Keynes est un homme pour notre temps, c’est en raison du style qui était le sien bien davantage que pour le contenu intrinsèque de son œuvre. Et non parce qu’il avait fait du plein-emploi l’objectif seul qui permette de minimiser le dissensus au sein de nos sociétés, objectif qui nous est aujourd’hui clairement devenu hors de portée, puisque c’est lui précisément qui, dès 1930, nous avertissait de la menace du chômage structurel, quand il écrivait :

« Nous souffrons d’une nouvelle maladie dont certains de mes lecteurs n’auront pas même encore entendu mentionner le nom, mais dont ils entendront abondamment parler dans les années qui viennent – à savoir le chômage technologique. Ce qui veut dire le chômage dû au fait que nous découvrons des moyens d’économiser l’utilisation du travail à un rythme plus rapide que celui auquel nous parvenons à trouver au travail de nouveaux débouchés ».

Si son style peut nous inspirer davantage, c’est parce que l’édifice théorique qu’il a bâti de bric et de broc et non sans une grande désinvolture, est trop mal assuré pour nous être d’un grand secours.

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La rémunération de l’esprit d’entreprise

Je publie cet extrait du manuscrit du livre que je consacrerai à la pensée de Keynes comme un élément au débat ouvert par la publication du « billet invité » d’Édouard intitulé Réflexion sur la taxation des dividendes et plus-values.

On dit que le surplus est la différence entre le prix de vente et les coûts de production. C’est une bonne approximation, si ce n’est que l’on est alors immédiatement confronté à la difficulté de définir ce que l’on inclut dans les coûts de production. Il est classique aujourd’hui d’y inclure les salaires, et c’est ce que les règles comptables enjoignent de faire, mais est-ce légitime : les salaires ne sont-ils pas la récompense des avances faites en travail dans le processus de production, au même titre que les avances faites en terre par le propriétaire foncier, en fonds par le capitaliste et les avances en supervision/coordination de l’entrepreneur ? Et le paiement des intérêts ? Les intérêts ne sont-ils pas une part du surplus au même titre que le profit de l’entrepreneur ?

Si l’on repart de la structure prototypique du capitalisme qu’est le contrat de métayage tel que pratiqué aujourd’hui encore dans l’agriculture et dans la petite pêche, plutôt que de s’intéresser aux coûts de production, il vaut mieux concentrer son attention sur les coûts de la perpétuation de l’unité de production : du renouvellement du dispositif de production, et considérer que le surplus est la différence entre le prix de vente et les coûts de renouvellement. Sur le prix de vente il y aurait aussi beaucoup à dire mais je le traiterai séparément.

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Le capitalisme : un bref résumé, par Zébu

Billet invité.

1- Marx avait prédit que la machinisation ferait disparaître le travail et que ce faisant, le travail étant le moteur de la création de la ‘valeur’ et la création de ‘valeur’ étant le cœur du capitalisme, celui-ci s’effondrerait

2- effet collatéral, la propriété privée se dissoudrait par la nécessité de socialiser les plus-values issues de la production machinisée, afin de perpétuer une cohésion sociale minimale

3- ce processus permettrait donc d’accéder à une société post-capitaliste, où le travail de production est assuré par les machines et où les hommes peuvent enfin se libérer (du travail, du capitalisme)

4- néanmoins, Marx s’est trompé et la réalité le démontre : si le travail disparaît (ou se transforme) par la machinisation, cela n’a pas entrainé la dissolution du capitalisme, pour la bonne et simple raison que contrairement à son interprétation, la création de ‘valeur’ ne dépend pas du travail, la ‘valeur’ étant elle-même un artefact. Le capitalisme ne s’est donc même pas ‘adapté’ à la disparition du travail, il a simplement continué son évolution, qui est de créer du capital à partir du capital.

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Aux sources du revenu d’existence pour tous : Speenhamland, 1795, par Michel Loetscher

Billet invité.

« Rien n’est plus puissant qu’une idée dont l’heure est venue » écrivait Victor Hugo (1802-1885). La phrase a fait son chemin. Mais l’idée n’a pas attendu Hugo – celle d’un revenu d’existence pour tous, versé inconditionnellement à tout citoyen, tout au long de sa vie, au nom de l’égalité des droits et en vertu de son appartenance à l’humanité.

 Durant l’été 1795, le quaker Thomas Paine (1737-1809), inspirateur de la révolution américaine et française, élu député de la Convention dans la circonscription de Calais en France (1792), monte à la tribune de cette assemblée et fait cette déclaration… révolutionnaire : « Liberté, égalité, fraternité ne peuvent se réaliser, associées, si inconditionnellement, le minimum de ressources n’est pas garanti à chaque citoyen ».

L’activiste et « publiciste » né sujet de Sa Gracieuse Majesté britannique et ancien marchand de corsets dans le comté de Sandwich, est déjà l’auteur d’opuscules qui font autorité – dont les Droits de l’homme (1791) qui défend le droit aux secours pour les plus démunis.

Le député de Calais, proche des Girondins, connaît l’expérience tentée cette année-là à Speenhamland, une bourgade du comté de Berkshire, dans le « première patrie du capitalisme » où la montée de l’économie marchande se traduit par la destruction des formes d’auto-production et la « croissance » de… la misère. Souhaiterait-il la transposer d’urgence à la France encore « révolutionnaire » ?

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NI MARX, NI KEYNES

En tant que réflexion de pensée économique, je le souligne dans mes livres, la « science » économique ne présente malheureusement pas grand intérêt, pire, elle nous mène constamment sur des voies de garage quand il s’agirait de comprendre les questions économiques qui se posent comme aujourd’hui avec urgence. Une remarque de Pierre Bourdieu reste parfaitement d’actualité :

Le monde économique est-il vraiment, comme le veut le discours dominant, un ordre pur et parfait, déroulant implacablement la logique de ses conséquences prévisibles, et prompt à réprimer tous les manquements par les sanctions qu’il inflige, soit de manière automatique, soit – plus exceptionnellement – par l’intermédiaire de ses bras armés, le FMI ou l’OCDE, et des politiques qu’ils imposent : baisse du coût de la main-d’œuvre, réduction des dépenses publiques et flexibilisation du travail ? Et s’il n’était, en réalité, que la mise en pratique d’une utopie, le néolibéralisme, ainsi convertie en programme politique, mais une utopie qui, avec l’aide de la théorie économique dont elle se réclame, parvient à se penser comme la description scientifique du réel ?

Cette théorie tutélaire est une pure fiction mathématique, fondée, dès l’origine, sur une formidable abstraction : celle qui, au nom d’une conception aussi étroite que stricte de la rationalité identifiée à la rationalité individuelle, consiste à mettre entre parenthèses les conditions économiques et sociales des dispositions rationnelles et des structures économiques et sociales qui sont la condition de leur exercice (Bourdieu 1998).

Restent alors, Marx et Keynes. Marx parce qu’alors qu’il qualifie sa réflexion de « critique de l’économie politique », son œuvre constitue sans aucun doute le point culminant dans cette ligne de pensée. Keynes parce qu’« honnête homme » au sens que l’on donnait à l’expression au XVIIe siècle, il joue à l’éléphant dans le magasin de porcelaine, réinjectant dans la pensée économique des leçons qui ont été tirées de l’ensemble des sciences morales au cours de l’histoire : de la science politique à la théologie, conséquence chez lui de son imprégnation par l’ancienne tradition scolastique dont il s’est repu de la substantifique moelle alors qu’il était lycéen à Eton d’abord, étudiant à Cambridge ensuite, deux lieux qui ont servi de conservatoire où cette pensée a su se poursuivre en tant que survivance, au sens que les anthropologues du XIXe siècle donnaient à cette expression : vestige préservé au sein d’une époque d’une manière de penser ou de faire appartenant à une époque antérieure.

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Institut Momentum, Quatre regards sur l’économie de l’Anthropocène, Actes du colloque du 12 juin 2014

Audio et PowerPoint (pour ceux qui avaient des diapos), cliquer sur ces mots à côté de l’intitulé de la conférence.

Quatre regards sur l’économie de l’Anthropocène

Actes du colloque du 12 juin 2014

Penser l’économie au-delà de la croissance et se placer dans un nouvel imaginaire pour stimuler de nouveaux horizons, voilà ce à quoi s’est attelé le colloque du 12 juin 2014 organisé par l’Institut Momentum en partenariat avec la Caisse des Dépôts et Consignations et les Presses de Sciences-Po.

Retrouvez ci-dessous l’intégralité des interventions et des présentations de ce colloque qui préfigurait un ouvrage à paraître aux Presses de Sciences Po.

Introduction : Philippe Serizier, Responsable de la recherche territoriale à l’Institut CDC pour la recherche (Audio)

 Première partie

Introduction : Agnès Sinaï, Présidente de l’Institut Momentum (AudioPowerPoint)

Yves Cochet, mathématicien : Propositions pour une économie biophysique(AudioPowerPoint)

Philippe Bihouix, ingénieur : L’âge des low tech (AudioPowerPoint)

Discussion avec l’auditoire (Audio)

Deuxième partie

Introduction : Ghizlaine Guessous, banquière (Audio)

Paul Jorion, économiste : De la démesure économique à la résilience monétaire : fondements anthropologiques et relativité de la croissance (Audio)

Gaël Giraud, économiste : Déroute énergétique, illusions du découplage et décroissance économique (AudioPowerPoint)

Discussion avec l’auditoire et conclusion (Audio)

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Penser l’économie autrement, Paul Jorion et Bruno Colmant, à paraître en septembre

Couverture choisiePenser l’économie autrement

(à paraître en septembre)

Paul Jorion : Dans La richesse des nations, Adam Smith souligne que l’argent permet de commander de deux manières. Il permet d’abord de commander une marchandise, il permet ensuite de commander au sens de donner des ordres, c’est-à-dire de demander à un individu de mettre son temps de travail au service de celui qui lui donnera de l’argent en contrepartie de son temps. La seule ressource qui nous soit véritablement rare, car nous ignorons pendant combien de temps nous en disposerons, c’est le temps. L’argent nous permet de subordonner le temps d’autrui au nôtre. Quand on y pense, on ne peut pas s’empêcher de se dire que, puisque nous n’avons qu’une seule vie, c’est absolument scandaleux ! Dans 500 ans les méfaits de l’argent sur tous les plans nous paraîtront presque comiques ! (rires)

Bruno Colmant : Et Karl Marx dirait finalement que la monnaie est un capital fictif. Il suffit que l’on change l’ordre socio-économique pour que l’expression de la thésaurisation n’existe plus. Sur l’île de Chypre en 2013, certains pensaient qu’ils disposaient d’un million d’euros sur leur compte bancaire et finalement, lorsque la crise a fait payer les gros déposants, on leur dit que ce n’est plus que 600.000 euros qu’ils détiennent. C’est la preuve de la relativité de la valeur.

Lorsque l’ordre socio-économique change, on change aussi tous les paramètres que l’on croyait stables, dont la thésaurisation. Car thésauriser dans une monnaie qui n’a plus cours légal, c’est évidemment nettement moins utile.

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Parti de Gauche : Colloque sur le coût du capital, le 23 novembre 2013

En novembre dernier, j’intervenais sur le coût du capital à l’invitation du Parti de Gauche. La vidéo se trouve ici.

Le Parti de Gauche a eu la bonne idée de vouloir faire un livre de toutes nos interventions. J’ai reçu du coup la transcription de la mienne, qui servira à rédiger un texte, plus proche de la forme écrite.

Une vidéo, c’est bien pour ceux qui ont la patience de passer 37m51s devant leur poste. Si vous préférez quelque chose à lire, le voici.

 

Le 23 novembre 2013

Merci, merci. Bien, je vais embrayer directement sur les questions qui ont été posées. Par exemple, sur le capital et la rémunération du capital : est-ce qu’elle doit être minimale ?

Il faut d’abord faire un retour en arrière : cette question-là est une question qui est centrale aux débats qui ont déchiré la Première Internationale (1864 – 1872 ; qui réunissait socialistes, anarchistes, et communistes marxistes), de savoir quels sont véritablement les facteurs qui sont impliqués dans la production et la distribution, et comment les rémunérer.

Et là, vous le savez sans doute, il y a deux options : il y a deux courants qui sont deux courants distincts et qui aboutissent à des conclusions différentes.

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QUI EST KEYNES ? (III) EST-IL UN ANTICOMMUNISTE (PRIMAIRE) ?

Un peu plus de sept ans s’étaient écoulés depuis la Révolution d’octobre quand Keynes fut invité en Union soviétique au mois de septembre 1925 en tant que représentant officiel de l’université de Cambridge. Le tapis rouge fut déroulé devant lui durant les deux semaines de son séjour. Le mois précédent, il avait épousé celle qui était sa compagne depuis plusieurs années : la ballerine russe Lydia Lopokova, qui l’accompagna durant ce voyage. Il fut également reçu dans la famille de celle-ci et l’occasion lui fut ainsi donnée de voir la société soviétique sous différents éclairages : celui des dirigeants qui étaient ses hôtes mais aussi celui des gens ordinaires : le père de Lydia était ouvreur de cinéma.

Académie des sciences, Moscou 1925

John Maynard Keynes (tourné vers nous au premier rang) à l’Académie des sciences à Petrograd en 1925. Cliquer sur l’image pour l’agrandir.

Keynes fit part de ses impressions de l’Union soviétique dans trois articles dont la teneur fut rassemblée plus tard dans « A Short View of Russia », un cahier qui fut publié par les Hogarth Press de Leonard et Virginia Woolf, fait qui n’est pas purement anecdotique si l’on pense qu’à cette époque Bloomsbury se convertissait en masse au marxisme et à l’admiration de la Russie sous son nouveau régime.

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2015 : DE GIGANTESQUES EFFACEMENTS DE DETTES PUBLIQUES, par Bruno Colmant

Billet invité. A paru le 30 août sur son blog de L’Écho.

Phase intermédiaire :

Chypre est la première opération Gutt du 21ème siècle

En 2015, la dette publique de la zone euro devrait frôler 100 % du PIB, auxquels il faut ajouter l’endettement caché, c’est-à-dire la partie non financée du coût du vieillissement de la population. En un an, les dettes publiques européennes ont augmenté de 400 milliards d’euro et, depuis 2007, de 3.000 milliards d’euro ! Les critères de Maastricht ayant fixé le seuil d’une dette publique supportable à 60 % du PIB, cela signifie que l’excédent de la dette publique européenne atteint aussi 3.000 milliards d’euro, soit l’équivalent du PIB allemand. C’est insupportable.

La question n’est plus de savoir si les Etats de la zone euro sont en défaut : la plupart le sont sociétalement dans la mesure où le poids des dettes publiques n’est plus transposable dans le futur. Car ce n’est pas la dette, en tant que telle, qui importe, mais sa cohérence avec la prospérité et les revenus futurs. Or la dette publique ne bénéficie plus en rien aux générations futures, alors que le remboursement est mis à leur charge. Cette dette ne finance d’ailleurs plus des investissements mais des transferts. Au surplus, comment expliquer qu’une crise de l’endettement se règle à coups de rigueur budgétaire et de chômage, c’est-à-dire au détriment de ceux qui devront la rembourser ?

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La liberté se réduit à une idéologie mise au service d’une classe privilégiée, par Nadir (Nadj Popi)

Billet invité.

J’ai établi une dichotomie assez claire entre l’hystérèse, c’est à dire le « sublime » ou l’« apriorisme » de Kant (théorie pure), le « réel » de Marx (à partir de Hegel) et Lacan (le « Néant » de Sartre et de Hegel, le « sujet qui fâche » de Žižek, etc.), et le processus aliénant de l’ontologie.

L’épistémologie ou la philosophie des sciences consiste à partir de la théorie pure (apriorisme) pour en faire un processus ontologique aliénant universel et nécessaire. C’est ainsi qu’il faut comprendre l’épistémologie « marxienne » de Popper, von Mises et Hayek.

Popper propose de prendre la théorie pure (métaphysique) ce qu’il appelle « réalisme », qui n’est ni démontrable, ni vérifiable puisque par définition il échappe à tout processus ontologique (de symbolisation), c’est ce que l’on peut appeler « idéologie », et faire de cette théorie pure un processus ontologique qui conférera à la théorie un caractère scientifique.

C’est la raison pour laquelle ce qui traduit le passage de la métaphysique à la science est ce processus d’ontologisation ou de « falsification » ou infirmation. C’est là la logique de la science ou le caractère formel ou ontologisant de la science. Popper ne reprend-il pas dans La connaissance objective (1972), une formule de Marx quand il dit que la théorie est le produit de l’activité humaine (apriorisme) qui transcende et aliène ensuite son propre créateur (processus ontologique).

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LA BOUCLE RÉTROACTIVE DU TEMPS, par Nadir (Nadj Popi)

Billet invité

Je voudrais souligner la sagacité de l’analyse que Bernard Stiegler livre au journal L’Humanité datée du 26 avril dans laquelle il lit Marx en termes de causalité inverse. Je souscris pleinement à son propos en utilisant le système théorique d’Alfred Schütz qu’il est important de mobiliser pour comprendre la causalité circulaire de la dialectique matérialiste de Marx : sa logique extractive et déformatrice en forme de boucle.

Alfred Schütz (1899-1959) est un sociologue phénoménologue autrichien (qui a influencé des sociologues américains comme Goffman ou encore Garfinkel) qui, avec la publication de son opus magnum de 1932 : « The phenomenology of the social world » a tranché le conflit des méthodes entre les idéalistes et les historicistes qui a resurgi dans les années 1930 avec la critique de l’empirisme historiciste wébérien formulée par Von Mises défenseur de la position idéaliste (apriorisme).

Alfred Schütz trancha le débat en proposant, grâce à un appareillage théorique composé du processus de Constitution emprunté à Husserl et de la conception rétroactive du temps de Bergson, une véritable théorie de la dialectique matérialiste hégélienne et donc marxienne mais beaucoup plus précise que celle de Hegel et de Marx en cela qu’il introduit la temporalité rétroactive de Bergson qui confère à cette dialectique matérialiste le caractère de boucle soustractive.

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GUY DEBORD (1931 – 1994), Bibliothèque Nationale de France, du 27 mars au 13 juillet 2013

Un hommage à Guy Debord débute dans les jours qui viennent à la Bibliothèque Nationale de France et j’en découvre l’existence grâce aux articles publiés dans la presse. En lisant ceux-ci j’ai l’impression d’entendre parler d’une exposition consacrée aux fossiles du mésozoïque, probablement parce que les auteurs de ces comptes rendus sont jeunes ou en tout cas beaucoup plus jeunes que moi et que le nom « Guy Debord » leur semble enfoui dans la nuit des temps.

Ce n’est pas le cas en ce qui me concerne : plus âgé que moi sans doute Debord n’en était cependant pas moins à mes yeux, mon contemporain, à preuve que j’achetais les cahiers de l’Internationale situationniste au moment de leur parution, et non chez un bouquiniste bien des années plus tard. Je ne veux pas dire pour autant qu’il était aisé de se les procurer. Propos d’ancien combattant : seule une boutique d’art avant-gardiste dans la rue des Éperonniers les recevait à ma connaissance à Bruxelles et les volumes aux couvertures métallisées se retrouvaient dans mon sac en compagnie un jour de Julian Beck et de Jean-Jacques Lebel, un autre des Bâtisseurs d’Empire, pièce écrite par un illustre joueur de trompinette.

On nous explique aujourd’hui que Debord était ceci ou cela « par rapport à Marx ». La référence aurait paru incongrue à l’époque où il écrivait, tant il était clair que Debord était 100% hégélien. Hégélien de gauche comme Marx aussi sans doute, mais comme une branche divergente au sein de l’hégélianisme de gauche, ce qui interdit que l’un soit le disciple de l’autre, même si pour Marx par rapport à Debord, la question ne se pose pas bien entendu.

On ne sait plus rien aujourd’hui du XIXe siècle, sinon qu’on se souvient précisément de Marx et aussi de Darwin. Et ils ont du coup censément tout inventé à l’époque : on attribue ainsi à Marx en économie politique la totalité de ce qu’il a trouvé chez Adam Smith et Ricardo, et en philosophie tout ce que Hegel lui avait transmis. Les hommes sont bien avares de leur mémoire.

Quand nous ouvrons la bouche aujourd’hui, nous répétons du Debord, du Marcuse, de l’Adorno ou du Horkheimer, tout comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir. Aussi, à ceux qui parlent d’un de vous quatre comme d’un iguanodon de Bernissart, je vous le dis bien haut : « Vous êtes vivant ! »

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CHYPRE : DUR, DUR !

Empêcher l’un des dix-sept pays composant la zone euro de faire défaut sur sa dette, et pour ses deux principales banques, de faire faillite, sans compromettre pour autant son statut de paradis fiscal d’un pays situé lui en-dehors de la zone – sans quoi c’est la confiance que nous accordons aux paradis fiscaux en général (hi ! hi !) qui serait mise à mal, et la chute de Lehman Brothers apparaîtrait rétrospectivement comme un incident mineur.

Cruel dilemme s’il en fut !

C’est qui encore qui parlait d’un système économique qui finirait par s’écrouler sous le poids de ses contradictions ?

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S’ENFLA SI BIEN QU’IL CREVA, par FOD

Billet invité. Également paru sur le blog de l’auteur.

À propos de MISERE DE LA PENSEE ECONOMIQUE de Paul Jorion. Fayard, octobre 2012.

Paul Jorion, voilà un intellectuel digne du plus grand intérêt. Un intellectuel capable de sortir des chapelles et de nous livrer une pensée non conventionnelle alimentée par une analyse transdisciplinaire. Anthropologue et sociologue de formation, grand lecteur d’Aristote et de Hegel et de bien d’autres, ayant complété son expérience par des fonctions au sein d’institutions financières aux USA, il nous livre dans son dernier opus « Misère de la pensée économique » un regard acéré sur une discipline qui se voudrait « science », mais en définitive « nous trompe en s’en donnant les apparences ».

Je sais bien que l’homme a quelques détracteurs. Très récemment, alors que j’évoquais son nom à un économiste dit « atterré » dont je préfère taire l’identité, celui-ci me fit rapidement comprendre par sa moue dubitative et un geste de la main du genre « Circulez, y’a rien à voir ! » que Paul Jorion n’était pas en odeur de légitimité auprès de sa sainteté, grand économiste et gardien de l’Ordre. À ma question « pourquoi ? », j’eus droit à un énigmatique « Il écrit trop ». Face à cette réponse inepte, l’atterrement changea de camp. D’atterré, notre célèbre économiste se fit atterrant.

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UN COUP DE POMPE ? PRENEZ UN PEU DE JORION, par Zéphyr Armaguédon

Billet invité. L’auteur de la recension me reproche des positions que je ne défends pas. Mais comme il me félicite pour des positions que je ne défends pas non plus… Je ne suis pas marxiste, dit-il : c’est vrai. J’aurais écrit à Nicolas Sarkozy ? non, jamais.

À propos de MISERE DE LA PENSEE ECONOMIQUE de Paul Jorion. Fayard, octobre 2012.

En 378 à Andrinople l’armée impériale romaine, conduite par Valens en personne, est défaite par une coalition de Goths et d’autres supplétifs en révolte. Cette bataille perdue est emblématique d’un déclin. Elle est ressentie comme telle par la société romaine et ses élites même si les discours officiels ne peuvent que la nier. Signe de la prise en compte du danger, toute déclaration publique devra dès lors se terminer par un éloge de la Rome éternelle et invincible. Cependant, comme aujourd’hui, la condamnation de ceux qui osent dire la vérité et qui dénoncent  la logomachie impuissante, n’y pourra rien.

En faisant du christianisme la religion de l’Empire, le dernier grand empereur, Théodose, ne hâte t-il pas ainsi  la chute de la « Rome éternelle » ?

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