PAUL KRUGMAN À PARIS

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Éric Laurent à eu l’amabilité de m’inviter à la conférence LunaLogic dont il était le présentateur ce matin à Paris. L’invité de marque était Paul Krugman, prix de la banque de Suède à la mémoire d’Alfred Nobel pour les sciences économiques en 2008, également professeur à Princeton et chroniqueur au New York Times.

Éric Laurent a aussi eu le geste attentionné de me faire asseoir aux premiers rangs, au beau milieu des ambassadeurs, dont certains ont entamé la conversation avec moi, persuadés d’avoir affaire à l’un des leurs. Certains, bons princes, ont même poursuivi la conversation une fois le malentendu dissipé.

Était-ce le virus qui l’affectait visiblement puisqu’il l’obligea à plusieurs reprises de s’arrêter pour tousser, mais Krugman n’était pas au mieux de sa forme. La crise économique et financière en Europe était l’objet de son exposé et l’orateur ne semblait pas en savoir davantage sur le sujet que tout lecteur distrait de la presse financière. Dans un jugement à l’emporte-pièce – dont sa conférence ne fut pas avare – il avait déclaré qu’il est difficile de savoir ce qu’il en est de la situation actuelle en Irlande vu que les données économiques du pays sont truquées. L’ambassadeur d’Irlande l’attendait au tournant au moment des questions et réponses et, dans ce qui me sembla une évaluation très mesurée, lui répondit comme le maître d’école qui s’est dit que plutôt que de se mettre en colère sur le chenapan qui l’a visé de sa sarbacane, il vaut mieux lui exposer sur un ton posé les tenants et les aboutissants de sa faute.

C’est aussi au temps des questions qu’il apparut clairement que, tout professeur à Princeton qu’il est, Krugman demeure également approximatif quand il s’agit des données économiques et financières américaines. Sur les questions essentielles qui inquiètent à juste titre les Européens, ses réponses frisèrent plus d’une fois la plaisanterie d’un goût douteux. La planche à billets américaine ? – Pas de quoi fouetter un chat ! Les dollars que les États-Unis déversent sur le monde à charge pour celui-ci de les absorber en limitant les dégâts ? – Une question très abstraite quand il s’agit de la finance puisque ce ne sont après tout que des opérations comptables ; les seuls que cela concerne vraiment parce qu’ils sont friands du billet vert, ce sont les trafiquants de drogue, les braves gens eux, peuvent dormir sur leurs deux oreilles.

À la question que je lui posai sur le rôle déclencheur joué dans la crise par la disparité des revenus, Krugman, après avoir hésité un bref instant, se lança dans de longues digressions pour conclure enfin, triomphant, que seuls les gens de droite recourent en fait à ce genre d’explications. Bien que quasiment terrassé par la force de cet argument, je lui rappelai quand même la crise des subprimes. Là, superbe, il me répondit que les gens qui travaillaient dans ce secteur savent très bien que la crise des subprimes n’avait aucun rapport avec les pauvres aux États-Unis et n’a concerné que les classes moyennes. Comme j’avais déjà complété ma question initiale d’une question subsidiaire et qu’une seconde rallonge aurait provoqué l’émeute parmi les candidats à poser eux aussi des questions, j’en restai là.

La solution à la crise européenne selon Paul Krugman ? Élémentaire, mon cher Watson : l’inflation, qui fera baisser les salaires sans même que les salariés – les nigauds – ne s’en aperçoivent.

Quand vint le moment pour les invités prestigieux d’être présentés à l’orateur, je pris poliment mes cliques et mes claques, et non pas par peur de contracter le gros rhume qui l’affligeait.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise : ILS VONT OUVRIR LES VANNES ! par François Leclerc

Billet invité

Les dirigeants occidentaux vont chercher à noyer l’incendie européen en déversant une masse de liquidités sur les banques et en multipliant les pare-feux afin de cantonner la crise obligataire. L’opération est planifiée pour se dérouler en deux temps.

En février d’abord, avec une nouvelle méga distribution de prêts à trois ans aux banques – une LTRO (Longer-Term Refinancing Operation) – dont il est estimé qu’elle pourrait doubler ou tripler en volume la précédente de décembre. Soit mille à mille cinq cent milliards d’euros pour la seconde vague.


Illustration par Sébastien Marcy

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L’actualité de la crise : L’EXPÉDITIVE THÉORIE DU GARROT, par François Leclerc

Billet invité

Permanente, la grande perdition est également éclatée et ne s’exprime pas de manière similaire aux États-Unis, en Europe ou au Japon. Elle se manifeste aussi bien dans le secteur privé que public et affecte les établissements financiers comme les États. Mais l’Europe conserve pour l’instant le privilège d’être le lieu d’excellence de son observation, un peu comme ces failles de l’écorce terrestre apparentes à la surface du globe.

Signe on ne peut plus éloquent qu’il y est attendu de nouveaux rebondissements, les débats se poursuivent à propos de deux mécanismes pare-feux. L’un concerne le MES, successeur de l’actuel FESF ainsi que le cumul éventuel de leurs moyens financiers respectifs; l’autre porte sur le renforcement de ceux du FMI par ses États membres, afin qu’il soit en mesure d’intervenir pour sauver la région. Le tout avec l’espoir qu’il en résultera un effet dissuasif, rendant au bout du compte inutile l’activation de ces dispositifs.

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CES GENS, TOUT DE MÊME, CES GENS D’EN HAUT, par Jean-Pierre L. Collignon (*)

Billet invité. Le podcast est ici.

Ces gens, tout de même, ces gens d’en haut, sont d’une outrecuidance et d’un culot tout bonnement stupéfiants. Après avoir décidé des mesures les plus infamantes à l’endroit des gueux, à les entendre bien trop gâtés jusqu’ici, les voici qu’ils les mettent en garde, les admonestent et leur font la leçon dès lors qu’ils font mine de répondre et vouloir riposter à ce qui est, proprement, une attaque sans précédent contre ce que des années de lutte avaient arraché à la logique de l’exploitation sous toutes ses formes.

Autrement dit, pour ceux du gouvernement qui se sont exprimés à ce sujet, la grève de demain est une hérésie, une vilaine action ou une erreur de jugement due à une mauvaise interprétation de ce qui a été décidé. A les entendre, les Van Quickmachin et les autres, en ce compris l’Homme de l’année, nous autres, les gens d’en bas, n’aurions rien saisi ni rien compris aux historiques et grandioses perspectives qui s’ouvrent désormais sous nos pas.

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RTBF, La Première, Le Grand Huit du week-end, dimanche 29 janvier, de 08h20 à 08h30

Je fus l’invité de Pascal Claude à propos de la grève générale en Belgique lundi.

Le podcast de l’émission est en ligne.

1) Sur le site rtbf : RTBF, La Première, Le Grand Huit du week-end.

2) Ou directement ICI.

L’article consacré à mon intervention se trouve ici.

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ST. LOUIS BLUES

Ah ! Je déteste, vous savez, voir le soleil du soir se coucher…

St. Louis Blues fut publié en septembre 1914. Composé par William Christopher Handy (1873 – 1958), compositeur également, et entre autres, de Ole Miss Rag :

Eartha Kitt

Bessie Smith

Duke Ellington et Bing Crosby

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FUKUSHIMA : LES CONDUITES DE SECRET DE L’ÉLECTRONUCLÉAIRE, par François Leclerc

Billet invité

Il n’existe aucune trace des réunions des cinq différentes commissions gouvernementales qui ont géré la catastrophe de Fukushima en mars 2011. Ni comptes-rendus, ni minutes, ni enregistrements des débats et des décisions ! Un black-out qui ne pourrait pas être mieux nommé, s’agissant de l’industrie électronucléaire.

Venant d’être reconnue, cette lacune fait obstacle à la reconstitution des événements et à l’analyse de la catastrophe ainsi que des réponses qui lui ont été ou non apportées. Elle participe à un ensemble de révélations qui s’accumulent et concourent à mettre en évidence l’état d’impréparation et de manquement des acteurs et des structures dédiées à la sûreté nucléaire, gouvernement ou opérateur privé de la centrale.

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FR3, LITTORAL, « Flocons d’écume, et vagues en creux », samedi 28 janvier à 16h15

L’émission est visible ici. Si ça ne marche pas dans votre région, un autre lien, ici.

Sur l’île d’Houat dans le Morbihan, un économiste mondialement connu (PJ : hum ! hum !…) revient sur le terrain de son étude, la criée et les pêcheurs… mais la crise est passée par là.

Le 28 janvier à 16h15 (Bretagne, Pays de Loire, Normandie), rediffusion le lundi matin 30 janvier à 10h15 (mêmes régions, plus Pas de Calais, Poitou Charente, Ile de France, Aquitaine, Midi-Pyrénées), ainsi que sur TV5 Monde et Planète Thalassa.

Oui, la mode était légèrement différente en 1973 de ce qu’elle est aujourd’hui. J’ai aussi cessé de chiquer le tabac : ça fait des trous dans les joues.

 
 

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L’actualité de la crise : LES COMMANDEMENTS DE LA RIGUEUR, par François Leclerc

Billet invité

Tout étonnés de bénéficier d’une accalmie dans la tourmente (tout est relatif), les dirigeants européens en profitent pour avancer leurs pions, espérant que cela finira par tourner à leur avantage. Afin de faire bonne figure, les discours avantageux peuvent se multiplier dans les salons du forum de Davos, tandis que l’austérité étend son ombre qui grandit.

La baisse des taux italiens à court terme (ainsi que celle des taux espagnols à dix ans sur le marché secondaire) alimente leur optimisme, les banques du pays puisant dans les crédits de la BCE sans prendre trop de risques, puisque les maturités sont inférieures à la durée de ses prêts. Il est désormais espéré la poursuite des bienfaits du LTRO – l’opération de prêts à trois ans de la banque centrale – puisqu’elle va elle-même être renouvelée, ce qui procurerait aux gouvernements le répit qu’ils n’ont jamais trouvé, pouvant même leur faire trop vite croire que c’est gagné ! En oubliant qu’ils créent eux-mêmes les conditions de nouveaux rebondissements.

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À MESDAMES ET MESSIEURS LES JOURNALISTES, À PROPOS DE LA GRÈVE GÉNÉRALE EN BELGIQUE DE CE LUNDI 30 JANVIER, par Érik Lambot

Billet invité.

Mesdames, Messieurs les journalistes,

La manière dont vous, les médias, présentez à la population la grève de lundi n’est pas digne de votre vocation de journaliste ; vous trahissez la responsabilité qui est la vôtre dans le décodage et la transmission de l’information. Il n’y a chez vous, ni analyse de fond, ni explications sur l’origine profonde de la crise actuelle du système financier.

Une enquête digne de ce nom vous aurait fait découvrir rapidement que la dette monstrueuse que l’on demande aux peuples de rembourser, la cause de cette austérité qui provoque cette grève générale qui aura lieu lundi, cette dette enfin, NOUS N’EN SOMMES PAS RESPONSABLES. Elle nous a été imposée par un système financier dévoyé dirigé par une minorité d’acteurs internationaux qui se jouent des lois, et qui ont la possibilité de faire payer les montants astronomiques qu’ils ont perdus en jouant au casino, à une population mondiale sans défense.

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LE TRAVAIL : UN MODÈLE À REPENSER ?, par FOD

Billet invité

À l’encontre de certaines idées reçues ou discours remettant en cause la réduction du temps de travail, il est temps de faire le point sur cette épineuse question, d’autant plus importante que là encore un effort de réflexion devra être entamé pour penser les nouvelles formes et les nouvelles conditions du travail de demain.

Pour entrer dans le vif du sujet, un 1er constat s’impose. Comme le 1er graphique le démontre, nous assistons globalement depuis 30 ans à un mouvement quasi-général de réduction du temps de travail (tous emplois confondus : salariés et non salariés).

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TOUT SUR LE DERNIER TOUR DE VIS EUROPÉEN, par Éric Walravens

Billet invité. Le blog de l’auteur se trouve ici.

Tout le monde le reconnaît : les décisions européennes ont un impact toujours plus important sur l’économie, les lois, la vie quotidienne. La tendance est devenue évidente avec la crise de l’euro, qui amène les Etats à mettre en commun d’importantes compétences souveraines. Les citoyens et même leurs représentants élus continuent pourtant à ne s’intéresser que de loin, ou plutôt trop tard, à la politique européenne.
 Dans les parlements des pays membres, beaucoup de députés ne se sont pas encore remis des prérogatives qu’ils ont perdues avec l’entrée en vigueur d’un « semestre européen » et d’une législation dite « six-pack » (carton de 6 bières) : obligation pour chaque pays de présenter son budget à la Commission européenne dans un calendrier serré et sanctions à gogo pour les déficits, dettes et même déséquilibres jugés excessifs.

Mais, alors que l’encre de ces accords n’est pas encore sèche, beaucoup ne voient pas qu’un nouveau durcissement des règles est, déjà, sur le point d’être adopté.

  • Un traité de discipline budgétaire, négocié au pas de charge sous pression de l’Allemagne, sera discuté au sommet européen de ce lundi 30 janvier.
  • Un second traité instituant un Mécanisme européen de stabilité, sorte de fonds monétaire européen vient d’être finalisé (mais il doit encore être ratifié)
  • De nouvelles propositions (déjà rebaptisées « two-pack » en jargon eurobruxellois) visent à accentuer encore la surveillance des comptes nationaux par la Commission

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RTL.be, ÉDITION SPÉCIALE, « Austérité : que nous restera-t-il ? », lundi 23 janvier 2012

RV a pris la peine de transcrire mon intervention. Merci à lui !

Michel De Maegd

Bonsoir, merci d’être parmi nous. Vit-on en 2012 au dessus de nos moyens ?

Paul Jorion

Pas vraiment. Il faut poser le problème tout à fait autrement.

Nous vivons dans des sociétés que nous devons regarder par rapport à d’autres. Il faut que nous comprenions comment notre système marche, et dans notre système, vous le savez, la plupart des gens sont des salariés, ils reçoivent un salaire. Il y a des gens qui sont dirigeants d’entreprise. Ces gens là dirigent une entreprise : ils font un profit sur les marchandises qui sont vendues. Et il y a des gens, ça peut être les mêmes, la question n’est pas là, il y a des gens qui procurent des capitaux et ces capitaux sont rémunérés avec des intérêts.

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