PAUL KRUGMAN À PARIS

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Éric Laurent à eu l’amabilité de m’inviter à la conférence LunaLogic dont il était le présentateur ce matin à Paris. L’invité de marque était Paul Krugman, prix de la banque de Suède à la mémoire d’Alfred Nobel pour les sciences économiques en 2008, également professeur à Princeton et chroniqueur au New York Times.

Éric Laurent a aussi eu le geste attentionné de me faire asseoir aux premiers rangs, au beau milieu des ambassadeurs, dont certains ont entamé la conversation avec moi, persuadés d’avoir affaire à l’un des leurs. Certains, bons princes, ont même poursuivi la conversation une fois le malentendu dissipé.

Était-ce le virus qui l’affectait visiblement puisqu’il l’obligea à plusieurs reprises de s’arrêter pour tousser, mais Krugman n’était pas au mieux de sa forme. La crise économique et financière en Europe était l’objet de son exposé et l’orateur ne semblait pas en savoir davantage sur le sujet que tout lecteur distrait de la presse financière. Dans un jugement à l’emporte-pièce – dont sa conférence ne fut pas avare – il avait déclaré qu’il est difficile de savoir ce qu’il en est de la situation actuelle en Irlande vu que les données économiques du pays sont truquées. L’ambassadeur d’Irlande l’attendait au tournant au moment des questions et réponses et, dans ce qui me sembla une évaluation très mesurée, lui répondit comme le maître d’école qui s’est dit que plutôt que de se mettre en colère sur le chenapan qui l’a visé de sa sarbacane, il vaut mieux lui exposer sur un ton posé les tenants et les aboutissants de sa faute.

C’est aussi au temps des questions qu’il apparut clairement que, tout professeur à Princeton qu’il est, Krugman demeure également approximatif quand il s’agit des données économiques et financières américaines. Sur les questions essentielles qui inquiètent à juste titre les Européens, ses réponses frisèrent plus d’une fois la plaisanterie d’un goût douteux. La planche à billets américaine ? – Pas de quoi fouetter un chat ! Les dollars que les États-Unis déversent sur le monde à charge pour celui-ci de les absorber en limitant les dégâts ? – Une question très abstraite quand il s’agit de la finance puisque ce ne sont après tout que des opérations comptables ; les seuls que cela concerne vraiment parce qu’ils sont friands du billet vert, ce sont les trafiquants de drogue, les braves gens eux, peuvent dormir sur leurs deux oreilles.

À la question que je lui posai sur le rôle déclencheur joué dans la crise par la disparité des revenus, Krugman, après avoir hésité un bref instant, se lança dans de longues digressions pour conclure enfin, triomphant, que seuls les gens de droite recourent en fait à ce genre d’explications. Bien que quasiment terrassé par la force de cet argument, je lui rappelai quand même la crise des subprimes. Là, superbe, il me répondit que les gens qui travaillaient dans ce secteur savent très bien que la crise des subprimes n’avait aucun rapport avec les pauvres aux États-Unis et n’a concerné que les classes moyennes. Comme j’avais déjà complété ma question initiale d’une question subsidiaire et qu’une seconde rallonge aurait provoqué l’émeute parmi les candidats à poser eux aussi des questions, j’en restai là.

La solution à la crise européenne selon Paul Krugman ? Élémentaire, mon cher Watson : l’inflation, qui fera baisser les salaires sans même que les salariés – les nigauds – ne s’en aperçoivent.

Quand vint le moment pour les invités prestigieux d’être présentés à l’orateur, je pris poliment mes cliques et mes claques, et non pas par peur de contracter le gros rhume qui l’affligeait.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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296 réflexions sur « PAUL KRUGMAN À PARIS »

  1. J’ai toujours préféré les livres et les analyses de Joseph Stiglitz, notamment « Le Triomphe de la cupidité » et « La grande désillusion ».

  2. D’un article d’Antoine Compagnon sur Baudelaire et la presse:

    « Qu’aurait-il pensé de notre internet ? Pas grand bien, sans doute. Il nous dirait, comme il l’écrivait des journaux : « Et c’est de ce dégoûtant apéritif que l’homme civilisé accompagne son repas de chaque matin. » Et si ce n’était que le matin ! Mais il n’en reconnaîtrait pas moins une fonction indispensable et irremplaçable aux blogs, tous ces « petits journaux » d’aujourd’hui, capables de reprendre, de corriger, de dénoncer les approximations des médias de masse : « Toutes les fois qu’une grosse bêtise, une monstrueuse hypocrisie, une de celles que notre siècle produit avec une inépuisable abondance se dresse devant moi, tout de suite je comprends l’utilité du « petit journal ». » Il rappelait cela dans une lettre à un « petit journal » où il protestait contre les idées reçues, la doxa du jour. »

    http://www.huffingtonpost.fr/antoine-compagnon/facebook-twitter-baudelaire-et-les-petits-journaux_b_1245100.html?ref=france

    1. Ce que je saisis viscéralement chez les peintres c’est leur silence.
      La violence d’un rouge vif absorbé par le drap blanc lumineux éclaboussé.
      Une dernière tentative inspirée appelant tout le noir à l’horizon.
      Le rêve d’un alcool au bord des lèvres.
      Un chiffon maculé polychrome.
      Poussière sur poussières.
      Retour à l’expéditeur.
      Pièce froide.
      Cadre.
      Au loin un oiseau bleu.

  3. Quels sont les pays riches en Europe ? :

    « Qu’en est-il de la France ? Elle ressemble bien plus à l’Italie qu’à la Finlande. La dette nette de l’Etat est de l’ordre de 80 % du PIB et le patrimoine net de la population française de 510 % du PIB. Au total, les Français sont encore plus riches que les Italiens, avec environ 135 000 euros par tête en 2011. De quoi faire rêver les Allemands : le patrimoine net des particuliers et de l’Etat y est de 320 % du PIB, très proche du ratio finnois, mais avec un PIB par habitant plus faible, cela ne représente que 100 000 euros par tête.

    Il se dessine donc deux Europe. Celle des Etats riches mais des populations relativement humbles, et celle des Etats endettés, mais des populations en moyenne riches. Nos voisins n’ont donc pas vraiment tort. Avant d’en appeler à la solidarité européenne, la solution à la dégradation des finances publiques en Italie ou en France pourrait passer par des efforts nationaux. »

    « L’obstacle est alors politique. Les millionnaires représentent 5,5 % des adultes en France et 3,2 % en Italie, contre seulement 2,6 % en Allemagne et 1,9 % en Finlande. Comme les millionnaires sont plus souvent inscrits sur les listes électorales, et participent plus aux scrutins électoraux, ils peuvent représenter un douzième des votants lors des prochaines élections organisées en France. Cela ne justifie-t-il pas une politique de préservation des gros patrimoines, au détriment des finances publiques ? »

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/01/30/trop-de-riches-tue-l-impot_1636198_3232.html

    1. Marrant personne ne réagit, alors que l’article que je cite est une bombe qui remet complètement en question le classement des états responsables de la crise des dettes de la zone Euro.

      La France et l’Italie pouvant être mis en tête du peloton avec leurs riches amis de Sarko et Berlusconi.

      Avant de s’en prendre à l’Allemagne, ces 2 pays feraient bien de faire le ménage dans leur cour.
      Berlusconi est « parti », il reste l’autre à faire partir.

      1. En France 135 000 euros par tête de pipe!
        J’ai beau faire mes comptes dans tous les sens, économies et patrimoine compris, il me manque, à la louche, 130 000 euros!
        Y’a quelqu’un qu’a piqué ma part!
        ( Une vieille voiture d’occase, ça compte dans le patrimoine?)

      2. Garorock

        C’est une valeur moyenne, l’écart type est suggéré, encore faudrait il avoir affaire à une gaussienne selon Kolmogorov-Smirnov ou alors selon le skewness, ce qui n’est pas garanti. Au doigt mouillé, je verrais l’inverse, une asymétrie statistique.

      1. 1- Il n’y a pas vraiment de bulle immobilière en Allemagne, donc moins de ‘riches’ propriétaires (des milliers de Strasbourgeois ont acheté une maison ou un appartement en Allemagne, alors qu’il y a dix ou vingt ans, c’était l’inverse).
        2- Combien de propriétaires immobiliers en France ont à peine un smic pour vivre ?
        3- Par ailleurs, les Allemands préfèrent la location, relativement aux Français et aux Britanniques, ce qui explique déjà une partie de la différence du nombre de millionnaires.

        Si vous ôtez les 12 millions de pauvres en Allemagne, vous avez une classe moyenne importante et surtout une classe moyenne ‘supérieure’ jouissant de hauts revenus.
        Ce chiffre du nombre de millionnaires qui serait plus élevé en Allemagne est à prendre avec des pincettes. Ce que l’on peut comparer, c’est le revenu net disponible. Là il n’y a pas photo. Jusqu’à quand ?

      2. Autre problème français, en plus de sa fiscalité medefienne :

        « Vers la tiers-mondisation de l’économie française ?

        Il s’agit d’ « un choix politique », analyse Askénazy : « Une économie avec un coût du travail élevé mais des entreprises innovantes sera toujours plus compétitive que l’inverse. L’Allemagne s’en sort mieux car, contrairement à la France, elle a beaucoup investi dans l’innovation et s’est spécialisée sur des secteurs en croissance. Pour combler ce différentiel, la France a donc deux solutions. Elle peut soit continuer à se développer dans des secteurs peu productifs et baisser son coût du travail, soit rendre ses entreprises plus innovantes et donc plus productives. » Voilà donc tout droit où nous mène la politique UMPo-Medefiste (ou Medefo-UMPiste ?) : à la tiers-mondisation de l’économie française. Les oligarques sont cupides mais leur avidité les rend stupides, sciant la branche dorée sur laquelle ils ont posé leur gras postérieur capitaliste. »

        http://www.plumedepresse.net/avec-lumedefp%C2%A9-aux-manettes-vers-la-tiers-mondisation-de-leconomie-francaise/#more-3756

      3. Wikipedia:
        « L’industrie est un secteur économique très important en Allemagne. Huit millions de personnes, soit 33 % de la population active, travaillent dans ce secteur. Les principaux secteurs en chiffre d’affaires sont la construction automobile avec 777 000 salariés en 2004, suivie par l’électrotechnique avec 799 000 salariés, la construction mécanique avec 868 000 salariés et l’industrie chimique. À côté des grandes entreprises mondialement connues comme Siemens, ThyssenKrupp AG ou Bayer, les PME/PMI emploient plus de 20 millions de salariés. Dans la construction mécanique, secteur où la RFA détient 19,3 % du marché mondial, la grande majorité des entreprises a moins de 200 salariés. Ces succès sont dus à la réputation de bonne qualité des produits allemands en général. Grâce à leurs bons rendements, près de 70 % d’entre elles peuvent couvrir elles-mêmes leurs besoins financiers.
        La construction automobile fournit 40 % des exportations allemandes. Un salarié sur sept travaille dans ce secteur. Les grands constructeurs Volkswagen, BMW, Daimler AG, Porsche, Opel, filiale allemande de General Motors font de l’Allemagne le troisième producteur d’automobiles mondial. Environ six millions de voitures sortent chaque année des chaînes de montage allemandes et 4,8 millions de voitures de marque allemande sont produites à l’étranger. »

      4. Alain V, proportionnellement plus de propriétaires en France qu’en Allemagne, c’est sûr, grosso modo 20 % en plus, pour tout un tas de raisons historiques, démographiques, culturelles, économiques et politiques bien connues.
        Par contre je vous rappelle que le RDB moyen par ménage français est lui aussi supérieur au RDB allemand, pratiquement dans la même proportion (48 000 € contre 42 000 €) et sachant la pression fiscale sur les ménages allemands, indirecte comme directe, supérieure à celle subie par les ménages du coté du Rhin où « le bon dieu serait heureux », je subodore que l’écart est encore plus favorable aux ménages français en revenu net disponible…

      5. Quelles sont ces « tas de raisons historiques, démographiques, culturelles, économiques et politiques bien connues. »?

      6. Saurat, 1) j’m’appelle pas Googol 1er 2) vous mangez comme vous lisez ? Faut tout vous passer à la moulinette et au presse-purée pour soulager le cortex comme l’estomac ? Bossez un peu, c’est gratuit. Juste une piste, pasque j’suis trop bon : les plus hauts taux de propriétaires en Europe, à part ces pauvres belges bien sûr, traditionnellement c’est l’Espagne, la Grèce, l’Italie. Les plus faibles l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse, la Hollande. Démerdez vous avec ça, feignasse.

      7. Vigneron toujours aussi aimable, à croire que le vin de Bordeaux aigrit l’estomac! Désolé, je reste sur ma faim. Donnez quelques pistes avant d’asséner des « vérités » toutes vigneronnesques. Des pistes pour comprendre pourquoi toutes ces raisons « historiques, démographiques, culturelles, économiques et politiques bien connues ». Raisons ne veut pas dire données, informations présentes.

      8. @ fnur
        Il faudrait préciser ce que vous appeler « le » diagnostic dans toutes les idées que vous avez émis.

        Le PIB , la dette , le patrimoine des français sont des valeurs « relatives » .

        imaginons que dans les 10 prochaines , la valeur des biens immobiliers baissent pour revenir à des valeurs raisonnables , et l’on dira que les français se sont terriblement appauvris ?
        Imaginons que la dette soit répudiée et l’on dira que les français se sont incroyablement enrichis ?
        Imaginons enfin que le PIB soit une donnée particulièrement « relative » ?
        Depuis 2008 , il est permis d’avoir des doutes sur la confiance en économie.
        http://www.abcbourse.com/analyses/chronique-le_systeme_francais_ne_tourne_pas_rond-72.aspx

        Bref, faire un diagnostic ( quelqu’il soit ) à partir d’éléments aussi relatifs , c’est , à mon sens , comme présumer qu’un vigneron ne boit que de l’eau .
        Mais bien évidement, vous n’êtes pas obligé de me croire .

    2. Dis pas de bêtise Fnu’rrr, tu sais bien que la France égalitaire et sociale a été, est, sera toujours le dernier rempart du monde libre contre les hordes coalisées de l’empire anglo-am néolibéral et de l’empire teuton ordolibéral. Ne prêtons pas attention aux informations abracadabrantesques et diffamatoires émanant de de trouble organe de l’anti-France, si bien nommé d’ailleurs, Le Monde… tout un programme…
      La lutte continue !

    3. @fnur
      Les français épargnent, en tout cas, ceux qui peuvent, mais il ne faut pas confondre le possesseur d’un Livret A ou B ou Grand Format (épargne issue d’un travail) et le rentier qui possède un patrimoine issu d’un héritage (par exemple, un immeuble entier à Paris)…Donc, pour les « efforts nationaux », ne pas se tromper de ‘cible’ …
      Petite correction au titre du Monde : « trop de ‘riches’ trop peu imposés… »

  4. Le blog de Krugman devient plus ou moins un ramassis de petites vannes potaches, « wonkish’ dirait-t-il sans doute, et toujours aveugle (comme beaucoup d’acharnés de la justice et de la morale ici il est vrai, mais qui ne le serait pas ?), à la raison fondamentale de la crise actuelle, encore rappelée dans Nature le 26 janvier pourtant, qui est celle des limites ressources naturelles, et du fait en particulier qu’il est aujourd’hui à peu près clair que le maximum de production de barils par jour à l’échelle mondiale est maintenant derrière nous, voir pdf :
    http://iiscn.files.wordpress.com/2012/01/murray12oil.pdf

  5. Merci pour ce compte-rendu. Krugman ne dit pas que des bêtises : il peut en écrire aussi. Ainsi, en 2002 : « Alan Greenspan needs to create a housing bubble to replace the Nasdaq bubble » Hélas ! il a été écouté…

    De lui, je préfère retenir sa décennie de critique virulente de W. Bush, et surtout son très valable petit livre « La Mondialisation n’est pas coupable : Vertus et Limites du libre-échange ». On devrait en offrir un à Todd, Mélenchon, Le Pen et al.

    1. Je l’avais lu sans connaitre guère d’économie et en découvrant « IM/LS » etc., mais j’avais eu du mal à faire les « travaux pratiques », l’interprétation de l’actualité par exemple.

      Comment le licenciement boursier de base rentre-t-il dans cette vision ?

    2. @Gu Si Fang: « La Mondialisation n’est pas coupable : Vertus et Limites du libre-échange »

      Malheureusement, là aussi on l’a écouté.

    3. @Gu Si Fang
      Mettre Todd, Mélanchon et Le Pen fille sur le même plan…?
      Pour E. Todd, c’est bien la religion du ‘libre-échange’ qui est un échec, et avec un certain ‘impérialisme’ US, les causes des ‘crises’ à répétition depuis 30 ans…?
      Extrait de « Après l’empire » de Emmanuel Todd, 2002.

      « L’augmentation de la capitalisation boursière, totalement disproportionnée avec la croissance réelle de l’économie américaine, ne représente en réalité qu’une sorte d’inflation des riches.
      L’extraction du profit gonfle des revenus qui vont s’investir en Bourse, où la rareté relative des « biens » à acheter, les actions, produit une hausse de leur valeur nominale.
      L’exploitation des classes laborieuses du monde développé et la surexploitation des pays en voie de développement ne poseraient pas un problème insurmontable à l’équilibre de cette société globalisée si les classes dirigeantes de tous les pays de la planète, et spécifiquement des protectorats européens et japonais, y trouvais leur compte.
      La vulnérabilité grandissante de l’hégémonie américaine découle en partie de ce que le mécanisme régulateur devient une menace pour les classes privilégiées de la périphérie dominée, qu’il s’agisse des possédants européens et japonais ou des nouvelles bourgeoisies des pays en développement.
      Nous devons donc maintenant nous attacher à suivre plus avant le destin mondial du profit, qui va nous entraîner, au-delà de la dénonciation morale de son extraction, à l’examen de son évaporation.
      Si nous sortons d’un modèle général et abstrait utilisant les mots de capitalisme, de profit, de riches, de Bourse, etc. et réinsérons ces notions dans la réalité du monde, nous devons dire, tout simplement, qu’une partie importante des profits du monde court vers le système boursier américain.
      Je n’aurais pas la prétention de vouloir seul reconstituer la totalité des mécanismes de redistribution aux Etats-Unis de ce revenu en provenance de l’étranger. Trop de leurres financiers et idéologiques font du système un jeu de miroirs déformants : de l’emploi d’une domesticité innombrable d’avocats et de comptables par les possesseurs du capital à l’endettement des ménages moyens et aux purges successives subies par Wall Street.
      Sans oublier les baisses successives du loyer de l’argent, avec un taux d’intérêts réel zéro en ligne de mire, qui équivalent, dans une économie de spéculation, à des distributions gratuites de monnaie.
      Mais si nous admettons que l’économie américaine est, dans sa réalité physique, faiblement productive, ainsi qu’en témoigne l’importation massive et croissante de biens de consommation, nous devons considérer que la capitalisation boursière est une masse fictive et que l’argent dirigé vers les Etats-Unis entre, littéralement, dans un mirage.
      Par des voies mystérieuses, le mouvement d’argent conçu par les privilégiés de la périphérie comme un investissement en capital se transforme pour les Américains en signes monétaires servant à la consommation courante de biens achetés à travers le monde. L’investissement en capital devra donc, d’une façon ou d’une autre, être vaporisé. La science économique devrait spéculer, analyser, prévoir : la chute des indicateurs boursiers, la disparition d’Enron, l’implosion du cabinet d’audit Andersen fournissent des pistes et des hypothèses. Chaque faillite américaine se traduit pour les banques européennes ou japonaises par des volatilisations d’actifs. Et puis nous savons d’expérience en France que, du scandale du Crédit Lyonnais à la mégalomanie américanophile de Jean-Marie Messier, un investissement massif aux Etats-Unis est comme l’annonce d’une catastrophe imminente.
      Nous ne savons pas encore comment, et à quel rythme, les investisseurs européens, japonais et autres seront plumés, mais ils le seront.
      Le plus vraisemblable est une panique boursière d’une ampleur jamais vue suivie d’un effondrement du dollar, enchaînement qui aurait pour effet de mettre un terme au statut économique « impérial » des Etats-Unis.
      Nous ne savons pas encore si la baisse du dollar qui s’est amorcée au début d’avril 2002, à la suite de l’affaire Enron-Andersen, n’est qu’un aléa du système ou le début de sa fin.
      Rien de tout cela n’a été voulu ou pensé.
      L’implosion du mécanisme sera aussi surprenante que l’a été son émergence.

      Dans la mesure où les revenus des pauvres, des classes moyennes et des privilégiés ont progressé de 1995 à 2000 à peu près au même rythme aux Etats-Unis, le moraliste peut trouver un certain réconfort dans la vision terminale d’une plèbe américaine accaparant une partie des profits du monde entier, européens notamment.
      C’est un retour fondamentaliste à Jesse James : on vol aux riches pour donner aux pauvres – à ses pauvres.
      Un tel mécanisme ne révèle-t-il pas la puissance impériale des Etats-Unis, semblable à celle de Rome ?
      Mais l’Amérique n’a pas la puissance militaire de Rome.
      Son pouvoir sur le monde ne peut se passer de l’accord des classes dirigeantes tributaires de la périphérie.
      Au –delà d’un certain taux de prélèvement, et d’un certain niveau d’insécurité financière, l’adhésion à l’empire n’est peut-être plus pour ces dernières une option raisonnable.
      Notre servitude volontaire ne peut se maintenir que si les Etats-Unis nous traitent de façon équitable, mieux, s’ils nous considèrent de plus en plus comme des membres de la société dominante centrale, c’est le principe même de toute dynamique impériale. Ils doivent nous convaincre, par leur universalisme, par le verbe autant que par le comportement économique, que « nous sommes tous américains ».
      Mais loin d’être de plus en plus américains, nous sommes de plus en plus traités comme des sujets de deuxième catégorie – parce que le recul de l’universalisme est, malheureusement pour le monde, la tendance idéologique centrale de l’Amérique actuelle. »

    4. Gu Si Fang (不)顧四方

      Vous feriez-mieux d’aller prodiguer vos conseils à Alain Minc ou Nicolas Baverez les propagandistes français de la mondialisation heureuse.
      Il sont en très petite forme ces temps derniers et c’est pas prêt de s’arranger.
      Chaque jour qui passe dément leurs fumeuses explications et préconisations.
      Quant à Alain Madelin et Guy Sorman ils sont coincés quelque part dans une faille du temps avant la chute du mur de Berlin dans les années Reagan … plus personne ne les écoute. Même Sarkozy a tenu à prendre ses distances avec lui lors de sa dernière déclaration télévisée, c’est dire.

      1. Ils sont en très petite forme ces temps derniers et c’est pas prêt de s’arranger. Chaque jour qui passe dément leurs fumeuses explications et préconisations.

        C’est normal si les gens se sentent de plus en plus mal à l’aise et moins bien compris, ils ne peuvent hélas dans une plus grande tour d’ivoire mieux rendre service aux choses.

        Vous savez tout homme et cela quelque soit sa propre préférance de langage, de lecture ou de vocabulaire premier dans la vie fait indirectement du tort à sa propre cause. Moi même je n’y échappe pas plus à l’égard des premières valeurs d’un modeste charpentier et artisan d’autrefois, idem pour les plus irreligieux de la terre, idem pour les plus libéraux ou socialistes des temps passés, présent ou futur, comme si en vérité l’histoire se jouer constamment de nos premières oeuvres industrielles.

        Comme si le premier calcul des hommes sur la terre nous amenait toujours paradoxalement à en faire le même constat des choses. Mais qui donc dans un tel monde a déjà entendu une telle chose exprimée de la part d’un libéral, d’un socialiste, d’un religieux, d’un athé, d’un communiste, d’une féministe, d’un politique, d’un bureaucrate, d’un média, d’un barbu, d’un tondu, d’un expert, d’une Merkel et compagnie ah si seulement mon Dieu je pouvais mériter mieux que ça dans ma vie. Pourquoi toujours les mêmes histoires qui repassent en boucles, pourquoi toujours vouloir casser d’abord le dos des autres au rabais.

        Oui ça me fait de la peine pour le Président, mais pas seulement pour lui et ses premiers conseillers en la matière pas toujours mieux conseillés non plus en eux, alors qu’avant il avait quand même de plus grosses couilles vis-à-vis de la Merkel, même si bien sur c’est pas trop ma tasse de thé pour les plus mal en point de nos sociétés, comme quoi la Merkosy ne rend pas mieux service non plus aux plus intéressés.

        Faudrait partout devenir des eunuques, des experts, des machines, des gens sans culture, sans mémoire, ni même plus guère d’états d’ames et de scrupules à l’égard de quiconque, faudrait en fait donner tout le temps principalement raison et honneur aux plus grands de ce monde à l’image.

    5. Gu SI Fang: vous dites « Alan Greenspan needs to create a housing bubble to replace the Nasdaq bubble » Hélas ! il a été écouté… ». N’était ce pas logique que Krugman préconise la création d’une bulle, et n’était ce pas logique que Greenspan l’ait écouté?

    6. Gus qui nous fout un titre ambigu de Krugman de 2002 sur un lien mort de chez mort… J’ai trouvé une partie au moins du billet incriminé par Gus, le contexte du « Greenspan needs to » :

      A few months ago the vast majority of business economists mocked concerns about a  »double dip, » a second leg to the downturn. But there were a few dogged iconoclasts out there, most notably Stephen Roach at Morgan Stanley. As I’ve repeatedly said in this column, the arguments of the double-dippers made a lot of sense. And their story now looks more plausible than ever.
      The basic point is that the recession of 2001 wasn’t a typical postwar slump, brought on when an inflation-fighting Fed raises interest rates and easily ended by a snapback in housing and consumer spending when the Fed brings rates back down again. This was a prewar-style recession, a morning after brought on by irrational exuberance.
      To fight this recession the Fed needs more than a snapback; it needs soaring household spending to offset moribund business investment. And to do that, as Paul McCulley of Pimco put it, Alan Greenspan needs to create a housing bubble to replace the Nasdaq bubble.
      Judging by Mr. Greenspan’s remarkably cheerful recent testimony, he still thinks he can pull that off. But the Fed chairman’s crystal ball has been cloudy lately; remember how he urged Congress to cut taxes to head off the risk of excessive budget surpluses? And a sober look at recent data is not encouraging.
      On the surface, the sharp drop in the economy’s growth, from 5 percent in the first quarter to 1 percent in the second, is disheartening. Under the surface, it’s quite a lot worse. Even in the first quarter, investment and consumer spending were sluggish; most of the growth came as businesses stopped running down their inventories. In the second quarter, inventories were the whole story: final demand actually fell. And lately straws in the wind that often give advance warning of changes in official statistics, like mall traffic, have been blowing the wrong way.
      Despite the bad news, most commentators, like Mr. Greenspan, remain optimistic. Should you be reassured ?
      Bear in mind that business forecasters are under enormous pressure to be cheerleaders:  »I must confess to being amazed at the venom my double dip call still elicits, » Mr. Roach wrote yesterday at cbsmarketwatch.com. We should never forget that Wall Street basically represents the sell side.
      Bear in mind also that government officials have a stake in accentuating the positive. The administration needs a recovery because, with deficits exploding, the only way it can justify that tax cut is by pretending that it was just what the economy needed. Mr. Greenspan needs one to avoid awkward questions about his own role in creating the stock market bubble awkward questions about his own role in creating the stock market bubble.
      But wishful thinking aside, I just don’t understand the grounds for optimism. Who, exactly, is about to start spending a lot more? At this point it’s a lot easier to tell a story about how the recovery will stall than about how it will speed up. And while I like movies with happy endings as much as the next guy, a movie isn’t realistic unless the story line make sense.

      http://absolutewrite.com/forums/archive/index.php/t-191028.html

  6. Oui!
    Dans les commentaires de l’article de François, « Ils vont ouvrir les vannes », Krugman a déjà été discuté par quelques-uns, après citation de son appel à l’inflation. J’y avais écrit http://www.pauljorion.com/blog/?p=33341#comment-288075, que j’aurais pu aussi bien mettre sur cette page-ci.
    Je lisais jusqu’à présent avec intérêt sa chronique traduite sur le site de la RTBF, mais cette fois, j’ai compris le fond de sa pensée, bien en accord avec la cible de J. K. Galbraith, « L’art d’ignorer les pauvres. »

    Bonne journée à tous !

    1. J’ai envie de pleurer à l’idée que Galbraith est mort. J’ai envie de gueuler quand je vois que ceux qu’il combattait sont toujours vivants, et toujours aussi hypocrites et nuisibles.

    2. Leboutte, au renfort de monsieur Moi (qui vous en remercie en venant faire sa pleureuse sur les cendres d’un Galbraith qu’il aurait traité vivant comme un il traite un Krugman, soit comme un économiste-intellectuel de gôche lib-dem, faux nez du capital et des démons de la dominance ploutocratique) dans l’outrance. Bravo. Mettre Krugman parmi ceux que Galbraith dénonce dans son texte, soit les Bentham, Spencer, Malthus, John D. Roosevelt, Coolidge, Herbert Hoover, M. Friedman, c’est juste grotesque. Vous voilà en bonne compagnie, avec l’acolyte Môôayen.
      Sur la relation entre l’ancien liberal Galbraith (John, le père…) et le nouveau liberal Krugman, très condensé :
      http://www.dissentmagazine.org/article/?article=790
      Et sur cet aller-retour Krugman/Galbraith :
      FROM GALBRAITH TO KRUGMAN AND BACK
      Galbraith, Krugman and « Good Economic »
      http://ideas.repec.org/p/qld/uq2004/369.html
      Le dialogue Krugman / Galbraith junior :
      http://economistsview.typepad.com/economistsview/2008/05/james-galbraith.html

      @ Monsieur Moi, je sais bien que tu ne serais pas loin (s’il le fallait…) d’aller jusqu’à placer Jorion sur la « liste » comportant un Krugman plutôt que sur celle d’un Sapir ou d’un Lordon, mais je t’invite à lui demander si, par exemple pour la question européenne et de l’euro, Jorion se rapprocherait plutôt des thèses d’un Sapir ou de celles d’un Aglietta…

      1. @vigneron: « je t’invite à lui demander si, par exemple pour la question européenne et de l’euro, Jorion se rapprocherait plutôt des thèses d’un Sapir ou de celles d’un Aglietta… »

        La question européenne et de l’euro n’est qu’un détail pour moi, aussi bien Sapir que Aglietta sont des réformistes. Ce qui compte c’est la démocratie, la souveraineté populaire à tous les niveaux institutionnels. Que cela se fasse avec la structure UE, au niveau national, régional ou suite à l’indépendance de mon village, je m’en fous.
        Et donc Jorion serait dans la même liste que ces deux-là? (je mets Krugman dans la même liste, mais tout en bas au niveau de la qualité; Lordon n’est pas dans cette liste)
        Possible. Je le voyais quand même un peu plus « en dehors du cadre », mais si tu le dis…

      2. Oups, malheureuse confusion dynastique entre le number one des John Davison Roquefeuille (plus grosse fortune des temps modernes à ce jour, dés 1914…) et le number two des Roosevelt…

      3. @vigneron: « qui vous en remercie en venant faire sa pleureuse sur les cendres d’un Galbraith qu’il aurait traité vivant comme un il traite un Krugman, soit comme un économiste-intellectuel de gôche lib-dem, faux nez du capital et des démons de la dominance ploutocratique »

        J’avais pas vu ça tiens. Tu confonds « mettre dans la même liste » et « traiter de la même manière ».
        De fait, Galbraith était un réformiste et non un penseur « hors-cadre ». Mais il ne me viendrait pas à l’esprit de le traiter comme un Krugman. On peut être dans la même liste mais se retrouver tout en haut ou tout en bas.
        Si tu vois pas la différence entre Torquemada et St-François sous prétexte qu’ils étaient tous les deux cathos…

      4. Ce qui compte c’est la démocratie, la souveraineté populaire à tous les niveaux institutionnels. Que cela se fasse avec la structure UE, au niveau national, régional ou suite à l’indépendance de mon village, je m’en fous.

        Faudrait savoir s’il t’importe que « ça se fasse à tous les niveaux institutionnels » ou si peu t’importe que « ça se fasse avec la structure UE, au niveau national, régional ou suite à l’indépendance de mon village »…
        Quant à l’intensité de la vie démocratique, à la prégnance du dialogue et au respect de ta « souveraineté populaire », je serais curieux de voir l’ardent défenseur que dois en être au sein du plus basique des niveaux institutionnels, i.e l’institution familiale. Ne parlons même pas du respect exemplaire dont tu témoignes envers le principe de pluralité, d’opinions contradictoires, de non-censure, qu’il me parait séant de tenter de s’appliquer à soi même avant d’envisager sérieusement tout autre niveau…
        Ps : je n’ai pas de liste, je déteste les listes
        Re Ps : « lister » Galbraith et Krugman « en-cadre » comme tu le fais, c’est bel et bien leur réserver un « traitemet préalable » commun, quoi que tu en dises.
        Il faudra par ailleurs préciser qui de Galbraith ou Krugman serait d’après « Moi » le dominicain et qui le franciscain et de quelle religion ou contre-religion, les raccourcis me sont encore parfois obscurs.
        Pas inutile aussi de définir un jour ce qu’est le « hors cadre » de « Moi » et où se situent les frontières du cadre en question. Un exemple de penseur-acteur historique « hors-cadre » ayant fait sauter le « cadre », tout en n’ayant jamais été « en-cadre », serait du meilleur effet dans la brillante démonstration de « Moi ».

      5. @vigneron: « Faudrait savoir s’il t’importe que « ça se fasse à tous les niveaux institutionnels » ou si peu t’importe que « ça se fasse avec la structure UE, au niveau national, régional ou suite à l’indépendance de mon village »… »

        Tu confonds le but et le moyen.

        « je serais curieux de voir l’ardent défenseur que dois en être au sein du plus basique des niveaux institutionnels, i.e l’institution familiale »

        Ma structure familiale respecte la démocratie. Toutes les personnes en âge de voter qui la composent ont un droit décisionnaire égal (ou presque, ma femme décide un peu plus que moi).

        « Ne parlons même pas du respect exemplaire dont tu témoignes envers le principe de pluralité, d’opinions contradictoires, de non-censure, qu’il me parait séant de tenter de s’appliquer à soi même avant d’envisager sérieusement tout autre niveau… »

        Là, je comprends même pas à quoi tu fais allusion. J’ai empêché quelqu’un de parler? Je ne pense pas non plus tomber très souvent dans l’insulte ou l’agressivité et j’essaye toujours d’opposer des arguments à mes contradicteurs.
        Est-ce mon pseudonyme qui génère une confusion identitaire dans ton esprit?

        « Ps : je n’ai pas de liste, je déteste les listes »

        Ben moi j’aime bien et j’en fais. J’ai le droit, non?

        « Re Ps : « lister » Galbraith et Krugman « en-cadre » comme tu le fais, c’est bel et bien leur réserver un « traitemet préalable » commun, quoi que tu en dises. »

        Je te concède ce point.

        « Il faudra par ailleurs préciser qui de Galbraith ou Krugman serait d’après « Moi » le dominicain et qui le franciscain et de quelle religion ou contre-religion, les raccourcis me sont encore parfois obscurs. »

        Minauderie. Tu le sais très bien.

        « Pas inutile aussi de définir un jour ce qu’est le « hors cadre » de « Moi » et où se situent les frontières du cadre en question »

        Le libéralisme est le cadre. Tout ce qui n’est pas libéral est hors-cadre. Tout ce qui est libéral est dans le cadre.

        « Un exemple de penseur-acteur historique « hors-cadre » ayant fait sauter le « cadre », tout en n’ayant jamais été « en-cadre », serait du meilleur effet dans la brillante démonstration de « Moi ». »

        Dans l’histoire humaine, il y a eu plus de penseurs et d’acteurs hors-cadre que dans le cadre. Et il y en aura certainement encore d’innombrables. Certains que t’apprécierais, d’autre moins. Le hors-cadre est vaste et divers. Mais n’en sois pas effrayé.

      6. Non je ne confonds pas buts et moyens, mais le fait est que la democratisation d’un seul niveau institutionnel, à fortiori à un niveau local ne peut être un moyen pour atteindre ton but d’universalisation démocratique « à tous les niveaux institutionnels », à moins bien sûr de supprimer tous les niveaux institutionnels supérieurs supposés non-démocratiques et « non-démocratisables ».
        Désolé mon bon, ta phrase est soit tout à fait incomplète, soit tout à fait fautive et en tous cas très significative des avatars de la logique môôyenne.

        Je constate qu’avant l’âge légal, la souveraineté populaire est extrêmement improbable dans l’institution démocratique familiale môôyenne et que le caractère « décisionnel » de la vie démocratique y prend nettement le dessus sur la fonction du dialogue démocratique.

        Je comprend tout à fait que tu n’entendes rien à ce que je tentais de te signifier par le respect préalable de ses propres contradictions internes, de sa propre nature individuelle paradoxale et plurielle avant d’envisager la contradiction d’autrui dans le cadre d’un échange démocratique. Je te confirme que ça a quelque chose à voir avec la mauvaise foi et le fanatisme.

        Je sais toujours pas qui est François et qui est Dominique pour MôôA.

        Le cadre aujourd’hui c’est le capitalisme dans sa forme ultralibérale et mondialisée atteignant un acmé tel celui atteint en 1914, pas le « libéralisme », qu’il soit philosophique ou économique au sens strict de libre-échange pour lequel tu ne trouveras aucune opposition sérieuse.
        Ce blog me paraît avoir pointé le point nodal à repenser du libéralisme classique, à la jonction des concepts de valeur et propriété et de leurs représentations incrustées si profondément, jusque chez le quidam môôyen… Idem pour le cadre de la démocratie représentative qui restera le seul cadre politique praticable tant que le modèle de citoyenneté exigé par ton rêve rousseauiste de démocratie directe ou populaire ne pourra être décemment envisagé (cf le ménage à faire auparavant au point nodal de la phrase au dessus…).
        Quoi que tu en penses, la démocratie progressera bel et bien « dans le cadre » d’une démocratie représentative, démocratie représentative qui est juste synonyme de pluralisme, imparfait,médiocre certes mais réel. Je ne connais pas de démocraties populaires, que des dictatures populaires.

        Je ne connais toujours pas les penseurs-acteurs hors cadre selon MôôA. Faudra m’expliquer également comment donc le cadre peut fonctionner avec « plus de penseurs et d’acteurs hors-cadre que dans le cadre », à moins bien sûr, comme je le suppose fortement, que ces « hors-cadre » n’aient été particulièrement adaptés au « cadre » et à sa mutation, à sa réforme, à sa métamorphose, de l’intérieur bien sûr…

      7. Rassure moi Kercoz, les bouquins tu fais que les vendre ou il t’arrive d’en lire ? Pasque c’est pas pour dire mais ton lien est on ne peut plus clair sur le sujet : 1) la subsidiarité est un principe non pas tiré de la pure doctrine libérale mais bien de la doctrine sociale de l’église catholique.
        2) il me semble que cette subsidiarité au niveau européen s’appuie tout à la fois sur sa version ascendante, fédéralisme, et sa version descendante, décentralisation, régionalisme…
        Mais j’imagine que tu as peut-être, toi aussi et comme Nicks, gardé une petite tendresse pour le jacobinisme gogaullo-français de derrière la fagottière vermoulue…
        Et quant à ta marotte de resituer l’individu au centre du débat », comme dit la pub, « Maxwell qualité filtre, ce n’est… »

      8. @vigneron: ben voilà, tu avoues de plus en plus que tu es libéral. On progresse. Lorsque tu auras bien pris conscience de ta position politique (ou que tu ne la cacheras plus), on pourra causer à chaque fois des questions de fonds qui nous séparent.
        T’es libéral, pas moi. T’es élitiste, pas moi. Tu n’as pas encore bien compris que ton monde s’écroule, moi oui.

        « pas le « libéralisme », qu’il soit philosophique ou économique au sens strict de libre-échange pour lequel tu ne trouveras aucune opposition sérieuse »

        You wish.

      9. @Paul: J’aurais bien aimé qu’on me dise que j’étais dans l’erreur.
        Mais ok, ce dont on ne peut parler, il faut le taire, comme disait Wittgenstein…

      10. ///// ascendante : attribution de pouvoirs vers une entité plus vaste, on parle alors de fédération ou, entre pays, de supranationalité. Concrètement, lors d’une subsidiarité ascendante, c’est l’échelon inférieur qui décide qui doit connaître quelle question. /////
        J’ai bien sur malencontreusement inversé les deux concepts .
        A mon avis il ne faut déléguer que ce qui ne peut etre conservé au niveau inférieur , cette délocalisation pouvant etre remise en cause a tout instant : Le flic doit etre dans ma tete , pas ds un car de CRS.
        Le constructivisme a fait trop de mal , il vaut mieux réduire les spécialisations et les gains de productivité , mais rester humains. De plus , il est évident que cette utopie n’etait envisageable (et en echec ) que grace a l ‘ abondance d’énergie …trop d’entropie , Dead End ….

  7. Merci pour le compte-rendu.

    Je dois bien avouer être d’une part très surprise par la transcription des propos tenus par Paul Krugman – également dans une partie de l’entretien accordé au journal Le Monde – et aussi en désaccord total avec la thèse de la nécessité d’une inflation permettant de faire baisser les salaires.

    J’ai d’ailleurs ri jaune en lisant cela, sachant que je vis dans l’un des derniers pays à avoir un système d’indexation automatique des salaires – défendu becs et ongles par les méééchaaaants syndicats qui sont tellement dans le système qu’ils sont tout pourris etc, n’est-ce pas – justement attaqué de toutes parts par la Commission, le FMI et d’autres… et surtout par la droite flamande (bref, tous les partis flamands sauf le SPa les années bissextiles et Groen !) qui frétille de la queue et remue du popotin en bavant à la pensée qu’elle va pouvoir se cacher derrière « les institutions internationales » pour réaliser ce dont elle rêve depuis toujours. Dans un pays comme la Belgique, le « remède » ne fonctionnerait pas, bien entendu, ce qui sous-entend qu’il faudrait d’abord détruire l’indexation automatique des salaires…

    Je lis très régulièrement les papiers de Paul Krugman dans le New York Times (pour ne pas dire que je les lis tous, j’en rate un de temps en temps). Ce genre de déclaration de sa part me semble en contradiction flagrante avec la ligne qu’il défend et tient depuis des années que je le lis dans le NYT. Il défend contre vents et marée le système d’état providence à l’européenne, une sécurité sociale universelle, publique et non privée, un état fort (dans le sens où il a les moyens de mener des politiques importantes à travers tout le pays), la mise à plat du système via des exemples concrets (Islande), etc.

    Ceci étant, à la lecture des articles de Wikipedia, il semble bien que les économistes se réclamant d’une « nouvelle pensée Keynésienne » se focalisent sur ce genre de théorie (déflation = baisse des salaires « sans douleur » = amélioration de la compétitivité, et tout ce genre de joyeusetés). Donc, si Krugman appartient bien à cette catégorie d’économistes, il n’est pas totalement illogique de le voir sortir ce genre de choses, et il est donc plus logique d’incriminer et de dénoncer le courant de pensée – et tous ceux qui y adhèrent – plutôt que de se focaliser sur une personne qui, en outre, demeure l’un des rares à dire des choses sensées dans la presse US.

    Sinon, l’un des intervenants avait signalé que Krugman a publié une série de dias sur son blog par rapport à la conférence qu’il a donnée. Il y avait aussi quelques commentaires de sa part. Je vous traduis le tout ci-dessous – et s’il y a bien un élément qui ne me convient pas, le reste me semble plutôt justement intéressant à faire valoir, donc je répète que je suis très étonnée de voir un compte-rendu si uniformément négatif.

    Source : le blog de Paul Krugman « The Conscience of a Liberal »

    Le 30 janvier, 2012
    Les problèmes de l’Eurozone

    Je donne une conférence à Paris demain. Voici quelques dias ; elles ne surprendront pas les lecteurs réguliers, mais il peut être utile de les voir toutes rassemblées en une seule fois.

    En premier lieu, je défends la thèse selon laquelle la crise économique globale est causée par la dette privée, pas par la dette publique :

    [graphique : dette des ménages en pourcentage du PIB]

    Ensuite, j’indique l’énorme déviation du secteur privé vers les surplus financiers, mouvement qui a nécessité d’importants déficits publics afin d’empêcher une chute encore plus grave :

    [graphique : surplus du secteur privé vs. déficit gouvernemental]

    Je me tourne ensuite vers l’Europe, qui souffre d’un problème additionnel : une bulle de flux de capitaux du nord vers le sud, induits par l’euro, et qui doivent être inversés :

    [graphique: déséquilibres des comptes européens – Allemagne vs « PIGS » ou GIPSIs, acronyme utilisé par Krugman]

    Le pendant de ces déséquilibres compables actuels était une grande divergence dans les niveaux de prix relatifs :

    [graphique : déflateurs de PIB – Allemagne vs. GIPSIs]

    L’Europe compte implicitement sur la « dévaluation interne » pour inverser cette divergence. Mais la réalité est que c’est très difficile étant donnée la rigidité nominale (situation dans laquelle une variable résiste au changement de sa valeur – dans la nouvelle pensée Keynésienne en particulier, des économistes étudient le lien entre des salaires qui ne baissent pas et le taux de chômage – NDT : source : Wikipedia), même en Irlande, que l’on présente erronément comme un exemple d’ajustement réussi :
    [graphique: diminution de la rigidité nominale en Irlande – salaires horaires par trimestre]

    L’Europe a également adopté l’idée que la non-responsabilité fiscale est au coeur de la crise, ce qui n’est vrai qu’en Grèce, et est faux si l’on considère l’ensemble de groupe des pays en difficulté :

    [graphique : le mythe de la débauche fiscale : moyenne de la dette par rapport au PIB des pays repris dans le GIPSI]

    Et même selon le FMI, aucun de ces pays soumis à l’austérité ne peut être considéré de manière plausible comme étant sur la route d’un retour à une situation fiscale soutenable.

    [graphique : prévisions de l’évolution du ratio dette / PIB pour la Grèce, l’Irlande, l’Italie, l’Espagne et le Portugal]

      1. Désolée, j’ai cherché un moyen de mettre les images, mais je ne sais pas comment faire fonctionner le tag dans les commentaires…et je n’ai tout simplement pas pensé à mettre des liens pour les graphiques (incorporés dans l’article du blog en question).

        Sinon, voici les liens :
        graphique : dette des ménages en pourcentage du PIB
        graphique : surplus du secteur privé vs. déficit gouvernemental
        graphique: déséquilibres des comptes européens – Allemagne vs « PIGS » ou GIPSIs, acronyme utilisé par Krugman
        graphique : déflateurs de PIB – Allemagne vs. GIPSIs
        graphique: diminution de la rigidité nominale en Irlande – salaires horaires par trimestre
        graphique : le mythe de la débauche fiscale : moyenne de la dette par rapport au PIB des pays repris dans le GIPSI
        graphique : prévisions de l’évolution du ratio dette / PIB pour la Grèce, l’Irlande, l’Italie, l’Espagne et le Portugal

    1. Merci
      Si quelqu’un a le temps d’argumenter point par point, ou de grouper ce qui est « trop dans le cadre », bref, de donner une grille de lecture, car je suis un peu dans le même désarroi que Hououji Fuu pour l’aspect de défense du système social européen, etc.
      Peut-on espérer faire changer d’avis des keynésiens, ou vaut-il mieux ne s’attaquer qu’aux « pommes vertes sur l’arbre, si celles qui sont tombées par terre sont véreuses » (Sean Connery dans je ne sais plus quel opus avec Zeta-Jones sans doute)

      1. Je suis un peu dans la même situation que timiota et Hououji Fuu.

        Il me semble que le raisonnement de Krugman est le suivant:
        – le problème en Europe est principalement un problème de balance de compte courants très déséquilibrés (+ pour Allemagne, – pour bcp d’autres pays « GIPSI »)
        – Pour corriger ce déséquilibre, il faudrait que les Allemands achètent plus de biens et services produits dans les pays « GIPSI ».
        – Pour cela, il faut que les (bas) salaires augmentent en Allemagne par rapport à ceux des pays « GIPSI », ou de manière équivalente que les salaires des pays GIPSI diminuent par rapport aux salaires allemands
        – Il est socialement pratiquement impossible de diminuer les salaires nominaux
        – Donc la seule solution est une augmentation des salaires allemands, tout en gardant les salaires des GIPSI à peu près constants
        – Une manière d’y arriver est d’avoir une inflation généralisée à, disons, 5% pendant 10 ans. Les salaires allemands (et belges 😉 devraient suivre, et il serait probablement possible de garder les salaires des GIPSI nominalement constants.

        Je pense que c’est une des raisons pour laquelle Krugman est pour une inflation modérée/plus élevée. Une autre est que cela permet de dégonfler les dettes (sauf si les contrats sont indexés évidemment.)

  8. Piqué cet échange sur le blog de Krugman sur son billet associé à cette visite.
    Il me semble parfaitement métaphorique des questions d’aujourd’hui en économie :
    « aucun/rien » est-il pluriel ? ou autrement dit « rien est-il quelque chose » ; that’s the question
    (des reconnaissances de dette …! )

    Voici:
    Scientella Palo Alto

    GRAMMAR CHECK!!!! FOR YOUR PRESENTATION EVEN IF THEY ARE TRANSLATED BY PEOPLE WHO KNOW GRAMMAR IF NOTHING ELSTE

    « And even on the IMF’s reckoning, none of the austerity countries is plausibly on the road to a tolerable fiscal situation: »

    it should be none of the austerity coutries ARE
    none can be plural. Assumption is it is plural.

    . Jan. 31, 2012 at 5:58 p.m.
    Ann, Berkeley

    If none is to mean « not one » the verb in singular is correct.

    Flag
    Please correct your own capitalized spelling … and, by the way, none of what you say is correct.

  9. Bonjour M.Jorion,

    Je ne vous cache pas ma déception sur les dernières interventions de M.Krugman.

    Est ce que le système financier pourra supporter une inflation de 5 à 10% par an? ( faisant mécaniquement monter les taux et donc baisser la valeur nominale des obligation)

    Le marché intérieur est une notion abstraite pour lui visiblement … Si on baisse les salaires de 20%, qu’en sera-t-il de la consommation??

    Il faut bien comprendre que Krugman prend la grosse tête et qu’il s’exprime sur des sujets qu’il n’étudie absolument pas! Krugman est un « théoricien des organisations », une branche très spécifique de l’économie, il n’étudie donc pas l’économie budgétaire, la finance etc …
    C’est comme si un cardiologue se prononçait sans cesse sur des problématiques de neurologies. Cela n’a pas de sens.

    1. Merci, ça éclaire assez bien ce qui cloche.
      Mais que penser de toutes fois où il semble dire « regardez, mon modèle IM/LS du cours Econ101, il marche très bien, c’est juste que ceux d’en face ne veulent pas voir cette évidence… »
      (dites moi si je me trompe)

    2. Toutes les contradictions des défenseurs d’un système, qui, pour le sauver, ne préconisent que des solutions qui, contraires à la logique même du dit système, ne font que précipiter sa fin. Idem pour règle d’or et compagnie.

    3. Une des choses étonnantes en effet lors de l’intervention de Krugman l’autre jour, c’était ses jugements à l’emporte-pièce sur des sujets à propos desquels il semblait très mal informé. Dans des cas comme ceux-là, on espérerait que l’orateur dise plutôt : « C’est un sujet que je connais moins bien… », tout le monde le comprendrait. Au début je me suis dit : « Bon, il a accepté de parler de l’Europe bien qu’il maîtrise mal le dossier, ça s’arrangera quand il parlera des États-Unis ». Mais là, malheureusement, même impression. Du coup, j’ai compris pourquoi il ne disait pas parfois : « C’est un sujet que je connais moins bien… » : il aurait dû dire cela en réponse à un trop grand nombre des questions qui lui étaient posées.

      1. Et bien, vigneron, comment faire la part des choses entre « les jugements à l’emporte-pièce » rapportés ici oralement, et l’impression de relative pertinence que m’ont donné les posts de Krugman. Les points analysés, comme le dit Mathieu dans le fil #70 de Hououji Fuu, semblent avoir leur logique « partielle ». Pour voir où ça cloche, je veux bien un peu plus de pédagogie qu’on me dise en quoi c’est partiel, et ce qui manque. Le post de Letourneau ci-dessus éclaire déjà un peu plus cela.
        Vous qui êtes le chantre de la polémique haute en dB, vigneron, vous ne nierez pas que l’excuse est qu’au bout du compte on a instillé un peu de pédagogie sur le sujet. Certes en admettant que dans 35% des cas, c’est désespéré, et qu’il n’est pas interdit de sortir la cornemuse ou la cabrette limousine pour se faire entendre, mais que les 65% restant sont sensibles.

  10. Au moins votre nom, Paul, apparait-il sur le blog de Krugman dans un des commentaires, fût-il déplaisant.
     » Jim Barnes
    St. Louis, MO

    Well, at least one verdict is in. A blog (in French) by Paul Jorion. The Google translation was pretty hilarious (hard to handle those colloquialisms), but Monsieur Jorion was huffily unimpressed. He commented on the good doctor’s cough (and later avoided any hand shake least he also take ill), made mention that Dr. K insulted the Irish by saying their economic data presentation was a mess and that the Irish Ambassador lectured him as if he were a student on his error. Finally, that Dr. K’s solution to the crises was inflation – to reduce workers wages so « the fool’s wouldn’t notice. » And, Jorion even made an insulting remark about the standards of the Nobel Committee. This guy doesn’t like you, Dr. Krugman.
    So, I’m afraid that’s a thumb’s down. But, frankly Jorion came across as self-important and a bit pompous even in the googlized english. I don’t like him.

    Feb. 2, 2012 at 11:40 p.m.
    Recommended1 « 

    1. « and later avoided any hand shake least he also take ill »

      Il me semblait pourtant avoir dit le contraire.

      La confiance que M. Barnes de St. Louis MO accorde au traducteur Google me paraît très mal placée.

      1. « and later avoided any hand shake least he also take ill »

        Il me semblait pourtant avoir dit le contraire.

        La confiance que M. Barnes de St. Louis MO accorde au traducteur Google me paraît très mal placée.

        En fait, Paul Jorion est beaucoup plus méchant qu’il n’en a l’air…

      2. Une des formes du français qui a toujours fait transpirer ceux qui le parlent bien mais dont ce n’est pas la langue maternelle, est le « ne » après le subjonctif :
        « il s’en est fallu de peu que ne NE rate le train »
        « Avant que PJ et PK NE se mette d’accord sur le cadre, la Grèce aura fait défaut »
        Least but not last…

      3. C’est le ne explétif, optionnel et traduisant une evenentualité, un adverbe qui n’exprime nulle négation.
        Y’a aussi le ne comparatif, le ne de langue soignée (sic…) ex : tu es moins sot que je ne le suis. Merveille des merveilles d’une langue qui sonne si mal pour être si fine..

      4. Merci vigneron.

        Je parcours un Claude Hagège pris par curiosité. Il en dit autant que vous sur la langue de Molière, mais en plus de mots. Ca fait que ça restera…
        L’anglais langue de mouvement sans lien logique fort…

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    Auj. à 12:28
    un analyste:

    Alors que le défaut de paiement de la Grèce doit être acté d’ici ce soir, vu qu’un « hair-cut » de 70% de ses créances même si un accord intervenait est une déclaration de faillite, un autre train arrive de l’autre côté de l’atlantique. La guerre économique déclenché contre l’Europe par nos « amis » américains, n’est juste qu’une course pour déterminer quel sera le premier domino et donc le responsable de la catastrophe financière planétaire a venir. Dans ce contexte , les propos et promesses de nos candidats aux présidentielles n’en devient que plus surréalistes tant leur cécité et leurs incompétences ne peuvent cacher a minima que de nombreuses et coupables concussions avec ce sinistre pandémonium.

    Il n’existe aucun candidat, car ils sont tous pour la pitoyable démocratie que les financiers imposent depuis plus de deux siècles dans le schéma hégélien du choix entre la peste et le choléra; capitalisme ou communisme sous toutes leurs formes ne sont que les deux faces d’une même farce. Le rôle de nos gouvernants en démocratie est de nous vendre aux plus offrants avec un statut inférieur a celui des serfs médiévaux qui avaient le droit a la propriété. Le moyens spécieux accepté et voté par tous nos responsables politiques c’est le très mal nommé « dumping social »

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Dumping_social

    La crise financière n’existe pas, le monde croule de richesse et de moyens, ce n’est que la concupiscence d’un petit nombre qui amène la ruine de tous.

    Denissto

    Effondrement de l’économie réelle en cours…

    Un sinistre rapport, daté d’aujourd’hui et émis par le ministère des Finances russe, est en circulation dans le Kremlin à propos du système de paiement interbancaire américain (le Clearing House Interbank of Paiement System (CHIPS)). Ce rapport précise qu’un important effondrement économique mondial est actuellement en cours et pourrait très bien entrer dans une redoutable « zone de chute libre. »( lu sur WhatDoesItMean.com)

    Pratiquement inconnue de tous, sauf de l’élite financière mondiale, le CHIPS est la principale maison privée de compensation des grosses opérations aux Etats-Unis, qui gère le transfert de plus de 1 milliard de dollars par jour au travers des 250.000 paiements interbancaires qui, avec le Fedwire Funds Service, exploité par la Fed, constitue le principal réseau américain au niveau international (96% du trafic mondial) des paiements en dollars américains.

    D’après ce rapport, la cause sous-jacente de l’effondrement du CHIPS, est due à une demande « sans précédent » dans le cadre du soulagement en liquidité immédiate demandée par les principales banques de l’Union Européenne et les États-Unis. Écrasées par la dette combinée des USA et les pays européens, dont le total avoisine les 39 000 milliards de dollars…

    Il est important de noter que ce qui se passe actuellement est une répétition virtuelle de la crise financière de 2008 aux États-Unis. Carl Levin (libéral) et Tom Coburn (conservateur) du Sénat américain signalent que ce « n’est pas un désastre déclenché naturellement, mais le résultat d’un risque élevé, de produits financiers complexes, de conflits d’intérêts non divulgués, de l’échec des régulateurs et des agences de notation de crédit, et le marché lui-même qui ne parvient pas à freiner les excès de Wall Street ».

    Le dernier rapport graphique du site InvestmentTools.com fait écho au Ministère russe dans ses dernières données (voir graphique ci-dessous sur le Baltic Dry Index : indice des prix du transport maritime) publié quotidiennement par la Bourse de Londres.

    Nous observons qu’il est en chute libre de 65% durant les 30 derniers jours seulement. Une perte terrifiante jamais vue depuis les jours sombres de la fin 2008 (alors que le SP &500 est en lévitation artificielle…)

  12. La monétarisation inflationniste de l’économie est pratiquée depuis le 1° choc pétrolier afin d’en payer la subite et excessive augmentation des prix avec de la « monnaie de singes ».
    A l’évidence, la masse monétaire mondiale ne devrait augmenter qu’en proportion de la consommation des ressources naturelles dont les prix ne devraient suivre que la loi de l’offre et de la demande. Ce sont les situations monopolistiques de l’une ou de l’autre qui créent les déséquilibres actuels.

  13. Monsieur Jorion,

    Vous détestez Paul Krugman. Vous rappelez soigneusement que son prix est celui de la banque de Suède à la mémoire d’Alfred Nobel. Vous précisez que l’ambassadeur d’Irlande l’attendait au tournant. Vous soulignez qu’il répondit « comme le maître d’école qui .. » Vous utilisez l’expression « tout professeur à Princeton qu’il est, Krugman demeure également approximatif quand il s’agit de données économiques et financières américaines. Paul Krugman vous insupporte. Que vous a-t-il fait ?

    Les ambassadeurs ne sont pas des économistes. Dans cette assemblée, c’étaient les hôtes d’honneurs et ils situent le niveau de compétence en science économique de la salle, i.e. ce n’était pas une rencontre d’économistes. Reprocher à l’orateur de ne pas défendre tous les détails de ses affirmations me semble alors abusif. Vous êtes fort bien placé pour savoir qu’une présentation précise prend beaucoup de temps. C’est de toutes façons trop long pour une conférence d’une soirée et surtout quand vous n’êtes pas en forme. Exiger la précision et la vitesse dans ces conditions est aussi une demande abusive à mes yeux.
    Votre accusation d’un manque de précision des données me laisse un peu rêveur. Je n’ai vu de la conférence que les diapositives qu’il a publiées sur son blog. Elles sont simples, univoques, claires. Elles s’attaquent à quelques déclarations péremptoires du style « Vous avez vécu au dessus de vos moyens. C’est pourquoi vous avez des dettes. Il faut les payer maintenant. » Une diapositive pour attaquer une idée de ce type me fait comprendre votre accusation de l’emporte-pièce et de l’approximatif. Si cette diapositive regroupe l’évolution des dettes des pays européens du sud et elle montre que le montant relatif de la dette baissait jusqu’à la crise, j’ai mon affirmation et vous avez votre jugement négatif. Sur cette seule base, j’affirme que vous avez le jugement hâtif. Vous détestez Paul Krugman. Que vous a-t-il fait ?

    Pour l’expert que vous êtes sur la question, je me demande si vous comprenez le modèle IS-LM. Krugman le cite souvent pour faire des prédictions et expliquer ses positions. C’est, selon lui, une application directe et simpliste des travaux de Keynes. Il ne prétend jamais que c’est le nec plus ultra, juste un outil très utile pour comprendre et décrire la situation, justifier ses prises de positions et même ses prédictions. L’ennui pour vous est qu’il a réussi à faire des prédictions valables à l’aide de ce modèle. Son point faible est l’Irlande. Mais je trouve que Krugman se sort très bien de ce travail de compréhension de la situation, de justification de ses prises de position et même de ses prédictions. Il fait tout cela à l’aide d’un modèle plus évolué que l’IS-LM.

    En plus il se réclame de Keynes.Vous êtes quelqu’un qui accepte et soutient une idée de Keynes, le bancor. Vous refusez viscéralement l’autre versant des idées keynésiennes. Cela me semble fort incohérent. Vous m’avez habitué à plus de cohérence.

    Je précise ne pas être un spécialiste de la question et n’a pas réussi à comprendre ce modèle. Je sais que c’est sur cette base que Krugman affirme que l’émission de monnaie ne pose pas de problème. La Fed en est à 16 trillions sans que cela se traduise par de l’inflation. ZeroHedge hurlait à l’hyperinflation avant que cela ne sorte. Ce site a hurlé au loup depuis quatre ans et s’est trompé sur ce point. Nouriel Roubini a fait remarquer à ce site qu’elle se fait attendre depuis quatre ans.

    Cet outil explique aussi pourquoi il y a des capitaux très importants qui ne peuvent pas être mis en circulation. Sur ce point, vous constatez la concentration des capitaux, n’expliquez pas pourquoi ils restent immobiles.
    Cet outil explique aussi pourquoi il manque de l’argent dans l’économie alors que de l’argent ne trouve pas preneur. Vous savez voir les mesures d’austérité, sentez que ces mesures sont mauvaises car elles font souffrir. Krugman reste dans le cadre économique, celui du financier et annonce que ce truc ne va que donner une catastrophe. Il a même un outil pour dire pourquoi ce sera une catastrophe.

    C’est avec cet outil qu’il a annoncé avant bien d’autres la crise immobilière. C’était un op-ed nommé « The Hissing Sound » publié en 2006. J’ai vu des réactions à ce papier. Elles étaient incendiaires.

    Vous incendiez Krugman pour son idée d’inflation. À la place, nous avons les mesures d’austérité. Elles sont en train de tuer des grecs au sens littéral du terme. Nous serons très bientôt tous des grecs si jamais il a raison. Je crois que le terme technique recouvrant cette opération « grecque » se nomme dévaluation intérieure. Elle fait baisser les salaires, précarise, frappe les faibles et les plus pauvres. Elle ne profite, et encore, qu’à une toute petite frange de gens très riches en produits financiers. L’inflation ne serait pas facile, je vous l’accorde.
    Mais elle toucherait aussi les financiers, rendrait ces fameuses dettes nettement plus faciles à payer, infligerait des pertes sévères à leurs détenteurs, tout cela sans ces négociations absolument atroces en cours un peu partout et sans avoir ces nominations de gouvernements faites par les banquiers. Le gain en compétitivité du pays se ferait « automatiquement » car ses produits d’exportation seraient moins chers. Je pense que Krugman considère l’inflation comme une chose moins douloureuse que la dévaluation intérieure, pas sans douleur. C’est ce que je retiens de son blog.

    De son blog, je retire également l’idée que l’Allemagne a profité des pays du sud, les fameux PIIGS, pour avoir sa position actuelle. Il pense que cette course à l’austérité ne va aboutir qu’à une catastrophe. Les dettes de ces pays vont devenir plus lourdes (cf modèle IS-LM) et le niveau des exportations de chaque pays va baisser (modèle IS-LM). Résultat, beaucoup d’efforts et des morts pour rien.

    Je peux vous accorder un fait. Travailler avec un modèle mathématique, c’est vraiment fonctionner dans un cadre très étroit et très simple. Il autorise des décisions rapides et nombreuses avec très peu de variables à considérer. L’une des variables non considérées est l’inégalité. (Pour ce point, Krugman est un farouche dénonciateur de cette inégalité) Une autre variable difficile à admettre est que des équilibres sont toujours supposés existants dans sa théorie. Cela me semble souvent une hypothèse faible (IS-LM). Il y a aussi la notion de macroéconomie qui pose parfois problème (comment agréger tout un tas de données sans dire de bêtises). Je pense qu’une bonne part de votre rage à son égard vient de cet usage des mathématiques.

    Cet usage des maths est pour moi une conséquence immédiate de l’usage de la Raison mis au dessus de tout. Cette Raison nous rend maîtres et conquérants du monde. Cette Raison nous a donné notre monde tel qu’il est. Cette Raison a ses limites. Elle ne conçoit pas la terre comme finie. Elle ne conçoit pas les humains comme obéissant à d’autres moteurs qu’elle même. Elle ne conçoit pas la vie hors d’un système rationnel. Quand elle se trompe, elle ne peut pas l’admettre (vous rejetez l’argent dette et admettez que c’est la façon dont nos financiers ont considéré les dettes – cf machine à fabriquer des dettes). La Raison est un outil merveilleux et elle a des limites.

    Krugman fait un usage intense de cette Raison avec un outil dont les paramètres changent selon les conditions de l’économie. Ce n’est pas idéal mais très supérieur à l’adoration absolue du dieu marché et de la crainte absolue de l’inflation. En plus, vous parlez de la nécessité d’un cadre alternatif à l’actuel. Qu’est ce que vous proposez de faire au niveau des relations économiques entre des millions de personnes ? Qu’est-ce que vous proposez comme société pour organiser ces millions de personnes ? Lui, il a une piste. La crise actuelle montre qu’elle a de la valeur.

    Je me demande si vous ne vous êtes pas fait votre opinion sur Krugman à travers le site de ZeroHedge. Ces gens écrivent beaucoup mais sans jamais dépasser le cadre de l’individu qui veut se faire plus d’argent. Simplement suggérer que les fortunes faites dans la finances pourraient avoir des effets secondaires négatifs fait de vous un socialiste et vous êtes invités sur ce site à rester à côté de votre piscine pour discuter avec vos amis socialistes. Ces gens ont la même opinion de Krugman que vous. J’ai oublié ce qu’ils pensent du CRA comme cause (aujourd’hui admise comme évidente par Wall Street et d’autres du même acabit (cf le journal « Le Temps »)) de la crise actuelle. Mais je n’ai pas observé de dichotomie entre leurs opinions et celle des défenseurs de l’idée que le CRA a causé cette crise (« The Big Lie » de Barry Ribholtz). Je vous vois donc d’accord avec ces gens. Cela m’a étonné et donc je vous en ai posé une question.

    1. @ DidierF

      Monsieur Jorion,

      Vous détestez Paul Krugman. Vous rappelez soigneusement que son prix est celui de la banque de Suède à la mémoire d’Alfred Nobel. Vous précisez que l’ambassadeur d’Irlande l’attendait au tournant. Vous soulignez qu’il répondit « comme le maître d’école qui .. » Vous utilisez l’expression « tout professeur à Princeton qu’il est, Krugman demeure également approximatif quand il s’agit de données économiques et financières américaines. Paul Krugman vous insupporte. Que vous a-t-il fait ?

      Krugman en tant que tel, on s’en moque. C’est ce qu’il représente – la faillite de toute une caste d’économistes qui ânonnent leur profession de foi au nom d’une « science » qui n’en a que le nom – qu’il faut dénoncer, encore et toujours.

      Vous avez lu l’interview de Krugman dans le Monde ? Vous avez lu ce qu’il dit sur l’inflation et la stagnation des salaires ? Ca vous semble être une voie de progrès économique ?

    2. Krugman a répondu de manière méprisante à Éric Laurent qui lui posait une première question, alors que celui-ci le présentait. La salle a fait « Oh ! », elle était soufflée par sa grossièreté. Il a répondu aux questions des ambassadeurs exactement sur le même ton. Je n’ai jamais vu un orateur signifier aussi clairement à son auditoire qu’ils sont un ramassis de crétins et qu’il se demande ce qu’il est venu faire là. Si seulement sa science nous avait fait nous pâmer d’admiration mais, comme je l’ai dit dans mon billet, c’était très loin d’être le cas.

      Vous dites que Krugman se réclame de Keynes. C’est vrai. Iriez-vous jusqu’à dire qu’il l’a lu ?

    3. Cadre et hors cadre :
      Leçon de sciences très humaines très appliquées plus que leçon d’économie, avec Krugman imbuvable lors de son passage à Paris, semble-t-il.
      Ne pas en perdre son sang-froid c’est bien.
      Mais si je puis proposer une analogie pour IS-LM : si on a un cadre « mécanique classique », on est effectivement très à côté de la plaque pour expliquer la dynamique aux vitesses proches de c. Mais il y a un point de raccord, où le cadre limité s’inscrit dans un cadre plus grand (quand v<<c).

      De la même façon, peut-on voir dans IS-LM ce qui cloche ? où est la fuite d'huile sous le capot ?
      Est-ce que I et S dissonnent pour cause de captation continue du capital par des ultra-riches ?
      Est-ce que la demande de monnaie obéit à autre chose que la prévision du taux d'intérêt parce que certains savent comment se faire des intérêts autrement ? ("licenciement boursier", "inside job"). Un peu de gloubi boulga dans ce que j'énonce…. Mais je ne vois pas d'inconvénient, quelle qu'ait été l'attitude de Krugman dans un cas particulier, à taquiner les failles d'un modèle justement réputé comme particulièrement simple, et pris comme étalon (sinon comme vérité) par un économiste keynésien bon teint, donc qui ne cherche pas à enrichir Elizabeth Warren, mais à l'appauvrir, elle (qui ne le mérite pas) et les 1%(qui le méritent N fois).

      1. timiota,

        Il m’a échappé le point suivant dans votre théorie. Comment reliez-vous E=mc^2 avec la vitesse de circulation de l’argent ? Krugman est très discret sur ce point.

    4. J’accepte sans discuter que la grossièreté est inadmissible quelque soit la personne qui la commet. Je préfère de très loin le comportement de soldats qui s’entretuent sans s’insulter. Je peux respecter ces gens. Paul Krugman s’est montré grossier et pas seulement une fois. Cela m’aurait vraiment énervé.

      De Krugman, je connais son blog et ses éditoriaux. De cette conférence, je ne connais que ses diapositives sur son blog. Je ne connais pas personnage et ses manières. À vous lire, elles sont déplorables. Je comprends donc bien votre attitude de rejet envers ce monsieur. Elle est tout à fait logique et même naturelle.

      Pour Keynes, les limites de ma connaissance de cet auteur et de l’économie ne me permettent pas de juger, i.e. j’ignore si Krugman a lu Keynes. Je pense que oui car il le cite dans le texte et plus qu’une fois. Les citations données dans son blog m’apparaissent pertinentes et lui permettent de montrer que Keynes avait déjà répondu dans les années 30 à des polémiques économiques actuelles. Un des dadas de Krugman est que le monde économique a oublié du côté des économistes de l’eau douce tout ce que la crise des années 30 avait appris à sa profession. Il le démontre aussi en citant Keynes. Je pense donc que Krugman a lu Keynes.

      J’ose donc prétendre que Krugman a lu Keynes. Vu votre question, je vous retourne le compliment. Avez vous compris Keynes ? Un certain John Kenneth Galbraith parlait de l’oeuvre de Keynes (Je crois que c’est le truc sur la théorie de la monnaie) dans « Le Temps des Incertitudes » comme d’un texte incompréhensible. J’ai lu une histoire analogue avec « L’être et le Néant » de Sartre. Dans le second cas, ceux qui n’avaient pas compris ce texte en parlaient avec le plus d’autorité. J’ose donc penser que des lecteurs de Keynes (années 30) ont parlé de cet auteur avec autorité et méconnaissance. Des ces considérations me vient la question que je vous pose. Ne me remerciez pas, ce n’est qu’un rendu pour votre cadeau.

      Je ne demande à personne de se pâmer devant personne. À mes yeux, c’est une erreur. Le Dieu que je connais ne me le demande pas. Alors le faire devant un homme me semble futile, idiot, stupide. Par contre si le type a raison, s’il dit la vérité, je demande de l’accepter. J’estime que c’est la chose à faire même si je dois me boucher le nez et soigner un violent mal de ventre. Einstein était un très grand physicien et un type fameusement imbuvable. Il a fait des découvertes incroyables, a abandonné ses enfants, trahi au moins une de se femmes, a profité de façon éhontée des compétences en mathématiques d’une autre (tenseurs dans la relativité générale) et j’en oublie. Me pâmer devant un homme m’est interdit par ma religion. M’incliner devant la vérité et la réalité m’est ordonné par ma religion. Si ça me fait mal au ventre, tant pis.

      Dans mon idée de la connaissance, il est aussi difficile de dire des choses complètement fausses que de dire des choses complètement vraies. Alors n’importe quelle déclaration de n’importe qui sur n’importe quel sujet contient quelque chose de vrai. Le problème est de trier. Le problème est aussi les limites de mes moyens de trier le vrai du faux. Une ânerie finie, un mensonge patent, une déclaration idéologique contiennent aussi des parcelles de vérité. Rejeter ces choses pour leur fausseté est aussi rejeter la vérité qui va avec. Je nous vois dans un monde où nous sommes sérieusement en manque de ce dernier produit.

      Jeter la caste de économistes et leur taper dessus car ils ont échoué revient à jeter tout ce que ces gens ont observé. Selon mon idée de la connaissance, il est possible d’y prendre quelque chose de positif. Le problème est le critère de choix de ce positif. Introduire ce genre d’idée en économie est inverser totalement le lien entre l’économie et la société. Mon opinion est que nous sommes dans un monde où l’économie contrôle les relations humaines (cf entre autres La Grèce). Ce critère serait une mise sous tutelle par la société de l’économie. Cela me plairait beaucoup.

      Cela aurait aussi des conséquences énormes pour ce qui est désigné par « Les Lumières ». Je partage l’opinion de Michea sur la question (naturellement dans mes limites de ma compréhension). Dans cette optique, l’économie est une des filles de la Raison. Taper sur l’économie est taper sur la Raison. Pour mettre à bas la première il faudra mettre la seconde en question. Je vous demande avec quoi ? Si vous y arrivez, que restera-t-il des « Lumières » ? Si vous voulez abattre l’économie avec la Raison et si Michea a raison, vous êtes condamné à l’échec.

      Descartes est, pour moi, l’inventeur de la Raison moderne. Sa méthode permet de découper un problème en un nombre infini de tranches. Elle ne permet pas d’en sortir. Quand un nouveau problème est abordé, des éléments épars et observables sont mis en ordre dans une théorie. Elle est choisie pour être belle, cohérente, simple. Si ces critères sont vérifiés, alors c’est une bonne théorie. La théorie classique en économie vérifie ces points. Elle a échoué. Remettre la société dans l’économie comme cause revient à mettre dans un ensemble harmonieux un truc informe, sans sens, sans ordre. Cette opération est l’inverse de celle de Descartes. Comment « Les Lumières » survivront à cette mise sous tutelle de la Raison ?

      Taper sur les économistes sans relâche est tentant. Vous taperez sur des gens estimant dire la vérité et estimant défendre ce qui leur semble le mieux pour toute l’humanité. Je vois très bien ces gens se défendre et même se battre sans scrupules. Dans leur esprit, ils se battent aussi pour l’humanité. Le combat qui s’annonce dans ces conditions sera moche. J’en détesterai chaque étape. Vous serez responsable d’une partie de ces saletés car vous aurez convaincu ces gens de ce battre sans scrupules pour leur vie et ce qu’ils considèrent le mieux possible pour l’humanité. Des guerres de religions en Europe me servent de référence pour le niveau des horreurs que ce combat va atteindre.

      Je regrette de vous avoir choqué. J’ai vu quelqu’un que j’admire et respecte attaquer haineusement quelqu’un que j’admire et que je respecte. Si vous m’étiez indifférent ou si je vous avait rangé dans la case des idéologues défendant des idioties imbuvables, j’aurais juste noté avoir lu une connerie de plus. Là, j’étais touché.

      J’ignorais que le caractère de Krugman n’est vraiment pas bon. Je pense que si je peux éviter le personnage je le ferai. Je continuerai à lire son blog et ses idées. Elles me plaisent et me semblent sensées. Je continuerai à lire votre blog et vos idées. Elles me plaisent et me paraissent sensées. Si vous passez dans ma région, je ne sais pas si je me déplacerai.

      1. Faut-il tant de paragraphes, DidierF ?
        Sur l’aspect « où a-t-il tort », que ce soit dans son fil keynésien ou au sujet du modèle IS-LM, je suis demandeur comme vous.

        En revanche, sur le fait de déifier la « raison », je serais Letchimien (cf le discours de ce député contre Guéant. Certes il a survolé le point Godwin, mais dans une belle trajectoire) : le progrès, c’est de se méfier de ce qu’il y a de sombre en nous, c’est cette Lumière là, pas une de de dehors qu’on vient vous brandir, qui devient un jour ou un autre une « tabula rasa » (cf Naomi Klein par exemple).

        Je dirais qu’il y a un épuisement d’un cadre donné à rendre compte d’une « réalité » donnée pour en faire une « vérite » (en « inventer » une vérité pour en faire une réalité, si vous voyez à quel ouvrage je pense).
        La question de « où ça cloche » est doncques souventes fois détournée ici en « mais c’est pas dans le cadre, changez, changeons de cadre ». Et cette fonction maïeutique, j’aime y participer.
        Mais même au sujet de cette démarche revient une interrogation logique (qui est celle de mon post que vous brocardâtes, d’ailleurs Krugman a écrit un joli article vers 1983 ou 1987 sur le commerce interstellaire, exercice de style à la Zazie dans le métro, où temps et argent ne font pas tout à fait leur messe et leur commerce comme sur le plancher des vaches, à cause de E=mc^2, enfin du toutim delta_t’=delta_t/sqrt(1-v2/c2) etc). L’interrogation logique est donc : « où est la fêlure dans l’exposé qui permet de regarder au-delà du cadre ?  »

        Et peut être faut-il être humble. C’est comme quand vous démontez un de ces appareils modernes pleins de clips en plastiques subreptices, il vous faut peser et soupeser chaque coin qui en flexion, qui en tirage, etc. pour deviner où va se trouver le clip suivant (voire le premier) , et faute de cette patience, votre ardent tournevis finira par faire un peu de charpie du plastique si joli, puis de votre peau qui se trouvait non loin. Sortir du cadre prend du temps car on ne sait même pas où il faut enlever les clips du cadre.
        La raison de la raison ne serait-elle pas que la raison est ailleurs ?
        Si vous pensez que c’est pathologique, j’ai bien aimé le livre de Douglas Hofstadter « Gödel Escher Bach » un peu daté aujourd’hui, mais assez dans le style de « c’est ailleurs ». Gödel pas divinisé non plus chez notre taulier, vous le savez. Je finirais pas la lois d’Hofstadter qui contredira sans problème mon début de post : « Ca prend toujours plus longtemps que ce qu’on pensait, même en appliquant la loi de Hofstadter »

    5. Je prends note de vos réactions. Le net n’est pas le centre de ma vie. J’y ai vu une possibilité de m’informer, de réfléchir, de chercher, de discuter. Je me demande si je n’ai pas fait une erreur.

  14. J’étais présent à la conférence du Prof. Krugman, du début à la fin. N’en déplaise à Didier F. , Paul Jorion a fort bien décrit la session. Prof. Krugman fut superficiel, expéditif et peu crédible. Je le regrette comme vous. Je ne pense pas que Paul Jorion déteste pour autant Krugman. Ce n’est d’ailleurs pas le sujet.
    Je suis un économiste néerlandais, je ne participe donc pas à vos petites querelles, mais Didier F., si vous souhaitez que l’on vous écoute, il faut vous exprimer mieux. Votre texte ici est long comme une nuit sans sommeil, verbeux, caoutchouteux pour ne point dire indigeste. Par conséquent, avant de vous attaquer à qui que ce soit, apprenez à mieux condenser votre pensée, avant de l’exprimer.
    Pour revenir à Krugman, il ne fut VRAIMENT pas bon ! On mettra cela sur le compte de son rhume. Et passons à autre chose. Sa contribution est à oublier, tellement elle fut médiocre.
    Sa sortie en particulier envers l’Irlande fut magistralement contrecarrée par l’Ambassadeur d’Irlande. Je suis d’ailleurs surpris que le Prof n’était pas au courant de la situation de sortie de crise dans laquelle se trouve l’Irlande. Pour l’Europe, l’Irlande ne pose plus problème.
    Cordialement à vous.

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