Archives de catégorie : Finance

Résultat des courses, par Jean-Pierre Voyer

Billet invité.

Résultat des courses

Après publication sur le blog de Paul Jorion, je comprends en lisant les communications de deux intervenants (J. Bayard pour l’erreur dans le déroulement de la compensation et… je n’arrive pas à retrouver l’autre. Je ne me souviens pas de la remarque qui a déclenché ce qui suit et je ne la retrouve pas) que 1) mon modèle est irréaliste car les règlements qui soldent les positions ne se font pas automatiquement, comme je l’imaginais, mais « manuellement » sur le marché interbancaire (à vérifier). Ce serait mieux complètement automatique avec un taux d’intérêt fixé chaque jour à 7 h pour la journée selon certaine règles ; mais bon… 2) je comprends soudain l’intérêt de la compensation, son concept : transformer un difficile problème de règlements dans tous les sens en un facile problème de virements de compte à compte dans chacune des banques impliquées, moyennant le règlement des positions (j’ai d’ailleurs lu cela je ne sais où lors de mes recherches — la compensation ramène le problème à des virements de compte à compte —, sans comprendre… car il n’était pas précisé : dans une même banque et je me demandais comment on pouvait faire des virement de compte à compte dans plusieurs banques). Il n’y a pas du tout besoin de monnaie pour effectuer tous les mouvements de comptes sauf pour les mouvements réels à la Banque de France. À la fin de l’opération les comptes « Compensation » sont soldés.

En tant que comptable, je me demandais : « Si ces règlements compensés ne touchent pas la trésorerie des banques, trésorerie où est logée toute la monnaie scripturale, cas dans lequel le débit du compte client le serait par le crédit d’un compte de trésorerie (Caisse ou Banque de France), quel compte dans ce cas sera crédité ? Le compte « compensation » (et même chose pour les clients créditeurs : c’est le compte compensation qui sera débité). C’est ce compte qui permet de résoudre le problème de règlement en un simple problème de virements compte à compte en interne. J’ignore quelle est le nom de ce compte s’il existe. L’usage en comptabilité est que, lorsqu’il vous manque un compte pour passer des écritures, vous le créez purement et simplement. Si ce compte, sous un nom ou sous un autre n’existe pas, c’est à dire si le procédé est autre que je l’imagine, eh bien qu’on me le montre, qu’on ne se contente pas de me dire qu’il a lieu. C’est beau quand même. J’ai toujours trouvé la comptabilité belle. Donc, hormis le règlement qui solde les positions, le cas est ramené à un cas précédent : le cas de la compensation entre clients d’une même banque.

Il faut encore remarquer que les clients d’une même banque qui ont des dettes et des créances envers les clients d’une autre banque, ne se doivent rien entre eux. Les virements de compte à compte par l’intermédiaire du compte compensation (virements triangulaires) ne sont pas des virements de débiteur à créanciers mais des virements de débiteurs de clients d’une autre banque à créanciers de clients d’une autre banque par l’intermédiaire du compte « Compensation ». Y a-t-il paiement des créanciers de l’autre banque et paiement des créancier de notre banque par les débiteurs de l’autre banque ? Oui. Par la magie de la compensation, des règlements entre gens qui ne se doivent rien dans une banque entraînent des paiements à distance dans une autre banque sans aucun déplacement de fonds (excepté à la Banque de France) et réciproquement.

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La dette publique, c’est quoi après tout ?

Sur cette question de la dette publique, il faut prendre de la hauteur, s’interroger sur son cadre général et se demander, par exemple :

Pourquoi y a-t-il de la dette publique ? Autrefois, l’État n’était en déficit que quand il entreprenait une guerre coûteuse ; pourquoi les États sont-ils désormais en déficit permanent ?

Pourquoi un État doit-il verser des intérêts quand il a besoin d’argent ? Est-il vraiment une entreprise comme les autres ?

À qui paie-t-il des intérêts ? En France, deux tiers des bénéficiaires du service de la dette (remboursement du principal et versement des intérêts) se trouvent à l’étranger. Que font-ils de cet argent ?

À qui l’État verse-t-il des intérêts en France ? À des banques, à des compagnies d’assurance, à des particuliers. Si ces particuliers ont de l’argent en trop qu’ils peuvent prêter à l’État, ne serait-il pas plus simple pour l’État de percevoir cet argent sous la forme de l’impôt ? Ce serait aussi beaucoup moins onéreux pour lui, puisqu’il n’aurait pas à verser d’intérêts sur la somme.

Pourquoi ne se pose-t-on jamais ce genre de questions ? On dira : « Parce que c’est dans la nature des choses ». Ou bien : « On ne pose pas ce genre de questions par manque d’imagination ». Mais le manque d’imagination s’assimile toujours au conservatisme : on se satisfait des choses comme elles sont ; ce faisant on confirme et renforce les structures de pouvoir dans leur état présent.

PS : L’actualité est en train de confirmer rapidement ce que j’ai dit hier soir sur France 24 :

Il y a à nouveau un petit jeu sur les Credit-default swaps (CDS). Cette fois, ce n’est plus 1) Bear Stearns, 2) Lehman Brothers, 3) Merrill Lynch, c’est 1) Grèce, 2) Portugal, 3) Espagne.

Ce que font en ce moment les marchés financiers n’est pas sans rappeler l’opération de George Soros qui coula la livre britannique en 1992 (quand on pense que le renouveau de la « science » économique est entre ses mains !)

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Deux questions simplistes sur la dette

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Je vais raisonner à grands coups de serpe, on ne m’en voudra pas : la question que j’essaie de résoudre est une question très générale où les détails importent peu.

Monsieur X gagne tant d’argent. Le montant est tel qu’il est obligé de le dépenser entièrement pour subvenir à ses besoins quotidiens. Il n’est pas pauvre mais dès qu’il doit acheter un objet qui coûte plus que 1 000 €, il doit avoir recours au crédit à la consommation. Mr. Y gagne deux fois autant que Mr. Y. Quand il achète une maison, il doit emprunter mais il a à part ça suffisamment d’économies pour payer cash l’achat d’une automobile. Mr. Z. gagne dix fois autant que Mr. X et il dépense tout son argent. Pour arriver à le faire, il va à l’opéra tous les mois, possède un yacht, achète des bijoux dispendieux à sa femme et se constitue petit à petit une collection de peintres contemporains. Il fait vivre des artistes et soutient l’industrie de luxe.

Mr. AAA gagne 40 fois autant que Mr. X. (Ah ! on passe aux choses sérieuses !) Mr. AAA ne peut pas dépenser tout l’argent qu’il gagne, il faut qu’il en « place » une partie. Il en met une partie à la Bourse et une autre partie, il la consacre à acheter des obligations, des emprunts d’État.

Les actions qu’il possède lui donnent droit à des dividendes. L’argent que les firmes dont il achète des actions consacrent au versement de dividendes (de manière générale, les dividendes constituent une part en hausse constante du profit des sociétés), c’est de l’argent qu’elles ne peuvent pas consacrer à leur refinancement. Sur les capitaux qu’elles doivent emprunter, elles verseront des intérêts – en particulier à Mr. AA+, le cousin de Mr. AAA. Le montant de ces intérêts se retrouvera transmis aux consommateurs des marchandises produites par ces firmes sous forme d’une surcote de leur prix : vendues à la foule des Mr. et Mme. X.

Question 1 : ne voudrait-il pas mieux, d’un point de vue de ce qui est « socialement utile » (petit hommage en passant à Lord Turner !), que l’argent versé aux actionnaires sous forme de dividendes soit plutôt réinvesti dans la firme – diminuant d’autant sa dette ?

Les obligations que possède Mr. AAA lui rapportent des intérêts. Ces intérêts constituent ce qu’on appelle la « charge de la dette d’État » que nous contribuons tous à rembourser. La charge de la dette d’État en France est un poste budgétaire substantiel : du même ordre de grandeur que l’impôt sur le revenu ; se situant entre le budget de l’éducation nationale et celui de la défense nationale.

L’argent que Mr. AAA consacre à acheter des obligations (1/3 de la dette française reste en France), c’est manifestement de l’argent qu’il a en trop, même après qu’il a consacré une partie de ses revenus à l’achat de biens de luxe. L’État lui verse des intérêts sur cette somme – contribuant à gonfler la dette publique, dont on nous rappelle avec insistance ces jours-ci quel grand souci elle nous cause – et au remboursement de laquelle il faut que nous consacrions tout notre effort, même au prix d’une réduction du bouclier social (« Il faut ce qu’il faut ! »… soupir…).

Question 2 : ne vaudrait-il pas mieux pour tout le monde que ces sommes que Mr. AAA a en trop et qu’il se voit obligé de placer dans des emprunts d’État, qu’on l’en soulage plutôt par l’impôt ? Il y aurait là un double avantage : la dette publique serait diminuée du montant de la somme, et il n’y aurait aucune charge de la dette attachée aux emprunts qui auraient dû être émis à la place.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Les entreprises et les produits dérivés, par Olivier Brissaud

Billet invité.

Les entreprises ne créent pas de risque systémique quand elles utilisent des instruments dérivés : elles couvrent de vrais risques d’entrepreneurs, des risques non-standard et n’utilisent pas des instruments tels que des CDS, apanage des banques et institutions financières. Elles ont donc besoin d’un marché de gré à gré efficace et liquide. C’est vital pour permettre aux entreprises de stimuler la reprise.

La Banque des Règlements Internationaux (BRI) a estimé la part des contrats générés par les entreprises industrielles et commerciales à 3% du volume estimé des opérations sur dérivés. En admettant qu’il puisse y avoir une certaine marge d’erreur, on constate que cela reste tout de même une fraction minuscule du marché total. Aucune trace de risque systémique.

De quoi parle-t-on au juste quand on évoque les « dérivés » ? Pour faire simple nous allons dire qu’il s’agit de transactions financières dont les effets finaux se situent dans l’avenir et qui servent à couvrir ou diminuer, mitiger, un risque sous- jacent actuel ou futur : prenons l’exemple d’une PME française qui vend son produit au Royaume–Uni en Livres Sterling. Les coûts de fabrication sont en €. Le client payera dans 3 mois en Livres. Comment vais-je, moi PME, m’assurer du montant en € que je vais recevoir à l’échéance (sur lequel j’ai calculé ma marge bénéficiaire) ? Voilà mon risque, dit risque de change. Eh bien je vends les Livres que je dois recevoir dans trois moi à une banque contre des € à un prix que je conviens avec la banque aujourd’hui. Je sais de la sorte exactement combien d’€ je vais recevoir dans 3 mois. Mais les opérations de change ne sont pas les seules que l’on qualifie de « dérivés » ; les opérations sur taux d’intérêt, sur matières premières sont également des dérivés utilisés par les entreprises : je peux vouloir acheter maintenant de l’énergie dont j’aurai besoin dans un mois. Le prix de revient de mon produit est dès lors plus facile à établir. Il existe cependant d’autres catégories d’instruments dérivés que les entreprises n’utilisent pas ou très peu. On parle des dérivés sur actions, sur index boursiers, des dérivés de crédit. Ah mais c’est de ceux-là dont on a tant parlé pendant la dernière crise financière n’est-ce pas ? (Pour une définition précise voir ici). C’est effectivement bien le marché des CDS qui a dérapé, un marché interbancaire, gangréné par les crédits hypothécaires américains, les fameux subprimes.

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