Archives de catégorie : Politique

La symbiose Chine – États-Unis. Nouvelles du front

Le Vice-Premier Ministre chinois, Madame Wu, est à Washington à la tête d’une délégation de quinze personnalités de haut rang. Du jamais vu !
La semaine dernière, le Wall Street Journal a publié une opinion libre de Madame Wu. On pouvait y lire ceci : « Bénéfice mutuel et « chacun y gagne », voilà de quoi sont faites les relations commerciales entre la Chine et les États-Unis […] La croissance rapide des marchés chinois stimule les exportations américaines. La Chine exporte vers l’Amérique tandis que ses investissements en titres obligataires américains aident les États-Unis à maîtriser leur inflation et leurs taux d’intérêt, encourageant ainsi chez eux une croissance accélérée et la création d’emplois ». Dans son message de bienvenue (sic) prononcé ce matin, le ministre des finances américain, Henry Paulson, déclarait : « Les Américains ont de nombreuses vertus – nous sommes un peuple innovant et travailleur – mais nous sommes également impatients. Même la notion de « dialogue » peut sembler trop passive aux yeux de l’éthique orientée vers l’action des Américains ». Inutile de se demander qui des deux était de bonne et qui de mauvaise humeur.
Chang-Hai 2007
Il y a deux ans, le gouvernement chinois avait tenté d’acquérir par l’entremise de la société d’état Cnooc, la firme pétrolière américaine Unocal, provoquant une levée de boucliers. Les États-Unis avaient invoqué leurs intérêts stratégiques et l’affaire ne s’était pas faite. On a annoncé hier une prise de participation du gouvernement chinois d’un montant de 3 milliards de dollars dans la « private–equity » Blackstone, une de ces sociétés de placement qui achètent des compagnies battant de l’aile, les rabibochent et les revendent au prix fort, autrement dit, le type même d’entreprise financière qui bénéficie en ce moment des taux d’intérêt bas que la Chine contribue à maintenir en achetant à tire–larigot des bons du Trésor américains. La participation chinoise équivaut à 9,7 % de la capitalisation de la firme, juste au–dessous des 10 % fatidiques qui exigeraient une ratification du gouvernement américain ; la Chine renonce également à réclamer un ou plusieurs sièges au conseil de direction. Un commentateur financier parlait hier d’humiliation pour la Chine. Ah oui ? Je ne mettrais pas ma main à couper que ce soit là la manière dont les Chinois eux perçoivent la chose.

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

L’Amérique étonnera le monde par sa nouvelle ouverture

L’entretien avec les internautes de Télérama : « L’Amérique étonnera le monde par sa nouvelle ouverture ».

« L’Amérique étonnera le monde par sa nouvelle ouverture »
Paul Jorion, anthropologue, sociologue et auteur de « Vers la crise du capitalisme américain ? » (ed. La Découverte), était notre invité le jeudi 10 mai pour un débat sur le déclin de l’empire américain.

Mitsuko : Cela fait plus de vingt ans que l’on parle de l’effondrement de l’économie américaine, pourtant, malgré des hauts et des bas, elle subsiste. Y a-t-il de nouveaux arguments, pour ou contre cet effondrement ? Et comment cette économie a-t-elle pu subsister aussi longtemps ?

Paul Jorion : L’économie américaine montre les signes d’une très grande vitalité. En même temps, du fait qu’elle est à la pointe de l’expérimentation, dans le domaine de la finance en particulier, elle se trouve au front de difficultés éventuelles. Comme dans tout système complexe, on y voit s’affronter des forces contradictoires, ce qui fait que l’économie américaine se trouve en permanence confrontée à des difficultés inédites et inventant aussi des solutions inédites pour y parer. Contrairement aux économies qui peuvent se permettre de prendre exemple sur des systèmes inventés ailleurs, l’Amérique se trouve obligée à la fois d’inventer les nouvelles solutions et de payer les pots cassés le cas échéant. Les Etats-Unis sont entrés dans une période de grandes turbulences, mais l’Histoire les a également montrés capables de changer de cap de manière quasi instantanée.

Zevon : Ni l’éclatement de la bulle internent, ni la guerre en Irak, ni les mauvais choix des ses présidents, etc. ne semblent faire chuter cet empire (il vacille mais ne tombe pas). Quels éléments, signes, faits peuvent être aujourd’hui interprétés comme annonciateur d’un déclin économique et/ou social des Etats-Unis ? Merci de votre réponse.

Paul Jorion : Les Etats-Unis ont laissé d’autres nations prendre le relais dans le domaine industriel. Le pays s’est spécialisé dans le tertiaire, le secteur des services, et plus spécialement celui de la finance. Le danger auquel il se trouve confronté aujourd’hui est dû au foisonnement des initiatives qui ont été prises au cours des vingt dernières années dans le domaine financier. On découvre aujourd’hui, avec l’éclatement de la bulle financière, que la quasi-absence de réglementation dans ce domaine a créé un risque systémique à de très nombreux endroits.

Le nouveau Congrès démocrate s’efforce de colmater les brèches, mais s’aperçoit que la mise en place de nouveaux règlements prend un temps infiniment long par rapport à l’instantanéité des crises éventuelles dans le domaine de la finance. Ce qui risque de se produire, ce sont des crises locales mais systémiques qui demanderaient des solutions dans un espace de jours, et non de semaines.
Continuer la lecture de L’Amérique étonnera le monde par sa nouvelle ouverture

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

Le second tour

L’expression « l’aventure » possède deux sens selon qu’on l’entend dans la bouche d’un candidat du passé ou dans celle d’un candidat ou une candidate de l’avenir : « l’anarchie » pour le premier, « la prochaine étape » pour le second ou la seconde. Pourquoi cette peur devant l’inconnu alors que le passé est lui connu pour ce qu’il a été, jusque dans le présent : rien d’autre qu’une liste interminable d’abominations ?
Le drame de 2002 avait été dans le choix obligé entre deux candidats ayant pour modèle de l’avenir, deux versions du passé : l’une simplement exécrable, l’autre visant à ressusciter délibérément l’abomination sous sa forme la plus achevée.
Il faut aimer le candidat qui va « à l’aventure », qui fait des « propositions irréalistes », c’est–à–dire qui ne renvoient pas à ce qui a déjà été réalisé, alors que les insuffisances du réalisé sont patentes, qui a des vues
« idéalistes » : qui n’existent encore que comme idées, ce qui veut dire qu’elles sont neuves et donc porteuses d’espoir.
La générosité fut proposée comme la voie qui permettrait d’émerger des ténèbres, d’abord par le Bouddha, puis par Socrate, enfin par Jésus-Christ. On les a fait taire – c’est le moins qu’on puisse dire – mais les faits leur ont donné raison : malgré la caractère cahoteux du parcours, l’histoire s’assimile bien à une marche en avant de la générosité. Hegel dit lui « marche de la raison », c’est vrai car l’une ne va pas en effet sans l’autre.
Les idées généreuses sont toujours nées à gauche. C’est de là que viennent aussi toutes les valeurs du centre : nées à gauche, vingt ans, cinquante ans ou cent ans plus tôt. S’il existe un raccourci connu pour les mettre en application, pourquoi attendre ?

PS : Certains « jeunes philosophes » aiment certaines idées neuves quand ils les découvrent, Mais ils n’aiment pas les idées neuves en général, comme ils le devraient s’ils étaient vraiment philosophes. Il faut écouter ces
« philosophes » tant qu’ils sont effectivement jeunes. Ensuite, il faut les ignorer : ce sont les laissés–pour–compte de l’histoire comme de la philosophie.

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

Les deux nouvelles grandes puissances

J’ai lu plusieurs histoires sur l’Inde et sur la Chine au cours de la semaine écoulée.
Sur l’Inde, j’ai appris que ses citoyens se sont découvert un nouvel engouement pour les grandes surfaces alimentaires où l’on trouve dans des conditions hygiéniques jusqu’ici inégalées de la nourriture de bonne qualité et bon marché. Malheureusement, l’état des routes et la faiblesse du transport routier font que 30 % des victuailles pourrissent avant d’atteindre leur destination et limitent le nombre de grandes surfaces de ce type qui pourront être créées : les détaillants revoient leur expansion à la baisse.
J’ai appris encore qu’entre ceux qui se font écraser en essayant de traverser les voies parce que les passerelles sont encombrées, ceux qui tombent des quais en raison de la presse, ceux qui tombent du toit des wagons et ceux qui se font arracher la tête en essayant de prendre l’air, Mumbai (ex–Bombay) compte en moyenne 13 morts par jour sur son système de ferroviaire où le rapport du nombre de voyageurs à celui du nombre de places dans les voitures est de 2,5.
En Chine, les autorités ont pris des mesures pour mettre un frein aux projets grandioses des régions et des municipalités. Il faudra désormais faire la preuve qu’une autoroute à péage rentrera dans ses frais, qu’une nouvelle route conduit réellement quelque part, que des réunions auront effectivement lieu dans les salles monumentales des bâtiments polyvalents que les municipalités enthousiastes font pousser comme des champignons.
Entre deux pays, l’un qui étouffe par manque d’infrastructure et l’autre qui en construit à tour de bras et à tout hasard, si j’avais des sous et qu’il me faille les placer quelque part, je n’aurais sans doute pas beaucoup d’hésitation.

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

La grande muraille de Chine

Armel m’avait dit à propos de la grande muraille de Chine, « C’est raide ! » et j’avais répondu « Oui ». Il avait ajouté, suspectant que je ne l’avais pas réellement entendu : « C’est très raide ! » et j’avais dit « Oui, oui ! ». Mais il avait raison : je n’avais pas enregistré. Sans quoi je n’aurais pas été sidéré en découvrant ce mur d’enceinte long de six mille kilomètres, suivant avec une détermination inébranlable la ligne de crête d’un massif montagneux. Quand la roche devient falaise, la muraille plonge à sa suite sans tergiverser.

Il existe deux versions de la genèse de la grande muraille de Chine. Selon l’une, Qin Shi Huang réunifia les sept royaumes combattants et connecta entre elles, sur la frontière septentrionale, plusieurs enceintes préexistantes. Dans la deuxième version, il y a bien plus longtemps, Xuandi avait été un jour averti par le devin impérial qu’un enfant était né à l’extérieur de l’empire, qui l’évincerait ; Xuandi avait aussitôt ordonné la construction de la muraille.

La seconde version me semble bien plus vraisemblable : les peurs fantasmatiques des hommes ont joué un rôle plus décisif dans leur histoire que leur évaluation objective des dangers qui les menaçaient réellement.
Pratique du tai–chi sur la muraille par un blogueur étranger

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail