Archives de catégorie : Science économique

La Libre, Jorion : « Je suis de plus en plus entendu mais pas par l’institution des économistes », le 29 janvier 2015

Jorion : « Je suis de plus en plus entendu mais pas par l’institution des économistes », le 29 janvier 2015

À la place de "... et on le saurait si Keynes était un anti-communiste farouche", il faut bien sûr lire "... et on le sait, Keynes était un anti-communiste farouche".

La Libre 29-1-15

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 30 JANVIER 2015 – (retranscription)

Retranscription de Le temps qu’il fait le 30 janvier 2015. Merci à Olivier Brouwer !

Bonjour, nous sommes le vendredi 30 janvier 2015. Et aujourd’hui, je vais vous parler d’une affaire qui ne me regarde pas ! Voilà.

Hier soir, j’étais à Rennes, à l’université Rennes 2, invité par les sociologues et les anthropologues, et j’ai fait un exposé. Et à la fin, on m’a posé une question sur une affaire qui se passe en ce moment chez les économistes, et j’en ai parlé, et j’avais envie de vous en parler de toute manière aujourd’hui parce qu’il y a une tribune intéressante, par Jean-Pierre Dupuy et Frédéric Lordon, qui parait ces jours-ci dans l’Obs, qui s’appelle (je l’ai pas là), qui s’appelle si j’ai bon souvenir : « Portrait de l’économiste en nettoyeur », et ça porte sur une querelle qui a lieu en ce moment parmi les économistes.

Après la présentation, hier, à Rennes 2, il y a quelqu’un qui a demandé devant moi à l’organisateur : « Est-ce qu’il y a des profs dans la salle ? », il a dit : « Oui oui, il y a des anthropologues et des sociologues », et la personne a poursuivi en disant : « Est-ce qu’il y a des économistes ? », et là il a regardé, il a dit : « Non, des économistes, il n’y en a pas. »

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De la censure des économistes alternatifs à la guerre, par Denis Dupré

Billet invité.

L’attentat de Charlie Hebdo n’est pas un hasard mais un révélateur d’une logique décrite toute sa vie par l’économiste Oncle Bernard. Aujourd’hui, il convient, pour l’enterrer dignement, de nommer ce qu’il combattait et de réaffirmer ce pour quoi il combattait.

Nous sommes aujourd’hui bien loin de la pensée libérale qui vise l’épanouissement de l’homme dans l’accomplissement de toutes ses libertés. Nous sommes dans une pensée totalitaire destructrice des hommes et de la planète dont elle facilite le pillage : la pensée « extrême-libérale ». Elle vise à la destruction de toutes les valeurs fondant notre civilisation où les hommes vénèrent un Dieu Moloch baptisé « marché libre», qui dévore liberté égalité et fraternité.

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Quand les « musulmans atterrés » montrent la voie…, par Un Belge

Billet invité.

Les actes de haine et de terreur posés en ce début d’année au nom de l’Islam, à Paris mais aussi à Baga (Nigéria), ont suscité et suscitent encore des réactions multiples. Certaines méritent plus que d’autres d’être soulignées. C’est le cas d’une lettre signée le 11 janvier 2015 par quelques dizaines de « laïcs issus du monde islamique ».

Sans y souscrire aveuglément, et en invitant le lecteur à la lire in extenso, j’en retiens pour ma part ces lignes éclairantes (c’est moi qui souligne) :

« C’est bien au nom d’une certaine lecture de l’islam que ces actes sont commis. ( …) La réponse consiste à reconnaître et affirmer l’historicité et l’inapplicabilité d’un certain nombre de textes que contient la tradition musulmane. (…) Ce corpus est le référentiel des groupes jihadistes. Tous les acteurs concernés, à commencer par les religieux et les autorités de chaque pays, doivent le déclarer comme inadapté, dépassé et inapplicable. (…) L’activation et l’instrumentalisation de ce corpus, quelle qu’en soit la raison, doivent être dénoncées d’une manière explicite par les autorités, les religieux, les sociétés civiles ainsi que dans les manuels scolaires et sur les médias. Nous avons la responsabilité de combattre l’activation de ce corpus et de tous les processus qui y conduisent. »

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La deuxième mort de Bernard Maris

Ouvert aux commentaires.

Le magazine Marianne publie sous la plume d’Hervé Nathan un article intitulé : Tout le monde n’est pas Bernard Maris. Il y est question du fait que la confrérie économique ne permettra pas la répétition de l‘« anomalie Maris » : un économiste grandi au sein du sérail et faisant le grand écart entre une remise en question radicale de la « science » économique en tant qu’« Oncle Bernard » dans les colonnes de Charlie Hebdo et par ailleurs membre du comité monétaire de la Banque de France.

Vous souvenez-vous de l’automne 2008 ? C’était une époque où les étudiants des grandes universités américaines quittaient les cours de « science » économique et déclaraient à la presse : « On nous a assez vendu de salades, ça suffit ! » Et la presse commentait : « Il faudra renouveler le corps des enseignants en économie : la « science » économique a échoué, il faudra ouvrir les universités à des enseignants dispensant un savoir économique authentique ! »

Que s’est-il passé ? Les charlatans ont resserré les rangs : aucun dissident n’a été nommé aux nouveaux postes, l’accès leur a au contraire été barré, une fois pour toutes l’espèrent-ils.

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 26 DÉCEMBRE 2014 – (retranscription)

Retranscription de Le temps qu’il fait le 26 décembre 2014. Merci à Olivier Brouwer !

Bonjour, on est le 26 décembre 2014, un vendredi, et ce dont je voudrais vous parler aujourd’hui, vous allez voir. Je ne vais pas l’annoncer tout de suite, je vais commencer par autre chose.

Voilà : pendant des années, voire même des dizaines d’années, j’ai été connu dans les milieux économiques comme le gars qui comprend même pas la loi de l’offre et de la demande. Voilà. Alors, ce n’est pas flatteur, et ça vous disqualifie pour un certain nombre de choses. On s’est dit : « C’est un type qui, oui, qui s’intéresse à l’économie, mais il ne comprend même pas les choses élémentaires. » Alors, qu’est-ce qui s’était passé ? Ça s’appelle un changement de paradigme. Il s’était passé la chose suivante, c’est que j’avais fait du travail de terrain dans l’île de Houat, j’avais rassemblé un très grand nombre de données sur, eh bien, sur le fonctionnement de quinze bateaux pendant une année, et j’avais un nombre considérable de chiffres sur les ventes qui avaient eu lieu et le prix qui avait été obtenu. Et quand j’avais, de manière, je ne sais pas, un peu comme une routine, je m’étais dit : « Bon eh bien on va maintenant mettre ces chiffres et puis on va voir apparaître la loi de l’offre et de la demande », eh bien, la loi de l’offre et de la demande n’était pas apparue, et donc j’étais là avec le fait que, au moins pour le fonctionnement de quinze bateaux en Bretagne, de 73 à 74, la loi de l’offre et de la demande ne fonctionnait pas.

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Le temps qu’il fait le 26 décembre 2014

Sur DailyMotion, c’est ici.

Un paradigme, ça ne change pas de soi-même !

Paul Jorion : Le prix (2010)

Paul Jorion : Comment la vérité et la réalité furent inventées (2009)

L’« usine à gaz » de Keynes

Richard Kahn : The Making of Keynes’ General Theory (1984)

Les deux économistes qui ont compris l’originalité de Keynes

Hyman Minsky : John Maynard Keynes (1975)

Geoff Tily : Keynes Betrayed (2007)

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Le « Prix Nobel » d’économie 2014

Quand j’ai appris lundi 13 que le « Prix Nobel » d’économie 2014 avait été décerné à Jean Tirole, je me suis bien abstenu de dire quoi que ce soit car si le nom m’était connu, je n’avais pas la moindre idée de ce sur quoi portaient ses travaux.

Voici cinq jours que j’ai lu tout ce que l’on peut lire à son sujet, y compris plusieurs entretiens accordés par l’heureux récipiendaire.

Ma conclusion ? Très semblable à celle d’Izabella Kaminska du Financial Times : « Ah bon ? c’est donc de ça qu’il était question dans le challenge du Seau à Glace 2014 ! »

Je lis très régulièrement les chroniques d’Izabella Kaminska dans la section « Alphaville » du Financial Times. Un test intéressant serait celui-ci : on soumettrait à un jury de personnes familières des questions économiques un ensemble de textes rendus anonymes de Mme Kaminska et de M. Tirole, et on leur demanderait lequel des deux économistes mérite un « Prix Nobel » d’économie. Je n’ai aucun doute quant à qui l’emporterait à l’unanimité du jury. Mais ce n’est pas ainsi que se décernent les Seaux à Glace.

Lecteurs du Blog de Paul Jorion, nous vous offrons ici, auteurs de billets invités, ainsi que votre serviteur, des réflexions économiques et financières incomparables à celles du « Prix Nobel » d’économie 2014. C’est en raison sans doute de cette absence de comparaison possible entre ce que nous faisons et les travaux de M. Tirole que notre budget recherche est de 1.500 € euros mensuels : le montant des dons que vous accordez très généreusement au Blog de Paul Jorion, pour que nous continuions malgré tout, vous qui n’êtes pas de grosses banques bénéficiant directement du fait que la « science » économique d’aujourd’hui soit à ce point inodore, incolore et insipide et sans rapport aucun avec l’actualité. Merci à vous.

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LE G20 de Cairns des grands argentiers : UN SEUIL D’INCOMPÉTENCE DÉPASSÉ, par François Leclerc

Billet invité.

Quand va-t-on se décider à supprimer le G20, en son temps présenté comme l’espoir d’une nouvelle gouvernance mondiale et désormais devenu le lieu de prédilection de l’indécision ? Une nouvelle réunion des ministres des finances se tient ce week-end à Cairns, en Australie, qui donne lieu comme cela en est devenu l’habitude à un nouveau communiqué ronflant, fait d’engagements non tenus, de mises en gardes sans effet et de chiffrages mirobolants voués à ne pas être atteints. La machine tourne à vide, il faut d’urgence l’arrêter, son seul effet est de démontrer son inefficacité !

Ses participants sombrent dans le pathétique tout en souriant à la caméra, « déterminés à rendre le monde meilleur, à développer la croissance mondiale, créer plus d’emplois et des emplois mieux payés…. » comme a entre autres promesses mirifiques annoncé dans son discours d’ouverture Joe Hockey, le Trésorier australien. « Je n’ai aucun doute qu’après le résultat des délibérations de la réunion de ce week-end, suivie du sommet des chefs d’États et de gouvernement à Brisbane, nous aurons l’occasion de changer le destin de l’économie mondiale » : il est bien le seul dans ce cas !
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Von Hayek est une figure léniniste, par Nadir (Nadj Popi)

Billet invité.

Les concepts de stabilité ou de concurrence pure et parfaite ou encore la théorie du capital humain correspondent au stade suprême du capitalisme et se réfèrent donc à ce que l’on pourrait appeler l’économie politique du rentier (cf. Nikolaï Boukharine [1888 – 1938]).

Lénine (1870 – 1924) proposa, dans le chapitre 2 de Que faire ? (1902) relatif a la conscience de classe et au spontanéisme, une véritable théorie marxiste de l’idéologie selon laquelle la conscience de classe ne peut se créer qu’à l’extérieur du prolétariat.

Une telle conception de l’idéologie (et du combat théorique) a des répercussions politiques et organisationnelles : mouvement social-démocrate contre trade-unionisme, nécessité d’une avant-garde intellectuelle chargée de mener la lutte théorique.

Friedrich Von Hayek (1899 – 1992) proposa une épistémologie des sciences sociales qui revêt une importance fondamentale en ceci qu’elle constitue la feuille de route de la stratégie politique d’une conquête du pouvoir.

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Le Credit-default Swap (V) Ce qu’a à en dire la « science » économique

Le Credit-default Swap (I) Définition
Le Credit-default Swap (II) Positions de « couverture » et positions « nues »
Le Credit-default Swap (III) La crise grecque
Le Credit-default Swap (IV) La formation du prix de la prime

J’ai évoqué les rehausseurs de crédit et le Credit-default Swap comme deux exemples d’interprétations fautives de la formation du prix d’un produit financier, pour attirer l’attention ensuite sur les catastrophes qui peuvent en découler. C’est en raison de préjugés d’ordre idéologique dans son élaboration que la « science » économique s’est montrée incapable de fournir les outils analytiques qui auraient permis de comprendre le comportement de certains instruments financiers et d’interpréter alors correctement la formation de leur prix.

Dans un saisissant contraste avec l’économie politique qui prévalut jusqu’au dernier quart du XIXe siècle et dont la prétention à la scientificité, dans le cadre d’une science « morale », était dans son cas justifiée, la « science » économique s’est épanouie sous la houlette du milieu financier qui lui a prodigué son soutien et l’a encouragée à générer un « savoir » qui serve ses intérêts et ignore les sujets et les approches susceptibles de le fâcher. La production de la théorie économique se faisait à l’origine dans le cadre des départements d’économie universitaires, elle s’est déplacée ensuite – tout particulièrement aux États-Unis – vers les écoles de commerce, qui se trouvent davantage encore dans la sphère d’influence des milieux financiers.

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NI MARX, NI KEYNES

En tant que réflexion de pensée économique, je le souligne dans mes livres, la « science » économique ne présente malheureusement pas grand intérêt, pire, elle nous mène constamment sur des voies de garage quand il s’agirait de comprendre les questions économiques qui se posent comme aujourd’hui avec urgence. Une remarque de Pierre Bourdieu reste parfaitement d’actualité :

Le monde économique est-il vraiment, comme le veut le discours dominant, un ordre pur et parfait, déroulant implacablement la logique de ses conséquences prévisibles, et prompt à réprimer tous les manquements par les sanctions qu’il inflige, soit de manière automatique, soit – plus exceptionnellement – par l’intermédiaire de ses bras armés, le FMI ou l’OCDE, et des politiques qu’ils imposent : baisse du coût de la main-d’œuvre, réduction des dépenses publiques et flexibilisation du travail ? Et s’il n’était, en réalité, que la mise en pratique d’une utopie, le néolibéralisme, ainsi convertie en programme politique, mais une utopie qui, avec l’aide de la théorie économique dont elle se réclame, parvient à se penser comme la description scientifique du réel ?

Cette théorie tutélaire est une pure fiction mathématique, fondée, dès l’origine, sur une formidable abstraction : celle qui, au nom d’une conception aussi étroite que stricte de la rationalité identifiée à la rationalité individuelle, consiste à mettre entre parenthèses les conditions économiques et sociales des dispositions rationnelles et des structures économiques et sociales qui sont la condition de leur exercice (Bourdieu 1998).

Restent alors, Marx et Keynes. Marx parce qu’alors qu’il qualifie sa réflexion de « critique de l’économie politique », son œuvre constitue sans aucun doute le point culminant dans cette ligne de pensée. Keynes parce qu’« honnête homme » au sens que l’on donnait à l’expression au XVIIe siècle, il joue à l’éléphant dans le magasin de porcelaine, réinjectant dans la pensée économique des leçons qui ont été tirées de l’ensemble des sciences morales au cours de l’histoire : de la science politique à la théologie, conséquence chez lui de son imprégnation par l’ancienne tradition scolastique dont il s’est repu de la substantifique moelle alors qu’il était lycéen à Eton d’abord, étudiant à Cambridge ensuite, deux lieux qui ont servi de conservatoire où cette pensée a su se poursuivre en tant que survivance, au sens que les anthropologues du XIXe siècle donnaient à cette expression : vestige préservé au sein d’une époque d’une manière de penser ou de faire appartenant à une époque antérieure.

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Keynes : La fin du laisser-faire (III) La doctrine du laisser-faire résulte d’un compromis entre courants de la pensée politique

Keynes : La fin du laisser-faire

(I) Comment les girafes nous font mieux comprendre l’esprit du capitalisme

(II) La rationalité économique et l’éthique sont inconciliables

Mais quelles sont les sources de la doctrine du laisser-faire au sein de notre culture ? En fait, affirme Keynes, qui en retrace alors la généalogie, il s’agit d’un compromis sur lequel sont tombées d’accord deux interprétations de l’histoire humaine a priori inconciliables, c’est le modus vivendi découvert comme une option viable entre la vision héritée d’Aristote qui voit l’homme comme un zoon politikon, comme une espèce sociale par nature, et celle qui découle du contrat social que développèrent Hobbes, Locke, puis Rousseau, qui voit les hommes, lassés de l’insécurité propre à l’état sauvage dans lequel ils vivent isolés, décidant d’abandonner par un pacte certaines de leurs libertés pour que la sécurité soit assurée dans le cadre d’une organisation politique telle qu’un État, le contrat social ayant été conclu par l’accord de tous.

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