Archives de catégorie : Science économique

« Comprendre les temps qui sont les nôtres », Bonnes feuilles (II), en librairie le 6 mars

Comprendre les temps qui sont les nôtres

Comprendre les temps qui sont les nôtres en librairie le 6 mars.

Je publierai quelques extraits d’ici la parution.

Le Tournant

24 AVRIL 2008

Je crois que c’est dans une opérette d’Offenbach que les gardes entonnent « C’est nous les soldats du Moyen Âge… ». Ce qui ne manque pas de susciter l’hilarité. Le rire a ici deux origines : celle bien sûr de la caractérisation a posteriori du Moyen Âge mais aussi le fait que l’on se préoccupe peu d’habitude de situer l’époque où l’on vit dans le continuum de l’histoire.

Je ne suis pas sûr de la manière dont il faudrait appeler mon temps. Le qualifier de « Post-Moderne » confirme l’hésitation puisque l’on se contente de constater à quoi il a succédé, trahissant l’incapacité à saisir la manière dont il sera perçu, l’incapacité de déterminer la manière dont évolueront les choses, en mieux ou en pire. Hegel nous assigne le devoir de comprendre notre époque et donc de savoir où elle va. La caractériser est une manière de lui enjoindre où aller. J’hésite cependant entre la motiver en lui faisant honte, en l’appelant le « milieu du Moyen Âge » ou par l’encouragement, en la qualifiant de « fin de la préhistoire ».
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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 3 JANVIER 2014

Sur YouTube, c’est ici.

L’influence de l’argent sur le savoir produit

– France Culture : L’économie en questions, La montée en puissance de l’économie dans le débat public, le 28 décembre 2013

– Le Monde : Les climatosceptiques qui valaient des milliards, le 31 décembre 2013

– New York Times : Academics Who Defend Wall St. Reap Reward, le 27 décembre 2013
 

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L’envie de découvrir comment cela fonctionne vraiment, par Boris Verhaegen

Juste une petite remarque suite à la vidéo du Temps qu’il fait du 13 décembre 2013 concernant le milieu scientifique que Hugh Everett a quitté, dégoûté du sort que l’on faisait à sa théorie. Il se fait qu’il n’est pas le seul à avoir tenté d’expliquer les superpositions d’états surprenantes que l’on peut observer dans le monde de l’infiniment petit.

Si les reproches qu’on fait à sa théorie sont légitimes – c’est-à-dire pour l’essentiel sa construction qui par essence ne permet pas de le placer dans le cadre du falsificationnisme popperien -, d’autres théories tout aussi originales mais plus pragmatiques ont subi le même sort. La théorie d’Everett n’est cependant pas la plus plausible pour expliquer les superpositions d’états car d’autres y arrivent avec moins de subterfuges. Comme on le suppose dans le milieu, plus une théorie explique les choses de manière simple, et plus elle a de chance d’exprimer une réalité concrète – ce qui rend si beau l’égalité d’Einstein E=mc2. Ainsi, une autre théorie résout la plupart des incohérences avec un seul univers supplémentaire, un univers gémellaire : jumeau.

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 19 SEPTEMBRE 2013

Sur YouTube, c’est ici.

– Blog de PJ : Le débat avec Henri Guaino, Femmes chefs d’entreprise

– Blog de PJ : Colloque De l’argent, à Montpellier le samedi 21 et le dimanche 22 septembre

Rapport de l’AFEP, Evolution des recrutements des professeurs de sciences économiques depuis 2000

– Paul Jorion, Misère de la pensée économique, Fayard : 2012

Max Planck : « une vérité scientifique ne triomphe pas en convainquant ses adversaires et en leur faisant voir la lumière, mais plutôt parce que ses adversaires finissent par mourir et qu’une nouvelle génération apparaît à qui elle est familière ».

– Donald MacKenzie, An Engine, Not a Camera. How Financial Models Shape Markets, The MIT Press : 2006

Paul Feyerabend, le retour à la bifurcation

– Paul Jorion, Comment la vérité et la réalité furent inventées, Gallimard : 2009

– Christian Walter, « IAS 39 et la martingalisation des marchés boursiers » in Christian Walter (sous la direction de), Nouvelles normes financières. S’organiser face à la crise, Springer-Verlag : 2010

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RETOMBÉES DE L’AFFAIRE KERVIEL : LES BANQUES « SYSTÉMIQUES » ET LES PRODUITS DÉRIVÉS REMIS EN QUESTION

Le 4 avril 2008, je publiais ici un billet intitulé : « Kerviel et la faute a pas d’chance », dont les dernières lignes disaient ceci :

« Alors, si c’est la faute à pas de chance, est-ce qu’il ne serait pas temps de ficher la paix à Jérôme Kerviel ? »

Un livre qui vient de paraître m’encourage à aller beaucoup plus loin encore dans la même direction.

Dans Antifragile. Les bienfaits du désordre (Les Belles Lettres 2013 [1]), dans le cadre d’une discussion relative à la relation entre taille et fragilité, Nassim Nicolas Taleb, consacre un bref paragraphe à l’affaire Kerviel. Il écrit ceci à propos du débouclage de la position de Kerviel le 21 janvier 2012 :

« Une liquidation de 70 milliards de dollars aboutit à une perte de 6 milliards de dollars. Mais une liquidation d’un dixième de cette taille, 7 milliards de dollars, n’entraînerait probablement aucune perte, car les marchés absorberaient ces quantités sans paniquer, peut-être même sans le remarquer. Cela nous dit donc que si, au lieu d’avoir une très grande banque, avec M. Kerviel en franc-tireur du trading, nous en avions dix de taille plus modeste, chacune possédant respectivement son M. Micro-Kerviel qui mènerait son activité de trader en franc-tireur et dans son coin à des moments imprévus, le total des pertes des dix banques serait quasiment nul » (pages 341-342).

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L’EMPATHIE COMME DISPOSITION À NÉGOCIER, par Timiota

Billet invité.

En lisant les deux billets LE VIVANT ET LE SOUFFRANT de Claude Lévi-Strauss, sur Rousseau et EXPRESSION SPONTANÉE ET STRATÉGIE EN FINANCE ET EN ÉCONOMIE de Paul Jorion, sur Keynes, il me vient le questionnement suivant sur l’empathie.

L’empathie se couple chez l’humain à une partie consciente de l’attitude : « que vais-je faire pour la/le convaincre ? Pour la/le séduire ? « , elle a une partie spontanée assez variable (tendant vers zéro le long du spectre autistique, ce que pourra commenter Paul Tréhin, auteur du billet LES ORIGINES DE L’ART ET DE LA CULTURE : le rôle des individualités) et une partie « négociée » lourdement médiée par la société, les règles de dialogue orales, la « nétiquette généralisée » si je peux en profiter pour faire d’une (récente) partie un tout.

Il me semble donc qu’il y a cette tension entre le spontané et le négociable dans l’empathie.

Si je me souviens bien du « principe des systèmes intelligents », la machine doit donner l’impression que le savoir est « négociable » pour paraître humaine (c’est du moins mon à-peu-près sur la question). Avec différentes formes de négociabilité (vigneronne ou plus calme).

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EXPRESSION SPONTANÉE ET STRATÉGIE EN FINANCE ET EN ÉCONOMIE

Quand en 1936, dans The General Theory of Employment, Interest and Money, Keynes illustre par un concours de beauté les défis que posent à la réflexion les anticipations sur le long terme, il a certainement encore en tête le fait qu’il a déjà pris pour exemple un concours de beauté quinze ans auparavant, dans A Treatise on Probability, quand il s’agissait pour lui de mettre en évidence la difficulté d’associer à un événement une mesure numérique de sa probabilité.

Dans le traité de 1921, il était question d’un concours de beauté s’adressant aux lecteurs du Daily Express.

La Grande-Bretagne est partagée en 50 circonscriptions correspondant aux éditions locales du quotidien. Les 50 finalistes sont les jeunes femmes qui parmi un total de 6.000 candidates, l’ont emporté selon le classement des lecteurs dans leur circonscription. Un représentant du journal qui les aura rencontrées en chair et en os à Londres, sélectionnera alors 12 d’entre elles qui gagneront l’un des prix du concours, constitué de sommes égales d’argent.

Une des 50 finalistes, déposa plainte contre le journal, considérant que celui-ci avait ignoré les raisons légitimes pour lesquelles elle demandait que soit déplacée la date prévue pour sa venue dans les locaux du Daily Express. Le juge lui accordera des dommages et intérêts d’un montant de 100 £, somme quelque peu supérieure à celle découlant du calcul de probabilité qui lui sembla juste : une chance sur 50 de gagner l’un parmi 12 prix, soit une probabilité de gain de 24%.

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EN 1919, JOHN MAYNARD KEYNES A TRENTE-SIX ANS, ET IL N’A ENCORE RIEN À REPROCHER À LA THÉORIE ÉCONOMIQUE

Quand en juin 1919 John Maynard Keynes démissionne avec pertes et fracas du ministère britannique des finances, claquant du même coup la porte de la Conférence de paix de Paris à laquelle il participait, il a trente-six ans. Le livre qu’il écrit dans le même accès de rage : The Economic Consequences of the Peace, sort en librairie le 12 décembre. Comme je l’ai dit, plus de 100.000 exemplaires s’en vendront.

Keynes ne renouera avec le service public que vingt-et-un ans plus tard : en 1940 et en la même qualité durant la Seconde guerre mondiale que celle qui avait été la sienne durant la Première : en tant que technicien surdoué de l’administration de l’économie d’une nation en guerre.

L’occasion lui sera bien entendu donnée d’être consulté par l’administration et le gouvernement britanniques durant ces vingt-et-une années : il est invité à donner son avis lors de réunions ou d’auditions en tant que professeur d’économie à Cambridge, et quand c’est plutôt au titre de journaliste (il dirige la revue Economic Journal et est éditorialiste de plusieurs journaux au fil de ces années), il ne se prive nullement de faire connaître ses vues, qu’on le lui demande ou non. C’est manifestement pour qu’on puisse entendre « un autre son de cloche » qu’il est invité et bien que son opinion ait un grand retentissement auprès du public, elle n’a pas d’impact direct sur le cours des événements. Skidelsky a bien caractérisé le Keynes de l’entre-deux-guerres :

« … le rôle de fonctionnaire / économiste technicien se transforma insensiblement [pour lui] en celui d’éducateur / économiste politicien […] interprétant les positions officielles à l’intention du public informé, et faisant en sorte qu’une opinion éclairée ayant une base solide exerce une influence sur l’action politique » (Skidelsky I, 377).

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L’HOMME QUI S’AVÉRA TOUJOURS AVOIR EU RAISON ET NE FUT JAMAIS ÉCOUTÉ

Quelques jours avant de partir pour la Corse, je me suis posé la question : de quoi avais-je donc promis de parler le 19 juillet à Ajaccio dans ma conférence du cycle « Science et humanisme » ? On me voit expliquer dans la vidéo la surprise qui fut la mienne de découvrir que mon exposé serait consacré à John Maynard Keynes. Ce serait la première fois depuis mon retour en Europe en 2009 que j’évoquerais dans l’une de mes conférences quelqu’un plutôt que quelque chose. La raison, je crois l’avoir maintenant devinée : lorsque Jean-Noël Ropion m’invita et m’expliqua que le thème cette année serait « Penseurs d’avenirs », il y a dû y avoir méprise de ma part : je n’ai pas compris alors que les « penseurs d’avenirs » en question ne seraient pas l’objet dont il nous était demandé de débattre, mais nous-mêmes : les conférenciers invités.

Comme j’ai également l’occasion de le dire dans la vidéo, le choix était bon : ce fut une bonne chose de parler de Keynes. Du « vrai » Keynes, comme le précisait mon titre : « Un homme pour demain : (le vrai) John Maynard Keynes ».

Le vrai Keynes est aujourd’hui fort peu connu. On peut le trouver pour ce qui est de l’homme, des actes qu’il a posés et de l’œuvre qu’il a écrite, dans la biographie en trois volumes qu’a publiée entre 1982 et 2000, Robert Skidelsky (*), et pour ce qui est de sa théorie économique proprement dite, dans le John Maynard Keynes (1975) de Hyman Minsky.

L’histoire conjecturale est un terrain sur lequel il vaut mieux ne pas s’aventurer : on peut en effet y prétendre tout et n’importe quoi sans crainte de se voir jamais démenti mais, prenant ici un risque calculé, j’affirme que si la proposition rédigée par Keynes en 1919 sur les réparations dues aux Alliés par l’Allemagne avait été adoptée, Adolf Hitler serait resté le peintre d’aquarelles moyennement doué qu’il était, épanchant son fiel dans des livres lus par 15% au plus de la population allemande, et que si la proposition de Keynes en 1944 à Bretton Woods en faveur d’un ordre monétaire international avait été adoptée, nous ne serions pas dans la merde où nous sommes plongés aujourd’hui : nous aurions progressé pendant près de soixante-dix ans déjà sur la voie inscrite dans sa proposition, d’une pacification des relations économiques entre nations, et au sein de celles-ci, entre leurs citoyens.

Au lieu de cela, Keynes ne fut pas écouté et ceux qui parlent en son nom aujourd’hui et se proclament « keynésiens » n’ont dans leur quasi-totalité pas même pris la peine de le lire et ne savent rien de l’homme qu’il fut. Ce sont eux qui entendent dans l’expression « euthanasie du rentier » une évocation voilée de l’inflation, ignorant qu’il s’agit de la transition vers le socialisme décrite par Keynes dans les « Notes finales sur la philosophie sociale à laquelle la théorie générale peut conduire », constituant le dernier chapitre de sa Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936).

Qu’il ne serait pas entendu à l’époque où il s’exprimait, Keynes en était pleinement conscient. Dans la préface d’un recueil de ses textes publié en 1931, intitulé Essays in Persuasion, il écrivait :

« Sont rassemblés ici les croassements de douze années – les croassements d’une Cassandre qui ne parvint jamais à influer à temps sur le cours des événements. Le volume aurait pu s’appeler « Essais en prophétie et persuasion », car la prophétie, hélas, fut davantage couronnée de succès que la persuasion. Mais ce fut dans un esprit de persuasion que la plupart de ces essais furent rédigés, dans une tentative d’influencer l’opinion. Ils furent considérés à l’époque, un grand nombre d’entre eux, comme autant de propos exagérés et imprudents. […] Il me semble au contraire – alors que je les relis, conscient que mon témoignage personnel est nécessairement biaisé – qu’à la lumière des événements qui eurent lieu ensuite, ils reflètent davantage une modération difficile à justifier qu’une prétention excessive » (1931).

Le moment est venu de faire en sorte que Keynes soit au moins entendu aujourd’hui.

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(*) Hopes Betrayed 1883-1920 (1982), The Economist as Saviour 1920-1937 (1992), Fighting for Britain 1937-1946 (2000). L’éditeur américain de Robert Skidelsky le força à changer pour les exemplaires vendus aux États-Unis, le titre du troisième volume en Fighting for Freedom : « combattre pour la liberté » au lieu de « combattre pour la Grande-Bretagne », trahissant quant à lui une conception curieuse de la liberté de l’auteur. Skidelsky s’en explique avec mauvaise humeur dans la préface.

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L’actualité de demain : LE BONHEUR DES UNS…, par François Leclerc

Billet invité.

L’un des modes favori du commentaire économique et financier repose sur la comparaison entre ce qui était prévu et ce qui s’est réalisé (avant que ce dernier résultat ne soit éventuellement corrigé). Suscitant, selon les cas, un encouragement ou une déception qu’il s’agit de faire partager. La référence aux attentes du marché est un grand classique qui n’apporte que des satisfactions, qu’il y soit ou non répondu.

Les commentateurs se révèlent de grands sensibles, reflétant les états d’âme des marchés et la glorieuse incertitude de leur activité, sans laquelle il n’y aurait ni profits ni pertes puisqu’il s’agit de réaliser des paris. C’est le cas à propos des chiffres du chômage, notamment aux États-Unis, qui sont un indicateur d’autant plus surveillé que l’emploi fait avec l’inflation partie des missions de la Fed, et que de sa tenue dépend accessoirement la poursuite ou non des achats mensuels de 85 milliards de dollars de titres obligataires par cette dernière. Une question qui agite des milieux boursiers en pleine embellie, animés par la crainte du tarissement de cette source de bonheur sans fin.

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POUR CEUX QUI DOUTENT, par Michel Leis

Billet invité

Lors de son déplacement à Athènes, le ministre des finances allemand, Wolfgang Schäuble, s’est déclaré « très impressionné par ce que la Grèce a déjà réalisé en matière de rééquilibrage budgétaire et de modernisation de l’économie ». Pour ceux qui en doutaient encore, une économie en voie de modernisation ressemble donc à l’économie grecque avec ses 27 % de taux de chômage et un appauvrissement généralisé de la population. Évidemment, on oublie toujours que la success story de l’économie allemande tient pour l’essentiel à l’application des mêmes recettes : appauvrissement des travailleurs intérieurs (les lois Hartz) et extérieurs (les travailleurs mal payés des ex-pays de l’Est). Sa résistance face au chômage s’explique surtout par un contexte démographique particulier et une économie qui ne s’intéresse qu’aux clients riches et solvables partout dans le monde, en s’appuyant sur la flatteuse marque de fabrique « made in Germany » très porteuse, mais difficilement transposable.

Le décalage entre les déclarations de Wolfgang Schäuble et la réalité vécue par la population grecque illustre un autre aspect du discours dominant. Cela fait déjà quelques années que je m’interroge sur les normalisations sociales implicites dont le rôle est essentiel dans la fabrication du consentement. C’était l’un des thèmes principaux de mon essai et le sujet de mon dernier billet. La disparition de la norme de progrès et l’épuisement très rapide de la norme de consommation créent un vide inquiétant, situation qui ne devrait pas avoir échappé à nos dirigeants.

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L’utilité et le profit, ou l’art des nuances

L’auteur d’un compte rendu de mon livre Misère de la pensée économique (Fayard 2012) écrit ceci :

… homo oeconomicus ne cherche pas à maximiser ses gains, mais son utilité, laquelle peut intégrer des dimensions d’altruisme ou d’empathie.

Le lecteur lambda de ce compte rendu en inférera, je suppose, que la définition que je donne de l’l’homo oeconomicus est qu’il cherche à maximiser ses gains plutôt que son utilité, et que j’introduis ainsi une distorsion dommageable, source de malentendus potentiels, puisque la définition classique parle bien d’utilité et non de gains.

Or ce que j’ai écrit, c’est ceci :

L’individu « rationnel » correspondant à cette représentation, baptisé « homo oeconomicus », a pour particularité de maximiser son utilité subjective dans une ignorance totale de ses concitoyens, poursuivant son intérêt égoïste sans jamais dévier de sa trajectoire, sa justification pour ce comportement a-social, pour ne pas dire anti-social, étant qu’il contribue ainsi à maximiser l’utilité pour l’ensemble de la communauté des gens comme lui : les homines oeconomici. (pp. 187-188)

J’ai écrit à l’auteur de ce compte rendu, lui faisant observer qu’il m’accuse d’un péché que je n’ai pas commis.

Il me répond ceci :

Je vous donne volontiers acte de ce que, contrairement à ce que je lis souvent, utilité pour vous n’est pas forcément synonyme de maximisation des revenus. Mais ce qui m’a fait tiquer, c’est l’expression qui suivait « intérêt égoïste sans jamais dévier de sa trajectoire ». Egoïste signifie bien « ne se soucier que de soi », alors que l’utilité peut intégrer le souci de (certains) autres.

Ma réponse :

Il n’empêche que le lecteur de votre compte rendu aura retenu que je confonds utilité et profit, quand vous affirmez que l’homo oeconomicus selon moi vise à maximiser ses gains plutôt que son utilité, ce qui est faux, puisque je mentionne spécifiquement l’utilité. Vous me dites maintenant que quand je dis utilité, je pense en réalité profit ; je vous réponds que ceci ne me distinguerait bien entendu pas de la quasi-totalité des lecteurs de la définition de l’homo oeconomicus au fil des âges mais que ce n’est pas ce que j’ai écrit, et qu’il s’agit du coup d’un procès d’intention.

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