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Aristote explique le crédit par le capital, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

Le présent texte est le cinquième d’une série visant à synthétiser une explication de la monnaie avec le système de causalité d’Aristote.

Aristote explique la monnaie
Aristote explique la matérialité libre
Aristote explique la production de valeur
Aristote explique la matérialité de la monnaie

Des quatre natures de cause, matière, forme, effet et fin considérées par Aristote, la civilisation contemporaine mondialisée est arrivée à expliquer les phénomènes de valeur sans recourir à la finalité. Les fins sont des affaires privées dont l’explicitation n’est pas jugée nécessaire dans les échanges. Il en résulte que la monnaie, le travail, le capital et le crédit sont valorisés comme de la matière : des grandeurs numériques associées à la quantité physique. Une vision mathématique simplifiée s’impose de prix liés les uns aux autres par des fonctions linéaires dans un même plan.


La variation des prix dans l’espace et le temps est expliquée exclusivement par des linéarités quantitatives comptées dans la réalité matérielle endogène non explicable de la monnaie. Paradoxalement, les sciences physiques centrées sur la matérialité ont dû conceptualiser la numération complexe pour résoudre des problèmes contenant potentiellement de la causalité non matérielle. L’hypothèse est ici posée que tous les prix sont des nombres complexes. Ils expriment la quantité réelle mais contiennent un sens positif ou négatif inconnaissable par la numération sans l’imaginaire. Or l’imaginaire s’organise par la métaphysique d’Aristote qui lui attribue les trois causalités de la forme, de l’effet et de la fin.

L’interprétation des prix dans l’ensemble mathématique des complexes réintroduit la finalité dans la quantification de la valeur. La monnaie devient la réalité du crédit sans son imaginaire, le crédit la réalité du capital sans son imaginaire et le capital la réalité de la monnaie sans son imaginaire. Il apparaît un équilibre de réalités financières dont le seul appui dans l’imaginaire est la Loi adoptée par la politie. La Loi est justement la délimitation verbale d’une communauté de fins dans les échanges humains.

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Aristote explique la matérialité de la monnaie, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Le présent texte est le quatrième d’une série visant à synthétiser une explication de la monnaie avec le système de causalité d’Aristote.

Aristote explique la monnaie
Aristote explique la matérialité libre
Aristote explique la production de valeur

L’époque actuelle est tourmentée par une crise inédite de la connaissance. Dans le champ du produire plus avec le moins – l’économie – l’observateur ne sait que penser entre pouvoir politique et financier affirmant la croissance de la valeur et des opinions publiques inquiètes d’une pauvreté qu’elles voient croître. Confronté lui-même à ce débat il y a plus de 23 siècles, le philosophe grec avait posé l’hypothèse que la discussion au sein de la cité est en soi le début de la richesse que les débatteurs attendent. Le langage contient la fin de l’homme. Pour découvrir cette fin, il avait posé d’autres hypothèses dont la supposée vérité était nécessaire pour tracer par le langage le chemin qui puisse révéler la fin.

Il avait supposé que la réalité pouvait se décomposer entre son objectivité et sa subjectivité ; qu’il y avait une réalité indépendante de la fin du sujet – la physique – et une réalité dépendante de la fin par le langage du sujet : la métaphysique. Il avait posé que le langage appartenait à la métaphysique. Il lui était alors permis à lui sujet d’utiliser la fin supposée de vérité du langage pour poser les conditions logiques – propres au langage – d’un chemin métaphysique de vérité. En posant l’hypothèse de la vérité comme recherche de la fin, Aristote est tombé sur quatre causes de vérité, quatre explications possibles et réciproquement nécessaires à tout phénomène vrai : la fin, l’effet, la forme et la matière.

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Aristote explique la production de valeur, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

La monnaie mathématiquement complexe

La monnaie est l’effet du choix de numération de la valeur. La monnaie peut être la matérialisation de la valeur du travail seulement physique au présent ou aussi métaphysique en passé, présent et futur. Dans la matérialité de l’objet monétisable, de l’objet mesurable par la monnaie sur le marché, le sujet conçoit librement le prix de son travail comparé à celui des autres. La décision du travail signifie un sujet qui commence dans son imaginaire à offrir ce qu’il demande. S’il se voit capable de produire par lui-même ce qu’il veut, il va consommer directement le fruit de son travail. Parce que la valeur du sujet est le motif du travail, la transformation de matière physique est rationnellement une consommation de la forme introduite dans la matière. S’il est une raison de travailler, elle relie l’effet à la fin du travail par l’imaginaire personnel. Si le travailleur ne se voit pas capable de produire lui-même sa demande, il l’échange contre celle d’un autre qu’il pourvoie par son offre. Le travail est un échange d’imaginaire entre offre et demande de personnes individuelles d’une même collectivité. L’effet matériel du travail est une dépense de temps et d’énergie. L’effet formel du travail est la valeur sans laquelle le sujet n’aurait pas agi ni en offre, ni en demande. La valeur du travail est positivement ordonnée par l’imaginaire : à la fois réellement négative en ne répondant pas tout à fait à une demande et réellement positive par l’échange équilibré en offre et demande de sa production consommée.

L’imaginaire origine les causes métaphysiques du travail humain. L’origination forme la relation entre la fin et l’effet. Avant la consommation d’énergie physique qui matérialise le travail, l’origine relie la matérialité de l’effet à une fin intelligible. L’origine mathématiquement complexe du travail est l’échange effectif d’un objet produit contre un objet consommé. La valeur de l’objet consommé justifie la valeur de l’objet produit. S’agissant matériellement du même objet, c’est la différence entre le sujet producteur et le sujet consommateur qui prouve objectivement la valeur du travail échangé. La contrepartie de l’échange établit le prix de l’objet travaillé. Dans le troc, la contrepartie est un autre objet également travaillé, au minimum par l’identification de la forme qui lui donne sa valeur. Si la contrevaleur de l’échange est une matière qui n’a nécessité aucune dépense d’énergie physique à son porteur, mais seulement l’identification de sa forme numéraire, alors elle est monétaire ; utile non par sa matérialité physique mais par sa représentation du nombre issu du travail de réalité dans l’imaginaire. Qu’il soit ou non physiquement matérialisé, le prix est un nombre réel imaginaire ; matériellement visible dans le nombre réel et physiquement invisible dans la plus-value des acteurs de l’échange.

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Aristote explique la matérialité libre, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

La libre obligation de choisir

Les sujets d’une société mettent en commun les causes formelles de leur valeur par une matière distincte des objets physiques circulant. La langue est l’ensemble des mots qui communiquent les idées. Les idées expriment les formes à partager dans les objets échangés. Selon la règle que les sujets de l’échange admettent entre eux, les idées présentes dans l’objet transmis sont plus ou moins communes ; la valeur est plus ou moins formée, plus ou moins durable entre ses sujets. Afin que la société soit durablement une source de valeur pour ses membres, ils se soumettent à une loi commune. La Loi est l’ensemble des idées qui portent la valeur des membres d’une société. La Loi relie les personnes en société, délimite leur idée commune de la valeur. Elle leur fournit les formes de leur existence personnelle avant qu’elles n’en aient individuellement conscience et la volonté de s’y soumettre. La matérialité de la Loi en parole ou en écriture peut masquer sa nature formelle ; toute personne peut prendre la Loi pour matière d’un déterminisme qui la dispense de choisir. Ainsi ignore-t-elle en réalité les causes finales de la communauté de valeur dont elle vit.

La définition du marché de la valeur par la conjonction des quatre causalités aristotéliciennes complique l’idéalisme et le matérialisme, les deux postures d’intelligence qui délaissent la causalité finale. Elles réduisent la causalité en trois ordres au plus qui simplifient la responsabilité de l’intelligence. L’idéalisme absorbe la matérialité dans l’efficience. L’individu n’est qu’apparence et les sujets ne se pensent plus séparés les uns des autres. De son coté, le matérialisme absorbe la finalité dans l’efficience. L’action individuelle n’est pas libre ; les sujets sont déterminés les uns par les autres. L’idéalisme est une liberté sans individus et le matérialisme des individus sans liberté. L’omission d’une quatrième causalité réduit négativement la personne, la liberté et la valeur.

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Aristote explique la monnaie, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

Valeur métaphysique de la physique

Une monnaie est une unité de compte de la valeur échangée sur un marché. L’utilité de cette affirmation est d’établir une relation de raison entre le marché, l’échange, la valeur, le comptage, l’unité et la monnaie. L’utilité signifie que cette affirmation est un outil pour réaliser une fin exprimée dans un ou plusieurs de ses termes. En l’occurrence, un outil propre à l’intelligence pour informer et transformer la réalité hors d’elle-même. Si cette affirmation est vraie, elle peut servir en tant qu’outil d’intelligence à définir la monnaie vraie. La monnaie comme moyen de compter la valeur révélée par l’échange ; comme contrepartie métaphysique d’objets physiques transmis par le marché ; comme réserve de valeur dans le temps et dans l’espace. La monnaie est vraie si sa finalité ainsi énoncée n’est pas douteuse dans sa réalité concrète et si cette finalité est bien conforme à la volonté de tous ses utilisateurs. Les trois fonctions fondamentales de l’objet monétaire ont été énoncées par Aristote. Il a également fourni l’appareillage conceptuel de définition de tout objet intelligible physique ou métaphysique.

Les objets de valeur s’échangent par des biens et des services physiques ; soit par un objet matériel contenant toute la forme qui lui donne sa valeur, soit par un travail qui informe avec du temps de la matière physique. La valeur s’échange visiblement par son infrastructure matérielle physique : l’objet physique perceptible aux sens du corps humain. Elle est valeur par la superstructure formelle ; le concept que la personne humaine corporelle accorde à la matière dans l’objet. La forme n’est pas intrinsèque à la matière. Elle lui est donnée par un sujet d’intelligence personnelle libre en lui-même. Soit la forme est issue du passé : l’objet matériel contient toute l’information qu’a désiré lui attribuer la personne. Soit elle est en développement au présent : une personne travaille ; elle s’investit dans un objet ; elle transforme la matière physique au présent. La valeur physiquement matérialisée est distincte métaphysiquement de son objet : elle ne peut pas exister sans l’investissement d’un sujet libre qui accorde une forme à l’objet particulier de son choix. Un objet de valeur n’existe pas sans sa matérialité physique investie par la forme que des personnes lui donnent.
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COMPTE-RENDU DE « Comment la vérité et la réalité furent inventées », par Gérard Chouquer

Merci à Gérard Chouquer pour ce compte-rendu de « Comment la vérité et la réalité furent inventées » (1) dans la revue Les Annales.

Paul Jorion dispose de talents multiples, étant aussi à l’aise dans l’analyse des marchés financiers, du second théorème de Gödel, du mode de raisonnement d’Aristote que de la philosophie de Hegel. Il propose ici un ouvrage d’anthropologie du savoir, ambitieux en ce qu’il n’hésite pas à se situer au niveau le plus élevé qui soit, celui de l’histoire de la rationalité. Son livre s’intéresse en effet à deux objets, la vérité et la réalité, qui, l’un et l’autre, ont à voir avec la formation de la pensée scientifique moderne. L’auteur entreprend de démonter que l’une et l’autre sont des productions culturelles majeures, l’une, la vérité, appartenant à l’Antiquité grecque, l’autre, la réalité, à la pensée rationnelle moderne du XVIIe s.

Parlant à plusieurs reprises de coup de force épistémologique, on pourrait se demander si l’entreprise de Paul Jorion est de s’engager dans une critique déconstructrice et quelque peu ravageuse des fondements de la science moderne. Le projet de l’auteur est différent. Il écrit : «  contrairement à ce que l’on pourrait craindre, la chronique que proposent les pages qui suivent ne débouche nullement sur un relativisme sceptique quant à la connaissance et à son caractère cumulatif où tous les chats sont gris » (p. 19). Je ne sais si cette brève mention liminaire suffira à rassurer le lecteur, mais je l’invite à s’aventurer dans le livre sans crainte d’être conduit là où il n’aurait pas envie d’aller, à savoir dans l’impasse d’une critique qui n’aboutirait nulle part par position anti-scientifique. Son but est, au contraire, de « prôner un retour à la rigueur dans le raisonnement » (p. 11).

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Quand les spéculateurs combattent la spéculation

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Quand un grand spéculateur devant l’Éternel appelle à lutter contre la spéculation, c’est qu’il y a du changement dans l’air.

L’agence Bloomberg rapporte que Mr. George Soros considère que les Credit-Default Swaps (voir glossaire) sont dangereux et s’assimilent à une autorisation légale de meurtre (« a license to kill ») et ne devraient être permis que « lorsqu’il existe un intérêt susceptible d’être assuré », autrement dit, ne devraient être autorisés que lorsque celui qui achète un Credit-Default Swap est réellement exposé au risque contre lequel ce CDS constitue une assurance.

La déclaration de Soros vient donc apporter de l’eau au moulin de Mme Merkel et – depuis hier – de Mme Merkel et Mr Sarkozy réunis, ainsi que de Mr Bill Lockyer, Trésorier de la Californie, quand ils réclament tous l’interdiction de ce que l’on appelle de manière alambiquée les « positions nues dans les ventes à découvert », et dit en des termes plus clairs : l’interdiction de déstabiliser l’évaluation objective d’un risque en s’assurant contre lui alors qu’on n’y est nullement exposé.

Pourquoi Mr Soros intervient-il en ce sens ? Pourquoi un spéculateur réclame-t-il l’interdiction d’un grand vecteur de spéculation, tel que le Credit-Default Swap ? Pour la raison qu’il mentionne : parce que cet instrument financier est beaucoup trop dangereux… parce qu’aucune des deux équipes, ni même la plus déterminée des deux, n’a intérêt à ce que le terrain soit impraticable. On retrouve là la philia d’Aristote : l’effort que même le plus égoïste est prêt à consentir : la solidarité minimale qui doit être mobilisée pour faire en sorte que la partie puisse se jouer dans de bonnes conditions.

Bienvenue Mr Soros dans le camp des partisans de l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix ! Votre conversion est intéressée mais ne boudons pas notre plaisir : c’est une conversion quand même.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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BFM Radio, lundi 7 juin à 10h46 – « Humaniser la globalisation »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

J’ai donc participé la semaine dernière à la première réunion du « Sommet de Zermatt » qui devrait se réunir dorénavant chaque année et qui, sous l’égide d’une « humanisation de la globalisation », vise à une moralisation de l’économie et en particulier, de la finance. J’ignore si les organisateurs étaient pleinement conscients de ce qu’ils faisaient en réunissant deux Cassandre notoires, Nouriel Roubini et moi-même, dans la table-ronde consacrée au thème : « La finance au service de l’économie ». Roubini a commenté les mesures en préparation aux États-Unis et en Europe, en disant : « Beaucoup trop peu, beaucoup trop tard ». J’ai parlé de mon côté d’« occasion historique manquée ». Un très faible espoir donc, chez l’un et chez l’autre, de remettre un jour la finance au service de l’économie.

Si l’on va un peu fouiner en coulisses, on découvre qu’un grand nombre d’organisateurs et d’invités ont un lien avec l’église catholique. Voilà qui n’est guère étonnant si l’on pense que les religions ont été de grandes productrices de systèmes éthiques et, s’il s’agit de tempérer la finance, certaines initiatives viendront certainement de là. Mais, ces religions, que comptent-elles à leur actif ? La plupart d’entre elles sont millénaires et ont eu amplement le temps de faire leurs preuves.

Moïse, on le sait a eu maille à partir avec les adorateurs du Veau d’Or. L’Islam a interdit le prêt à intérêt mais ferme les yeux pudiquement sur tous les détournements qui permettent de respecter la lettre de la prohibition tout en en bafouant l’esprit. Jésus-Christ a chassé les marchands du Temple mais ils furent bien prompts à y revenir – y compris dans les temples de la religion dont il fut lui-même à l’origine. L’encyclique « Rerum novarum » traite bien des thèmes du Sommet de Zermatt mais, publiée en 1891, elle ne date pas d’hier. Quant au protestantisme, Calvin lit dans la réussite personnelle – dont la réussite financière fait partie – le signe d’une approbation par Dieu de la manière dont chacun mène sa vie. On opère donc avec Calvin, un demi-tour complet par rapport à Aristote, qui voyait dans l’amour de l’argent, une sorte de maladie professionnelle propre aux marchands, une conséquence fâcheuse du fait qu’ils vivent, eux et leur famille, du profit qu’ils font dans la vente des marchandises. Ils sont donc excusables. Mais ne sont pas excusables les pères de famille qui chercheraient à accumuler la richesse. Leur bonheur est ailleurs, et d’une tout autre qualité.

Une des allocutions au sommet de Zermatt a été prononcée par un cardinal. Il a dit : bla, bla, bla, amour, bla, bla, bla, charité, bla, bla, bla, salut, etc. Une dame dans l’assemblée bouillait sur son siège en l’écoutant. Quand il a eu terminé, elle a bondi. Elle lui a dit : « Vous n’avez vraiment rien à mentionner de concret ! ». Il n’a pas su quoi répondre, et son silence était significatif : si les religions veulent renouer avec ce que j’ai appelé leur fonction historique de « productrices de systèmes éthiques », il est grand temps qu’elles passent la vitesse supérieure. L’histoire, elle, n’attend pas.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Le Prix – à paraître en septembre

Le Prix paraîtra donc en septembre aux Éditions du Croquant, qui ont déjà publié La crise du capitalisme américain. C’est Jan Bruegel qui nous prêtera son Grand marché aux poissons pour la couverture. Voici aussi le texte de la quatrième de couverture.

Surpris par la manière dont les prix se déterminent dans la pêche artisanale en Bretagne et en Afrique, Paul Jorion voulut en avoir le cœur net : le prix se fixe-t-il bien comme on le prétend par la rencontre de l’offre et de la demande ? Ce qu’il découvrit est surprenant : le prix se détermine selon le rapport de force existant entre le groupe des vendeurs et celui des acheteurs, qui se définit à son tour en fonction de la rareté relative de chacun de ceux-ci à l’intérieur du groupe auquel il appartient. La froide logique de l’offre et de la demande s’efface derrière les rapports humains et une image émerge : celle d’un cadre sociopolitique qui trouve dans les prix le moyen de se reproduire à l’identique. Statut social, degré de concurrence de chacun au sein de son groupe, risque que chacun fait subir à sa contrepartie dans une transaction commerciale étalée dans le temps, tout cela s’équivaut en réalité au sein d’une équation complexe.

La théorie de la formation des prix qui se dégage est à la fois neuve et ancienne : c’est celle énoncée autrefois par Aristote. Son domaine de validité ne se restreint pas aux marchés traditionnels puisque sa logique se retrouve intacte sur les marchés financiers contemporains : de la notation des consommateurs pour leur risque de crédit aux métamorphoses du métayage sur le marché des options et des swaps.

Paul Jorion expose dans ce livre comment s’est constituée au fil des années – en Europe, en Afrique et en Amérique – la boîte à outils qui lui a permis d’être l’un des tous premiers à annoncer la crise financière et économique et à l’analyser.

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Crise financière et logique de la prédisposition

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

En participant à un colloque, on prend souvent l’engagement de rédiger ensuite un article pour un ouvrage collectif. On prononce son allocution – toujours improvisée dans mon cas – et on rentre chez soi. Et puis un jour, la promesse de rendre « l’article que l’on avait présenté » (hum !…) vous rattrape au tournant. Pour moi, l’échéance, c’était hier – le 31 mars – et le colloque c’était celui que Dominique Deprins avait organisé en septembre dernier à Bruxelles (dans l’enceinte de la Bourse !) sur le thème : « Parier sur l’incertitude ».

Participaient à ce colloque, des noms connus comme Dominique Lecourt, François Ewald ou Robert Castel. Parmi les personnes dont les noms ne m’étaient pas connus antérieurement, j’ai été particulièrement impressionné par les interventions de Dominique Deprins elle-même, qui nous a offert un étonnant parcours sur la ligne de crête entre mathématiques et psychanalyse, où le calcul des probabilités nous permet de conjurer la peur, Sophie Klimis qui nous expliqua comment la tragédie grecque permettait d’« apprendre par le désastre », Edgard Gunzig, qui nous proposa sa théorie cosmologique intriguante où l’univers se crée à partir de… lui-même, et enfin Bruno Colmant, qui nous a tous – je crois pouvoir le dire – sidérés, en offrant un récapitulatif de la crise qui se terminait par un appel vibrant et solennel à la responsabilité de… l’investisseur et du banquier !

Ma propre contribution au volume à paraître se situe au carrefour de mes préoccupations diverses, et je suis tenté de dire : là où L’implosion. La finance contre l’économie : ce que révèle et annonce la « crise des subprimes » (2008) rejoint Comment la vérité et la réalité furent inventées (2009). Je ne reproduis pas ici mon article en entier mais quelques bonnes feuilles où l’on voit comment, historiquement, l’industrie américaine du crédit emboîta le pas à la phrénologie datant du tournant du XIXe siècle, en ressuscitant une logique de la prédisposition à son image.

L’individu

« Il n’y a de science que de l’universel », a dit Aristote, elle ne se prononce pas sur le singulier (Métaphysique, M, 10, 32–3). On nous dit d’un événement qu’il est possible ou impossible, nécessaire ou contingent, mais quid des singuliers, des singularités, et en particulier, des individus que nous sommes ? Peut-on prolonger le domaine de la nécessité et de l’impossibilité à l’évocation de notre propre sort ?

Des techniques existent pour se prononcer sur l’avenir du singulier et elles existent depuis bien longtemps, depuis bien avant Socrate, longtemps même avant qu’il n’y ait de Sophistes. Pour parler de l’avenir des cas singuliers on utilise la mantique ou la divination. On tente de faire apparaître à l’aide de ces techniques, les lignes de force dans le monde que sont les configurations du nécessaire et on s’efforce de les lire.

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Crise et sciences humaines

Cet entretien avec Mathieu Simonson, qui a eu lieu en septembre dernier, m’était sorti de la tête. Il a refait surface hier. J’y aborde des questions déjà couvertes mais d’autres aussi dont j’ai rarement l’occasion de parler. C’est une transcription, donc un peu « brut de décoffrage ».

Comment en êtes-vous venu à vous intéresser à la finance, vous qui venez à la base de l’anthropologie et des sciences cognitives? Qu’est-ce qui vous a poussé à vous intéresser à ce secteur-là ?

D’abord mon intérêt s’est développé pour le formation des prix. J’ai fait mon premier travail de terrain – j’étais très jeune, j’avais vingt-cinq ans – dans l’île de Houat, en Bretagne, en France. Et là, c’est un peu accidentel, c’est en regardant mes données, que je me suis aperçu que l’explication classique de la formation des prix – en particulier pour les poissons, les crustacés que ces pêcheurs vendaient – bref, que la loi de l’offre et de la demande ne fonctionnait pas, qu’elle n’expliquait pas du tout la formation des prix. Alors je me suis demandé d’où venait cette loi de l’offre et de la demande, et pourquoi elle était admise aussi universellement, puisque dans le premier cas qui se présentait à moi ça ne fonctionnait pas. Alors ça m’a intéressé. A l’époque l’anthropologie économique était essentiellement d’inspiration marxiste. L’analyse de Marx ne fonctionnait pas pour expliquer la société de Houat, et je suis allé chercher un peu partout pour voir si il y avait des explications de la formation des prix telle que je la voyais. Et l’explication que j’ai trouvée qui était la plus proche, c’était celle, très ancienne, d’Aristote. Alors je me suis intéressé à la formation des prix de manière générale. J’ai travaillé ensuite en Afrique, comme socio-économiste pour la FAO (Food and Agriculture Organization), donc pour les Nations Unies, et là, j’ai récolté beaucoup de données sur les marchés de poissons en Afrique Occidentale. Et je me suis aperçu que la théorie d’Aristote expliquait beaucoup mieux la formation des prix que toutes les théories alternatives. J’avais donc un grand intérêt pour la question du prix, avant même de m’intéresser à la finance. Le passage à la finance, lui, il s’est fait de manière assez accidentelle. Bon c’est anecdotique, je veux dire, ce n’est pas un calcul de ma part. Ce qui s’est passé c’est la chose suivante: c’est que j’ai reçu un jour un coup de téléphone de Laure Adler qui travaillait pour France Culture et qui m’a demandé justement de faire une série d’émissions sur les sociétés de pêcheurs. Mais, à l’époque, c’est-à-dire en 1988, je faisais tout à fait autre chose, je travaillais sur l’intelligence artificielle. Et elle m’a dit “Est-ce que vous pouvez faire une série d’émissions sur les pêcheurs ?”. Je lui ai dit “Non, je ne m’intéresse plus du tout à ça en ce moment”. Elle m’a dit, “Qu’est-ce que vous faites ?”. Je lui ai dit : “Eh bien je travaille sur l’intelligence artificielle”. Elle m’a dit “Bon, faites une série d’émissions là-dessus plutôt ». Donc, en 1988, j’ai fait une série d’émissions pour France Culture sur l’intelligence artificielle. Et là, un banquier français a écouté les émissions, l’été suivant, quand il y a eu une rediffusion. Il a demandé à me rencontrer parce qu’il était très enthousiaste sur ce que j’avais présenté dans ce programme, et au bout de quelques conversations, il m’a proposé de venir travailler avec lui dans la banque où il était, c’est-à-dire la Banque de l’Union Européenne. Et, bon, j’avais l’occasion à ce moment-là de tester ma théorie de la formation des prix dans un tout autre univers. J’étais passionné. Et donc j’ai commencé à faire ça… ce que j’ai fait pendant dix-huit ans.

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