Archives par mot-clé : Aristote

Le temps qu’il fait, le 29 octobre 2010

La psychanalyse
Principes des systèmes intelligents (Masson 1990)
Le mystère de la chambre chinoise

Le prix (Le Croquant 2010)
• Le mécanisme de la formation des prix
• Les interactions entre classes sociales et les interactions à l’intérieur d’une classe sociale
• Karl Marx

Les systèmes de retraites
• Répartition et capitalisation
• Comment il faudrait repenser la question

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Auto-contradiction néo-libérale, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Le texte suivant fait suite au billet La faillite financière posthume de Platon. Il analyse le néo-libéralisme comme un néo-platonisme qu’une réhabilitation de la quadri-causalité d’Aristote permet de déconstruire. La déconstruction n’est pas une destruction. Elle décompose une construction métaphysique en briques élémentaires comme une construction physique. Elle effectue un tri dans les matériaux de base, c’est à dire dans les causes. La déconstruction peut déboucher sur une reconstruction qui intègre tout ce que l’ancien édifice contenait de positif et véritable.

Manipulation mentale

Le néo-libéralisme platonicien s’est approprié la réalité par deux leviers métaphysiques : l’idéalisme et le matérialisme. Il s’appuie sur le scientisme qui ne voit d’objet de connaissance que dans la matérialité physique en dénigrant l’interrogation des finalités de l’observateur. L’idéalisme de son coté sert l’absorption de la fin dans la forme. Ainsi escamote-t-il tout motif de discussion de la valeur par les fins. L’idéalisme nie la vertu à poursuivre des fins réelles. Il réduit toute réflexion morale à une éthique individuelle invérifiable, sans conséquence visible. La société néo-libérale est une juxtaposition d’individus qui ne peuvent pas et ne doivent pas se comprendre. Chacun est propriétaire du sens de sa discussion. La loi démocratique est décorative dans un marché soumis à la loi matérielle du plus fort. Le mot « loi » sert la confusion entre la nécessité objective des sciences physiques et la nécessité subjective des sciences politiques. La loi est réduite à des rapports de quantité qui n’expriment aucune qualité dans la réalité.

La fin idéologique néo-libérale est radicale. Elle neutralise la rationalité discursive du marché. Elle disperse la causalité objective dans l’attention du sujet. Elle détache la discussion publique de la réalité par l’abstraction juridique et mathématique. La qualité sans matérialité est irrémédiablement et artificiellement opposée à la matérialité sans qualité. Le résultat est la dissimulation des fins réelles de toute négociation. Le droit de l’offre est disjoint du droit de la demande. La loi et la monnaie canalisent par le filtrage d’intérêts oligarchiques le dialogue de l’offre avec la demande. La forme dissimule la quantité. La quantité masque la forme. Les intérêts sont opaques. La quantité matérielle ne sert pas la fin. La fin ne détermine pas la forme. La forme calcule une quantité sans effet dans la qualité. Le sujet de la valeur s’aliéne dans des transactions qui ne disent pas les intérêts qu’il sert. L’offre ne connaît pas toute la demande ; la demande ne sait ni par qui ni comment elle est servie.
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Le prix comme socle de la refondation démocratique des droits économiques, par zébu

Billet invité

Il y a quelques temps, nous discutions de l’opportunité de définir et de mettre en place une ‘Charte’ qui permettrait d’évaluer les entreprises et de leur attribuer un éventuel ‘label’.

Bien que dubitatif quant à l’effectivité de ce type d’action, il me semblait néanmoins intéressant d’en promouvoir l’idée.

Rétrospectivement, il apparaît que les termes étaient sans doute mal choisis car ils impliquent des concepts très différents.

Ainsi, une ‘charte’ peut très bien être une ‘charte qualité’, sorte de définition de principes, sur laquelle un cahier des charges pourrait s’appuyer pour définir les actions d’évaluation des ‘bonnes pratiques’ des entreprises. Dans ce cadre là, la ‘charte qualité’ n’est qu’une pétition de principe émise par une ou des entreprises et n’a pas de valeur légale en soit. Un ‘logo’ et une ‘marque’ peuvent être définis et attribués aux entreprises qui respectent cette ‘charte qualité’.

A l’inverse, si l’on parle de ‘label’, on décrit alors un cahier des charges défini et propriété d’institutions ministérielle ou interministérielles : le respect de ce cahier des charges a alors valeur légale et un ‘logo’ officiel vient signifier pour le consommateur le respect par l’organisme de ce cahier.

Sans refaire le débat sur l’utilité d’une ‘Charte’, il me semble que ce type d’outil est soit difficile à mettre en œuvre financièrement (nécessité d’audits payants), soit difficile à définir et à mettre en œuvre (labels) et que dans tous les cas, il ne permet pas aux consommateurs et/ou aux citoyens de participer à son élaboration et à l’évaluation directe des entreprises, finalité qui apparaît essentielle au regard des retours d’expérience sur ces types de processus mais aussi de l’impérieuse nécessité pour la démocratie de se ‘saisir’ de l’économie et pas uniquement de la réguler.

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Faillite financière posthume de Platon, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

La valeur : trois ou quatre causes ?

Platon et Aristote ont posé dès l’antiquité grecque les bases de la discussion de la valeur développée dans la civilisation occidentale. La valeur est produite par les actions individuelles conformes au bien commun. Les deux philosophes divergent sur les modalités de discrimination du bien commun. Platon penche pour la dictature éclairée. Sa république est déposée entre les mains de sages. Le peuple peu instruit et inexpérimenté obéit. Il ne peut pas tout comprendre. La lumière lui vient d’un extérieur de la société qu’il forme. Au contraire chez Aristote, la lumière vient de l’intérieur de la société. La démocratie est un procès de discussion de la vérité entre les citoyens. Le bien commun est l’objet permanent de leurs échanges, perpétuellement remis en cause. La vérité est le sens continu de la discussion sociale ordonnée au bien commun.

L’explication de la lumière produite au cœur de la vie sociale est présentée par Aristote dans la métaphysique des quatre causes : la fin, la forme, la matière et l’effet. La métaphysique est simplement la logique du langage que les citoyens adoptent librement pour accroître collectivement leur réalité. Rendre la matière intelligible par des formes partagées au service des fins humaines qui accroissent la réalité. Aristote propose aux individus une vertu qui accroît leur valeur par l’échange. Entre la fin, la forme et la matière conçues par l’intelligence humaine, Platon ne pose pas l’exigence morale de leur intelligibilité réciproque, de l’explication de chaque cause par les deux autres. Platon n’abstrait pas le langage de la réalité. Le sujet n’est pas l’auteur de l’unité de l’être. Au contraire, grâce à la démocratie, Aristote pense l’autonomie du langage dans la réalité. Il ajoute à la matérialité transformée par la finalité l’effet négocié par le langage. Non seulement l’homme unifie les quatre causalités dans son moi, mais il les reçoit de la société dans laquelle il s’intègre. Aristote ajoute la démocratie à la république de Platon. Aristote ne le dit pas mais il est le fondateur de la métaphysique de la personne, l’individu libre en société, la société matrice de l’individu libre.

Économie, monnaie et démocratie

Par sa métaphysique de matière formée par la fin, Aristote fonde ipso facto la science économique. Il définit à la fois la matière qui individualise et se compte et la forme qui donne la valeur à la matière au service des fins humaines. La matière est enclavée dans la quantité. Mais la forme lui donne des qualités. La matière prend la valeur en recevant les fins humaines formées par l’intelligence. La valeur est la matière formée et la forme matérialisée. La matière se transforme mais ne s’accroît ni ne décroît. Informée par des fins humaines, la matière acquiert la dimension économique. Elle produit du plus avec le pareil. Le plus dans la continuité invariable de la matière, c’est la forme. L’information croissante de la matière est impossible sans la démocratie qui renouvelle constamment les formes par la liberté d’en discuter. Elle est non moins possible sans le marché où se rencontrent les citoyens pour échanger des idées dans les objets matériels qui les réalisent.

Le concept de la monnaie émerge naturellement de la métaphysique d’Aristote. Si les objets de valeur échangés sur le marché sont de la matière informée, alors il existe un outil médiateur de l’échange qui à la fois mesure la forme, compte la matière et conserve la valeur dans le temps. Aristote voit tout de suite le concept monétaire dans les pièces de métal marquée par le symbole d’une politie ; des pièces échangées contre des biens marchands alors qu’elles ne sont pas la matière physique dont le vendeur a besoin. Il voit tout de suite que la confiance inspirée par les monnaies provient autant de la matière physique qu’elles contiennent ou permettent d’acquérir que de l’autorité publique qui les émet. En fournissant un dispositif stable de formation des prix, en rendant la forme quantitativement négociable abstraite de la matière, la loi de la cité est la contrevaleur véritablement matérielle des biens échangés sur le marché.

Métaphysique de la valeur

La matière disponible dans un bien à l’instant de l’échange n’est pas la seule cause de valeur. L’ordre de la cité qui se perpétue dans le temps donne de la valeur au prix. Il devient un instrument d’anticipation quantifiable de la forme immatérielle. L’existence de la loi partagée dans la démocratie offre un critère stable d’identification des objets de valeur. Si le prix présente une certaine stabilité, alors il est possible d’inventer de nouvelles formes de transformation de la matière pour servir les mêmes fins avec moins de matière ; ou pour servir plus de fins avec la même matière. Dans la quadri-causalité d’Aristote, le crédit est bien l’effet de la valeur future certaine, à la fois le prix qui ne varie pas et la monnaie dont la contre-réalité est constante. Le capital est l’effet de la valeur future incertaine ; à la fois la réalité qu’il faudra prélever dans les réserves du passé pour honorer un emprunt trop ambitieux et le prix de la plus-value qui restera après remboursement de tous les emprunts. Enfin l’assurance est l’effet anticipé de la mutualisation sur toute la cité du coût des accidents naturels qui frappent aléatoirement les citoyens. La prime d’assurance adossée à une loi effective de solidarité est la matérialité de la valeur sociale.

Aristote n’a pas explicitement défini le crédit, le capital et l’assurance à partir de la monnaie, de la démocratie et du marché. Il a posé les bases conceptuelles de leur développement au cours du Moyen Age occidental. Le crédit est de la matière mesurée en monnaie formée dans la stabilité du temps. Le capital est la variabilité de la matière formée dans l’imprévisibilité du futur. L’assurance est la provision humaine matérielle de l’entropie physique naturelle. La métaphysique d’Aristote arrime la monnaie, le crédit, le capital et l’assurance à la réalité physique et politique, aux limites de la matière physique et aux fins humaines libres.

Prospérité aristotélicienne

Quatre dimensions émergent parfaitement distinctes dans la mesure de la valeur du futur. La réalité physique brute soumise à l’entropie est la matière assurantielle. La réalité physique instantanée intermédiée par le prix est la matière marchande monétisée. La réalité physique du futur intermédiée par le crédit est la matière mesurée en certitude de valeur. La réalité métaphysique du futur intermédiée par le risque des finalités humaines est la matière mesurée en incertitude de valeur. Quatre dimensions distinctes de tout objet financier de valeur anticipée échangeable à un certain terme. Quatre dimensions différentiables non pas matériellement mais par la métaphysique des fins, c’est à dire par l’engagement politique d’un assureur, d’un marchand, d’un créancier ou d’un entrepreneur.

Jusqu’à la fin du Moyen-age, la métaphysique d’Aristote organise l’objectivité politique et financière par la subjectivité disciplinée dans la vertu. La démocratie et l’économie qui en résultent reposent sur des rôles distincts en régulation réciproque. Si elle n’est pas nécessairement réelle, l’efficience de la politique et de l’économie est au moins concevable. Tous les souverains politiquement et économiquement efficaces le sont pas leur capacité à maintenir l’équilibre des rôles d’assureur (les églises et l’aristocratie), de marchand, de créancier et d’entrepreneur. Les souverains inefficaces laissent la confusion s’installer pour tenir plusieurs rôles à la fois et s’enrichir avec leurs affidés aux dépens de la société dont ils servent officiellement le bien commun. A la Renaissance, se produit une rupture métaphysique. La politique s’entremêle à l’économie. Le service politique du bien commun n’est plus la justification du pouvoir. La finance commence à accaparer métaphysiquement la politique. Le virtuel n’est plus ce que la volonté fera advenir mais la réalité qui n’existe pas.

Régression matérialiste

En cinq siècles la métaphysique de la différenciation des causes succombe à la finance. La valeur n’est plus que comptée. La discussion n’a plus de sens. Le langage n’est plus une transformation universelle de la réalité. L’économie surclasse la politique. La démocratie disparaît dans la république. L’effet est une question strictement individuelle non discutable dans la société. Les finalités humaines sont devenues abstraites. Les formes se capitalisent exclusivement dans la matière. La matière est faite pour l’accumulation. Elle ne contient plus de fin décidée par des sujets responsables. La monnaie n’est plus que forme émise en simulation d’une matière sans valeur. Le crédit anticipe une mesure de l’avenir sans réalité. Le capital est accumulation sans intelligence et sans fin de matière physique prélevée sur la nature.

Trois forces profondes ont reconduit la civilisation humaine à Platon. L’extraordinaire expansion de la valeur se perçoit plus facilement par la quantité que par la qualité. L’existence biologique se satisfait de quantité plus que de qualité. L’unification du monde met en contact des systèmes de valeur qui se comprennent plus facilement par la quantité que par la qualité. Enfin la liberté se mesure exclusivement par la quantité dans la réalité terrestre objective de l’humain. L’homme se défiant de lui-même se réduit à la matérialité. La seule preuve qu’il peut obtenir de la liberté qu’il recherche est le décompte matériel qu’il en fait. La fin et la forme inaccessibles en soi par la sensibilité physique sont intellectuellement absorbées par la matérialité.

La république contre la démocratie

La république platonicienne est plus pratique car elle dispense les élites de répondre de la réalité du bien commun. Elles font des affaires avec des régimes politiques qui ne discutent pas le bien commun. La réalité matérielle humaine objective asservit les finalités humaines subjectives. La production de forme perd ses fins et la transformation de la matière se met à détruire plus de valeur qu’elle n’en crée. Le potentiel de transformation de la matière en valeur de service des fins humaines continue de croître. Mais la demande effective de valeur ne sait plus s’exprimer. Le marché de croissance de la valeur était intégrée à la démocratie. Dans la mondialisation, le marché désintègre la démocratie. Les sociétés politiques oligarchiques et corrompues sont mises sur le même plan que les démocraties. Le marché unifié sans loi commune met la force de travail de pauvres sans protection à la disposition d’entrepreneurs dissociés de leur démocratie d’origine.

Le marché international est matériellement unifié mais les formes n’y sont pas partageables. La valeur n’est pas discutable, donc pas vérifiable. Le travail n’est plus rémunéré pour les formes qu’il produit mais pour l’énergie physique qu’il représente. Les prix de la réalité s’effondrent. Mais la monnaie issue exclusivement de la dictature bancaire éclairée est émise hors des limites de fins humaines. Les fins ne sont plus interrogées dans la demande. La monnaie n’est plus étalonnable par la réalité subjective. Le décompte de la réalité est formellement détaché de toute matérialité informée par des fins. La valeur virtuelle étouffe la valeur réelle. L’inflation déflate la réalité. Les prix se virtualisent dans la volatilité financière hautement rémunératrice pour les oligarchies platoniquement opportunistes. La république va-t-elle se révolter ?

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Le prix, demain en librairie

Mon livre « Le prix » (Éditions du Croquant) sort en librairie demain. Il s’agit, comme Comment la vérité et la réalité furent inventées (Gallimard 2009), d’un livre de longue haleine : il contient mes observations sur la formation de prix récoltées sur une période de trente-six ans dans les criées bretonnes, sur les marchés improvisés des plages africaines, dans les salles de marché des banques européennes et américaines. C’est donc un livre d’anthropologue. J’ai l’habitude de dire : « Je ne suis pas économiste », ici, j’ai dépassé cette perspective négative : je suis allé sur le terrain des économistes et j’ai dit : « La théorie des prix qui vous manque : la voici ! ». Il y a un an exactement, à Arc et Senans, un économiste assez agacé s’est précipité au tableau noir, a tracé deux courbes se croisant et a dit, se tournant vers la salle : « La formation des prix, c’est pourtant simple : là où l’offre et la demande se rencontrent ! » C’est si simple, que ce n’est pas comme ça que ça marche. J’ai hésité à lui dire : « Vous êtes sûr ? Vous avez jamais vérifié cela sur des chiffres ? » Je ne l’ai pas fait pour deux raisons. La première, c’est qu’il s’agissait du genre d’économiste qui m’aurait simplement pris pour un fou. La seconde, c’est que je connaissais la réponse : j’avais essayé de vérifier cela sur des chiffres et le verdict était simple lui aussi : ça ne marchait pas.

Merci à Jan Bruegel d’avoir peint un splendide marché aux poissons qui fait une non moins splendide couverture. Merci à Alain Oriot d’avoir fait de tout cela, un très beau livre.

P.S. : Vous me rappelez que vous aimeriez bien l’acheter. Vous pouvez en effet le faire ici.

J’ai reproduit ici, pour vous mettre en appétit, l’introduction de « Le prix » :

La vérité et le prix

J’ai consacré un livre à Comment la vérité et la réalité furent inventées (Gallimard 2009). Cet autre ouvrage relève de l’épistémologie ou philosophie des sciences. Celui qui débute ici relève de l’économie politique ou de l’anthropologie économique. Les deux livres ne sont cependant pas sans rapport du fait que j’y applique essentiellement la même méthode. Ce qui m’autorise à le faire, c’est que les deux phénomènes, de la vérité et du prix présentent une structure identique ; la seule différence entre eux, c’est que la vérité s’exprime sur le mode du mot et le prix sur le mode du nombre. Si l’on parle de la vérité on parle du fait même de quelque chose qui fonctionne comme un prix et si l’on parle du prix on parle du fait même de quelque chose qui fonctionne comme la vérité. Il est permis de dire que le prix est la vérité des choses humaines exprimée en nombres et la vérité, le prix des choses humaines exprimé en mots.

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Aristote explique le crédit par le capital, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

Le présent texte est le cinquième d’une série visant à synthétiser une explication de la monnaie avec le système de causalité d’Aristote.

Aristote explique la monnaie
Aristote explique la matérialité libre
Aristote explique la production de valeur
Aristote explique la matérialité de la monnaie

Des quatre natures de cause, matière, forme, effet et fin considérées par Aristote, la civilisation contemporaine mondialisée est arrivée à expliquer les phénomènes de valeur sans recourir à la finalité. Les fins sont des affaires privées dont l’explicitation n’est pas jugée nécessaire dans les échanges. Il en résulte que la monnaie, le travail, le capital et le crédit sont valorisés comme de la matière : des grandeurs numériques associées à la quantité physique. Une vision mathématique simplifiée s’impose de prix liés les uns aux autres par des fonctions linéaires dans un même plan.


La variation des prix dans l’espace et le temps est expliquée exclusivement par des linéarités quantitatives comptées dans la réalité matérielle endogène non explicable de la monnaie. Paradoxalement, les sciences physiques centrées sur la matérialité ont dû conceptualiser la numération complexe pour résoudre des problèmes contenant potentiellement de la causalité non matérielle. L’hypothèse est ici posée que tous les prix sont des nombres complexes. Ils expriment la quantité réelle mais contiennent un sens positif ou négatif inconnaissable par la numération sans l’imaginaire. Or l’imaginaire s’organise par la métaphysique d’Aristote qui lui attribue les trois causalités de la forme, de l’effet et de la fin.

L’interprétation des prix dans l’ensemble mathématique des complexes réintroduit la finalité dans la quantification de la valeur. La monnaie devient la réalité du crédit sans son imaginaire, le crédit la réalité du capital sans son imaginaire et le capital la réalité de la monnaie sans son imaginaire. Il apparaît un équilibre de réalités financières dont le seul appui dans l’imaginaire est la Loi adoptée par la politie. La Loi est justement la délimitation verbale d’une communauté de fins dans les échanges humains.

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Aristote explique la matérialité de la monnaie, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Le présent texte est le quatrième d’une série visant à synthétiser une explication de la monnaie avec le système de causalité d’Aristote.

Aristote explique la monnaie
Aristote explique la matérialité libre
Aristote explique la production de valeur

L’époque actuelle est tourmentée par une crise inédite de la connaissance. Dans le champ du produire plus avec le moins – l’économie – l’observateur ne sait que penser entre pouvoir politique et financier affirmant la croissance de la valeur et des opinions publiques inquiètes d’une pauvreté qu’elles voient croître. Confronté lui-même à ce débat il y a plus de 23 siècles, le philosophe grec avait posé l’hypothèse que la discussion au sein de la cité est en soi le début de la richesse que les débatteurs attendent. Le langage contient la fin de l’homme. Pour découvrir cette fin, il avait posé d’autres hypothèses dont la supposée vérité était nécessaire pour tracer par le langage le chemin qui puisse révéler la fin.

Il avait supposé que la réalité pouvait se décomposer entre son objectivité et sa subjectivité ; qu’il y avait une réalité indépendante de la fin du sujet – la physique – et une réalité dépendante de la fin par le langage du sujet : la métaphysique. Il avait posé que le langage appartenait à la métaphysique. Il lui était alors permis à lui sujet d’utiliser la fin supposée de vérité du langage pour poser les conditions logiques – propres au langage – d’un chemin métaphysique de vérité. En posant l’hypothèse de la vérité comme recherche de la fin, Aristote est tombé sur quatre causes de vérité, quatre explications possibles et réciproquement nécessaires à tout phénomène vrai : la fin, l’effet, la forme et la matière.

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Aristote explique la production de valeur, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

La monnaie mathématiquement complexe

La monnaie est l’effet du choix de numération de la valeur. La monnaie peut être la matérialisation de la valeur du travail seulement physique au présent ou aussi métaphysique en passé, présent et futur. Dans la matérialité de l’objet monétisable, de l’objet mesurable par la monnaie sur le marché, le sujet conçoit librement le prix de son travail comparé à celui des autres. La décision du travail signifie un sujet qui commence dans son imaginaire à offrir ce qu’il demande. S’il se voit capable de produire par lui-même ce qu’il veut, il va consommer directement le fruit de son travail. Parce que la valeur du sujet est le motif du travail, la transformation de matière physique est rationnellement une consommation de la forme introduite dans la matière. S’il est une raison de travailler, elle relie l’effet à la fin du travail par l’imaginaire personnel. Si le travailleur ne se voit pas capable de produire lui-même sa demande, il l’échange contre celle d’un autre qu’il pourvoie par son offre. Le travail est un échange d’imaginaire entre offre et demande de personnes individuelles d’une même collectivité. L’effet matériel du travail est une dépense de temps et d’énergie. L’effet formel du travail est la valeur sans laquelle le sujet n’aurait pas agi ni en offre, ni en demande. La valeur du travail est positivement ordonnée par l’imaginaire : à la fois réellement négative en ne répondant pas tout à fait à une demande et réellement positive par l’échange équilibré en offre et demande de sa production consommée.

L’imaginaire origine les causes métaphysiques du travail humain. L’origination forme la relation entre la fin et l’effet. Avant la consommation d’énergie physique qui matérialise le travail, l’origine relie la matérialité de l’effet à une fin intelligible. L’origine mathématiquement complexe du travail est l’échange effectif d’un objet produit contre un objet consommé. La valeur de l’objet consommé justifie la valeur de l’objet produit. S’agissant matériellement du même objet, c’est la différence entre le sujet producteur et le sujet consommateur qui prouve objectivement la valeur du travail échangé. La contrepartie de l’échange établit le prix de l’objet travaillé. Dans le troc, la contrepartie est un autre objet également travaillé, au minimum par l’identification de la forme qui lui donne sa valeur. Si la contrevaleur de l’échange est une matière qui n’a nécessité aucune dépense d’énergie physique à son porteur, mais seulement l’identification de sa forme numéraire, alors elle est monétaire ; utile non par sa matérialité physique mais par sa représentation du nombre issu du travail de réalité dans l’imaginaire. Qu’il soit ou non physiquement matérialisé, le prix est un nombre réel imaginaire ; matériellement visible dans le nombre réel et physiquement invisible dans la plus-value des acteurs de l’échange.

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Aristote explique la matérialité libre, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

La libre obligation de choisir

Les sujets d’une société mettent en commun les causes formelles de leur valeur par une matière distincte des objets physiques circulant. La langue est l’ensemble des mots qui communiquent les idées. Les idées expriment les formes à partager dans les objets échangés. Selon la règle que les sujets de l’échange admettent entre eux, les idées présentes dans l’objet transmis sont plus ou moins communes ; la valeur est plus ou moins formée, plus ou moins durable entre ses sujets. Afin que la société soit durablement une source de valeur pour ses membres, ils se soumettent à une loi commune. La Loi est l’ensemble des idées qui portent la valeur des membres d’une société. La Loi relie les personnes en société, délimite leur idée commune de la valeur. Elle leur fournit les formes de leur existence personnelle avant qu’elles n’en aient individuellement conscience et la volonté de s’y soumettre. La matérialité de la Loi en parole ou en écriture peut masquer sa nature formelle ; toute personne peut prendre la Loi pour matière d’un déterminisme qui la dispense de choisir. Ainsi ignore-t-elle en réalité les causes finales de la communauté de valeur dont elle vit.

La définition du marché de la valeur par la conjonction des quatre causalités aristotéliciennes complique l’idéalisme et le matérialisme, les deux postures d’intelligence qui délaissent la causalité finale. Elles réduisent la causalité en trois ordres au plus qui simplifient la responsabilité de l’intelligence. L’idéalisme absorbe la matérialité dans l’efficience. L’individu n’est qu’apparence et les sujets ne se pensent plus séparés les uns des autres. De son coté, le matérialisme absorbe la finalité dans l’efficience. L’action individuelle n’est pas libre ; les sujets sont déterminés les uns par les autres. L’idéalisme est une liberté sans individus et le matérialisme des individus sans liberté. L’omission d’une quatrième causalité réduit négativement la personne, la liberté et la valeur.

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Aristote explique la monnaie, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

Valeur métaphysique de la physique

Une monnaie est une unité de compte de la valeur échangée sur un marché. L’utilité de cette affirmation est d’établir une relation de raison entre le marché, l’échange, la valeur, le comptage, l’unité et la monnaie. L’utilité signifie que cette affirmation est un outil pour réaliser une fin exprimée dans un ou plusieurs de ses termes. En l’occurrence, un outil propre à l’intelligence pour informer et transformer la réalité hors d’elle-même. Si cette affirmation est vraie, elle peut servir en tant qu’outil d’intelligence à définir la monnaie vraie. La monnaie comme moyen de compter la valeur révélée par l’échange ; comme contrepartie métaphysique d’objets physiques transmis par le marché ; comme réserve de valeur dans le temps et dans l’espace. La monnaie est vraie si sa finalité ainsi énoncée n’est pas douteuse dans sa réalité concrète et si cette finalité est bien conforme à la volonté de tous ses utilisateurs. Les trois fonctions fondamentales de l’objet monétaire ont été énoncées par Aristote. Il a également fourni l’appareillage conceptuel de définition de tout objet intelligible physique ou métaphysique.

Les objets de valeur s’échangent par des biens et des services physiques ; soit par un objet matériel contenant toute la forme qui lui donne sa valeur, soit par un travail qui informe avec du temps de la matière physique. La valeur s’échange visiblement par son infrastructure matérielle physique : l’objet physique perceptible aux sens du corps humain. Elle est valeur par la superstructure formelle ; le concept que la personne humaine corporelle accorde à la matière dans l’objet. La forme n’est pas intrinsèque à la matière. Elle lui est donnée par un sujet d’intelligence personnelle libre en lui-même. Soit la forme est issue du passé : l’objet matériel contient toute l’information qu’a désiré lui attribuer la personne. Soit elle est en développement au présent : une personne travaille ; elle s’investit dans un objet ; elle transforme la matière physique au présent. La valeur physiquement matérialisée est distincte métaphysiquement de son objet : elle ne peut pas exister sans l’investissement d’un sujet libre qui accorde une forme à l’objet particulier de son choix. Un objet de valeur n’existe pas sans sa matérialité physique investie par la forme que des personnes lui donnent.
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COMPTE-RENDU DE « Comment la vérité et la réalité furent inventées », par Gérard Chouquer

Merci à Gérard Chouquer pour ce compte-rendu de « Comment la vérité et la réalité furent inventées » (1) dans la revue Les Annales.

Paul Jorion dispose de talents multiples, étant aussi à l’aise dans l’analyse des marchés financiers, du second théorème de Gödel, du mode de raisonnement d’Aristote que de la philosophie de Hegel. Il propose ici un ouvrage d’anthropologie du savoir, ambitieux en ce qu’il n’hésite pas à se situer au niveau le plus élevé qui soit, celui de l’histoire de la rationalité. Son livre s’intéresse en effet à deux objets, la vérité et la réalité, qui, l’un et l’autre, ont à voir avec la formation de la pensée scientifique moderne. L’auteur entreprend de démonter que l’une et l’autre sont des productions culturelles majeures, l’une, la vérité, appartenant à l’Antiquité grecque, l’autre, la réalité, à la pensée rationnelle moderne du XVIIe s.

Parlant à plusieurs reprises de coup de force épistémologique, on pourrait se demander si l’entreprise de Paul Jorion est de s’engager dans une critique déconstructrice et quelque peu ravageuse des fondements de la science moderne. Le projet de l’auteur est différent. Il écrit : «  contrairement à ce que l’on pourrait craindre, la chronique que proposent les pages qui suivent ne débouche nullement sur un relativisme sceptique quant à la connaissance et à son caractère cumulatif où tous les chats sont gris » (p. 19). Je ne sais si cette brève mention liminaire suffira à rassurer le lecteur, mais je l’invite à s’aventurer dans le livre sans crainte d’être conduit là où il n’aurait pas envie d’aller, à savoir dans l’impasse d’une critique qui n’aboutirait nulle part par position anti-scientifique. Son but est, au contraire, de « prôner un retour à la rigueur dans le raisonnement » (p. 11).

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Quand les spéculateurs combattent la spéculation

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Quand un grand spéculateur devant l’Éternel appelle à lutter contre la spéculation, c’est qu’il y a du changement dans l’air.

L’agence Bloomberg rapporte que Mr. George Soros considère que les Credit-Default Swaps (voir glossaire) sont dangereux et s’assimilent à une autorisation légale de meurtre (« a license to kill ») et ne devraient être permis que « lorsqu’il existe un intérêt susceptible d’être assuré », autrement dit, ne devraient être autorisés que lorsque celui qui achète un Credit-Default Swap est réellement exposé au risque contre lequel ce CDS constitue une assurance.

La déclaration de Soros vient donc apporter de l’eau au moulin de Mme Merkel et – depuis hier – de Mme Merkel et Mr Sarkozy réunis, ainsi que de Mr Bill Lockyer, Trésorier de la Californie, quand ils réclament tous l’interdiction de ce que l’on appelle de manière alambiquée les « positions nues dans les ventes à découvert », et dit en des termes plus clairs : l’interdiction de déstabiliser l’évaluation objective d’un risque en s’assurant contre lui alors qu’on n’y est nullement exposé.

Pourquoi Mr Soros intervient-il en ce sens ? Pourquoi un spéculateur réclame-t-il l’interdiction d’un grand vecteur de spéculation, tel que le Credit-Default Swap ? Pour la raison qu’il mentionne : parce que cet instrument financier est beaucoup trop dangereux… parce qu’aucune des deux équipes, ni même la plus déterminée des deux, n’a intérêt à ce que le terrain soit impraticable. On retrouve là la philia d’Aristote : l’effort que même le plus égoïste est prêt à consentir : la solidarité minimale qui doit être mobilisée pour faire en sorte que la partie puisse se jouer dans de bonnes conditions.

Bienvenue Mr Soros dans le camp des partisans de l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix ! Votre conversion est intéressée mais ne boudons pas notre plaisir : c’est une conversion quand même.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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BFM Radio, lundi 7 juin à 10h46 – « Humaniser la globalisation »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

J’ai donc participé la semaine dernière à la première réunion du « Sommet de Zermatt » qui devrait se réunir dorénavant chaque année et qui, sous l’égide d’une « humanisation de la globalisation », vise à une moralisation de l’économie et en particulier, de la finance. J’ignore si les organisateurs étaient pleinement conscients de ce qu’ils faisaient en réunissant deux Cassandre notoires, Nouriel Roubini et moi-même, dans la table-ronde consacrée au thème : « La finance au service de l’économie ». Roubini a commenté les mesures en préparation aux États-Unis et en Europe, en disant : « Beaucoup trop peu, beaucoup trop tard ». J’ai parlé de mon côté d’« occasion historique manquée ». Un très faible espoir donc, chez l’un et chez l’autre, de remettre un jour la finance au service de l’économie.

Si l’on va un peu fouiner en coulisses, on découvre qu’un grand nombre d’organisateurs et d’invités ont un lien avec l’église catholique. Voilà qui n’est guère étonnant si l’on pense que les religions ont été de grandes productrices de systèmes éthiques et, s’il s’agit de tempérer la finance, certaines initiatives viendront certainement de là. Mais, ces religions, que comptent-elles à leur actif ? La plupart d’entre elles sont millénaires et ont eu amplement le temps de faire leurs preuves.

Moïse, on le sait a eu maille à partir avec les adorateurs du Veau d’Or. L’Islam a interdit le prêt à intérêt mais ferme les yeux pudiquement sur tous les détournements qui permettent de respecter la lettre de la prohibition tout en en bafouant l’esprit. Jésus-Christ a chassé les marchands du Temple mais ils furent bien prompts à y revenir – y compris dans les temples de la religion dont il fut lui-même à l’origine. L’encyclique « Rerum novarum » traite bien des thèmes du Sommet de Zermatt mais, publiée en 1891, elle ne date pas d’hier. Quant au protestantisme, Calvin lit dans la réussite personnelle – dont la réussite financière fait partie – le signe d’une approbation par Dieu de la manière dont chacun mène sa vie. On opère donc avec Calvin, un demi-tour complet par rapport à Aristote, qui voyait dans l’amour de l’argent, une sorte de maladie professionnelle propre aux marchands, une conséquence fâcheuse du fait qu’ils vivent, eux et leur famille, du profit qu’ils font dans la vente des marchandises. Ils sont donc excusables. Mais ne sont pas excusables les pères de famille qui chercheraient à accumuler la richesse. Leur bonheur est ailleurs, et d’une tout autre qualité.

Une des allocutions au sommet de Zermatt a été prononcée par un cardinal. Il a dit : bla, bla, bla, amour, bla, bla, bla, charité, bla, bla, bla, salut, etc. Une dame dans l’assemblée bouillait sur son siège en l’écoutant. Quand il a eu terminé, elle a bondi. Elle lui a dit : « Vous n’avez vraiment rien à mentionner de concret ! ». Il n’a pas su quoi répondre, et son silence était significatif : si les religions veulent renouer avec ce que j’ai appelé leur fonction historique de « productrices de systèmes éthiques », il est grand temps qu’elles passent la vitesse supérieure. L’histoire, elle, n’attend pas.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Le Prix – à paraître en septembre

Le Prix paraîtra donc en septembre aux Éditions du Croquant, qui ont déjà publié La crise du capitalisme américain. C’est Jan Bruegel qui nous prêtera son Grand marché aux poissons pour la couverture. Voici aussi le texte de la quatrième de couverture.

Surpris par la manière dont les prix se déterminent dans la pêche artisanale en Bretagne et en Afrique, Paul Jorion voulut en avoir le cœur net : le prix se fixe-t-il bien comme on le prétend par la rencontre de l’offre et de la demande ? Ce qu’il découvrit est surprenant : le prix se détermine selon le rapport de force existant entre le groupe des vendeurs et celui des acheteurs, qui se définit à son tour en fonction de la rareté relative de chacun de ceux-ci à l’intérieur du groupe auquel il appartient. La froide logique de l’offre et de la demande s’efface derrière les rapports humains et une image émerge : celle d’un cadre sociopolitique qui trouve dans les prix le moyen de se reproduire à l’identique. Statut social, degré de concurrence de chacun au sein de son groupe, risque que chacun fait subir à sa contrepartie dans une transaction commerciale étalée dans le temps, tout cela s’équivaut en réalité au sein d’une équation complexe.

La théorie de la formation des prix qui se dégage est à la fois neuve et ancienne : c’est celle énoncée autrefois par Aristote. Son domaine de validité ne se restreint pas aux marchés traditionnels puisque sa logique se retrouve intacte sur les marchés financiers contemporains : de la notation des consommateurs pour leur risque de crédit aux métamorphoses du métayage sur le marché des options et des swaps.

Paul Jorion expose dans ce livre comment s’est constituée au fil des années – en Europe, en Afrique et en Amérique – la boîte à outils qui lui a permis d’être l’un des tous premiers à annoncer la crise financière et économique et à l’analyser.

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Crise financière et logique de la prédisposition

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

En participant à un colloque, on prend souvent l’engagement de rédiger ensuite un article pour un ouvrage collectif. On prononce son allocution – toujours improvisée dans mon cas – et on rentre chez soi. Et puis un jour, la promesse de rendre « l’article que l’on avait présenté » (hum !…) vous rattrape au tournant. Pour moi, l’échéance, c’était hier – le 31 mars – et le colloque c’était celui que Dominique Deprins avait organisé en septembre dernier à Bruxelles (dans l’enceinte de la Bourse !) sur le thème : « Parier sur l’incertitude ».

Participaient à ce colloque, des noms connus comme Dominique Lecourt, François Ewald ou Robert Castel. Parmi les personnes dont les noms ne m’étaient pas connus antérieurement, j’ai été particulièrement impressionné par les interventions de Dominique Deprins elle-même, qui nous a offert un étonnant parcours sur la ligne de crête entre mathématiques et psychanalyse, où le calcul des probabilités nous permet de conjurer la peur, Sophie Klimis qui nous expliqua comment la tragédie grecque permettait d’« apprendre par le désastre », Edgard Gunzig, qui nous proposa sa théorie cosmologique intriguante où l’univers se crée à partir de… lui-même, et enfin Bruno Colmant, qui nous a tous – je crois pouvoir le dire – sidérés, en offrant un récapitulatif de la crise qui se terminait par un appel vibrant et solennel à la responsabilité de… l’investisseur et du banquier !

Ma propre contribution au volume à paraître se situe au carrefour de mes préoccupations diverses, et je suis tenté de dire : là où L’implosion. La finance contre l’économie : ce que révèle et annonce la « crise des subprimes » (2008) rejoint Comment la vérité et la réalité furent inventées (2009). Je ne reproduis pas ici mon article en entier mais quelques bonnes feuilles où l’on voit comment, historiquement, l’industrie américaine du crédit emboîta le pas à la phrénologie datant du tournant du XIXe siècle, en ressuscitant une logique de la prédisposition à son image.

L’individu

« Il n’y a de science que de l’universel », a dit Aristote, elle ne se prononce pas sur le singulier (Métaphysique, M, 10, 32–3). On nous dit d’un événement qu’il est possible ou impossible, nécessaire ou contingent, mais quid des singuliers, des singularités, et en particulier, des individus que nous sommes ? Peut-on prolonger le domaine de la nécessité et de l’impossibilité à l’évocation de notre propre sort ?

Des techniques existent pour se prononcer sur l’avenir du singulier et elles existent depuis bien longtemps, depuis bien avant Socrate, longtemps même avant qu’il n’y ait de Sophistes. Pour parler de l’avenir des cas singuliers on utilise la mantique ou la divination. On tente de faire apparaître à l’aide de ces techniques, les lignes de force dans le monde que sont les configurations du nécessaire et on s’efforce de les lire.

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