Archives par mot-clé : classes moyennes

Les classes moyennes, grandes oubliées de la gauche de la gauche, par Michel Leis

Billet invité.

Dans un précédent billet, j’évoquais ce décalage entre le discours tenu par la gauche de la gauche et la société française : « Les hommes politiques (…) continuent pourtant à utiliser un vocabulaire et des slogans d’une autre époque (…) la gauche de la gauche n’est (dans son discours) qu’un nouvel avatar des partis communistes d’antan ». Au cœur du problème, il y a une négation des classes moyennes par les partis et des hommes politiques à la gauche du PS. En 2012, dans le programme de Mélenchon, « L’humain d’abord », on parle d’insécurité sociale, de pauvreté de masse, de précarité, de mal-logement. Tout cela est fort louable, mais on cherchera en vain le terme « classes moyennes ». Pas la moindre mention non plus des classes moyennes dans les programmes du NPA ou de Lutte ouvrière. Le programme des écologistes en 2012 n’évoquait les couches moyennes de la population que pour déplorer qu’elles ne soient pas revenues dans les quartiers populaires.

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Les classes moyennes, une supercherie politique, par André Fontaine

Billet invité.

Les « classes moyennes » sont actuellement la tarte à la crème des journalistes, des politiques et des sociologues. Les derniers, plus conséquents, s’efforcent d’en donner des définitions dont ils reconnaissent eux-mêmes l’équivoque. On se demande donc à quel objectif peut bien correspondre l’engouement présent.

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La classe moyenne, une espèce menacée (IV), par Michel Leis

Billet invité.

La classe moyenne, une espèce menacée (I)
La classe moyenne, une espèce menacée (II)
La classe moyenne, une espèce menacée (III)

IV. Quelles sont les conséquences prévisibles ?

On peut gloser sur les qualités et les travers de cette classe sociale un peu fourre-tout, toujours est-il qu’elle représentait la concrétisation d’une certaine idée du progrès, celle d’une vie plus facile. Les marges de manœuvre qui la caractérisaient offraient une perspective positive pour les classes les plus défavorisées. Pour la classe moyenne, le passage vers la classe aisée semblait être aussi une question de temps et de volonté.

Rétrospectivement, notre époque sera celle de la normalisation, au sens d’un retour à un ordre du monde quasiment immuable tout au long de l’histoire, un ordre marqué par un partage profondément injuste et inégalitaire du pouvoir et des richesses. Au-delà des qualités propres à chaque individu, et contrairement à ce que nous dit le credo libéral, la naissance reste plus que tout le déterminant social absolu. Les variations sont infimes, mal tracées par les statistiques, si les salaires ne diminuent pas, les revenus sont mis sous pression quand l’emploi disparait pour l’un des deux membres du foyer, les marges de manœuvre et les degrés de liberté offerts aux ménages se réduisent lentement. Cette disparition s’opère silencieusement, par asphyxie, les portes se referment, l’ascenseur social emporte de moins en moins de passagers vers les étages supérieurs, ce n’est pas la surpopulation qui guette, c’est l’espace vital qui se rétrécit.

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La classe moyenne, une espèce menacée (III), par Michel Leis

Billet invité.

La classe moyenne, une espèce menacée (I)
La classe moyenne, une espèce menacée (II)

III. Pourquoi ?

Dans le précédent billet, j’ai tenté de montrer comment les contraintes s’accumulent et conduisent à cette érosion lente du montant arbitrable, réduisant d’autant les degrés de liberté de la classe moyenne. La classe moyenne disparaît, sans que le revenu n’ait besoin de baisser. Si la réponse au comment est assez claire, comme souvent, la question du pourquoi restera (partiellement) sans réponse.

La mutation de l’industrie à compter du début des années 70 vers des productions plus différentiées (créant la norme de consommation moderne reposant sur un cycle de vie raccourci du produit) a changé l’échelle de valeurs, sans pour autant faire évoluer dans un premier temps le partage de la valeur ajoutée entre rémunération du capital et revenu du travail. La forte montée en puissance des classes moyennes tout au long du 20e Siècle et en particulier après la Seconde Guerre mondiale offrait un débouché à l’industrie, qui nourrissait en retour les profits.

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La classe moyenne, une espèce menacée (II), par Michel Leis

Billet invité.

La classe moyenne, une espèce menacée (I)

Naissance et disparition

Dans le précédent billet, j’ai tenté de définir la classe moyenne non sur des critères de ressources, mais sur des critères d’arbitrage possible des dépenses. Il faut maintenant analyser les conditions qui ont permis le développement de cette classe moyenne élargie et les menaces qui pèsent aujourd’hui sur elle.

Il faut tout d’abord revenir aux sources de leur montée en puissance. L’apparition d’un revenu « arbitrable » résulte en grande partie de la forte croissance de l’emploi dans les Trente Glorieuses que j’évoquais dans un précédent billet. Cette hausse régulière a permis entre autres le développement du travail féminin qui a ajouté un deuxième revenu dans les foyers. Parallèlement, la montée des qualifications nécessitées par une norme de production de plus en plus complexe a tiré vers le haut les salaires. Cette situation de quasi-plein emploi (sous réserve que le taux d’activité des femmes était beaucoup plus bas que celui qui existe aujourd’hui) combiné avec une rareté relative des travailleurs qualifiés a créé un rapport de force favorable à la croissance des revenus.

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La classe moyenne, une espèce menacée (I), par Michel Leis

Billet invité.

Définir la classe moyenne

Le livre de Piketty [i] a focalisé l’attention sur les problèmes de répartition, que ce soit pour le revenu, entre capital et travail, ou pour le patrimoine dont la distribution est encore plus inégalitaire que celle des revenus. Le court 20e siècle a vu la montée d’une large classe moyenne, à la fois en termes de revenu et de patrimoine. Pourtant, comme le révèle le livre de Piketty, la tendance à la concentration qui a subi un creux pendant cette période connaît une dynamique nouvelle en ce début de 21e siècle. Sans présupposer d’un futur dont nous sommes les acteurs, une tendance semble se dégager du chaos : la remise en cause de cette classe moyenne élargie. La concentration des richesses qui s’accélère s’accommode de plus en plus mal de cette masse d’individus qui souhaite préserver un bien-être et un confort matériel difficilement acquis. Le contexte qui a présidé au saupoudrage de la richesse change peu à peu : la valeur se crée sur d’autres formes de consommation, la rareté relative de la main-d’œuvre qualifiée n’est plus de mise. Dans ces conditions, pourquoi continuer à nourrir les rêves de cette classe intermédiaire quand sa capacité à consommer l’intégralité de son revenu est sa seule valeur ajoutée ? Il est temps d’enterrer la classe moyenne et ses aspirations devenu obsolètes.

Dans le discours économique, deux analyses contradictoires se font jour : d’un côté la classe moyenne connaîtrait un développement sans précédent dans le monde, de l’autre elle tendrait à disparaître. Dans le récent rapport Pisani-Ferry sur le futur de la France à 10 ans, on voit ainsi évoquées ces deux hypothèses à quelques pages d’intervalle : d’un côté, le rapport évoque le délitement de la classe moyenne comme une possibilité, sinon une probabilité si rien n’est fait pour contrecarrer [ii] cette tendance ; de l’autre, ce même rapport évoque l’irrésistible montée de la classe moyenne dans le monde illustrée par un graphique :

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L’actualité de demain : QUE DU BONHEUR ! par François Leclerc

Billet invité.

Bienfaits conjugués des effets de notre mondialisation et de notre crise financière, les inégalités s’accroissent en Chine et les classes moyennes sont menacées aux États-Unis. En faut-il une
démonstration ?

Depuis plus de dix ans, le coefficient « Gini » qui mesure les inégalités n’avait pas été publié en Chine, en raison de ses résultats peu flatteurs. Le Centre de recherche et d’enquête sur l’économie familiale de la Banque centrale vient de s’y résoudre en décembre dernier, et les chiffres donnés sont désastreux : avec un coefficient de 0,61 (*), la deuxième économie mondiale se révèle un pays des plus inégalitaires du monde. Le gouvernement chinois a cherché à faire bonne figure devant la montée du ressentiment croissant contre la corruption et les privilégiés en appelant les riches à faire preuve de… frugalité, un grand classique de la propagande.

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LA CRISE DES CLASSES MOYENNES ET LE DÉLABREMENT DE LEURS CONDITIONS DE PRODUCTION COMME ACTEURS DU SPECTACLE DE LA MARCHANDISE, par Jean-Luce Morlie

Billet invité

Tandis qu’une fraction du décile supérieur des classes moyennes saute dans l’illusion du TGV de l’hyper-classe, les déciles inférieurs sont, les uns après les autres, déclassés. Selon les particularités de son groupe, chacun constate, pour lui–même ou pour son voisin, que ses stratégies d’ascension sont périmées et que, même à courir davantage, lui-même et ses enfants ne feront que descendre. Le capitalisme a produit les classes moyennes comme machines à consommer et à rêver : en les détruisant, il s’unifie. Les classes moyennes savent que le rêve est brisé, elles devinent la tricherie, mais ne perçoivent pas encore qui la met en scène. A l’Est comme à l’Ouest, le spectacle fut construit par la volonté délibérée d’occulter les rapports de classes réels. A l’Ouest, à côté des propriétaires, des entrepreneurs et des prolétaires vint s’ajouter pour la répartition du surplus une classe sociale invisible articulée autour d’un nouveau rapport social, celui de la redistribution (welfare). La redistribution fut utilisée comme variable d’ajustement au « besoin de consommation » exigé par la reproduction du capital. Cette forme tranquillisante de dispositif anti-émeute instituait une forme nouvelle de servitude volontaire. Depuis cinquante ans pour le moins, notre passivité, jusque dans la dénonciation superficielle du « trop de spectacle », nous rend assurément complices de cette gestion que pourtant nous savons mortifère. Le « flower power », le « new age », le « néopaganisme » et maintenant la « sobriété volontaire » préparent au changement du style d’animation. Voici le temps où les tireurs de ficelles sont forcés de modifier les attaches : le pouvoir d’achat c’est fini, aspirons aux relations. Aussi, pour le bref instant d’une situation qu’il s’agit de saisir ici sur ce blog historique, les tireurs de ficelles se montrent à leurs marionnettes.

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