La classe moyenne, une espèce menacée (IV), par Michel Leis

Billet invité.

La classe moyenne, une espèce menacée (I)
La classe moyenne, une espèce menacée (II)
La classe moyenne, une espèce menacée (III)

IV. Quelles sont les conséquences prévisibles ?

On peut gloser sur les qualités et les travers de cette classe sociale un peu fourre-tout, toujours est-il qu’elle représentait la concrétisation d’une certaine idée du progrès, celle d’une vie plus facile. Les marges de manœuvre qui la caractérisaient offraient une perspective positive pour les classes les plus défavorisées. Pour la classe moyenne, le passage vers la classe aisée semblait être aussi une question de temps et de volonté.

Rétrospectivement, notre époque sera celle de la normalisation, au sens d’un retour à un ordre du monde quasiment immuable tout au long de l’histoire, un ordre marqué par un partage profondément injuste et inégalitaire du pouvoir et des richesses. Au-delà des qualités propres à chaque individu, et contrairement à ce que nous dit le credo libéral, la naissance reste plus que tout le déterminant social absolu. Les variations sont infimes, mal tracées par les statistiques, si les salaires ne diminuent pas, les revenus sont mis sous pression quand l’emploi disparait pour l’un des deux membres du foyer, les marges de manœuvre et les degrés de liberté offerts aux ménages se réduisent lentement. Cette disparition s’opère silencieusement, par asphyxie, les portes se referment, l’ascenseur social emporte de moins en moins de passagers vers les étages supérieurs, ce n’est pas la surpopulation qui guette, c’est l’espace vital qui se rétrécit.

Reste que la différence de statut qui s’accentue entre la classe moyenne, la classe aisée ainsi que les élites économiques et les élites politiques bouleversent les rapports de forces. Les élites imposent un peu plus tous les jours leurs vues sur la bonne marche du monde. D’ores et déjà, les classes moyennes sont sommées de prendre à leur charge l’essentiel des sacrifices que ces élites ne veulent pas faire. La frange la plus dynamique du capitalisme sera bientôt en mesure d’imposer d’autres sacrifices, pour son plus grand profit. Après tout le darwinisme social prôné comme une vision du monde par les libéraux de tout bord n’implique-t-il pas que des espèces disparaissent ?

La classe moyenne est, sinon consciente de sa fin, du moins largement sensible aux menaces qui pèsent sur elle. De plus le discours fondé sur la méritocratie comme justification de la différence de statut avec les élites ne tient plus. Une large part de la classe moyenne est très bien éduquée et dans certains cas, la différence de parcours avec les élites est infime. Le cadre qui s’est endetté pour des études parfois brillantes découvre au final que c’est sa naissance qui est le principal déterminant de sa position sociale, en dépit de sa capacité à se fondre dans les discours et les comportements de la classe dominante. L’accumulation patrimoniale est de plus en plus hors de portée et elle n’offre plus les mêmes perspectives pour les générations suivantes. Mais le sentiment qui domine la classe moyenne, ce n’est pas la révolte, c’est la volonté de défendre à tout prix l’existant.

Les partis dits populistes sont souvent les bénéficiaires de cette volonté de sauver ce qui peut l’être. C’est encore plus vrai en Belgique (la NVA en Flandre), en Grande-Bretagne (UKIP), en Suisse (UDC) ou en Allemagne (percée de l’AFD) qu’en France ou le FN a construit une partie de son assise sur les classes populaires. Leur rhétorique, c’est celle du grand écart : des changements majeurs derrière lesquels se cache un fort conservatisme économique. Ce sont des marchands d’illusion, ce type de politique ne peut en aucune façon remettre en cause le déclin de la classe moyenne. Si la société évolue vers une structure en sablier[i] où la classe moyenne serait la grande perdante, comment maintenir la cohésion d’un système dont le leitmotiv est resté longtemps fondé sur la mobilité sociale et l’accès à une norme de consommation supérieure ? La réponse des conservateurs, des partis populistes et de l’extrême droite est connue : l’ordre social ne peut être transgressé, quel que soit les déformations de la hiérarchie sociale, il sera défendu à tout prix.

Il existe une autre réponse, une idée qui a du mal à trouver un écho dans la classe moyenne, craintive par rapport à des changements encore plus radicaux, c’est celle d’une double remise en cause. D’une part, la remise en cause des objectifs d’enrichissement sans limites que ce sont assignés le 1 %, de l’autre la remise en cause de la norme de consommation qui fonde à la fois les arbitrages de la classe moyenne et les stratégies des entreprises. Le chemin est plus périlleux, mais c’est celui qui offre le plus de perspective de survie à terme.

 

[i] Pour reprendre la formulation de Alain Liepietz : « La Société en sablier. Le partage du travail contre la déchirure sociale »

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29 réflexions sur « La classe moyenne, une espèce menacée (IV), par Michel Leis »

  1. Raisonnement très étayé, bravo.
    Quid de cette logique de disparition de la classe moyenne dans des pays comme Brésil et Chine ?
    Leur démographie leur permet-elle une telle situation ?

  2. Les classes moyennes, bercées depuis la fin de la guerre dans la douce illusion que le progrès ne pouvait que progresser, que leur statut était définitivement acquis, n’avaient pas pour habitude de se poser beaucoup de questions sur le bien fondé du système économique.
    Il y’a des pauvres, bien sur, mais quoi de plus normal… tant que l’on en fait pas partie.
    Ainsi les 1% pouvaient compter sur le soutien des classes moyennes, pour tout diriger.
    Mais si la classe moyenne rejoint maintenant celle des pauvres, elle pourrait bien, en effet, finir par se retourner contre ces 1%, pour peu qu’elle se mette – enfin – à réfléchir. ça évolue leeentement, mais ça évolue.

    Toutefois il reste à construire un autre avenir. Mais je ne vois pas comment changer les normes de consommation pourraient suffire. Le problème est bien plus vaste, non?

    1. Effectivement, le problème est très vaste.
      Je n’ai pas tout lu, et je ne pense pas que la classe moyenne va disparaître, une minorité est en train de construire un autre avenir en redéfinissant l’objectif de nos activités.
      Le meilleur moyen de se redéfinir est de partir de la réflexion énergétique quand on sait que le PIB est corrélé à l’approvisionnement énergétique. En Europe nous avons déjà perdu 7% de notre approvisionnement depuis 2008.
      Lorsqu’on essaye de me faire croire qu’on peut relancer la croissance, je suis plié en quatre.
      Plutôt que se sombrer dans la pauvreté la majorité de la classe moyenne acceptera (n’aura pas d’autre choix) de changer et de créer une autre manière d’entreprendre.
      Voici un exemple à suivre:
      http://www.80hommes.com/projet/dossierfrancais.pdf
      Et ce n’est qu’un début, mais pour avancer un autre regard est nécessaire.

      1. Merci pour cette illustration concrète de ce que devrait être la finalité du système économique.
        Que le Capital, et le travail des classes moyennes et des autres, servent ces causes, plutôt qu’une guerre économique aussi stupide que dévastatrice.
        Voici donc un objectif autrement plus enthousiasmant pour la société de demain. Reste à trouver le chemin qui transformera le système…

        (et leur capital n’était que de 70 000 euros. Imaginez si l’ensemble des « moyens de production » était mis au service de ces causes!)

      2. Il est en effet incontestable que le PIB est relié à l’énergie.
        Mais ce n’est pas le manque d’énergie qui crée la crise comme le sous entend Jancovici mais la crise qui impose une réduction de l’énergie comme le montre cet article :
        http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/pib-energie-et-le-dogme-de-la-144328/
        Mais fondamentalement il faut se poser la question suivante :
        Le PIB est relié à l’énergie dépensée mais l’énergie dépensée a t’elle une corrélation avec la richesse produite ?
        Autrement dit, l’augmentation du PIB (donc de l’énergie dépensée) est-elle une source d’enrichissement du système ?
        De toute évidence non, comme le montre clairement cette séries d’articles qui montrent l’appauvrissement de la classe moyenne.
        Donc il y a bien une décorélation entre l’augmentation du PIB et la richesse d’un système.
        Par conséquent la croissance du PIB est contre productive dans ce sens qu’elle détruit de la richesse au lieu d’en créer.
        Ce que l’on peut traduire par le fait que la dépense d’énergie supplémentaire consommée par le système génère plus de gaspillage que de valeurs
        En conclusion la croissance est bien le problème et la décroissance la solution.
        La décroissance en plus d’être intrinsèquement la solution à l’énorme avantage de demander moins d’énergie !
        Moins d’énergie dépensée = plus de richesses !
        C’est l’équation qu’il convient de retenir !

      3. Le PIB est relié à l’énergie dépensée mais l’énergie dépensée a t’elle une corrélation avec la richesse produite ?
        Autrement dit, l’augmentation du PIB (donc de l’énergie dépensée) est-elle une source d’enrichissement du système ?
        De toute évidence non, comme le montre clairement cette séries d’articles qui montrent l’appauvrissement de la classe moyenne.
        Donc il y a bien une décorélation entre l’augmentation du PIB et la richesse d’un système.
        Par conséquent la croissance du PIB est contre productive dans ce sens qu’elle détruit de la richesse au lieu d’en créer…

        Voilà une manière de voir qui mériterait (au moins) un fil de discussion !
        Qu’en pense Paul Jorion ? 😉

      4. @loi-économiques

        De toute évidence non, comme le montre clairement cette séries d’articles qui montrent l’appauvrissement de la classe moyenne.
        Donc il y a bien une décorélation entre l’augmentation du PIB et la richesse d’un système.

        Plus de croissance de l’approvisionnement énergétique et plus de croissance du PIB.
        Pour augmenter la rente du capital il n’y a plus d’autre solution pour l’oligarchie que de la piquer dans la poche de la classe moyenne (dettes, fiscalité, austérité tous les moyens sont bons).
        C’est normal que la classe moyenne s’appauvrit.
        A mes yeux, ce fait va devenir déterminant et obliger la classe moyenne à se redéfinir volontairement vers des activités durables ce que prouve le lien plus haut.
        Voici une étude d’un ami sur la transition:
        http://www.barricade.be/sites/default/files/publications/pdf/2014_-_christian_-_initiatives_de_transition_-_rapport_au_territoire.pdf
        Nous sommes en transition, il ne faut pas l’oublier mais surtout y participer

      5. @Dominique Gagnot

        et leur capital n’était que de 70 000 euros. Imaginez si l’ensemble des « moyens de production » était mis au service de ces causes!

        Pour qu’il soit mis au service de ces causes il faudrait d’abord interdire la spéculation, abolir la rente de la propriété privée et la transformer en rente sobriétaire.
        Si vous lisez le livre vous vous en rendrez très vite compte. Et puis, n’est-ce pas le but de notre hôte?

      6. @ loi-économiques
        Il suffit de regarder la courbe de production pétrolière pour se rendre compte qu’il y a effectivement une contre réaction de l’économie vers l’approvisionnement énergétique.
        La courbe de la consommation d’énergie de Hubbert part en quenouille à partir de 1973 avec une croissance linéaire (avec une pente qu’il faudrait calculer) au lieu des 5% exponentiel des années 60.
        Aujourd’hui, c’est un plateau ondulant et il en va tout autrement, qu’en sera-t-il lorsque la croissance de l’approvisionnement sera négatif?

      7. @Michel Lambotte

        il faudrait d’abord interdire la spéculation, abolir la rente de la propriété privée et la transformer en rente sobriétaire.

        Oui, Mais concrètement comment ? Ou encore comment faire pour que ceux qui détiennent le Capital le mette à disposition de ces causes, au détriment de leur enrichissement personnel, et de leur domination sur le reste de la société ?
        Il y a l’expropriation, mais alors là on touche à quelque chose de sacré!

        Y’a t’il d’autre solution ???

        1. « Oui, Mais concrètement comment ? »

          En interdisant la spéculation, et en abolissant la rente de la propriété privée. Soit exactement ce que Michel Lambotte vous a dit.

      8. @Michel Laboote
        Vous écrivez :

        Pour augmenter la rente du capital il n’y a plus d’autre solution pour l’oligarchie que de la piquer dans la poche de la classe moyenne (dettes, fiscalité, austérité tous les moyens sont bons).

        Ce n’est pas aussi simple.
        Ce n’est pas une volonté de l’oligarchie que de piquer dans la poche de la classe moyenne.
        C’est la conséquence structurelle de la recherche à tout prix d’une croissance du PIB.
        Pour augmenter le PIB, il faut plus d’argent donc plus de dettes.
        Jusqu’au début des années 1970, les dettes étaient remboursées par la valorisations des biens produits où la dévalorisation de la monnaie.
        A partir des années 1970, la valorisation des produits ne couvrent plus l’injection monétaire on a donc un phénomène inflationniste.
        Dans les faits le système productif est saturé, la croissance en répartissant équitablement les gains de productivité devient dès lors structurellement impossible.
        Autrement dit le système économique n’est plus en mesure de s’enrichir.
        Un système qui ne s’enrichie plus est forcément instable car il fige les inégalités.
        Alors pour éviter une lutte des classes inévitable dans un tel contexte, les gouvernements vont mettre au point la plus grande imposture économique de tous les temps.
        Il vont favoriser la création monétaire tout en combattant l’inflation sur l’indice sur lequel il est calculé.
        Les conséquences sont alors prévisibles…
        Plus d’argent dans le système mais pas d’inflation « sur le panier moyen de la ménagère ».
        L’argent va dès lors s’allouer « ailleurs » autrement dit sur des biens qui ne rentrent pas dans le calcul inflationniste c’est à dire des biens « haut de gamme » .
        Mais comment il est possible que des personnes achètent ces bien ?
        En DEREGULARISANT l’économie !
        En conclusion ce sont les orientations des politiques qui ont favorisés la rente du capital et non la rente du capital qui a favoriser les orientations politiques !
        Par la suite comme cette orientation politique axée sur la croissance structurellement inégalitaire a enrichie le top 10, le top 10 a souhaité sa prolongation !
        La collusion d’intérêts (gouvernants/capital) qui n’était pas de mise au départ l’a été par la suite !
        De nos jours le capital ayant tout envahit la marge de manœuvre des politiques vis à vis du capital est devenu inexistante.
        Le capital a définitivement pris le pouvoir et le reprendre implique l’effondrement du système !
        Effondrement sur lequel surf le capital pour dire qu’il n’y pas d’alternative à sa domination !
        Voir à ce sujet l’excellent BD Universal War ONE ! (UW1).

      9. @ Paul Jorion

        En interdisant la spéculation, et en abolissant la rente de la propriété privée. Soit exactement ce que Michel Lambotte vous a dit.

        Je n’ai pas été clair: Si je comprends qu’il soit possible de surmonter les problèmes posés par l’interdiction de la spéculation, je vois mal comment surmonter ceux liés à l’interdiction de la rente de la propriété privée. Car les propriétaires ont beau jeu de faire ce qu’ils veulent de leur propriété, et éventuellement rien jusqu’à ce que cèdent ceux qui en ont besoin…
        Les propriétaires sont – de fait – en position de force.

      10. @ Dominique Gagnot
        Voilà comment je vois les choses
        Abolir la rente de la propriété privée ne signifie pas du tout abolir la propriété privée, je n’ai jamais parlé d’expropriation, la propriété privée est légitime mais ne doit servir qu’à l’usage et qui plus est tourné vers la sobriété, voilà l’avenir. D’autre part je n’ai pas parlé d’interdiction de la rente mais de sa transformation en la remplaçant par la rente sobriétaire. Vous découvrirez ce que cela signifie dans le livre (achetez celui-là aussi), ce que nous vivons est une transition qu’il faut négocier et c’est ce que font les 80 hommes.
        Et quand on voit ce que nous recevons sur notre carnet d’épargne on peut déjà pratiquement dire que la rente est abolie en ce qui le concerne.
        Ici, je pense l’économie non pas dans un rapport de force entre les hommes mais comme un système qui ne fonctionne plus et qu’il faut dépanner quitte à le transformer de fond en comble.

        @ lois-économiques

        Ce n’est pas une volonté de l’oligarchie que de piquer dans la poche de la classe moyenne.
        C’est la conséquence structurelle de la recherche à tout prix d’une croissance du PIB.

        Je n’ai pas parlé de volonté de l’oligarchie mais sous entendu une fatalité, une conséquence de la rente de la propriété privée comme le moteur de nos activités et qu’il n’y a plus de croissance pétrolière pour la créer.
        La croissance est bien le problème mais si vous voulez la décroissance d’une part il faudra abolir la rente de la propriété privée et d’autre part remplacer l’emploi par autre chose comme façon d’obtenir les moyens d’existence.
        L’emploi n’existe que parce qu’il sert à créer la rente de la propriété privée, les huit dixièmes du temps qu’on passe à l’emploi ne servent qu’à cela.
        Je sais que ce n’est pas gagné d’avance de dire cela tellement l’emploi est considéré par le grand nombre comme la seule façon d’obtenir les moyens d’existence.
        Si des politiques ont l’outrecuidance de stigmatiser les chômeurs, c’est bien parce qu’ils sont soutenus par des travailleurs qui voient leurs taxes augmenter, s’ils pouvaient au moins savoir pourquoi ils payent ces taxes, on pourrait avancer.
        Ceci dit, merci pour vos explications.

        @ Paul
        Merci

      11. @ lois-économiques
        Je reviens vers vous
        Vous dites ceci:

        Il vont favoriser la création monétaire tout en combattant l’inflation sur l’indice sur lequel il est calculé.

        Mais dans ce cas leur fortune ne sont que du vent, elle dépendent de notre capacité à rembourser les dettes de l’état ainsi que les privées, j’ai tout compris là?
        En fait, je ne suis pas du tout économiste mais bien énergéticien (on peut dire cela comme cela) j’ai travaillé une carrière entière sur des dispositifs qui consomment de l’énergie et le seul critère était le rendement de transformation d’où cette déformation.
        Je vous remercie sincèrement de votre patience et de m’avoir expliqué, je comprends mieux le problème de l’inflation.
        En fait, l’inflation n’est pas dans le prix des produits mais dans la croissance des fortunes

      12. @ Michel Lambotte

        Mais je suis bien d’accord avec vous qu’il faudrait abolir la rente de la propriété privée!

        Mais si les propriétaires n’ont plus la liberté de faire ce qu’ils veulent de leur propriété, c’est comme si elle leur avait été supprimée !
        A un moment il faut bien appeler les choses par leur nom.
        A moins que quelque chose ne m’échappe dans votre raisonnement.

        On se heurte toujours au fait que les ressources naturelles, matérielles, intellectuelles, c’est à dire les moyens de production, sont entièrement privés, et que l’état n’a donc plus aucun moyen de les affecter là ou nous le souhaiterions. Ou alors ça s’appelle réquisition, expropriation, certains diront spoliation.
        Je pense d’ailleurs qu’un jour ou l’autre il faudra bien en passer par là, sauf à accepter de s’en passer, comme dans le tiers monde…

        Sinon ce n’est pas parce que le livret A ne rapporte rien que la rente a été abolie. La rente c’est surtout les dividendes, les plus valus, les salaires astronomiques des dirigeants, les intérêts, les loyers, etc., (en gros ce sont les revenus des « 1% ») Et ça ponctionne de l’ordre de 30 ou 40 %, toujours en augmentation, sur l’économie (qu’on me corrige si je me trompe).

        Et sinon (bis)les 80 projets ont été financés par une forme de charité, Mais on ne peut pas généraliser la charité à tout un système économique!

      13. @ Michel Labotte
        Vos interrogations et vos réponses dénotent une pensée qui part un peu dans
        toutes les directions où se mélange le faux avec le juste.
        Par exemple il est faux d’écrire « une conséquence de la rente de la propriété privée comme le moteur de nos activités et qu’il n’y a plus de croissance pétrolière pour la créer. »
        1. Le pétrole n’a rien à voir dans cette affaire.
        2. La rente de la propriété privée n’est pas le moteur de nos activités.
        D’autre part, vous écrivez « La croissance est bien le problème » (cela c’est juste) « mais si vous voulez la décroissance d’une part il faudra abolir la rente de la propriété privée
        et d’autre part remplacer l’emploi par autre chose comme façon d’obtenir les moyens d’existence. »
        L’argumentation décroissance et l’abolition de la rente de la propriété privée n’est pas clair.
        Remplacer l’emploi par autre chose cela c’est faux, il suffit de répartir EQUITABLEMENT les fruits de la production et là nous sommes d’accord cela passe nécessairement par l’abolition de la rente de la propriété privée qui empêche cette répartition équitable.
        Enfin vous posez la question :
        « Mais dans ce cas leur fortune ne sont que du vent, elle dépendent de notre capacité à rembourser les dettes de l’état ainsi que les privées, j’ai tout compris là? »
        C’est en effet le cas, leur fortune est une dette envers les plus riches ce qui revient à un asservissement volontaire de la population par une oligarchie qui a détourné à son profit la création monétaire en continue destinée à favoriser la croissance.
        Dette et esclavage, c’est strictement équivalent…
        Monsieur Labotte, vous dites que vous êtes énergéticien et pas économiste.
        Malheureusement vous ne pouvez pas prétendre apporter des solutions dans un domaine ou vous ne maîtriser pas les concepts et c’est la raison de ma remarque que votre pensée mélange allègrement le faux et le juste.
        L’économie c’est rationnel, c’est une science avec des lois et c’est en intégrant ces lois que vous pourrez structurer et argumenter vos idées en sortant du champ spéculatif.
        Si vous avez un esprit ouvert et scientifique alors je vous invite à aller sur mon site ou vous trouverez toutes les bases économiques vous permettant de structurer votre pensée.
        Et si vous avez des questions sur tel ou tel concept ou définition je me ferais un plaisir d’y répondre
        Cordialement.

      14. Michel Lambotte,

        L’emploi n’existe que parce qu’il sert à créer la rente de la propriété privée, les huit dixièmes du temps qu’on passe à l’emploi ne servent qu’à cela.

        D’où sortez-vous ce chiffre aberrant de 80% ???

  3. Mise en perspective tres éclairante, bravo et merci. A diffuser.
    Nous allons probablement être « soumis » à de bien belles intox sur le sujet…

    Sur ted talks Nick Hanauer, souligne le lien de réciprocité qui lie les dominants aux dominés, renforçant ainsi le mythe de la « middle class » dont la santé est « absolument nécessaire »; Info ou intox? Votre mise en perspective clarifie le débat : tout dépend de la réalité de l’ascenseur social. Si la santé de la « middle class » = simple niveau de survie, sans le degré de liberté qui permet de prendre l’ascenseur comme durant les 30 glorieuses, c’est de l’intox.

    Le scoop de cette présentation est le « smic » augmenté à Seattle de 9 à 15$ l’heure en juin 2014 quasi le double du salaire horaire de base autour de 7 dollars aux usa semble t il.

    Le succès de cette approche semble être lié a une relative « re-localisation » : une grande partie du « cash » ainsi mis en circulation se retrouverais dans l’économie de proximité, dans une boucle vertueuse (exemple des restos qui tournent).

    Mais la mesure fait des vagues et des procès la bas à Seattle…; expérience à suivre!

    Ainsi il me semble que la re-localisation, pourrait être une piste de solution complémentaire, de même que la ré-industrialisation « nationale », accompagnant un remise en cause des normes de consommations, et une baisse de productivité des activités « multinationales » qu’il conviendrait de mieux encadrer et taxer… une sorte de retour en arrière harmonieux, de nature a préserver notre classe moyenne???

    C’est une des pistes « de bon sens » que les partis populistes semblent avoir identifiée… et que l’échec de l’euro semble accréditer.

    vidéo sur tedTalk

    Nick Hanauer is a rich guy, an unrepentant capitalist – and he has something to say to his fellow plutocrats: Wake up! Growing inequality is about to push our societies into conditions resembling pre-revolutionary France. Hear his argument about why a dramatic increase in minimum wage could grow the middle class, deliver economic prosperity … and prevent a revolution.

    Le script interact if de la vidéo Le script interactif de la vidéo

    1. Merci du lien
      Le problème est qu’il pense qu’une croissance est nécessaire, mais ce n’est plus possible.
      C’est pourquoi je suis en accord avec Paul Jorion quand il dit que le capitalisme est à l’agonie.
      C’est très bien qu’un ploutocrate dénonce la machine à concentrer la richesse mais c’est loin d’être suffisant.

  4. Bonjour M. Leis.
    Merci pour ce billet clair.
    La norme de consommation est liée à la norme identitaire et statutaire.
    Une perspective de survie devrait, à mon sens, intégrer aussi une redéfinition de ces normes: croire qu’ils sont parce qu’ils ont.
    Il y a quelques années, j’avais repéré dans une des pages roses du Fig. l’expression
    « cheptel de consommateurs ». Cette expression crue résume et qualifie très bien les programmes de « fidélisation » dont vous parlez.
     » La cheptélisation est au consommateur ce que la chaptalisation est au vin. »

    Cordialement.
    Steve

  5. Cela a commencé par les employés soucieux de bien se distinguer des ouvriers (non mais !), pour s’assimiler aux « classes moyennes », qui n’étaient – quand j’étais gosse – que les commerçants.

    Mais les employés, tout à leur rêve d’embourgeoisement, n’ont jamais eu que leur force de travail à offrir. Prolétaires ils demeuraient, malgré les changements d’étiquette. Prolétaires, ils se réveillent à nouveau aujourd’hui.

    1. Il faut aussi dire que la plupart des ouvriers travaillent autant avec leur tête qu’avec leurs bras, le travail à la chaîne est pratiquement disparu. (les manoeuvres des années cinquante sont disparus)
      Je pense qu’un travailleur manuel (se rapprochant de l’artisan) a beaucoup plus de chance de s’en sortir et de créer la nouvelle économie qu’un pur intellectuel.

      1. Absolument, il n’y aura jamais assez de postes pour les intellectuels purs. Pour les caser, et ainsi éviter une horreur qui démotiverait tout le monde (des gens ayant fait des études se retrouvant à la rue), l’Etat a multiplié les postes dans la fonction publique, souvent inutiles, depuis plus de 30 ans, et ceci au détriment de besoins réels (les infirmières, agents techniques, professeurs de l’enseignement technique etc…) et donc du vrai service public.

    2. La Banque Mondiale nous en ajoute une couche côté déprime :

      « Il n’existe pas de solution magique pour résoudre la crise de l’emploi »

      http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20140909trib5597b19f4/il-n-existe-pas-de-solution-magique-pour-resoudre-la-crise-de-l-emploi-selon-la-banque-mondiale.html

      Ils feraient mieux de lire quotidiennement votre Blog au lieu de se résigner ainsi… Et la reconstitution de notre planète alors, et le VSI ? Ne sont-ce pas là des pistes innovantes ?

  6. Bonjour

    Oui, cela a commencé avec les intendants dans les sociétés agricoles puis les contremaîtres dans les sociétés industrielles, mais cela concerne maintenant tous les salariés!
    Pour les 1% qui ont « la naissance » comme le dit Michel Leis, un cadre sup. même diplômé d’une bonne école , occupant un poste de direction, possédant une belle maison dans un lotissement de luxe gardé, roulant en berline du segment H1 etc… fait partie de la classe moyenne ( même si c’est la tranche sup de la dite classe!)
    Ceux qui pensent que le type que j’ai décrit fait partie des riches et que la classe moyenne se limite aux travailleurs manuels et un peu plus et assimilés, pourraient désirer revoir leur typologie.

    Cordialement

  7. Le gros des troupes, la culture de masse, la dépression et le clonage pour seule perspective. Milieu exécrable pour l’électron libre 🙂

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