Archives par mot-clé : crédit

Le crédit est dans certains cas l’exercice d’un droit abusif des plus riches, par Jean-Baptiste Auxiètre

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

Quand vous empruntez, vous remboursez en versant des intérêts, ce qui est en soi compréhensible. Il faut se poser la question cependant si pour tout ce qu’il est normal de faire : se loger, être mobile, disposer d’appareils ménagers, d’un ordinateur, d’un smartphone, est-il acceptable que pour tout cela nous payons implicitement une taxe pour enrichir les riches ?

Continuer la lecture de Le crédit est dans certains cas l’exercice d’un droit abusif des plus riches, par Jean-Baptiste Auxiètre

22Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

LA RELANCE PAR L’ENDETTEMENT, par François Leclerc

Billet invité.

La Fed fêtera-t-elle le 10ème anniversaire de sa politique de taux à presque zéro ? Elle a déjà gagné plus d’un an avec ses atermoiements et se trouve proche du but, mais une nouvelle approche semble devoir être adoptée mi-décembre, qui pourrait l’en empêcher : les taux devraient rester bas et monter graduellement, vient-il de partout, la normalisation annoncée allant être à petits pas…

Continuer la lecture de LA RELANCE PAR L’ENDETTEMENT, par François Leclerc

17Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

POUR UN MONDE UN PEU MEILLEUR, OU MÊME BEAUCOUP, par François Leclerc

Billet invité.

L’Europe fait figure de mauvaise élève comparée aux États-Unis en terme de croissance. Mais les 2,4% de progression de l’activité économique américaine de 2014, qui connaissent un tassement, font pâle figure comparés aux 3,4% réalisés en moyenne dans les années 90. Comme attendu, c’est la consommation qui tire la croissance – elle y contribue pour 70% – mais les dépenses des Américains ont seulement retrouvé leur niveau de 2006, ce qui relativise le constat.

D’où provient l’amélioration du pouvoir d’achat des ménages ? De la baisse du prix de l’essence et de la diminution du chômage, est-il expliqué. Ce qui ne rend pas compte de la nature des nouveaux emplois et de leur rémunération, ni de l’accroissement des inégalités de répartition des revenus. L’illustrant, les grandes villes américaines ont connu en avril des manifestations très suivies pour réclamer une augmentation du salaire horaire minimum. A New York, ils étaient entre 10.000 et 15.000 dans la rue, salariés précaires et sous-payés, travaillant dans la restauration rapide, s’occupant d’enfants, dans les secteurs de la santé, du bâtiment ou travaillant dans les aéroports.

Continuer la lecture de POUR UN MONDE UN PEU MEILLEUR, OU MÊME BEAUCOUP, par François Leclerc

9Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

Le prêt à intérêts (III) : le crédit gratuit, par Zébu

Billet invité.

« Mais cette révolution qui vient à nous d’une marche invincible et déjà nous interroge, que veut-elle ? En pouvez-vous douter ? Elle veut que l’œuvre commencée en 89 s’accomplisse. La féodalité territoriale et militaire a disparu, il faut que la féodalité financière disparaisse. Plus de privilèges ! L’égalité. Plus de privilèges ! La justice.

De là tous ces brûlants débats sur la souveraineté du capital, sur le despotisme de l’usure, sur le prêt à intérêt, sur le crédit.

La royauté de l’argent, l’aristocratie de l’argent, voilà bien effectivement ce qui est en question. »

Quand Louis Blanc, un des penseurs socialistes les plus estimés de son siècle, écrit ces lignes dans « L’organisation du travail », publié en 1839[1], le Code Civil napoléonien est toujours en vigueur et ses dispositions concernant le prêt à intérêt également, et ce pour encore presque 50 ans avant que la loi de 1886 ne vienne transformer ce que souhaitait réaliser l’empereur : inscrire la pacification dans la loi civile entre les partisans de la libéralisation complète des intérêts du prêt et les partisans de leurs interdiction. De fait, les intérêts pourront ainsi être stipulés dans les contrats de prêt mais seront régulés par la loi.

Continuer la lecture de Le prêt à intérêts (III) : le crédit gratuit, par Zébu

9Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

Croissance : n’attendons pas de miracles de la BCE ! C’est à l’autorité politique d’agir ! par Jean-Michel Naulot

Billet invité. Également publié ici.

Les déclarations de Jens Weidmann, Président de la Bundesbank, affirmant son opposition à d’éventuels rachats de dettes souveraine en zone euro, venant après les mises en garde de la BCE sur les bulles financières, confirment que la banque centrale n’a désormais que de faibles marges de manœuvre en matière de politique monétaire. Les discours de Mario Draghi sur la possibilité de recourir à des achats « illimités » de dettes souveraines risquent ainsi d’apparaître de plus en plus en décalage avec le texte des traités et avec les exigences de la stabilité financière.

Que les investisseurs rêvent de nouveaux miracles de la BCE est assez logique puisqu’ils en demandent toujours plus pour entretenir la hausse des marchés… Que les gouvernements les rejoignent, comme l’ont laissé entendre certaines déclarations récentes, est beaucoup plus étonnant. Les clés de la croissance sont désormais entre les mains de l’autorité politique, pas de la banque centrale.

Continuer la lecture de Croissance : n’attendons pas de miracles de la BCE ! C’est à l’autorité politique d’agir ! par Jean-Michel Naulot

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

Le « point monétaire d’épargne », par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité. Réponse à La prime à la vertu, par Zébu.

Merci à Zébu de ce dépliage de la compensation universelle réciproque des primes de crédit. Voici quelques commentaires argumentatifs à partir de son texte.

En second lieu, il pourrait être pertinent que les dits sociétaires puissent aussi promouvoir une politique de solidarité et de réciprocité active et immédiate, en mettant en œuvre un programme « prime de crédit contre points » pour les épargnants.

L’infrastructure technique de la politique de solidarité et de réciprocité existe déjà complètement mais elle est maintenue fragmentée donc inopérationnelle par la dictature religieuse de l’ultra-libéralisme. Si les périmètres des compensations interbancaires actuelles sont ramenées aux dimensions des souverainetés nationales titrisées par des unités monétaires distinctes, alors les épargnants dans une monnaie donnée deviennent mécaniquement solidaires des débiteurs. Le périmètre de consolidation des dépôts par les crédits n’est plus alors comme aujourd’hui la société des actionnaires dirigeants de chaque groupe bancaire mais la société politique incarnée par l’état de droit souverain dans sa responsabilité gouvernementale. Concrètement la gestion formelle du risque de crédit est restitué à la démocratie et les établissements de crédit n’ont de responsabilité effective que dans la gestion matérielle du risque de crédit. Le principe de la compensation séparée du crédit et du risque de crédit est que le risque de crédit est rendu mesurable par l’application publique de l’équité devant le crédit laquelle est arbitrée par la responsabilité politique et non par des prêtres financiers avec des entrailles de poulet numériques que sont les matrices mathématiques de notation des risques.

Continuer la lecture de Le « point monétaire d’épargne », par Pierre Sarton du Jonchay

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

La prime à la Vertu, par Zébu

Billet invité.

Dans son récent billet, « Déconstruction aristotélicienne de la malhonnêteté financière par la reconstitution de la démocratie », Pierre Sarton du Jonchay pose les bases d’une analyse de la fabrique des taux d’intérêt mais aussi de la manière qu’il conviendrait de les déconstruire pour mieux les reconstruire.

Ainsi, il met en exergue le fait que les banques privées (mais on pourrait y adjoindre les quelques rares spécimens de banques publiques) ont la primauté sur la monnaie émise par les banques centrales et qu’elles seules définissent les conditions de fabrique de la prime de crédit, soit de l’évaluation du risque que la contrepartie (l’emprunteur) pose à la banque, en sus de la marge brute que la dite banque définit pour les services qu’elle apporte à la gestion du dit crédit (ses frais de fonctionnement, sa marge nette, etc.).

Continuer la lecture de La prime à la Vertu, par Zébu

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

« UN TRAITÉ SUR LA MONNAIE » (I) LA FAUSSE QUERELLE DES CRÉDITS ET DES DÉPÔTS

Qui, du crédit ou du dépôt vint le premier ?

Cette question qui passionne les financiers débutants, présente autant d’intérêt que son illustre prédécesseur mettant en présence l’œuf et la poule et la réponse est identique dans les deux cas : la question dans ces termes est en réalité privée de sens. Il n’empêche que les manuels affirment sur un ton péremptoire que « Contrairement aux apparences (le « contrairement aux apparences » est essentiel), le crédit vint en premier : ce sont les crédits qui créent les dépôts ».

« Contrairement aux apparences, la poule vint en premier ! » Oui, pourquoi pas, mais la dure réalité c’est que tant qu’il n’existe pas d’espèce « les poules », ni l’œuf particulier, ni le poulet individuel ne sont possibles, tandis qu’une fois que l’espèce est là, il existe nécessairement des œufs et des poulets simultanément, même si les poules pondent des œufs et non l’inverse. De même, une fois que la monnaie existe, et les banques aussi, les crédits et les dépôts deviennent simultanément possibles.

Ceci semblant aller de soi, quelle est alors la finalité de l’affirmation péremptoire que la question de la priorité du crédit ou du dépôt a un sens, et que c’est le crédit qui vint en premier ?

Ce qu’il s’agit de faire apparaître en fait, c’est non pas que les crédits précédent les dépôts, mais que, « contrairement aux apparences » (on y revient !), une dette n’est pas une promesse de rendre de l’argent – l’argent étant « une chose en soi » – mais que l’argent lui même est une dette – une dette étant en vérité « une chose en soi », ou plutôt, que l’argent lui-même est une reconnaissance de dette, et en l’occurrence, une reconnaissance de dette émise par la banque centrale.

Joseph Schumpeter (1883 – 1950) qui mena la croisade visant à imposer la thèse que « les crédits créent les dépôts », la fait remonter à, entre autres, Irving Fisher (1867 – 1947), le promoteur de la monnaie 100% dans le cadre de laquelle il est prohibé aux banques de prêter l’argent en dépôt sur les comptes-courants, tous les prêts étant consentis par la banque centrale par le biais des banques commerciales. Le fait que les banques prêtent l’argent déposé sur les comptes-courants de leurs clients, c’est ce que Keynes appelait le « banking principle » : le principe même au cœur du système bancaire ; c’est ce principe qu’il voudra étendre à l’ordre monétaire tout entier grâce à son projet de chambre de compensation multilatérale internationale dont la monnaie de compte serait le bancor.

Schumpeter dit de Fisher qu’« Il a aussi fait ressortir cette vérité évidente que les dépôts et les billets de banque sont fondamentalement la même chose » (Schumpeter 1983 [1954] tome III : 472). Appeler une hypothèse ténue « vérité évidente » est une vieille habitude des doctrinaires : le procédé permet l’économie d’une démonstration qui s’avérerait sinon périlleuse.

Il n’y aurait donc, quand on parle de « monnaie » qu’une seule chose : des reconnaissances de dette, dont il existerait deux types : les reconnaissances de dette entre particuliers et les reconnaissances de dette émises par la banque centrale, que l’on appelle communément « de l’argent ».

Soit, mais si les dettes entre particuliers se règlent en argent, en quoi les dettes entre un particulier détenteur d’argent et la banque centrale se règlent-elles ? En or uniquement. Du moins à l’époque où l’on pouvait véritablement aller échanger son argent contre des pièces d’or sonnantes et trébuchantes.

Tout l’argument vise en fait à contester la légitimité de toute monnaie qui n’est pas une « monnaie-marchandise » au sens de Keynes, la marchandise en question étant l’or ; c’est-à-dire à contester qu’une « monnaie  fiduciaire », qui n’est pas adossée à un métal précieux, soit véritablement une monnaie. Il s’agit d’un argument venu du fond des âges, contestant la légitimité d’un État à émettre une monnaie, et proposant, même si ce n’est pas dit explicitement, le retour aux « monnaies-marchandise », c’est-à-dire à un système où l’on troque toute marchandise ou tout service contre les marchandises génériques, standardisées, que sont l’or ou l’argent-métal.

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

L’actualité de demain : LA GROSSE PILULE DU DÉSENDETTEMENT À AVALER, par François Leclerc

Billet invité.

La solvabilité des États développés ne souffre pas d’être discutée, leur signature ne doit pas être mise en défaut. Où faut-il chercher la raison de cet interdit, dans le puissant rôle de consolidation que la dette souveraine joue dans le système financier, ou parce que la solvabilité des banques est globalement en question et qu’il faut bien se raccrocher à quelque chose ? Une nouvelle analyse de Royal Bank of Scotland (RBS) confirme que, s’il n’en est pas fait des choux gras, la taille de la bulle de la dette privée dépasse de loin celle de la dette publique.

Que l’on en juge : les banques européennes devraient diminuer la taille de leurs bilans de 3.200 milliards d’euros d’ici 2018, afin de respecter la réglementation Bâle III, en particulier son ratio exprimant l’effet de levier. Le chiffre est faramineux mais l’objectif reste modeste, puisqu’il leur permettra, une fois réalisé, de supporter 3% de pertes sur la totalité de leurs actifs, pas davantage ! Selon la BCE, les banques auraient déjà réduit la taille de leurs bilans de 2.900 milliards d’euros depuis mai 2012, mais elles ne sont pas encore arrivées à mi-parcours de l’effort de désendettement qu’elles doivent accomplir, et la suite pourrait être plus difficile.

Continuer la lecture de L’actualité de demain : LA GROSSE PILULE DU DÉSENDETTEMENT À AVALER, par François Leclerc

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

L’actualité de demain : IL FAUT Y REGARDER À DEUX FOIS, par François Leclerc

Billet invité

La description par la presse de l’accord intervenu hier soir, en ouverture du sommet d’aujourd’hui, entre les ministres des finances européens de l’Ecofin à propos des modalités de renflouement des banques en détresse, n’est pas sans créer une certaine confusion en raison de sa complexité. Mais celle)ci est-elle seule en cause ?

En attendant 2018, date à laquelle ces mesures prendront effet, les banques sont priées de bien se tenir (c’est à dire de cacher leurs pertes), ou bien il faudra improviser. Mais, par la suite, leur application distendra-t-elle ou non le lien pernicieux entre la dette des banques et celles des États, objectif initialement recherché ? Il est affiché que les contribuables ne seront plus désormais mis à contribution, il était certes temps de revenir sur le choix de prémunir les banques des effets de leurs turpitudes, car ils y ont déjà contribué sous une forme ou sous une autre pour 1.600 milliards d’euros depuis 2008, selon le Financial Times ! Mais cela demande pour être confirmé une solide explication de texte sur le communiqué de l’Ecofin. Même si l’on tient compte que l’implication du MES, souhaitée notamment par le gouvernement français, est dans les faits potentiellement très amoindrie.

Jusqu’à concurrence d’un niveau de pertes égal à 8% du passif d’une banque en détresse, les actionnaires et porteurs de titres non sécurisés devront les éponger, c’est clair. Au-delà, le dispositif est plus alambiqué, puisqu’il permet sous conditions certaines « flexibilités » dans le choix des contributeurs au renflouement, sachant que l’apport du fond de résolution national financé par les banques est plafonné à 5% de ce même passif. Certes, il est bien prévu que si « d’autres sources alternatives de financement » non identifiées pourront être recherchées « dans des circonstances exceptionnelles », cela ne pourra intervenir que lorsque toutes les créances non sécurisées et non préférentielles autre que les dépôts garantis auront été épuisées pour éponger les pertes. La combinaison de ces deux mécanismes n’apparaît cependant pas dans toute sa clarté, expliquant sans doute une certaine confusion chez les commentateurs.

Continuer la lecture de L’actualité de demain : IL FAUT Y REGARDER À DEUX FOIS, par François Leclerc

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

LE FANTÔME DE LA MUTUALITÉ, par Guillaume Paoli

Billet invité.

Le vendredi 6 septembre 1867, une centaine d’hommes (aucune femme n’est présente) se trouve réunis dans la salle des fêtes du casino de Lausanne. Ce sont des ouvriers, des artisans, gens sans titre ni fortune, venus de toutes les régions d’Europe. Ils sont venus prendre part au congrès de l’Association Internationale des Travailleurs, délégués mandatés par des dizaines de milliers de membres. A ce moment, l’Internationale est déjà suffisamment forte pour inquiéter les gouvernants de tous les pays, et elle n’est pas encore tombée dans les luttes doctrinales qui en scelleront la perte.

La question qui, cet après-midi là, est mise à l’ordre du jour, est la suivante: « Comment les classes ouvrières peuvent utiliser pour leur émancipation le crédit qu’elles donnent à la bourgeoisie et au gouvernement? »

La discussion est animée. À la lecture d’une motion, Eccarius, tailleur de Londres, s’emporte : « Les ouvriers anglais ont déposé dans les caisses de la bourgeoisie la somme énorme de 25 millions de livres sterling, la bourgeoisie paie aux dépositaires un minime intérêt et spécule avec leurs capitaux. Retirons d’entre ses mains cet argent : du même coup nous donnerons une arme aux ouvriers et en enlèverons une à la bourgeoisie. Les conclusions du rapport de la commission ne disent rien de pratique ; il semble que nous soyons dans une assemblée de professeurs allemands qui se perdent dans les nuages de l’abstraction. Il ne s’agit pas ici de théories, il s’agit des 25 millions de livres du prolétariat anglais ! »

Continuer la lecture de LE FANTÔME DE LA MUTUALITÉ, par Guillaume Paoli

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

LIBÉRATION, « Il faut pénaliser le pillage et la rapine », le 18 juillet 2012

« Il faut pénaliser le pillage et la rapine »

Pour l’économiste et anthropologue Paul Jorion, le système financier est toujours en manque de régulation.

Le scandale du LIBOR, c’était en 2008 et dans la quasi indifférence. Aujourd’hui l’indignation est totale. Pourquoi ?

C’est une situation spécifique à la Grande-Bretagne. C’est là qu’est apparu un contexte qui a permis à l’opinion publique d’avoir le sentiment d’avoir véritablement identifié les raisons de la crise. Et soudainement, au moment où l’on fait savoir publiquement qu’une banque britannique, la Barclays, a triché et qu’elle doit pour cela payer une amende d’un montant considérable, la maîtrise de la réaction que manifeste la population échappe entièrement à ceux qui ont mis en scène cette condamnation sur un mode théâtral et totalement aseptisé. Les metteurs en scène, régulateurs et gouvernants, pensaient qu’une condamnation de principe ferait l’affaire et que le règlement / liquidation du scandale passerait comme une lettre à la poste. En vain : c’est l’écœurement qui mène en réalité le bal. Le gouverneur de la banque d’Angleterre, Sir Mervyn King, le régulateur en chef, Lord Adair Turner, sont obligés de reconnaître que la réaction de l’homme de la rue a dépassé en ampleur tout ce qu’ils avaient prévu.

Pourquoi une telle réaction ?

Parce qu’il existe depuis un an exactement un climat extrêmement délétère en Angleterre. En juillet 2011, les Britanniques découvraient que la compagnie News Corporation de Rupert Murdoch avait pris un ascendant extraordinaire sur la manière dont les affaires sont menées à tous les niveaux Outre-Manche. On ne parle pas ici simplement de l’influence excessive d’un groupe de presse sur la politique d’un gouvernement, mais de la manière invraisemblable dont cette compagnie avait perverti le fonctionnement de la démocratie. News of the World, organe de presse caniveau, appartenant à l’empire Murdoch, avait piraté les téléphones de plus de 4 000 personnes en Angleterre. Et quand des plaintes étaient déposées, elles n’aboutissaient jamais parce que Murdoch corrompait les services de police qui étouffaient alors les affaires.

La population est encore sous ce choc ? 

Certainement. Alors, quand on vient lui expliquer que les grandes banques du pays communiquaient des chiffres falsifiés concernant les taux d’intérêt prévalant sur les marchés interbancaires, et ceci pour grappiller de misérables avantages financiers ici ou là, l’écœurement apparaît en surface. On dit en français : « la goutte qui fait déborder le vase », l’expression anglaise n’est pas moins parlante : « la paille en plus qui brisa le dos du chameau ».

Mais cet écœurement renvoie-t-il aussi à la manière dont a été gérée la crise des subprimes, et ce depuis près de quatre ans ?

C’est évident. On nous a répété : « la crise des subprimes est un simple dysfonctionnement dans la manière normale dont opère la finance : la panne sera rapidement réparée ! ». Mais les nouveaux scandales, en Angleterre ou ailleurs, mettent en évidence la trame de trafics à la petite semaine dont est constitué le système financier tout entier. La finance triche sur tout et partout, même pas avec panache : médiocrement. Et ceci sous le regard nonchalant d’une classe dirigeante arrogante qui trouve évident que celui qui dispose du pouvoir arrange ses affaires selon son bon plaisir.

Pourtant, il n’a jamais été autant question de régulation…

Qui pourrait croire qu’une régulation de la finance a été adoptée et serait sur le point d’être mise en œuvre ? On se paie de mots. Aux États-Unis, la tentative de régulation que constitue le Dodd-Frank Act reste lettre morte, ses adversaires ont fait en sorte que les fonds permettant de recruter les équipes qui devraient le mettre en application, ne soient jamais réunis. Au contraire, le rouleau compresseur de la dérégulation financière poursuit sa progression inexorable, et en Europe plus particulièrement.

C’est-à-dire ? 

Que propose la Troïka constituée de la BCE, du FMI et de l’UE lorsqu’elle va imposer ses diktats en Grèce ? Que se poursuive ce mouvement de dérégulation financière. La finance dirige le monde depuis plus de trente ans. Le moyen qui lui a permis de prendre chacun en otage, c’est l’explosion du crédit que la concentration de la richesse nécessite puisqu’il ne reste aucun pouvoir d’achat aux salariés. Le seul moyen de lui faire rendre gorge est de pénaliser le pillage et la rapine : ramener la rémunération des avances que sont les dividendes à un niveau décent et le salaire des dirigeants des grandes entreprises dont le comportement nous fait trop souvent honte au niveau de leur réelle compétence – niveau très éloigné de l’opinion qu’ils s’en font personnellement.

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 11 MAI 2012

Relier les pointillés
Envisager la partie plusieurs coups à l’avance
Gouvernements d’union nationale, comités de salut public
Construisons une Europe de la relance, Jacques Attali & Pascal Lamy
Comment rembourser une dette exorbitante ?, Cédric Mas

Sur YouTube, c’est ici.

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

LE CAPITALISME COMME PERVERSION, par Zébu

Billet invité

Une lancinante question forme un écho qui semble rebondir à chaque sursaut de la crise en cours, semblant ne devoir prendre fin qu’avec la crise elle-même et au-delà, qu’avec le capitalisme : pourquoi ?

Pourquoi, alors que depuis plus de 40 ans on s’acharne à appliquer des politiques d’ajustements structurels dans le monde sans que l’on ait pu voir un patient guéri d’un tel remède, pourquoi s’acharner à  continuer d’appliquer ces politiques ?

Pourquoi, alors que l’on sait, y compris les économistes, depuis la crise de 1929, qu’appliquer ce type de solutions dans de tels contextes peut directement conduire à des récessions puis à des crises politiques et sociales majeures, lesquelles forment l’antichambre du fascisme et du totalitarisme nazi, pourquoi le champ politique démocratique s’acharne à légitimer coûte que coûte ce type de politiques ?

Pourquoi, alors que les effets de telles politiques ne font qu’accélérer le délabrement d’un système dont les acteurs qui en tirent profit ont tout intérêt à maintenir son efficience, sinon son existence, pourquoi sont-ce ceux-là même qui profitent d’un capitalisme qui les sert, qui le détruisent ?

Pourquoi, alors que le système économique actuel semble si entropique, dégageant une énergie telle que la seule stabilisation qu’il semblerait connaître un jour sera celle de son effondrement final, pourquoi des forces contraires qui viendraient limiter ou freiner ce qui semble être une pure déperdition ont-elles tant de peine et de difficultés à émerger, quand il semble pourtant évident que dans l’intérêt même des acteurs bénéficiaires une régulation permettant le maintien en l’état du système doive s’imposer à tous ?

Tel un Golem qui s’émanciperait de ses créateurs, le système économique viendrait ainsi les écraser sans les reconnaître même et échapperait à toutes tentatives d’explication rationnelle de ses agissements.

Continuer la lecture de LE CAPITALISME COMME PERVERSION, par Zébu

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

La propriété anéantie par le capitalisme financier, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

Dans son premier bilan des questions à résoudre, Paul Jorion constate à propos de la propriété la disjonction du XIXème siècle entre la sociologie et l’économie que jusqu’alors les deux sciences n’en étaient qu’une : l’économie politique. Le domaine d’étude commun aux deux sciences est bien la propriété. La réduction de l’économie politique à l’économie a permis de sortir la question de la répartition du capital du champ de la théorie économique. Or l’allocation du capital aux facteurs de production est bien le point sur quoi la doxa économique d’aujourd’hui est en échec patent.

Un problème de la rémunération par le capital

Comme ne cesse de le remarquer Paul Jorion, la crise ravageuse que nous connaissons a son origine dans le processus de répartition de la richesse. La concentration du capital et la rémunération insuffisante du travail provoque une distribution de revenus déséquilibrée par rapport à la consommation de biens et services et à la demande de bien-être. Le déficit de l’offre de revenus réels sur la demande est comblé par le crédit nominal des détenteurs de capital et non par le crédit réel des exploitants du capital.

Continuer la lecture de La propriété anéantie par le capitalisme financier, par Pierre Sarton du Jonchay

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail