LA RELANCE PAR L’ENDETTEMENT, par François Leclerc

Billet invité.

La Fed fêtera-t-elle le 10ème anniversaire de sa politique de taux à presque zéro ? Elle a déjà gagné plus d’un an avec ses atermoiements et se trouve proche du but, mais une nouvelle approche semble devoir être adoptée mi-décembre, qui pourrait l’en empêcher : les taux devraient rester bas et monter graduellement, vient-il de partout, la normalisation annoncée allant être à petits pas…

Toutes les précautions restent prises pour ne pas bousculer les marchés et écarter les mauvaises surprises, les effets d’une hausse qui a tant tardé faisant toujours l’objet de fortes interrogations. Un tel degré d’incertitude est symptomatique de l’opacité et du dérèglement ambiant du système financier, la Fed marchant pour tout dire à l’aveuglette. L’année qui se termine sera marquée par le danger d’une crise de liquidité qui perdure, le risque d’un blocage du système financier dont le FMI s’est ému dès avril dernier. Mais celui-ci en a décelé des symptômes sans parvenir à poser son diagnostic. La liste des effets supposés qui pourraient en résulter étant longue, le mystère reste entier.

Les banques centrales craignent non sans raison d’avoir perdu le contrôle d’une situation qui leur échappe. Ce n’est pas nouveau mais se confirme. Le combat que continue de mener la BCE pour relancer l’inflation – son objectif officiel – en est une illustration, alors qu’elle s’est engagée sur un chemin opposé à celui de la Fed. L’une accélère tandis que l’autre freine, les effets ne sont pas garantis dans un système mondialisé ! Peter Praet, l’économiste en chef de la BCE, reconnait sa perplexité, sa boussole étant détraquée : « nous avons vu que les attentes d’inflation de long terme réagissaient à des mouvements temporaires sur les prix du pétrole. » Pour une banque centrale, c’est inacceptable car cela implique une érosion de la confiance dans sa capacité à réagir. Mais comment la rétablir ?

Tout le monde ne perd cependant pas le Nord, à suivre les déclarations de Charles Evans, le président de la Fed de Chicago. Celui-ci relève l’impact positif des taux bas sur le crédit automobile et les ventes, et préférerait que la hausse graduelle des taux n’intervienne que « plus tard » et de manière « très graduelle ». Il ne viendra à personne l’idée que Chicago est la capitale de l’automobile et que Charles Evans pourrait se faire le porte-parole de son industrie.

Le pêché serait véniel, si un autre plus grave n’était pas mis en évidence : la relance économique résulterait d’un crédit au coût devant rester peu élevé. Sans plus se soucier de la croissance de l’endettement privé. Seule la dette publique serait intrinsèquement néfaste et à résorber. Mais la relance par le crédit est un pari osé, car il suppose le retour de la croissance économique dans un monde qui n’en prend pas le chemin. Faute de celle-ci, le poids de la dette sera de plus en plus écrasant, au seul profit d’une industrie financière dont l’instabilité sera accrue.

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