LE PRIX : QUELQUES VÉRITÉS DE BASE

J’ai repris dans mon livre « Le prix » (Le Croquant 2010), l’ensemble de mes réflexions consacrées à la formation des prix publiées durant la période 1985 – 2003. Dans le livre que je suis en train d’écrire, et dont le titre provisoire est : « Les questions qui restent à résoudre », je reprends de manière synthétique, un certain nombre de conclusions auxquelles je suis parvenu dans « Le prix ». Voici la première.

Quand un vendeur ou un acheteur se retrouve seul sur un marché, il a la capacité de fixer le prix d’un bien, marchandise ou service, au niveau qui lui est le plus favorable. Le choix s’offre même, s’il le voulait, d’éliminer la partie adverse par le prix qu’il exige et d’interdire du même coup l’existence future du marché. On parle alors de situation de « monopole ». Pour que les vendeurs ne soient pas exterminés, il faut que le prix de marché, le « prix marchand », ne descende pas au-dessous du prix de revient du bien, de son coût de production : le prix peut occasionnellement tomber en-dessous de ce niveau mais il ne peut pas tomber loin en-dessous ou, s’il le fait, il ne pourra en tout cas pas le faire très longtemps. Le coût de production constitue une borne inférieure pour le prix d’un bien, si l’on veut bien entendu que le marché continue d’exister. Inversement, pour qu’il y ait des acheteurs, il faut que le prix n’excède pas les moyens dont ceux-ci disposent : il faut que, s’ils achètent ce bien, son prix n’entame pas leur capacité à assurer leur subsistance. L’institution du crédit à la consommation permet éventuellement de repousser la question du coût excessif dans l’avenir mais comme le déclenchement de la crise dans le secteur des subprimes américains l’a très bien rappelé, il existe des limites à une telle manière d’hypothéquer l’avenir. La subsistance de l’acheteur détermine une borne supérieure au prix du bien, de la même manière que le prix de revient définit lui une borne inférieure. Pour autant, comme je l’ai dit, qu’on se soucie du fait que le marché survive.

Continuer la lecture de LE PRIX : QUELQUES VÉRITÉS DE BASE

Partager

COMMENT STOPPER LA VOLATILITÉ DES COTATIONS ?, par Jean-Pierre

Billet invité.

Une crise éclate. Un manque de liquidités en serait la cause. Les banques centrales s’empressent de le pallier. Tout rentrera dans l’ordre. Tiens, non. Les banques périclitent à vive allure. Il faut les sauver dare-dare. Les gouvernements se pressent à leur rescousse et dégagent des dizaines de milliards à cet effet. Le système se redresse, mais les comptes des États se détériorent. Le problème passe de l’autre côté. Des plans d’austérité sont imposés. La situation se redressera dès leur application. Tiens, non.

On s’y prend mal. Il faut rester raisonnable. Une large partie du problème vient d’estimations jugées iniques. Pourquoi diable faut-il valoriser les actifs à leur valeur marchande si on n’a pas l’intention de les négocier ? Si ces valeurs sont malmenées, on crée des pertes fictives par ce procédé. On décide de remplacer ce mode de valorisation par un autre, plus efficace en ces temps incertains : le pifomètre. Certes, la forme doit y être pour que l’ensemble reste crédible. Du jour au lendemain, les banques affichent des résultats mirobolants, parfois même supérieurs à ceux réalisés avant la crise. On est sorti de l’embarras. Tiens, non.

Que faire ? Contraindre tout le monde à dénouer ses transactions dans des chambres de compensation centralisées et publiques. Voilà qui rendrait toutes les opérations transparentes. Voilà qui permettrait à chacun de connaître le coupable s’il y en a un. Imaginez, tout serait retraçable, plus rien de caché. Voilà la solution. Certes, les opérateurs traînent des pieds. Ils ne supportent pas qu’on puisse percer leurs petits secrets de fabrication. Les autorités se montrent compréhensives, mais restent fermes. La mesure est imposée, mais pas partout et pas sur tout. Et, étrangement, elle ne marche pas. C’est-à-dire, elle ne diminue pas les dérapages.

Continuer la lecture de COMMENT STOPPER LA VOLATILITÉ DES COTATIONS ?, par Jean-Pierre

Partager

LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 2 SEPTEMBRE 2011

L’Ile de Houat comme microcosme
La formation des prix
« Le prix » (Le Croquant 2010)
Le prix de retrait des produits de la mer
Le prix de l’immobilier
La production de plancton

Partager

PIQÛRE DE RAPPEL : Le fixing, arme contre la spéculation

J’inaugure une nouvelle rubrique : la « piqûre de rappel », une plongée dans les archives du blog pour rappeler certaines banalités de base.

Premier dans la série, un billet rédigé par Jean-Pierre : La spéculation contenue : le fixing, originellement publié le 12 juillet 2009.

N’hésitez pas à nous signaler des billets qui méritent republication dans la rubrique « Piqûre de rappel ».

Partager

DE L’UTILITÉ DE LA THÉORIE DE LA FORMATION DES PRIX POUR COMPRENDRE LE FONCTIONNEMENT DU SYSTÈME MONÉTAIRE, par Zébu

Billet invité

Depuis 1971, nous sommes dans un système de changes dits ‘flottants’, c’est-à-dire qui réajuste les variations des monnaies entre elles sans aucun point fixe, à l’inverse d’un système, comme l’était par exemple le précédent (Bretton Woods) où un point fixe était défini pour l’ensemble des monnaies, qui s’y référençaient de manière permanente afin de déterminer leur ‘valeur’ relativement à ce point fixe : les 35 $ que valaient une once d’or.

En fait, le système monétaire actuel n’est pas tout à fait un système sans point fixe puisque, au sein de ce système de change dit ‘flottants’ qui succéda au système de change dollar-or, subsiste néanmoins un point fixe : le dollar. A cette différence près néanmoins que le dollar n’est qu’une monnaie fiduciaire comme une autre et qu’elle n’est plus, cette fois, arrimée à un ‘objet’ de change fixe non fiduciaire, la plupart du temps lié à l’or.

Depuis 40 ans donc, nous aurions dû percevoir ce qu’un tel système monétaire aurait dû refléter, mettre en exergue : les rapports de force entre nations, au travers de leurs monnaies. Or, la spécificité de ce système est que justement, par ‘convention’ entre nations (en fait, l’ensemble des nations mises devant le fait accompli de manière unilatérale par une seule nation, les Etats-Unis), ce système monétaire conserva une monnaie dite de ‘référence’, malgré l’absence de tout change fixe non fiduciaire : le dollar.

Continuer la lecture de DE L’UTILITÉ DE LA THÉORIE DE LA FORMATION DES PRIX POUR COMPRENDRE LE FONCTIONNEMENT DU SYSTÈME MONÉTAIRE, par Zébu

Partager

SORTIR DU PIÈGE NOMINALISTE, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité. A déjà paru ici comme commentaire, le 9 juillet 2011.

Schumpeter est un éminent représentant du nominalisme financier qui détruit la réalité humaine. La destruction schumpétérienne n’est pas créatrice. Le nominalisme confond le discours et la réalité. S’il est nécessaire de nommer la réalité pour lui accorder un prix, le prix ne fait pas la réalité. Le nominalisme financier qui fonde aujourd’hui l’émission monétaire fait croire que la répétition du prix dans plusieurs comptes bancaires augmente d’autant la réalité de l’objet sous-jacent. Cette répétition n’a pas d’autre conséquence que de multiplier les droits sur un même objet à l’insu de son propriétaire légitime.

Le nominalisme financier se nourrit de nominalisme juridique. Le vrai juriste ne peut pas se dispenser de nommer pour définir le droit en discussion et en négociation. Le faux juriste lui emboite le pas en répétant des droits en dehors de toute réalité probante. Le financier intéressé au prix plus qu’à la réalité n’a plus qu’à « créer » la richesse en multipliant l’inscription du prix dans le droit répété de la même chose. Il dit alors que les dépôts font les crédits puisque le même crédit infiniment redéposé fait de nouveaux crédits.

Continuer la lecture de SORTIR DU PIÈGE NOMINALISTE, par Pierre Sarton du Jonchay

Partager

UN COMPTE-RENDU DE « LE PRIX », dans la Revue française de socio-économie

Un compte-rendu de Le prix (2010), signé Guillaume Arnoud, aux pages 250-252 du N° 7 de la Revue française de socio-économie.

Ça se trouve ici..

Partager

LA PHRASE QU’ERIC LE BOUCHER NE COMPREND PAS

Voici la phrase qu’Eric Le Boucher ne comprend pas : « … je radicalise la pensée de Marx – en particulier pour avoir repris la théorie du prix d’Aristote, dont le fondement est plus politique que la sienne (Le prix : 2010 : 69-94) ». Le capitalisme à l’agonie (Fayard 2011 : 232).

J’écrivais dans mon livre précédent : « … la formation des prix est déterminée par l’ordre politique bien davantage que par des contraintes d’ordre économique, le retour à Aristote constitue, en réalité, une radicalisation de l’approche de Marx ». Le prix (Le Croquant 2010 : 11).

Marx essaie d’expliquer la formation des prix à partir d’une théorie de la valeur, valeur d’usage ou valeur d’échange, celles-ci ayant un fondement purement économique, « économique » au sens où l’économie est la « gestion du rapport existant entre les hommes et les choses ». Aristote expliquait lui la formation des prix en termes de rapports de force entre les conditions sociales, ceux-ci ayant un fondement purement politique, « politique » au sens où la politique est la « gestion du rapport que les hommes ont entre eux ».

Quel est le paradoxe ? Que Marx qui écrit dans Le manifeste que « L’histoire de toute société jusqu’à nos jours, c’est l’histoire de la lutte des classes », explique le mécanisme de la formation des prix en l’excluant de ce cadre universel de la lutte des classes.

Une remarque similaire avait déjà été faite par Castoriadis dans un autre contexte : Marx exclut par ailleurs également le rapport salarié de la lutte des classes :

« L’élimination de la lutte des classes est absolument flagrante. Marx pose que la force de travail est une marchandise et la traite comme telle dans la théorie (à partir de l’idée qu’elle est telle dans la réalité du capitalisme) ».  Cornelius Castoriadis, Pourquoi je ne suis plus marxiste (1974) in Une société à la dérive, Seuil.

Je ne connaissais pas ce passage de Castoriadis quand j’ai écrit de mon côté dans Le capitalisme à l’agonie :

« … Marx (…) considère que le salaire des salariés constitue un élément du même ordre que les avances en argent ou en matières premières en provenance du « capitaliste », il en fait, selon ses propres termes, une partie des « frais de production ». (…) Marx adopte donc étonnamment le même point de vue que la fiche de paie contemporaine, qui mentionne le salaire sous la rubrique « coût total pour l’entreprise ». » Le capitalisme à l’agonie (Fayard 2011 : 234).

Partager

LA PRETENDUE « THEORIE DE LA VALEUR » D’ARISTOTE : DES SCOLASTIQUES A PAUL JORION, par Zébu

Billet invité

Dans ‘Le Prix’, Paul Jorion s’attache à démonter les mécanismes de la formation des prix en se basant sur l’analyse qu’en fait Aristote dans son ouvrage ‘Ethique à Nicomaque’ (Livre V Chapitre V).

Ceci appelle immédiatement plusieurs remarques. Le Stagirite a rarement écrit sur l’économie et quand il le fait, il en parle brièvement et toujours inséré dans des réflexions philosophiques importantes, notamment la justice dans cet ouvrage. Une grande partie de la pensée économique ‘classique’, de l’Ecole de Salamanque jusqu’à Marx en passant par Smith, remonte jusqu’à cette source, qui fut utilisée par les scolastiques à un moment spécifique et bien daté de l’Histoire de la pensée occidentale (13ème siècle), qui est à l’origine de la création du concept de valeur.

C’est dire toute l’importance qu’a ce texte, pour ces deux raisons mais aussi l’importance d’être certain de ce qu’avait voulu décrire Aristote dans ces quelques pages et ce d’autant plus qu’une grande part de la pensée économique ‘apocryphe’ fonde ses hypothèse, ses théories, ses concepts sur celui de la valeur.

Continuer la lecture de LA PRETENDUE « THEORIE DE LA VALEUR » D’ARISTOTE : DES SCOLASTIQUES A PAUL JORION, par Zébu

Partager

QUE SE PASSE-T-IL VRAIMENT LORS D’UNE VENTE ?, par Alotar

Billet invité.

Pourquoi l’argent devrait-il être considéré comme étant en lui-même une option ? Parce que c’est une façon d’expliquer et de justifier rationnellement l’origine et la signification de la plus-value, autrement dit le profit marchand : ce profit représente les primes perçues par le vendeur du bien ou service et payées par l’acheteur de ce bien ou service. A l’acheteur du bien (ou service), le vendeur vend une option d’achat du bien, et il vend aussi une option de vente d’argent. Cette vente d’options est comprise dans le prix du bien ou service à payer par l’acheteur. Il s’agit d’une option d’achat de bien et d’une option de vente d’argent, mais sans terme, immédiats.

Tout prix en argent recèle ainsi en lui-même les primes de 2 options, à savoir la prime de la vente d’une option d’achat sans terme de bien ou service, plus la prime de la vente d’une option de vente sans terme d’argent. De sorte que l’origine et la signification de la plus-value ou de l’asymétrie vendeur/acheteur peuvent être trouvées dans la considération du prix en argent comme option : cette plus-value est la somme des primes d’une option d’achat de marchandise et d’une option de vente d’argent, options qui sont vendues à l’acheteur par le vendeur de la marchandise (ou du service) et cela implicitement dans tout échange sans terme ou immédiat.

Continuer la lecture de QUE SE PASSE-T-IL VRAIMENT LORS D’UNE VENTE ?, par Alotar

Partager

UN COMPTE-RENDU DE « LE PRIX » PAR GUILLAUME ARNOULD

Dans Liens Socio, un compte-rendu de Le prix

Cet ouvrage est original à plus d’un titre. Il est emblématique de ce qu’il est convenu d’appeler la « socio-économie » dont les travaux cherchent à étudier les problèmes économiques (richesse, production, travail …) sans négliger le contexte social et historique dans lesquels ils apparaissent et se développent. On peut d’ailleurs saluer la collection qui abrite le livre de Paul Jorion et s’inscrit dans ce cadre : « dynamiques socio-économiques ».

Mais l’originalité n’est pas tant dans l’ancrage théorique de l’œuvre que dans la personnalité de l’auteur : Paul Jorion est un chercheur difficile à classer car il a de nombreux centres d’intérêts et qu’il a également une expérience professionnelle très riche. Ainsi dans Le Prix le lecteur passera de manière très cohérente et structurée dans plusieurs univers : la philosophie économique, la pêche ou les marchés financiers. Le fil conducteur de l’ouvrage est un retour sur une des questions les plus fondamentales de l’économie politique : comment se forme le prix dans un mécanisme d’échange.

La suite se trouve ici.

Partager

A PROPOS DE « LE PRIX » : LIBERTE-EGALITE-FRATERNITE / GRATUITE, par Jean-Luce Morlie

Billet invité.

– Liberté-Egalité-Fraternité – cette utopie, pourtant structurante, échoue à pacifier les rapports sociaux et plus encore, les notions qui y sont évoquées s’opposent les unes aux autres, s’annulent par la séparation de leurs usages ! La solution d’Attali (1) consistait à réécrire « Libertés–Egalités… » , leur pluriel résultant de la multiplication de chacune par l’opérateur moral de fraternité. De fait, l’emploi unilatéral, de « LA liberté » ou de « Légalité », aligne souvent les claquements de bottes et couvre le sable de sang au seul profit d’un renouveau des hiérarchies ; « La fraternité » seule, livrée à elle-même, conduit, sans forcer, au pourrissement des phalanstères.

§

Les temps sont durs, devant la sauvagerie qui vient, Paul Jorion propose d’élargir le mouvement constitutionnaliste des 17e et 18e à la sphère économique. Son dernier ouvrage – Le Prix (2) – permet de comprendre la stérilisation de la devise de la République par l’économie. Reprenons Le Prix à la volée. Pour rendre compte des prix, la science économique refoule l’explication du prix établie empiriquement par Aristote laquelle a pourtant été, de nos jours, vérifiée par l’auteur, non seulement sur les marchés de pêcheries traditionnelles en France comme en Afrique, mais aussi au travers de dispositifs « informatisés » de trading sophistiqués. La redécouverte est simple : les modernes ne tiennent pas compte de l’inégalité des statuts des groupes sociaux auxquels appartiennent les partenaires de l’échange établissant le prix, or ce sont précisément ces rapports statutaires qui règlent, de fait, la formation des prix à proportion de leur différence de positionnement dans l’échelle sociale. Pour Aristote déjà, l’« heure de savetier » ne vaut pas l’« heure de l’avocat », la quantité fixée par « le prix à l’heure » renvoie à la qualité des échangistes. En Grèce antique, les groupes sociaux sont fixés dans la Loi, le rapport de force est stable, connu de tous. Pour nos sociétés modernes, le rapport de force entre groupes fluctue quelque peu certes, mais le fait est que le prix ne s’établit pas sur la rencontre de quantités d’offre et de demande de marchandise. Tout au contraire, l’ajustement du prix se fait à partir d’un calcul sous-jacent des risques de marchés liés aux positions sociales des parties, chacune évaluant la position sociale de l’autre. Dès lors, tout est dit : la science économique (comme le blabla qui y est associé au vingt-heures), sert de faux nez aux jeux de la domination entre groupes. Nous le savions déjà, mais le démontage précis du réveil peut aider à remonter une meilleure mécanique. Que propose Jorion ? D’abord, quelques mesures radicales, destinées à calmer la machine entrée en phase de « déglingue explosive ». Soit, et selon les niveaux de structure, le déplacement massif des revenus vers le travail, l’interdiction totale des paris sur les fluctuations des prix, et, entre nations, l’utilisation d’un équivalent du Bancor de Keynes, ces mesures n’étant à attendre que d’un reste de philia dont l’humanité serait encore pourvue. Déjà que ce n’est pas « gagné », alors au-delà ?

Continuer la lecture de A PROPOS DE « LE PRIX » : LIBERTE-EGALITE-FRATERNITE / GRATUITE, par Jean-Luce Morlie

Partager

Le temps qu’il fait, le 29 octobre 2010

La psychanalyse
Principes des systèmes intelligents (Masson 1990)
Le mystère de la chambre chinoise

Le prix (Le Croquant 2010)
• Le mécanisme de la formation des prix
• Les interactions entre classes sociales et les interactions à l’intérieur d’une classe sociale
• Karl Marx

Les systèmes de retraites
• Répartition et capitalisation
• Comment il faudrait repenser la question

Partager

Le prix, demain en librairie

Mon livre « Le prix » (Éditions du Croquant) sort en librairie demain. Il s’agit, comme Comment la vérité et la réalité furent inventées (Gallimard 2009), d’un livre de longue haleine : il contient mes observations sur la formation de prix récoltées sur une période de trente-six ans dans les criées bretonnes, sur les marchés improvisés des plages africaines, dans les salles de marché des banques européennes et américaines. C’est donc un livre d’anthropologue. J’ai l’habitude de dire : « Je ne suis pas économiste », ici, j’ai dépassé cette perspective négative : je suis allé sur le terrain des économistes et j’ai dit : « La théorie des prix qui vous manque : la voici ! ». Il y a un an exactement, à Arc et Senans, un économiste assez agacé s’est précipité au tableau noir, a tracé deux courbes se croisant et a dit, se tournant vers la salle : « La formation des prix, c’est pourtant simple : là où l’offre et la demande se rencontrent ! » C’est si simple, que ce n’est pas comme ça que ça marche. J’ai hésité à lui dire : « Vous êtes sûr ? Vous avez jamais vérifié cela sur des chiffres ? » Je ne l’ai pas fait pour deux raisons. La première, c’est qu’il s’agissait du genre d’économiste qui m’aurait simplement pris pour un fou. La seconde, c’est que je connaissais la réponse : j’avais essayé de vérifier cela sur des chiffres et le verdict était simple lui aussi : ça ne marchait pas.

Merci à Jan Bruegel d’avoir peint un splendide marché aux poissons qui fait une non moins splendide couverture. Merci à Alain Oriot d’avoir fait de tout cela, un très beau livre.

P.S. : Vous me rappelez que vous aimeriez bien l’acheter. Vous pouvez en effet le faire ici.

J’ai reproduit ici, pour vous mettre en appétit, l’introduction de « Le prix » :

La vérité et le prix

J’ai consacré un livre à Comment la vérité et la réalité furent inventées (Gallimard 2009). Cet autre ouvrage relève de l’épistémologie ou philosophie des sciences. Celui qui débute ici relève de l’économie politique ou de l’anthropologie économique. Les deux livres ne sont cependant pas sans rapport du fait que j’y applique essentiellement la même méthode. Ce qui m’autorise à le faire, c’est que les deux phénomènes, de la vérité et du prix présentent une structure identique ; la seule différence entre eux, c’est que la vérité s’exprime sur le mode du mot et le prix sur le mode du nombre. Si l’on parle de la vérité on parle du fait même de quelque chose qui fonctionne comme un prix et si l’on parle du prix on parle du fait même de quelque chose qui fonctionne comme la vérité. Il est permis de dire que le prix est la vérité des choses humaines exprimée en nombres et la vérité, le prix des choses humaines exprimé en mots.

Continuer la lecture de Le prix, demain en librairie

Partager

Vérité et réalité du marché (*), par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

Réalité incomplète du marché financier

Les tests de stress des bilans bancaires de la zone euro illustrent à la caricature les contradictions de la finance sans marché. Ils montrent d’abord que le marché financier européen n’existe pas. Bien sûr il y a liberté de circulation des biens et des services. Mais le marché n’existe pas faute de définition commune effective de ce qu’on échange. L’inconvénient est rédhibitoire en matière financière. Pour des biens et des services matériels, l’objet physique échangé exprime l’identité économique de la transaction. Une voiture est une voiture partout en Europe et même en dehors : après l’avoir achetée, elle démarre et avance une fois la clé de contact entre les mains de son propriétaire. Les normes européennes de sécurité, de performance et de maintenance améliorent la sûreté du service automobile mais ne produisent pas l’objet. En cas de litige, le juge ou l’expert d’assurance peut se prononcer sur le respect effectif des normes connaissables et accessibles. L’existence physique d’un objet marchand induit une différence matériellement limitée entre sa visibilité et sa définition normative.

En matière financière, la situation est radicalement différente. Non seulement les conséquences matérielles, physiques et directes d’une transaction sont toujours à terme, non visibles au présent, mais encore, la définition contractuelle de l’objet d’une transaction ne suffit pas à l’identifier ni à prouver son existence. La mention d’une réglementation européenne dans un contrat, quand elle est exhaustive, n’évoque qu’un élément d’une transaction. L’inscription de la propriété d’une action de capital chez un dépositaire européen soumis à une réglementation unique ne dit rien de l’entreprise sous-jacente, de ses projets, de son équipe dirigeante, de l’implication de son actionnariat, de la mesure de ses fonds propres et de son endettement. Même le prix qui fait partie de l’utilité-même du titre n’est pas identique selon les différentes possibilités de le négocier.

La différence fondamentale entre un objet financier et un objet non financier est la cause d’existence : métaphysique pour une anticipation financière et physique pour un bien ou un service comptant. Les causes d’existence d’un objet financier sont les décisions de celui qui emprunte et de celui qui prête, de celui qui établit ou constate le prix, de celui qui exécute le paiement et de celui qui assume l’écart entre la promesse d’origine et la réalisation à terme. Les réalités financières sont métaphysiques au sens où elles sont purs produits de la pensée, de la volonté et de l’ambition. Toutes les traces d’une opération financière sont artificielles, délibérément produites, jusqu’à l’échéance de l’opération qui n’implique pas nécessairement la livraison d’un objet physique. La conclusion d’une transaction financière peut être un simple règlement monétaire traduit par une écriture dans des comptes bancaires.

Continuer la lecture de Vérité et réalité du marché (*), par Pierre Sarton du Jonchay

Partager