Archives par mot-clé : immobilier

Trends – Tendances, Le coût d’un secteur financier hypertrophié, jeudi 9 avril 2015

Dans l’édition imprimée de Trends – Tendances.

Qui ne s’est fait, au cours des trente dernières années, la réflexion suivante : « Il est regrettable que tant de jeunes gens intelligents consacrent tout leur talent à faire gagner de l’argent aux banques. Ne s’agit-il pas là de talent gâché ? »

Deux chercheurs de la Banque des règlements internationaux, « la banque centrale des banques centrales », Stephen Cecchetti et Enisse Kharroubi ont eu la curiosité de vérifier ce qu’il en était et ont calculé combien cela nous coûte. La conclusion de leur étude publiée le mois dernier est que cela nous coûte cher : plusieurs points de productivité.

Sans examiner les conséquences de l’absence de ces talents dans la Recherche et le Développement d’autres secteurs, ils mettent en évidence que la concentration des cerveaux dans la finance a contribué à l’hypertrophier et à faire que les banques ont attribué de préférence leur financement aux industries où le collatéral mis en garantie du crédit obtenu est élevé et la rentabilité faible.

Continuer la lecture de Trends – Tendances, Le coût d’un secteur financier hypertrophié, jeudi 9 avril 2015

Partager :

POUR EN FINIR AVEC LA « VALEUR », par Zébu

Billet invité

L’une des dernières vidéos de Paul Jorion incite à réfléchir à ce qu’il déclarait sur l’intérêt pour ‘les pouvoirs’ d’inciter les bulles financières à se former afin de pallier la nature même de ces bulles, à savoir qu’elles finissent toujours tôt ou tard par exploser ou se dégonfler. Il a ainsi cité le cas américain : bulle boursière (action) puis bulle immobilière (subprimes) puis re-bulle boursière (trading haute fréquence).

Or, il semble bien que ce phénomène doive être considéré comme généralisable puisqu’on peut aussi l’observer pour la France, bien que selon une structuration particulière puisqu’il n’y existe pas de fonds de pensions mais bien essentiellement des retraites par répartition (même si les assurances-vie jouent un rôle particulier dans ce schéma, mais dans lesquelles les fonds en actions sont au mieux de 15 %, le restant en obligations). Il suffit pour s’en convaincre de retracer l’historique des réformes des retraites depuis 1993 jusqu’à aujourd’hui et de le mettre en parallèle avec celui des mesures de défiscalisations immobilières en France.

La première grande réforme des retraites est celle de Balladur en 1993, mais c’est en fait l’échec de la réforme Juppé en 1995 face aux grèves qui va sonner le glas de la restructuration des retraites pour les faire ‘accéder’ aux financements des marchés : à partir de 1995, plus aucun gouvernement ne pourra restructurer frontalement les retraites, du fait du précédent politique induit. On constituera alors un fond de réserve (1999) ou on fera des réformes partielles (au sens où elles ne modifient pas radicalement la structure des retraites mais perpétuent et amplifient bien l’incapacité du système à assurer sa pérennité à terme : 2003, 2007, 2012, 2013, etc.), dont les acteurs principaux (‘partenaires sociaux’, gouvernants) sauront qu’elles n’auront pour but que de devoir être revues, toujours à la hausse quelques années plus tard, sans pour autant rien remédier fondamentalement au problème posé par la répartition.

Continuer la lecture de POUR EN FINIR AVEC LA « VALEUR », par Zébu

Partager :

LES CONSÉQUENCES ÉVENTUELLES D’UNE INTERDICTION DE LA SPÉCULATION

Voici un extrait d’un mail reçu hier :

« Je peux imaginer (et je ne peux pas imaginer que quelque chose que je peux imaginer, dans le domaine de l’économie, vous ne puissiez pas l’imaginer vous aussi, fût-ce pour le réfuter) que « l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix » génèrerait une gigantesque bulle immobilière, peut-être planétaire. Et donc, voilà au moins un domaine de prix qui continuerait à être sauvagement déréglé, à la hausse en l’occurrence, par ce trop-plein. Avec bien sûr, à l’horizon… une magnifique inflation. Voilà ce qu’un petit cerveau très limité comme le mien a pu imaginer (et personnellement, je trouve que c’est déjà pas trop mal… ;o) ). »

J’ai répondu ceci :

Misère de la pensée économique (Fayard 2012)

Une interdiction de ces paris neutraliserait sans doute les effets délétères pour le bon fonctionnement des mécanismes financiers et de l’économie de capitaux errants à la recherche de hauts rendements, mais elle ne résoudrait pas pour autant le problème initial d’une hétérogénéité dans la répartition du patrimoine ayant atteint partout un tel degré qu’il en est dysfonctionnel, et qui constitue la source de ces sommes colossales disponibles pour des paris. D’autant plus qu’une interdiction des paris sur les fluctuations de prix déboucherait immédiatement sur une inflation du prix des biens immobiliers où l’argent libéré n’aurait pas d’autre choix que d’aller se placer.

Une interdiction des paris sur les fluctuations de prix ne peut donc être que l’un des articles que devra compter une Constitution pour l’économie. Les mécanismes conduisant à la concentration de la richesse doivent eux aussi être examinés et modifiés institutionnellement pour neutraliser la capacité de nuisance qui les caractérise aujourd’hui. (pp. 313-314)

Continuer la lecture de LES CONSÉQUENCES ÉVENTUELLES D’UNE INTERDICTION DE LA SPÉCULATION

Partager :

LA CENTRIFUGEUSE, par zébu

Billet invité

Forte chute des ventes de logements neufs :

« Seulement 23 183 logements neufs ont été vendus par les promoteurs pendant les mois d’avril à juin cette année, soit une baisse de 22,6 % par rapport à la même période de 2010, selon les chiffres publiés, mardi 30 août, par le ministère du logement, qui fait état parallèlement d’une hausse de 9,1 % des mises en chantier et de 8,6 % des permis de construire entre mai et juillet. »

Une baisse de 22,6 % des ventes. Mais une hausse des mises en chantier de 9,1 %.

Que signifie ceci ? Que le système est confronté à deux forces : une centripète et une centrifuge.

La machine à produire continue de produire, tandis que la machine à consommer a accéléré son effondrement. « Pour l’ensemble de l’année 2011, le nombre de logements neufs vendus par les promoteurs devrait tomber, selon M. Mouillart, à environ 95 000, contre 115 000 en 2010 et 106 000 en 2009, loin du record de 127 000 en 2007. »

Ce que ne dit pas l’article – surtout pas ! – c’est que le niveau des ventes se rapproche dangereusement du chiffre maudit : 79 400 logements neufs vendus en 2008, annus horribilis.

Continuer la lecture de LA CENTRIFUGEUSE, par zébu

Partager :

QUELQUES CHIFFRES : 1 A 2 %, 32 % DU PIB, 107 MOIS

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

À la fin de l’année dernière, la revue L’ENA hors les murs m’avait demandé – comme l’année précédente – un panorama de l’année financière qui s’achevait. J’avais appelé mon texte : L’année 2009 : l’ère du semblant.

Nous sommes en train de sortir de l’ère du semblant, non pas parce que nos dirigeants auraient décidé de dire la vérité, non : la vérité, ce sont des chiffres qu’on ne peut pas cacher plus longtemps qui la procurent. En voici quelques-uns.

L’économiste en chef du Fonds monétaire international (FMI), M. Olivier Blanchard, a récemment annoncé les chiffres révisés à la baisse des prévisions de croissance du FMI : « entre 3 et 4 (%) pour le monde entier en 2010 ». Mais pas la même pour tout le monde : « 1 à 2 % pour les pays avancés » et de « 6 à 8 % et même plus pour les pays émergents ». Il a ajouté que ce serait « à peu près pareil » en 2011.

Rappelons que les explications qui nous ont été fournies avant l’été sur la manière magistrale dont on réduirait les déficits publics tablaient toutes sur des croissances de 2,5 % au moins.

D’autres chiffres, ceux-ci pour l’Irlande : le gouvernement de cette petite nation de 4,5 millions d’habitants a déjà versé 34 milliards d’euros pour soutenir ses banques, 12 autres milliards sont en route. En 2010, le déficit de l’État représentera 32 % de son PIB, un record dans la zone euro. Les pertes totales que les banques irlandaises encaisseront sur des prêts de mauvais aloi pourraient se monter à 150 milliards d’euros. Cette petite nation à propos de laquelle on aimait ajouter jusqu’en 2008 qu’elle était « amicale aux milieux d’affaires » s’en sortira-t-elle ? Le graphique du taux de marché des obligations irlandaises de maturité 10 ans offre la réponse.


© Bloomberg : obligations irlandaises 10 ans, taux du marché

Un dernier chiffre : au train où vont les choses, combien de temps faudra-t-il pour que le marché immobilier américain absorbe les logements saisis par les banques et dont elles sont aujourd’hui – avec Fannie Mae et Freddie Mac – les heureuses propriétaires ? La réponse est 107 mois : huit ans et onze mois.

En 2008 et 2009, quand je n’avais pas fini de lire les nouvelles de la journée à 16 heures, je me disais « Tant pis ! » et je m’attelais à la rédaction du livre que j’étais en train d’écrire. Depuis juin, les choses s’étaient un peu arrangées : j’arrivais à me mettre à l’écriture en fin de matinée. Depuis une semaine ou deux, on est repassé à l’après-midi. Un signe qui ne trompe pas.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Partager :

Cinéma La Garenne, Vannes, « Cleveland contre Wall Street », le mardi 26 octobre à 20h30

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

« Cleveland contre Wall Street »

J’ai donc vu hier « Cleveland contre Wall Street » de Jean-Stéphane Bron, et pendant une petite heure, j’ai engagé la discussion avec les spectateurs vannetais de cet excellent film.

Je rappelle l’argument : la ville de Cleveland dans l’Ohio engage une action en justice contre les banques américaines pour se faire rembourser du naufrage d’East Cleveland, le « ghetto des ghettos » comme l’appelle dans le film un courtier en prêts subprime, où les saisies de maisons consécutives à l’éclatement de la bulle de l’immobilier transforment le quartier en désert. J’aurais personnellement aimé en savoir un peu plus sur les tactiques qui ont été utilisées pour faire dérailler les poursuites judiciaires mais bon, le réalisateur a préféré suivre une autre voie : faire comme si le procès avait lieu et le filmer. L’« infomentaire » est suisso-français, j’aimerais savoir s’il est vu aux États-Unis, ne serait-ce que pour mettre un peu de baume au cœur des faux acteurs / vrais participants qui (pour la plupart) ne se sont pas crus à Hollywood mais bien plongés dans leur propre histoire.

Il n’est pas facile de raconter la crise des subprimes en 98 minutes vu la convergence dans l’affaire de la cupidité de Wall Street, de la prédisposition de l’espèce à l’espérance contre toute évidence, de l’héritage d’un passé esclavagiste, de l’enfer pavé de bonnes intentions des gouvernements et du cynisme du capitalisme en général, etc., etc., et le film s’en sort très bien de ce point de vue : 80 % de ce qui devait être dit l’a été, et à part quelques erreurs de traduction de l’américain en français dans les sous-titres, quasiment sans faute.

Comme un jury avait été réuni selon les règles de l’art, personne ne savait comment il se prononcerait à l’issue du film / procès. Cleveland est déboutée : un « hung jury », cinq en faveur de l’accusation, trois contre. Cela se dessinait, avec trois jurés pour qui des mots comme « solidarité » ou « compassion » sont, comme ils l’expliquent très bien, des obscénités. N’empêche, j’ai pris personnellement cette chute où Wall Street est exonérée, et le sourire de satisfaction de l’avocat des banques, comme un coup de poing dans la figure.

Mon seul regret, ma conviction – comme je l’ai d’ailleurs dit à la salle – que j’aurais su comment convaincre un juré supplémentaire en démontant le mécanisme du « prêt rapace », en expliquant la fourberie de Wall Street pariant avec les CDO sur la toxicité des produits financiers qu’elle invente. Mais ce n’est que du cinéma et il vaut mieux que le film soit vu porteur du message : « on est baisés », et fasse partie ainsi de ces petits rus qui font les grandes rivières et font passer insensiblement de l’indignation résignée à l’indignation révoltée.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Partager :

L’actualité de la crise: un monde instable et à la dérive, par François Leclerc

Billet invité.

UN MONDE INSTABLE ET A LA DÉRIVE

De quoi cette rentrée est-elle faite ? D’une certitude qui n’est même plus relevée, comme s’il fallait en prendre son parti, puisque l’on ne peut rien y faire : la crise se poursuit sans autre perspective que de continuer à faire subir ses rebondissements et progressivement ses effets. Une pente qui n’a que commencé à être descendue.

Pour preuve, s’il en était besoin, il n’est même plus question d’en sortir dans les objectifs tracés par Nicolas Sarkozy, à l’occasion de ce qui est abusivement appelé sa présidence du G20, car ce serait désormais tracer des plans sur la comète. Mais d’ouvrir seulement deux dossiers, certes importants, dont l’horizon est pour l’un lointain (l’évolution du système monétaire international) et pour l’autre avec une issue positive peu vraisemblable (la régulation des prix des matières premières), vu le risque non négligeable qu’il soit traité comme l’a été celui des paradis fiscaux. Des annonces considérées dans les milieux financiers comme à utilisation politique intérieure mais sans portée internationale.

Les projecteurs continuent d’être braqués sur les Etats-Unis, dont les médias européens commencent à découvrir l’ampleur de la crise sociale qui y sévit. Les nouvelles négatives s’y succèdent, confirmant que la relance économique n’a été qu’un feu de paille. Non seulement le marché immobilier ne se relève pas – comment le pourrait-il  ? – mais il donne de nouveaux signes d’affaissement. Tant dans son secteur résidentiel que commercial, dont la crise a été depuis longtemps annoncée et qui se précise. Les prix de l’immobilier neuf ou ancien continuent de chuter, entraînant les emprunteurs dans une spirale descendante, et derrière eux les banques et les organismes de crédit qui ne doivent leur salut qu’au soutien financier de l’Etat. Le nombre de nouvelles saisies ne diminue pas mais s’accroît, voilà la vérité des chiffres.

Continuer la lecture de L’actualité de la crise: un monde instable et à la dérive, par François Leclerc

Partager :

L’actualité de la crise: la nouvelle promesse du capitalisme financier, par François Leclerc

Billet invité.

LA NOUVELLE PROMESSE DU CAPITALISME FINANCIER

De rebondissements en rebondissements, la crise apparaît aujourd’hui sans fard dans son déroulement, qui se prolonge et permet d’en analyser la poursuite.

L’écroulement d’une montagne de crédits dans l’immobilier américain – financée en application d’une martingale étonnante de crédulité – a entraîné dans une impressionnante chute le système financier privé, en raison de l’enchevêtrement des engagements réciproques en son sein, contribuant à son opacité. Mettant ensuite à mal les finances des États qui sont intervenus – en socialisant la dette privée – pour l’endiguer et en combattre les effets.

L’ensemble alimente la poursuite d’une sourde crise financière combinée de la dette privée et publique, ainsi qu’une profonde crise économique et sociale chronique dans les pays occidentaux, les deux s’alimentant réciproquement. Les faits sont là, reste à en tirer les conséquences.

Avec le recul, il n’est pas abusif d’analyser la crise que connait le capitalisme financier comme étant en particulier celle d’un sévère blocage de la machine à faire de la dette, l’un de ses piliers. Une machine dont le champ d’action s’était considérablement élargi au fil des décennies, en raison de trois phénomènes.

Continuer la lecture de L’actualité de la crise: la nouvelle promesse du capitalisme financier, par François Leclerc

Partager :

L’immobilier américain, encore et toujours…

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

La Banque des règlements internationaux s’est donc décidée à mentionner la catastrophe imminente dans le domaine du crédit immobilier commercial américain (centres commerciaux, bureaux, hôtels, immeubles à appartements, cliniques, etc.). Je suis allé vérifier à quelle époque j’avais personnellement mentionné cette tempête à venir pour la première fois. C’est dans un billet datant de juin de l’année dernière, billet au titre prémonitoire : Vous reprendrez bien un peu de finance à l’ancienne ? et, à quelques jours près, dans une chronique pour Le Monde –Economie, au contenu cette fois prémonitoire : États-Unis : de bien curieux remboursements où je proposais une hypothèse qui passait alors pour farfelue :

Si le parallèle avec Countrywide a un sens, il s’agit alors simplement pour les dix banques ayant aujourd’hui remboursé l’argent du TARP [P. J. : le plan de sauvetage américain] de nettoyer consciencieusement la caisse avant de mettre définitivement la clé sous la porte. Lorsque les trillions à nouveau perdus seront examinés, les quelques milliards détournés in extremis par leurs dirigeants, passeront, c’est à parier, relativement inaperçus.

Mais à tout seigneur, tout honneur, Nouriel Roubini mentionnait déjà la possibilité d’un effondrement de l’immobilier commercial américain en… février 2008.

Le fait que l’immobilier commercial aille mal ne signifie évidemment pas que l’immobilier résidentiel aille bien pour autant. On s’en est amèrement souvenu aujourd’hui : aucun des économistes consultés par Bloomberg ces jours derniers n’avait imaginé la chute de 30 % qui a été constatée en mai dans la vente des logements de construction ancienne – représentant 92 % du parc immobilier résidentiel, la construction neuve constituant elle les 8 % restants. Le chiffre avancé par les économistes était d’une chute probable de 19 %. Depuis le début de la crise, l’écart entre leurs prévisions et les chiffres réellement observés est tellement large qu’on se demande pourquoi ces prévisions continuent d’être mentionnées.

Le plan de relance américain incluait une prime à l’achat d’un logement d’un montant maximum de 8.000 dollars. La promotion s’achevait au 30 avril pour la signature et le 30 juin pour le versement – échéance qui vient d’être reportée au 30 septembre – et on imaginait naïvement aux États-Unis que le marché de l’immobilier poursuivrait sur sa lancée. Las !

Autre promotion, difficile à chiffrer, et qui elle – pour une fois – vise à venir en aide aux lampistes : le prêt automatique dont bénéficient désormais les chômeurs pour le paiement des traites de leur crédit immobilier, et qui ne devra être remboursé qu’au moment où ils auront retrouvé un emploi… en espérant que ce moment vienne, ce qui ne sera pas le cas bien entendu pour un certain nombre d’entre eux. Note amusante : le coût de ce programme devait être couvert par la taxe sur les opérations financières prévue par le « financial overhaul », le projet de réglementation du secteur financier. Mais le sénateur républicain Scott Brown n’aimait pas cette taxe et son vote est indispensable… fi des esprits chagrins, on trouvera bien les sous ailleurs !

L’optimisme relatif observé récemment à propos de l’immobilier américain se nourrissait du fait que le prix du logement s’était stabilisé au cours des derniers mois. Le comportement passé de ce marché aurait cependant dû rappeler que toute subvention dont il bénéficie se trouve automatiquement répercutée dans le prix des maisons. Il en a été ainsi dans le passé de la détaxation des intérêts versés, ainsi que de toute baisse du taux d’intérêt due à l’intervention bienveillante des Government–Sponsored Entities, Fannie Mae et Freddie Mac. L’incitation étant arrivée à son terme fin avril, le prix moyen d’un logement ira inéluctablement se resituer 8.000 dollars au-dessous de son niveau à cette date.

Quant à Fannie et Freddie, affectées depuis 2008 à la fonction de puits sans fond, à savoir chargées d’absorber – aux frais du contribuable américain – toutes les pertes essuyées sur les crédits titrisés par leurs soins – on tremble à la pensée de l’année 2012, quand leur générosité prendra fin et que la vérité des prix reprendra ses droits. À moins qu’on ne leur offre à ce moment-là la rallonge d’un « trillion » de dollars qui leur sera alors nécessaire… plombant d’autant les finances d’un État fédéral déjà très profondément au-dessous de la ligne de solvabilité.

En 1962, les Américains dans leur ensemble possédaient 80 % de la valeur des maisons dont ils étaient propriétaires en titre – et ceci en moyenne, c’est-à-dire en incluant les propriétaires à part entière : dont la maison n’est pas grevée d’un crédit hypothécaire. Le chiffre est tombé aujourd’hui à 38 %, et la plongée n’est pas en passe de s’arrêter. Près des deux tiers de ces « propriétaires » sont donc en réalité locataires de leur banque – un propriétaire, comme on le sait, parmi les grippe-sous les moins tendres.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Partager :

Le temps qu’il fait, le 25 juin 2010

>

Le G 20 : « Soyez davantage comme moi ! »

Le projet de réglementation aux États-Unis

Les lobbys financiers

Le débat de lundi soir

Les ambitions du Blog de Paul Jorion

La philosophie derrière ma proposition d’interdiction des paris sur les fluctuations de prix : la citation de Saint-Just à laquelle je fais allusion mais que je ne connais pas par cœur : « Les révolutions qui naissent de bonnes lois et qui sont maniées par d’habiles mains changeraient la face du monde sans l’ébranler ».

Partager :

L’actualité de la crise: le capitalisme a-t-il les moyens de ce qu’il a déclenché ? par François Leclerc

Billet invité.

LE CAPITALISME A-T-IL LES MOYENS DE CE QU’IL A DÉCLENCHÉ ?

Avec toute la circonspection nécessaire, une question définitive se doit d’être posée : la crise que connaît le capitalisme financier est-elle dans ses moyens  ?

S’il fallait s’en tenir à la seule actualité, la réponse s’imposerait d’elle-même : sans hésiter, c’est non ! Une énième réunion des ministres des finances du G20 et des banquiers centraux vient en effet de se tenir en Corée du Sud, et on se demande s’il vaut la peine même d’en parler, car ce qu’elle a donné à entendre donnait l’impression d’un disque rayé. Que reste-t-il donc de l’élan initial de cette configuration présentée comme l’amorce d’une prometteuse gouvernance mondiale réunissant pays développés et émergents ? Deux simples constats d’échec sans appel.

A ce jour, elle n’est toujours pas parvenue à trouver les moyens de résoudre la crise, et tout indique qu’elle ne va pas l’empêcher de rebondir. La lecture du communiqué final de cette réunion est à cet égard proprement affligeante.

Qu’a-t-il été décidé ? Il est laissé à l’appréciation de chaque pays la résolution de l’équation qui associe relance économique et consolidation fiscale, cette expression contournée qui signifie coupes claires dans les budgets des Etats. Manière de se défausser d’un problème insoluble et d’entériner, dans les faits, la dépression promise à toutes les économies occidentales, vers laquelle on glisse tout doucement !

Continuer la lecture de L’actualité de la crise: le capitalisme a-t-il les moyens de ce qu’il a déclenché ? par François Leclerc

Partager :

BFM Radio, lundi 1er mars 2010 à 10h46

En Amérique, les choses ne sont pas en train de s’arranger

Les choses ne sont pas en train de s’arranger. Et les temps ont changé : on avait pris l’habitude de vivre dans des contextes de bulle financière, et ce n’est plus le cas. Dans un contexte de bulle on peut continuer sans danger de croire que la finance est autorégulée. On peut croire aussi que le risque n’existe plus, qu’il a été réduit en poudre et que de cette manière il a été neutralisé. Quand la bulle éclate, on constate avec consternation que les choses ne s’arrangent pas d’elles-mêmes et que le risque s’est au contraire concentré : parce que son invisibilité momentanée en faisait une excellente affaire. Certains diront : « Si ! on est toujours dans un contexte de bulle : la bulle de la dette publique des États ! ». Mais ce n’est pas de bulles qu’ils parlent : ils veulent simplement dire que la dette des États gonfle. Ce qui est vrai, mais tout ce qui gonfle n’est pas bulle pour autant.

Non, les choses ne sont pas en train de s’arranger. Vous vous souvenez sans doute que la crise est née en 2007 au sein de l’immobilier américain. On ne parle plus beaucoup de l’immobilier résidentiel aux États-Unis, parce qu’il existe une nouvelle menace : celle de l’immobilier commercial qui point à l’horizon. Savez-vous qu’il y a en ce moment aux États-Unis, 35 banques dont plus de 30 % du montant des crédits est en défaut ? Il va sans dire que leurs jours sont comptés ! Il y en a aussi 140 dont plus de 20 % du montant des crédits est en défaut. C’est sûr qu’on reparlera d’elles. Et 683 dont plus de 10 % du montant des crédits est en défaut. Elles attendent toutes que les clients reviennent dans les centres commerciaux. Avec un taux de chômage officiel de près de 10 % et officieux de 20 %, et 8,4 millions d’emplois perdus depuis le début de la crise, il faut leur souhaiter bonne chance.

On ne parle plus beaucoup de l’immobilier résidentiel américain et pourtant on devrait. Parce que tant que cette infection persiste, c’est l’Amérique toute entière qui continuera d’être malade. Quelques chiffres. En janvier de cette année, il y eut chaque jour aux États-Unis, 4.300 saisies de maisons individuelles. C’est un grand pays mais quand même : 4.300 par jour, c’est énorme, et le chiffre est en hausse. En 2009, 75 % des crédits hypothécaires aux États-Unis, ont été accordés par Fannie Mae et Freddie Mac. Étant invendables, ils les ont achetés essentiellement eux-mêmes. Seule à les aider un peu : la Federal Reserve, mais elle s’arrêtera bientôt de le faire. Le 30 juin 2009, la valeur nette de Fannie Mae était de -10,6 milliards de dollars : le 31 décembre de -15,3 milliards. Une aggravation de 44 % en six mois seulement.

Un quart des crédits hypothécaires ont aujourd’hui un montant plus élevé que la valeur du logement et le chiffre est de 40 % pour l’immobilier commercial. Les ventes de logements neufs (un peu moins de 6 % du parc) ont baissé de 11,2 % en janvier et celles de logements anciens, de 7,2 % ; ce sont les pires chiffres depuis 1963. En 2009, il y eut dans le pays 2,82 millions de saisies de logements, et pour cette année-ci, on sait déjà que ce chiffre de 3 millions sera dépassé. On parle, paraît-il, au sein de l’administration Obama, d’un moratoire pur et simple des saisies. On comprend facilement pourquoi.

Non, les choses ne sont pas en train de s’arranger aux États-Unis.

Partager :