BFM Radio, lundi 1er mars 2010 à 10h46

En Amérique, les choses ne sont pas en train de s’arranger

Les choses ne sont pas en train de s’arranger. Et les temps ont changé : on avait pris l’habitude de vivre dans des contextes de bulle financière, et ce n’est plus le cas. Dans un contexte de bulle on peut continuer sans danger de croire que la finance est autorégulée. On peut croire aussi que le risque n’existe plus, qu’il a été réduit en poudre et que de cette manière il a été neutralisé. Quand la bulle éclate, on constate avec consternation que les choses ne s’arrangent pas d’elles-mêmes et que le risque s’est au contraire concentré : parce que son invisibilité momentanée en faisait une excellente affaire. Certains diront : « Si ! on est toujours dans un contexte de bulle : la bulle de la dette publique des États ! ». Mais ce n’est pas de bulles qu’ils parlent : ils veulent simplement dire que la dette des États gonfle. Ce qui est vrai, mais tout ce qui gonfle n’est pas bulle pour autant.

Non, les choses ne sont pas en train de s’arranger. Vous vous souvenez sans doute que la crise est née en 2007 au sein de l’immobilier américain. On ne parle plus beaucoup de l’immobilier résidentiel aux États-Unis, parce qu’il existe une nouvelle menace : celle de l’immobilier commercial qui point à l’horizon. Savez-vous qu’il y a en ce moment aux États-Unis, 35 banques dont plus de 30 % du montant des crédits est en défaut ? Il va sans dire que leurs jours sont comptés ! Il y en a aussi 140 dont plus de 20 % du montant des crédits est en défaut. C’est sûr qu’on reparlera d’elles. Et 683 dont plus de 10 % du montant des crédits est en défaut. Elles attendent toutes que les clients reviennent dans les centres commerciaux. Avec un taux de chômage officiel de près de 10 % et officieux de 20 %, et 8,4 millions d’emplois perdus depuis le début de la crise, il faut leur souhaiter bonne chance.

On ne parle plus beaucoup de l’immobilier résidentiel américain et pourtant on devrait. Parce que tant que cette infection persiste, c’est l’Amérique toute entière qui continuera d’être malade. Quelques chiffres. En janvier de cette année, il y eut chaque jour aux États-Unis, 4.300 saisies de maisons individuelles. C’est un grand pays mais quand même : 4.300 par jour, c’est énorme, et le chiffre est en hausse. En 2009, 75 % des crédits hypothécaires aux États-Unis, ont été accordés par Fannie Mae et Freddie Mac. Étant invendables, ils les ont achetés essentiellement eux-mêmes. Seule à les aider un peu : la Federal Reserve, mais elle s’arrêtera bientôt de le faire. Le 30 juin 2009, la valeur nette de Fannie Mae était de -10,6 milliards de dollars : le 31 décembre de -15,3 milliards. Une aggravation de 44 % en six mois seulement.

Un quart des crédits hypothécaires ont aujourd’hui un montant plus élevé que la valeur du logement et le chiffre est de 40 % pour l’immobilier commercial. Les ventes de logements neufs (un peu moins de 6 % du parc) ont baissé de 11,2 % en janvier et celles de logements anciens, de 7,2 % ; ce sont les pires chiffres depuis 1963. En 2009, il y eut dans le pays 2,82 millions de saisies de logements, et pour cette année-ci, on sait déjà que ce chiffre de 3 millions sera dépassé. On parle, paraît-il, au sein de l’administration Obama, d’un moratoire pur et simple des saisies. On comprend facilement pourquoi.

Non, les choses ne sont pas en train de s’arranger aux États-Unis.

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82 réflexions sur « BFM Radio, lundi 1er mars 2010 à 10h46 »

  1. Les paris sur les fluctuations des prix,

    Si l’on prend l’ensemble des paris faits sur les fluctuations de prix, ceux-ci s’équilibrent à peu de chose près. (Ce qui est perdu par les uns correspond à ce qui est gagné par les autres, moins la commission de transaction)

    Alors aucun gouvernement ne pourra prendre la décision de les interdire. Sans compter qu’il suffirait qu’un seul pays les autorisent pour que cela continue comme avant.

    Les banques ne gagnent pas d’argent sur ces paris de fluctuation de prix. Ou peu, et leur but n’est pas là.

    Leur réel but est d’animer les marchés, c’est à dire de faire par quelque moyen que ce soit, augmenter le nombre de transactions sur les marchés.

    Elles gagnent en effet beaucoup d’argent en fonction de ce nombre élevé de transaction par un effet secondaire et difficilement perceptible tant il parait décoléré et simple.

    En effet, la majorité des transactions sur les marchés mondiaux se payent en dollar.

    Donc pour payer ces transactions, il faut acheter et revendre du dollar. C’est au niveau de ce double change, que l’opération génère des profits virtuels colossaux, (par l’écart entre le pris de vente et d’achat du dollar) mais uniquement en dollars.

    Et cette opération de change passe inaperçue … sauf en ce moment. Les réelles prises de bénéfices se font lors du change dollar/devise et devise/dollar.

    L’euro baisse car les banques achètent massivement du dollar (qui n’a rien couté à l’émetteur) pour pouvoir toucher le bénéfice virtuel en dollar, et le reconvertir en investissement réel (prêts à l’investissement dans les pays émergents en dollars, ou prêts hypothécaire.

    Les bénéfices virtuels, sont convertis en investissements réels. C’est pourquoi, on construit des usines et des immeubles à n’en plus finir hors europe, et que les pme ne peuvent plus obtenir d’escompte pour fonctionner normalement.

  2. enfin la reconnaissance ?
    bravo mr. jorion.
    l inteligencia parisienne va t elle faire remonter vos idée jusqu au président ,résident de la république ?
    merci pour votre « lutte ».

  3. L’absence de Juridiction Internationale,

    Aujourd’hui, toutes les banques travaillent dans un espace non réglementé international.

    Cet espace virtuel est matérialisé par les ordinateurs et les logiciels de transactions interconnectés des salles de marché et des bourses internationales.

    Cet espace n’est soumis à aucune réglementation, et aucun état ne possède de compétence territoriale pour appliquer des lois sur ce qui est fait par ces ordinateurs et ces logiciels de transactions.

    L’activité de spéculation et de création de bénéfices virtuels sur le change monétaire sont donc uniquement gérés comme un grand jeu en réseau par les banques et les places de marché.

    Ce qui permet de convertir ces bénéfices numériques virtuels en biens réels, c’est le contrôle des prix des marchandises réelles par les salles de marché et la devise de référence pour les transactions.

    Plus on achète d’une marchandise et plus son prix monte !!!

    Et cela n’est pas décidé par celui qui produit la marchandise, c’est le logiciel informatique qui le fait automatiquement selon une règle fixée par la banque.

    Celui qui a produit le bien ne touchera pas un centime de cette augmentation de prix. Voilà comment une banque absorbe la marge d’un producteur.

    Plus le nombre de transactions mondiales augmentent, et plus le nombre d’opérations de changes sur les devises en dollar augmentent et plus les bénéfices virtuels du change dollar augmentent .

    Pour convertir ces bénéfices virtuels en avoirs réels, il suffit d’investir ces dollars dans les pays émergeant (en prenant comme garantie les usines et immeubles, brevets et autres actifs réels etc … achetés en dollar) … puis d’imprimer de nouveaux dollars et d’augmenter les prix pour que les consommateurs aient besoin de nouveaux dollars et faire circuler les flux monétaires.

    1. Si l’on prend l’ensemble des paris faits sur les fluctuations de prix, ceux-ci s’équilibrent à peu de chose près. (Ce qui est perdu par les uns correspond à ce qui est gagné par les autres, moins la commission de transaction).

      Ah ! oui, vu sous cet angle là, ça paraît assez inoffensif. Vous n’avez pas entendu parler de AIG (coût : 182 milliards de dollars) ? Ou de la Grèce ? Essayez aussi « monoline » dans « RECHERCHE », dans la colonne de droite, pour retrouver une actualité un peu plus ancienne.

    2. « Cet espace n’est soumis à aucune réglementation, et aucun état ne possède de compétence territoriale pour appliquer des lois sur ce qui est fait par ces ordinateurs et ces logiciels de transactions. » : voilà qui me semble plutôt exact et fort problématique. En revanche, les lobbies s’affairent sans relâche pour que les mêmes états trouvent le moyen d’établir des lois sur internet contre les internautes.

      Nous sommes dans un monde ou « être au-dessus des autres » est synonyme de « être au-dessus des lois ».

  4. Is the United States a failing state?

    « ..The Fund for Peace identified twelve indicators of a failed state expressed in the annual Failed States Index. But failure is often more a result of perception than any objective measurement. The Index places the US risk of failure as moderate. But can a Superpower be failing? Lets examine the political, economic and social system of the US… »

    Is the United States a failing state ?

  5. @ Candy Says,

    Peut-être l’avez-vous vu mais Frédéric propose (pour réfléchir à une éventuelle action ‘collective’), de le contacter : ange.naif@hotmail.fr

    On verra ce qu’il pourra sortir de cela mais c’est une façon d’essayer au moins….

    Sinon… Quand des malveillants détruisent (ou laissent détruire)

    tout et tous et même si ils sont en tort jusqu ‘à la moëlle, on doit se contenter de regarder ? Aucune instance n’est compétente pour stopper, avertir durement les protagonistes ??

    Vous voyez, je m’étonne…. Je n’en finis pas de m’étonner…

    Officiellement nous sommes quand même encore en démocratie il me semble ?

  6. @ yvan,
    @ tous

    Hélàs tout ca est très cruel (immonde) MAIS

    pourquoi ne pourrions nous pas (;) Candy Says) dresser une LISTE de TOUTES

    les entorses commises par nos dirigeants à leurs DEVOIRS, aux LOIS ,

    aux CONVENTIONS, et à toutes les REGLES qui régissent un pays , etat,

    DEMOCRATIQUE ???

    Ca nous mettrait les idées bien au clair et en plus il y aurait un petit côté amusant.

    Et peut-être, PEUT-ETRE, que ca pourrait bien nous servir de catalyseur pour une action collective….

  7. D’autres chiffres sur cette ‘industrie’ américaine:

    ‘Il y a quinze ans, la valeur des actifs combinés des 6 plus grandes banques américaines représentaient 17% du PIB, en 2006 55% du PIB, en 2009 63 %. Simon Johnson, lui, fait aussi observer que les quatre plus grandes détiennent la moitié du marché pour les prets hypothécaires et les deux tiers du marché des cartes de crédit.Cinq banques tiennent 95% du marché des dérivés. Trois banques américaines représentent 40% du marché de placement d’actions sur le marché global. Comme je l’ai fait remarquer précédemment le gouvernement a créé ces méga-banques ( ces géants ne sont pas le résultat d’une concurrence en économie de marché ) et leur taille meme détruit l’ économie réelle, à la facon d’un trou noir détruit la matière autour de lui.’

    Les TBTF

    Si ce gouvernement avait du courage, face au fiasco en cours de la réforme financière, tous les éléments semblent réunis pour une attaque via la loi anti-trusts…

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