LES CONSÉQUENCES ÉVENTUELLES D’UNE INTERDICTION DE LA SPÉCULATION

Voici un extrait d’un mail reçu hier :

« Je peux imaginer (et je ne peux pas imaginer que quelque chose que je peux imaginer, dans le domaine de l’économie, vous ne puissiez pas l’imaginer vous aussi, fût-ce pour le réfuter) que « l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix » génèrerait une gigantesque bulle immobilière, peut-être planétaire. Et donc, voilà au moins un domaine de prix qui continuerait à être sauvagement déréglé, à la hausse en l’occurrence, par ce trop-plein. Avec bien sûr, à l’horizon… une magnifique inflation. Voilà ce qu’un petit cerveau très limité comme le mien a pu imaginer (et personnellement, je trouve que c’est déjà pas trop mal… ;o) ). »

J’ai répondu ceci :

Misère de la pensée économique (Fayard 2012)

Une interdiction de ces paris neutraliserait sans doute les effets délétères pour le bon fonctionnement des mécanismes financiers et de l’économie de capitaux errants à la recherche de hauts rendements, mais elle ne résoudrait pas pour autant le problème initial d’une hétérogénéité dans la répartition du patrimoine ayant atteint partout un tel degré qu’il en est dysfonctionnel, et qui constitue la source de ces sommes colossales disponibles pour des paris. D’autant plus qu’une interdiction des paris sur les fluctuations de prix déboucherait immédiatement sur une inflation du prix des biens immobiliers où l’argent libéré n’aurait pas d’autre choix que d’aller se placer.

Une interdiction des paris sur les fluctuations de prix ne peut donc être que l’un des articles que devra compter une Constitution pour l’économie. Les mécanismes conduisant à la concentration de la richesse doivent eux aussi être examinés et modifiés institutionnellement pour neutraliser la capacité de nuisance qui les caractérise aujourd’hui. (pp. 313-314)

Ce que j’ai dit plus haut de la nécessité de veiller à ce qu’une interdiction de la spéculation ne débouche pas, par un simple processus de vases communicants, sur une inflation immédiate et massive du prix de l’immobilier, souligne que tout est lié et qu’une réforme viable du système capitaliste doit être absolument globale si l’on veut que son principe ne soit pas immédiatement dévoyé et qu’elle ait quelque chance de réussir. (p. 328)

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