Archives par mot-clé : Jean-Claude Trichet

IL NE MANQUERAIT PLUS QUE LES BANQUES CENTRALES PERDENT LA MAIN ! par François Leclerc

Billet invité.

Reconnaitre son impuissance est pour une banque centrale un art difficile, car l’exercice écorne sa toute puissance présumée. C’est la situation dans laquelle se trouve la Banque du Japon, qu’elle essaye de masquer. Son programme de création monétaire de l’équivalent de 620 milliards d’euros n’est pas parvenu en deux ans a faire croitre l’inflation que de 0,2%, une fois soustraite l’augmentation de la TVA de 2%. En dépit d’un taux de chômage orienté à la baisse de 3,4% en mars, ainsi que des promesses d’augmentation des grandes entreprises en réponse aux injonctions gouvernementales – en attendant leur confirmation – la demande intérieure continue à reculer de mois en mois. Un mystère de même nature que celui qui aux États-Unis dépasse Jack Lew, le secrétaire au Trésor. Pour justifier la léthargie des prix, la Banque du Japon invoque la baisse de celui du pétrole et revoit à la baisse ses prévisions de relance de l’inflation. Mais, devant le risque d’une rechute, elle évoque la possibilité « d’ajustements », c’est à dire d’une extension de son programme de création monétaire.

La main de la Fed n’est pas plus assurée lorsqu’en direction opposée elle en vient au resserrement de sa politique monétaire. Avec une croissance de 0,2%, les performances de l’économie américaine sont inférieures aux attentes. La rigueur de l’hiver est mise à contribution pour l’expliquer, ainsi qu’une grève prolongée des dockers et à nouveau la baisse du prix du pétrole (mais cette fois en raison de la chute de l’extraction), mais la prudence est de rigueur pour la suite, et l’inflation est toujours très en dessous de sa cible d’objectif. Le début de normalisation de sa politique, que représenterait une hausse des taux, suscite également des craintes en raison des pertes que les investisseurs pourraient encourir suite à la baisse qui en résulterait de la valeur des obligations dont leurs portefeuilles sont abondamment garnis. Les fonds d’investissement et les ETF (Exchange Traded Funds), qui sont si prisés, seraient particulièrement vulnérables à des sorties massives de capitaux, désormais considérés à eux deux comme les points faibles du système financier. Car, afin de respecter leurs obligations de fonds propres, les banques ne sont plus en mesure de se porter acquéreuses des obligations que les fonds et les gestionnaires d’ETF devraient massivement vendre pour rembourser les investisseurs, ce qui pourrait entraîner un écroulement du marché assorti de pertes en conséquence. Il n’est pas besoin de se pencher beaucoup pour décrire des scénarios catastrophes pouvant survenir.

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RIEN QUE DES BRAVES GENS… par François Leclerc

Billet invité.

On n’a pas fini de sortir des cadavres des placards : le Luxembourg favorisait à grande échelle l’optimisation fiscale de 340 grandes entreprises transnationales entre 2002 et 2010, du temps où Jean-Claude Juncker en était le premier ministre, et la BCE a en 2010 pratiqué un chantage caractérisé sur le gouvernement irlandais, afin que l’État fasse sa demande d’un plan de sauvetage et prenne à sa charge le sauvetage des banques du pays, et celles des banques européennes qui en étaient les créancières du même coup, du temps où Jean-Claude Trichet en était le président.

Les deux larrons sont pris la main dans le sac, et même si ce ne sont pas à proprement parler des révélations, les preuves en sont désormais étalées sur le tapis. Le Irish Times a publié la lettre adressée par la BCE au ministre irlandais des Finances de l’époque, Brian Lenihan, et le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) a rendu public, sous le nom de Luxleaks, 28.000 pages de documents provenant de PriceWaterhouseCoopers, la grande société d’audit, de conseil et d’expertise comptable, en première ligne au nom de ses mandants lors de négociations fiscales à répétition sous couvert de la procédure du « tax ruling » luxembourgeoise.

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L’actualité de demain : LES PARADOXES CHYPRIOTES, par François Leclerc

Billet invité

La situation n’est pas à un paradoxe près. Les Chypriotes ont manifesté leur joie devant le refus du parlement d’avaliser le plan de sauvetage qui leur était imposé, rappelant comment Georges Papandréou avait au dernier moment proposé un référendum en Grèce, qui avait précipité sa chute (il ne fait pas bon défier les dirigeants européens). Ils viennent à la fois de manifester leur patriotisme, ferment d’une ancienne bataille menée sous le drapeau de l’Énosis (l’union avec la Grèce), et de défendre les fortunes russes et leur argent sale, source de leur prospérité. L’État russe a quant à lui naturellement soutenu la finance de l’ombre qu’il a suscité et avec laquelle il compose, mettant en évidence que ces deux mondes ne font qu’un, et pas seulement en Russie ! Les paradis fiscaux, quant à eux, n’ont pas nécessairement pour sièges de lointaines contrées aux noms exotiques.

Le second paradoxe est que les Chypriotes sont riches en puissance de l’exploitation du gigantesque gisement de gaz naturel découvert dans leurs eaux territoriales. Les Russes l’ont bien compris, ce qui n’a pas été le cas des négociateurs de la Troïka qui se sont pris tout seuls les pieds dans le tapis. Les dirigeants européens attendent désormais une « contre-proposition » du gouvernement chypriote – du jamais vu – et campent sur leur nouvelle position : pas de prêt supérieur à 10 milliards d’euros, mais pas de taxe pour les dépôts en dessous de 100.000 euros (ce qui implique de plus lourdement taxer les autres). Ils se donnent désormais le beau rôle mais offrent au gouvernement russe une opportunité de monnayer au meilleur prix un accès au gaz chypriote.

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LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 7 SEPTEMBRE 2012

Je renvoie à The network of global corporate control, par Stefania Vitali, James B. Glattfelder, and Stefano Battiston, article dont la traduction française est ici.

Goldman Sachs, la banque qui dirige le monde, un film de Jérôme Fritel et Marc Roche

Sur YouTube, c’est ici.

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LA POUSSIÈRE ACCUMULÉE SOUS LE TAPIS EMPÊCHE D’ENTRER DANS LA PIÈCE

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

L’image de la poussière qu’on a repoussée sous le tapis en telle quantité et pendant si longtemps que l’on ne peut désormais plus entrer dans la pièce s’est imposée à moi à la lecture ce matin d’un article par David Enrich et Sara Schaefer Muñoz dans le Wall Street Journal, intitulé : « EU Lenders Kick Troubles Down the Road ».

Parce que – oui, vous allez être surpris – plutôt que de remettre en ordre leurs affaires grâce à la manne des mille milliards d’euros dispensée par la Banque centrale européenne dans le cadre de la Long-Term Refinancing Operation (LTRO), les banques européennes préfèrent contourner l’obstacle.

L’astuce la plus pittoresque mentionnée dans l’article est le prêt à l’abonnement des courses de taureaux en Espagne, la plus douteuse est la vente provisoire qui permet de gonfler et dégonfler les bilans selon les nécessités des déclarations de résultats.

Au sein de la zone euro, toutes les ressources de la comptabilité créative sont désormais mobilisées à l’échelle industrielle : retitrisation (on fait de la tête de veau toute neuve avec les restes invendables), « bad » banks filialisées, prêts « synthétiques » qui ne sont rien d’autre que des ventes fictives, montages divers permettant de déplacer le peu présentable vers le hors-bilan, etc.

Pour moi qui ai décrit toutes ces combines dans le livre que j’avais consacré à l’affaire Enron, je me croirais revenu à cette époque bénie des dieux pour la finance rapace. La crise présente est décidément enferrée dans le « plus ça change, plus c’est la même chose ».

Les notes confidentielles à l’intention des ministres des finances, qu’évoque François Leclerc dans son plus récent billet, signifient que l’on n’ignore rien du caractère malsain de la situation au niveau de la Commission européenne. Mais les ministres des finances européens se sont surtout montrés experts en surdité sélective au cours des années récentes. Attendront-ils une fois de plus que l’ardoise se monte à mille milliards d’euros avant de prendre les mesures qui s’imposent ?

C’était en quelle année déjà que M. Trichet à la tête de la BCE déclarait qu’il faudrait bien un jour prendre en compte la décote des prêts toxiques ? Non seulement on attend toujours, mais l’article du Wall Street Journal attire l’attention sur le fait que l’on repart à la vitesse du bolide dans la direction opposée.

Ah oui ! rappelons-le à l’intention de ceux qui auraient pu l’oublier : l’affaire Enron, ça s’était très mal terminé.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise : CETTE TRÈS CHÈRE DETTE, par François Leclerc

Billet invité

Le bras de fer engagé à propos de la restructuration de la dette publique grecque se poursuit, après trois semaines de marathon. En discussion, le taux auxquel seraient assujettis les titres émis en remplacement des obligations actuelles, destinées à subir une décote de 50 %, ainsi que le volume présenté volontairement à l’échange de ces dernières. De la combinaison de ces deux paramètres résulteront des pertes données pour les créanciers qui y participeront et une réduction déterminée de la dette publique.

Sont en lice le gouvernement grec et l’Institute of International Finance (IIF), lequel représente les créanciers présents dans la négociation. Mais un troisième larron est intervenu, s’octroyant le statut d’observateur, qui est avec le gouvernement allemand à l’origine des rebondissements actuels. Le FMI a considéré insuffisante la réduction de la dette grecque, au vu des taux proposées par l’IIF pour les nouveaux titres, car ils aboutissent selon lui à mettre en cause la viabilité du nouveau plan de sauvetage dans son ensemble – restructuration de la dette et prêts – empêchant le fonds d’y participer en raison de ses contraintes réglementaires.

L’IIF ayant déclaré être au taquet de ses concessions, le FMI maintenant que l’adoption de taux plus faibles est indispensable, les négociations ont bloqué ce week-end et d’autres solutions sont activement recherchées. Dès lundi, les ministres des finances de la zone euro ont déterminé une nouvelle date butoir pour celles-ci : le 3 février prochain. Ce mercredi, les créanciers devaient se réunir à Paris sous les auspices de l’IIF, et il est prévu demain à Athènes la reprise des négociations.

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RAPPROCHEMENTS ASSEZ GÊNANTS

Dans Le Monde d’aujourd’hui : Jean-Claude Trichet : « Le secteur financier doit changer ses valeurs »,

Le Monde : Certaines de vos décisions continuent à faire débat, comme la hausse de vos taux en 2008 quelques semaines avant la chute de la banque américaine Lehman Brothers…

J-C. T. : A l’époque, il y avait une menace réelle de déstabilisation des anticipations d’inflation sous l’impact de la hausse des prix du pétrole. Bien entendu personne ne pouvait prévoir que Lehman Brothers allait déposer son bilan à la mi-septembre.

Ici-même, en date du 31 mars 2008, dans le billet intitulé : Notateurs et autorités financières,

Quand, il y a quinze jours, la Fed orchestra le sauvetage de Bear Stearns par J.P. Morgan Chase, le Daily Telegraph de Londres se fit l’écho de pressions discrètes exercées par la Federal Reserve de New York afin que l’on laisse tranquille Lehman Brothers dont il n’était pas certain qu’il soit en bien meilleure santé que Bear Stearns : interdiction était faite à ses concurrents de solliciter ses clients, pour éviter que des propos peu flatteurs quant à sa santé financière ne soient émis dans les conversations.

« Personne ne pouvait prévoir que Lehman Brothers allait déposer son bilan à la mi-septembre », à part la Fed de New York, le Daily Telegraph, le Blog de Paul Jorion… et dès le mois de mars…

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L’actualité de la crise : CAPITALISME A LA DÉRIVE, par François Leclerc

Billet invité.

Soumis à une pression maximale, les députés grecs ont adopté les nouvelles mesures destinées à débloquer les fonds européens et du FMI, évitant le défaut immédiat du pays et l’apocalypse promise. La place Syndagma (de la Constitution, en Grec) n’est plus qu’un nuage épais de gaz lacrymogène destiné à la vider de toute vie, symbolisant ainsi ce qui reste de la démocratie parlementaire grecque et du pouvoir d’un gouvernement placé sous étroite tutelle. L’intégration européenne vient de réaliser un glorieux pas en avant !

De partout, et surtout de soulagement, il est crié victoire, en omettant le coût dévastateur prévisible du nouveau plan et son échec annoncé. Le voter est une chose, l’appliquer en sera une autre. Personne ne peut croire que cet épisode, ainsi que le montage rocambolesque du suivant qui se prépare, va faire d’un pays devenu insolvable un débiteur de rêve, et pourtant !

La partie n’est d’ailleurs pas terminée et se poursuit hors des hémicycles et de la rue, dans des enceintes plus feutrées. La participation volontairement obligatoire (ou bien obligatoirement volontaire) des banques, des compagnies d’assurance et des fonds d’investissement continue de faire l’objet de très âpres négociations. Soucieux au plus haut point des intérêts de leurs banques, les Français ont tiré les premiers, les Allemands les suivant à reculons et avec toute la mauvaise volonté du monde, proposant un montage tarabiscoté ayant pour objectif d’exonérer de tout risque les établissement financiers et de reporter celui-ci sur les Etats. Cachant derrière sa complexité apparente sa vérité nue.

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L’HUMANITÉ, « LE CAPITALISME À L’AGONIE », VENDREDI 15 AVRIL 2011

À l’occasion de la sortie de Le capitalisme à l’agonie, un long entretien avec Laurent Etre.

Partons du titre de votre dernier ouvrage : « Le capitalisme à l’agonie ». Vous soutenez que le capitalisme connaît son « essoufflement final »… Or, on a plutôt l’impression que ce système est reparti de plus belle, en faisant payer sa crise au monde du travail. Il suffit de regarder les profits du Cac 40, qui ont augmenté de 85 % en 2010 par rapport à 2009…

Paul Jorion : Vous venez de parler des profits du Cac 40 qui explosent. Cela reflète essentiellement une panique du système. Ce n’est absolument pas une preuve de bonne santé. Moi, j’appelle cela « vider la caisse avant fermeture définitive ». L’idée que le capitalisme repart, c’est ce que nous martèle le journal télévisé de 20h. Or, il faut regarder au-delà des apparences. Pour avoir travaillé moi-même dans la finance durant une vingtaine d’années, je sais qu’en profondeur, la dégradation se poursuit. Le pillage s’accélère, parce que ceux qui tirent parti du système sont bien décidés à laisser les caisses vides.

Mais ce pillage dont vous parlez n’est-il pas le principe même du capitalisme ? Pensez-vous que ce système ait déjà visé l’intérêt général ?

Paul Jorion : Il y a eu tout de même une période de modération, ce qu’on a appelé les Trente glorieuses. Pendant un temps, le capitalisme productif était relativement séparé du capitalisme financier. Mais au cours des 25 dernières années, la finance a pris le dessus ; elle s’est peu à peu emparée des commandes à l’intérieur du système. Et aujourd’hui, la plupart des opérations financières sont des opérations spéculatives, sans rapport à l’économie réelle. Au point que le Président-Directeur Général de Goldman Sachs n’arrive même plus à faire la différence entre la partie purement prédatrice de la finance et la partie qui sert à quelque chose pour l’économie.

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L’actualité de la crise : DERNIERES BETISES A NE PAS DIRE, par François Leclerc

Billet invité

Jean-Claude Trichet s’est dernièrement fait remarquer en déclarant qu’augmenter les salaires en Europe « était la dernière bêtise à ne pas faire ». Il se joint ainsi à ceux qui depuis quelque temps osent dire tout haut ce que d’autres pensent tout bas, pensant le moment venu pour relever la tête et reprendre la main pour réaffirmer leur vision du monde et de leurs intérêts.

Ainsi, Laurence Parisot, la présidente du Medef, n’a pas hésité à qualifier de « vue de l’esprit » l’idée du partage des profits en trois tiers entre les actionnaires, les salariés et l’entreprise elle-même (pour investir). Une idée sans suite de Nicolas Sarkozy, parmi d’autres.

« Il y a des moments où il faut distribuer un tiers, d’autres deux tiers, des moments, il ne faut pas distribuer du tout, chaque année ce sont des circonstances ou des enjeux différents », vient-elle d’expliquer, forte de son expérience de chef d’entreprise. Sans préciser qui pourrait bénéficier des deux tiers des bénéfices dans l’exemple donné !

Rendons-lui cependant cette justice qu’elle n’est pas d’accord avec Jean-Claude Trichet, car « il y a eu ces dernières années un ralentissement de la politique salariale », reconnaît-elle. Sa conclusion est donc imparable : « Ce qui pénalise le salaire net, ce sont les cotisations sociales ».

Jean-Pascal Tricoire, président du directoire du groupe Schneider Electric, vient de tenter sa chance dans ce nouveau concours. « Notre taxation du travail est une offense au bon sens. Il va falloir la réformer pour rester compétitif ». Il poursuit non sans logique, mais sur un air très connu : « Nous avons un énorme défi d’adaptabilité et de flexibilité à relever ». Qui peut dire le contraire ? Pour en tirer la conclusion qui s’impose : « Nous vivons dans un univers de relations de travail extrêmement rigide, totalement inadapté au temps économique », évoquant un nouveau concept de la science économique, « le risque recrutement ».

Les paroles de patrons valent de l’or. Le « temps économique » est désormais l’étalon mesurant notre existence. Mais quelle est donc sa définition ?

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L’actualité de la crise : DONNANT-DONNANT, par François Leclerc

Billet invité.

Les dirigeants européens font de la politique, et quelle politique ! Les voilà embarqués dans la négociation entre quatre yeux d’un paquet de mesures destinées à gérer la crise, où chacun glisse son grain de sel et cherche à protéger ses intérêts. Un exercice délicat qui pourrait fort bien ne pas être terminé à temps pour leur prochain sommet du 4 février, continuant d’alimenter toutes les incertitudes. Prochain arrêt : les 24 et 25 mars prochains.

Concentrée sur ses échéances de l’année à venir, la coalition gouvernementale allemande CDU-FPD voudrait trouver les meilleurs arguments électoraux pour justifier de prochains sauvetages européens – c’est en tout cas ainsi qu’elle voit les choses. Avec comme stratégie d’échanger sa participation financière à un dispositif d’aide renforcé contre de nouvelles assurance de réduction des déficits publics.

Dans l’obligation de ne pas décrocher des Allemands, les Français tentent de tempérer leurs ardeurs renforcées, avec en vue leur propre élection présidentielle et la crainte de devoir trop vite obtempérer à leurs injonctions. Tout en s’efforçant d’avancer leur projet d’harmonisation progressive (de convergence), fiscale puis sociale. Afin d’entraîner les Allemands vers la définition d’une politique économique commune et de les écarter de leur intransigeante rigueur budgétaire. Ministre des affaires européennes, Laurent Wauquiez vient de suggèrer ainsi le lancement de « project bonds » (des obligations européennes destinés à financer des grands projets d’infrastructure).

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BFM Radio, lundi 30 août 2010 à 10h46 – Les banquiers centraux : « Il n’y a jamais eu, et il n’y aura jamais de raisons de s’inquiéter »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Les banquiers centraux : « Il n’y a jamais eu, et il n’y aura jamais de raisons de s’inquiéter »

La réunion annuelle des banquiers centraux à Jackson Hole dans le Wyoming a eu lieu le weekend dernier. J’en ai personnellement retenu deux choses : la discussion générale sur les bulles financières et le discours de Jean-Claude Trichet, le patron de la Banque Centrale Européenne.

Les bulles financières

La discussion sur les bulles financières a été l’occasion d’une belle cacophonie : aucun consensus sur le fait qu’il faudrait intervenir à titre préventif : avant qu’elles ne se créent, ou bien pendant : au moment où on constate leur existence, voire encore même après : la politique actuelle en la matière.

Randall Kroszner, un ancien gouverneur de la Fed, a rappelé le rôle crucial joué par l’immobilier résidentiel dans la naissance des bulles, qu’il s’agisse aussi bien de la Chine aujourd’hui, que des États-Unis il y a trois ans. Fait peut-être encore plus inquiétant : avec un beau cynisme, les États comptent généralement sur les bulles immobilières pour faire sortir les nations des récessions qui les affectent.

Les êtres humains aiment les maisons, et se concurrencent entre eux pour les acquérir. Les « marchés » n’observent pas cela d’un œil neutre. Résultat : un marché constamment en proie à la spéculation, et des logements hors de prix. Je pose la question suivante : les gouvernements ne devraient-ils pas penser à isoler l’immobilier résidentiel de la spéculation ? Le logement ne devrait-il pas être envisagé comme « une chose nécessaire », et les politiques d’accès à la propriété calquées plutôt sur celle, disons, de la santé ? Ou bien a-t-on encore trop besoin des bulles immobilières pour sortir des récessions ?

Le discours de Jean-Claude Trichet

Passons maintenant au discours de Jean-Claude Trichet qui s’intitulait : « Le rôle des banques centrales dans des temps incertains : conviction et responsabilité. « Conviction », comme vous allez le voir, pour « ce que je pense vraiment », et « responsabilité » pour « ce que je suis malheureusement obligé de faire ».

Notons le, la tâche de Mr. Trichet est une tâche périlleuse : que dire en effet quand le seul discours que l’on puisse tenir serait une autocritique mais qu’il vous est interdit par définition de la prononcer puisque cela affecterait – en mal – la confiance des marchés ? D’où, la suavité des propos qui sont alors tenus. Ce qui situe cependant avec exactitude le problème, c’est l’usage neuf fois du mot « crédible » dans le discours et quatre fois du mot « crédibilité », sans compter même sa présence dans une expression que Mr. Trichet affectionne de « credible alertness ». Le symptôme qui trahit une absence embarrassante.

Très remarquable aussi donc, le recours à la distinction faite autrefois par le sociologue Max Weber entre une « éthique de la conviction », fondée sur les principes (c’est-à-dire sur la théorie) et une « éthique de la responsabilité », l’accent étant mis ici sur les conséquences (le retour de bâton de la réalité). Les concepts de Weber ont été mobilisés pour justifier la navigation à vue quand il s’avère que la théorie est fausse, et le fait d’appliquer des mesures que la théorie rejette, comme les mesures non-standard, autrement dit, le recours à la « planche à billets » dans l’assouplissement quantitatif : l’achat de la dette des États par les banques centrales, autrement dit encore, la création par elles d’argent, non pas parce qu’on a constaté une création de richesse dans l’économie, mais tout au contraire parce que la richesse manque à l’appel là où elle est nécessaire. Une « recette pour un désastre », comme disent alors les anglo-saxons.

Les concepts wébériens se trouvaient donc là à point nommé pour justifier a posteriori le refus initial par Trichet au printemps dernier, durant la crise de l’euro, de l’assouplissement quantitatif : quand il campait fermement sur ses principes, suivi ensuite de son rapide revirement : quand la réalité lui imposa la politique inverse. Un passage en douce de l’« éthique de la conviction » à l’« éthique de la responsabilité », en raison, pour reprendre ses termes, du « fonctionnement anormal de certains marchés », d’une « période de tensions aigües sur les marchés financiers ».

2008 : la confiance des financiers est ébranlée, celle des économistes ne l’est pas moins. 2010 : retour en force du ronron. À Jackson Hole, les banquiers centraux nous ont expliqué qu’il n’y a jamais eu, et qu’il n’y aura jamais de craintes à avoir. Poussons donc le ouf de soulagement qui nous est si gentiment demandé.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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