L’actualité de la crise : CAPITALISME A LA DÉRIVE, par François Leclerc

Billet invité.

Soumis à une pression maximale, les députés grecs ont adopté les nouvelles mesures destinées à débloquer les fonds européens et du FMI, évitant le défaut immédiat du pays et l’apocalypse promise. La place Syndagma (de la Constitution, en Grec) n’est plus qu’un nuage épais de gaz lacrymogène destiné à la vider de toute vie, symbolisant ainsi ce qui reste de la démocratie parlementaire grecque et du pouvoir d’un gouvernement placé sous étroite tutelle. L’intégration européenne vient de réaliser un glorieux pas en avant !

De partout, et surtout de soulagement, il est crié victoire, en omettant le coût dévastateur prévisible du nouveau plan et son échec annoncé. Le voter est une chose, l’appliquer en sera une autre. Personne ne peut croire que cet épisode, ainsi que le montage rocambolesque du suivant qui se prépare, va faire d’un pays devenu insolvable un débiteur de rêve, et pourtant !

La partie n’est d’ailleurs pas terminée et se poursuit hors des hémicycles et de la rue, dans des enceintes plus feutrées. La participation volontairement obligatoire (ou bien obligatoirement volontaire) des banques, des compagnies d’assurance et des fonds d’investissement continue de faire l’objet de très âpres négociations. Soucieux au plus haut point des intérêts de leurs banques, les Français ont tiré les premiers, les Allemands les suivant à reculons et avec toute la mauvaise volonté du monde, proposant un montage tarabiscoté ayant pour objectif d’exonérer de tout risque les établissement financiers et de reporter celui-ci sur les Etats. Cachant derrière sa complexité apparente sa vérité nue.

Tout sauf une restructuration de la dette et rien en faveur d’une relance économique sont les deux credo du plan poursuivi. La dette publique doit être réduite au plus vite pour que la dette privée puisse être refinancée puis amortie dans la durée. Tout le reste n’est qu’habillage.

Les banques jouent de leur côté au plus fin et serré, poussant des cris de vierge effarouchée à l’idée de devoir assumer leur risque de prêteur, le coeur de leur métier pour lequel elles sont rémunérées. La palme revenant à Josef Ackerman, Pdg de la Deutsche Bank, mettant en garde contre toute participation des banques au sauvetage financier de la Grèce, qui pourrait avoir comme conséquence que celles-ci soient accusées « d’abus de confiance » pour disposer à leur guise de leurs fonds…

Tel Ponce Pilate, la BCE affecte de s’en laver les mains, refusant de participer à ce simulacre au nom de ses intérêts bien compris, mettant une fois de plus en en garde les gouvernements contre tout ce qui pourrait être jugé comme une intolérable pression sur les banques, qui appellerait une sanction immédiate des marchés. Indépendante, la BCE a sans excessive surprise choisi son camp !

Afin de justifier leur politique, les institutions internationales cherchent le rempart dérisoire des mots. Jean-Claude Trichet préfère ainsi substituer correction à celui d’austérité, car il s’agit selon lui de revenir sur des « évolutions passées déraisonnables ».

Juché sur un Olympe encore plus inatteignable, John Lipsky, directeur général par intérim du FMI, abandonne quant à lui les « programmes économiques » de Dominique Strauss Kahn pour revenir aux « programmes d’ajustement structurels » chers à son institution mais qui ont laissé dans la mémoire de ceux qui les ont subis de bien mauvais souvenirs.

Pas un analyste financier ne serait près à parier deux sous sur la viabilité du replâtrage en cours, mais les autorités européennes continuent avec une détermination sans faille d’appliquer leur stratégie de faillite.

L’inquiétude née de l’apparition des indignés dissipée devant leur essoufflement momentané et sans voir plus loin que le bout de leur nez, les gouvernements européens n’ont comme seule visée que de régler les faux frais de la crise sur fonds publics, sans saisir que ceux-ci n’y suffiront pas et que la mise en œuvre de leur politique récessive la condamne sans appel.

Aveuglés par leurs certitudes et la satisfaction de leurs intérêts à court terme, les idéologues néo-libéraux mettent en application, à quelques nuances près suivant les pays, un même programme fait de réduction du périmètre et des ressources fiscales de l’Etat, assorti de prometteuses privatisations. Se demandent-ils seulement comment – la machine à financer la dette n’ayant plus les mêmes rendements – ils vont pouvoir conjuguer l’accroissement des inégalités sociales et du partage de la richesse avec le maintien du moteur de la consommation de masse nécessaire à la croissance ?

Les héritiers de la social-démocratie voudraient bien trouver le chemin des réformes du système permettant d’assurer la poursuite du Welfare State, le maintien de la protection sociale et la remise en marche de l’ascenseur du même nom qui l’accompagne. Mais la marche ne risque-t-elle pas de faire défaut sous leurs pieds, s’ils se révèlent comme probable incapables d’abandonner leur domaine d’élection, les réformes du système dont ils n’ont plus les moyens, sans admettre la nécessité de mises en cause devenues inévitables et elles seules réalistes par les temps qui courent ?

Les relèves des professionnels de la politique sont fatiguées, qu’elles soient social-démocrates ou néo-libérales, la frontière entre elles-deux devenue si indécise et floue.

« La France ne peut pas vivre au-dessus de ses moyens » vient de déclarer Nicolas Sarkozy dans un discours digne d’un sous-préfet. Tout en relevant, pour justifier les coupes budgétaires qui se préparent activement pour le lendemain des élections, que 45 milliards d’euros doivent être consacrés annuellement aux intérêts de la dette publique. Pouvait-on mieux, quoi qu’involontairement, poser le problème ?

Partager :

79 réflexions sur « L’actualité de la crise : CAPITALISME A LA DÉRIVE, par François Leclerc »

  1. Les ministres des Finances de la zone euro devraient décider samedi, un jour plus tôt que prévu, de débloquer l’argent frais dont la Grèce a besoin pour éviter une faillite imminente, selon des sources concordantes vendredi.

    Une réunion extraordinaire à cet effet était initialement prévue dimanche à Bruxelles. Mais elle va être remplacée par une conférence téléphonique samedi, ont indiqué plusieurs sources diplomatiques et la Commission européenne.

    Il y a effectivement ce plan, a notamment confirmé un porte-parole de la Commission, Olivier Bailly. Nous avons eu le même écho sur une vidéo-conférence samedi.

    Les ministres des Finances de la zone euro doivent décider de débloquer la prochaine tranche des 110 milliards d’euros sur trois ans promis dans le cadre du premier plan grec, il y a un an.

    La condition qu’ils avaient posées, à savoir l’adoption d’un nouveau programme d’austérité en Grèce, a en effet été remplie.

    Le Parlement grec a voté mercredi et jeudi, par une courte majorité, ce programme prévoyant 28,4 milliards d’euros d’économies supplémentaires d’ici 2015 et une rafale de privatisations censées rapporter 50 milliards.

    Les présidents de l’UE, Herman Van Rompuy, et de la Commission européenne, José Manuel Barroso, avaient estimé après le vote de jeudi que les conditions sont maintenant en place pour une décision sur le versement de la prochaine tranche d’assistance financière pour la Grèce, et pour des progrès rapides sur le deuxième plan de sauvetage.

    Au-delà de la prochaine tranche d’aide, qui doit permettre à la Grèce de pouvoir faire face à ses obligations de remboursement de dette en juillet, Athènes a aussi demandé officiellement la semaine dernière un deuxième plan de sauvetage, qui devrait également représenter au moins une centaine de milliards d’euros.

    http://www.romandie.com/news/n/_Grece_la_zone_euro_devrait_decider_de_debloquer_de_l_argent_frais_samedi010720111207.asp

  2. Bonjour,
    J’ai cherché un peu partout sur les sites et envoyé des requêtes pour connaître le budget de la Grèce (2010) : dépenses et recettes .
    Il semble que cette information est indisponible , on nous donne bien à satiété le montant de la dette de l’Etat et celui du P.I.B. mais la charge annuelle des intérêts à payer par l’Etat ne prend tout son sens que si on connaît les recettes et bien sûr les dépenses .
    Quelqu’un pourrat-il m’éclairer ? Merçi .

  3. Ne faut-il pas un gouvernement en commun des banques ? Non pas une propriété collective des banques, mais la transformation obligatoire de toutes les banques en mutuelles sans but de profit, avec intéressement des usagers aux résultats ?

  4. Le lien ne fonctionne pas! pour retrouver les nombreuses pages traitant du sujet, aller sur google et taper: l’argent de la drogue a sauvé les banques
    instructif!
    quand on pense que nos édiles voulaient « moraliser et refonder le capitalisme », voilà où nous en sommes…..

  5. Contrairement au Titanic, Les brèches et les fuites sont plus ou moins bien colmatées et les grilles des accès de sortie du pond inférieur ont bien résisté aux passagers les moins favorisés. Ou bien je dirais plutôt que ceux-ci semblent finalement moins motivés au son des énormes moteurs pétaradants remis en route. C’est curieux de voir à quel point cette douce mélodie des turbines vous fait oublier votre cabine pas si inconfortable. C’est mieux qu’un canot de secours perdu en pleine mer malgré la satisfaction consciente ou inconsciente de voir le navire couler, à n’en pas douter.

  6. Nous sommes quasiment arrivé au bout du chemin initié par Nixon au début des années 70 dont à profiter une génération de 60tard où solidarité est synonyme du transfert systématique des revenus des jeunes pauvres vers les vieux riches. Dès la parité dollar / or disparu, les dettes se sont accumulées et maintenant nous croulons sous les dettes contractées en 40 ans de politique de copinage et électoraliste.

    Immobilier hors de prix, pénurie des logements organisée, fuite de l’impôt grâce à ces niches fiscales, retraite grassement payée sans avoir cotisé, assurance vie basée sur l’endettement des Etats, chômage de masse chez les jeunes, et j’en passe, tout a été conçu pour laminer une classe d’age, qui pourtant est l’avenir du pays. La où les jeunes pouvaient épargner, on leur colle des dettes sur 30 ans, des loyers démesurés, des impôts sur le revenu inégalés, et une dette publique qu’il faudra bien rembourser. Le tout sans travail.
    Les riches ne sont pas ceux que l’on croit, à savoir les patrons du CAC, mais bien nos ainés qui ont su grâce à leur solidarité à sens unique, exploiter leurs propres enfants.

    A l’heure où les MP vont devenir rares et chères, à l’heure où l’on parle de faillite des Etats, où les socdem sont prêtes à imploser, on rajoute de la dette à la dette, histoire que le feu d’artifice final soit vraiment l’apothéose de la fin d’un cycle.

    L’hiver K qui approche va être rude, très rude. et les papy boomers, acteurs passifs mais intéressés de ce « après nous le déluge » vont aussi le subir de plein fouet. Propriétaires, certes, mais d’un champ de ruine …

    Oui, ce capitalisme est à la dérive. La rente a gagné sur le mérite et le travail. Il nous restera que nos yeux pour pleurer quand le FMI de Lagarde s’acharnera à dépouiller le peu qu’il reste à la France pour payer les 1700 milliards d’euros de dettes publiques et ses 50 milliards d’intérêt par an.

Les commentaires sont fermés.