Archives par mot-clé : Le prix

LA RÉVOLUTION DE LA PROPORTION DIAGONALE, par Philippe Herlin

Billet invité

C’est une innovation ?
Non, monsieur l’économiste, c’est une révolution.

Le Prix de Paul Jorion n’a pas eu l’audience qu’il mérite, il est quasiment passé inaperçu alors qu’il bouleverse en profondeur la science économique, d’où cette parodie de la formule du duc de La Rochefoucauld mise en exergue (« C’est une révolte ? Non sire… »). Dans Repenser l’économie, j’ai consacré deux chapitres (11 et 12) à cette nouvelle approche, revenons-y.

La loi de l’offre et de la demande est considérée comme une évidence par les économistes, un point d’accord entre les différentes écoles. Pourtant, quand on creuse un peu, on se dit que c’est un peu trop simple pour être vrai ces belles courbes continues qui se croisent et déterminent les quantités et les prix échangés. Comment expliquer alors les brusques sauts de prix, très courant sur les marchés ? Mais on n’avait rien d’autre sous la main.

Sautant par dessus toute l’économie politique moderne, Paul Jorion, sur le conseil de Karl Polanyi, exhume la « théorie de la proportion diagonale » qu’Aristote développe dans Ethique à Nicomaque (livre 5, chapitre 5). Il en explique dans le détail le fonctionnement, puis il montre qu’elle s’applique parfaitement à notre économie et à nos marchés financiers.

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L’ÉCONOMIQUE COMME L’INTERACTION HUMAINE DANS LA PERSPECTIVE DU PRIX

Ce que je vais faire ici est un peu inhabituel : je vais vous proposer comme billet, trois pages d’un de mes livres. La raison est la suivante : dans « Les questions qui restent à résoudre » que je termine en ce moment de rédiger, je reviens entre autres, et dans une perspective plus globale, sur des questions que j’ai déjà évoquées dans mon livre « Le prix » (2010 : 295-297). La question que je vous pose, c’est celle-ci : à la lumière du débat que nous avons eu il y a quelques semaines autour de mon feuilleton des « questions à résoudre », faut-il modifier les conclusions que je proposais dans ce livre il y a deux ans ?

L’économique comme l’interaction humaine dans la perspective du prix

Une nouvelle théorie de l’économie est impliquée par la double hypothèse développée dans cet ouvrage, du « prix comme interaction humaine », et de « l’économie comme les choses dans la perspective du prix ». Il a été suggéré ici que l’équation abondance ou rareté des personnes contribuant à définir le risque de crédit qu’elles constituent pour les autres, à quoi s’ajoutent la dangerosité des activités exercées et l’irrégularité de celles-ci, le risque global des personnes déterminant leur statut, le statut relatif de différents sous-groupes définissant le prix, procure le cadre d’une nouvelle théorie de la société où le prix des personnes détermine le prix des choses.

Une ligne qui se dégage, et qui s’inscrit logiquement dans l’évolution récente de l’anthropologie économique, est la nécessité d’envisager l’économie non pas comme un domaine autonome mais comme un élément serti (embedded) dans le contexte sociopolitique. C’est là une réalité à laquelle m’a confronté la décision de prendre au sérieux les conceptions qu’entretiennent les acteurs qui me fournirent mes données initiales relatives aux marchés de producteurs. En accordant foi aux représentations des pêcheurs artisans européens et africains eux-mêmes sur la formation des prix, j’ai refusé de suivre la « ligne de moindre résistance » qui s’offrait tout naturellement à moi : qu’en cas de désaccord entre le pêcheur et l’économiste, ce dernier avait nécessairement raison et le premier nécessairement tort.

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DOLLAR ET EURO, LA DICTATURE DE L’ABSURDE AURA UNE FIN, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité. Une importante synthèse qui nous conduit du « théorème de l’intérêt » de Bernard Schmitt au bancor, en passant par l’euro et la Chine.

Bernard Schmitt (BS) économiste du Research Laboratory of Monetary Economics (RME Lab), en Suisse a publié en juin 2009 un « théorème de l’intérêt » (on pourra lire ici l’étude complète) qu’il a discuté avec la Banque Mondiale et le FMI. Ce théorème pose l’anomalie systémique de la double charge d’intérêt que subissent les économies nationales étrangères aux monnaies de réserve internationales.

Les règlements financiers du commerce international effectués pour l’essentiel en dollar et euro rapportent aux États-Unis et à l’Europe les frais de gestion de la masse monétaire mondiale. En plus du prix de la liquidité internationale, les pays émergents doivent subir le prix de la dévaluation du dollar et de l’euro facturés sur des excédents commerciaux automatiquement financés par un crédit international qu’ils ne contrôlent pas.

Distinguer l’intérêt du crédit et l’intérêt d’investissement

Le théorème de Schmitt dit autrement ce que Paul Jorion (PJ) exprime dans « L’argent mode d’emploi » (2009) et dans « Le prix » (2010). En l’occurrence qu’une reconnaissance de dette en paiement d’un bien réel concret ne peut pas être un système équilibré d’échange si celui qui reconnaît sa dette doit s’acquitter d’un intérêt de liquidité unilatérale. Un intérêt majoré par le fait-même que le vendeur emprunte la monnaie en accord avec sa contrepartie pour s’émanciper des contraintes du troc par un règlement en monnaie de crédit.

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CHANGEMENT DE PARADIGME : NOUS SOMMES TOUS DES LEONARDO DI CAPRIO, par El JEm

Billet invité. Attention, les lecteurs qui n’auraient pas vu le film « Shutter island » et projettent de le faire sont invités à sauter le premier paragraphe qui dévoile une partie essentielle de l’intrigue.

Dans le film « Shutter island », tourné par Martin Scorsese et sorti en 2010, Leonardo DiCaprio incarne un inspecteur de police enquêtant sur la disparition d’un patient d’un hôpital psychiatrique. Au cours de son enquête, il est confronté à différents éléments qui rendent cette disparition étrange et laissent penser au spectateur que l’inspecteur a lui-même quelques problèmes psychologiques. Finalement, confronté directement à des faits de plus en plus en contradictions avec sa conception de la situation, sa vérité s’effondre et il est forcé, au prix d’une intense souffrance, de reconnaître qu’il n’est pas inspecteur mais le fameux patient recherché. Nous pourrions bien être tous, à des degrés divers, des Leonardo DiCaprio, observant le monde au travers d’une paire de lunettes déformantes et nous efforçant de les conserver coûte que coûte sur le nez, pour ne pas avoir à nous remettre en cause.

En science, ces lunettes sont les lois censées décrire le monde et ses principes de fonctionnement. Celles-ci sont tenues pour vraies jusqu’à ce qu’elles soient démenties par la réalité : confrontés à des faits ne s’accordant pas aux résultats attendus, les scientifiques, au prix d’intenses souffrances, sont obligés de les abandonner et de les remplacer par d’autres jugées plus efficaces, c’est à dire plus en accord avec l’ensemble des fait connus.

Ces lois servent aussi à prévoir, à construire. Certaines lois physiques (ex. : calcul des forces et des équilibres, résistance des matériaux, diffusion de la chaleur, etc.) sont par exemple utilisées par les architectes pour calculer les paramètres nécessaires à la construction d’un édifice. Si les lois utilisées s’avèrent in fine être erronées, le résultat obtenu ne correspondra pas au résultat attendu. Le bâtiment présentera des faiblesses qui, selon leur importance, conduiront à son effondrement, par vieillissement prématuré ou suite à un accident auquel il n’aura pu résister, contrairement à ce que les calculs avaient prévu.

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LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 7 OCTOBRE 2011

Apple vs. IBM/Microsoft
Steve Jobs
Akhénaton – Julien le Philosophe – Robespierre
Époques charnières et changements de paradigme
Mes propres livres : prixmonnaiecapitalismevérité et réalité
sauver Dexia

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D’UN SYSTÈME À L’AUTRE, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité. Le lecteur notera qu’en dépit de références généreuses à mes ouvrages, Pierre Sarton du Jonchay propose ici une théorie de la monnaie qui les contredit en justifiant l’usage du concept de valeur qui – il me l’accorde – est inutile, voire trompeur, lorsque l’on parle du prix, mais serait nécessaire si l’on veut parler, en sus, de la monnaie. Je demeure sceptique, mais supporter enthousiaste du choc des idées. Voyons ce que vous en pensez.

Le non-système n’existe pas

Les États-Unis sont en défaut sur leur dette publique par le seul fait d’exprimer leurs désaccords sur le relèvement légal de la limite autorisée d’endettement fédéral. La dissolution en cours du noyau du système financier mondial est l’événement prémisse du changement de système qu’il nous est impossible de ne pas penser.

Le monde continue d’exister même si la principale monnaie de réserve des échanges internationaux est de valeur indéterminée pour tout emprunteur ou créancier en dollar. Si le Trésor des États-Unis fait défaut en tant que premier emprunteur de la planète en dollar, les non-Étasuniens débiteurs ou créanciers en dollar vont devoir se prononcer au moins entre eux sur le prix de leurs engagements.

Dans Comment la vérité et la réalité furent inventées, L’argent, mode d’emploi et Le prix, Paul Jorion fournit l’appareil logique et conceptuel qui permet de ré-élaborer le système qui va succéder à celui qui s’effondre dans ses contradictions. Le chemin d’élaboration d’une connaissance scientifique pertinente et possiblement juste et efficace est balisé. Observation du réel, hypothèse théorique, élaboration du modèle de théorie, expérimentation dans le réel, appréciation du résultat par rapport à la prévision théorique.

Un système est une théorie appliquée à un champ délimité du réel. Pour le nouveau système financier et monétaire qui va émerger, Paul Jorion a posé des observations et des hypothèses. Les éléments du nouveau modèle sont là mais ne sont pas rassemblés dans la théorie véritable de l’économie efficiente.

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OPTION FINANCIÈRE DU TRAVAIL ET DU SALAIRE : RESTAURER LA LIBERTÉ DU TRAVAIL, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité. Pierre Sarton du Jonchay propose ici une analyse de la relation salariale qui fait écho à celle du métayage proposée par Paul Jorion dans Le prix, ainsi qu’au débat qui s’est tenu ici-même sur la proposition de prime sur les dividendes.

Aiguillonné par le commentateur Fab qui rejette le salariat, je suis amené à redéfinir le salaire comme nominal d’une option séparant la valeur du travail en un revenu stable sur la durée limitée du contrat de travail et un revenu instable qui est la plus-value. Le salaire sous-jacent à l’option d’emploi du travail permet de définir la plus-value comme conséquence du travail producteur de valeur. Au lieu de nier la recherche de certitude de revenu futur dans le salaire, il devient possible de satisfaire ce besoin par la rémunération salariale du travail sans fermer la discussion sur le partage d’une plus-value qui doit rémunérer tous ses auteurs : le travailleur, l’entrepreneur et le fournisseur de la liquidité monétaire du capital. L’option d’emploi du travail définit les statuts nécessaires à la régularité des revenus du travail sans figer les citoyens dans un statut ou dans un état économique. Le travail redevient la cause du capital qui garantit le crédit qui matérialise le salaire en monnaie. Dans un marché transparent d’option régulé par l’État de droit démocratique, le capital est obligé de rémunérer le travail à sa vraie valeur pour se transformer en plus-value qui rémunère le propriétaire de la liquidité du capital. Dans ce schéma, le travailleur est propriétaire de la matérialité du capital (impossibilité de produire du capital sans travailler) ; l’entrepreneur est propriétaire de la formalité du capital (équilibre anticipé du capital nécessaire pour garantir les salaires) ; et le capitaliste est le propriétaire de la liquidité finale du capital (calcul de la valeur conforme au droit du travailleur consommateur de la production de valeur).

Le contrat de travail souffre de la même déformation cognitive que le contrat financier : confusion entre l’objet et le sujet, entre la réalité matérielle, sa conceptualisation et la finalité des sujets. La confusion se concrétise dans la monnaie qui dans une matérialité unique paraît absorber toutes les dimensions du travail et de la finance. La déformation cognitive s’exprime dans l’incapacité où la monnaie nous a amenés de différencier la finalité de la matérialité : une fois attribué un prix en monnaie à quelque chose, nous tendons à croire que ce quelque chose contient les finalités que nous poursuivons. Nous enfermons nos finalités sans limite dans la matérialité monétaire qui peut tout recouvrir. Comme l’argent ne fait pas le bonheur, il est tout simplement devenu le bonheur.

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LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 22 AVRIL 2011

En France, la prime de 1 000 € pour les salariés des entreprises dont les dividendes sont en hausse.

Le prix (2010) : pp. 97-163 ; 229-236

Le capitalisme à l’agonie (2011) : pp. 30-34

Réponse à un commentateur : « La mesure doit faire partie d’un paquet de mesures allant dans le même sens, et empêchant les échappatoires : cela doit s’accompagner de l’interdiction des stock options et du rachat par une entreprise de ses propres actions ».

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LA PHRASE QU’ERIC LE BOUCHER NE COMPREND PAS

Voici la phrase qu’Eric Le Boucher ne comprend pas : « … je radicalise la pensée de Marx – en particulier pour avoir repris la théorie du prix d’Aristote, dont le fondement est plus politique que la sienne (Le prix : 2010 : 69-94) ». Le capitalisme à l’agonie (Fayard 2011 : 232).

J’écrivais dans mon livre précédent : « … la formation des prix est déterminée par l’ordre politique bien davantage que par des contraintes d’ordre économique, le retour à Aristote constitue, en réalité, une radicalisation de l’approche de Marx ». Le prix (Le Croquant 2010 : 11).

Marx essaie d’expliquer la formation des prix à partir d’une théorie de la valeur, valeur d’usage ou valeur d’échange, celles-ci ayant un fondement purement économique, « économique » au sens où l’économie est la « gestion du rapport existant entre les hommes et les choses ». Aristote expliquait lui la formation des prix en termes de rapports de force entre les conditions sociales, ceux-ci ayant un fondement purement politique, « politique » au sens où la politique est la « gestion du rapport que les hommes ont entre eux ».

Quel est le paradoxe ? Que Marx qui écrit dans Le manifeste que « L’histoire de toute société jusqu’à nos jours, c’est l’histoire de la lutte des classes », explique le mécanisme de la formation des prix en l’excluant de ce cadre universel de la lutte des classes.

Une remarque similaire avait déjà été faite par Castoriadis dans un autre contexte : Marx exclut par ailleurs également le rapport salarié de la lutte des classes :

« L’élimination de la lutte des classes est absolument flagrante. Marx pose que la force de travail est une marchandise et la traite comme telle dans la théorie (à partir de l’idée qu’elle est telle dans la réalité du capitalisme) ».  Cornelius Castoriadis, Pourquoi je ne suis plus marxiste (1974) in Une société à la dérive, Seuil.

Je ne connaissais pas ce passage de Castoriadis quand j’ai écrit de mon côté dans Le capitalisme à l’agonie :

« … Marx (…) considère que le salaire des salariés constitue un élément du même ordre que les avances en argent ou en matières premières en provenance du « capitaliste », il en fait, selon ses propres termes, une partie des « frais de production ». (…) Marx adopte donc étonnamment le même point de vue que la fiche de paie contemporaine, qui mentionne le salaire sous la rubrique « coût total pour l’entreprise ». » Le capitalisme à l’agonie (Fayard 2011 : 234).

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LE PRIX, par David Cayla

Billet invité

J’ai lu avec beaucoup d’attention l’ouvrage de Paul Jorion Le prix, et il m’est alors venu une première question : et si les « marchés », et tout particulièrement les marchés à terme où se négocient les prix des matières premières n’avaient été créés, contrairement à ce qui peut se dire, non pas pour protéger les producteurs des « fluctuations », mais bien plutôt pour supprimer les prix ? Supprimer le prix de l’or, de l’argent, du cuivre, du fer, du blé, du maïs, etc.

Et pourquoi supprimer les prix ? Pour briser les reins de l’URSS (à l’époque), sans doute, mais aussi et surtout pour permettre aux Américains en particulier et aux Occidentaux en général de continuer à mener grand train.

Se posent alors d’autres questions : comment forcer les producteurs à accepter ce marché de dupes ? Les producteurs étaient-ils crédules ? Et comment fonctionnent les « marchés », au delà de ce principe, « supprimer les prix » ? Comment y sont-ils parvenus ?

Prenons l’exemple de l’or et de l’argent, qui sont des métaux précieux et pour lesquels il y a (ou il y avait !) historiquement des stocks colossaux en regard desquels la production annuelle est peu de chose. On peut manipuler les prix à la baisse, mais sur ces marchés, le principe – jusqu’à tout récemment en tout cas – était que les acheteurs peuvent choisir indifféremment de se faire livrer leur or ou de déboucler leurs positions. Aujourd’hui, « on » sait ce qu’il en est : les banques centrales occidentales ont vendu ou « prêté » leur or en toute discrétion pour alimenter le marché… Ce qui fera la fortune de tous ceux qui se sont portés acquéreurs de cet or ou de cet argent une fois qu’il sera devenu impossible de continuer à alimenter le marché.

Le raisonnement peut être aisément transposé au cuivre ou au blé : pour maintenir les prix à un niveau artificiellement bas, il fallait être en mesure d’alimenter le marché en abondance. Et pour ce faire, rien de tel que de placer les producteurs dans une situation de surendettement chronique, que ce soient les agriculteurs pour le blé ou carrément des États tels que le Chili pour le cuivre. Car enfin, quel gouvernement sain d’esprit liquiderait ses ressources minières à un rythme aussi effréné quand il pourrait se contenter de produire moins, donc de sauvegarder ses ressources naturelles, mais en vendant à un prix plus élevé ?

De manière subsidiaire, on pourra ajouter que la tendance « naturelle » des marchés à sous-estimer les prix, telle qu’exposée dans l’ouvrage de Paul Jorion, n’a pas spécialement aidé les producteurs… Les contraignant à produire davantage pour s’assurer un minimum de recettes. Et donc à alimenter les marchés en abondance, permettant ainsi à la fois de satisfaire la demande et de maintenir les prix bas… La boucle ne serait-elle pas bouclée ?

Dernière remarque, un effet pervers particulièrement redoutable pour le monde occidental a été qu’en supprimant le prix des matières premières, le prix de la main d’œuvre est devenu LE facteur discriminant dans la « construction » du prix des produits finis. Dès lors, le mécanisme des délocalisations en masse était forcément inéluctable.

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« TOUS LES SPECULATEURS SERONT EGAUX DEVANT LA LOI… »

Après qu’on a écrit un livre, en l’occurrence Le prix (Jorion 2010), on continue de lire et c’est toujours avec un plaisir mêlé de regret que l’on découvre des confirmations de ce que l’on a écrit et qui auraient si bien illustré ce que l’on voulait dire… si seulement on avait eu la chance de les lire plus tôt.

L’exception de jeu en matière d’opérations de bourse, par Numa Salzédo, avocat à la Cour de Paris a été publié en 1880. Son petit livre plaide pour que l’exception de jeu ne soit pas applicable aux opérations financières. Il aura gain de cause en 1885. Son argument principal : l’égalité de tous les spéculateurs, petits et grands, devant la loi :

Les juges se prononcent suivant les circonstances, suivant leur impression. J’admets que cette impression soit le plus souvent exacte ; mais il n’en est pas moins vrai que rien ne ressemble plus au jeu que la spéculation, et que rien ne ressemble plus à la spéculation que le jeu. Les mêmes opérations sont caractérisées différemment, selon le Tribunal qui sera appelé à en connaître et aussi selon les parties en cause, leur position de fortune, etc.; de telle sorte que la même opération, qui sera considérée comme sérieuse et licite, si elle est faite par Paul, dont les ressources sont considérables, sera répudiée comme une indigne spéculation si elle est faite par Pierre, dont la situation est plus modeste. On peut s’étonner, au point de vue juridique, qu’une convention change ainsi de nature suivant la fortune des contractants, et, au point de vue moral, que ce qui est un jeu pour le pauvre soit pour le riche l’opération la plus licite.

pp. 23-24.

Que l’on rapprochera de A PROPOS DE « LE PRIX » : LIBERTE-EGALITE-FRATERNITE / GRATUITE, par Jean-Luce Morlie :

Reprenons Le Prix à la volée. […] La redécouverte est simple : les modernes ne tiennent pas compte de l’inégalité des statuts des groupes sociaux auxquels appartiennent les partenaires de l’échange établissant le prix, or ce sont précisément ces rapports statutaires qui règlent, de fait, la formation des prix à proportion de leur différence de positionnement dans l’échelle sociale. […] Pour nos sociétés modernes, le rapport de force entre groupes fluctue quelque peu certes, mais le fait est que le prix ne s’établit pas sur la rencontre de quantités d’offre et de demande de marchandise. Tout au contraire, l’ajustement du prix se fait à partir d’un calcul sous-jacent des risques de marchés liés aux positions sociales des parties, chacune évaluant la position sociale de l’autre.

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Le temps qu’il fait, le 29 octobre 2010

La psychanalyse
Principes des systèmes intelligents (Masson 1990)
Le mystère de la chambre chinoise

Le prix (Le Croquant 2010)
• Le mécanisme de la formation des prix
• Les interactions entre classes sociales et les interactions à l’intérieur d’une classe sociale
• Karl Marx

Les systèmes de retraites
• Répartition et capitalisation
• Comment il faudrait repenser la question

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