CHANGEMENT DE PARADIGME : NOUS SOMMES TOUS DES LEONARDO DI CAPRIO, par El JEm

Billet invité. Attention, les lecteurs qui n’auraient pas vu le film « Shutter island » et projettent de le faire sont invités à sauter le premier paragraphe qui dévoile une partie essentielle de l’intrigue.

Dans le film « Shutter island », tourné par Martin Scorsese et sorti en 2010, Leonardo DiCaprio incarne un inspecteur de police enquêtant sur la disparition d’un patient d’un hôpital psychiatrique. Au cours de son enquête, il est confronté à différents éléments qui rendent cette disparition étrange et laissent penser au spectateur que l’inspecteur a lui-même quelques problèmes psychologiques. Finalement, confronté directement à des faits de plus en plus en contradictions avec sa conception de la situation, sa vérité s’effondre et il est forcé, au prix d’une intense souffrance, de reconnaître qu’il n’est pas inspecteur mais le fameux patient recherché. Nous pourrions bien être tous, à des degrés divers, des Leonardo DiCaprio, observant le monde au travers d’une paire de lunettes déformantes et nous efforçant de les conserver coûte que coûte sur le nez, pour ne pas avoir à nous remettre en cause.

En science, ces lunettes sont les lois censées décrire le monde et ses principes de fonctionnement. Celles-ci sont tenues pour vraies jusqu’à ce qu’elles soient démenties par la réalité : confrontés à des faits ne s’accordant pas aux résultats attendus, les scientifiques, au prix d’intenses souffrances, sont obligés de les abandonner et de les remplacer par d’autres jugées plus efficaces, c’est à dire plus en accord avec l’ensemble des fait connus.

Ces lois servent aussi à prévoir, à construire. Certaines lois physiques (ex. : calcul des forces et des équilibres, résistance des matériaux, diffusion de la chaleur, etc.) sont par exemple utilisées par les architectes pour calculer les paramètres nécessaires à la construction d’un édifice. Si les lois utilisées s’avèrent in fine être erronées, le résultat obtenu ne correspondra pas au résultat attendu. Le bâtiment présentera des faiblesses qui, selon leur importance, conduiront à son effondrement, par vieillissement prématuré ou suite à un accident auquel il n’aura pu résister, contrairement à ce que les calculs avaient prévu.

Il en est de même pour la construction des sociétés. Dans ce cas, les lunettes sont les principes (économiques, politiques, religieux, scientifiques, etc.) qui ont conduit par exemple aux choix des institutions et de représentation des peuples, ou encore aux modes de production des biens et des services, aux moyens d’échange (monnaie, commerce) et de partage des résultats. Les sociétés étant diverses et évolutives, il ne faut pas forcément s’attendre à ce que ces principes soient universels et immuables mais simplement efficace pour la société qui les met en œuvre, au moment où elle les met en oeuvre.

La crise globale (financière, économique, sociale, politique, environnementale, énergétique, etc.) pose donc la question de l’efficacité des principes utilisés pour décrire le monde et construire nos sociétés. Car il est évident que le résultat obtenu ne correspond pas au résultat attendu. Cette manière de voir les choses peut être intégrée à l’anticipation politique. L’exercice consiste alors à identifier les lunettes posées actuellement sur le nez de nos architectes, et à évaluer leur efficacité, c’est à dire estimer les écarts entre résultats obtenu et résultats attendus (entre monde réel et monde conçu). Si cet écart est important, il est prévisible que l’édifice va s’effondrer, car les lois et principes utilisés pour le construire étaient erronés, et s’il est de plus perçu comme insupportable, les lois ne seront plus reconnues et une nouvelle manière de voir le monde, c’est à dire en fait de le concevoir, apparaîtra.

La loi de l’offre et de la demande / la marchandisation

La loi de l’offre et de la demande est une des paires de lunettes les plus utilisées par nos architectes. Selon cette loi, les interactions entre quantités offerte et demandée d’un bien donné aboutiraient, dans le cadre d’un marché concurrentiel, à la formation de son juste prix. Ainsi, la fameuse « main invisible » du marché, c’est à dire l’ensemble des forces engagées dans les transactions d’un marché donné, permettrait de décider de manière efficace quelles actions doivent être menées (production, investissement, achat, etc.). Or, cette équation offre/demande est erronée, en ce sens qu’elle ne permet pas d’expliquer la formation des prix dans un grand nombre de situations, simples ou complexes.

Les écarts entre résultats attendus (les prix selon la loi) et résultats obtenus (les prix observés) sont généralement expliqués par les imperfections du marché, comme par exemple des assymétries d’information ou de contraintes (ex. : taxes, lois, etc.) ou encore une concurrence insuffisante. Bizaremment, ce n’est pas la loi mais le monde qui est jugée inefficace. Et nos architectes-décideurs s’appliquent donc à faire évoluer ce dernier pour permettre à la loi de s’appliquer correctement. Ce qui a conduit, entre autres, au libre échange ou encore à l’objectif européen de « concurrence libre et non faussée » (l’efficacité de ce principe était tellement assuré, que les architectes ont même initialement voulu l’inscrire dans le marbre d’un traité européen, résolvant ainsi par la même occasion un autre problème : l’inefficacité de la démocratie et ses pertes de temps en débats interminables).

Cependant, les écarts entre résultats obtenus et résultats attendus restant toujours difficilement explicables, même en prenant en compte les imperfections, d’autres manières de voir les choses et de concevoir le monde émergent. Ces nouvelles lunettes continuent à prendre en compte les interactions des quantités offertes et demandées d’une marchandise donnée, mais aussi le nombre et la qualité des acteurs (offreurs et demandeurs) ainsi que les relations pouvant exister entre eux (cf. Paul Jorion, Le prix, Editions du Croquant, coll. « Dynamiques socio-économiques », 2010). C’est donc plutôt embétant, du fait que cette loi a servi à construire la majeure partie de nos sociétés dites modernes.

La marchandisation

La loi de l’offre et de la demande dans le cadre d’un marché concurrentiel ayant été jugée efficace par les architectes pour déterminer les prix justes et les actions à mener, ceux-ci ont confié la gestion du plus grand nombre possible d’activités humaines à la main invisible du marché. Ce processus de marchandisation est toujours à l’œuvre aujourd’hui et c’est même un des principaux moteurs de la dynamique économique mondiale et notamment européenne.

En dehors des réserves que l’on peut avoir sur l’efficacité de la loi sur l’offre et la demande, le marché est-il effectivement efficace quelle que soit l’activité humaine ? Là encore, après quelques dizaines d’années de mise en œuvre des écarts assez importants entre résultat conçu et observés apparaissent. Il s’avère en fait que les lunettes de la marchandisation induisent une triple myopie : le champs de vision de celui qui les porte devient très limité, dans l’espace et dans le temps et ne concerne de plus que la transaction. Ces lunettes limitent le champs de vision dans l’espace car, si elles montrent avec une très grande précision la communauté proche des acteurs participant directement aux transactions, elles rendent flous ou carrément invisibles tous ceux qui en sont éloignés (globalement : le reste du monde).

Ainsi, spéculer sur les cours du riz peut être une opération efficace pour les acteurs engagés sur ce marché et générer des gains importants pour eux. Ils auraient donc raison d’agir ainsi (et le fait qu’ils n’aient créé aucune valeur réelle justifiant ces gains est un autre problème). Toujours est-il qu’ils sont le marché et leurs transactions aboutissent à la formation du prix du riz considéré comme « juste ». Mais, ce prix n’est en fait juste que pour ces acteurs directs. Les autres, par exemple les populations de pays lointains souhaitant se nourrir, considèrent au contraire ce prix comme particulièrement injuste. Mais les lunettes ne permettent pas de les percevoir. De la même manière, ces lunettes limitent aussi le champs de vision dans le temps, car elle ne prennent en compte que les conséquences à court terme de la transaction, rendant floue ou invisibles celles à moyen ou long terme.

Ainsi, la commercialisation de l’amiante ou du mediator a surement été une action jugée efficace, même si les risques étaient connus, car leurs rentabilités n’ont été perçues par les acteurs que sur le court terme. Il en va de même pour la surexploitation des ressources naturelles (ex. : poissons, pétrole). Là encore, les conséquences, pourtant connues et directes, ne sont pas prises en compte dans les décisions. Par ailleurs, ces lunettes limitent encore le champ de vision aux seuls aspects directs de la transaction et ne permet pas de percevoir les domaines connexes. Par exemple, le fait que le prix du riz soit devenu insupportable par les populations souhaitant se nourrir peut engendrer des émeutes de la faim et donc des dégats et des coûts extrêmement élevés dans ces pays (qui heureusement sont lointains). Bien que le marché ait perçu ses gains lors des échanges, il n’est pas concerné par la gestion de ces problèmes qui devront être résolus et payés par d’autres.

Globalement, le marché permet aux acteurs participant directement aux transactions de se dissocier du reste de la société, de séparer avantages (les gains) et inconvénients (coûts directs et indirects, gestion des risques) d’un marché donné, afin de s’approprier préférentiellement les premiers et laisser les seconds aux autres, dans l’espace ou le temps. C’est pourquoi le choix du marché comme organe de prise de décision politique et sociale est une erreur fondamentale, un peu comme essayer de planter un clou avec un tournevis. Les écarts entre résultats attendus et obtenus sont donc particulièrement importants dans le cas de la marchandisation. Transformer toute activité humaine en marchandise conduit à la construction d’édifices particulièrement déséquilibrés, qui ne pourront que s’effondrer.

La concurrence / la compétition

La loi de l’offre et de la demande ne s’applique que dans le cadre d’un marché concurrentiel. Pour permettre aux interactions entre quantités de marchandises offertes et demandées de jouer à plein et aboutir aux justes prix, les architectes s’ingénient donc à créer de la concurrence. La compétition est par ailleurs considérée comme stimulante, y compris en dehors de toute activité économique (ex. : jeux, sport, etc.). Stimulation par la compétition et contrainte par la concurrence devraient donc aboutir à des performances particulièrement impressionnantes. Hélas, là encore, la comparaison entre résultats attendus et obtenus est très mitigée. Les écarts sont dans certains cas tellement importants, que même le marché les rejette, les considérant comme contreproductifs.

Ainsi, le développement d’innovation en entreprise, réalisée il y a peu encore dans des centres de recherche hermétiques et allant jusqu’à rejeter les inventions extérieures (syndrôme NIH : not invented here), a maintenant été entièrement inversé : la coopération serait maintenant la voie de sortie de l’impasse dans laquelle elle se trouve (cf. cet exemple). Les nouveaux concepts jugés efficaces sont maintenant « l’open innovation », « les écosystèmes » ou encore « l’entreprise étendue », c’est à dire un ensemble d’acteurs coopérant pour la réalisation de projets communs. A ce titre, la dénomination française de « pôle de compétitivité », plutôt que de « pôle de coopération », semble issue d’un monde en voie de disparition.

Contrairement aux prévisions des lunettes actuelles, créer une concurrence entre les acteurs n’est pas la voie la plus efficace pour progresser dans tous les domaines. Par souci d’efficacité, il est prévisible qu’un grand nombre de domaines soit retirés à moyen terme (25 ans ?) du monde marchand et de la concurrence et confié à une gestion publique, commune et coopérative.

Le capitalisme

In fine, ce qui apparaît au travers du constat de l’inefficacité de ces différentes lois et principes qui ont servi construire nos sociétés, c’est l’inefficacité du capitalisme, en tant que choix de mettre l’argent comme valeur centrale de la société, à la fois comme objectif, moyen et paramètre de décision (selon la « rentabilité » définie par le gain en argent d’une opération donnée). Face à un tel constat, on peut se demander comment ces lois, principes et choix ont pu être jugés efficaces et diffusés au niveau mondial.

En dehors des vertus que l’on a bien voulu leur attribuer, vertus défendues en premier lieu par ceux en qui en sont les bénéficiaires et qui se trouvent être, le hasard faisant bien les choses, ceux qui disposaient déjà des moyens (financiers et politiques) de convaincre les autres, les lois du marché, de la concurrence etc. ont un avantage particulièrement attractif pour les décideurs : celui de ne pas avoir à assumer les décisions pénibles. Ainsi, des décisions personnelles qui seraient normalement considérées comme immorales et injustifiables, comme par exemple affamer des populations entières et créer des émeutes de la faim, deviennent impersonnelles et autorisées, un peu comme s’il s’agissait non pas du résultat d’un choix effectué par un groupe mais des conséquences d’une loi physique similaire à l’attraction universelle. Et face à une catastrophe naturelle, les victimes se trouvent simplement au mauvais endroit, au mauvais moment.

Un tel constat devrait conduire les architectes à abandonner leur lunettes pour en chausser d’autres, que l’on espérera plus efficaces. Mais il est hélas bien plus difficile de changer d’idéologie que de lunettes. En effet, d’une part les représentants de cette idéologie sont à tous les pouvoirs et refuseront bien sûr de les abandonner. Il ne s’agit pas simplement pour eux d’éviter la souffrance du changement de paradigme, mais aussi et surtout, d’éviter celle qu’engendrait la perte de leur position dominante en cas de changement d’édifice. Les appartements qu’ils occuperont dans le futur immeuble ne seront en effet probablement pas aussi confortables ni aussi bien situés que ceux qu’ils possèdent actuellement.

D’autre part, une idéologie ne peut s’effondrer que si elle est remplacée par une autre, jugée plus efficace. Le capitalisme ne pouvant plus aujourd’hui convaincre de son efficacité, son maintien passera par la lutte contre les adversaires potentiels. La bataille de l’efficacité étant perdue, l’enjeu est donc d’empêcher une offre concurrente. D’ailleurs, c’est simple : « There is no alternative ». Cette situation peut être très dangereuse, car face au vide, des idéologies qui n’auraient eu que peu d’écho normalement peuvent apparaître comme des solutions possibles. La montée des extrêmes droites en Europe en est un exemple.

Et c’est en cela que la crise actuelle n’est pas une crise comme les autres : elle ne s’en distingue pas tant par son ampleur que par sa nature. Cette fois, il semble bien que l’écart entre résultats attendus et obtenus, entre monde conçu et réel, a été perçu comme insupportable et même dangereux par une fraction importante de la population. Or, « les révolutions politiques commencent par le sentiment croissant, parfois restreint à une fraction de la communauté politique, que les institutions existantes ont cessé de répondre de manière adéquate aux problèmes posés par un environnement qu’elles ont contribué à créer ». (Thomas Kuhn, « La struture des révolutions scientifiques », chap. VIII)

De très nombreuses autres paires de lunettes, comme par exemple l’Europe ou encore les institutions démocratiques, pourraient être aussi questionnées de la même manière. Pour chaque sujet, la question reste la même : l’écarts entre monde réel et monde conçu, entre résultats attendu et obtenu est-il important, supportable ? Saurons-nous reconnaître nos erreurs, surmonter les souffrances du changement et concevoir un nouveau monde ou resterons-nous des myopes chaussant de mauvaises paires de lunettes ?

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154 réflexions sur « CHANGEMENT DE PARADIGME : NOUS SOMMES TOUS DES LEONARDO DI CAPRIO, par El JEm »

  1. Léonardo Di Caprio était aussi le héros du « Titanic » ! Ce ne sont pas des gens raisonnables qui nous sauveront ! Car ceux-là sont devenus des fous pathologiques et nous ont contaminés (propagande, poubelles, peurs, impôts, scandales, violence d’Etat, …. !)

    Ce sont des enfants, des hommes, des femmes ordinaires qui auront interconnectés grâce à la Folie divine leurs deux hémisphères droit et gauche. Inis dans une même fraternité à l’intérieur de leur corps et de leur coeur ! C’est ainsi que des embarcations disponibles depuis la Nuit des Temps viendront les accueillir pour un autre voyage ! Le vôtre se termine Messieurs dans le Titanic, buvez votre dernier whisky !

  2. @El JEm
    Votre article est le parallèle exact d’un article que j’ai publié sur mon blog il y a de nombreux mois, mais concernant les entreprises.
    En fait, il s’agit d’une retransciption et d’un complément à la théorie systémique (Von Bertalanffy, Crozier, Lemoigne, …).
    Je suis moi-même architecte et urbaniste d’entreprise (au sens organisationnel).
    L’Architecture d’Entreprise est une discipline relativement récente, puisque développée par Zachman dans les années ’80, et encore complétée actuellement.
    Elle est encore relativement peu développée en France.

    L’urbanisme d’entreprise est une notion que j’ai inventée, et que j’ai décrite dans cet article:
    Le Blog des FUSACQs et de la Gouvernance

    Vous verrez que la transposition est aisée et correspond au fond de votre article…

    J’ajouterais que l’on constate actuellement tous les signes correspondant à la théorie de Marianne M Jennings dénommée « les sept signes de l’effondrement éthique » (ethical barometer).

  3. Bonsoir à tous
    @El JEm: vos lunettes ne seraient elles pas le mur de la caverne de Platon individuelle et portative que nous touchons tous à la naissance?
    Il faudrait aussi s’intéresser encore à cette curieuse propriété de l’humain d’entendre deux fois : une première fois de travers et éventuellement une seconde fois de manière autre: pour ce qui concerne l’occident, ce phénomène est particulièrement bien décrit par le « Sacrifice d’Abraham »
    Cette double entente couronnée de lunettes est cause de bien des vicissitudes pour l’humanité et c’est une des lois comportementales les moins connues!

    Cordialement.

  4. « A ce titre, la dénomination française de « pôle de compétitivité », plutôt que de « pôle de coopération », semble issue d’un monde en voie de disparition. »

    Nous ne sommes pas très nombreux à remettre en cause le concept même de compétitivité au profit de celui d’efficacité, merci pour ça.
    -On est pas forcément bon, mais selon un critère unique (plus ou moins con: quantité vendue, marge pour le fabricant,….), on est meilleur que les autres, on est donc compétitif et selon le sens commun, c’est bien.
    -On fait de notre mieux ensemble en fonction de quelques critères choisis en commun, on est le plus efficace possible, mais tout le monde s’en fout, parce qu’on arrive même pas à l’imaginer et parce personne ne ramasse le pactole, donc rien ne se voit.
    Mais ça va changer, ça a déjà commencé à changer.

  5. Monsieur El Jem,

    Remarquable ! Vous mettez en forme des idées dominantes avec une critique de ces dernières. Votre texte est le tout premier de ce type que je peux lire. Je n’ai pas eu le temps de tout lire mais j’en retiens que vous mettez en lumière ce qui est défendu à tout prix par leurs bénéficiaires. Vous mettez en lumière qu’une partie de notre histoire dépend de nous et de ce que nous pensons être la réalité et la vérité. Vous mettez en évidence qu’il y a eu abus de l’idée de science dans les relations humaines.

    À mes yeux, en contrepoint, vous mettez en évidence l’importance de la soumission exigée et obtenue par ces « scientifiques ». Vous mettez en évidence leur inhumanité, leur amoralisme.

    Vous mettez en évidence que pour trouver d’autres lunettes, il faudra sortir du cadre de pensée actuel. Je suis curieux, très curieux de savoir comment cette sorite se fera (c’est l’issue optimiste).

    1. Ce n’est qu’un effondrement de civilisation …celle de l’énergie gratuite .Comme chaque civilisation qui s’effondre de son gigantisme et de sa pénurie de resources.
      L’effondrement prend souvent du temps et n’est pas la caricature catastrophique que l’on décrit souvent . Pour l’effondrement tres lent de l’empire Romain , les archeologues s’étonnent de ne pas trouver de charnier , ni de mortalité statistiquement accrue , mais juste une multiplication de monnaies locales .

  6. AUCUN DETOUR NE MENT

    Essai de légitimation de la prédation

    La mer, mère, avec sa compagne la terre, avait institué l’ordre, ou plutôt un ordre plus ou moins divin. Le village du rivage s’en trouvait bien Le poisson étalé sur le sable s’offrait au soleil assoiffé. Sa substance racornie devait alimenter maintes futures saisons jusqu’aux prochaines expéditions de pêche sur des esquifs dont la légèreté embellissait leur solidité têtue.

    Vint un temps où apparurent loin du rivage des machines corsaires entraînées à dévaliser les fonds marins. Le poisson vint à manquer .Il fallut s’organiser pour faire face, maigrement, à ces prédateurs qui violaient la loi humaine et naturelle et faisaient main basse sur la nourriture. Apparurent en miroir les pirates indigènes de la terre qui rançonnèrent, parfois tuèrent quelques visiteurs gavés de graisses et d’insouciances, venus de contrées inconnues picorer les délices du désert Ce n’était que justice, ou plutôt une forme de justice illégale, métastase incongrue, légitime, de cette justice légale qui tolérait l’intolérable.

    D’autres pirates sur d’autres mers, d’autre souleveurs de révoltes s’organisaient pour s’emparer d’armes ou d’otages, imposer une forme imprécise d’équité et rétablir dans des droits humains des êtres se fragilisant jusqu’aux désespoirs, jusqu’aux suicides.

    Il y a bien les penseurs, les savants, les poètes dont quelques uns, socles de vertus, tentent de faire prendre conscience aux prédateurs primaires de leur connivence létale avec des forces de plus en plus incontrôlables à mesure qu’elles sont lâchées sans filets. Mais la voracité se nourrit naturellement de sa propre faim, de sa propre fin, et détruit le monde.

    Faut-il voir, à partir de ce constat, que l’on peut faire remonter à l’avènement du néolithique, l’évidence du ratage primordial de notre univers, comme le souligne Paul Jorion ?

    Dans mon petit coin je réfléchis et pratique à ma petite mesure des inversions, des bifurcations naines, ne sachant pas encore dans quelle direction m’acheminer et trouver les moyens, en compagnie des autres, de m’opposer, avec mes forces mâtinées de faiblesses, avec mes faiblesses mâtinées de forces, à ces courants exterminateurs qui me cernent derrière leurs écrans de fumée insidieusement odorante.

    J’arrive à gratouiller, à inciser, à dépiauter l’écorce des choses, à ravauder le ratage, à rafistoler, à enseigner des transgressions, à marauder les pommes et les noix abandonnées dans les jardins et les friches prolifiques pour les offrir à des amis englués dans les savoirs et les obéissances à des lois scélérates.

    J’en suis là, et laisse mes mots crier. .

    1. l’univers n’est pas raté du tout , il n’est pas encore cosmos . il s’ordonne petit à petit , lent à nos yeux impatients , mais cette harmonie qui nait ou se défait , c’est nous en dernière instance , c’est à nous de jouer.

      j’adore votre cri , merci .

  7. C’est vrai que le système actuel a toujours reposé sur des idées reçues d’ordre philosophique. Outre le fait qu’il existe des divergences entre nos vues et attentes du système capitaliste et ses effets réels, je pense qu’il n’existe pas de système idéal.

    Mieux qu’une vision réaliste de l’économie, il me semble que c’est d’adaptations régulières dont il faudrait tenir compte. Comme le communisme, le capitalisme possède ses vertus. Simplement, le capitalisme est arrivé à son paroxysme selon moi. Il ne nous portera pas plus loin dans sa forme actuelle. Et c’est surtout de ne pas vouloir le modifier, l’adapter qui nous nuit.

  8. Monsieur El Jem,

    Je retiens de votre texte les points suivants.
    Une loi de l’offre et de la demande confrontée aux observations est démentie par ces dernières. Alors il a été décidé d’adapter la réalité à cette loi, pas le contraire.
    Les transactions économiques servent de relations humaines. Elles évacuent toutes les externalités sur le dos du monde entier et concentrent les bénéfices sur les acteurs de la transaction. Cette opération est essentiellement instantanée. Le monde non économique disparaît littéralement de la vue de nos sociétés et c’est ce dernier qui doit payer la note présentée par les marchands. La note est présentée comme le résultat d’un processus indépendant de la volonté humaine, i.e. c’est une catastrophe naturelle dont personne n’est responsable et surtout pas leurs auteurs.
    Les transactions économiques doivent se faire dans un environnement concurrentiel pour que la loi de l’offre et de la demande s’applique bien. Tout projet légèrement complexe exige le contraire.

    Des conséquences comme le gaspillage de ressources naturelles irremplaçables ou la croyance que la croissance économique est la solution à tous les problèmes en découlent. Il y a aussi un anéantissement de toute décence commune entre les humains. Cela nous mène dans une impasse écologique, économique, philosophique, de société, de vision de la réalité, éthique et j’en oublie certainement.

    La sortie de cette impasse s’annonce difficile. Mais elle est claire. Ce texte le prouve.

    Selon ce texte, si la loi de l’offre et de la demande est invalidée, notre société s’effondre. Dans cette optique, TINA est une réalité. Si une autre société est possible, alors TiNA est une chaîne. Qu’est-ce qui peut servir de socle de remplacement ?

    Il est aussi possible de regarder au delà de cette loi. Elle a été acceptée car elle correspond parfaitement à ce que l’on nomme individu au sens moderne du terme. On peut aussi ramener l’être humain à un être matériel et seulement matériel. Alors il ne peut qu’être égoïste, calculateur, poussé par les tropismes du plaisir et de la douleur. Alors la société, la décence entre les individus, la politesse, l’éthique et tout le reste ne sont que du vernis. Le pire en devient certain. Le massacre général ou le suicide global deviennent des certitudes. Tout le reste n’est que babillage.
    Un autre moteur très puissant du soutien à la loi de l’offre et de la demande est l’idée que la science peut traiter et résoudre absolument tous les problèmes. Je pense à une science du type physique du XVIIe siècle. Elle pose des hypothèses qui expliquent des faits d’observation. Tant que ces derniers entrent dans le cadre, il sont bons. Sinon, il faut changer d’hypothèse ou de réalité. En économie et dans la société, la deuxième alternative est toujours possible.

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