Archives par mot-clé : Marché des capitaux

L’Europe veut-elle se saborder ?, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

Dans La fuite en avant de la dévaluation compétitive, François Leclerc nous décrit le suicide européen par la mécanique de l’euro. L’euro contrairement à son nom n’est pas une monnaie européenne mais le cheval de Troie du non-système monétaire et financier en dollar dans le système des démocraties européennes.

Comme la BCE n’a pas d’objectif de change dans sa politique monétaire en vertu de la doctrine libérale de la neutralité politique de la monnaie, la non-compétitivité globale de l’économie européenne dans le marché unique mondial n’est officiellement pas un problème. La zone euro contrairement à toutes les autres zones monétaires n’est pas un système d’adossement réciproque de la politique à l’économie.

Comme il n’y a pas d’état européen, que les institutions européennes ne sont pas un gouvernement des intérêts proprement européens, il n’y a en zone euro qu’un marché unique sans État et sans lois économiques ! Le prix de l’euro dans les autres monnaies n’est ni un sujet politique ni un sujet économique. En euro, le change n’existe pas et les conséquences économiques, politiques et sociales de la parité sur les marchés financiers est une non-question.

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LA CLAIRVOYANCE DES MARCHÉS

La clairvoyance des marchés est sans cesse louée : si personne ne sait, eux au moins savent. C’est là d’ailleurs l’un des postulats de la science économique dominante : les acteurs financiers individuels ne savent pas nécessairement, mais le « marché », c’est-à-dire eux tous ensemble, lui, « sait », et avec certitude !

Rien de cela n’a jamais été vérifié mais qu’importe, cela le sera un jour : le jour où nous serons tous devenus des homines oeconomici, le jour où nous réagirons tous aux événements qui nous entourent comme le bourgeois satisfait second empire, assis sur son tas d’or.

Qu’en penser à la lumière des cours boursiers aujourd’hui ? CAC40 : + 2,55%, Footsie : + 3,81%,
NASDAQ : + 2,25% à l’heure où j’écris. Et tout cela en raison… 1) d’un sursis de deux mois dans le réglement de la crise américaine de la « falaise fiscale », 2) d’un accord permettant de collecter 20% de la somme qu’il faudrait en réalité réunir, 3) d’un vote qui ne permet ni de protéger le système de protection sociale – pourtant minimaliste – américain, ni de réduire la dette publique au montant faramineux de 17 mille milliards de dollars.

Le système est-il à ce point aux abois que de telles informations soient assimilées par les marchés à… de « bonnes nouvelles » ? Ou bien est-ce la clairvoyance des marchés qui est ici sérieusement en cause ?

 

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NEWSRING.fr, Moody’s : un signe de défiance envers la France

Un entretien que j’ai accordé à Newsring. On le trouve sur leur site, ici.

Une dégradation n’est jamais une bonne nouvelle. On critique de plus en plus les agences de notation, mais il y a une demande de la part des marchés pour ce type de service, c’est-à-dire une évaluation de la capacité d’un emprunteur à payer les intérêts, à rembourser la somme empruntée et à le faire dans les délais qui ont été prévus. C’est l’industrie financière qui demande ce service aux agences de notation, car elle ne dispose pas du temps ou des ressources nécessaires pour faire les calculs qui permettent de savoir quelle est la fiabilité de la dette émise par les pays.

Ce n’est pas tant la dégradation qui est désagréable, car elle correspond à celle qui avait déjà été décidée par S&P, que la perspective négative pour la France. J’entends ceux qui disent que cela n’a pas d’importance car la dette de la France est très appréciée, très demandée, mais nous sommes dans un contexte de plus en plus dégradé, et cet abaissement peut aboutir à une certaine nervosité, à une volatilité du « spread » : de l’écart avec l’Allemagne en raison de l’exigence par le marché des capitaux d’une prime de risque supplémentaire pour la France.

Certes on va encore privilégier la France, car les autres pays sont moins bien lotis en dehors de l’Allemagne, la Hollande, la Finlande ou l’Autriche, mais c’est peu encourageant : les candidats prêteurs se tournent vers la France faute de mieux. C’est un peu comme avec les gouvernements européens : on vote de plus en plus systématiquement pour l’opposition parce qu’on n’est pas satisfait de la politique menée par les partis au pouvoir. Le fait que la dette de la France soit appréciée sur les marchés est dû à la dégradation de la dette dans d’autres pays comme l’Espagne ou l’Italie, pas à ses qualités propres.

Par ailleurs sur dix ans, le « spread » avec l’Allemagne – c’est-à-dire donc le différentiel qu’on peut assimiler à une prime de risque supplémentaire – est de 0,75% : 2,16%, contre 1,41%. Cela signifie que sur une durée comme dix ans, les marchés considèrent qu’il y a une différence de 0,75%, significative à ce niveau là, entre l’Allemagne et la France en termes de leurs perspectives.

On peut arguer que ces agences de notation n’ont pas fait de prédictions exactes dans de nombreux cas, mais la véritable question c’est plutôt  : la situation serait-elle meilleure si elles n’existaient pas ?

Ce n’est pas parce qu’elles font un travail qui n’est pas parfait – leur tâche est très difficile en raison du nombre d’évènements qui se combinent et qui doivent être pris en compte – qu’il faut se désintéresser des agences de notation.

La critique qu’on peut faire à leur sujet, c’est qu’elles font leurs évaluations dans un cadre extrêmement conservateur en termes de théorie économique. Elle sont alignées sur des positions proches de l’extrême-droite sur l’échiquier politique. Elles ont ainsi une vision négative de l’action des syndicats et sont promptes à considérer que les populations sont grincheuses et ne comprennent pas les réalités économiques, etc. Voilà un reproche qu’on peut éventuellement leur faire, mais elles diront que c’est la manière dont nos sociétés vivent effectivement et qu’elles doivent par conséquent en tenir compte.

En ce qui concerne le timing de cette décision, les agences de notation ont leur calendrier à elles et ne prêtent pas nécessairement attention aux évènements politiques au jour le jour – comme le plan pour la compétitivité annoncé par le gouvernement français.

Mais on peut noter cependant un signe de défiance envers la France dans cette décision : il y a là comme la suggestion qu’il ne faut pas nécessairement prendre à la lettre les déclarations du gouvernement Ayrault, qui n’a pas acquis jusqu’ici une réputation de grande constance ou de logique. Prenez le projet de banque publique d’investissement, dont la réalisation sera probablement sans rapport avec le projet initial. Si défiance il y a, elle vient donc de l’écart constaté entre les affirmations du gouvernement et ce qu’il met en place dans les faits.
 

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ESPAGNE : LE MARCHÉ OBLIGATAIRE CE JEUDI 21 JUIN

L’Espagne a pu emprunter ce matin 2,22 milliards d’euros. La demande se montait à 7,762 milliards. Le Wall Street Journal précise que : « la demande provenait massivement des banques espagnoles ».

Le coupon obtenu par les prêteurs pour le 2 ans : 4,706% (contre 2,069% le 1er mars), pour le 3 ans : 5,547% (contre 4,876% le 17 mai) et pour le 5 ans : 6,072% (contre 4,960% le 3 mai).

 

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LA PRIME DE RISQUE ESPAGNOLE

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

The English version of this post can be found here.

Deux émissions obligataires aujourd’hui, l’une en Espagne, l’autre au Danemark, qui nous permettront un intéressant petit calcul de la prime de risque exigée aujourd’hui de l’Espagne quand elle emprunte sur le marché des capitaux.

Le Trésor espagnol a émis tout à l’heure un peu plus de 3 milliards d’euros de dette pour des titres à 12 et à 18 mois.

Parce qu’il faut toujours envisager le bon côté des choses, on nous signale qu’en face de cette offre de 3 milliards se trouvait une demande s’élevant à 8 milliards, ce qui est toujours sympathique à savoir mais ne présente pas grand intérêt puisque ce qui compte aujourd’hui (dans le contexte d’un taux dépassant les 7% pour la dette espagnole à 10 ans), c’est le coupon que ces gentils prêteurs potentiels exigent pour se passer de leurs capitaux pendant un an ou un an et demi. Et là, la situation est beaucoup moins rose : l’Espagne a dû consentir du 5,074% pour le un an, et du 5,107% pour le 18 mois. C’est raide, pas seulement si on compare à ce que ce même marché des capitaux exige en ce moment de l’Allemagne, par exemple, mais avec ce qui était exigé de la même Espagne il y a seulement un peu plus d’un mois : le 14 mai en effet, l’Espagne empruntait pour un an à du 2,985% et pour 18 mois, à du 3,302%.

Augmentation donc en un mois et 5 jours de la prime de risque pour un emprunt d’un an en Espagne : 2,089%, et pour un emprunt d’un an et demi, 1,805%. C’est très raide en soi. Cela augure très mal de ce qui se passera après-demain jeudi, quand l’Espagne tentera d’émettre de la dette à deux, trois et cinq ans pour un montant de 2 à 3 milliards d’euros. La demande potentielle sera (je peux déjà vous l’affirmer) d’environ 5 milliards, ce qui sera présenté comme une excellente nouvelle (je peux également vous en assurer) mais ce que l’on attend de savoir avec un très grand intérêt, c’est à quel taux, comprenant quelle prime de risque, que les marchés des capitaux, dans leur grande magnanimité, seront disposés à prêter à l’Espagne.

Maintenant, pour décourager un peu plus les Espagnols : les Danois ont eux aussi émis de la dette aujourd’hui, de la dette à 2 ans, pour un montant plus modeste bien sûr, de 1,55 milliards de couronnes, soit de l’ordre de 208 millions d’euros. Quel coupon les prêteurs ont-ils obtenu comme compensation de la privation qui sera la leur pendant deux ans ? -0,08%. Je vais le répéter, en toutes lettres : moins zéro virgule zéro huit pour cent.

Pour prêter sans risque (c’est cela que cela veut dire en ce moment, prêter au Danemark) pendant deux ans, le marché des capitaux est disposé aujourd’hui à y être de sa poche. C’est dire, mes amis, si la confiance règne dans la zone euro !

Allez, pour finir : le petit calcul promis, si le taux sans risque aujourd’hui pour de la dette à deux ans, c’est -0,08%, la prime de risque exigée de l’Espagne pour du 1 an, c’est (au moins, puisque c’est pour une durée plus courte) 5,074% + 0,08 % = 5,154% et pour du 18 mois, (au moins) 5,107% + 0,08% = 5,187%.

Bonne fin d’après-midi quand même !

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Va y avoir de la bagarre !

C’est un souvenir qui me revient, d’un vieux Laurel et Hardy. Hardy s’est disputé avec un voisin de palier tout en haut de l’immeuble. Ils descendent les escaliers pour en découdre dans la rue. À chaque palier, Laurel frappe à chaque porte, et à celui qui ouvre, il annonce : « Va y avoir de la bagarre ! »

La suite à l’écran…

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LE MONDE-ÉCONOMIE, Première victoire sur les marchés, lundi 19 – mardi 20 mars 2012

Première victoire sur les marchés

Cinq ans exactement après le déclenchement de la crise des subprimes en février 2007, le swap (« échange ») de la dette grecque, appelé le Private Sector Involvement (PSI), constitue une première victoire des Etats sur les marchés, ces marchés dont E. F. Schumacher, l’auteur de Small is Beautiful (1973), l’un des initiateurs du mouvement écologiste et inspirateur du projet de système monétaire mondial présenté par Keynes en 1944 à Bretton Woods, affirmait qu’ils étaient l’institutionnalisation de l’individualisme et de l’irresponsabilité.

Le swap de la dette grecque est, je le rappelle, un échange par les prêteurs privés d’emprunts grecs existants contre de nouveaux sur la base de 1 euro de dette ancienne contre 46,5 centimes de dette nouvelle. La décote de 53,5 % équivaut à une perte sèche de 107 milliards d’euros pour ces prêteurs. Pour que le PSI entre en vigueur, il fallait encore que 90 % des intéressés marquent leur accord ; le 9 mars au soir, un niveau de 85,5 % avait été atteint, dépassant celui jugé acceptable des 75 %.

Les taux de la nouvelle dette dans le PSI intègrent la garantie offerte par la zone euro dans son ensemble à l’Etat grec, et non les taux extravagants suggérés par le montant de la prime des credit default swaps (CDS, produits de pseudo-assurance sur la défaillance d’un emprunteur) sur ce marché spéculatif.

Les prêteurs jugeront sans doute qu’il s’agit là d’une décote supplémentaire.

Qui pourrait leur donner tort, en effet, si leur cadre de référence demeure celui que le laxisme des Etats a laissé s’installer depuis le début de la crise ? La formule « privatisation des profits/socialisation des pertes » permettait en effet que coexistent sur la dette souveraine d’une part des taux spéculatifs extravagants censés refléter le risque de crédit encouru par les prêteurs, et d’autre part une garantie offerte de facto par les Etats, transformant la prime de risque implicite au taux spéculatif… en une simple rente pour le prêteur.

Deux principes sont ainsi enfin reconnus : premièrement que le défaut sur la dette (non-versement des intérêts et/ou non-remboursement du principal) est une éventualité envisageable et que le coupon associé aux instruments de dette contient de fait une prime de risque tenant compte de cette éventualité ; deuxièmement que la prime de risque implicite au montant de la prime des CDS portant sur la dette souveraine est spéculatif et ne constitue donc pas un véritable indicateur du risque de défaut.

La colère de la présidente du Medef, Laurence Parisot, en août 2011, avait été provoquée par l’ignorance de ce second principe par le Fonds monétaire international (FMI) qui, prenant à la lettre une supposée omniscience des marchés, avait évalué le risque de défaut de différents Etats à partir du montant de la prime des CDS…

La reconnaissance par le PSI du principe que le coupon de la dette contient la prime d’un risque pouvant éventuellement se concrétiser constitue une victoire des Etats sur les marchés ; la reconnaissance de la nature spéculative du montant de la prime des CDS est, elle, à la fois une victoire sur les marchés et la réfutation d’un dogme de la théorie économique : la prétendue objectivité du prix par rapport au risque de crédit.

Dans le cas de la Grèce au moins, le PSI a réussi à neutraliser le marché spéculatif sur la dette souveraine. La chute des grands empires entérine la victoire des intérêts particuliers sur l’intérêt général. Sur ce plan-là, le swap grec aura permis de donner un coup d’arrêt au délitement de la zone euro ; l’avenir dira s’il ne s’agissait que d’une victoire à la Pyrrhus.

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“2011: CRONACA DI UN DISASTRO ANNUNCIATO”

Une version italienne par Alessio Moretti d’un article pour la revue L’ENA hors-les-murs : 2011 : Chronique d’un désastre annoncé.

Paul Jorion “2011: CRONACA DI UN DISASTRO ANNUNCIATO” (15 gennaio 2012)

(articolo originale pubblicato nella rivista L’ENA hors-les-murs, N°417: 32-33 e nel blog di Paul Jorion)

Karim Bitar mi ha chiesto un bilancio dello scorso anno per l’ENA hors-les-murs, la rivista che dirige con talento. Ecco dunque questo bilancio (N° 417: 32-33)

Commiseriamo, fra i politici, i funzionari ed i finanzieri, coloro che sono convinti di aver dato il massimo, di avere speso il meglio di sé stessi per cambiare la faccia del mondo nel 2011: i loro sforzi non sono serviti a nulla. Peggio: è come se non fossero mai stati fatti.

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2011 : CHRONIQUE D’UN DÉSASTRE ANNONCÉ

Karim Bitar m’a demandé un bilan de l’année dernière pour L’ENA hors-les-murs, la revue qu’il dirige avec talent. Voici ce bilan (N° 417 : 32-33).

Plaignons parmi les politiques, les fonctionnaires et les financiers, ceux qui sont convaincus de s’être donnés sans mesure, d’avoir consacré le meilleur d’eux-mêmes à changer la face du monde en 2011 : leurs efforts n’ont abouti à rien. Pire encore : c’est comme s’ils n’avaient jamais été consentis.

Le délitement de la finance s’est en effet poursuivi de manière inexorable pendant l’année écoulée, suivant la pente d’une longue et pénible détérioration telle qu’elle était déjà prévisible en 2010, voire même en 2008 au lendemain de la déconfiture de la banque d’investissement américaine Lehman Brothers, dont l’hémorragie qu’elle suscita coûta plus d’un « trillion » de dollars à arrêter. Chacun des combattants a si bien traîné les pieds – espérant follement pour certains que les choses s’arrangeraient d’elles-mêmes – que chacune des batailles financières et économiques en 2011 a eu lieu en retard d’une guerre.

La présence d’authentiques hommes ou femmes d’État sur la scène de l’histoire – tel un Franklin D. Roosevelt dans les années 1930 – aurait-elle pu faire la différence ? Il est difficile de se prononcer avec certitude : on ne peut exclure que la personnalité falote de la plupart des hommes et des femmes à la tête des affaires en 2011 n’était pas en soi pertinente : peut-être était-il trop tard de toute manière, peut-être n’était-il plus dans le pouvoir de quiconque de renverser le cours des événements. Ce sera là a posteriori notre seule consolation.

Le système de partage de la richesse créée dans nos sociétés est biaisé : il est dans sa logique que le capitaliste, le détenteur du capital, soit servi en premier, le dirigeant d’une grande entreprise venant en second et l’invention des stock-options ayant permis de faire de celui-ci pratiquement un premier ex-aequo, les salariés devant se satisfaire eux de ce qui reste.

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PRÉFACE À ALAIN GAUVIN, Crise financière. Et la « veuve de Carpentras » dans tout ça ?

J’ai rédigé une préface pour le nouveau livre d’Alain Gauvin, dont plusieurs billets ont été publiés ici. Crise financière. Et la « veuve de Carpentras » dans tout ça ?, Éditions Milleli 2011.

 
José d’Acosta est né en 1539 et mort en 1600. Missionnaire jésuite, il vécut au Pérou de 1569 à 1585 ; il demeura alors trois ans au Mexique, où il étudia la culture aztèque. Décontenancé par l’abominable cruauté de celle-ci, il s’interrogeait : « Quelle signification assigner au spectacle qui se déroule sous mes yeux ? », jusqu’à ce qu’un jour, l’illumination se fasse : « Dieu, se dit-il, a mis en scène cet odieux spectacle pour que nous puissions nous représenter ce qu’est un monde dont il est absent ».

Cette anecdote m’est revenue à l’esprit en lisant le livre que vous vous apprêtez à lire. J’aimerais pouvoir faire comme d’Acosta : attribuer un sens aux comportements décrits, en les exilant dans un « enfer » comme celui des bibliothèques, en les qualifiant de « contes qui nous sont parvenus de la préhistoire ». Hélas, il s’agit bien du monde où nous vivons encore, et le spectacle qui s’offre à nos yeux pour notre édification est celui d’un univers que le Droit comme on le comprenait autrefois : le versant pratique de l’éthique, a désormais déserté. À sa place : une loi de la jungle, encore appelée « loi du marché ».

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LES MARCHÉS SE REBIFFENT !

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Un des crédos des tenants de l’ultralibéralisme est que le marché des capitaux (celui que l’on appelle à voix basse : « les marchés ») est nécessairement dans leur camp. La manière dont ces « marchés » réagissent depuis deux jours au putsch ultralibéral opéré durant le weekend par la « Troïka » (Banque Centrale Européenne, Commission européenne et Fonds monétaire international) en Grèce et en Italie, doit faire souffler un vent de panique au sein de ces augustes instances.

Le putsch a consisté à confier le pouvoir en Grèce et en Italie à des gouvernements d’unité nationale dirigés par des banquiers, et appliquant le programme hayékien (ou « friedmanien », c’est la même chose) : dérégulation, privatisations, démantèlement de l’État-providence. Programme démenti par les faits – faut-il le rappeler ? – depuis 2008.

Comment a réagi le marché des capitaux à ce « scénario de rêve » ? Le taux obligataire dix ans en Italie a repassé hier la barre des 7%, tandis que le taux grec plane toujours autour des 28 %. De tels taux sont bien entendu insoutenables. Autrement dit, et l’on ne peut que s’en réjouir, le putsch a d’ores et déjà échoué.

Que s’est-il passé ? Rien d’autre que la confirmation que « les marchés » font eux aussi partie de ces faits qui démentent le programme ultralibéral depuis 2008. Pourquoi, parce que « les marchés », ne sont rien d’autre que l’incarnation de la loi du profit, qui est rationnelle à sa façon et est sans pitié pour ce qui contrevient à sa logique, à savoir qu’il n’y a pas d’argent à faire de cette manière-là.

Me revient en mémoire, un bout de conversation avec un banquier à qui j’avais été opposé dans un débat radiophonique et qui m’avait décontenancé en étant d’accord avec moi sur absolument tous les points. Je lui avais alors demandé dans le couloir qui nous conduisait vers la sortie ce qui déterminerait selon lui le basculement de notre système économique vers celui qui prendrait sa suite. Sa réponse : « Quand les marchés auront déterminé que l’ancien n’est plus rentable ! »

Les marchés sont sans pitié vous dis-je, et le moment prédit par mon banquier d’interlocuteur est apparemment venu.

Taux obligataire à dix ans italien


© Bloomberg

Taux obligataire à dix ans grec


© Bloomberg

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise : NOUS N’EN AVONS PAS FINI, par François Leclerc

Billet invité.

On ne lit jamais assez les études de l’Institute of International Finance (IIF), toujours cité dans la presse en précisant qu’il s’agit du lobby des mégabanques, basé à Washington. Au moins, ces gens savent ce dont ils parlent, même s’ils ne le disent pas toujours publiquement, et nous savons alors de quel point de vue.

Dans le vaste monde sinistré du crédit hypothécaire, un secteur particulier est réservé à l’immobilier commercial, celui qui finance les galeries commerciales et les immeubles de bureaux. Dans le Financial Times, Gillian Tett apporte un nouvel éclairage à son propos, en s’appuyant notamment sur des données de l’IFF.

Ce secteur avait déjà soulevé de fortes inquiétudes, puis celles-ci avaient disparu des colonnes de la presse économique et financière. Pour rejaillir il y a peu. Selon les estimations de l’IFF, la valeur des prêts hypothécaires commerciaux en situation de défaut est en effet passée de mars 2008 à mars 2010 de 25 milliards à 375 milliards de dollars, toutes banques confondues.

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