Archives par mot-clé : Rupert Murdoch

L’Amérique de M. Trump : petits faits significatifs de la journée d’hier

Ouvert aux commentaires.

Steve Bannon entend survivre au chaos qui s’annonce

Steve Bannon, stratège en chef à la Maison Blanche, personnalité de l’Alt-right fascisante, dont j’avais dit hier matin que contrairement à ce que tout le monde affirmait alors, il ne serait pas limogé dans la journée, s’est adressé à la presse de gauche. La raison : quel que soit le sort le Trump maintenant, il entend conserver le droit de parler en son propre nom. En montrant qu’il n’est pas un imbécile, il dissocie automatiquement son avenir de celui de son patron.

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LIBÉRATION, « Il faut pénaliser le pillage et la rapine », le 18 juillet 2012

« Il faut pénaliser le pillage et la rapine »

Pour l’économiste et anthropologue Paul Jorion, le système financier est toujours en manque de régulation.

Le scandale du LIBOR, c’était en 2008 et dans la quasi indifférence. Aujourd’hui l’indignation est totale. Pourquoi ?

C’est une situation spécifique à la Grande-Bretagne. C’est là qu’est apparu un contexte qui a permis à l’opinion publique d’avoir le sentiment d’avoir véritablement identifié les raisons de la crise. Et soudainement, au moment où l’on fait savoir publiquement qu’une banque britannique, la Barclays, a triché et qu’elle doit pour cela payer une amende d’un montant considérable, la maîtrise de la réaction que manifeste la population échappe entièrement à ceux qui ont mis en scène cette condamnation sur un mode théâtral et totalement aseptisé. Les metteurs en scène, régulateurs et gouvernants, pensaient qu’une condamnation de principe ferait l’affaire et que le règlement / liquidation du scandale passerait comme une lettre à la poste. En vain : c’est l’écœurement qui mène en réalité le bal. Le gouverneur de la banque d’Angleterre, Sir Mervyn King, le régulateur en chef, Lord Adair Turner, sont obligés de reconnaître que la réaction de l’homme de la rue a dépassé en ampleur tout ce qu’ils avaient prévu.

Pourquoi une telle réaction ?

Parce qu’il existe depuis un an exactement un climat extrêmement délétère en Angleterre. En juillet 2011, les Britanniques découvraient que la compagnie News Corporation de Rupert Murdoch avait pris un ascendant extraordinaire sur la manière dont les affaires sont menées à tous les niveaux Outre-Manche. On ne parle pas ici simplement de l’influence excessive d’un groupe de presse sur la politique d’un gouvernement, mais de la manière invraisemblable dont cette compagnie avait perverti le fonctionnement de la démocratie. News of the World, organe de presse caniveau, appartenant à l’empire Murdoch, avait piraté les téléphones de plus de 4 000 personnes en Angleterre. Et quand des plaintes étaient déposées, elles n’aboutissaient jamais parce que Murdoch corrompait les services de police qui étouffaient alors les affaires.

La population est encore sous ce choc ? 

Certainement. Alors, quand on vient lui expliquer que les grandes banques du pays communiquaient des chiffres falsifiés concernant les taux d’intérêt prévalant sur les marchés interbancaires, et ceci pour grappiller de misérables avantages financiers ici ou là, l’écœurement apparaît en surface. On dit en français : « la goutte qui fait déborder le vase », l’expression anglaise n’est pas moins parlante : « la paille en plus qui brisa le dos du chameau ».

Mais cet écœurement renvoie-t-il aussi à la manière dont a été gérée la crise des subprimes, et ce depuis près de quatre ans ?

C’est évident. On nous a répété : « la crise des subprimes est un simple dysfonctionnement dans la manière normale dont opère la finance : la panne sera rapidement réparée ! ». Mais les nouveaux scandales, en Angleterre ou ailleurs, mettent en évidence la trame de trafics à la petite semaine dont est constitué le système financier tout entier. La finance triche sur tout et partout, même pas avec panache : médiocrement. Et ceci sous le regard nonchalant d’une classe dirigeante arrogante qui trouve évident que celui qui dispose du pouvoir arrange ses affaires selon son bon plaisir.

Pourtant, il n’a jamais été autant question de régulation…

Qui pourrait croire qu’une régulation de la finance a été adoptée et serait sur le point d’être mise en œuvre ? On se paie de mots. Aux États-Unis, la tentative de régulation que constitue le Dodd-Frank Act reste lettre morte, ses adversaires ont fait en sorte que les fonds permettant de recruter les équipes qui devraient le mettre en application, ne soient jamais réunis. Au contraire, le rouleau compresseur de la dérégulation financière poursuit sa progression inexorable, et en Europe plus particulièrement.

C’est-à-dire ? 

Que propose la Troïka constituée de la BCE, du FMI et de l’UE lorsqu’elle va imposer ses diktats en Grèce ? Que se poursuive ce mouvement de dérégulation financière. La finance dirige le monde depuis plus de trente ans. Le moyen qui lui a permis de prendre chacun en otage, c’est l’explosion du crédit que la concentration de la richesse nécessite puisqu’il ne reste aucun pouvoir d’achat aux salariés. Le seul moyen de lui faire rendre gorge est de pénaliser le pillage et la rapine : ramener la rémunération des avances que sont les dividendes à un niveau décent et le salaire des dirigeants des grandes entreprises dont le comportement nous fait trop souvent honte au niveau de leur réelle compétence – niveau très éloigné de l’opinion qu’ils s’en font personnellement.

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LE MONDE-ÉCONOMIE : « LE SCANDALE DU LIBOR, C’ÉTAIT EN 2008 », lundi 16 – mardi 17 juillet

Le scandale du LIBOR, c’était en 2008

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Quand l’affaire du LIBOR éclata en avril 2008, les commentaires de la presse furent pour le moins laconiques. Quand le feu qui couvait reprit le mois dernier avec la condamnation de la Barclays pour avoir manipulé ces taux réglant les prêts en dollars que les banques se consentent entre elles, on assista au contraire à un feu d’artifice médiatique. La Barclays était alors l’une des seize banques (18 aujourd’hui) en charge de communiquer les données qui permettent le calcul de ces taux.

Un événement qui n’avait provoqué qu’un froncement de sourcils en 2008 fait trembler aujourd’hui sur ses bases non seulement la City mais la finance toute entière. Il faut s’interroger sur le principe qui règle la dynamique de l’indignation qui fait qu’à deux moments du temps les réactions du public au même événement peuvent être d’un autre ordre de grandeur.

Pourquoi une telle indifférence de l’opinion au moment des faits et pourquoi la secousse sismique des semaines récentes, conduisant à la démission des trois principaux dirigeants de la Barclays, jetant également la suspicion sur le candidat pressenti à la tête de la Banque d’Angleterre et, par son truchement, sur le gouvernement britannique à l’époque des faits. George Osborne, Chancelier de l’Échiquier, déclare que les faits révélés « sont symptomatiques d’un système financier qui a élevé la cupidité par-dessus toute autre considération et a mis notre économie à genoux », pour ajouter que « La fraude est un crime quand il s’agit des affaires ordinaires – pourquoi devrait-il en être autrement quand il s’agit de la banque ? ».

Le paiement par la Barclays d’une amende d’un montant considérable (365 millions d’euros) n’aurait dû être qu’une façon de tourner la page sur des événements datant de plusieurs années déjà. D’autant qu’il est clair que dans l’affaire du LIBOR, la Barclays était parmi les seize banques, l’une des moins coupables certainement, et ayant fait preuve de bonne volonté en coopérant avec les autorités, ceci expliquant d’ailleurs le rabais de 30% dont elle bénéficie en Grande-Bretagne sur le montant de l’amende.

Il serait caricatural de n’évoquer qu’un « simple exercice de com ayant mal tourné » puisqu’il s’agit quand même de décisions de justice, mais les régulateurs auraient pu espérer que le point final mis à l’affaire serait reçu par le public avec la même indifférence que celui-ci avait témoignée lorsqu’elle éclata en avril 2008. Il n’en a rien été. Comment expliquer alors ce retard à l’allumage de quatre ans dans l’indignation du public ?

L’explication nécessite ce que le physicien appelle un effet « non-linéaire » : le passage d’un seuil faisant qu’une situation change soudain de nature. On pense au Magicien d’Oz (1900) de Frank Baum, où l’ouverture accidentelle d’un rideau fait découvrir que le monde enchanté (métaphore du système monétaire américain) n’est qu’un artifice mis en scène par un vieillard poussant des manettes.

Ce qui a brutalement levé le rideau pour les Britanniques et leur a indiqué sous quelle lumière l’affaire du LIBOR devait être vue, c’est bien sûr l’affaire Murdoch.

Les Britanniques découvriraient en 2011 que 4.000 d’entre eux avaient leur boîte vocale piratée par News of the World, organe de presse « de caniveau » appartenant à l’empire de presse de Rupert Murdoch, Australien d’origine devenu Américain. Parmi les victimes : des vedettes, des membres de la famille royale, mais aussi des sans-grade : soldats de retour d’Afghanistan, rescapés d’attentats londoniens.

L’affaire était apparue en surface quand le téléphone d’une adolescente assassinée avait été piraté et certains messages effacés par un journaliste de News of the World, faisant espérer à ses proches qu’elle soit encore en vie. Les plaintes des victimes n’aboutissaient jamais parce que Murdoch corrompait parallèlement les services de police qui étouffaient alors les affaires. La colère éclaterait dans l’opinion et les projecteurs se dirigeraient vers la porte tournante à grande vitesse existant entre sbires de l’empire Murdoch et membres du gouvernement britannique. L’étroitesse des relations entre David Cameron, premier ministre et Rupert Murdoch lui-même, se situait sans aucun doute dans la zone d’inconfort.

Sous le nouvel éclairage, la fraude à la petite semaine chez Barclays, révélée dans les attendus du FSA (Financial Services Authority), le régulateur britannique, cessait d’être de la malhonnêteté ordinaire, pour apparaître comme l’un des révélateurs parmi d’autres d’une classe dirigeante arrogante, ne s’embarrassant pas de règles et arrangeant les affaires selon son bon plaisir, tout en ne maintenant que le minimum d’apparences nécessaires.

L’affaire du LIBOR, c’est l’histoire du dévot qui a toujours accepté comme parole d’évangile les prêches de son prêtre, mais qui cesse soudainement de croire à tout ce qu’il a entendu parce qu’il découvre accidentellement que la barbe que celui-ci porte est fausse.

La question qui se pose maintenant est celle-ci : si la chute de la moins coupable des banques responsables du LIBOR a déjà provoqué un tel effondrement, à quoi faut-il s’attendre quand sera révélé le châtiment qui est promis aux autres ?

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LES QUATRE ANS QU’IL FAUT POUR FAIRE UNE INFAMIE

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

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Vous m’avez vu au cours des années récentes faire quelquefois des calculs d’apothicaire du genre : « Il a bien fallu quatre ans – entre 1933 et 1929 – pour qu’on commence à prendre de véritables mesures à l’époque de la Grande Crise ! ». Et ce genre de calcul me conduisait – puisque rien ne se passait – à des réflexions désabusées comme celles que j’exprimais récemment lorsque je me demandais le 28 juin s’il ne fallait pas arrêter le blog.

Et puis, et c’était en réalité le jour-même, débutait le deuxième épisode de l’« affaire du LIBOR », qui n’arrête pas de s’amplifier depuis au point qu’il est difficile de dire aujourd’hui où elle s’arrêtera, la seule chose qui soit sûre étant que seule l’une des moins coupables certainement des seize banques impliquées, la Barclays, se trouve aujourd’hui sous le feu des projecteurs et que l’implication des régulateurs et des gouvernants dans l’affaire, que l’on devine pourtant, n’est encore qu’entraperçue.

Le premier épisode, à savoir les faits, c’était en 2008, le deuxième, la prise de conscience, c’est en ce moment-même, autrement dit, quatre ans plus tard. Soit le même retard à l’allumage que je mentionnais pour commencer à propos de la Grande Crise.

Qu’est-ce qui explique de tels délais ? Sans aucun doute le temps que dure une enquête administrative et que la justice se prononce ensuite, mais il y a autre chose.  Et cette autre chose, c’est ce dont j’ai fait l’objet de ma chronique dans Le Monde-Économie qui paraît tout à l’heure : c’est un climat qui fait caisse de résonance et qui fait en sorte précisément qu’une simple anomalie en 2008 (un taux LIBOR à 3 mois trop bas de 17 points de base) devienne aux yeux de l’opinion en 2012, un scandale.

Qu’est-ce qui constitue un climat ? Un ensemble de faits convergents – dont il faudrait donc quatre ans pour qu’ils finissent par coaguler en une masse critique – et dans ce cas-ci, en Grande-Bretagne, l’affaire Murdoch, révélant une collusion incestueuse entre dirigeants de grandes entreprises et gouvernants faisant fi de tous principes, révélant, pour reprendre les termes de l’article que vous verrez tout à l’heure : « une classe dirigeante arrogante, ne s’embarrassant pas de règles et arrangeant les affaires selon son bon plaisir, tout en ne maintenant que le minimum d’apparences ».

Voilà – dans le cas d’un pays en particulier – ce qui crée un climat et qui fait qu’au bout de quatre ans ce qui apparaissait au départ comme une collection banale de «  simples faits » s’est transformée en infamie.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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UN MONDE TRÈS « COSY » (POUR CERTAINS), BEAUCOUP MOINS POUR D’AUTRES

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Quand j’ai écrit hier dans mon deuxième billet de la journée consacré à la perte de 2 milliards de dollars chez JPMorgan,

Ah ! Nous ne sommes pas à court d’hommes et de femmes à montrer en exemple à la jeunesse ! (Demain, dans la même série : les responsables du groupe de presse Murdoch et les ministres britanniques qui couchent dans leur lit),

mon allusion à News Corp. le groupe de presse de Rupert Murdoch n’était qu’une boutade : je n’avais aucune intention d’y consacrer un billet aujourd’hui. L’actualité en a décidé autrement avec l’inculpation ce matin pour détournement du cours de la justice, destruction de preuves essentiellement, de six personnes dont Rebekah Brooks, qui fut à différentes époques la rédactrice en chef du Sun et de News of the World, deux fleurons du groupe Murdoch et de ce que les Britanniques appellent la « gutter press », le « gutter » étant la rigole le long du trottoir, encore appelée « ruisseau ».

Je ne reviens pas sur toute l’histoire, dont les péripéties sont infinies, mais qui débute par la découverte du piratage par des reporters de News of the World du téléphone mobile d’une adolescente assassinée, et qui met en lumière qu’une multitude de personnalités ont leurs communications interceptées par des reporters appartenant à News Corp.

En juillet de l’année dernière j’avais déjà consacré deux billets à l’affaire. J’écrivais dans le premier : Grosses entreprises et gouvernements : Le cas de la Grande-Bretagne :

L’affaire contribuera certainement à mettre en lumière l’intrication présente de la gestion des grosses entreprises et des gouvernements dans un climat devenu généralisé d’irrespect du cadre juridique des États, en Grande-Bretagne – et probablement ailleurs aussi.

(Mon second billet s’intitulait : Nouvelles de la démocratie).

J’écrivais donc cela il y a neuf mois, à partir de ce qu’il faudrait appeler « des présomptions assez vagues ». Ce qu’on a appris depuis n’a rien fait pour démentir ces présomptions car ce n’est pas piqué des vers, voyez vous-même :

–       lorsque Mme Brooks commence à être importunée par la justice, M. Cameron, premier ministre britannique, communique abondamment avec elle par textos, l’assurant de son soutien et, selon les termes du Wall Street Journal « discutant avec elle de sujets considérés sensibles pour News Corp. et pour le gouvernement britannique » ;

–       un très proche collaborateur de Jeremy Hunt, ministre de la culture, des médias et des sports, qui doit décider si oui ou non News Corp. est autorisée à prendre le contrôle de la compagnie de télévision par satellite BSkyB, contacte le principal lobbyiste du groupe Murdoch pour lui demander comment arranger l’affaire et présenter de manière appropriée les remous autour du piratage de conversations téléphoniques par News Corp.

Pas besoin certainement de faire un dessin de l’image qui émerge de tout cela : un monde très « cosy » comme on dit là-bas, très à l’aise, d’hommes et femmes d’affaires, de presse et de gouvernement, dirigeant la Grande-Bretagne dans un grand mélange des genres, en ne communiquant aux sujets de sa gracieuse majesté que ce qu’ils jugent nécessaire et sous la forme qui leur convient, et qui, quand ils veulent savoir ce que pensent exactement ces sujets de sa majesté, n’y vont pas par quatre chemins et vont simplement fouiller dans leurs mails et leurs communications téléphoniques – même, comme il appert, quand ces sujets font partie de sa propre famille.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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NOUVELLES DE LA DÉMOCRATIE

Je suis depuis tout à l’heure la retransmission en direct de l’audition de Rupert et James Murdoch, père et fils et, en ce moment, Rebekah Brooks, devant une commission du parlement britannique.

Un incident récent a été la tentative par un « entarteur » d’entarter Rupert Murdoch qui répondait aux questions que lui posaient les membres de la commission. Très significatif à mon sens a été la différence de réaction entre le fils et l’épouse du magnat de la presse au moment où l’activiste, le comédien Jonnie Marbles, attaque sa victime : le fils fait un geste pour se protéger le visage, tandis que l’épouse (Wendi Deng Murdoch, née en 1968 à Jinan, dans le Shandong) bondit sur l’assaillant avec une telle vigueur qu’un député complimentera Murdoch sur « l’excellent crochet du gauche » de son épouse (en fait, du droit).

Quelques remarques très générales. D’abord, et comme j’ai eu l’occasion de le dire à l’occasion de l’audition de membres de la firme Goldman Sachs devant une commission du Sénat américain l’année dernière, quels que soient les reproches que l’on puisse adresser aux représentants du peuple en général dans nos démocraties, de telles auditions aux États-Unis comme au Royaume-Uni, nous montrent des femmes et des hommes exerçant leur fonction de manière admirable. Bien sûr, de telles commissions opèrent une sélection entre ces représentants du peuple, mettant en avant les meilleurs.

Quant aux déposants, dont on peut imaginer aisément l’arrogance et le cynisme quant ils sont entourés de leurs pairs, leur humilité, leur générosité, leur bonne volonté à se conduire comme de véritables êtres humains quand ils se retrouvent en position d’accusés, suggèrent que, dans un cadre approprié, si on les protégeait des mauvaises fréquentations (les gens comme eux), ils feraient des grands-parents très acceptables.

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LE GRAIN DE SABLE

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Il est difficile de savoir quelles seront les conséquences ultimes de l’affaire des écoutes de News of the World, l’hebdomadaire à sensation appartenant à la branche britannique de News Corporation, l’empire de presse de Rupert Murdoch, mais si un diagnostic devait être posé à l’instant-même, ce serait celui de la fin prochaine de cet empire, emporté par la tourmente, et la mise à jour en parallèle d’un torrent d’informations révélant les relations « cosy », comme disent les Britanniques, « de copinage », qu’entretiennent de grandes entreprises jugeant que la loi, c’est pour les autres, avec la classe politique et les milieux policiers, qui obtempèrent en échange de privilèges et avantages divers.

La vague de démissions et d’arrestations au sein-même du groupe Murdoch, s’accompagne depuis deux jours de démissions au sommet de l’appareil policier, dont celle du chef de Scotland Yard lui-même, qui n’hésite pas à mouiller le premier ministre David Cameron dans une lettre trop détaillée pour ne pas laisser percer une tonne de ressentiment.

Effractions au fil des ans des boîtes vocales de personnalités et de victimes de faits divers, dont le nombre pourrait s’élever à 4.000 personnes, suivies de corruption de la police à grande échelle, chaque fois que des plaintes étaient vainement déposées. Soulignant l’existence de la « revolving door », la porte tournante entre emplois au sein du groupe Murdoch et dans les instances gouvernementales et administratives. Un phénomène déjà observé aux États-Unis dans le cas de « Government Sachs » au moment-même où la firme – on le sait maintenant – mobilisait son inventivité dans des paris pris sur l’effondrement du secteur immobilier américain, qu’elle ne manquait pas de précipiter du coup.

Méfaits d’un côté, autorités étouffant les affaires de l’autre : la machine était bien huilée. Ce qui l’aura grippée, c’est une notion dont on parle beaucoup en ce moment : l’indignation. On trouve celle-ci présente en effet dans des propos, dans des livres, sur des places publiques, etc. Elle est malheureusement largement absente au contraire dans l’esprit du public quand il s’agit de la finance, ce qui explique pourquoi aucun véritable progrès ne s’accomplit là en ce moment.

News of the World aurait piraté les boîtes vocales de soldats britanniques morts en Irak et en Afghanistan, ainsi que de victimes des attentats sanglants de Londres en 2005, mais le véritable grain de sable, c’est l’affaire Milly Dowler, du nom d’une adolescente disparue en 2002 et dont le corps fut retrouvé six mois plus tard. News of the World avait chargé un détective de s’introduire dans la boîte vocale du téléphone de l’adolescente. Celle-ci étant pleine, il avait effacé certains appels « pour faire de la place », espérant bénéficier de l’ajout de nouveaux messages. La disparition de certains enregistrements convainquit la police ainsi que la famille que la jeune fille était encore en vie. Jusqu’à ce qu’ait lieu la découverte macabre de ses restes dans un bois.

Les révélations au fil des années des exactions de News of the World tombaient dans le ronron du « business as usual », ce qui permettait à la collusion du mauvais côté de la loi entre grands de ce monde, toutes catégories confondues, de se poursuivre. C’est une colère rentrée, qui ne s’était pas éteinte, malgré les neuf années qui s’étaient écoulées depuis le meurtre d’une adolescente, qui aura constitué le grain de sable fatal. Le grand débat intérieur qui agite constamment chacun de nous entre le « Juste » et l’« Injuste » a été soudain ravivé. L’indignation a fait le reste.

Grands de ce monde, méfiez-vous du peuple et de sa mémoire d’éléphant.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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GROSSES ENTREPRISES ET GOUVERNEMENTS : LE CAS DE LA GRANDE-BRETAGNE

J’indiquais tout à l’heure que le thème de mon intervention sur France Culture ce soir est : « Un axe constitué de grosses entreprises et de gouvernements s’est-il constitué pour faire régner l’ordre sur l’internet ? »

Il n’y a pas que l’internet, puisqu’on apprenait il y a deux heures à peine l’arrestation en Grande-Bretagne, pour écoutes téléphoniques et corruption de policiers, de Rebekah Brooks, rédactrice en chef du magazine défunt – car sabordé en raison d’un scandale d’écoutes téléphoniques – News of the World, et l’une des dirigeantes, jusqu’à sa démission vendredi, de l’empire de presse de Rupert Murdoch (de double nationalité australienne et américaine).

Cette arrestation, après deux semaines de péripéties (dont la démission hier de Les Hinton, directeur de la division Dow Jones de l’empire Murdoch – l’éditeur du Wall Street Journal), n’en restera certainement pas là, vu les nouvelles informations qui émergent semble-t-il de minute en minute. L’affaire contribuera certainement à mettre en lumière l’intrication présente de la gestion des grosses entreprises et des gouvernements dans un climat devenu généralisé d’irrespect du cadre juridique des États, en Grande-Bretagne – et probablement ailleurs aussi.

Affaire à suivre…

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