Archives par mot-clé : Taux d’intérêt

Saint-Etienne, Conférence de l’hôtel de ville : « Se débarrasser du capitalisme est une question de survie » (VIII) Comment se déterminent les taux d’intérêt ?

Je publie en feuilleton la retranscription (merci à Éric Muller !) de ma très longue conférence le 29 novembre 2018. Ouvert aux commentaires.

Question de la salle : Je ne suis pas une économiste mais, tout de même, sauf erreur, la rente avant 1914 rapportait entre deux et trois du cent. Est-ce que le marasme économique actuel ne vient pas, justement, des taux exorbitants que prélève le capital, et est-ce que ça n’est pas accentué par le fait qu’on a autorisé les banques à créer, en quelque sorte, de la monnaie virtuelle chaque fois qu’elles accordent un prêt ?

PJ : C’est vrai que les banques centrales ont pu fonctionner de manière correcte au fil des siècles parce qu’elles produisaient de l’argent supplémentaire à mettre dans le système au prorata de la richesse véritablement créée. Pourquoi est-ce qu’elles l’ont fait ? Et bien, c’est parce que leur rôle principal était un rôle de stabilité de la monnaie : il fallait, dans le monde du travail, le monde de la production, il fallait qu’il ne faille pas à tout moment augmenter les salaires ou les baisser pour que les choses fonctionnent. La stabilité des prix était très importante, et les banques sont arrivées à le faire, en faisant que les masses monétaires reflètent effectivement la richesse créée. 

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Le Monde / L’Écho – Les produits financiers innovants, facteur de risque, le 20 février 2018

Le Monde : Des « dérives sur indice » à la dérive des marchés

L’Écho : Les produits financiers innovants, facteur de risque

L’identité de l’auteur de la baisse boursière qui débuta le 5 février a conduit à de multiples supputations. Bien sûr, une bulle existait (fruit des injections massives de liquidités par les banques centrales) et tout un chacun prévoyait son éclatement, un élément déclencheur spécifique a cependant dû y intervenir le jour même.

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QUAND LE SOLEIL SE CHERCHE, par François Leclerc

Billet invité.

Au lendemain des élections régionales de Berlin, il se confirme si besoin est que les grands partis de gouvernement ne sont plus à la fête. Ce n’est d’ailleurs pas seulement en Europe que cela se constate, vu le rejet que suscitent au sein de leurs camps réciproques les candidats démocrate et républicain aux États-Unis, et la manière dont les cartes électorales y sont également brouillées.

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Taux d’intérêt négatif en euro : l’Europe invite-t-elle le monde à s’euthanasier ? par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

Rationalisation de l’absurde

Depuis deux ans maintenant, le phénomène des taux d’intérêt négatif s’approfondit entre les banques et sur le marché des titres obligataires à court et moyen terme. Les États et les entreprises jugés les plus sûrs par le marché monétaire et financier sont rémunérés pour émettre des titres de dette. Continuer la lecture de Taux d’intérêt négatif en euro : l’Europe invite-t-elle le monde à s’euthanasier ? par Pierre Sarton du Jonchay

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Le Monde / L’Écho, Les taux d’intérêt négatifs signalent-ils – comme l’imaginait Keynes – l’avènement du socialisme ?, mardi 8 mars 2016

L’euthanasie par les taux d’intérêt négatifs

Une légende tenace veut que Keynes ait qualifié l’inflation d’« euthanasie du rentier ». Or s’il a bien utilisé cette expression, c’était dans un autre contexte, dans la conclusion de sa Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936) intitulée : « Notes finales sur la philosophie sociale à laquelle la théorie générale peut conduire ». La philosophie en question était le socialisme et Keynes décrivait une stratégie douce pour le mettre en œuvre : une « euthanasie du pouvoir oppressif cumulatif du capitaliste d’exploiter la valeur-rareté du capital… ». Autrement dit mettre fin au capitalisme en éliminant ce qui permet à tout détenteur de capital, ou « capitaliste », d’en obtenir une rente.

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Le prêt à intérêts (II) : la fin de l’usure et le début de la fin, par Zébu

Billet invité.

La première des utopies à s’exprimer et qui concernaient la transformation du prêt à intérêt fut, on l’a vu, la suppression de l’usure avec les lois révolutionnaires de 1789 : abroger l’interdiction de l’usure, afin de laisser libre cours à l’activité de commerce, afin que celle-ci puisse être financée sans limites, même de manière usuraire, l’essentiel étant d’accéder au capital, l’essentiel aussi étant de rompre avec tout ce qui pouvait incarner l’ordre précédent, ordre millénaire en l’espèce.

Tout juste alors en vint-on à considérer que ce qui était bon pour le commerce ne l’était pas pour le particulier, jusqu’en 1793 où les personnes purent elles aussi ‘profiter’ de l’abrogation du taux d’usure et ce jusqu’en 1795 et de manière définitive, en 1807 avec l’institution du Code Civil.

Car malgré les transformations que le prêt à intérêt connut en France, passant de la régulation par la loi à la régulation par les marchés, le taux d’usure, lui, restait inaliénablement défini par la loi, comme étant le 4/3 (133%) de la moyenne des taux de marchés accordés. On pensait les choses closes en matière d’utopie libérale, a fortiori libertarienne.

 

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 24 OCTOBRE 2014 – (retranscription)

Le temps qu’il fait le 24 octobre 2014. Merci à Olivier Brouwer pour la retranscription.

Bonjour, nous sommes le vendredi 24 octobre 2014. Et ce dont je voudrais vous parler, c’est de mon intervention, hier, sur Euronews. Le fait que j’étais en studio avec madame Audrey Tilve, à commenter l’arrivée des participants au sommet européen.

Et alors, c’est un peu, pour quelqu’un comme moi qui pose un regard critique sur la manière dont on envisage les choses, c’est un petit peu casse-gueule, parce que les questions qu’on vous pose, c’est par exemple, voilà : « Ils veulent se mettre d’accord sur une diminution de 40 % d’émissions de CO2 d’ici 2025, est-ce que vous croyez qu’il serait possible de se mettre d’accord sur un compromis à 37 % ? »

Et alors là, vous êtes obligé d’avoir l’air de pas jouer le jeu, puisque vous répondez d’emblée en disant : « Eh bien écoutez, j’aimerais qu’on me prouve d’abord qu’une diminution de 40 % assurerait la survie de l’espèce à la surface de la planète. » Alors là, on vous regarde en se disant : « Bon, est-ce qu’il va jouer le jeu ou est-ce qu’il ne va pas jouer le jeu ? »

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Les marchés sont nerveux… très nerveux !

Je vous avais dit il y a quelques années qu’il serait très difficile pour les États-Unis de sortir du Quantitative Easing, encore appelé « planche à billets ». Pour marquer le coup, j’avais appelé cela : « fin du capitalisme ».

On est en train d’essayer. Effet mécanique : moins d’achats de dette, baisse de la concurrence entre les acheteurs (les prêteurs) qui peuvent du coup faire la fine bouche, obligeant les vendeurs (les emprunteurs) de passer sous leurs fourches caudines et consentir des taux d’intérêts plus élevés. Résultat, de la dette à taux d’intérêt plus élevé se retrouve sur le marché des capitaux, dévalorisant les instruments de dette déjà en circulation parce qu’émis antérieurement à des taux plus bas.

Plutôt que de vous expliquer des choses aussi compliquées (ou « contre-intuitives » comme on dit aujourd’hui), on préférera vous dire que tout ça c’est la faute de M. Bill Gross qui a quitté la firme de placement obligataire Pimco (groupe Allianz) après bien des querelles avec ses petits camarades. Le fait est qu’il avait laissé grossir le fonds obligataire Total Return jusqu’à atteindre à lui tout seul la taille de 293 milliards de dollars.

Mais le fait que ce fonds se déprécie et que les investisseurs se ruent vers la sortie n’a rien à voir avec la personnalité de Bill Gross ni de n’importe qui d’autre : c’est dû au fait qu’on ne pouvait pas continuer à imprimer 85 milliards de dollars par mois indéfiniment (on finirait par manquer de papier 😀 ). Et comme je l’avais expliqué lors de mon annonce de la fin du capitalisme en mars 2009, et rappelé en juin de l’année dernière quand il fut question pour la première fois de ralentir le flot : le marché des capitaux est trop fragilisé pour qu’on puisse cesser l’injection de dollars, sans même parler de retirer tous les dollars en trop qui boursoufflent le système.

La faiblesse aujourd’hui c’était les actions des Small-Caps (compagnies dont les capitaux propres sont entre 250 millions $ et 2 milliards $), c’était aussi les junk bonds (les obligations camelotes), les obligations aux taux d’intérêt élevés parce que ceux-ci sont gonflés par la prime de risque.

C’est la partie faiblarde du marché qui était affectée aujourd’hui. On verra dans les jours qui viennent si la contagion gagne (personnellement je n’en serais pas exagérément surpris).

Mise à jour, jeudi 2 octobre 8h51 : Le Nikkei -2,61% ; ça n’a pas l’air de s’arranger !

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Le mystère du fantomatique « chapitre 5 » (V) Tour de passe-passe involontaire ou délibéré ?

Le mystère du fantomatique « chapitre 5 » (I) Une trouvaille
Le mystère du fantomatique « chapitre 5 » (II) Keynes pressé par son agenda politique ?
Le mystère du fantomatique « chapitre 5 » (III) « Le taux d’intérêt tend à être égal au rendement marginal du capital »
Le mystère du fantomatique « chapitre 5 » (IV) Le rendement du capital provient du travail appliqué aux ressources naturelles

La révolution, Keynes l’écarte, et la raison qu’il donne, c’est le lourd prix humain à payer, dont on sait qu’il sera très élevé alors que le résultat est par nature incertain. L’un de ses étudiants écrit dans les notes qu’il prend lors d’un de ses cours en 1933 : « La tentation existe pour nous de guérir les maux qui découlent de notre incompréhension en recourant à une destruction encore plus massive sous la forme d’une révolution » (Skidelsky 1992 : 502).

Keynes restera attaché toute sa vie à la position qu’il exprime déjà dans l’essai qu’il consacre à Edmund Burke (1729-1797), alors qu’il n’est encore qu’un étudiant de 21 ans, passage que j’ai déjà eu l’occasion de citer :

Notre capacité à prédire est si faible qu’il est rarement avisé de sacrifier un mal actuel pour un hypothétique avantage futur […] il ne suffit pas que l’état de fait que nous cherchons à promouvoir soit meilleur que celui qui le précède, il faut encore qu’il soit à ce point préférable qu’il compense aussi les tragédies qui accompagnent la transition (Skidelsky 1983 : 155-156).

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Le mystère du fantomatique « chapitre 5 » (IV) Le rendement du capital provient du travail appliqué aux ressources naturelles

Le mystère du fantomatique « chapitre 5 » (I) Une trouvaille
Le mystère du fantomatique « chapitre 5 » (II) Keynes pressé par son agenda politique ?
Le mystère du fantomatique « chapitre 5 » (III) « Le taux d’intérêt tend à être égal au rendement marginal du capital »

Lisons un passage du « chapitre 5 » intitulé « Quasi-rent and the marginal efficiency of capital » d’un manuscrit perdu de la Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936), datant de 1933 ou 1934 et retrouvé en 1976 dans un panier à linge à Tilton House, l’ancienne maison de campagne de John Maynard Keynes. Ce passage sera repris dans la Théorie générale à l’exception de l’expression « rente au sens large » remplacée par « rendement ». Keynes remplacera également, le mot « classique » par le mot « préclassique » dans l’expression « la doctrine classique ».

« Je préfère de loin dire du capital qu’il possède une « rente au sens large » que dire qu’il est productif. La raison pour laquelle un actif a un rendement durant la période de sa vie où il offre ses services, ayant une valeur agrégée supérieure à ses coûts de production, est simplement due au fait qu’il est rare. J’ai une certaine sympathie, du coup, pour la doctrine classique qui veut que tout est produit par du travail en conjonction, si vous voulez, avec ce qu’on avait l’habitude d’appeler l’art et que l’on appelle aujourd’hui la technique, que viennent compléter les ressources naturelles qui sont gratuites ou qui coûtent une rente selon leur rareté ou leur abondance, et par les résultats du travail passé, incarné dans des actifs, qui peuvent exiger un prix égal ou supérieur au prix du travail inclus en eux selon leur rareté ou leur abondance » (Keynes [1933-34] 1976 : 116).

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Le mystère du fantomatique « chapitre 5 » (I) Une trouvaille

En 1973 sont publiés les volumes XIII et XIV des œuvres complètes de John Maynard Keynes. Ils ont pour titre commun : « The General Theory and After ». Le volume XIII est sous-titré : «  Preparation », le volume XIV s’appelle : « Defence and Development ».

Ces deux volumes consignent l’ensemble des textes qui ont pu être retrouvés, périphériques à la rédaction puis à la publication de la Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie qui paraîtra en 1936. Il s’agit, publié dans leur ordre strictement chronologique, de correspondance, envoyée par Keynes ou qui lui est adressée, de rapports, de notes, etc. chaque document étant précédé d’une brève préface permettant de le situer historiquement.

En 1976, trois ans plus tard donc, Lydia Lopokova, Lady Keynes, qui survivra trente-cinq ans à son époux, quitte Tilton, la maison à la campagne où Keynes passait tous ses week-ends et ses vacances toujours extrêmement studieuses, pour une maison de retraite. On découvre alors, dans un grand panier à linge en osier, une quantité encore importante de correspondance, notes, etc. couvrant la même période que les volumes XIII et XIV. Cette trouvaille sera publiée en 1979 en tant que volume XXIX des œuvres complètes sous le titre sans fioriture de « The General Theory and After : A Supplement ».

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Le système monétaire idéal de John Maynard Keynes (IV) Autres conditions à remplir par un système monétaire international

b) La gestion des taux d’intérêt nationaux

Une autre préoccupation majeure de Keynes quand il envisage ce que devrait être un ordre monétaire international, est que chaque nation ait la possibilité de gérer ses propres taux d’intérêt sans que leur niveau ne soit déterminé par la prédation qu’exercent des capitaux pirates à la recherche de l’opportunité la plus alléchante à l’échelle internationale en matière de versements d’intérêts, drainant vers un pays peu dynamique la richesse de pays qui ont le malheur d’être en pleine croissance. La maîtrise des taux d’intérêt domestiques, c’est selon Keynes le moyen d’assurer le plein-emploi en allant les fixer, par une politique appropriée de la banque centrale, au niveau qui permettra de réaliser celui-ci ; c’est également le moyen pour l’État de dégager les ressources qui lui permettront de mener une politique sociale.

La gestion par une nation des taux d’intérêt qui prévalent dans son économie implique donc pour Keynes une mise hors-la-loi du « carry trade » par une interdiction faite aux capitaux spéculatifs de circuler. Il est très explicite à ce sujet, en particulier dans une série de documents préparatoires à ce qu’il appelle l’Union Monétaire Internationale, où l’on trouve en fait l’ébauche de la proposition britannique qui sera présentée à Bretton Woods en 1944. Keynes y insiste sur la nécessité de distinguer soigneusement capitaux socialement utiles et capitaux socialement nuisibles.

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