Taux d’intérêt de Banque centrale si bas – c’est sans précédent depuis deux siècles, par Alexis Toulet

J’ai trouvé matière à réflexion dans ce graphique retraçant l’évolution du taux d’intérêt de base de la Banque d’Angleterre

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Son avantage est de replacer dans la longue durée les évolutions récentes, notamment la crise financière commencée en 2007-2008.

On savait que la politique de “taux d’intérêt zéro” (ZIRP en anglais) – comme d’ailleurs l’ “assouplissement quantitatif” (QE) – pratiquée par les principales Banques centrales s’écartait très fortement de l’ordinaire, et de tout ce qui a été classiquement considéré comme la “bonne gestion” d’une monnaie fiduciaire.

Ce graphique montre à quel point cette politique est sans précédent.

Entre 1830 et 2008, le taux d’intérêt de base de la Banque d’Angleterre n’était jamais descendu en-dessous de 2%. Depuis 2008, il n’a jamais été remonté au-dessus de 2%, ni même de 1%.

Pourquoi : parce que si la Banque d’Angleterre, la BCE, la Federal Bank américaine etc. faisaient une telle chose, la bulle de l’endettement mondial public et privé exploserait. Or une telle chose est politiquement impensable. C’est pourquoi ces taux ne seront jamais remontés à des niveaux adéquats à une “bonne gestion”.

De deux choses l’une :

1. Soit nous sommes entrés dans une “nouvelle norme” soutenable, un nouveau système monétaire et financier qui est stable en lui-même et peut s’avérer durable dans le plein sens de ce terme – ses seules limites étant physiques la limitation des réserves en énergie fossile et les déséquilibres croissants que nous infligeons à la biosphère. Dans ce nouveau régime, comme le remarquait Paul Jorion dans un entretien avec Le Média, l’endettement importe peu puisque le taux d’intérêt payé sur une obligation (publique ou privée) peut être maintenu aussi bas que nécessaire, au besoin en faisant acheter ces obligations par la banque centrale directement (comme la Federal Bank américaine) ou indirectement (comme la BCE européenne). La seule chose qui importe est bien sûr d’avoir le soutien de la Banque centrale, laquelle décide en dernier recours de qui aura à payer ce taux d’intérêt pratiquement nul, et qui devra payer un taux plus ordinaire – ce qui l’étouffera

2. Soit cette nouvelle norme n’est en réalité pas soutenable. Elle prendra fin à échéance autre que le “long terme”, peut-être bien avant le pic des énergies fossiles ou les pires effondrements environnementaux, et puisqu’elle ne peut se terminer que par quelque suite d’événements catastrophiques équivalents à une perte de confiance massive dans les monnaies elles-mêmes, eh bien c’est ainsi qu’elle finira en effet. Si elle continue à durer douze ans après, c’est avant tout à cause de l’énormité de ce qui a été mis en gage de la survie et continuation “tel quel” du système financier mondial. Rien moins que la confiance en les principales monnaies fiduciaires au monde : dollar, euro, yuan, yen, livre, franc…

Dans le premier cas, nous sommes face à un système de pouvoir nouveau, qui est aussi centralisé que le défunt pouvoir soviétique, tout en étant aussi inégal que le plus dur des capitalismes. Les nouveaux maîtres du monde, c’est-à-dire les Etats (Etats-Unis, Chine…) et systèmes d’Etats (UE) qui contrôlent l’une des principales monnaies, à la fois centralisent un pouvoir sans guère de précédent sur l’ensemble du système économique et l’utilisent pour maintenir voire renforcer des inégalités aiguës et même croissantes entre les 1% – voire en fait 0,1% – et les autres. Tant qu’ils n’iront pas “trop loin”, tant qu’ils se souviendront que “il faut tondre les moutons, non pas les écorcher“, leur pouvoir restera sans doute pratiquement inattaquable.

Dans le deuxième cas, le système financier mondial est en réalité aussi stable qu’un ballon de baudruche qui gonfle indéfiniment, et la question est de savoir ce qui pourrait avancer ou retarder son éclatement. Question ouverte. Une partie de cette question pourrait être de savoir si la baudruche risque de rencontrer le chemin d’une aiguille, par exemple d’un substitut susceptible de “remplacer” les monnaies fiduciaires aux yeux des principaux détenteurs de capitaux – car c’est bien sûr avant tout leur opinion qui compte, non celle du pékin lambda. L’or est la solution classique, c’est une aiguille solide et qui a fait ses preuves. Mais elle est relativement immobile, c’est un facteur connu puisque son interaction avec les monnaies fiduciaires dure depuis quelques générations déjà. Les monnaies décentralisées de pair à pair – au premier rang le bitcoin – c’est autre chose : l’aiguille est beaucoup plus petite, sa survie est tout sauf assurée s’agissant d’une tentative si novatrice. Mais elle est rapidement mobile et c’est un facteur très nouveau, dont l’interaction avec les monnaies fiduciaires est encore largement inconnue. En l’absence d’une aiguille, qu’elle soit dorée ou crypto, il faut peut-être imaginer que le ballon de baudruche puisse encore gonfler assez longtemps, même s’il finit par exploser, peut-être sans crier gare.

Dans les deux cas, la situation est véritablement sans précédent historique.

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39 réflexions sur « Taux d’intérêt de Banque centrale si bas – c’est sans précédent depuis deux siècles, par Alexis Toulet »

  1. Bonjour,
    Autre perspective prise à partir d’un exemple : une des causes majeures de la guerre en Syrie à partir de 2011 a été la sècheresse devenue endémique enchaînée par l’émigration des populations des zones sinistrées. Personne ne voit d’un bon oeil arriver ces flots (…), d’autant que les régions limitrophes sont loin d’être des oasis avec capacité d’accueil infinie. On pourrait parler des printemps arabes, des autres sècheresses et feux en Australie, Texas, Californie, la liste n’est pas exhaustive, qui sévissent depuis plusieurs années.
    Plus loin, force est de constater pour l’instant, qu’aucun acte d’envergure n’a été mis en œuvre pour considérer le réchauffement climatique avec la gravité nécessaire, et ce, malgré toutes les COP passées et autres conciliabules. Ce qui laisse à penser que… plus on avance, plus ces fléaux vont concerner de nouveaux territoires, d’autant qu’on n’oublie pas que 20 ans s’écoulent entre le moment où du CO2 est émis et le moment où il commence à se faire ressentir sur le climat (JM Jancovici l’explique très bien dans l”unique” conférence façon bouteille à la mer qu’il a déclinée en centaines d’exemplaires à droite à gauche).
    Revenant au sujet financier abordé dans ce billet, comment peut-on envisager que le premier cas, “Tant qu’ils n’iront pas « trop loin », tant qu’ils se souviendront que « il faut tondre les moutons, non pas les écorcher« , leur pouvoir restera sans doute pratiquement inattaquable.”, ait la moindre probabilité de se produire ? Question ouverte.

    1. Bonjour,

      Il faudrait en effet considérer dans leur ensemble, et dans leurs interactions, les différentes crises et déséquilibres en cours, depuis certaines dégradations de l’environnement (déjà en Syrie comme vous le soulignez) jusqu’à la limitation de la croissance des extractions de pétrole en passant par les déséquilibres de sociétés entières (allant au plus grave jusqu’à la guerre civile) et l’état vraiment surprenant dans lequel se trouve le système financier mondial.

      C’est en revanche excessivement difficile, au risque de se perdre dans des généralités ou des considérations vagues. J’essaie de considérer le système financier “en isolation”, ce qui est certes partiel voire artificiel, mais permet du moins de regarder un élément de l’ensemble, permettant ensuite je l’espère de poser mieux la question des interactions des différentes composantes de l’ensemble : quelles influences d’un tel système financier sur stabilité des sociétés ou de l’environnement, quelles influences sur le système financier de ces mêmes facteurs.

      Si l’option n°1 est vérifiée, c’est-à-dire si le système financier actuel peut se maintenir contre ou à travers les crises financières, alors la question de la stabilité du pouvoir des banques centrales et des Etats qui les contrôlent et de la classe sociale des 0,1% ou 1% qui en profite est bien celle de savoir s’ils sauront “ne pas exagérer”, c’est-à-dire tondre plutôt qu’écorcher.

      Les révoltes, les révolutions et les autres effondrements sociaux ne surviennent en général que si des gens suffisamment nombreux souffrent suffisamment. Cela peut déplaire, mais il me semble qu’historiquement quand la situation est “supportable” ou “normale, en fait” ou que l’on craint qu’elle empire, la résignation est l’attitude la plus commune.

  2. La nourriture et les médicaments, pour tout le reste on peut temporiser avec ce qui traine autour de nous façon lowtech le temps qu’une crise monétaire se passe…

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    1. Les crises financières ne sont pas mortelles, du moins pas pour un grand nombre de personnes.

      Elles peuvent être assez pénibles, toutefois. Avec toutes leurs différences, je citerais :
      – Crise financière puis économique au début des années 1930 aux Etats-Unis
      – Crise monétaire, économique et politique à la dissociation de l’Union soviétique dans les années 1990
      – Crise de l’endettement et de l’austérité en Grèce dans les années 2010

      La deuxième a d’ailleurs causé de grands dégâts humains, beaucoup plus que les deux autres exemples. Entre mortalité élevée parmi les plus âgés (sans retraite, si les enfants ne peuvent aider, c’est dur de manger), mortalité infantile augmentée du fait de l’effondrement du système sanitaire, explosion générale de la criminalité et affrontements “ethniques” ici ou là, on arrive aux millions de morts.

  3. J’aimerais bien lire PSDJ sur ces deux scenarii .

    On a quand même vaguement le sentiment que l’option n°1 est du domaine de l’idéologie , de la pensée qui (se) représente de plus en plus mal le réel , et que l’option n°2 c’est un retour avant l’invention des pièces de monnaies par les Lydiens de la mer Egée , avec quelques pistes qui font plus bricolage que système social . 2700 ans pour en arriver là !

    Si PSDJ n’est pas là , voir si Aristote a des lumières .

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    1. Pour préciser mon point de vue :

      – L’option n°1 pour moi c’est celle à laquelle je ne croyais pas, mais je me demande s’il ne faut pas y croire en fait…

      En 2008, quand les banques centrales ont commencé à imprimer de l’argent à tout va et à mettre les taux d’intérêt de base à zéro ou quasi, j’ai pensé qu’un système si malsain, dont il ne leur était guère possible de sortir du moins politiquement parlant (la réduction “brutale” des dettes, théoriquement toujours possible, est précisément ce qui a été refusé en 2008), ne pourrait durer plus que quelques petites années au grand maximum, et peut-être moins.

      Or ça fait douze ans maintenant, et force est de reconnaître que le bousin a l’air fichtrement stable. Certes, il a une date d’exemption : lorsque le pic des énergies fossiles sera dépassé, ou au plus tard quand les effondrements environnementaux deviendront trop brutaux. Mais en attendant, ça tient. Alors, est-ce que ça pourrait tenir indéfiniment jusqu’à cette date d’exemption pour raison physique / biologique, est-ce que ce système pourrait parer indéfiniment toute nouvelle crise financière ?

      A mon sens on ne peut pas l’exclure.

      – L’option n°2, c’est-à-dire l’explosion de la baudruche, ce n’est pas nécessairement le retour à une époque antédiluvienne. Après la crise financière et économique massive des années 1930, les Etats-Unis… ont continué d’avoir un système financier, certes beaucoup plus encadré que précédemment (les lois Glass-Steagall qui furent plus tard abrogées dans les années 1990), mais enfin on payait toujours avec des billets en dollars ou par virement (et le lien avec l’or était même plus distendu puisque sa possession a été interdite aux individus, tout or devant être remis à l’Etat fédéral en échange de sa contrepartie en billets verts). De même après l’hyperinflation de 1923 en Allemagne, de même après celle de 1992 en Russie, un système financier a bien été rétabli / recréé.

      L’explosion du système financier mondial pourrait mener à une issue assez semblable. Voire même à quelque chose de nettement plus futuriste, si on imagine que des monnaies décentralisées de pair à pair supplantent les monnaies fiduciaires que nous utilisons aujourd’hui (il ne s’agit cependant que d’un scénario)

      Dans tous les cas, j’imagine assez difficilement être payé ou payer avec des coquillages ou même des pièces d’argent 🙂

      1. … qu’un système si malsain, dont il ne leur était guère possible de sortir du moins politiquement parlant (la réduction « brutale » des dettes, théoriquement toujours possible, est précisément ce qui a été refusé en 2008), ne pourrait durer plus que quelques petites années au grand maximum, et peut-être moins.

        Vous vous souvenez peut-être que j’avais dit de mon côté qu’ils n’arriveraient jamais à en sortir, et j’avais écrit “2009 : fin du capitalisme” ou quelque chose du genre. Les taux négatifs ont tué le rentier = “capitaliste”, et maintenant ils rendent impossible la valorisation du cours d’une action en Bourse (… comme je l’ai expliqué l’autre jour sur Le Média, et hier dans l’article de Trends-Tendances). Quand au bout de 12-18 mois de Covid-19 on valorisera le cours de l’action d’une entreprise cotée en Bourse à partir de son espérance de vie, ce sera le krach. Les actionnaires auront rejoint les rentiers dans la tombe.

        P.S. Je vais essayer de développer ce que je dis là dans un vrai billet.

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        1. Nous étions , avant le COVID, dans une économie où le taux d’intérêt était inférieur à la croissance , l’inverse de la théorie de Piketty.
          Pendant le COVID , l’économie est volontairement empêchée : dans une période où l’économie est arrêtée , la macro économie et les théories monétaires ont peu d’intérêt.
          Post Covid , l’économie continuera pendant 2 ou 3 ans avec les caractéristiques particulières qui prévalaient déjà avant le COVID , avec les conséquences mécaniques de taux d’intérêt structurellement inférieurs au taux de croissance :
          1 il ne peut pas y avoir de problème de solvabilité des emprunteurs : la dette , qui était un problème, est devenue la solution
          2 – les dettes publiques sont en permanence financés par la taxation des « rentiers » : pour éviter qu’ils se débarrassent des obligations qu’ils détiennent, la seule solution est un achat continuel d’obligations par les Banques Centrales., pour maintenir les taux bas
          3 -les prix des actifs ( Immobilier, actions ) dont les revenus sont liés au Produit Intérieur Brut sont très élevés : s’il n’y avait pas de prime de risque, ils seraient infinis, ce que vous semblez anticiper et vouloir développer plus tard dans un billet.
          Il y aura toujours une prime de risque sur le prix des actifs .
          1-Le PE d’une obligation souveraine allemande à coupon de 5% , à taux inchangé, était de 20 .
          2 Le PE d’une obligation avec un coupon de 1% devrait être de 100 et infini avec des taux négatifs , si l’on suit votre raisonnement : c’est loin d’être le cas tant en Allemagne qu’au Japon où les taux sont négatifs depuis de longues années .
          Les institutionnels et les algorithmes appliquent de facto une prime de risque sur les actifs sans risque , et le font également sur les actifs à risque donc les actions, avec des modèles plus ou moins partagés.
          Les primes de risque bougent bien évidemment, et les corrections ou les krachs sur le marché actions , à la baisse ou à la hausse en sont la conséquence.
          Cela bouge beaucoup en ce moment et 95% des institutionnels attendent une forte baisse début 2021 , tout simplement en anticipant un troisième arrêt de l’économie en février , parallèlement à la montée des vaccinations, donc à la sortie du COVID qui entrainera l’abandon en rase campagne des entreprises sous perfusion COVID , dont le modèle économique ne sera plus adapté au Post Covid.

        2. vous prenez le risque d’annoncer un krach pour le 3ème trimestre de l’année 2021…
          (nous savons que vous annonciez aussi la crise des subprimes, en son temps). La relique barbare va flamber 😉

  4. Dans la compétition mondiale pour le contrôle de la monnaie, la Chine pousse ses pions en acquérant le plus possible de brevets sur la crypto monnaie, démentant, semble-t-il, les analyses selon lesquelles celle -ci serait réservée à la seule monnaie privée. Pour l’heure il ne s’agirait que de l’internet de l’argent. Est-il impensable qu’ensuite il soit franchi un autre cap, et que de l’internet de l’argent on passe au système monétaire dans son ensemble ?
    Dans cette hypothèse « l’aiguille » ne pourrait-elle pas alors être la Banque centrale de Chine ?
    Ou encore la Chine ne prendrait-elle le contrôle du système monétaire international avant la catastrophe annoncée pour imposer son propre système ?
    Sont-ce des élucubrations ou de l’ordre du possible ?
    Effectivement PSDJ ou d’autres ne seront pas de trop pour apporter leurs lumières.
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/11/02/cryptomonnaies-la-chine-menace-le-c-ur-de-l-economie-mondiale-l-internet-de-l-argent_6058149_3232.html

    Pendant ce temps l’Union planche sur une réglementation des crypto-monnaies …
    https://fr.cryptonews.com/news/eu-set-to-unveil-draft-crypto-law-by-q3-of-fy2020-7454.htm

  5. Le schéma général semble être celui d’oscillations de plus en plus importantes, dont les extrêmes vont longtemps assez fort vers le haut ou vers le bas (vers le bas, 0,1% est 10 fois plus “fort” que 1%, il faudrait mettre le pourcentage en échelle log).

    Cela me semble correspondre aux cycles d’énergie (charbon, pétrole + électricité) et à ce qu’il rende possible :
    des accroissements de richesse plus ou moins inégalitaires, et qui durent tout le long de ces cycles (3 à 10 décennies) car tant qu’il existe une population pauvre mais éducable en stock quelque part, la partie la plus honteusement exploitatrice du système fonctionne “bien”:
    on presse les citrons migrants, on enrichit eu peu les citrons migrés (ce furent les 10% ou 30% les plus riches , mas ce n’est plus tellement ça maintenant, seulement les 1% les plus riches) .
    A chaque fois des “espérances” (promesses, reconnaissances de dettes) sont d’une échelle plus grande: Seule la construction d’édifice de fonctionnalité “basse” était longue autrefois : les cathédrales et châteaux somptuaires. Ce qui était fonctionnel se faisant en un temps assez court. Même le forage du métro dans Paris fut assez rapide, avec des exploits comme les tunnels sous la Seine qui nécessitèrent les premiers systèmes de refroidissement pour geler le sol avant de voûter la galerie. Aujourd’hui, les EPR sont bien plus longs (> 10 ans) à faire marcher que les séries de centrales nucléaires des années 80. Il y a donc une sorte de rendement décroissant, mais avec des vagues à chaque nouveau venu énergétique (charbon = XIXème siècle, en pus a eu le bon goût de favoriser la démocratie social en associant des vraies masses de prolétaires non dispersées. Pétrole et électricité au XXème, la 1ère voiture à passer les 100 km/h est une voiture électrique vers 1900). La dimension informationnelle a peiné à prendre le relais, elle cause des temporalités trop courte (l’obsolescence ne lui est pas exclusive, c’est aussi depuis longtemps celle de la mode, mais la mode a vite “fait modèle” en s’asseyant sur des volumes de ventes croissant sur 140 ans depuis le début des grands magasin, ce que ne parviennent pas à faire les TIC de façon stable).

    Le dégonflement des promesses pourrait toutefois ne plus agir sur les taux mais sur les flux de monnaie, beaucoup plus simplement en somme. Le fait de connaitre ces flux en temps beaucoup plus réel remplace l’obligation par une certitude rentabilité prélevée sur le flux marchand (stratégie Amazon). A condition de traiter les parties prenantes de ce flux en “nouveaux citrons” : c’est les cas des Deliveroo et autres Amazon. La valeur ajoutée est extraite quelque part pour 5000 cadres d’Amazon, mais pompée sur 75000 employé.e.s exploités, et l’on fait confiance à Amazon pour prolonger cette extraction du fait qu’on peut tracer des flux à pressurer rien que sur le chiffre d’affaire courant, sans grosse notion d’investissement (jusqu’à ce que le manque d’investissement fasse “boum” façon Chernobyl).

  6. Si je savais que la nourriture que je consomme quotidiennement contenait une dose mortelle d’arsenic, je m’efforcerai sur le champ de m’en dispenser. D’une manière ou d’une autre. Et vous aussi, non ?
    La nécessité dans laquelle nous sommes de rembourser des intérêts et de rémunérer les capitalistes prêteurs nous tue aussi sûrement que l’arsenic et ne permet pas à notre planète, ( et à ses ressources et capacités à se régénérer ) de maintenir en vie plus de sept milliards d’habitants. C’est exact, non ?
    Alors ?
    Alors, si nous cessions de penser dans le cadre ?
    Il nous appartiendrait collectivement de déclarer que nous nous passerons désormais des capitaux de particuliers qui n’ont pas à être rémunérés sans contrepartie en travail et productions de richesses utiles ; de décider démocratiquement de ce qui doit être financé sans coûts par les communautés et de ce qui ne doit plus être produit.
    Nous avons toujours vécu avec une liste de nombreuses contraintes, cette dernière – suppression des capitaux privés – à laquelle il faut renoncer doit désormais figurer en tête.
    La monnaie n’a pas d’autre raison d’être que la facilitation les échanges.
    Voilà un chouette programme extrêmement jubilatoire pour pour l’esprit des alter-économistes, n’est-ce pas ?
    Non seulement ” la situation est sans précédent historique ” ( ce qui n’est pas la première fois que l’humanité se trouve plongée dans un contexte chamboulé ) mais il en va de la survie même de l’humanité.
    Pendant combien de temps encore accepterons-nous que des dirigeants sans envergure ni imagination nous fassent perdre ainsi un temps précieux ?
    Dix ans ! Il ne nous reste pas plus de dix ans.
    Oui, au doigt mouillé, et alors, il faut absolument mettre le monde en branle.

  7. Bonjour

    Les taux des Banques Centrales définissent la politique monétaire.
    info :https://www.global-rates.com/fr/taux-de-interets/banques-centrales/banques-centrales.aspx

    Le taux directeur de la BoE est de 0,1%
    Le taux directeur de la BCE est de 0%
    le taux directeur de la FED est 0,25%
    Le taux directeur de la BoJ est -0,1%

    Les taux bas ont commencé avec la crise 2007-2008 sauf la BoJ dont les taux sont proches de 0% depuis 1995.

    Par contre cette politique monétaire ne s’applique pas dans toutes les économies:
    taux directeur de la Banque Centrale :
    – Chine :3,85%
    – Russie :4,25%
    – Brésil :2,00%
    – Inde :4,00%
    – Mexique :4,25%

    Les taux bas ont pour objectif de faire face à la récession , relancer la croissance et définir la politique d’inflation.

    Le QE et les rachats de dette de la BCE ont permis de stabiliser et minimiser les taux d’émissions de dettes publiques et tout particulièrement sur les PIGS.

    Cette politique des taux bas a permis de jouer sur les maturités plus longues des émissions de dettes souveraines qui peuvent être proches de 0% voire négatives sur les taux à 10 ans pour certains pays et les rendre soutenables.

    Les actifs des bilans des BC ont fortement augmenté avec les achats de dettes souveraines soit en direct soit sur le second marché comme la BCE.

    Les dettes publiques :
    – Japon : 260 %
    – USA : 130%
    – Italie: 166%
    – Allemagne: 78%
    – France : 120%
    – UK : 110%

    Pour info , taux de détention des BC en dettes souveraines , info OFCE:
    BoJ : 43%
    BoE : 37%
    FED : 19%
    Eurosystème incluant BCE et BC nationales
    Italie :21%
    Allemagne: 31%
    France :24%
    Espagne : 28%

    Il n’y a pas de croissance et d’inflation pour réduire la dette.

    Point 1:

    Cette politique monétaire des taux bas peut continuer et permettre l’endettement à taux bas voire négatif avec l’exemple du Japon qui a 13 années d’avance.
    Japonisation de l’économie et de la politique de la Banque Centrale

    une autre option en faire une dette perpétuelle

    Point 2:
    Un possible reset partiel pour revenir à un taux d’endettement acceptable :
    Les fonds propres de la BC sont la dette publique

    a- L’annulation de la dette souveraine détenue au bilan de la BC

    b- réduire la dette en prélevant sur l’épargne des classes moyenne et supérieure.
    – fiscalité d’exception

    Le bail-in de Chypre avec la confiscation partielle des dépôts a été un premier essai pour sauver les banques privées.

    c – défaut partiel sur les dettes souveraines détenues par le privé ( fonds privés ou souverain , assurance vie,..)

    Par contre le problème viendra plus des dettes privées , ménages ou entreprises, avec les défauts qui vont venir à cause de la crise pandémique et des risques qu’ils entraineront sur les bilans des banques.

    4
    1. La dette des États occidentaux est par définition, construction, pragmatisme une dette perpétuelle.
      La dette souveraine Covid est en quasi totalité achetée par la BCE, ce qui a amené à zéro les taux en Espagne et 1 % en Italie, pourtant en limite de solvabilité selon les critères des agences de notation, avant le covid.
      Le service de cette dette ne coûte rien aux États sur les emprunts émis en 2020, 2021 pour financer le déficit covid et le deficit habituel.
      Elle est de facto annulée, sera roulée I. e refinanceee par la BCE et restera cantonnée dans le bilan de la BCE.
      Ces rachats de la BCE contribuent à raréfier le taux sans risque dont ont besoin les institutionnels, ce qui auto entretient le phénomène de baisse des taux.
      La monnaie créée ne peut plus être détruite, ce qui modifie l’équilibre des portefeuilles, équilibre qui ne peut se rétablir qu’en investissant cette monnaie dans les autres actifs du portefeuille :immobilier, obligations, actions.
      La hausse de la valeur ces autres actifs du portefeuille sont la contrepartie compensant la perte de valeur de la monnaie.
      La perte de valeur de l’euro, de la livre et du dollar est sans effet tant que ces monnaies sont des monnaies de réserve.
      Parier sur la perte de ce statut de monnaie de réserve au profit du yuan ou de cryptomonnaies est hasardeux, le rapport de force des stocks et des flux entre les historiques et les challengers est du côté des historiques,
      Le bitcoin est un actif directement corrélé à la volatilité du portefeuille global : monnaie, actions, immobilier, obligations.
      La reallocation du portefeuille entre monnaie et actifs réels explique la volatilité actuelle et la hausse des cryptos, qui va faire long feu

      1. “La perte de valeur de l’euro, de la livre et du dollar est sans effet tant que ces monnaies sont des monnaies de réserve.
        (…) La réallocation du portefeuille entre monnaie et actifs réels explique la volatilité actuelle et la hausse des cryptos, qui va faire long feu”

        Vous l’avez dit, ce système perdurera “tant que ces monnaies (seront) des monnaies de réserve”. Et puisqu’il semble nécessaire qu’il existe des monnaies de réserve, celles-ci le resteront – sauf si elles sont remplacées.

        A ce jour, dollar euro yen et livre à eux quatre totalisent plus de 90% des réserves de change mondiales (1) et le dollar 60% à lui seul. Et ces réserves de change, totalisant 12 trillions de dollars, sont elles-mêmes beaucoup plus grandes que les réserves d’or des banques centrales, de l’ordre de 1,8 trillion seulement même après l’augmentation récente du cours du métal jaune.

        Un remplacement partiel de ces monnaies par de nouvelles concurrentes fiduciaires – le renminbi chinois par exemple – serait probablement lent et surtout il ne changerait rien de fondamental à la nature du système monétaire, ce serait un simple rééquilibrage des puissances, comparable sur le fond au remplacement de la livre par le dollar comme principale monnaie mondiale.

        Un scénario alternatif a toujours été la réémergence de l’or comme ancre et référence des monnaies mondiales, comme il l’était avant la première guerre mondiale, ceci suite à quelque catastrophe totale des principales monnaies fiduciaires. Ce scénario se réalisera peut-être, mais il faut tout de même noter d’une part que l’élément 79 est fort incommode à posséder – pour ne rien dire de réaliser des virements internationaux avec, ou de petits paiements – d’autre part qu’il est un facteur stable et connu de (très) longue date. Peut-être tout l’édifice des monnaies fiduciaires finira-t-il par s’effondrer sous le poids de la survie du système financier qu’on a tout entier fait reposer sur lui, au profit de la réémergence de l’or, mais peut-être des banquiers centraux habiles et parfaitement au fait de ce qu’est le métal jaune, sauront-ils éviter qu’il ne puisse reprendre le premier plan.

        S’agissant des cryptos, je suis loin d’être aussi sûr que vous qu’ils restent un facteur négligeable, et ce pour deux raisons :

        1) D’abord, les cryptos, toutes dérivées du bitcoin, sont issues d’un projet à l’ambition démesurée, à un degré presque grotesque… mais qui contre toute attente a déjà parcouru plus de la moitié du chemin vers l’objectif que ses créateurs avaient fixé.

        Le bitcoin a été conçu fin 2008 / début 2009 par un petit groupe de cryptologues, mathématiciens et « geeks » des mouvances cyber-punk et anarcho-capitaliste qui ne se proposaient rien moins que de remplacer les systèmes monétaires mondiaux, de nature fiduciaire et centralisée, par un système monétaire totalement décentralisé, se passant de tout tiers de confiance et anti-inflationniste par construction. Un système qui unirait la facilité de paiement des monnaies fiduciaires et l’indépendance de tout tiers de confiance dont jouit le détenteur d’or, le tout en réprimant toute inflation – puisque le nombre de bitcoins est par construction limité – et en assurant une décentralisation maximale, privant définitivement les Etats de tout contrôle sur la monnaie, et réalisant en cela une vision de feu Friedrich Hayek, penseur majeur du libéralisme et cofondateur de la Société du Mont-Pèlerin (2)

        Il faut s’imaginer en 2009 cette petite bande, le créateur sous pseudonyme « Satoshi Nakamoto », Hal Finney, Martti Malmi… Rien que quelques types créatifs avec leurs ordis, sans d’argent, sans appuis, sans surface sociale, et ils décident de renverser les systèmes monétaires mondiaux pour les remplacer par leur système à eux. Le scepticisme était permis – il aurait même été excusable de les croire tous mûrs pour le cabanon !

        Douze ans plus tard, on peut apprécier le progrès de leur entreprise en constatant que la capitalisation totale des cryptos est de l’ordre de 600 milliards de dollars (3), soit pas plus de 0,15% du total de la richesse mondiale estimée à 400 trillions de dollars (4). Au premier abord cela peut sembler peu de choses, sauf que la progression de la capitalisation des cryptos est plus proche d’une tendance exponentielle – avec de fortes oscillations autour de la tendance – que d’une progression arithmétique, et c’est donc en termes logarithmiques qu’il faut apprécier.

        L’indicateur le plus simple pour visualiser cette progression est un graphique logarithmique du cours du bitcoin depuis 2010 (5) – certes il y a d’autres cryptos mais bitcoin pèse les deux tiers du total, certes le nombre des bitcoins a augmenté mais cela pèse peu à côté de l’évolution de son cours. On y constate que si la courbe est fortement accidentée, si elle a tendance à ralentir ces dernières années, la tendance sur la période 2013-2020 ressemble quand même assez à une droite, autour de laquelle le cours – donc la capitalisation – oscille tantôt plus haut tantôt plus bas.

        Au cours des huit dernières années, la capitalisation des cryptos a augmenté de plus qu’un facteur 1 000. En termes exponentiels – si on compare le bitcoin à, par exemple, un coronavirus… – elle a donc fait plus que la moitié du chemin vers l’objectif de ses créateurs de remplacer les monnaies fiduciaires, ce qui impliquerait au moins d’égaler la somme des bilans de leurs banques centrales. Il ne manque pour y parvenir « que » un facteur 100 à peu près.

        Est-ce à dire que les cryptos vont à coup sûr parcourir le reste du chemin, que leur marche est irrésistible, que Ruchir Sharma le stratège de Morgan Stanley qui se demande tout haut « le bitcoin va-t-il mettre fin à la suprématie du dollar » (6) a forcément raison ?

        Non, bien sûr. Tous les phénomènes exponentiels ne se poursuivent pas indéfiniment, et plusieurs scénarios pourraient mener à l’échec total ou partiel de la tentative bitcoin : soit sa disparition, soit son absorption par le système financier établi dont il ne deviendrait qu’un petit détail exotique plutôt que de le renverser.

        Mais une entreprise proprement révolutionnaire, à l’ambition démesurée, presque folle, qui a déjà parcouru plus de la moitié du chemin vers la réalisation de sa grande idée, ne peut plus être négligée. Il serait imprudent de la croire d’avance condamnée à l’échec.

        2) La deuxième raison qui peut faire douter que les cryptos restent un facteur négligeable dans le système financier mondial, c’est qui a commencé à acheter des cryptos depuis quelques mois.

        L’explosion du cours du bitcoin en 2017, le menant de moins de 1 000 à presque 20 000 dollars, était essentiellement le fait de « petits porteurs », prenant le relais des « geeks » et autres initiés qui étaient derrière les explosions du cours en 2011 et 2013. Or, tous les signes indiquent que le doublement du cours dans les trois derniers mois est cette fois-ci tiré par les achats de certains gestionnaires d’actifs et gestionnaires de fortunes. Bref, par des gros et des très gros.

        D’une part cette situation ouvre la possibilité d’une nouvelle explosion du cours, car les montants contrôlés par ce type de personnes sont véritablement énormes – des dizaines de trillions – et il suffirait qu’une toute petite partie de ce total serve à acheter des bitcoins pour que leur cours s’envole, le nombre total de bitcoin étant limité à 21 millions dont seuls 18,6 millions ont déjà été produits dont 2,8 à 3,8 millions ont probablement été perdus (7)

        D’autre part, et surtout, ce sont certains des hauts responsables de la gestion des capitaux mondiaux qui commencent à « voter » pour le bitcoin. Des membres des « 0,1% », ou plus exactement certains de ceux qui servent les 0,002% (8) et gèrent leurs fortunes.

        Pour beaucoup d’entre eux, on peut parler de virage à 180°. Larry Fink, PDG de Blackrock le plus grand gestionnaire d’actifs au monde, considérait en 2017 le bitcoin comme l’« indice du blanchiment d’argent ». Il a fortement modéré cette opinion, allant jusqu’à dire que le bitcoin pourrait rendre le dollar « moins pertinent » (9) Jamie Dimon, PDG de JP Morgan affirmait en 2017 qu’il « licencierait dans la seconde » un trader qui toucherait au bitcoin. Aujourd’hui, des analystes de JP Morgan peuvent dire monts et merveilles du bitcoin, et ils ne perdent pas leur travail.

        Les discours sur le bitcoin qui supplanterait l’or dans le rôle de réserve de valeur, voire qui supplanterait les monnaies fiduciaires même le roi dollar, on les a certes déjà entendus, mais ils venaient des « geeks », passionnés et technophiles qui furent les premiers à s’intéresser au bitcoin. Cette fois-ci, ce discours vient des temples de la haute finance.

        En somme, on est obligé de prendre en considération la possibilité que les grands de la finance, les principaux détenteurs de capitaux commencent tout doucement à entamer un virage vers la substitution de bitcoin à l’or d’abord, aux monnaies fiduciaires ensuite. Or, ce sont bien eux qui décideront finalement du succès ou de l’échec du projet de la bande de crypto-punks anarcho-capitalistes de 2009 – puisque ce sont eux qui contrôlent les capitaux.

        D’autant plus que le système bitcoin a été bien pensé non seulement du point de vue technique – sa création a supposé de d’abord résoudre le problème qui avait jusqu’ici barré la route à tout système de monnaie décentralisée, le « problème de la double dépense », solution qui est l’apport fondamental de l’inventeur du bitcoin et fait intervenir la fameuse « chaîne de blocs » – mais encore quant à la stratégie poussant à son adoption. Car le nombre limité des bitcoins est précisément ce qui assure que son cours augmente au fur et à mesure que son adoption progresse, et l’augmentation de son cours renforce son adoption – l’appât du gain est un levier sûr.

        Lénine aurait dit « Les capitalistes nous vendront la corde avec laquelle nous les pendrons », c’est-à-dire l’appât du gain leur fera perdre même l’instinct de survie. Cet autre révolutionnaire qui se cache sous le pseudonyme de « Satoshi Nakamoto » pourrait avoir compté lui aussi que l’appât du gain amène jusqu’aux plus grandes banques à travailler pour le bitcoin – alors que la généralisation de systèmes monétaires crypto décentralisés serait une véritable amputation pour les banques puisqu’à la différence des monnaies fiduciaires un détenteur de bitcoin… n’a aucun besoin de banque pour les conserver !

        … Et si vraiment le projet bitcoin réussissait, quelles conséquences ?

        Beaucoup d’articles de presse réagissant à la récente envolée du cours du bitcoin se limitent à discuter la question de savoir « s’il faut en acheter, ou pas ». Il s’agit de savoir si ce « trade » sera gagnant. S’il faut faire ce coup, jouer avec cette nouvelle machine à sous ou plutôt s’en tenir aux autres salles du casino. Ce qui est vraiment voir les choses par le petit bout de la lorgnette.

        La question fondamentale sur les cryptos n’est pas de savoir lequel des joueurs va rafler la mise ou perdre sa chemise. Mais de savoir si le projet démesuré d’ambition de la petite bande de révolutionnaires décentralisateurs et anti-étatistes pourrait réussir. Et changer le monde.

        Comme le remarque Yorick de Mombynes dans « Crise du Covid et révolution crypto-monétaire » (10), les conséquences politiques et sociétales d’un tel “nouveau paradigme crypto-monétaire” s’il venait à s’imposer sont encore “largement impensées”. Notons encore l’avertissement concernant les Etats-providence, pour lesquels le nouveau paradigme pourrait être un “défi majeur”. Ce qui correspond certainement à la vision très libérale et « tout-marché » d’un Friedrich Hayek, et ne peut que susciter l’enthousiasme de personnes qui partagent ses conceptions.

        A tout le moins, le financement des systèmes sociaux, de même que le fonctionnement de l’impôt notamment sur les services, et bien d’autres choses encore devraient alors qu’on le veuille ou non être repensés de fond en comble.

        Remarquant que le projet bitcoin en douze ans d’existence a parcouru nettement plus que la moitié du chemin vers l’objectif de ses créateurs, il faut imaginer, si vraiment il réussit comme ils l’espéraient, que ce nouveau paradigme puisse s’imposer à l’échelle mondiale avant 2030.

        (1) https://en.wikipedia.org/wiki/Reserve_currency#Global_currency_reserves
        (2) Sur « la prophétie de Friedrich Hayek » voir https://www.franceculture.fr/emissions/les-nouvelles-de-leco/les-nouvelles-de-leco-du-mardi-04-decembre-2018
        (3) On peut visualiser ces capitalisations sur https://www.coingecko.com/fr
        (4) Voir le rapport de Crédit Suisse sur la richesse mondiale https://www.credit-suisse.com/media/assets/corporate/docs/about-us/research/publications/global-wealth-report-2020-en.pdf
        (5) Celui-ci est zoomable http://bitcoin.zorinaq.com/price/
        (6) Voir https://www.ft.com/content/ea33b688-12e0-459c-80c5-2efba58e6f1a?63bac0e6-3d28-36b1-7417-423982f60790
        (7) Voir cette analyse du nombre probable de bitcoins devenus inaccessibles https://cryptowords.github.io/bitcoin-data-science-the-geology-of-lost-coins-part-2
        (8) Les “ultra-high net-worth individuals”, les personnes possédant plus de 50 millions de dollars, estimées en 2020 à 176 000 dans le rapport du Crédit Suisse soit à peine plus de 0,002% de la population mondiale
        (9) https://www.finance-investissement.com/nouvelles/actualites/le-pdg-de-blackrock-reevalue-le-bitcoin
        (10) Voir page 42 de ce rapport de Price Waterhouse Cooper https://contenu.pwc.fr/download/2020/PwC_Etude_Blockchain_2021.pdf

        1. Black Rock, et les autres achètent du crypto dans une logique d’équilibre du portefeuille, et de gestion de la volatilité de la liquidité entraînée par les injections Covid.
          La théorie du nénuphar appliquée au crypto suggère en creux une fuite de la monnaie vers le crypto, comme cela l’aurait été avec l’or, mais dans le cas d’une fuite de la monnaie, tous les actifs réels perdent énormément de valeur : ce n’est pas l’objectif de Black rock bien sûr!
          Le monde de demain sera digital, mais aucun gestionnaire d’actifs ne lâchera les richesses matérielles et les actifs réels, tant que le digital ne soit pas régulé, organisé, contrôlé
          L’arrivée de diem/libra va de pair avec le renforcement de la législation, et cela va envoyer une baisse du bitcoin.
          Le digital régulé va s’ancrer dans les réalités nationales de richesse, des réserves de monnaie et d’or des banques centrales.
          Les autres cryptos, décentralisées, comme le bitcoin, seront marginalisées .
          Le fantasme de voir les monnaies de réserve disparaître au profit de cryptos décentralisés fera long feu comme celui des états de disparaître au profit d’instances globales GAFAM.
          Pour conclure, un conseil éviter le Biitcoin 😏

          1. “Pour conclure, un conseil éviter le Biitcoin”

            Je me garderais bien pour ma part de donner un conseil financier, ni dans un sens ni dans l’autre, d’une part parce que ces matières sont de toute façon incertaines et que les conseilleurs ne sont pas les payeurs, d’autre part parce que je ne crois pas que “le blog le plus optimiste du monde occidental” se spécialise dans le conseil en investissement 🙂

            En cas de fuite devant la monnaie, le repli va vers les actifs réels. La fuite est devant les instruments de dette telles que les obligations, tandis que métaux précieux, terres, entreprises solides etc. sont plébiscitées.

            Vous vous attendez à ce que le domaine des systèmes de paiement de pair à pair soit “régulé, organisé, contrôlé”, condamnant les systèmes décentralisés. Je suis d’accord que si l’entreprise des initiateurs du bitcoin continue à progresser, il est possible que plusieurs Etats tenteront avec force de le faire. La question est : réussiront-ils ?

            C’est que le système a été conçu en sorte que ce ne soit pas pratiquement possible. Bien sûr la Corée du Nord pourra le faire sans mal, et la Somalie n’aura guère ce souci. Mais à moins de mesures de type totalitaire, ou en sens inverse d’un effondrement dans un chaos de seigneurs de guerre, bitcoin et certains de ses petits frères sont conçus afin d’être pratiquement insensibles à la censure.

            Si on essaie de concevoir ***pratiquement*** comment faire, sachant comment bitcoin et d’autres fonctionnent… eh bien c’est plus difficile que ça n’en a l’air.

            L’avenir le dira.

            1. Le conseil Alexis était un clin d’œil, conclusif avec smiley 😏

              Pour compléter votre informations sur le sujet , toutes les banques centrales, la bce avec un léger retard, travaillent depuis 18 mois déjà sur des cryptos centralisées qui vont sortir sous peu.

              Donc, un second conseil éviter de combattre les banques centrales 😏

              Souvenez vous des templiers !!

              1. Les monnaies numériques de banque centrale sont en effet une évolution intéressante, à la fois une “concession” partielle à la logique des créateurs de bitcoin puisqu’elles feraient disparaître le risque pour les détenteurs de monnaie fiduciaire de perdre leurs avoirs parce que leur banque se serait effondrée – mais pas le risque que la banque centrale elle-même continue à imprimer la monnaie – et un moyen pour ces banques centrales de contrôler plus directement à la fois la quantité d’argent dans l’économie ainsi que l’utilisation qu’en font les individus : ce serait similaire aux espèces, mais traçable.

                Selon Christine Lagarde, si la BCE décide en janvier 2021 de créer une telle version MNBC de l’euro, il faudra “deux à quatre ans” pour mener ce projet à bien (1)

                S’agissant des Templiers, chacun se rappelle je pense de Jacques de Molay, dont le lieu du bûcher est marqué par une plaque près du square du Vert Galant au bout de l’Île de la Cité à Paris. Mais bien sûr, l’organisation financière internationale qu’était devenu l’Ordre du Temple avait une tête, qui se pouvait aisément couper.

                Les monnaies décentralisées n’en ont pas – c’est d’ailleurs apparent dans leur nom 😉 – et cette manière de se débarrasser d’un concurrent gênant ne fonctionnerait pas pour mettre sous contrôle un Bitcoin ou un Ethereum.

                Je maintiens que la réussite ou non des Etats quand et si ils tentent de le faire est une question ouverte. Il s’agit en fait d’une expérience technique et sociale à grande échelle, et nous connaîtrons la réponse sans doute nettement avant 2030.

                Pour partager un petit indicateur « perso » que je me suis choisi afin d’évaluer si la logique de progression des monnaies décentralisées reste ou non sur la même trajectoire que jusqu’ici, on peut remarquer (2) que jusqu’ici lorsque le prix du bitcoin a dépassé un pic précédent, c’est-à-dire début 2013, fin 2013 et début 2017, il lui a fallu entre un et trois mois pour doubler à nouveau. Compte tenu de la tendance générale au ralentissement apparente dans le graphique cité, j’ai choisi d’accorder cette fois-ci six mois plutôt que trois au prix d’un bitcoin pour doubler par rapport à son précédent pic.

                En résumé, si d’ici le 15 juin 2021 le cours du bitcoin dépasse 40 000 dollars – il est actuellement aux environs de 23 000 – alors j’estimerai que le risque que j’évoquais plus haut que l’entreprise révolutionnaire des créateurs du bitcoin réussisse est bien présent, et sans doute avant 2030. Si en revanche il ne dépasse pas ce seuil, alors j’estimerai que ce risque doit être réévalué à la baisse.

                Je vous propose d’en reparler à ce moment-là 🙂

                (1) https://www.clubic.com/antivirus-securite-informatique/cryptage-cryptographie/crypto-monnaie/actualite-21188-christine-lagarde-pense-que-l-euro-numerique-emergera-d-ici-2024-au-plus-tard.html
                (2) Même graphique que précédemment http://bitcoin.zorinaq.com/price/

                1. On peut se donner rdv en juin 2021 pourquoi pas.
                  Mais si votre modélisation nénuphar s’avérait exacte pour envoyer le bitcoin à 40000 dollars, cette hausse ne ferait qu’accelerer le procès en hérésie et la dissolution de cet arrogant (re) jeton 😏

        2. Bonjour,
          Cryptomonnaie Bitcoin

          Ma vision avec le peu de connaissance sur ce type de monnaie donc critiquable:

          – un produit hautement spéculatif qui me fait penser à la tulipomanie néerlandaise du XVII iéme siècle réactualisée à notre époque informatisée maximale.

          https://fr.wikipedia.org/wiki/Tulipomanie

          – un système de minage fortement consommateur d’électricité
          https://fr.wikipedia.org/wiki/Bitcoin#Estimation_de_la_consommation_%C3%A9lectrique

          2018 : 1 transaction cryptomonnaie : 1000kwh
          1 transaction Visa : 0,0017 kwh

          Généralisation de la cryptomonnaie => création de générateurs nucléaires ???

          – une monnaie cible de hackers

          https://fr.wikipedia.org/wiki/Attaque_des_51_%25

          – une monnaie de recyclable de fonds à blanchir ?

          L’intérêt de cette monnaie étant dans la pratique de la spéculation :
          99 % de perdants et 1% de gagnants tout dépendant de quel côté on se trouve.
          Et quand on est du côté des perdants , on peut perdre très très gros , voire sa chemise.

          Les 0,01% et les investisseurs avertis vont essayer de créer une courbe ascendante , voire exponentielle, pour attirer le maximum d’acheteurs ,ce qui fera monter les cours , et sortir au bon moment au plus haut de la valeur afin de maximiser leur profits tout en restant dans 1% de gagnants .

          Les 99% auront toujours leurs yeux pour pleurer!!!!!!

          1
          1. En fait Illicitano , les 0,01% d’investisseurs avertis ne sont pas des investisseurs .
            Ce sont les Teneurs de Marché , s’inspirant des modèles éprouvés sur les marchés plus classiques des OTC ( Over The Counter) : la technologie est utilisée comme rideau de fumée destinée à masquer des pratiques « traditionnelles » .
            Rien d’innovant en fait

    2. Quand on parle de “politique de taux bas”, il faut bien comprendre qu’on parle des taux très courts, comme au jour le jour, que les banques centrales déterminent. Pour le reste, ce sont “les marchés” qui les établissent, c’est-à-dire le rapport de force entre ceux qui prêtent et ceux qui empruntent. Si dans une zone monétaire, le taux un an est négatif, c’est qu’il y a un grand nombre de prêteurs disposés à prêter à perte à l’État. La banque centrale ne peut influer sur le taux qu’en se rangeant du côté des acheteurs ou des vendeurs sur le marché (“secondaire”) de la dette, en achetant ou en vendant des obligations de son portefeuille.

      Pour être plus direct : la personne qui a écrit sur Global Rates…

      Cette politique des taux bas a permis de jouer sur les maturités plus longues des émissions de dettes souveraines qui peuvent être proches de 0% voire négatives sur les taux à 10 ans pour certains pays et les rendre soutenables.

      … ne comprend pas comment ça marche.

      “Cette politique des taux bas a permis de jouer sur les maturités plus longues” = en français “… il doit y avoir un rapport entre les taux courts et les taux longs, mais ne me demandez pas quoi !”

      1. « Cette politique des taux bas a permis de jouer sur les maturités plus longues » = en français « … il doit y avoir un rapport entre les taux courts et les taux longs, mais ne me demandez pas quoi ! »
        La BOJ pratique le YCC depuis 2016 déjà
        La FED et la BCE achètent la quasi totalité des maturités longues , et ne sont plus loin du YCC.

      2. L’évolution du taux directeur de la BCE

        On est passé de 4,5% en 2008 à 0% en 2020

        Cela a eu un impact sur l’évolution:

        – des taux des comptes à terme 60 mois qui sont passés à la SG de 5% en 2008 à 0,6% en 2020
        – des taux des prêts immobiliers long terme :
        https://www.empruntis.com/financement/actualites/barometre-national_decembre-2008.php
        sur 20 ans :
        5,15% en décembre 2008
        taux moyen 2020 1,25% ( mini:0,84% , maxi :2,10% )
        sur 10 ans :
        4,90% en décembre 2008
        taux moyen 2020 0,85% ( mini : 0,50% , maxi :1,70%)

        Les taux court terme font que les marchés financiers ajustent leur rendement/risque et leur prime de risque sur les taux longs.

        Le rachat par les BC des obligations à maturité longue ne faisant qu’accentuer la baisse .
        Même à perte ,la qualité de ce produit financier sans risque, permet à la banque privée de respecter son ratio de solvabilité sur ses fonds propres

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        1. Il n’y a pas de marché de la dette souveraine, et le rapport de force entre acheteurs et vendeurs évoqué par Paul n’existe pas, la Bce ayant acheté 65% des émissions de 2020 et achètera 100% des émissions de 2021.
          On est de fait dans le YCC, ce qui a des effets néfastes sur le calcul habituel des primes de risque que l’on ajoute au taux sans risque.
          Mais, le calcul des primes de risque a bien sûr été ajusté en fonction de nouveau “paradigme”, l’actif sans risque, considéré comme tel par le régulateur, est lui même pricé avec une prime de risque

  8. Il me faut des cours d’économie mais Au final on peut se demander si une monnaie ( travaillé au niveau des interêt de l’abusus et du fructus ) commune qui rééquilibrerait l affreuse différence Nord/Sud ne ferait pas parti d’une solution. A l’heure où le monde paraît si petit… il faut pas cracher dans la soupe..

      1. Peut être que pour un vrai rééquilibrage il faudrait qu’une nouvelle monnaie Fiduciaire soit gagée sur une chose ou ressource dont les pays un peu laisé dispose plus que ceux avantagés. Bref il semble que le temps de la monnaie qui ne rouille pas soit révolu ?

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