La finance n’a plus de raison de ne pas asservir la politique, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

La fiscalité de l’assurance vie va peut-être changer pour réduire des déficits publics. Il est question de ne plus attendre l’échéance des contrats pour appliquer la fiscalité. L’État pourrait toucher au fil de l’eau sa quote-part des revenus issus des placements d’assurance vie. L’intérêt financier pour l’État d’une telle réforme est d’anticiper des recettes fiscales qui réduisent au présent le déficit budgétaire. A l’inverse, le bénéficiaire potentiel du contrat d’épargne assurantielle règle l’impôt avant de se connaître avec certitude. Le principe de l’assurance vie est en effet d’épargner non pour soi-même mais pour un autre. Le bénéficiaire touche l’épargne si avant l’échéance du contrat l’épargnant décède. L’assurance vie est une épargne sans propriétaire identifiable avant son échéance. C’est ce qui a permis l’application d’une fiscalité avantageuse différée dans le temps par l’attente d’une identification personnelle du contribuable.

L’intérêt de l’assurance vie en France vient de la Loi. Tout actif de valeur mesurable doit avoir un propriétaire redevable de l’impôt relatif a cet actif. Si la propriété est privée, la fiscalité applicable à la propriété doit être acquiescée par le propriétaire qui bénéficie du droit de discussion. L’interprétation française de ses principes de propriété, de citoyenneté et de fiscalité ont conduit à l’élaboration financière d’un produit d’épargne fiscalement avantageux par rapport à d’autres produits de même nature financière. L’inscription de l’épargne dans le cadre légal de l’assurance vie accroît son résultat potentiel au bénéfice de l’épargnant et de l’intermédiaire financier au détriment de la puissance publique. La règle applicable est argument financier qui met en concurrence l’intérêt matériel privé avec l’intérêt matériel public alors même que l’un et l’autre obéissent à la même Loi d’équilibre des droits.

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L’actualité de la crise: les Irlandais vont-ils montrer le chemin ? par François Leclerc

Billet invité

LES IRLANDAIS VONT-ILS MONTRER LE CHEMIN ?

Les Etats-Unis sont sans autre perspective que d’assister à l’affaiblissement de leur croissance, ce qui menace de les engager dans une claire récession ; le Japon est une fois de plus aux prises avec son vieux démon de la déflation, lançant sans conviction un énième plan pour en sortir ; quant à l’Europe, dont le sort semblait s’améliorer, elle va à nouveau faire parler d’elle.

Plus précisément, c’est l’Irlande qui devrait en être l’occasion immédiate, la crise grecque destinée à mûrir plus lentement, et l’espagnole restant toujours sur le fil du rasoir. Le cas irlandais – déjà remarqué en raison de l’ampleur de la récession qu’a connu le pays et de la rigueur du plan d’austérité qui y a été engagé – est en effet à lui tout seul un résumé exemplaire des contradictions dans lesquelles se trouve la zone euro. Comme une mise à nu des mécanismes de contagion entre dette privée et publique qui dominent la scène européenne et ne sont pas prêts d’être résolus.

D’ici à la fin septembre, les importants besoins de refinancement des banques irlandaises vont être le détonateur d’un nouvel épisode de la crise de la dette, dévoilant un cercle vicieux bien enclenché. D’un côté l’agence S&P diminue la note de l’Irlande, abaissée à AA-, en raison du poids que représentent les garanties que l’Etat a accordées au système bancaire, de l’autre ce dernier cherche à en obtenir le renouvellement, afin de ne pas se présenter seul sur le marché et supporter des taux qui augmentent avec ceux des obligations souveraines, en raison de l’abaissement de la note. Le cercle est bouclé.

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BFM Radio, lundi 30 août 2010 à 10h46 – Les banquiers centraux : « Il n’y a jamais eu, et il n’y aura jamais de raisons de s’inquiéter »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Les banquiers centraux : « Il n’y a jamais eu, et il n’y aura jamais de raisons de s’inquiéter »

La réunion annuelle des banquiers centraux à Jackson Hole dans le Wyoming a eu lieu le weekend dernier. J’en ai personnellement retenu deux choses : la discussion générale sur les bulles financières et le discours de Jean-Claude Trichet, le patron de la Banque Centrale Européenne.

Les bulles financières

La discussion sur les bulles financières a été l’occasion d’une belle cacophonie : aucun consensus sur le fait qu’il faudrait intervenir à titre préventif : avant qu’elles ne se créent, ou bien pendant : au moment où on constate leur existence, voire encore même après : la politique actuelle en la matière.

Randall Kroszner, un ancien gouverneur de la Fed, a rappelé le rôle crucial joué par l’immobilier résidentiel dans la naissance des bulles, qu’il s’agisse aussi bien de la Chine aujourd’hui, que des États-Unis il y a trois ans. Fait peut-être encore plus inquiétant : avec un beau cynisme, les États comptent généralement sur les bulles immobilières pour faire sortir les nations des récessions qui les affectent.

Les êtres humains aiment les maisons, et se concurrencent entre eux pour les acquérir. Les « marchés » n’observent pas cela d’un œil neutre. Résultat : un marché constamment en proie à la spéculation, et des logements hors de prix. Je pose la question suivante : les gouvernements ne devraient-ils pas penser à isoler l’immobilier résidentiel de la spéculation ? Le logement ne devrait-il pas être envisagé comme « une chose nécessaire », et les politiques d’accès à la propriété calquées plutôt sur celle, disons, de la santé ? Ou bien a-t-on encore trop besoin des bulles immobilières pour sortir des récessions ?

Le discours de Jean-Claude Trichet

Passons maintenant au discours de Jean-Claude Trichet qui s’intitulait : « Le rôle des banques centrales dans des temps incertains : conviction et responsabilité. « Conviction », comme vous allez le voir, pour « ce que je pense vraiment », et « responsabilité » pour « ce que je suis malheureusement obligé de faire ».

Notons le, la tâche de Mr. Trichet est une tâche périlleuse : que dire en effet quand le seul discours que l’on puisse tenir serait une autocritique mais qu’il vous est interdit par définition de la prononcer puisque cela affecterait – en mal – la confiance des marchés ? D’où, la suavité des propos qui sont alors tenus. Ce qui situe cependant avec exactitude le problème, c’est l’usage neuf fois du mot « crédible » dans le discours et quatre fois du mot « crédibilité », sans compter même sa présence dans une expression que Mr. Trichet affectionne de « credible alertness ». Le symptôme qui trahit une absence embarrassante.

Très remarquable aussi donc, le recours à la distinction faite autrefois par le sociologue Max Weber entre une « éthique de la conviction », fondée sur les principes (c’est-à-dire sur la théorie) et une « éthique de la responsabilité », l’accent étant mis ici sur les conséquences (le retour de bâton de la réalité). Les concepts de Weber ont été mobilisés pour justifier la navigation à vue quand il s’avère que la théorie est fausse, et le fait d’appliquer des mesures que la théorie rejette, comme les mesures non-standard, autrement dit, le recours à la « planche à billets » dans l’assouplissement quantitatif : l’achat de la dette des États par les banques centrales, autrement dit encore, la création par elles d’argent, non pas parce qu’on a constaté une création de richesse dans l’économie, mais tout au contraire parce que la richesse manque à l’appel là où elle est nécessaire. Une « recette pour un désastre », comme disent alors les anglo-saxons.

Les concepts wébériens se trouvaient donc là à point nommé pour justifier a posteriori le refus initial par Trichet au printemps dernier, durant la crise de l’euro, de l’assouplissement quantitatif : quand il campait fermement sur ses principes, suivi ensuite de son rapide revirement : quand la réalité lui imposa la politique inverse. Un passage en douce de l’« éthique de la conviction » à l’« éthique de la responsabilité », en raison, pour reprendre ses termes, du « fonctionnement anormal de certains marchés », d’une « période de tensions aigües sur les marchés financiers ».

2008 : la confiance des financiers est ébranlée, celle des économistes ne l’est pas moins. 2010 : retour en force du ronron. À Jackson Hole, les banquiers centraux nous ont expliqué qu’il n’y a jamais eu, et qu’il n’y aura jamais de craintes à avoir. Poussons donc le ouf de soulagement qui nous est si gentiment demandé.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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« La Survie de L’Espèce », par Grégory Maklès et Paul Jorion

Déjà tout petit, j’aimais la bande dessinée. Je dévorais tout : Spirou et Tintin bien sûr mais aussi Cap’taine Sabord, Wrill, Story, tout y passait. Qui se souvient aujourd’hui de L’île de Mytilène ?…

Hum… bon, je recommence. Cachant soigneusement son identité sous le pseudo « Grégory », Grégory Maklès est un commentateur de longue date du blog. Allant voir ce qu’il faisait en matière de bandes dessinées, je lui dis un jour : « Grégory, mon vieux, la fantaisie héroïque, c’est bien, mais c’est beaucoup trop classique – Guy l’Éclair est d’ailleurs inégalable ! – l’avenir de la BD, c’est la BD financière ! ».

C’est mieux comme ça, mais à part le fait qu’il soit un commentateur de longue date du blog, ce n’est pas comme cela que les choses se sont passées. La vérité historique, c’est que c’est lui qui m’a proposé qu’on fasse une BD ensemble (une planche somptueuse en préparation – le maniement de l’airbrush par Grégory y est époustouflant ! – reconstituera cette scène initiale). Comme j’étais un peu désoeuvré à l’époque (il ne se passait pas grand-chose, à part l’effondrement de l’euro), j’ai dit oui.

Notre première collaboration (c’est moi qui écrivis le dialogue) est cette caricature qui vous est déjà familière. De notre seconde, intitulée « La Survie de L’Espèce » – une saga qui se terminera, comme vous le savez, en 2012 – vous trouverez les deux premières planches ci-dessous.



À suivre…

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L’actualité de la crise: le monde selon Trichet, par François Leclerc

Billet invité.

LE MONDE SELON TRICHET

Rituellement organisé chaque année par la Fed de Kansas City, un symposium économique international vient de se tenir à Jackson Hole, une station touristique du Wyoming. Le thème prometteur de cette année en était La décennie à venir, sur lequel les principaux banquiers centraux étaient invités à plancher. Parmi eux, Jean-Claude Trichet.

S’attarder un moment sur sa communication, à l’occasion de laquelle le président de la BCE s’est efforcé de prendre de la hauteur de vue – se drapant dans l’éthique de la conviction et de la responsabilité de Max Weber – permet de mieux cerner le socle sur lequel repose son intransigeant credo.

Tout en regrettant de ne pas connaître les réactions des représentants de toutes les Fed régionales américaines présentes à la réunion, qui ont du se dire in petto que ces Français étaient décidément des doctrinaires arrogants et donneurs de leçons, dont ils ne pouvaient rien attendre pour résoudre leurs propres difficultés ! Car, dans la forme comme dans le fond, l’exposé de Trichet pour le moins s’opposait à celui de Bernanke.

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La Révolution française et nous aujourd’hui

Certains d’entre vous s’interrogent sur mon intérêt en ce moment pour la Révolution française. Un commentateur s’est même demandé hier comment je pouvais m’intéresser à la fois à la Révolution française et à l’idée d’une charte de bonnes pratiques pour les entreprises. Voici un début de réponse. Il n’est pas de moi, il est à la page 366 du livre d’Albert Soboul, La Révolution française , originellement publié en 1962 et qu’on trouve aujourd’hui dans la collection Tel chez Gallimard (1982).

L’idéal d’une démocratie sociale fut partagé, à quelques nuances près, par les masses populaires et par la moyenne bourgeoisie révolutionnaire. Que l’inégalité des richesses réduit les droits politiques à n’être qu’une vaine apparence, qu’à l’origine de l’inégalité parmi les hommes, il n’y a pas seulement la nature, mais aussi la propriété privée ; thème banal de la philosophie sociale du XVIIIe siècle. Mais rares étaient ceux qui arrivaient à l’idée de bouleverser l’ordre social par l’abolition de la propriété privée. « L’égalité des biens est une chimère », déclara Robespierre à la Convention, le 24 avril 1793. Comme tous les révolutionnaires, il condamnait la loi agraire, c’est-à-dire le partage des propriétés. Le 18 mars précédent, la Convention unanime avait décrété la peine de mort contre les partisans de la loi agraire. Mais Robespierre n’en affirmait pas moins, dans ce même discours, que « l’extrême disproportion des fortunes est la source de bien des maux et de bien des crimes » ; sans-culottes et Montagnards s’affirmèrent hostiles à l’« opulence », aux gros, à la richesse excessive. L’idéal commun était une société de petits producteurs indépendants, paysans et artisans, possédant chacun son champ, sa boutique ou son échoppe, et capable de nourrir sa famille sans recourir au travail salarié. Idéal à la mesure de la France populaire de cette fin du XVIIIe siècle, conforme aux aspirations du petit paysan et du journalier agricole, de l’artisan et du compagnon, comme du boutiquier. Idéal en harmonie avec les conditions économiques de la majorité des producteurs du temps, mais qui s’affirmait en contradiction avec la liberté de production par ailleurs réclamée, laquelle portait à la concentration capitaliste.

Toute ressemblance avec des situations présentes… On trouve même les Décroissants !

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Aristote explique la matérialité de la monnaie, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Le présent texte est le quatrième d’une série visant à synthétiser une explication de la monnaie avec le système de causalité d’Aristote.

Aristote explique la monnaie
Aristote explique la matérialité libre
Aristote explique la production de valeur

L’époque actuelle est tourmentée par une crise inédite de la connaissance. Dans le champ du produire plus avec le moins – l’économie – l’observateur ne sait que penser entre pouvoir politique et financier affirmant la croissance de la valeur et des opinions publiques inquiètes d’une pauvreté qu’elles voient croître. Confronté lui-même à ce débat il y a plus de 23 siècles, le philosophe grec avait posé l’hypothèse que la discussion au sein de la cité est en soi le début de la richesse que les débatteurs attendent. Le langage contient la fin de l’homme. Pour découvrir cette fin, il avait posé d’autres hypothèses dont la supposée vérité était nécessaire pour tracer par le langage le chemin qui puisse révéler la fin.

Il avait supposé que la réalité pouvait se décomposer entre son objectivité et sa subjectivité ; qu’il y avait une réalité indépendante de la fin du sujet – la physique – et une réalité dépendante de la fin par le langage du sujet : la métaphysique. Il avait posé que le langage appartenait à la métaphysique. Il lui était alors permis à lui sujet d’utiliser la fin supposée de vérité du langage pour poser les conditions logiques – propres au langage – d’un chemin métaphysique de vérité. En posant l’hypothèse de la vérité comme recherche de la fin, Aristote est tombé sur quatre causes de vérité, quatre explications possibles et réciproquement nécessaires à tout phénomène vrai : la fin, l’effet, la forme et la matière.

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Pourquoi une charte « Blog de Paul Jorion » pour les entreprises serait au contraire une chose excellente, par zébu

Billet invité.

Réagissant aux commentaires négatifs qui avaient accueilli ma charte « Blog de Paul Jorion » pour les entreprises, j’avais renversé les rôles : je m’étais fait l’avocat du diable, j’avais « démoli » ma propre proposition, mettant au défi quelqu’un de la défendre.

Zébu a relevé le défi. Avant de lui laisser la parole, je reproduis mes propos d’avocat du diable :

Une sorte de présupposé, préjugé, de pas mal de commentaires, c’est qu’une entreprise qui respecterait la charte se ferait aussitôt écraser par les autres.

Qu’est-ce que cela veut dire ? J’y vois plusieurs éléments.

Le premier, c’est que seuls des baba-cools, pas stressés et du coup, plus ou moins flemmards s’intéresseraient à la chose. C’est vrai d’une certaine manière : la fièvre de l’or est un puissant aiguillon, et ceux qui ne sont pas poussés par elle, travaillent moins.

Le deuxième sous-entendu et que la plupart des entreprises fraudent et que celles qui ne le feraient pas seraient très désavantagées. C’est certainement vrai et ceci constituerait une incitation à ce que des entreprises qui adopteraient la charte traitent de préférence les unes avec les autres.

Le troisième élément – et c’est à mon sens, le plus sérieux – c’est que les entreprises de la charte ne feraient pas preuve de professionnalisme. Je dis que c’est l’élément le plus sérieux, parce que je l’ai vu à l’œuvre. J’ai travaillé dans le domaine du crédit aux particuliers au sein des entreprises qui sont les plus éloignées de pouvoir jamais souscrire à la charte. J’ai eu également l’occasion de parler à des gens du même secteur qui feraient eux, de très bons candidats, et j’ai été effaré – je dis bien effaré – par leur amateurisme, leur ignorance crasse des bonnes pratiques dans leur domaine. Il était clair que le manque d’« agressivité » commerciale s’accompagnait d’un manque total de rigueur dans les démarches.

Le principal danger à mon sens, il est là : dans la motivation. Les gens qui seraient prêts à signer la charte, sont des gens qui en fait n’ont rien à faire dans le bizness, et le sachant, ils ont tendance à rêvasser plutôt qu’à « en vouloir ».

P.S. : comme je suis le pire avocat du diable qu’on puisse imaginer contre mes propres propositions, c’est à vous maintenant de tenter de me démentir ! (Mais vous y arriverez !)

J’avais dit que je prendrais les habits du procureur. Je sens que je vais avoir quelques difficultés, que j’ai d’ailleurs ressenties fortement avant de vouloir endosser ce costume. Non pas que le costume du procureur soit l’habit noir en contre-point des habits de lumière de l’avocat : le procureur est celui, à l’inverse d’un avocat qui plaide une cause particulière, celui qui est censé défendre la cause commune. Cette définition est parfois renversée, tant il est vrai que défendre le cas particulier d’un Dreyfus, c’est lutter contre l’arbitraire : tout dépend donc du présumé innocent.

En l’espèce, vous défendez, avec le coup de pied à l’âne qui sied, le ‘bizness as usual’ contre la sempiternelle ritournelle des bons sentiments qui finit par paver l’avenue de votre commanditaire : le diable aurait pu trouver pire comme avocat …

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Le temps qu’il fait, le 27 août 2010

L’adresse de Nicolas Sarkozy aux ambassadeurs
Réfléchir aux leçons de l’histoire
L’Afghanistan
La spéculation sur les matières premières
Le désordre monétaire international : un vrai nouveau Bretton Woods
Les discours d’Alan Greenspan
La Chine comme soutien du système monétaire international

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L’actualité de la crise: un monde instable et à la dérive, par François Leclerc

Billet invité.

UN MONDE INSTABLE ET A LA DÉRIVE

De quoi cette rentrée est-elle faite ? D’une certitude qui n’est même plus relevée, comme s’il fallait en prendre son parti, puisque l’on ne peut rien y faire : la crise se poursuit sans autre perspective que de continuer à faire subir ses rebondissements et progressivement ses effets. Une pente qui n’a que commencé à être descendue.

Pour preuve, s’il en était besoin, il n’est même plus question d’en sortir dans les objectifs tracés par Nicolas Sarkozy, à l’occasion de ce qui est abusivement appelé sa présidence du G20, car ce serait désormais tracer des plans sur la comète. Mais d’ouvrir seulement deux dossiers, certes importants, dont l’horizon est pour l’un lointain (l’évolution du système monétaire international) et pour l’autre avec une issue positive peu vraisemblable (la régulation des prix des matières premières), vu le risque non négligeable qu’il soit traité comme l’a été celui des paradis fiscaux. Des annonces considérées dans les milieux financiers comme à utilisation politique intérieure mais sans portée internationale.

Les projecteurs continuent d’être braqués sur les Etats-Unis, dont les médias européens commencent à découvrir l’ampleur de la crise sociale qui y sévit. Les nouvelles négatives s’y succèdent, confirmant que la relance économique n’a été qu’un feu de paille. Non seulement le marché immobilier ne se relève pas – comment le pourrait-il  ? – mais il donne de nouveaux signes d’affaissement. Tant dans son secteur résidentiel que commercial, dont la crise a été depuis longtemps annoncée et qui se précise. Les prix de l’immobilier neuf ou ancien continuent de chuter, entraînant les emprunteurs dans une spirale descendante, et derrière eux les banques et les organismes de crédit qui ne doivent leur salut qu’au soutien financier de l’Etat. Le nombre de nouvelles saisies ne diminue pas mais s’accroît, voilà la vérité des chiffres.

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Commentaire sur l’idée de « charte Blog de Paul Jorion », par zébu

Zébu nous fait parvenir le commentaire suivant, en réaction au billet Une charte « Blog de Paul Jorion » pour les entreprises.

J’ai immédiatement fait un parallèle avec le commerce équitable, que je connais un peu. Votre démarche fait d’ailleurs partie de mes réflexions sur le sujet, quant à la question d’une définition d’une norme éthique sur le commerce équitable : qui, quoi, comment …

A priori, si vous parlez de ‘Charte’, vous êtes pour un engagement non contraignant, car une charte (comme un ‘code de bonne conduite’) n’engage que ceux qui la font et ceux qui la croient. C’est une liste énoncée d’objectifs à atteindre, sans qu’aucun contrôle ne vienne vérifier si ces objectifs sont atteints ou non et de quelle manière. A l’inverse d’un ‘label’. Encore faut-il faire la différence entre un ‘label’ autoproclamé, comme celui de Max Havelaar pour le commerce équitable, qui n’est en ait qu’un logo et une ‘marque’ (de cahier des charges). Car un vrai ‘label’ est contrôlé par des organismes étatiques ou l’Etat directement (exemple : AOC pour le vin ou pour certains produits alimentaires).

Il me semble que vous ne parlez effectivement pas d’un label mais bien d’une charte, à laquelle viendrait s’adjoindre un contrôle du respect du cahier des charges.

Or l’exemple du commerce équitable montre que, quelles que soient les bonnes volontés, arrive (rapidement) un moment (pour le commerce équitable, ce fut en l’espace de 5 ans, entre l’entrée de ‘marques’ équitables reconnues et aujourd’hui la disponibilité dans la grande distribution) où les mécanismes mis en place dévient fortement. Je vous renvoie aux ouvrages, incisifs et partisans mais très intéressants de Christian Jacquiau sur la question et sur cet article de Novethic, de 2008 déjà.

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Buddy Holly (1936 – 1959)

Ce qui est sympathique avec YouTube et Dailymotion, c’est que ça continue de s’étoffer. Il y a quelques mois je désespérais de vous présenter quoi que ce soit sur cet inventeur modeste du Rock’n Roll, et puis voilà que ça s’arrange.

Notez tout particulièrement les débutantes en arrière-plan, et l’aimable dame déguisée en abat-jour qui explique aux parents terrifiés que le Rock’n Roll, ce n’est pas ce qu’on pense et qu’il faut laisser une chance aux braves jeunes gens qui pratiquent ce style. Le nœud pap’ de Buddy et des Crickets est là pour aller dans son sens. Ça balance quand même.

Les faits prouveraient (Drugs, Sex and Rock’n Roll) que la dame avait tort et les parents, raison. Mais ça, c’est pour la petite histoire.

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Une charte « Blog de Paul Jorion » pour les entreprises

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Hier après-midi, je discutais quelque part en France de l’avenir de la région avec les représentants locaux de la Chambre de Commerce et d’Industrie. Il était question du genre d’industries qu’il serait bon de voir éclore mais aussi de l’image écornée de l’industrie locale auprès de la population en termes d’emploi – le nombre d’emplois, et leur qualité. Trop de mauvais sentiments, trop d’espérances déçues.

J’écoutais essentiellement. C’est sur le chemin du retour que les idées ont commencé à germer.

Nous avons évoqué ici le mois dernier, la nécessité de passer à la phase constructive, je concluais mon billet en écrivant : « Il nous faut reconstruire. Aucun pouvoir en place ne nous aidera : le déclin, la décadence sont inscrits comme principes dans leurs tables de la Loi. Nous devrons le faire seuls ». Il n’est pas pour autant possible de tout reconstruire tout partout : comme le disait un commentateur ce matin, trop d’argent est en jeu pour qu’on nous laisse faire sans nous tomber dessus à bras raccourcis. Mais on peut tenter d’infléchir.

Et ce qui m’est venu à l’esprit, c’est une sorte de label « Blog de Paul Jorion » – il vaudrait mieux dire « charte » (merci Julien) – pour les entreprises. Celles qui souscriraient aux principes obtiendraient le label. Quitte pour les régions, les villes, les « zones », de devenir alors les fers de lance de cette nouvelle perspective, cette nouvelle manière de travailler et de partager la richesse produite.

Parce que – il faut bien le dire – si l’image de l’industrie est écornée dans les « petits pays », ce n’est pas sans bonne raison : si la piraterie est aujourd’hui cantonnée à quelques mers du globe, elle connaît toujours de beaux jours dans le domaine de l’entreprise.

Je me contente pour le moment de lancer la discussion sur ce que devrait être un carnet des charges, j’esquisse quelques pistes. Il ne faut pas faire trop long car comme le « financial overhaul » américain vient de le rappeler une fois de plus, l’enfer est pavé de bonnes intentions et le diable est dans les détails.

Voici un squelette. Je compte sur vous pour l’étoffer et/ou le mettre en pièces.

1) Les salariés sont des partenaires a part entière dans la répartition de la richesse créée par l’entreprise, pas des « coûts de production » qu’il s’agit de réduire au maximum. L’entreprise prend au sérieux le fait que c’est le travail qui produit la marchandise ou le service, pas le génie spéculatif de ses dirigeants ou de ses investisseurs. Les gains de productivité bénéficient aux travailleurs. Un salarié remplacé par un robot reçoit une partie de la richesse créée par le robot.

2) L’entreprise est axée sur l’autofinancement. On ne distribue pas toute la richesse créée en dividendes pour les actionnaires et en bonus pour les patrons – pour devoir ensuite emprunter l’argent nécessaire pour faire tourner la boîte !

3) Interdiction des stock-options. Pas de court-termisme de spéculation boursière pour les dirigeants de l’entreprise mais une visée à long terme de son avenir. Le dirigeant est un « entrepreneur », pas la personne chargée de créer une bulle financière et de filer ensuite avec la caisse, quand la compagnie se krache. Il est là pour exercer une activité qui – pour utiliser les termes de Lord Adair Turner – présente « une utilité d’un point de vue social ».

4) Démilitarisation de la structure de décision de l’entreprise. Quel est le nombre adéquat de niveaux hiérarchiques dans l’entreprise : deux ou trois ? Les influences latérales sont les meilleures.

5) Entreprises propres : pas de déchets intraitables ou non-traités.

6) Entreprises vertueuses : pas de firmes d’armement, pas de compagnies de mercenaires. On n’est pas là pour massacrer ou se faire massacrer.

(Très court) etc.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Appel pour août 2010

L’appel de juillet a rapporté : 2 849 € (somme brute).

Somme (brute) reçue à ce jour (30) pour août : 2 025  €.

J’avais signalé le 24 juillet que l’objectif 2 000 € était atteint, mais cela n’a pas ralenti vos contributions : enthousiasme et discipline ne font pas bon ménage, et quand j’ai rappelé cela à mes donateurs, certains n’ont d’ailleurs pas hésité à me remettre à ma place : « J’ai envie de vous faire un don, le reste je m’en fiche ! ».

Merci à tous ! Les échanges qui ont lieu quand certains d’entre vous répondent à mes remerciements, m’éclairent souvent. Il m’arrive – comme vous l’imaginez bien – de m’interroger sur ce que j’essaie de faire et c’est vous qui me le faites alors comprendre. Je vous en donne un exemple : une lettre reçue hier. Vous comprendrez aisément pourquoi elle me donne envie de continuer.

– J’exerce la profession X (et donc occupé à plein temps), je peux vous soutenir financièrement, mais pas participer à votre travail de pensée (que j’estime pourtant nécessaire pour la collectivité). Donc faites ma part de pensée, je fais une part de vos conditions matérielles : la spécialisation est l’essence des sociétés.

A mes yeux (exigeants) de citoyen informé se voulant conscient des profondes transformations actuelles du monde, vous êtes l’un des rares à proposer à la fois une compétence, une culture, une hauteur d’analyse, et une rigueur intellectuelle, puissante combinaison qui amène parfois (et c’est le cas ici) à repenser tout le système de valeurs et de référence du sujet. C’est l’honneur de la Raison et des Lumières.

Mon seul souhait est que vous utilisiez cet argent pour continuer votre travail de pensée refondatrice, qui par définition ne peut s’épanouir dans le mainstream. J’en mesure la difficulté en ces temps d’amalgames obscurantistes qui nous emmènent au gouffre.

Juillet a dieu merci été relativement calme et je n’ai pas dû passer la moitié de mon temps sur les routes, sur les rails ou dans les airs. J’ai pu travailler au manuscrit du Capitalisme, promis à Fayard le 31 décembre.

Dans un mois à peu près, le 2 septembre, paraît Le prix, aux éditions du Croquant : la synthèse de mes réflexions sur la formation des prix, des criées bretonnes aux salles de marché parsiennes, en passant par les plages africaines et les subprime américains.

Des Grèce par dizaines a été ma chronique mensuelle dans Le Monde-Économie, en date des lundi 5 et mardi 6 juillet.

Le 7 juillet, à Paris, j’ai parlé au Centre des Professions Financières.

J’ai aussi eu en juillet un entretien avec Hélène Ceresole du quotidien grec Avghi.

Mon débat avec David Thesmar sur le thème : Faut-il interdire la spéculation ? se trouve dans le numéro juillet-août de Philosophie Magazine.

L’Est Républicain, en date du samedi 17 juillet a publié un entretien que j’ai eu avec Antoine Petry, intitulé : « Un discours invendable »

Enfin, je me suis entretenu sur France Inter avec Laurence Luret dans le cadre de son émission « Parenthèse », le samedi 24 juillet.

En juillet, Le Blog de Paul Jorion était No 1 des blogs d’économie sur Wikio.

Merci à Julien pour son aide en tant que road manager super-efficace. Merci aux auteurs de « billets invités » : ils font de ce blog bien davantage qu’un blog, le creuset d’une réflexion sur le monde, passé, présent et à venir.

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A propos de l’appel : « L’appétit des spéculateurs aura des conséquences sociales désastreuses »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le Monde a publié hier une tribune libre intitulée L’appétit des spéculateurs aura des conséquences sociales désastreuses, un appel signé de José Bové, René Louail, François Dufour et Serge Morin, tous élus Europe Écologie.

Il s’agit d’un appel, en forme de cri d’alarme, attirant l’attention sur la récente flambée spéculative du prix des céréales. Les auteurs du texte affirment que « les spéculateurs et, en particulier, les fonds de pension sont sur le pied de guerre, achetant les matières premières agricoles à tour de bras. Leur appétit aura très vite des conséquences sociales désastreuses. »

Les signataires exigent un renversement de la dérégulation et « un encadrement fort des marchés afin de garantir des prix justes pour les producteurs, tout en préservant le pouvoir d’achat des consommateurs ». Les mesures réclamées ne sont pas précisées à l’exception de celle-ci : « Nous demandons une modulation des aides compensatoires, afin qu’un quart des aides PAC 2010 aux céréaliers (5 milliards d’euros) soit redirigé vers les éleveurs et vers des politiques de coopération internationale ».

J’aimerais attirer l’attention des signataires de cet appel sur le fait qu’un combat contre la spéculation sur les matières premières demande qu’on appelle un chat, un chat, de peur qu’il ne passe pour une simple querelle corporatiste entre éleveurs et céréaliers. Ce dont il s’agit en effet, c’est de l’extraterritorialité morale de la finance : c’est du fait, dont nous avons déjà longuement parlé au mois de mars, que les pays ont – depuis le XIXe siècle – passé des législations qui exemptent de l’interdiction des jeux de hasard toute opération qui peut être qualifiée d’opération financière. Ces textes n’avaient qu’un seul but : extraire les opérations spéculatives du cadre général de la loi, elles visaient de manière éhontée à donner un cadre législatif à l’extraterritorialité morale de la finance.

Msrs. Bové, Louail, Dufour et Morin, faites-nous plaisir : transcendez les rivalités traditionnelles au sein du monde paysan, pour prendre plutôt le parti de la race humaine toute entière : appelez un chat, un chat, et réclamez que seuls les négociants soient admis sur les marchés à terme des matières premières, réclamez avec nous l’interdiction pure et simple des paris sur les fluctuations de prix. Les problèmes de l’heure exigent la prévalence de l’intérêt général sur les intérêts particuliers. Adoptez ce parti, nous vous en serons reconnaissants.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Aristote explique la production de valeur, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

La monnaie mathématiquement complexe

La monnaie est l’effet du choix de numération de la valeur. La monnaie peut être la matérialisation de la valeur du travail seulement physique au présent ou aussi métaphysique en passé, présent et futur. Dans la matérialité de l’objet monétisable, de l’objet mesurable par la monnaie sur le marché, le sujet conçoit librement le prix de son travail comparé à celui des autres. La décision du travail signifie un sujet qui commence dans son imaginaire à offrir ce qu’il demande. S’il se voit capable de produire par lui-même ce qu’il veut, il va consommer directement le fruit de son travail. Parce que la valeur du sujet est le motif du travail, la transformation de matière physique est rationnellement une consommation de la forme introduite dans la matière. S’il est une raison de travailler, elle relie l’effet à la fin du travail par l’imaginaire personnel. Si le travailleur ne se voit pas capable de produire lui-même sa demande, il l’échange contre celle d’un autre qu’il pourvoie par son offre. Le travail est un échange d’imaginaire entre offre et demande de personnes individuelles d’une même collectivité. L’effet matériel du travail est une dépense de temps et d’énergie. L’effet formel du travail est la valeur sans laquelle le sujet n’aurait pas agi ni en offre, ni en demande. La valeur du travail est positivement ordonnée par l’imaginaire : à la fois réellement négative en ne répondant pas tout à fait à une demande et réellement positive par l’échange équilibré en offre et demande de sa production consommée.

L’imaginaire origine les causes métaphysiques du travail humain. L’origination forme la relation entre la fin et l’effet. Avant la consommation d’énergie physique qui matérialise le travail, l’origine relie la matérialité de l’effet à une fin intelligible. L’origine mathématiquement complexe du travail est l’échange effectif d’un objet produit contre un objet consommé. La valeur de l’objet consommé justifie la valeur de l’objet produit. S’agissant matériellement du même objet, c’est la différence entre le sujet producteur et le sujet consommateur qui prouve objectivement la valeur du travail échangé. La contrepartie de l’échange établit le prix de l’objet travaillé. Dans le troc, la contrepartie est un autre objet également travaillé, au minimum par l’identification de la forme qui lui donne sa valeur. Si la contrevaleur de l’échange est une matière qui n’a nécessité aucune dépense d’énergie physique à son porteur, mais seulement l’identification de sa forme numéraire, alors elle est monétaire ; utile non par sa matérialité physique mais par sa représentation du nombre issu du travail de réalité dans l’imaginaire. Qu’il soit ou non physiquement matérialisé, le prix est un nombre réel imaginaire ; matériellement visible dans le nombre réel et physiquement invisible dans la plus-value des acteurs de l’échange.

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L’actualité de la crise: des paradoxes qui prennent tout leur sens, par François Leclerc

Billet invité.

DES PARADOXES QUI PRENNENT TOUT LEUR SENS

Une nouvelle tenant d’un fort paradoxe attire aujourd’hui particulièrement l’attention, dont l’agence de notation Moody’s est à l’origine.

Elle s’était tout dernièrement fait remarquer en annonçant que les Etats-Unis, l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni se « rapprochaient du moment » où elles allaient perdre leur note AAA, en raison de leurs difficultés budgétaires. Osant remettre en cause ce qui était jusqu’alors un tabou, que la baisse de la notation des dettes espagnole, portugaise, grecque et irlandaise – toutes déjà intervenues – n’avait pas encore brisé. L’amenant à être accusée de jeter de l’huile sur le feu.

Dans son étude semestrielle sur l’Europe, elle vient de préciser ce qu’elle entendait dire en tenant de tels propos hétérodoxes. « Compte tenu de la nécessité de s’en tenir à des mesures d’économies strictes pour plusieurs années, Moody’s estime que les craintes sur la croissance économique constituent un risque pour la notation des Etats. Ceci est particulièrement vrai en Europe, où la croissance devrait être moins élevée que dans le reste du monde »

En conclusion de son document, l’agence annonce qu’elle va attentivement surveiller « les voies choisies par les gouvernements et leur potentiel à générer de la croissance ». Une analyse qui peut plonger les analystes dans une certaine perplexité. Car les mesures de rigueur qui sont prises en Europe ont eu pour justification de répondre à l’attente des marchés, afin précisément d’éviter que ceux-ci enchérissent le coût de la dette obligataire. Or ce sont ces mêmes mesures qui sont dorénavant estimées pouvoir y aboutir, conséquence inévitable d’une dégradation de la notation de la dette souveraine si elle devait intervenir. Impliquant de faire en même temps une chose et son contraire, si l’on s’inscrit dans cette logique.

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Marianne, « Renverser la loi de la jungle », le 21 août 2010

Un entretien que j’ai accordé à Hervé Nathan et Alexis Lacroix. On le trouve en facsimilé ici.

MARIANNE.- Deux ans après le début de la « grande crise » et trois mois après la crise grecque, c’est la question qui agite tous les acteurs politiques et économiques européens. Peut-on encore « moraliser » le capitalisme, c’est-à-dire concilier la morale et le capitalisme ?

Paul JORION. – Je ne le crois pas. Car, à partir du moment où l’éthique est introduite dans le capitalisme, on obtient un autre système que le capitalisme. Depuis que le capitalisme existe, de nombreuses crises auraient dû constituer des occasions de tout remettre à plat. Mais manifestement, l’animal résiste à toutes les tentatives d’instaurer de l’éthique. La logique sous-jacente au capitalisme échappe à ce que l’anthropologue Johann Friedrich Blumenbach a appelé le processus d’auto-domestication de l’espèce. Avec, comme conséquence, une disparition partielle de l’agressivité, par l’invention d’institutions nous permettant de domestiquer nos pulsions les plus dangereuses. L’élaboration de la notion de démocratie depuis l’antiquité grecque, par moments successifs, avec, entre autres, la Révolution anglaise et la Déclaration d’indépendance américaine, fut l’occasion d’un apaisement progressif de l’agressivité par l’auto-domestication de l’espèce.


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Aristote explique la matérialité libre, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

La libre obligation de choisir

Les sujets d’une société mettent en commun les causes formelles de leur valeur par une matière distincte des objets physiques circulant. La langue est l’ensemble des mots qui communiquent les idées. Les idées expriment les formes à partager dans les objets échangés. Selon la règle que les sujets de l’échange admettent entre eux, les idées présentes dans l’objet transmis sont plus ou moins communes ; la valeur est plus ou moins formée, plus ou moins durable entre ses sujets. Afin que la société soit durablement une source de valeur pour ses membres, ils se soumettent à une loi commune. La Loi est l’ensemble des idées qui portent la valeur des membres d’une société. La Loi relie les personnes en société, délimite leur idée commune de la valeur. Elle leur fournit les formes de leur existence personnelle avant qu’elles n’en aient individuellement conscience et la volonté de s’y soumettre. La matérialité de la Loi en parole ou en écriture peut masquer sa nature formelle ; toute personne peut prendre la Loi pour matière d’un déterminisme qui la dispense de choisir. Ainsi ignore-t-elle en réalité les causes finales de la communauté de valeur dont elle vit.

La définition du marché de la valeur par la conjonction des quatre causalités aristotéliciennes complique l’idéalisme et le matérialisme, les deux postures d’intelligence qui délaissent la causalité finale. Elles réduisent la causalité en trois ordres au plus qui simplifient la responsabilité de l’intelligence. L’idéalisme absorbe la matérialité dans l’efficience. L’individu n’est qu’apparence et les sujets ne se pensent plus séparés les uns des autres. De son coté, le matérialisme absorbe la finalité dans l’efficience. L’action individuelle n’est pas libre ; les sujets sont déterminés les uns par les autres. L’idéalisme est une liberté sans individus et le matérialisme des individus sans liberté. L’omission d’une quatrième causalité réduit négativement la personne, la liberté et la valeur.

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Voyages, partis et urgences

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Me voici donc revenu chez moi, après dix-huit jours sur les routes de France et de Navarre (c’est le cas de le dire), reliant essentiellement deux interventions : la première au « Banquet » de Lagrasse, le seconde aux Journées d’été des Verts à Nantes, et complétées de visites à des amis très chers, à de la famille non moins chère (j’en ai parlé), et des endroits à voir ou à revoir pour le simple plaisir : Carcassonne, le Tourmalet, Biarritz.

Malgré des conditions parfois assez acrobatiques et des connexions internet un peu chiches, je suis arrivé à maintenir la continuité des vidéos du vendredi et ce challenge constitue pour moi un plaisir toujours renouvelé. Les billets invités de grande qualité ont permis de poursuivre le débat pendant ce temps-là. De mon côté, pas mal de retards accumulés mais je devrais retrouver ma vitesse de croisière dans les tout prochains jours.

Un mot sur mon intervention hier chez les Verts, en compagnie de Pierre Larrouturou et de Pascal Canfin.

Je réponds comme vous le savez à toutes les invitations de partis civilisés d’intervenir dans leur cadre et, en plus des Verts, j’ai déjà répondu à des invitations, dans l’ordre, d’Henri Emmanuelli pour la gauche du PS, de Pervenche Berès pour le groupe Socialiste du Parlement européen, de Corinne Lepage pour Cap21, et à deux reprises maintenant, des Verts.

Les partis politiques ne constituent pas mon cadre de prédilection. D’abord, comme je dis tout ce qui me passe par la tête, la discipline de parti, ce n’est pas vraiment ma tasse de café. Ensuite, les échéances électorales n’ayant aucun rapport avec la réalité, elle constituent pour moi un carcan insupportable. Exemple : les Verts préoccupés des présidentielles en 2012. Je l’avais noté incidemment à propos du Sommet de Zermatt : les intervenants se partageaient en deux camps qu’on pouvait caractériser comme : « Perspectives à l’horizon 2020 » et « Dans quel état le monde sera-t-il l’année prochaine ? ». J’appartenais cela va sans dire au deuxième groupe. Du coup, j’interviens essentiellement dans une perspective critique : « J’entends bien ce que vous dites faire. Personnellement, je m’y prendrais autrement… ». Hier, précisément, un échange parfois un peu vif de ce type-là avec Pascal Canfin.

Vous devez vous souvenir qu’en juin, Pascal Canfin, eurodéputé Vert, avait lancé un appel à la mise sur pied d’un contre-lobby financier. J’avais fait remarquer à l’époque que Le blog de Paul Jorion joue déjà un rôle de groupe de pression dans ce domaine. En réponse sans doute à ma remarque de l’époque, Canfin disait hier que ce qu’il a en tête est très différent : un lobby capable d’émettre une opinion circonstanciée sur toutes les propositions réglementaires dans le domaine financier dans le cadre européen. Alors là, d’accord, on sort entièrement de ce que nous entendons faire dans le cadre du blog. Depuis trois ans, la quasi-totalité de ces propositions sont soit de purs exercices de propagande, soit des diversions grossières, et nous n’avons certainement pas de temps à perdre à gloser là-dessus. Vous nous voyez éplucher les 2 300 pages du « financial overhaul » américain dont le but officieux est – comme il a été dit – d’« avoir l’air de faire quelque chose » ?

J’ai posé deux questions à Pascal Canfin. La première : le « lobby » est-il vraiment une forme d’institution qu’il est souhaitable de vouloir reproduire ? La seconde – et là je rejoins ma remarque précédente sur le sens de l’urgence – l’espérance de vie de la finance justifie-t-elle l’effort nécessaire à la mise en place d’un contre-lobby ?

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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