« La Survie de L’Espèce », par Grégory Maklès et Paul Jorion

Déjà tout petit, j’aimais la bande dessinée. Je dévorais tout : Spirou et Tintin bien sûr mais aussi Cap’taine Sabord, Wrill, Story, tout y passait. Qui se souvient aujourd’hui de L’île de Mytilène ?…

Hum… bon, je recommence. Cachant soigneusement son identité sous le pseudo « Grégory », Grégory Maklès est un commentateur de longue date du blog. Allant voir ce qu’il faisait en matière de bandes dessinées, je lui dis un jour : « Grégory, mon vieux, la fantaisie héroïque, c’est bien, mais c’est beaucoup trop classique – Guy l’Éclair est d’ailleurs inégalable ! – l’avenir de la BD, c’est la BD financière ! ».

C’est mieux comme ça, mais à part le fait qu’il soit un commentateur de longue date du blog, ce n’est pas comme cela que les choses se sont passées. La vérité historique, c’est que c’est lui qui m’a proposé qu’on fasse une BD ensemble (une planche somptueuse en préparation – le maniement de l’airbrush par Grégory y est époustouflant ! – reconstituera cette scène initiale). Comme j’étais un peu désoeuvré à l’époque (il ne se passait pas grand-chose, à part l’effondrement de l’euro), j’ai dit oui.

Notre première collaboration (c’est moi qui écrivis le dialogue) est cette caricature qui vous est déjà familière. De notre seconde, intitulée « La Survie de L’Espèce » – une saga qui se terminera, comme vous le savez, en 2012 – vous trouverez les deux premières planches ci-dessous.



À suivre…

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103 réflexions sur « « La Survie de L’Espèce », par Grégory Maklès et Paul Jorion »

  1. Initiative et ambition pédagogique fort intéressante. Mais je me demande si l’enjeu c’est la bouffe (je fais allusion à « tu vas aller me chercher à bouffer »).

    Je comprends bien la nécessité de simplifier mais l’enjeu ‘bouffer’ permettra-t-il de rendre vraisemblable toute la sournoiserie que l’homme a pu déployer pour fabriquer du consentement ? Pourrez-vous explorer tous les méandres de cette fabrique du consentement avec le (seul) motif trivial de la ‘bouffe’?

    Par ailleurs, quand on observe un troupeau de singe ou de lion la domination des plus forts ne semble pas s’exercer de la façon la plus dramatique lorsqu’il s’agit de s’accaparer la bouffe mais pour d’autres choses qui engagent, me semble-t-il, plus directement la survie de l’espèce (comme l’annonce votre titre). Mais j’imagine que vous avez prévus ces autres choses…

    Dans tous les cas bon courage et que l’inspiration soit avec vous !

  2. Miaou,

    Pardon de m’immiscer dans ce déluge de bravo (que je partage) mais, question BD qui explique l’argent et le capital, peut-on citer « Le Schtroumpf financier » ?

    1. On peut, Ar c’hazh du, on peut.
      ( regardez l’étonnant enchaînement qui me vient à l’esprit : Ar c’hazh … Le chat … Bande dessinée … Arzach … Moebius … Les yeux du chat )
      Et on peut ajouter « Obélix et Compagnie » (Ed. Dargaud. 1976) :
      —————

      CESAR : Approche Caius Saugrenus. Comment ferais-tu pour affaiblir ces gaulois doués de force magique ?
      C. SAUGRENUS : C’est simple, ô César : l’appât du gain, l’or… …voilà qui les affaiblira et les occupera. Nous allons en faire des décadents.

      (Plus tard, Caius Saugrenus a réussi à convaincre Obélix de fabriquer des menhirs « contre des sesterces ». Il veut le faire produire plus pour gagner plus) :
      C. SAUGRENUS : Si tu ne peux pas augmenter la production, l’offre ne pouvant satisfaire la demande, ça risque de faire chuter les cours.
      OBELIX : Eeeeh ?
      C. SAUGRENUS : Si toi pas pouvoir faire plus de menhirs, moi y en a donner moins de sesterces. Toi y en a compris ?

      (Peu après, Obélix croise Astérix) :
      OBELIX : Astérix ! Tu ne veux pas m’aider à faire des menhirs ?
      ASTERIX : ?
      OBELIX : Ben oui. Si la demande offrée de la production satisfaite j’en fais pas assez, alors ça va faire chuter les sesterces dans la cour.
      ASTERIX : Eh ?
      OBELIX : Toi y en a compris ?

      —————
      Grâce à Goscinny, moi y en avoir tout compris à l’économie.
      Grâce à Goscinny, moi y en a prêt à lire chaque lundi sur le blog de Paul Jorion (Mâtin, quel blog !) la bande dessinée de Paul Jorion et Gregory Maklès …HOP !

  3. Génial !
    Cependant , je ne suis pas sur que l’on ait pu , dans l’ancien temps, inventer quoique ce soit sous la contrainte …
    Le pain , c’est une histoire de bonne femme qui oublie de la pâte dans un coin .

    Et puis, franchement , à bien y réfléchir , faut être débile pour frotter durant des heures deux pierres l’une contre l’autre . Le feu , c’est le fruit du hasard ou peut être d’un gogol désoeuvré au fond d’une caverne .

    1. « Cependant , je ne suis pas sur que l’on ait pu , dans l’ancien temps, inventer quoique ce soit sous la contrainte … »

      Bon… Il se peut que dans un soucis de rapidité nous opérions parfois quelques raccourcis culottés, je l’avoue 🙂

  4. Merveilleux !
    çà tombe à pic, en plus, j’ai un peu de boulot en ce moment et une bronchite en prime.
    Alors les articles de M. Sarton du Jonchay, c’est trop dur pour mon pauvre cerveau fatigué.
    Donc maintenant, le lundi, c’est ravioli ET BD !!
    Chouette !!

  5. Bravo, excellent support pour vulgariser efficacement des notions de base.
    J’imaginais il y a quelques jours, face à l’avalanche de rhétoriques dispensées par les nouveaux « prêtres » de la com, qeu l’on pourrait user de scénettes de théâtre pour caricaturer le théâtre actuel qui nous est offert chaque jour sur la grande scène politicienne.
    Rien qu’à en imaginer la distribution, j’en souriais. Un peu dans l’esprit de Molière.
    Peut être à bientôt dans ma région au festival Bédéciné 2010 ou 2011.
    http://www.espace110.org/bedecine/

  6. Après le détournement situationniste de la bande dessinée dans les années 60, et la mise ne bande dessinée de romans, et particulièrement de polars (chez Rivages/Casterman par exemple) la BD financière critique.
    Encore un effort pour faire venir les jeunes lecteurs se confronter à nos critiques : il faut faire maintenant des mangas, et ainsi gagner des lecteurs au Japon et dans d’autres pays asiatiques, car le genre s’il semble bien être d’origine japonaise, a essaimé dans d’autres pays asiatiques.
    La BD peut être notre cheval de Troie pour pénétrer des terres qui ne nous connaissent pas.
    J’ai même eu la possibilité de feuilleter il y a quelques années l’ouvrage de Georges Orwell, la Ferme des animaux, mise en bande dessinée dans une lointaine colonie française.
    Jorionistes, à vos plumes.

  7. Changement de support, changement de ton et de style…..
    « L’humour est la politesse du désespoir. »
    François Cavanna est pour moi un maître dans ce style « déjanté » de fresques historiques, je ne peux que conseiller sa lecture à ceux qui ne connaissent pas.
    Bravo au graphiste et à l’aérographe qu’il emploiera pour la version anglaise à venir…..!
    Je verrais bien une versions chinoise aussi….. Arabe aussi…..
    Cunéiforme aussi, cyrillique, hiéroglyphique, hébraïque ou braille….
    Gravée pour la postérité dans le « marbre » numérique quoi!
    Ainsi vos fan n’auront pas fini d’imprimer et de distribuer des fanzines….
    « Alertons les bébés!  »
    Et rendez-vous à Angoulême!

    1. @ Pierre

      Bonsoir,

      « Seule la virulence de mon hétérosexualité m’a empêché à ce jour de demander Cavanna en mariage. » (Pierre Desproges)

      Histoire de la crise des subprimes en BD, dessins bof mais explication limpide (rue 89)

      http://www.rue89.com/files/subprimesRue89.pdf

      L’intégrale du discours de JL Mélanchon d’hier,

      http://www.jean-luc-melenchon.com/theme/videos/

      « Humour » du panier:
      http://zetrader.fr/?article316/psychologie-en-bourse-naissance-des-rumeurs-en-bourse
      http://zetrader.fr/?article333/psychologie-bourse-trading-graphique-dow-jones-1929-a-1932

  8. Ok. Donc pour résumer Carl Sagan, on peut dire que l’espèce humaine est un organisme et que, un organisme en guerre contre lui-même est condamné à son autodestruction.

  9. Ce qui change en tout cas c’est le nombre hallucinant de personnages féminins dans cette première planche !
    Certes « fils de Krakra » aurait fait légèrement moins… classe. J’en conviens.
    Il n’empêche ! cela aurait eu un côté tout aussi réaliste.
    Puisque c’est comme ça, je retourne à mes bandes-dessinées fantastiques.
    Na.

    1. et @ gueule d’atmosphère 31 août 2010 à 10:54 :
      « enfin, ça vaut toujours le coup de se reposer ces questions, non?  »

      Je suggère cette piste, extrait de ‘Cabo San Lucas’ par Holly Rennick
      dit par Jeanie, la vraie actrice, en arrière-plan, de ce conte immoral :

      « Les garçons sont si faciles à diriger quand tu leur fait croire qu’ils sont les chefs. »

  10. Je crois que personne ne l’a encore fait, je voudrais donc profiter de ce fil qui parle d’art pour saluer la mémoire d’Alain Corneau, l’auteur entre autres de « Nocturne indien ». Ce film m’avait bouleversé et fait découvrir Schubert. Je ne pouvais manquer de lui rendre hommage.

  11. La quatrième vie du canard du Père Duchesne, façon BD espèce « tu perds des chaînes » en 2012 ?

  12. @ Paul Jorion,

    Il y a quelques années, j’avais feuilleté en librairie un manga surprenant :
    « Les secrets de l’économie japonaise » de Shotaro Ishimori

    Je me souviens que cette bande dessinée japonaise m’était tombé des mains ; trop technique, trop économico-économique pour moi. Je pense qu’aujourd’hui je prendrais un certain plaisir à lire cette BD détaillant pour le japonais lambda l’économie globalisée ( où, bien sûr, le Japon gagne à la fin ).
    Par curiosité, vous pouvez regarder la recension très documentée qu’en fait ce blog :
    http://japon.canalblog.com/archives/2009/06/09/14023800.html

    L’histoire :
    Kudo et Tsugawa sont deux cadres, employés d’une grande entreprise agissant dans de nombreux secteurs du commerce. Le premier est soucieux de l’intérêt général, le second du seul intérêt de la boîte. La trame de la BD est bâtie sur la rivalité des deux jeunes cadres.

    Je lis la préface très volontariste de Christian Sautter (présenté comme « directeur d’études à l’Ecole des Hautes-Etudes en Sciences Sociales », et qui sera ensuite nommé Secrétaire d’Etat au budget, puis Ministre de l’Economie et des Finances en remplacement de DSK démissionnaire). Nous sommes en 1989 à l’époque ou le pilote de la France fait amorcer au pays un virage économique sur l’aile, direction Maastricht (1992° / Ouest-Ouest). Il n’est alors pas étonnant de lire sous la plume de l’actuel adjoint au maire de Paris (chargé du Développement économique et de l’Attractivité internationale – si si !), en conclusion de ce dithyrambe de la réussite japonaise, ces mots vibrants :  » Européens, à bon entendeur, salut ! L’an prochain à Angoulême ! il serait temps de faire des BD sur le formidable défi que lance la dynamique japonaise à l’Europe de 1992. »
    Depuis l’édition de ce manga propagandiste, l’économie japonaise a semble-t-il cessé d’être le modèle à suivre. Est-ce la raison pour laquelle dans la fiche Wikipédia de Christian Sautter ne figure pas cette préface, ni son livre « Les dents du géant ; le japon à la conquête du monde » (Olivier Orban, 1987) …ni son passage à l’EHESS (mais c’est une autre histoire !).

    Je lis les vingt premières pages que reproduit le blog : Après une introduction en fanfare par David Ricardo en personne (« Cette course au profit personnel est merveilleusement liée à la bonne marche d’un ensemble ») on est précipité directement dans l’action, les sentiments, le pragmatisme froid de trader-yakuza, l’humanisme tempéré, et les conflits inter-continentaux !
    Bref, de quoi passer un bon moment !
    Je me demande si ce manga, paru chez Albin Michel en 1989 est encore disponible quelque part.

    1. « Les dents du géant ; le japon à la conquête du monde » (Olivier Orban, 1987)

      Y’en a, c’est des visionnaires à l’envers. Si on le sait, c’est tout aussi utile que les vrais visionnaires. 🙂

    2. Tiens, j’y pense, c’est pas lui qui aurait aussi conseillé au maire de Paris sa célèbre phrase sur la gauche qui doit se décomplexer et devenir libérale (de mémoire), dite quelques jours avant le krach de 2008? Fortiche le gaillard.

    3. Si vous voyez un manque dans wikipedia, n’hésitez pas à le corriger. Pour un article comme celui là, c’est à peine plus compliqué que de poster un commentaire…

    1. Aaah, Gotlib… Son ombre planne bien sûr sur ce projet. C’est sympathique d’avoir retrouvé cette planche effectivement d’un sujet proche.

      Ce qui me fait penser, puisqu’on en est à faire des recherches en antériorité, que Greg (pas moi, hein!) avait aussi fait un Achille Talon sur le sujet : L’Archipel de Sanzunron (une commande initiale du Credit Lyonnais, m’apprend wikipedia, ce qui explique bien des choses). Dans mon souvenir le dessin était un peu faible par rapport à son habituel ; par contre je ne sais absolument pas ce que je penserai aujourd’hui de l’histoire.

      Il y a quelqu’un qui en parle longuement ici :
      http://libertariens.chez-alice.fr/sanzunron.htm

      Hmm, il y a des phrases qu’on croirait sortie de l’Argent, Mode d’Emploi :

       » l’absence de monnaie n’empêche pas les à-valoir, les primes, l’intérêt ni les traites et les échéances, de plus un client motivé par une nécessité prioritaire n’hésite pas à faire monter les enchères, or , la satisfaction des deux parties reste entière. Donc me souvenir à mon réveil : le système existe forcément depuis la nuit des temps !  »

      Tiens, je vais essayer de le relire, celui là…

  13. La sociologie est souvent définie comme « L’étude de la société; l’interaction sociale de l’Homme ».

    Ce domaine prend en compte les structures sociales, à la fois cognitives et matérielles. Un exemple de structure sociale cognitive est l’institution établie de la religion et comment son fonctionnement affecte la conscience collective. Par exemple, les chrétiens Provie partagent le point de vue que la « vie » humaine est un élément séparé de la nature et que tuer un foetus non-né est mauvais. Concurremment, le système monétaire basé sur la compétition a des promoteurs qui mettent en avant des idées telles que la compétition est l’état social le plus productif dans lequel les humains peuvent s’engager.

    Les structures sociales matérielles, de l’autre côté, sont très évidentes et existent sous la forme d’entreprises et de gouvernements, chacun ayant une forte influence sur la société. Bien sur, toutes les structures sociales matérielles sont créées à partir du domaine cognitif, car elles ont toujours une idéologie derrière elles.

    Actuellement, une issue sociologique commune a à composer avec la « Nature Humaine » et ses effets dans un sens collectif. Par exemple, la plupart des personnes ont été formées à croire que les êtres humains sont par nature compétitifs, de même que la stratification (division) sociale ou la hiérarchie sont aussi une « tendance humaine naturelle ».

    C’est un sophisme (erreur).

    Si vous observez, disons, un groupe de lions, vous verrez une hiérarchie sociale et une violente compétition pour la nourriture dans la plupart des cas. Cette comparaison est ce qui amène les gens à penser qu’il s’agit aussi d’un phénomène naturel dans la société humaine (guerre, avidité, l’égo etc). Ce qui est cependant négligé, ce sont les conditions environnementales présentes dans chaque cas. Le groupe de lions existe dans un monde de rareté. Ils n’ont pas la capacité de créer des pièges pour la nourriture, de même la nourriture n’est pas accessible à la demande. Ils doivent chasser et se battre entre eux. Ceci crée naturellement de la compétition, car pour survivre, les lions DOIVENT être agressifs les uns avec les autres. À son tour, la hiérarchie se développe car le plus fort de ces lions gagne le plus, et à son tour exerce sa dominance de façon stratifiée.

    Dans la société humaine actuelle, la même chose est en train de se passer. Les humains ont vécu dans le même contexte de rareté depuis la nuit des temps. Cependant, le temps passant, nous sommes devenus de plus en plus « civilisés » grâce à notre capacité à créer. Contrairement aux Lions, les humains sont capables de créer des outils et de mettre sur pied des procédés qui libérent l’être humain d’une corvée ou d’un problème, réduisant la raréfaction.

    Compte tenu de cet aperçu nous nous apercevons donc que sur un plan fondamental si la rareté pouvait être éradiquée, le comportement humain serait soumis à un changement radical, l’éloignant de la compétition, la domination et la stratification.

    De même, les idéologies qui ne sont pas à l’épreuve du temps, tels que la religion théiste, composent ce mythe disant que les humains et la société sont construits d’une certaine façon. Par exemple, l’idéologie catholique affirme que l’Homme est « né avec le péché ».

    C’est absurde, arriéré et basé sur une compréhension primitive du comportement humain. Il n’y a aucune différence entre un bébé Gandhi et un bébé Hitler… c’est l’environnement qui façonne la personne et par conséquent la société (et vice versa).

    Par conséquent, le véritable changement sociologique apparaîtra en supprimant les conditions qui causent des modes de comportement aberrants qui polluent notre société. La prison, la police et les lois sont de simples patchworks et, en réalité, ont tendance à rendre les choses de pire en pire au fil du temps.

    En fin de compte, pour le bien de tous une refonte de notre culture sera nécessaire pour changer le comportement humain.

  14. Ah ben tiens… l’union d’un de mes dessinateurs favori avec un des mes blogueurs économistes préféré.

    ça va ptet même me faire acheter les Aventures de Kalahane!

  15. Hyper, Hyper, Hyper, Hyper, Gééééniaaaal !

    Bon, ben que pourrais-je dire d’autre sur ce blog?
    Ah, si: ça pourrait peut-être nuire au classement des « blogs de l’économie »…

    Je suis quand même un peu interloqué par mes faibles capacités de mauvaise (et de bonne) foi…

  16. Je ne partage pas l’enthousiasme des commentateurs pour cette première planche. Non qu’elle ne soit pas très réussie, elle est parfaite en son genre, mais parce qu’elle inculque une idée fausse : l’exploitation de l’homme par l’homme aurait toujours existé, elle serait pour ainsi dire, (et comme le suggère la première case), inscrite dans nos gènes. La sociabilité est effectivement inscrite dans nos gènes, (les singes sont d’ailleurs nos semblables sur ce plan), et elle implique une hiérarchie, donc une domination des uns sur les autres au sein d’un groupe. Mais de là à l’exploitation de l’homme par l’homme, (« il y a toujours quelqu’un quelque part qui peut faire quelque chose à notre place« ), c’est une autre paire de manches ! Cette domination-là résulte d’une organisation sociale sophistiquée qui n’a pu apparaître qu’après l’invention d’un langage lui-même très sophistiqué : donc elle ne doit rien à la biologie, contrairement à ce qui est raconté.

    Si je puis me permettre : cette domination est un acquis de la civilisation, non un fait inhérent à la nature de l’espèce humaine, au demeurant elle n’est pas apparu dans toutes les sociétés primitives. Je pense que c’est très regrettable de laisser croire le contraire : sous couvert d’énoncer une vérité profonde, vraie de toute éternité, on ne fait que justifier la résignation.

    1. @ Crapaud Rouge,

      Votre raisonnement se tient parfaitement (comme d’hab’ !).
      Peut-être faut-il prendre la chose comme une sorte de licence poétique en faveur de la démonstration finale. Un peu comme Shakespeare ou Victor Hugo s’arrangeant à leur aise avec l’histoire et la mythologie.
      Comme on dit souvent : le conteur à le droit de violer la vérité et la réalité …si c’est pour lui faire un bel enfant.

      (Encore quatre jours d’attente avant la deuxième livraison… c’est looooong !)

    2. Tout à fait d’accord avec vous Crapaud Rouge. Ce point m’avait aussi un peu titillé et me rappellait un peu trop le slogan « le capitalisme existe depuis toujours » à la jducac. Mais je vois pas comment commencer à faire fin et nuancé et puis en même temps faire autant rigoler que cette planche.

    3. @jean-luc : « le conteur à le droit de violer la vérité et la réalité …si c’est pour lui faire un bel enfant » : très belle citation avec laquelle je suis d’accord. Reste à savoir ce que va enfanter le duo Jorion-Maklès. Va-t-il condamner la civilisation, (représentée dès la première vignette par l’homme au costard-cravate), ou simplement dénoncer ses excès ? Je penche pour la seconde hypothèse puisque Paul estime qu’il faudrait faire entrer l’économie dans la civilisation. Pourtant, il reste ça et là des indigènes qui s’efforcent de maintenir leurs traditions héritées de l’époque où ils ne connaissaient que la sagaie : n’est-ce pas le signe que ce que nous appelons « civilisation » est un contre-sens, qu’il s’agit en fait de barbarie organisée ? (A grands coups de massue.)

    4. Rien ne nous dit que l’exploitation « originelle » présentée dans cette (excellente..) BD était générale ou généralisée. On peut très bien l’identifier comme une déviation « pervertie » d’un « état naturel » et non comme un « état naturel » en soi, ou une évolution « naturelle ». Même avec Darwin, je précise…

      La « licence poétique » est rattrapable!

      Par contre, je voudrais pas jouer les rabats-joie ou les pisse-vinaigre, mais pisse-froid, c’est invariable!

      Étymologie
      De pisser et de froid.

      Nom commun
      pisse-froid /pis.fʁwa/ masculin et féminin identiques invariable

      1. (Familier) Personne morose, revêche, sans chaleur humaine, sans humour.
      * Difficile de leur arracher un sourire à ces pisse-froid !
      Wiktionnaire

      Reste la variante orthographique « pissefroid », qu’on doit pouvoir mettre au pluriel, à la limite… 🙂

    5. @vigneron : ok, je suis pisse-froid, mais à mon âge on ne se refait pas.

      @Moi : plutôt d’accord si le but était de faire rire, mais pourquoi faire rire au début si ce n’est pas le but de toute la BD ? Un ouvrage didactique, une critique sérieuse, ne doivent faire rire qu’accessoirement.

    6. Il me semble au contraire que la planche situe précisément l’exploitation de l’homme par l’homme au même niveau que le feu ou les rites funéraires : une découverte humaine significative quand à son développement…

      D’ailleurs je pensais comme vous, que cette exploitation capitaliste de l’homme par l’homme (alors que le communisme, c’est l’inverse…) était une construction de l’acqui. Mais en en parlant avec madame, qui est docteur en psychologie du développement, j’ai appris qu’en fait, l’exploitation du rat par le rat est une réalité ancienne et très documentée experimentalement. Voir en particulier ceci :

      http://hal.inria.fr/docs/00/19/35/39/PDF/033-044_Desor.pdf

      Comme c’est un peu long et technique, un bon résumé ici :
      http://www.lesmotsontunsens.com/sciences-homme-est-rat-homme-3185

      « Etonnant non ? »
      On peut donc supposer que contrairement à ces deux pages, ce type de comportement « exploitant » préexistait au reste chez l’homo. Mince, je viens d’auto fusiller ma bédé ! Heureusement qu’elle n’est pas destinée à une publication scientifique 😉

      1. Intéressant.
        La prédation serait orienté par un sentiment de peur!
        Il est vraie que la bd  » la survie de l’espèce » montre à un moment, le fils et le père qui ont peur de la misère! Ce qui légitimise ensuite l’action de prédation.

    7. @Gregory

      De tout façon, on s’en fout de ce qui préexiste ou pas, de « naturellement » bon comme de mauvais, chez l’homme puisque ce qui fait son humanité c’est précisément sa capacité à pouvoir se transformer, s’amender, progresser de façon autonome et collective au delà des déterminismes supposés ou réels. Par la simple magie alchimique de la socialisation, de la complexification fertile issue de la prise en compte toujours plus complexe de la figure d’autrui.
      Je crois intimement que nos représentations importent plus que tous les » réels » supposés.
      Quant à l’approche étiologique de l’humanité, je m’en méfie comme la peste. J’ai bien peur qu’elle nous en désapprenne ou « mésapprenne » plus sur l’Homme qu’elle ne nous en apprenne. Ne serait ce que par les représentations déviantes ou les interprétations abusives et non-innocentes qu’elle induit systématiquement.

      Ce concentrer sur l’inné est au mieux une impasse, au pire une régression, une négation de l’essence humaine. Une version pseudo-scientiste de du mensonge religieux.

    8. @vigneron
      Je suis tout à fait de votre point de vue, et d’ailleurs ça vaut mieux, parce que si on ne croit que ce qui caractérise l’humanité c’est justement de transcender les instincts par des comportements inventés à la force des neurones, ça n’a pas grand sens de faire une bédé comme « La Survie De L’Espèce » avec Paul. Comme il le dit, il y a un bien une cause derrière tout ça !

    9. Cette expérience sur les rats ne correspond pas à l’exploitation de l’homme par l’homme. Les rats transporteurs ne perdent rien en réalité parce que la nourriture est abondante et facile pour eux à aller chercher.
      Elle s’apparente plutôt à ce que nous avons tous connus à l’école lors des examens. Il y a un groupe d’écoliers qui connaissent les réponses aux questions et il y a un autre groupe qui sont des cancres. Parmi ceux qui connaissent les réponses, la plupart laissent bon gré mal gré les cancres copier sur eux et certains, plus rares, cachent leur feuille. Il va de soi que les plus stressés dans l’affaire sont les cancres (et c’est le cas aussi chez les rats exploiteurs, ce qui se comprend car ils crèvent si on supprime leurs transporteurs, tout comme les cancres échouent lamentablement à l’examen s’ils ne peuvent copier).
      Tout ceci est donc me semble-t-il une forme de coopération et non d’exploitation. Preuve en est qu’il y a aussi parmi les écoliers le correspondant du rat souffre-douleurs: le cancre exclus, que personne ne veut aider et/ou qui n’ose pas copier sur les autres.

      PS: j’ai regardé l’expérience sur un petit film disponible sur le web et les rats transporteurs ne défendent pas beaucoup leur nourriture. La plupart s’en foutent, ils savent qu’ils peuvent aller rechercher facilement de la nourriture, sauf l’égoïste (ou goinfre) rat autonome. De manière amusante, c’est celui-là que Didier Desor qualifie de plus débrouillard. Tout ceci rejoint ce que dit vigneron sur les interprétations trop souvent non-innocentes de l’éthologie.

    10. @Grégory : ok, si même les rats sont capables d’exploiter leurs congénères, alors il y a du biologique là-dessous. Mais il n’empêche, je maintiens ma critique : « remonter » à des explications trop « profondes », à des lois très générales puisqu’elles sont vraies même pour les rats, ne peut avoir pour effet que la résignation. Comment pourrait-on « transcender les instincts » s’il est avéré qu’ils sont aussi incontournables que la gravitation ? Pour se libérer de l’emprise des instincts, il me semble nécessaire de croire a priori qu’on en est libre. Cela dit, je conçois fort bien qu’on puisse affirmer les causes lointaines et incontournables de la domination pour mieux montrer, ensuite, qu’il est possible de s’en libérer.

    11. @Moi : « Cette expérience sur les rats ne correspond pas à l’exploitation de l’homme par l’homme. Les rats transporteurs ne perdent rien en réalité parce que la nourriture est abondante et facile pour eux à aller chercher. : je crois que vous n’avez pas bien lu les textes donnés par Grégory. Le second, (qui a le mérite d’être un court résumé des expériences), montre bien qu’il y a apparition d’une structure hiérarchique sous l’emprise du stress, et dans la mesure où ce stress s’exerce sur le groupe dans son ensemble, ce qui est le cas des groupes d’être humains. Ce stress ne dépend pas de l’abondance de la nourriture : il vient du fait que les rats doivent nager en apnée pour l’atteindre, de sorte qu’ils pressentent qu’ils risquent de mourir noyés car ils ne connaissent pas la longueur du tunnel.

      Et quand on voit que la domination des uns sur les autres va jusqu’à la mort des récalcitrants, on songe irrésistiblement aux révoltes populaires matées dans le sang. On songe aussi au fait, depuis longtemps constaté, que le propre du pouvoir politique est de décider de ce qui représente, ou non, une menace collective. A l’heure actuelle, par exemple, ce sont les islamistes et les marchés : les premiers pour toutes sortes de prétextes fallacieux, les seconds parce qu’ils sont capables de prendre des mesures de rétorsion. Quoiqu’il en soit, le bon peuple est instamment prié d’en avoir peur : on lui refuse le droit d’avoir peur d’autres choses, par exemple du démantèlement de l’éducation nationale…

    12. @Crapaud: « Ce stress ne dépend pas de l’abondance de la nourriture : il vient du fait que les rats doivent nager en apnée pour l’atteindre, de sorte qu’ils pressentent qu’ils risquent de mourir noyés car ils ne connaissent pas la longueur du tunnel. »

      Je vous retourne le compliment, je pense que c’est vous qui n’avez pas pas bien lu les liens. 🙂 (je l’ai fait et j’en ai feuilleté bien d’autres sur le sujet, que je trouvais intéressant)
      Les rats stressés sont les supposés exploiteurs!!! Pas ceux qui nagent, qui eux se portent comme un charme. De plus, ils connaissent la longueur du tunnel (en fait, il y a un petit tunnel transparent et la nourriture est visible de leur point de départ et ils connaissaient la boite avant qu’on ne l’ait remplie d’eau).

      « Et quand on voit que la domination des uns sur les autres va jusqu’à la mort des récalcitrants, on songe irrésistiblement aux révoltes populaires matées dans le sang.  »

      Où avez-vous vu que les récalcitrants étaient mis à mort? Il y a eu 3 morts lorsque l’on a mis 200 rats dans la cage mais l’expérience ne dit rien des circonstances, ni s’ils étaient exploiteurs ou pas. La seule chose qui est dite et vérifiée c’est qu’il y a l’un ou l’autre rat qui se laisse crever de faim car il a peur de l’eau et n’est pas capable d’en piquer aux nageurs.

      Tout ceci est clairement une forme de coopération et non d’exploitation. D’autres expériences du même type comme la boite de Skinner vont dans le même sens: on met un distributeur de nourriture à un bout et une pédale à l’autre, le rat qui appuie sur la pédale doit laisser manger les autres avant d’aller bouffer lui-même. On y constate que les rats changent de rôle et se relayent à la pédale. (dans l’expérience de la boite remplie d’eau, on constate aussi que lorsqu’on regroupe les exploiteurs, le même nombre se « sacrifie » pour aller chercher la nourriture car on peut supposer que ce sont ceux qui ont le moins peur de l’eau parmi ceux qui ont peur)

      1. Ben oui, quoi, pour aller chercher les dernières cerises en haut du cerisier vaut mieux y envoyer le(la) plus léger(e) et qui n’a pas le vertige !

  17. Au passage, je rappelle que le début de 2001, c’est précisément un singe qui découvre la notion d’arme à des fins de dominations sur l’inspiration d’un radiateur/lit/cafetière Philippe Stark qui trainaît dans le coin. Tout ce qu’on peut reprocher à ces planches doit être en premier lieu reproché à la vache sacrée Stanley Kubrick, nous sommes donc chat-bite intouchables.

    1. 2001, un des chefs-d’œuvre de Kubrick ok. Mais pour le message philosophique, bon, on va dire Hollywood, par pure charité…

  18. @ Vigneron,

    Heureusement, le privilège de la libre parole et libre pensée nous est laissé, comme un os relatif, avec la niche qui l’accompagne. Ouaf!

    Voir l’émission d’hier de Giesbert, Minc et Mélenchon faisant assaut d’intellect en compagnie de Mr d’Ormesson…très drôle semaine mythomane du fils bedos juste après.

    1. Ca veut dire quoi le Mr (anglicisme incorrect au demeurant, « M » mieux…) juste pour l’immortel d’Ormesson?

    2. Au demeurant toujours, votre créativité rhétorique, littéraire, stylistique et poétique ne lasse pas de me laisser, positivement, sur le cul.

    3. @ Vigneron,

      Bonnet-toile flagorne Magellan?

      Connexion parfois tranquille, écriture toujours immédiate, hachée comme le temps disparate, un fil se tresse, temps-détresse en ciel, une péripatéticienne donne, leçon d’humanité

      Mr pour un incompréhensible clin d’oeil à la grand-mère qu’a su incarner Jean d’Ormesson en l’instant sus-cité, l’intelligence artificielle qui nous accompagne ici mérite quelques fils à détordre dans « l’essence » du langage, tout comme vos raisins s’aggrippent à d’essentielles colères aux policés indécentes..l’autre miroir à lame brillante, désincarne les poires, qui dort?

      Siècle de journalistes, tous des journalistes, à lune pleurer, où sont les à coeurs humains?

      Léo est partout ce soir, alors encore un verre de Léo? Faites-vous du clairet?

      http://www.youtube.com/watch?v=7V2ie90nlHU&NR=1

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