L’actualité de la crise : Ô TEMPS, SUSPENDS TON VOL ! par François Leclerc

Billet invité

Déjà dépassés avant même d’avoir été appliqués, les accords du 21 juillet ont été ratifiés par le Bundestag sans donner lieu à un grand « ouf ! » de soulagement, les bourses continuant de manifester leur fébrilité devenue coutumière. La mise au point d’un plan A’ donne du fil à retordre et son approbation n’est pas gagnée d’avance, à suivre les méandres des débats allemands. De même que la renégociation de la participation des banques au second plan de sauvetage de la Grèce, qui suscite de fortes résistances des banques. Pour ne pas parler de la grande muette, la BCE, qui reste coite.

La dernière émission obligataire italienne a pourtant montré que les marchés ne sont pas revenus sur leur stratégie de la tension, faisant encore grimper les taux qui sont à la limite du soutenable. En Grèce, d’autres tensions sont à l’oeuvre, comme l’a illustré le très frais accueil réservé au retour de la Troïka. Une sorte de désobéissance civile se répand dans le pays, plus redoutable que les grands défilés sans lendemain. Enfin, l’échec de la privatisation du Loto espagnol – au vu du faible montant des offres – présage mal des ventes patrimoniales qui poussent comme des champignons en Grèce, en Espagne et en Italie, et qui sont destinées à accomplir ce que l’absence de croissance économique ne permet pas de réaliser : une augmentation des recettes de l’Etat pour rembourser la dette.

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LOGIQUE DE LA MACHINE ET LOGIQUE DU VIVANT, par Un Belge

Billet invité

On se souvient de la scène célèbre dans le film 2001 : Une Odyssée de l’espace, de Stanley Kubrick : le superordinateur d’un vaisseau spatial en a pris les commandes et tente d’expulser dans l’espace le dernier astronaute vivant. Tout se passe froidement et en silence car l’ordinateur n’agit pas par vengeance, ambition ou cruauté : il a simplement calculé que le facteur humain était devenu un obstacle à la réalisation optimale de son programme.

Cette scène me hante depuis longtemps car elle révèle ce qui se joue aujourd’hui, à chaque seconde, non seulement dans l’espace socio-économique mais dans le cœur et le système nerveux de chacun d’entre nous : ce duel (à mort) entre la logique de la machine et la logique du vivant. Combien de fois par jour suis-je amené à vivre en tête-à-tête avec un programme, officiellement conçu pour m’offrir confort et liberté, mais dont je dois suivre à la lettre les instructions? Il ne s’agit pas seulement de mon ordinateur, de mon smartphone, de ma voiture, du distributeur de billets, ou de la caisse auto-scanning du supermarché. Il ne s’agit pas seulement des rendements planifiés et exigés par mon employeur ou mon client, de ma feuille de route, de mes prestations contrôlées en temps réel. Il s’agit aussi de moi-même, seul(e), face à mes propres programmes de production et de conformité, de moi-même, seul(e), face à mon propre manager intérieur, avide de résultats. Sachant parfaitement ces choses, pourquoi continuons-nous à les subir ?

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 30 SEPTEMBRE 2011

Achever le programme ultralibéral
Le trader Alessio Rastani
Comment on écrit un algo
La BBC et le Daily Telegraph

La « lettre secrète » de Mario Draghi et Jean-Claude Trichet adressée à Berlusconi

Mon échange avec Éric Woerth

Le billet de Nikademus

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COMMENT RECAPITALISER RÉELLEMENT LES BANQUES, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Où est le capital bancaire ?

BNP Paribas affiche actuellement une capitalisation boursière de 37 milliards d’euros pour 85 milliards de capitaux propres comptables ; Société Générale capitalise 15 milliards d’euros pour des capitaux comptables de 51 milliards ; Crédit Agricole capitalise 13 milliards pour 52 en comptabilité.

Le marché financier estime que les capitaux propres des banques sont notoirement surévalués. Une telle situation est significative d’une incongruité systémique : soit les règles comptables sont hors de la réalité objective, soit le marché est irrationnel. Soit encore les groupes bancaires sous-capitalisés vont éclater pour que les propriétaires du capital retrouvent au moins leur quote-part de l’actif net dans le prix de leurs titres.

Pour anticiper ce qui ne peut pas ne pas arriver et arbitrer les options latentes, il faut nécessairement se placer dans un cadre de raisonnement qui n’est pas le système actuel contradictoire en lui-même. La contradiction réside dans un prix du capital bancaire réellement dissociable de l’obligation effective des banques à rembourser l’intégralité de leurs emprunts.

L’actuelle impasse systémique n’est soluble que par le changement de paradigme monétaire. La transformation en monnaie de la mesure du crédit produite par les banques est nécessairement erronée quand la garantie comptablement affichée par les banques est capitalisée en dessous de son prix nominal par les créanciers des banques.

Si la régulation du crédit n’est pas une science exacte ni à l’échelle de l’emprunteur, ni à l’échelle d’une banque, ni à l’échelle du système bancaire mondial, la seule variable de compensation des erreurs d’anticipation du crédit est la parité réelle de la monnaie. La parité réelle des monnaies émises sur le crédit bancaire est la loi de transformation réciproque des dettes bancaires en capital bancaire.

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L’actualité de la crise : PAUVRES BANQUES, PAUVRES DE NOUS ! par François Leclerc

Billet invité

Ce n’est pas un métier que d’être banquier : passe encore d’être couvert d’opprobre et soupçonné de toutes les cupidités, mais il faut encore tenir la barque à flot !

Les temps sont durs. Ils exigent de trouver des capitaux pour renforcer les fonds propres, afin de satisfaire à la réglementation de Bâle III, ainsi que de se préparer en Europe à des défauts sur la dette souveraine, qui pourraient survenir un beau matin.

Les régulateurs en rajoutent, déterminés – en dépit de l’intense activité de lobbies qui viennent de connaître une rebuffade – à imposer à des établissements systémiques, dont la liste de 28 noms est tout à la fois confidentielle et secret de polichinelle, des contraintes supplémentaires de fonds propres. Qui a tenu à ce sujet le discours suivant : « J’observe une résistance de certains acteurs du secteur financier envers Bâle III. Et envers le traitement des banques systémiques. Pour moi, cela ne peut pas être plus clair : ce qui a été décidé est décidé » ? Ne cherchez plus, il s’agit de Jean-Claude Trichet, à l’occasion du dîner de gala de l’Eurofi, à Wroclaw, le 16 septembre dernier.

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« ALESSIO RASTANI N’EST PAS VRAIMENT TRADER ! »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Si, bien sûr qu’il l’est, mais quel extraordinaire acharnement depuis hier à vouloir prouver que ce trader n’en est pas véritablement un !

Nikademus en avait déjà proposé l’explication simple : « Disqualification : par ceux qui ont des raisons de faire croire que les marchés sont socialement utiles », mais il faut sans doute creuser davantage : il y a quelque chose dans ce que dit Alessio Rastani qui doit véritablement toucher une corde sensible chez pas mal de gens. Mais qu’est-ce que c’est ? La « révélation » que ce ne sont pas les gouvernements qui gouvernent mais Goldman Sachs ? Le fait que les spéculateurs se font de l’argent sur la destruction de nos systèmes économiques ? Le fait que les boursicoteurs participent à la curée et peuvent éventuellement même gagner gros ? Bof ! ce qu’il dit, je le répète ici depuis plusieurs années, et ça ne gène apparemment personne (personne n’a jamais suggéré par exemple que je n’étais pas vraiment blogueur 😉 ).

Non, ce qui gêne, et il faudrait même dire bien sûr « qui fait peur », c’est le fait qu’il vende la mèche, et qu’en vendant la mèche, il offre sur un plateau d’argent des arguments à ceux qui apparaissent comme ses adversaires : les gens qui critiquent en ce moment le comportement des milieux financiers avec une irritation croissante. Et ça, vendre la mèche, ça ne se fait pas, et surtout, ça ne s’explique pas. D’où la réaction : s’il a l’air de vendre la mèche, ce ne peut être que parce qu’il fait semblant de vendre la mèche et il est en réalité quelqu’un d’autre que celui qu’il prétend. Souvenez-vous de Warren Buffett déclarant : « Oui, il y a bien une lutte des classes, et c’est la classe à laquelle j’appartiens qui a gagné ! », la première réaction a été précisément celle-là : « Il ne peut pas véritablement vendre la mèche : soit il veut dire autre chose que ce qu’on croit l’entendre dire, soit il fait semblant ! »

Tant que les gens agissent dans le sens de leurs intérêts, rien de très neuf ne pourra jamais se passer : tout continue comme avant et les vaches sont toujours bien gardées. Mais quand ils cessent d’agir selon leurs intérêts, les certitudes se fissurent, les frontières se troublent, et les choses se mettent à véritablement changer.

Et c’est en réalité cela qui fait si peur à certains : si Alessio Rastani est vraiment trader et qu’il pense vraiment ce qu’il affirme devant les caméras de la BBC, alors, une conclusion s’impose : une véritable transformation s’est amorcée !

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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EUROPE 1, À la une du web, jeudi 29 septembre à 20h50

Nicolas Carreau s’entretiendra avec moi du cas du trader Alessio Rastani.

Il est important de noter que l’intention de Nicolas Carreau était de s’entretenir avec Nikademus et que c’est ce dernier qui, étant indisponible ce soir, a proposé que je m’exprime à sa place. Je m’efforcerai de rendre justice à son billet : Le miroir de Dorian Gray.

Le podcast est ici.

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LE DÉBAT, Aider les financiers à devenir vertueux, N° 166, septembre-octobre 2011

Le numéro 166 de la revue Le Débat paraît aujourd’hui. Vous y trouverez aux pages 129 à 137, un texte intitulé : « Aider les financiers à devenir vertueux ». J’y explique que puisqu’ils n’ont pas encore pris conscience du bénéfice qu’il y aurait à le faire, c’est à nous de les aider en créant le cadre institutionnel qui leur permettra d’être vertueux sans faire automatiquement faillite s’ils décidaient de l’être.

Dans une revue d’un tout autre genre mais sur un sujet très proche : mon entretien sur quatre pages avec Philippe Nassif dans Technikart du mois de septembre : « Les financiers ont tué le capitalisme », aux pages 102 à 105.

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LE MIROIR DE DORIAN GRAY, par Nikademus

Billet invité

On nous dit que cela pourrait être un acteur, mais le fait même que le doute soit possible est significatif du discrédit généralisé à l’encontre de ce que font ces gens.

On nous dit que c’est un outsider, qui ne représente rien ni personne. Mais justement, seul un outsider pouvait dire cela, et pas un employé de banque qui serait viré dans la minute.

On nous dit que c’est un sociopathe ou un psychopathe, selon l’école psychiatrique dont on revendique l’autorité, mais cela ne résout pas la question. Est-ce que l’on n’a pas déjà montré sur le blog de Paul Jorion et depuis longtemps que tous les traders sont des sociopathes qui font précisément ce qu’il prétend faire ? C’est de cela dont ils doivent se défendre en général, et pas à propos de ce particulier là.

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L’actualité de la crise : POURQUOI FAIRE SIMPLE ? par François Leclerc

Billet invité

Plus que jamais règne une grande confusion ! À court terme, le déblocage des fonds destinés à empêcher que la Grèce fasse défaut reste en suspens. La bombe à retardement n’est toujours pas désamorcée. Le gouvernement grec affiche fébrilement la certitude que tout rentrera à temps dans l’ordre, mais la Troïka n’est toujours pas revenue à Athènes et son rapport, qui doit ou non permettre de débloquer l’argent, tarde d’autant.

Des rumeurs insistantes font état de la constitution en cours d’un front de sept pays (sur dix-sept) de la zone euro, emmenés par l’Allemagne, qui voudrait renégocier le plan de sauvetage de la Grèce, anticipant un rapport de la Troïka qui pourrait conclure qu’elle a besoin d’un financement plus élevé que prévu.

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LA VIE VA, par Jean-Pierre L. Collignon

Billet invité

La vie va ! Comme aime à le dire une mienne amie. Cette formule, on peut la prendre pour une manière de fatalisme ou comme l’expression de la banale surprise que constitue le fait d’être tout simplement au monde. La vie va ! Pour chacune et chacun, autour de chacun et de tous, oui, elle va, la vie et elle continue d’aller, il ne peut pas en être autrement. Il y a ces petits et gros scandales, qui font un petit bruit dans le vacarme dominant ; il y en a qui s’offusquent, qui hurlent et trépignent devant l’inaction des pouvoirs publics devant la misérable condition faite à ces gens, hommes, femmes et enfants venus d’ailleurs, expulsés d’un hall de gare vers un jardin public et pour qui, sûrement, la route risque encore d’être longue.

Il y a ces gens qui vont et viennent de nulle part et puis, les milliers d’autres qui savent où aller, qui ont leurs repères assurés, un toit où s’abriter et se réchauffer et qui devant le spectacle désolant de cet abandon, détournent le regard, pensent très vite à autre chose, se dépêchent pour aller chercher leurs gosses à l’école, rentrent chez eux préparer le souper ; et puis s’endorment devant leurs téléviseurs. Et moi, quand je me balade en ville, je me fais arrêter tous les cinquante mètres par des types dépenaillés, qui me demandent une pièce, ou une cigarette. Souvent je m’arrête, je sors de ma poche ce que je peux, je roule une clope et je l’allume pour celui-ci ou cet autre. Parce que sa mine me fait pitié. Et parfois, oui, parfois ils m’énervent, il y en a trop, je peux pas vider mes poches à chaque fois, je ne roule pas sur l’or, non plus, loin s’en faut.

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L’actualité de la crise : L’IMPENSABLE PLAN A’ SUR LE TAPIS, par François Leclerc

Billet invité

Si l’on doutait encore de la volée de bois vert reçue par les dirigeants européens à Washington en fin de semaine dernière, à l’occasion des réunions du FMI et de la Banque Mondiale ainsi que d’un G20 finance, il fallait écouter Barack Obama affirmant hier dans un forum de la Silicon Valley que la crise de l’euro « effrayait le monde » et Tim Geithner expliquer sur les antennes de la télévision ABC que « durant le week-end, ils ont entendu le monde entier [leur dire] qu’il faut s’assurer de faire tout ce qu’ils peuvent pour rassurer les gens… ».

Standard & Poor’s a apporté sa pierre en évaluant que l’on est près de la limite de ce que les Etats peuvent garantir financièrement via le FESF sans mettre en cause leur notation, une menace déguisée incitant à se tourner vers la BCE pour amplifier leur action.

En dépit du poids de ces amicales pressions, les contours possibles d’un nouveau dispositif de sauvetage du système financier européen sont tout juste identifiés, mais l’on en sait déjà qu’il devrait être tout autrement dimensionné financièrement que l’actuel FSEF, ou le prochain Mécanisme européen de stabilité (MES). Reste à ce qu’il voie le jour.

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C’EST LA RETRAITE PAR CAPITALISATION QU’ON ASSASSINE

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Il y a quand même quelques bonnes nouvelles dans l’actualité, et l’assassinat de la retraite par capitalisation fait partie de celles-là.

Oui je sais : la retraite par répartition est une malédiction dont nous accablons nos enfants, et les enfants de nos enfants, et ceci pour sept générations. C’est du moins ce que nous claironne le Ministère de la Propagande. Mais nous n’accablons nos descendants que pour une unique et simple raison : parce que la richesse créée par l’augmentation de la productivité des années récentes est confisquée dans sa quasi-totalité par les actionnaires des entreprises, sous forme de dividendes en hausse même en période de récession, et par les salaires toujours plus mirifiques des patrons de celles-ci. Remettons bon ordre dans tout cela et tout ira déjà beaucoup mieux.

Comme vous le savez, les compagnies d’assurance qui vous vendent de l’assurance-vie comptent sur 10% de gains annuels garantis sur leur portefeuille boursier, et sur les gras coupons de la dette publique des titres qui composent leur portefeuille obligataire.

Commençons par les gains à la Bourse et oublions-les : les Bourses sont désormais aux mains des ordinateurs et les gens normaux les ont désertées. Voici quelques chiffres récents : de juin à août, les OPCVM à l’échelle planétaire ont subi des retraits d’un montant équivalent à 68 milliards d’euros et de 18,5 milliards supplémentaires depuis le début du mois de septembre. Et pour ceux qui n’ont pas encore abandonné la Bourse, je ne vous apprends rien en vous disant que les cours y sont en berne.

Oublions ensuite les gras coupons de la dette publique : je vous épargnerai par charité chrétienne le rappel des épisodes précédents et l’opération « twist », « torsion », annoncée par M. Bernanke jeudi dernier ne va pas arranger les affaires. En deux mots, la Federal Reserve échangera la dette américaine à court terme en sa possession pour des obligations à long terme, ce qui fera en sorte que les compagnies d’assurance devront prêter pour une durée supérieure à cinq ans si elles veulent récolter un taux supérieur à… 1 % sur les sommes qu’elles avancent à l’État américain. Comment garantiront-elles un revenu décent à leurs assurés dans un contexte comme celui-là ? C’est la question que tout le monde se pose. Mystère et boule de gomme !

Indexer sa retraite sur les gains d’un tel casino ? « Nein, Danke ! » pour reprendre une expression historique aux anti-nucléaires allemands.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’EUROPE AU PIED DU MUR : COMMENT SORTIR DE L’IMPASSE ?, par Jean-Pierre Pagé

Billet invité. Le texte de Jean-Pierre Pagé s’inscrit dans une désormais très longue lignée de billets – par moi-même ou par d’autres – s’interrogeant ici depuis dix-huit mois quant à la viabilité de la zone euro. Chaque jour qui passe pose de manière plus pressante la question : est-il encore temps ou bien un point de non-retour a-t-il déjà été atteint ?

Plus le temps passe, plus l’impression s’ancre dans les esprits, en particulier, ceux des acteurs des « marchés », d’une impuissance des gouvernants de l’Europe qui ne parviennent pas à surmonter leurs divisions et se contentent de « repousser devant eux » les problèmes qu’ils ont à résoudre, espérant ainsi gagner du temps. La dégradation de la note de l’Italie par Standard and Poors en témoigne : les « marchés » n’attendent plus des renforcements des programmes d’austérité, ajoutant à la « déprime », mais, bien plutôt, des stratégies conduisant à la reprise de la croissance, ce que nos « politiques » européens, tous bords confondus, semblent avoir beaucoup de mal à admettre.

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LE MONDE-ÉCONOMIE : UBS, récidiviste bancaire, lundi 26 – mardi 27 septembre 2011

Je me contente de poser quelques questions à propos de l’affaire Kweku Adoboli à l’Union de Banques Suisses :

1° Comment une copie conforme de l’« affaire Kerviel » est-elle encore possible trois ans plus tard ?

2° Pourquoi UBS, dont l’équipe d’analyse des titres adossés à des crédits hypothécaires américains était la meilleure au monde, a-t-elle pu être aussi l’une des banques ayant subi les pertes les plus sévères dans ce secteur ?

UBS, récidiviste bancaire

L’Union de Banques Suisses faisait savoir le 15 septembre qu’elle avait subi des pertes considérables en raison de fraudes commises par l’un de ses employés, M. Kweku Adoboli. Le montant de la perte, revu à la hausse le 18 septembre, est de 1,7 milliards d’euros. Le parallèle s’imposait immédiatement avec l’affaire Kerviel en 2008, quand la Société Générale subit une perte de 4,9 milliards d’euros, soit un chiffre de plus du double, cette fois là encore du fait d’un trader « devenu subitement fou ».

M. Adoboli travaillait sur un produit financier appelé en anglais Exchange-traded Fund et en français, Fonds indiciel coté, et plus particulièrement sur la variété dite « synthétique » de tels ETF. Un ETF de type classique est un fonds composé d’une certaine quantité d’un ou de plusieurs produits dont la valeur – à savoir le prix unitaire de ce ou de ces produits multiplié par la quantité possédée par le fonds – est coté en Bourse. Un ETF « synthétique » se contente lui de reproduire de manière indirecte le comportement d’un ETF classique, par le truchement d’un « swap », un contrat d’échanges périodiques standardisé, contracté avec une tierce partie, généralement une banque d’investissement, laquelle s’acquitte de sa tâche en combinant de manière ad hoc divers produits financiers dérivés. Ce « clonage » d’un ETF classique en un ETF synthétique est à la fois complexe et délicat : des écarts peuvent apparaître entre le produit dont le comportement est copié et la combinaison d’outils utilisés pour ce faire, écarts qui peuvent aisément « diverger », c’est-à-dire s’accroître de façon incontrôlable. À ce risque spécifique, s’en ajoutent d’autres : le risque de contrepartie que la tierce partie constitue vis-à-vis de l’émetteur de l’ETF – si elle devait faire défaut, et la nécessité pour l’émetteur de se protéger contre ce risque à l’aide du pseudo contrat d’assurance qu’est le Credit-default Swap. Autant d’éléments porteurs de risque systémique.

À moins d’imaginer que, dans le cas d’UBS comme dans celui de la Société Générale, la responsabilité du désastre incombe aux seuls traders, il s’agit  de comprendre aujourd’hui comment il est possible que le même scénario se reproduise à trois ans d’écart, alors que toutes les mesures auraient été prises pour empêcher précisément le retour de telles catastrophes.

C’est sans doute pour écarter ce genre de questions qu’UBS précise invariablement dans ses communiqués que les malversations de son employé ont commencé « il y a trois ans » : pour souligner que le problème se posait déjà alors que la crise ne faisait que débuter, et que les mesures prises depuis pour juguler le risque systémique en finance, n’auraient pas pu le régler. À ceci près cependant que de ce qu’on comprend aujourd’hui du mécanisme ayant provoqué les pertes, leur cause ne peut être que récente et elles n’ont pu prendre toute leur ampleur que sur une période de quelques semaines au maximum.

L’équipe d’analystes qu’UBS avait constituée pour les fameuses Mortgage-backed Securities américaines était sans égale ; cela n’a pas empêché la banque d’être en 2007 la principale victime de l’effondrement de ce même marché. Le 27 juillet 2009, la banque suisse annonçait dans un communiqué adressé à ses clients fortunés qu’elle suspendait la vente d’ETF synthétiques (« Inversés, avec effet de levier et avec effet de levier inversé »), elle expliquait que « la nature à court-terme de ces titres est contradictoire d’un point de vue général avec la philosophie à long-terme qu’UBS recommande lorsqu’elle constitue le portefeuille de ses clients ». Or ce sont ces mêmes ETF synthétiques qui sont à l’origine de la catastrophe récente. Comprenne qui pourra ! L’Union de Banques Suisses ne cessera donc jamais de nous surprendre.

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APPEL DE SEPTEMBRE 2011

L’appel d’août a rapporté 3 147 €.

(Heureusement que pour remédier à la lenteur d’accès au blog et à quelques pannes de serveur, Jean-Baptiste et Nathanaëlle m’avaient encouragé à passer la vitesse supérieure : tous les records de fréquentation du blog ont été battus).

Merci beaucoup à vous tous en tout cas pour votre mécénat citoyen !

Somme (brute) reçue à ce jour, le 30 septembre 2011 : 2 037 €.

Un résumé de l’activité extra-blogaire du mois d’août que vous avez soutenue, tout comme le blog lui-même, par vos dons.

Activité plus détendue du point de vue déplacements, mais pas nécessairement du point de vue présence dans la presse, sur les antennes ou sur les plateaux de télévision !

Radio Suisse Romande, Le 12h30, le 1er août 2011

ATLANTICO.fr, « Bourses : une « correction » dans un climat de panique », le 8 août

20minutes.fr, « Crise de la dette », le 10 août

LESOIR.be, « Le chat » mercredi 10 août, de 12h00 à 13h00

FRANCE CULTURE, Journal de 12h30, jeudi 11 août 2011

FRANCE 24, L’entretien, jeudi 11 août 2011 à 18h15

ZDF, Heute Journal, jeudi 11 août 2011 à 19h

INVESTIR.fr, « L’hémorragie a été stoppée temporairement, mais rien n’a été réglé », le 12 août

FRANCE 24, The F24 Interview, le 15 août

LIBÉRATION, « La spéculation n’est plus tolérable », le 19 août

L’EXPRESS, « Casser la spéculation », le 19 août

OWNI.fr, « Internet, c’est la démocratie directe », le 23 août

EVENTO, Chantier Mobile à Bordeaux, « Aux confins de Mérignac », le 25 août,

ATLANTICO.fr, « Un complot américain derrière la crise économique de l’Europe ? », le 30 août

France Culture, Journal de 12h30, le 31 août

Merci à tous les contributeurs de billets invités qui font que le cerveau collectif ne laisse rien passer à travers les mailles du filet. Merci aux habitués et merci aux nouveaux venus !

Merci à Julien, à François, à Bénédicte, à Jean-Baptiste et à Nathanaëlle pour œuvrer en coulisses au bon fonctionnement du blog !

En août, Le blog de Paul Jorion, était No 1 pour l’économie sur Wikio ; c’était la 19e fois au cours des 21 derniers mois.

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L’actualité de la crise : DERNIÈRE STATION AVANT LE DÉSERT ! par François Leclerc

Billet invité

Reconnaissons-le, on ne pourra pas dire pour une fois qu’une réunion internationale n’aura produit aucun effet ! La rencontre des dirigeants de la planète à Washington a été l’occasion de telles pressions sur les Européens qu’ils sont immédiatement entrés dans un intense brain storming. Selon ceux qui y ont assisté, on n’avait jamais vu exprimée dans ce genre d’enceinte une telle tension…

Trouver de l’argent pour renflouer les banques et créer un pare-feu financier afin d’empêcher l’Italie et l’Espagne de sombrer ne peut donc plus attendre, mais comment procéder ? Impossible de compter sur le FMI, qui a tendu au contraire la main à Washington, ni sur les émergents, ce qui n’est pas faute d’avoir essayé. Mais les dirigeants des BRICs sont campés sur la ligne selon laquelle chacun doit faire le ménage chez soi. La réponse a été formulée des plus clairement par Gao Xiping, le président du fonds souverain China Investment Corp. : « Nous ne sommes pas des sauveteurs, nous devons nous sauver nous-mêmes ».

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COMMENT STOPPER LA VOLATILITÉ DES COTATIONS ?, par Jean-Pierre

Billet invité.

Une crise éclate. Un manque de liquidités en serait la cause. Les banques centrales s’empressent de le pallier. Tout rentrera dans l’ordre. Tiens, non. Les banques périclitent à vive allure. Il faut les sauver dare-dare. Les gouvernements se pressent à leur rescousse et dégagent des dizaines de milliards à cet effet. Le système se redresse, mais les comptes des États se détériorent. Le problème passe de l’autre côté. Des plans d’austérité sont imposés. La situation se redressera dès leur application. Tiens, non.

On s’y prend mal. Il faut rester raisonnable. Une large partie du problème vient d’estimations jugées iniques. Pourquoi diable faut-il valoriser les actifs à leur valeur marchande si on n’a pas l’intention de les négocier ? Si ces valeurs sont malmenées, on crée des pertes fictives par ce procédé. On décide de remplacer ce mode de valorisation par un autre, plus efficace en ces temps incertains : le pifomètre. Certes, la forme doit y être pour que l’ensemble reste crédible. Du jour au lendemain, les banques affichent des résultats mirobolants, parfois même supérieurs à ceux réalisés avant la crise. On est sorti de l’embarras. Tiens, non.

Que faire ? Contraindre tout le monde à dénouer ses transactions dans des chambres de compensation centralisées et publiques. Voilà qui rendrait toutes les opérations transparentes. Voilà qui permettrait à chacun de connaître le coupable s’il y en a un. Imaginez, tout serait retraçable, plus rien de caché. Voilà la solution. Certes, les opérateurs traînent des pieds. Ils ne supportent pas qu’on puisse percer leurs petits secrets de fabrication. Les autorités se montrent compréhensives, mais restent fermes. La mesure est imposée, mais pas partout et pas sur tout. Et, étrangement, elle ne marche pas. C’est-à-dire, elle ne diminue pas les dérapages.

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