L’actualité de la crise : DERNIÈRE STATION…, par François Leclerc

Billet invité

Une fois de plus réunis hier soir, les ministres des finances de la zone euro ont fait leurs petits comptes et ne sont pas parvenus à les boucler.

Les conditions de marché faisant la pluie et le beau temps, ils ont été incapables d’estimer les fonds que le FESF (fonds européen de stabilité financière) pourrait lever, une fois enfin adopté un mécanisme permettant de multiplier les 250 milliards d’euros restant garantis et de lever de nouveaux capitaux. Non seulement parce qu’ils ignorent – mais pressentent – la réponse des investisseurs à une proposition de garantie de leurs pertes à hauteur de 20 à 30 % de leur investissement, mais parce que le FESF ne peut lui-même offrir que la garantie des États – dont la France – dont la note est de plus en plus sujette à caution, laissant présager une hausse du taux qu’il devrait consentir et à son tour répercuter.

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L’actualité de la crise : LES DEUX FACES DU DÉSENDETTEMENT, par François Leclerc

Billet invité

On n’aura jamais autant parlé de solutions à la crise de la dette européenne et aussi peu agi simultanément. Les rumeurs se multiplient, les démentis catégoriques de même : le FMI serait en train d’étudier un prêt de plusieurs centaines de milliards de dollars à l’Italie, en s’adossant à la BCE faute d’en avoir les moyens ; réunis autour de l’Allemagne, le cœur de la zone euro dotée de la note AAA étudierait l’émission d’obligations d’élite, afin de venir via le FESF au secours des pays attaqués. De fortes attentes sont exprimées, mais rien n’est pour l’instant sur le tapis.

En Belgique et en Italie, des emprunts d’État destinés aux particuliers ont été symboliquement lancés. Dérisoires cagnottes en dépit de leur succès, comparées aux besoins financiers, ridicules remparts comme l’ont été la semaine dernière les quelques 8 milliards d’euros d’achats obligataires de la BCE.

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APPEL À CONTRIBUTIONS, par François Leclerc

Billet invité

Il y a deux ans, « l’inventaire de demain » était lancé sur le blog, pour recueillir à ce jour 276 contributions au fil des semaines. Il était proposé de constituer « une collection d’un genre particulier. Un simple inventaire des idées ou des pratiques qui pourraient contribuer, une fois regroupées, à dessiner l’esquisse d’une société alternative, cette utopie d’hier qui désormais pourrait être qualifiée d’utopie réaliste. »

L’inventaire a-t-il tenu toutes ses promesses ? La vérité impose de dire « pas tout à fait » ! Faut-il y voir une appétence particulière pour les seules idées générales ou une méconnaissance d’initiatives prises dans le silence et de manière éparse dans nos sociétés ? Est-ce la conséquence de l’intériorisation de l’idée que, de toute façon, rien ne pourra être changé et que notre malheureux destin est tout tracé ? Au lieu d’épuiser le sujet, à la manière de Georges Perec, nous nous sommes finalement détournés de l’exercice. De notre production collective, il n’est pas encore ressorti cette esquisse de la société de demain que l’on espérait en voir surgir…

Nous sommes pourtant en retard sur l’événement. La crise elle-même a déjà produit des réactions qui auraient mérité de figurer dans un inventaire qui n’est pas, il s’en faut, terminé. Ceux que l’on a appelé « les indignés » en Europe, et depuis « les 99 % » aux États-Unis, ont par leurs pratiques collectives et leurs slogans ravageurs illustré non seulement ce qu’ils rejettent mais aussi ce à quoi ils aspirent.

Dans un réflexe de survie élémentaire, sous les coups d’une austérité qui touche rudement les plus démunis, les exemples ne manquent pas non plus de solidarités et de débrouillardises, de nouveaux modes de vie, d’échanges, de consommation et de logement, faisant de nécessité vertu et amplifiant au passage un monde informel, c’est à dire coupé d’un État qui ne joue pas son rôle. À leur manière, ces pratiques-là aussi se projettent dans l’avenir et sont à retenir. La créativité des pauvres surpasse celle des nantis, car ils ont tout à y gagner.

Peut-être faut-il aujourd’hui poursuivre autrement la même démarche, quitte à continuer d’alimenter en parallèle l’inventaire ? C’est le sens de cet Appel à contributions, lancé comme une bouteille à la mer suivant la formule consacrée.

Toutes celles et tous ceux qui voudront s’atteler à la tâche pourront formuler leur vision du socle des grands principes d’une nouvelle société, en rupture avec celle qui est aujourd’hui entrée dans une crise de longue durée et ne s’en remet pas. En s’attachant à dégager ses valeurs, ses mécanismes, les comportements sur lesquels elle reposerait. Pour ne plus se contenter de dénoncer l’absurdité de l’emprisonnement mental du TINA (there is no alternative, il n’y a pas d’alternative), et entrer enfin dans le vif du sujet.

Le réalisme n’est pas du côté de ceux qui voudraient que tout redevienne comme avant, afin de préserver leurs intérêts : les « réactionnaires » de toujours et leurs compagnons de route. Le réalisme est partagé – tel un mot affreux ! – par tous ceux qui savent que rien n’est intangible, et que seule une absence d’imagination peut faire obstacle à la formulation d’un nouveau dessein humain.

L’utopie réaliste, c’est ici.

Longueur maximum : 1.500 mots – Date limite d’envoi des contributions : 31 décembre 2011, à minuit GMT.

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LE MONDE – ÉCONOMIE : Il y a une alternative, lundi 28 – mardi 29 novembre 2011

Il y a une alternative.

Lorsque  Margaret Thatcher prononça son fameux TINA : « There is no alternative ! », son propos avait au  moins pour lui une certaine plausibilité : la social-démocratie avait pris ses aises et une bureaucratie satisfaite régnait sur une économie que tout dynamisme avait fui. Le TINA thatchérien, rapidement rejoint par son cousin reaganien, entendait signaler la résurrection de l’initiative individuelle, le retour triomphal de l’« entrepreneur » et du rentier, qui annonçaient ensemble des lendemains qui chantent.

On sait ce qu’il en advint : privatisations et dérégulation, et surtout, part toujours croissante ponctionnée sur les gains de productivité par les dividendes des actionnaires, et par les salaires, bonus et stock-options extravagants des dirigeants des grandes entreprises. Pour les autres, des salaires dont la stagnation s’accompagnait, pour cacher la décote sur le pouvoir d’achat, d’une montée en puissance du crédit personnel, les salaires à venir devant, contre toute logique, compenser l’insuffisance de ceux d’aujourd’hui ; le résultat est connu : un système financier qui se fragilise d’être sillonné de longues chaînes de créance, où le défaut d’une seule suffit à entraîner dans sa chute toutes celles qui lui sont subordonnées.

TINA nous promettait un avenir meilleur et cet espoir lui assurait sa légitimité. De manière absurde, TINA est à nouveau invoqué mais pour justifier cette fois le cauchemar qui accompagne l’échec cuisant du même programme néo-libéral. Il n’existait paraît-il aucune alternative à celui-ci dans sa phase triomphante, et il n’existerait aucune alternative à sa déconfiture dans sa phase actuelle d’effondrement : austérité, rigueur et éradication de l’État-providence devraient être accueillies avec les mêmes hourrahs qui avaient salué le retour sur le podium de l’entrepreneur et du rentier.

Proclamer comme on le fait que la médiocrité et l’échec présents reflètent fidèlement la nature profonde de notre espèce est une insulte. Faut-il admettre la nécessité de ces gouvernements d’unité nationale dirigés par des techniciens, auxquels la Grèce et l’Italie sont aujourd’hui contraintes, la classe politique ayant fui, sachant qu’elle serait balayée bientôt par la colère des électeurs si elle persistait à étaler son indécente impuissance ?

L’Histoire a montré que notre espèce peut faire mieux. C’est Aristote qui louait la philia : le sentiment spontané qui nous pousse à œuvrer au bien commun. Il dénonçait au contraire l’intérêt égoïste, « maladie professionnelle » des marchands, nous avertissant des ravages que celle-ci peut causer.

Les années récentes nous ont montré où nous entraîne la « philosophie spontanée » des marchands et le temps est venu de rendre la parole aux philosophes authentiques. C’est Hegel qui nous rappelait dans La Phénoménologie de l’Esprit que

« … l’esprit qui se forme mûrit lentement et silencieusement jusqu’à sa nouvelle figure, désintègre fragment par fragment l’édifice de son monde précédent ; l’ébranlement de ce monde est seulement indiqué par des symptômes sporadiques ; la frivolité et l’ennui qui envahissent ce qui subsiste encore, le pressentiment vague d’un inconnu sont les signes annonciateurs de quelque chose d’autre qui est en marche. Cet émiettement continu qui n’altérait pas la physionomie du tout est brusquement interrompu par le lever du soleil, qui, dans un éclair, dessine en une fois la forme du nouveau monde ».

L’espèce a montré au fil des âges qu’elle est bien de cette trempe !

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L’AVANTAGE DES SOLUTIONS SIMPLES

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

La concentration des richesses a atteint des sommets aux États-Unis en 1929 et en 2007. La machine économique s’est alors grippée parce que toute somme mobilisée pour la production ou la consommation donne lieu à versement d’intérêts, processus qui ne fait qu’augmenter cette concentration et libère des montants considérables pour des activités spéculatives qui encouragent des variations de prix qui ne font qu’aggraver encore les déséquilibres.

Les remèdes à la concentration des richesses sont connus : 1) la redistribution pacifique du patrimoine (seul exemple connu : les États-Unis du New Deal rooseveltien), 2) la révolution qui exproprie et redistribue pour un temps mais – faute de s’en prendre aux véritables causes de la concentration des richesses – remplace rapidement l’ancienne aristocratie par une neuve, enfin, 3) la guerre qui, détruisant tout, redistribue la richesse par un grand nivellement par le bas.

La guerre est la solution la plus commode puisqu’elle n’implique aucune autocritique de la part de personne et permet au contraire à chacun de s’exonérer de ses propres fautes en désignant un coupable ailleurs quelque part.

Les journaux européens sont aujourd’hui totalement muets sur la chose mais la bataille en règle qui a abouti la nuit dernière à la mort de vingt-cinq soldats pakistanais, tués lors d’un raid de l’OTAN sur des postes frontières avec l’Afghanistan, me semble avoir un excellent potentiel pour conduire à une nouvelle guerre mondiale – qui réduira la pression sur nos systèmes économiques et politiques par une baisse substantielle de la population, redistribuera le patrimoine (du moins ce qu’il en restera), et nous permettra de repartir pour un tour, sans avoir eu à résoudre (Dieu merci !) la question de la concentration des richesses et son mécanisme, et sans avoir dû formuler la moindre autocritique (ouf généralisé !).

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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SAM COOKE (1931 – 1964)

Quand on pense à Sam Cooke, on pense bien entendu – si on peut s’abstraire des circonstances de sa mort – au chanteur de variété. Mais Cooke est venu à la variété à partir du monde de la gospel music. J’ai une tendresse particulière pour ses interprétations dans ce style.

Comme je n’ai pas trouvé de vidéo où on le voie chanter du gospel, on commence par une chanson appartenant à un style apparenté. 😉

Blowin’ in the Wind

Jesus Gave me Water

Last Mile of the Way

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L’actualité de la crise : PAR LE CHAS D’UNE AIGUILLE, par François Leclerc

Billet invité

Pour qui en douterait, les dirigeants européens ont un plan fait d’accommodation aux circonstances qu’ils ne maitrisent pas, dont la solidité reste à démontrer. Ils ne disposent que d’un filet de sécurité très mince, constitué du FESF et des « prêts de précaution et de liquidité » (LPL), dont le FMI vient de décider du lancement.

Du retour d’une tournée en Asie qui n’a pas été triomphale, il s’en faut, Klaus Regling, le directeur général du FESF, a admis que le fameux effet levier dont celui-ci doit être muni ne multiplierait ses fonds que par un facteur 2, peut-être 3 dans le meilleur des cas. Comme il reste 250 milliards d’euros à lever sur la base des garanties accordées, on sera loin du millier de milliards annoncé et cela ne va pas chercher loin, étant donné ce qui pourrait devoir être financé. Le taux auxquels les capitaux seront disponibles est encore une toute autre histoire.

Par ailleurs, les LPL du FMI, d’une durée de six mois à deux ans, pourraient atteindre dans le cas de l’Italie 45,5 milliards d’euros, et dans celui de l’Espagne 23,3 milliards d’euros. Alors que leurs besoins de financement sont respectivement de 440 et 200 milliards d’euros en 2012. Une sérieuse impasse financière devra donc vite être résolue, si ces deux derniers pays font appel à une aide financière, et s’il devient nécessaire d’aider également les banques, en vertu de la nouvelle mission du FESF.

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L’actualité de la crise : DE L’ÉLARGISSEMENT A LA GLOBALISATION, par François Leclerc

Billet invité

Telle une litanie lancinante, les nouvelles se succèdent et concourent toutes au même sentiment d’effondrement inéluctable. Aujourd’hui, ce furent une émission obligataire calamiteuse – cette fois-ci italienne – la dégradation de la note de la Belgique, ainsi que celle de banques portugaises et hongroises, succédant à celle de la Hongrie elle-même. Rien ne semble résister à cet effondrement auquel rien ne fait obstacle, surtout pas les discours des dirigeants européens, dépassés et divisés entre eux, qui multiplient à un rythme effréné et en pure perte les conciliabules en tentant de donner le change.

« Un écroulement de l’Italie amènerait inévitablement la fin de l’euro » auraient déclaré, selon un communiqué de la présidence du Conseil italien, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel au cours du mini-sommet de Strasbourg auquel participait Mario Monti. Comme l’usage s’en est désormais instauré, la réaction du marché obligataire a été immédiate et sans équivoque : les marchés ne croient pas au redressement italien et engagent l’asphyxie du pays, qui doit refinancer l’an prochain plus de 400 milliards de sa dette. « L’Italie doit faire face à d’immenses défis », a reconnu Olli Rehn, le commissaire européen. Pas seulement elle, si l’on en croit pour une fois les dirigeants allemands et français.

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L’actualité de la crise : DÉSASTREUSES PROMESSES AU SOMMET, par François Leclerc

Billet invité

Deux interprétations contradictoires peuvent être données de l’échec de l’émission des Bunds allemands intervenue hier. Soit que les marchés craignaient que l’Allemagne soit entraînée dans une solidarité financière accrue au sein de la zone euro, soit qu’ils entendaient au contraire s’opposer ainsi à cette perspective, en donnant un avant-goût de ce qui allait se passer.

Les partisans d’une intervention de la BCE, les Français au premier rang, espéraient pour leur part que cet événement imprévu allait contribuer à débloquer la situation à Berlin.

La fenêtre d’un accord de compromis a minima négocié entre Allemands, Français, et cette fois-ci Italiens, est néanmoins très étroite. En quoi celui-ci pourrait-il consister, dans les circonstances actuelles ? Quelles seraient ses chances de succès ?

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CE QU’IL FAUT POUR QUE ÇA CHANGE

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

C’est Jean-Claude Michéa qui a fait remarquer que pour qu’une aspiration aux valeurs de la démocratie moderne émerge en Europe, il a fallu que les guerres de religion se transforment en un tel fléau qu’elles soulèvent dans les populations un sentiment d’écœurement généralisé.

Comment réagissaient les gens avant que le stade de l’écœurement ne soit atteint ? Certains commentateurs ici et ailleurs depuis quatre ans nous en offrent d’excellentes illustrations : 1) la conviction qu’il y a certainement moyen de s’en sortir à titre individuel (voire même de faire un peu d’argent ?) : « Monsieur Jorion – entre nous – dois-je acheter de l’or, pour protéger mes – ô combien modestes ! – économies ? » ; 2) la conviction que cela ne me concerne pas moi directement : « Quand ils sont venus chercher les communistes, comme je n’étais pas communiste, je n’ai rien dit… »

Nous sommes plus ou moins sensibles à l’écœurement. Pour les pires d’entre nous, il n’intervient pas avant que ne soit atteinte la chute du petit poème de Martin Niemöller : « Et quand ils sont venus me chercher, il n’y avait plus personne pour rien dire ». Il faut noter qu’arrivé à ce stade-là, même les moins ouverts à l’empathie d’entre nous finissent par comprendre.

Une fenêtre s’est ouverte à la chute de Lehman Brothers – dont le discours de Toulon fut un symptôme. On l’a alors, en haut-lieu, laissée se refermer, pour se contenter de tentatives navrantes (et d’une certaine manière aussi, désopilantes) de reconstruction à l’identique du système à l’agonie. Il ne restait dès lors plus au changement que l’option de l’écœurement, qu’on finirait bien par atteindre un jour.

Aussi, quand on entend aujourd’hui percer l’écœurement dans certains propos de Messieurs Samaras en Grèce et Monti en Italie, on ne peut s’empêcher de penser qu’il s’agit là de petits signes très prometteurs.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise : HORS DE LA FOI, POINT DE SALUT ! par François Leclerc

Billet invité

La calamiteuse émission obligataire allemande a dominé l’actualité de mercredi, témoignant d’une brutale détérioration de la situation. Que les marchés s’en prennent à l’Allemagne illustre l’impasse dans laquelle se trouve la stratégie qu’elle défend. Seuls 3,6 milliards d’euros d’une émission de 6 milliards d’euros à dix ans du Bund ont pu être placés, conduisant la Bundesbank a acheter le solde pour le placer ultérieurement, dans des proportions bien plus importantes qu’elle n’a l’habitude de le faire.

La plus extrême confusion s’est installée. Il y a désormais ceux qui, à Berlin, persistent et signent dans l’affirmation de leur politique mais sont de plus en plus isolés, ceux qui sont trop tardivement favorables à l’émission d’euro-obligations sous conditions, et ceux qui ne voient de salut que dans l’intervention de la BCE. Si les uns et les autres divergent sur la manière de résoudre la crise, tous s’accordent cependant pour considérer que la plus grande rigueur budgétaire est indispensable et affichent leur convergence à ce propos. Et c’est là que le bât blesse.

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L’actualité de la crise : TRÈS MAIGRE VIATIQUE, par François Leclerc

Billet invité

In extremis, les Allemands accepteront-ils de débloquer la situation, en saisissant la perche que la Commission vient de leur tendre, pour accepter l’émission d’euro-obligations moyennant de sérieuses contreparties, après avoir déclaré que ce n’était pas de saison ? C’est l’espoir de ceux qui ont l’illusion que cela pourrait contenir la crise, accompagné d’une intervention de la BCE plus conséquente sur le marché secondaire. Mais le plus probable est qu’un accord bien plus limité est déjà dans les tuyaux. Les dirigeants européens s’apprêtent une fois de plus à adopter des demi-mesures.

Le conseil d’administration du FMI vient opportunément de voter la création de « lignes de précaution et de liquidité » (LPL), afin de couvrir des besoins financiers urgents grâce à des prêts de 6 mois à deux ans. Accordés au prorata des quote-parts des pays au FMI et avec un coefficient multiplicateur, de tels prêts pourraient atteindre dans le cas de l’Italie 45,5 milliards d’euros, et dans celui de l’Espagne 23,3 milliards d’euros.

Les LPL permettront de gagner quelques mois, lorsque l’Espagne et l’Italie se seront résolus à les demander, étant donné l’ampleur de leurs besoins de financement, mais ils ne régleront pas le problème. Pas plus que le FESF ne le pourra, une fois additionnés tous les besoins qui se profilent à l’horizon, ainsi que ceux qui pourraient survenir.

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L’actualité de la crise : RÉGLONS NOS MONTRES ! par François Leclerc

Billet invité

Le parallèle ne peut pas manquer d’être tracé, tant il est flagrant : les républicains bloquent tout compromis avec les démocrates sur la réduction de la dette américaine, au nom de leur refus principiel de toute augmentation des impôts ; les partisans allemands de ce qu’Angela Merkel a appelé « une solution politique » contribuent à l’effondrement de la zone euro tout en préconisant son renforcement, allant jusqu’à voir dans l’approfondissement de la crise une opportunité de l’obtenir.

Dans les ceux cas, des certitudes doctrinales inébranlables et une cécité d’ordre idéologique sont à la source de la même intransigeance et précipitent vers des désastres. A court terme en Europe, par la suite aux États-Unis.

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DEVENTER, Saxion College, « Occupy Wall Street: The death throes of capitalism », jeudi 24 novembre de 16h00 à 17h30

Si vous passez jeudi par Deventer, aux Pays-Bas, ou si vous habitez là, venez m’écouter parler de Occupy Wall Street et de la fin du capitalisme.

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CE QUE NOUS AVONS EN COMMUN

Ce que nous avons en commun, c’est que nous avons fait toute notre école primaire dans la même classe et que nous nous aimions bien. Nous habitions à deux pas l’un de l’autre et nous allions lire des bandes dessinées l’un chez l’autre.

Ayant vu mes petites vidéos, il me dit que ma gentillesse est toujours la même, lui en tout cas est toujours aussi drôle qu’il l’était à six ans. Son humour n’était pas du goût de Mme Renée Dautreppe, qui nous a appris à lire et à écrire et qui a pris sa retraite après nous avoir eus dans sa classe – j’ignore si nous en sommes responsables, lui ou moi.

Ça fait vraiment plaisir de retrouver des copains d’enfance.

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DEUX CULTURES

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Dans Le capitalisme à l’agonie (2011), j’attribue à la crise un certain nombre de causes : 1) une fragilisation du système financier due à l’existence de longues chaînes de crédit, la présence toujours croissante de celles-ci étant due à la concentration de la richesse, laquelle elle-même est due à l’existence du prêt à intérêt, 2) l’évolution des règles comptables, qui ont de plus en plus facilité la distribution de gains futurs imaginaires aux actionnaires (et aux dirigeants d’entreprises par le biais des stock-options), 3) le développement de la spéculation, d’énormes volumes de capitaux ne pouvant plus aller de placer dans la production, le pouvoir d’achat de la grande masse de la population étant devenu trop faible du fait, là aussi, de la concentration de la richesse, 4) la complexité en général, reflet de la complexité des produits financiers « innovants », depuis la fin des années 1970, mais aussi, purement et simplement, en raison de la quantité d’interactions permises par l’informatique, comme on le constate par exemple dans le High Frequency Trading, les opérations financières à très grande vitesse.

C’est l’existence de ces facteurs là qui m’avait fait écrire en 2004-2005 La crise du capitalisme américain (2007 ; 2009) et annoncer une catastrophe à venir d’une ampleur inégalée.

Les quatre facteurs que je viens de mentionner n’étaient pas invisibles en 2004-2005, ni leur existence controversée. Comment se fait-il alors que c’est à la même époque que se développe au sein de la finance internationale la thèse de l’Âge d’or ? Les discours d’Alan Greenspan, alors en fin de carrière à la tête de la Federal Reserve américaine, en sont extrêmement représentatifs, qui décrivent une finance une fois pour toutes en vitesse de croisière, des banquiers centraux maîtrisant des méthodes de gestion ayant atteint la perfection, une diversification du risque, grâce à des instruments financiers innovants, ayant pratiquement éliminé celui-ci.

Qu’est-ce qui explique cette différence radicale d’interprétation à partir des mêmes faits : « fin de l’histoire », d’une part, chez les théoriciens de la finance et les économistes, poudrière, d’autre part, dans mon propre livre ?

Le recul qu’autorise l’écoulement de six années entre 2005 et 2011 me fait dire : « une différence de culture ».

Les théoriciens de la finance et les économistes ont lu dans la diversification et en particulier dans la dissémination du risque par la titrisation et les Credit-default Swaps, un système de sûreté, alors que j’y ai vu moi une machine infernale.

La « théorie du portefeuille » élaborée dans les années 1950 par Harry Markowitz, et raffinée dans les années 1970 par Eugène Fama et d’autres dans la théorie de l’« efficience » des marchés, a conduit à ce sentiment de sécurité : plus un portefeuille est diversifié plus il est sûr, plus le système financier est complexe, plus il est sûr.

Mon sentiment personnel était très différent. J’ai une bonne connaissance de la théorie des graphes, acquise à l’époque où je modélisais par l’algèbre des systèmes de parenté. J’ai également une bonne connaissance du comportement des réseaux, acquise quand j’étais chercheur en intelligence artificielle (le réseau que crée le logiciel ANELLA, écrit par moi pour British Telecom, est un graphe orienté et pondéré auto-généré). Dix-huit années passées sur le terrain de la finance, dont treize sur celui de la titrisation, m’ont par ailleurs procuré un bon sentiment intuitif des effets non-linéaires (et donc inattendus) liés à la complexité.

Là où les théoriciens de la finance et les économistes croyaient observer la disparition du risque parce qu’il s’émiette au sein d’un énorme réseau, je voyais moi le risque se reconstituant localement avec une haute concentration (un des enseignements d’ANELLA). Je voyais surtout dans le réseau lui-même, une autoroute ouverte aux effets de contagion, au risque systémique. Là où les théoriciens de la finance et les économistes voyaient de la robustesse, je lisais moi de la fragilité.

Si je vous raconte tout cela, c’est qu’un récent article par Mark Buchanan pour l’agence Bloomberg : « Credit-Default Swap Risk Bomb Is Wired to Explode », la bombe du risque de Credit-default Swap est connectée pour exploser, attire l’attention sur un article par Stefano Battiston et quelques autres (dont Joseph Stiglitz), mettant en évidence, à l’aide de simulations, que si la diversification commence par accroître la sûreté, la complexité croissante fait que celle-ci diminue ensuite, la connectivité du réseau produisant une reconcentration du risque, alors que la contagion potentielle augmente.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise : LE POUVOIR DESTRUCTIF DE LA DETTE… AMÉRICAINE, par François Leclerc

Billet invité

Depuis des semaines et des semaines, les rebondissements européens mobilisent toutes les attentions, faisant de la zone euro l’épicentre d’une crise abusivement réduite à celle de la dette publique. Plus fortes que jamais, les incertitudes qui y sont liées vont devoir également intégrer celles que suscitent la dette américaine, qui revient dans l’actualité et dont les implications sont d’une toute autre dimension.

Un couperet va tomber dans deux jours, le 23 novembre prochain. A cette date, la commission composée à parts égales de membres démocrates et républicains du Congrès va devoir rendre sa copie, dont le sujet imposé est de réduire une dette s’approchant des 15.000 milliards de dollars. Elle a pour mission de fournir un plan d’économies budgétaires de 1.200 milliards de dollars sur dix ans, reposant sur un savant compromis, toujours introuvable à ce jour, fait de coupes dans le budget et d’accroissement des recettes. Si elle n’y parvient pas, les coupes seront automatiques, taillant à la fois dans les programmes sociaux et les dépenses militaires, en vertu des décisions déjà prises par le Congrès. Mais rien ne sera pour autant réglé.

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