573 réflexions sur « LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 25 NOVEMBRE 2011 »

  1. Amsterdam, 26 Novembre 2011

    @Mianne
    Je vous supporte à 100 %.

    Il faut réparer le plus vit possible l’erreur de base de la révolution Française inachevée, c.à.d. son républicanisme présidentiel, et la remplacer par une république parlémentaire, ne donnant aucune immunité à personne, et entourée de tous les cotés des systémes décentralisés de participation civique, des systèmes de l’autogestion, et des coopératives des consommateurs, y compris dans les banques et dans les fonds de retraite. Tout cela avec un esprit ouvert vers des niveaux de démocratisation à ce moment non-existants mais potentiellement présents.

    ‘Il faut libérer son génie créateur’ comme le me disait mon ami tué Thomas Sankara, le garçon tragique du Burkina Faso, remplacé pour son assassin meurtrier, grand ami de Khadaffi, le comploteur et brigand actuel qui est à la présidence absolue là-bas depuis 1987.

    En outre il nous faut une transparence TOTALE des revenus et des capitaux, à publier mensuellement à l’internet, accompagnée d’une politique de taxation draconique non seulement des revenus des capitaux, mais comme Paul Jorion a proposé, à la source même, c.à.d. des taxations d’environs 95 % des capitaux propres.

    Ce qu’il faut aussi dans une telle situation, ce sont des sites de refuges pour les riches qui veulent s’en aller avec des allez simples..

    Macau? Las Vegas? Souvenons nous les sorts de Astrid Lindgren (si! elle aussi!) et de Ingmar Bergman qui voulaient se réfugier des mesure fiscales de la Suède… ils sont partis… mais… revenus après quelques années comme mendiants.. s’il vout plaît laisse nous entrer, nous ne supportons pas le manque de la qualité…

    Alors, avec de très fermes grillages contre leur retour, pour éviter qu’il y aura des masquerades…

    Les pauvres mecs de l’Afrique seront plus que bien-venus, et jamain plus en bateaux fragiles..

    99 % c’ést nous.

    Message d’encouragement à Paul Jorion: la complexité sera servi par nous avec de l’intelligence et avec l’amour d’un jardinier.

    😉

    Cordialement le vôtre,

    JL

    1. Pour aller dans le même sans que vous et Mianne. Plus de pro de la politique. Plus d’élections plébiscite qui n’ont fait que créer une nouvelle aristocratie soutenue par la ploutocratie, quand les élus n’appartiennent pas au deux. Je rappelle qu’il n’y a plus qu’un seul ouvrier élu à l’assemblée nationale. Revenir au tirage au sort, avec la commune comme lieu privilégiée de débat et d’expression.

      1. Amsterdam, 26 Novembre 2011

        @wuwei

        Exactément. Et si cela (s’organiser en petites unités communales solidaires) est TRES factible et vrai dans des tres grosses villes comme Porto Alegre, Curitiba, Rio de Janeiro, Sao Paolo, Bogotá et Medellín, alors…. cela est factible partout au monde.

        Parfois le traitement de la complexité est beaucoup plus simple que nous avions pensé avant…

        Je vous cite une phrase de Menno Vellinga: « La chance de survivre en grande ville est toujours beaucoup plus elevée qu’à la campagne ».

        Il nous faut de la calme au coeur.

        Les lois de la sociologie ne sont pas tellement compliquées…

        🙂

        Bien`à vous tous!

        JL

  2. Encore une excellente émission de Terre à terre ce samedi matin, 2 sujets liés étaient traités.
    Enfin on pose la pyramide dans le bon sens avec un bon sens bien paysan comme celui de PIerre Rabhi, initiateur du mouvement Colibris et pionnier de l’agriculture écologique.
    Prendre notre destin en main plutôt que d’attendre nos politiciens à courte vue électorale.

    Avec Lionel Astruc, auteur de « Manger local : s’approvisionner et produire ensemble » (Actes Sud, 2011) et Cyril Dion, directeur du mouvement Colibris, à l’origine de l’appel « Tous candidats ! »
    Partie 1 – Lionel Astruc – Manger local

    Partie 2 – Cyril Dion – Le mouvement Colibris et l’initiative « Tous candidats » – extra (vers 22′)
    Pour ne pas se laisser bercer, endormir, manipuler par les médias dominants et avoir une vision globale et innovante.
    Tous les sujets majeurs sont abordés : capital, finances, climat, énergies, croissance et aussi logements, école, monnaie………
    Pour une écologie qui ne se contente pas de « greenwashing » ou juste de simples éco-gestes, mieux que le Grenelle aussi.
    A écouter et savourer, et cerise sur le gâteau, un instant de poésie, la légende du colibri racontée par Cyril (à 34′).

    Pour que la métamorphose attendue par d’Edgar Morin atteigne une masse critique et débouche sur un basculement salvateur.

    http://www.franceculture.fr/emission-terre-a-terre-tous-candidats-autonomie-ecologie-et-initiatives-locales-2011-11-26

    Le site du mouvement Colibris, pour connaître leurs actions et découvrir la merveilleuse légende du colibri.
    http://www.colibris-lemouvement.org/

    Et pourquoi pas poser sa candidature à l’élection présidentielle.
    http://www.touscandidats2012.fr/

    Rappel :
    Negawatt et Solagro travaillent aussi sur les transitions indispensables

  3. 446 commentaires.
    Je ne peux même plus retrouver mes commentaires sur les articles pour voir si réponse.

    Ca devient infernal…
    Et divin, bien sûr.

    De la diversité nait la richesse.

    1. Amsterdam, le 26 Novembre 2011

      @ yvan

      Imaginez vous comme se sentira ce monsieur qui nous donnait le livre « La fin de l’histoire et le dernier homme »… Francis Fukuyama
      (re: http://en.wikipedia.org/wiki/The_End_of_History_and_the_Last_Man)’…

      Nous nous ne trouvons qu’au début des histoires possibles.. et c’est à nous mêmes de construire la voie vers un meilleur monde.. (Prigogine/Wallerstein/Arrighi).

      Bien à vous tous!

      JL

  4. La complexité mentionnée par Paul Jorion est celle d’un système à l’agonie qui aura tenté tous les subterfuges pour s’en sortir. Son essence c’était le profit par l’exploitation de l’homme par l’homme. A l’échelle de l’humanité c’est peut-être simplement une étape et l’opportunité nous est donné de la dépasser.
    Une leçon nous est donné par les crises. A chaque fois les victimes ont cherché des alternatives.
    La révolution russe a débouché sur le capitalisme d’Etat et le totalitarisme. Mais à côté de cette variante du capitalisme, d’autres tentatives sont nées et ont elles aussi échouées. Mais pourquoi ont-elles échoué ? L’ennemi capitaliste était alors assez fort pour les circonvenir aidé en cela par les partisans des divers totalitarismes. Ce fut le cas de la Révolution Espagnole.
    La résurgence de ces mêmes tentatives autogestionnaires revient en Argentine en 2001. Les entreprises ont fermé et il faut bien se nourrir, s’habiller, etc…
    Donc la solution à la crise est peut-être moins complexe qu’on veut bien le croire compte tenu de l’énorme potentiel de production de par le monde. J’avais publié un article là-dessus dès la fin 2008 sur Rue 89.

  5. Le terme aristocratie (en grec : gouvernement des meilleurs) désigne :

    une forme de gouvernement dans laquelle le pouvoir est officiellement détenu par une élite intellectuelle ; à ne pas confondre toutefois avec le système politique oligarchique.

    source wikipedia, définition remaniée par soins.

    Merci de ne pas répondre;

  6. Je soumets à l’assemblée jorionienne en guise de contribution dans le but hautement louable de résoudre certaines « vraies questions qui se posent » – ici misère et surpopulation – cette MODESTE PROPOSITION
    POUR EMPÊCHER LES ENFANTS DES PAUVRES
    D’ÊTRE À LA CHARGE DE LEURS PARENTS
    OU DE LEUR PAYS
    ET POUR LES RENDRE UTILES AU PUBLIC du divin Jonathan Swift, proposition datant, il est bon de le rappeler, d’une époque pré-capitaliste, 1729 en Irlande…

    C’est un objet de tristesse, pour celui qui traverse cette grande ville ou voyage dans les campagnes, que de voir les rues, les routes et le seuil des masures encombrés de mendiantes, suivies de trois, quatre ou six enfants, tous en guenilles, importunant le passant de leurs mains tendues. Ces mères, plutôt que de travailler pour gagner honnêtement leur vie, sont forcées de passer leur temps à arpenter le pavé, à mendier la pitance de leurs nourrissons sans défense qui, en grandissant, deviendront voleurs faute de trouver du travail, quitteront leur cher Pays natal afin d’aller combattre pour le prétendant d’Espagne, ou partiront encore se vendre aux îles Barbades.

    Je pense que chacun s’accorde à reconnaître que ce nombre phénoménal d’enfants pendus aux bras, au dos ou aux talons de leur mère, et fréquemment de leur père, constitue dans le déplorable état présent du royaume une très grande charge supplémentaire ; par conséquent, celui qui trouverait un moyen équitable, simple et peu onéreux de faire participer ces enfants à la richesse commune mériterait si bien de l’intérêt public qu’on lui élèverait pour le moins une statue comme bienfaiteur de la nation.

    Mais mon intention n’est pas, loin de là, de m’en tenir aux seuls enfants des mendiants avérés ; mon projet se conçoit à une bien plus vaste échelle et se propose d’englober tous les enfants d’un âge donné dont les parents sont en vérité aussi incapables d’assurer la subsistance que ceux qui nous demandent la charité dans les rues.

    Pour ma part, j’ai consacré plusieurs années à réfléchir à ce sujet capital, à examiner avec attention les différents projets des autres penseurs, et y ai toujours trouvé de grossières erreurs de calcul. Il est vrai qu’une mère peut sustenter son nouveau-né de son lait durant toute une année solaire sans recours ou presque à une autre nourriture, du moins avec un complément alimentaire dont le coût ne dépasse pas deux shillings, somme qu’elle pourra aisément se procurer, ou l’équivalent en reliefs de table, par la mendicité, et c’est précisément à l’âge d’un an que je me propose de prendre en charge ces enfants, de sorte qu’au lieu d’être un fardeau pour leurs parents ou leur paroisse et de manquer de pain et de vêtements, ils puissent contribuer à nourrir et, partiellement, à vêtir des multitudes.

    Mon projet comporte encore cet autre avantage de faire cesser les avortements volontaires et cette horrible pratique des femmes, hélas trop fréquente dans notre société, qui assassinent leurs bâtards, sacrifiant, me semble-t-il, ces bébés innocents pour s’éviter les dépenses plus que la honte, pratique qui tirerait des larmes de compassion du cœur le plus sauvage et le plus inhumain.
    Etant généralement admis que la population de ce royaume s’élève à un million et demi d’âmes, je déduis qu’il y a environ deux cent mille couples dont la femme est reproductrice, chiffre duquel je retranche environ trente mille couples qui sont capables de subvenir aux besoins de leurs enfants, bien que je craigne qu’il n’y en ait guère autant, compte tenu de la détresse actuelle du royaume, mais cela posé, il nous reste cent soixante-dix mille reproductrices. J’en retranche encore cinquante mille pour tenir compte des fausses couches ou des enfants qui meurent de maladie ou d’accident au cours de la première année. Il reste donc cent vingt mille enfants nés chaque année de parents pauvres. Comment élever et assurer l’avenir de ces multitudes, telle est donc la question puisque, ainsi que je l’ai déjà dit, dans l’état actuel des choses, toutes les méthodes proposées à ce jour se sont révélées totalement impossibles à appliquer, du fait qu’on ne peut trouver d’emploi pour ces gens ni dans l’artisanat ni dans l’agriculture ; que nous ne construisons pas de nouveaux bâtiments (du moins dans les campagnes), pas plus que nous ne cultivons la terre ; il est rare que ces enfants puissent vivre de rapines avant l’âge de six ans, à l’exception de sujets particulièrement doués, bien qu’ils apprennent les rudiments du métier, je dois le reconnaître, beaucoup plus tôt : durant cette période, néanmoins, ils ne peuvent être tenus que pour des apprentis délinquants, ainsi que me l’a rapporté une importante personnalité du comté de Cavan qui m’a assuré ne pas connaître plus d’un ou deux voleurs qualifiés de moins de six ans, dans une région du royaume pourtant renommée pour la pratique compétente et précoce de cet art.

    Nos marchands m’assurent qu’en dessous de douze ans, les filles pas plus que les garçons ne font de satisfaisants produits négociables, et que même à cet âge, on n’en tire pas plus de trois livres, ou au mieux trois livres et demie à la Bourse, ce qui n’est profitable ni aux parents ni au royaume, les frais de nourriture et de haillons s’élevant au moins à quatre fois cette somme.

    J’en viens donc à exposer humblement mes propres idées qui, je l’espère, ne soulèveront pas la moindre objection.

    Un américain très avisé que j’ai connu à Londres m’a assuré qu’un jeune enfant en bonne santé et bien nourri constitue à l’âge d’un an un met délicieux, nutritif et sain, qu’il soit cuit en daube, au pot, rôti à la broche ou au four, et j’ai tout lieu de croire qu’il s’accommode aussi bien en fricassée ou en ragoût.

    Je porte donc humblement à l’attention du public cette proposition : sur ce chiffre estimé de cent vingt mille enfants, on en garderait vingt mille pour la reproduction, dont un quart seulement de mâles – ce qui est plus que nous n’en accordons aux moutons, aux bovins et aux porcs – la raison en étant que ces enfants sont rarement le fruit du mariage, formalité peu prisée de nos sauvages, et qu’en conséquence, un seul mâle suffira à servir quatre femelles. On mettrait en vente les cent mille autres à l’âge d’un an, pour les proposer aux personnes de bien et de qualité à travers le royaume, non sans recommander à la mère de les laisser téter à satiété pendant le dernier mois, de manière à les rendre dodus, et gras à souhait pour une bonne table. Si l’on reçoit, on pourra faire deux plats d’un enfant, et si l’on dîne en famille, on pourra se contenter d’un quartier, épaule ou gigot, qui, assaisonné d’un peu de sel et de poivre, sera excellent cuit au pot le quatrième jour, particulièrement en hiver.

    J’ai calculé qu’un nouveau-né pèse en moyenne douze livres, et qu’il peut, en une année solaire, s’il est convenablement nourri, atteindre vingt-huit livres.

    Je reconnais que ce comestible se révélera quelque peu onéreux, en quoi il conviendra parfaitement aux propriétaires terriens qui, ayant déjà sucé la moelle des pères, semblent les mieux qualifiés pour manger la chair des enfants.

    On trouvera de la chair de nourrisson toute l’année, mais elle sera plus abondante en mars, ainsi qu’un peu avant et après, car un auteur sérieux, un éminent médecin français, nous assure que grâce aux effets prolifiques du régime à base de poisson, il naît, neuf mois environ après le Carême, plus d’enfants dans les pays catholiques qu’en toute saison ; c’est donc à compter d’un an après le Carême que les marchés seront le mieux fournis, étant donné que la proportion de nourrissons papistes dans le royaume est au moins de trois pour un ; par conséquent, mon projet aura l’avantage supplémentaire de réduire le nombre de papistes parmi nous.

    Ainsi que je l’ai précisé plus haut, subvenir aux besoins d’un enfant de mendiant (catégorie dans laquelle j’inclus les métayers, les journalistes et les quatre cinquièmes des fermiers) revient à deux shillings par an, haillons inclus, et je crois que pas un gentleman ne rechignera à débourser dix shillings pour un nourrisson de boucherie engraissé à point qui, je le répète, fournira quatre plats d’une viande excellente et nourrissante, que l’on traite un ami ou que l’on dîne en famille. Ainsi, les hobereaux apprendront à être de bons propriétaires et verront leur popularité croître parmi leurs métayers, les mères feront un bénéfice net de huit shillings et seront aptes au travail jusqu’à ce qu’elles produisent un autre enfant.

    Ceux qui sont économes (ce que réclame, je dois bien l’avouer, notre époque) pourront écorcher la pièce avant de la dépecer ; la peau, traitée comme il convient, fera d’admirables gants pour dames et des bottes d’été pour messieurs raffinés.

    Quand à notre ville de Dublin, on pourrait y aménager des abattoirs, dans les quartiers les plus appropriés, et qu’on en soit assuré, les bouchers ne manqueront pas, bien que je recommande d’acheter plutôt les nourrissons vivants et de les préparer  » au sang  » comme les cochons à rôtir.

    Une personne de qualité, un véritable patriote dont je tiens les vertus en haute estime, se fit un plaisir, comme nous discutions récemment de mon projet, d’y apporter le perfectionnement qui suit. De nombreux gentilshommes du royaume ayant, disait-il, exterminé leurs cervidés, leur appétit de gibier pourrait être comblé par les corps de garçonnets et de fillettes entre douze et quatorze ans, ni plus jeunes ni plus âgés, ceux-ci étant de toute façon destinés à mourir de faim en grand nombre dans toutes les provinces, aussi bien les femmes que les hommes, parce qu’ils ne trouveront pas d’emploi : à charge pour leurs parents, s’ils sont vivants, d’en disposer, à défaut la décision reviendrait à leur plus proche famille. Avec tout le respect que je dois à cet excellent ami et patriote méritant, je ne puis tout à fait me ranger à son avis ; car, mon ami américain me l’assure d’expérience, trop d’exercice rend la viande de garçon généralement coriace et maigre, comme celle de nos écoliers, et lui donne un goût désagréable; les engraisser ne serait pas rentable. Quant aux filles, ce serait, à mon humble avis, une perte pour le public parce qu’elles sont à cet âge sur le point de devenir reproductrices. De plus, il n’est pas improbable que certaines personnes scrupuleuses en viennent (ce qui est fort injuste) à censurer cette pratique, au prétexte qu’elle frôle la cruauté, chose qui, je le confesse, a toujours été pour moi l’objection majeure à tout projet, aussi bien intentionné fût-il.

    Mais à la décharge de mon ami, j’ajoute qu’il m’a fait cet aveu : l’idée lui a été mise en tête par le fameux Sallmanazor, un indigène de l’île de Formose qui vint à Londres voilà vingt ans et qui, dans le cours de la conversation, lui raconta que dans son pays, lorsque le condamné à mort se trouve être une jeune personne, le bourreau vend le corps à des gens de qualité, comme morceau de choix, et que de son temps, la carcasse dodue d’une jeune fille de quatorze années qui avait été crucifiée pour avoir tenté d’empoisonner l’empereur, fut débitée au pied du gibet et vendue au Premier Ministre de sa Majesté Impériale, ainsi qu’à d’autres mandarins de la cour, pour quatre cents couronnes. Et je ne peux vraiment pas nier que si le même usage était fait de certaines jeunes filles dodues de la ville qui, sans un sou vaillant, ne sortent qu’en chaise et se montrent au théâtre et aux assemblées dans des atours d’importation qu’elles ne paieront jamais, le royaume ne s’en porterait pas plus mal.

    Certains esprits chagrins s’inquiéteront du grand nombre de pauvres qui sont âgés, malades ou infirmes, et l’on m’a invité à réfléchir aux mesures qui permettraient de délivrer la nation de ce fardeau si pénible. Mais je ne vois pas là le moindre problème, car il est bien connu que chaque jour apporte son lot de mort et de corruption, par le froid, la faim, la crasse et la vermine, à un rythme aussi rapide qu’on peut raisonnablement l’espérer. Quant aux ouvriers plus jeunes, ils sont à présent dans une situation presque aussi prometteuse. Ils ne parviennent pas à trouver d’emploi et dépérissent par manque de nourriture, de sorte que si par accident ils sont embauchés comme journaliers, ils n’ont plus la force de travailler ; ainsi sont-ils, de même que leur pays, bien heureusement délivrés des maux à venir.
    Je me suis trop longtemps écarté de mon sujet, et me propose par conséquent d’y revenir. Je pense que les avantages de ma proposition sont nombreux et évidents, tout autant que de la plus haute importance.

    D’abord, comme je l’ai déjà fait remarquer, elle réduirait considérablement le nombre des papistes qui se font chaque jour plus envahissants, puisqu’ils sont les principaux reproducteurs de ce pays ainsi que nos plus dangereux ennemis, et restent dans le royaume avec l’intention bien arrêtée de le livrer au Prétendant, dans l’espoir de tirer avantage de l’absence de tant de bons protestants qui ont choisi de s’exiler plutôt que de demeurer sur le sol natal et de payer, contre leur conscience, la dîme au desservant épiscopal.

    Deuxièmement. Les fermiers les plus pauvres posséderont enfin quelque chose de valeur, un bien saisissable qui les aidera à payer leur loyer au propriétaire, puisque leurs bêtes et leur grain sont déjà saisis et que l’argent est inconnu chez eux.

    Troisièmement. Attendu que le coût de l’entretien de cent mille enfants de deux ans et plus ne peut être abaissé en dessous du seuil de dix shillings par tête et per annum, la richesse publique se trouvera grossie de cinquante mille livres par année, sans compter les bénéfices d’un nouvel aliment introduit à la table de tous les riches gentilshommes du royaume qui jouissent d’un goût un tant soit peu raffiné, et l’argent circulera dans notre pays, les biens consommés étant entièrement d’origine et de manufacture locale.

    Quatrièmement. En vendant leurs enfants, les reproducteurs permanents, en plus du gain de huit shillings per annum, seront débarrassés des frais d’entretien après la première année.

    Cinquièmement. Nul doute que cet aliment attirerait de nombreux clients dans les auberges dont les patrons ne manqueraient pas de mettre au point les meilleures recettes pour le préparer à la perfection, et leurs établissements seraient ainsi fréquentés par les gentilshommes les plus distingués qui s’enorgueillissent à juste titre de leur science gastronomique ; un cuisinier habile, sachant obliger ses hôtes, trouvera la façon de l’accommoder en plats aussi fastueux qu’ils les affectionnent.

    Sixièmement. Ce projet constituerait une forte incitation au mariage, que toutes les nations sages ont soit encouragé par des récompenses, soit imposé par des lois et des sanctions. Il accentuerait le dévouement et la tendresse des mères envers leurs enfants, sachant qu’ils ne sont plus là pour toute la vie, ces pauvres bébés dont l’intervention de la société ferait pour elles, d’une certaine façon, une source de profits et non plus de dépenses. Nous devrions voir naître une saine émulation chez les femmes mariées – à celle qui apportera au marché le bébé le plus gras – les hommes deviendraient aussi attentionnés que leurs épouses, durant le temps de leur grossesse, qu’ils le sont aujourd’hui envers leurs juments ou leurs vaches pleines, envers leur truie prête à mettre bas, et la crainte d’une fausse couche les empêcherait de distribuer (ainsi qu’ils le font trop fréquemment) coups de poing ou de pied.

    On pourrait énumérer beaucoup d’autres avantages : par exemple, la réintégration de quelque mille pièces de bœuf qui viendraient grossir nos exportation de viande salée ; la réintroduction sur le marché de la viande de porc et le perfectionnement de l’art de faire du bon bacon, denrée rendue précieuse à nos palais par la grande destruction du cochon, trop souvent servi frais à nos tables, alors que sa chair ne peut rivaliser, tant en saveur qu’en magnificence, avec celle d’un bébé d’un an, gras à souhait, qui, rôti d’une pièce, fera grande impression au banquet du Lord Maire ou à toute autre réjouissance publique. Mais, dans un soucis de concision, je ne m’attarderai ni sur ce point, ni sur beaucoup d’autres.

    En supposant que mille familles de cette ville deviennent des acheteurs réguliers de viande de nourrisson, sans parler de ceux qui pourraient en consommer à l’occasion d’agapes familiales, mariages et baptêmes en particulier, j’ai calculé que Dublin offrirait un débouché annuel d’environ vingt mille pièces tandis que les vingt mille autres s’écouleraient dans le reste du royaume (où elles se vendraient sans doute à un prix un peu inférieur).

    Je ne vois aucune objection possible à cette proposition, si ce n’est qu’on pourra faire valoir qu’elle réduira considérablement le nombre d’habitants du royaume. Je revendique ouvertement ce point, qui était en fait mon intention déclarée en offrant ce projet au public. Je désire faire remarquer au lecteur que j’ai conçu ce remède pour le seul Royaume d’Irlande et pour nul autre Etat au monde, passé, présent, et sans doute à venir. u’on ne vienne donc pas me parler d’autres expédients : d’imposer une taxe de cinq shillings par livre de revenus aux non-résidents ; de refuser l’usage des vêtements et des meubles qui ne sont pas d’origine et de fabrication irlandaise ; de rejeter rigoureusement les articles et ustensiles encourageant au luxe venu de l’étranger ; de remédier à l’expansion de l’orgueil, de la vanité, de la paresse et de la futilité chez nos femmes ; d’implanter un esprit d’économie, de prudence et de tempérance ; d’apprendre à aimer notre Pays, matière en laquelle nous surpassent même les Lapons et les habitants e Topinambou ; d’abandonner nos querelles et nos divisions, de cesser de nous comporter comme les Juifs qui s’égorgeaient entre eux pendant qu’on prenait leur ville, de faire preuve d’un minimum de scrupules avant de brader notre pays et nos consciences ; d’apprendre à nos propriétaires terriens à montrer un peu de pitié envers leurs métayers. Enfin, d’insuffler l’esprit d’honnêteté, de zèle et de compétence à nos commerçants qui, si l’on parvenait aujourd’hui à imposer la décision de n’acheter que les produits irlandais, s’uniraient immédiatement pour tricher et nous escroquer sur la valeur, la mesure et la qualité, et ne pourraient être convaincus de faire ne serait-ce qu’une proposition équitable de juste prix, en dépit d’exhortations ferventes et répétées.

    Par conséquent, je le redis, qu’on ne vienne pas me parler de ces expédients, ni d’autres mesures du même ordre, tant qu’il n’existe pas le moindre espoir qu’on puisse tenter un jour, avec vaillance et sincérité, de les mettre en pratique.

    En ce qui me concerne, je me suis épuisé des années durant à proposer des théories vaines, futiles et utopiques, et j’avais perdu tout espoir de succès quand, par bonheur, je suis tombé sur ce plan qui, bien qu’étant complètement nouveau, possède quelque chose e solide et de réel, n’exige que peu d’efforts et aucune dépense, peut être entièrement exécuté par nous-même et grâce auquel nous ne courrons pas le moindre risque de mécontenter l’Angleterre. Car ce type de produit ne peut être exporté, la viande d’enfant tant trop tendre pour supporter un long séjour dans le sel, encore que je pourrai nommer un pays qui se ferait un plaisir de dévorer notre nation, même sans sel.

    Après tout, je ne suis pas si farouchement accroché à mon opinion que j’en réfuterais toute autre proposition, émise par des hommes sages, qui se révélerait aussi innocente, bon marché, facile et efficace. Mais avant qu’un projet de cette sorte soit avancé pour contredire le mien et offrir une meilleure solution, je conjure l’auteur, ou les auteurs, de bien vouloir considérer avec mûre attention ces deux points. Premièrement, en l’état actuel des choses, comment ils espèrent parvenir à nourrir cent mille bouches inutiles et à vêtir cent mille dos. Deuxièmement, tenir compte de l’existence à travers ce royaume d’un bon million de créatures apparemment humaines dont tous les moyens de subsistance mis en commun laisseraient un déficit de deux millions de livres sterling ; adjoindre les mendiants par profession à la masse des fermiers, métayers et ouvriers agricoles, avec femmes et enfants, qui sont mendiants de fait. Je conjure les hommes d’état qui sont opposés à ma proposition, et assez hardis peut-être pour tenter d’apporter une autre réponse, d’aller auparavant demander aux parents de ces mortels s’ils ne regarderaient pas aujourd’hui comme un grand bonheur d’avoir été vendus comme viande de boucherie à l’âge de un an, de la manière que je prescris, et ; d’avoir évité ainsi toute la série d’infortunes par lesquelles ils ont passé jusqu’ici, l’oppression des propriétaires, l’impossibilité de régler leurs termes sans argent ni travail, les privations de toutes sortes, sans toit ne vêtement pour les protéger des rigueurs de l’hiver, et la perspective inévitable de léguer pareille misère, ou pire encore, à leur progéniture, génération après génération.

    D’un coeur sincère, j’affirme n’avoir pas le moindre intérêt personnel à tenter de promouvoir cette œuvre nécessaire, je n’ai pour seule motivation que le bien de mon pays, je ne cherche qu’à développer notre commerce, à assurer le bien-être de nos enfants, à soulager les pauvres et à procurer un peu d’agrément aux riches. Je n’ai pas d’enfants ont la vente puisse me rapporter le moindre penny ; le plus jeune a neuf ans et ma femme a passé l’âge d’être mère.

    Jonathan SWIFT – 1729

    Ps : à l’attention des vieux sages et des comètes, du même Jonathan :

    Les vieillards et les comètes ont été vénérés et redoutés pour la même raison : leurs longues barbes et leur prétention à prédire les événements.

    1. @ vigneron, le 27 novembre 2011 à 11 h 05

      Bien ta démonstration par l’absurde et par l’ignoble de la course à la soluce en oeuvre sur ce blog !

      Cela dit, parler d’une « époque pré-capitaliste » pour l’Irlande de 1729, un bon moment après les émeutes contre les enclosures, certes en Angleterre et pas encore tout à fait en Irlande, à quelques décennies près, mais non sans effet sur l’autonomie paysane économique et politique de sa prochaine colonie, cela me semble revenir à contracter rétrospectivement l’histoire. « Pré-industriel » eût été plus prudent, si l’ogre n’en était pas encore à son plat de résistance, son hors-d’oeuvre érodait déjà un peu sa denture, peut-être même l’aiguisait-il.

      Frontibus :

      « Dès leur naissance les grandes banques, affublées de titres nationaux, n’étaient que des associations de spéculateurs privés s’établissant à côté des gouvernements et, grâce aux privilèges qu’ils en obtenaient, à même de leur prêter l’argent du public. Aussi l’accumulation de la dette publique n’a-t-elle pas de gradimètre plus infaillible que la hausse successive des actions de ces banques, dont le développement intégral date de la fondation de la Banque d’Angleterre, en 1694. Celle-ci commença par prêter tout son capital argent au gouvernement à un intérêt de 8 %%, en même temps elle était autorisée par le Parlement à battre monnaie du même capital en le prêtant de nouveau au public sous forme de billets qu’on lui permit de jeter en circulation, en escomptant avec eux des billets d’échange, en les avançant sur des marchandises et en les employant à l’achat de métaux précieux. Bientôt après, cette monnaie de crédit de sa propre fabrique devint l’argent avec lequel la Banque d’Angleterre effectua ses prêts à l’État et paya pour lui les intérêts de la dette publique. Elle donnait d’une main, non seulement pour recevoir davantage, mais, tout en recevant, elle restait créancière de la nation à perpétuité, jusqu’à concurrence du dernier liard donné. Peu à peu elle devint nécessairement le réceptacle des trésors métalliques du pays et le grand centre autour duquel gravita dès lors le crédit commercial. Dans le même temps qu’on cessait en Angleterre de brûler les sorcières, on commença à y pendre les falsificateurs de billets de banque. »
      (Capital, livre I, VIII° section : L’accumulation primitive, Chapitre XXXI : Genèse du capitaliste industriel)

  7. Seul les petits hargneux et grincheux pourront trouver la petite porte étroite dans la nuée.

    Les prochaines oeuvres de scandales seront spectaculaires vous verrez.

  8. J’essaie de structure ma pensée: Que peut-on transformer pour créer ce nouveau cadre?

    1-Il y a d’une part l’Homme: le Bon, la Brute, le Truand. Avec des rapports de force et une vie construite sur leur histoire personnelle (pour l’un, la vie est méchante, pour l’autre la vie est aimable…)

    2-D’autre part la vie « économique » qui permet de subsister par son travail et des échanges. Ceci à travers un élément porteur (monnaie) de valeurs à s’échanger. Pour moi cette « monnaie » est d’importance secondaire.

    3- et enfin, la société (le cadre?) faite de principes, d’usages, d’acquis, d’attribution de situations plus ou moins privilégiées, basés sur une vision de la vie en commun. Cette vision est idéalisée (utopique) donc est corrigée dans les faits par des lois, des règles et des pénalités.

    Transformations:
    1: le cadre a une influence sur l’Homme, par la qualité de l’éducation (parents, école, savoir) Reste l’immuable loi biologique du dominant qui apparaît dans tout groupe social..

    2: partage organisé des moyens de subsistance (choix à faire: il s’agit de choix idéologiques basés sur la loi du plus fort ou sur le soutien du plus affaibli) Monnaie régulée par qui?

    3: Vivre ensemble: pour faire quoi? Le Progrès est-il un but (quel est le sens de ce mot?) Plus de loisirs, plus de biens? plus de consommation? Moins de…? Rapport entre travail et revenus? Statut social immuable? Ascenseur social? Classe politique professionnelle? Parlement représentatif? Gouvernement à la proportionnelle? Règlementation des Marchés, des Entreprises, du Travail, Contrôle à quels niveaux et avec quelle intensité?

    Découragement :
    Le sens de notre vie. A-t-elle un sens? Lequel? Pourquoi changer les choses? Pour qui? Comment imaginer l’avenir? Il n’existe pas encore, donc on peut essayer de le créer. Il suffirait de l’imaginer comme un idéal…

    Comment aimerais-je vivre? Et mes enfants?
    J’y réfléchi.

    1. Pour moi cette « monnaie » est d’importance secondaire.

      Réfléchissez mieux, et sortez, c’est urgent de votre idéalisme profond, bien que superficiel.
      La monnaie, l’argent n’a pas une importance secondaire, puis n’est pas

      un élément porteur

      (c’est quoi ce jargon ?)
      Pourquoi mettez-vous des majuscules un peu partout Homme, Progrès, Entreprises, Travail, Contrôles ? Qu’est-ce que cela signifie Entreprises, par exemple, quelles différences avec entreprises? hein?
      Allez, réfléchissez encore, mais pas trop, quand même…

      1. @pArs
        Porteur n’est sans pas assez clair en effet. Porteur d’une « valeur », Celle qu’à une monnaie, Monnaie: dollars, euro, yen… La monnaie elle-même n’a qu’une importance secondaire: celle du papier (reconnaissance de dette).
        Homme: l’homme, la femme, l’enfant.
        Entreprises: le travailleur, l’indépendant, la PME, l’industrie, la multinationale…

        Mon idéalisme profond est superficiel. Ah! Heureusement mon idéal superficiel est profond, et je vais faire un effort intense de réflexion, promis, juré…

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