L’actualité de la crise : HORS DE LA FOI, POINT DE SALUT ! par François Leclerc

Billet invité

La calamiteuse émission obligataire allemande a dominé l’actualité de mercredi, témoignant d’une brutale détérioration de la situation. Que les marchés s’en prennent à l’Allemagne illustre l’impasse dans laquelle se trouve la stratégie qu’elle défend. Seuls 3,6 milliards d’euros d’une émission de 6 milliards d’euros à dix ans du Bund ont pu être placés, conduisant la Bundesbank a acheter le solde pour le placer ultérieurement, dans des proportions bien plus importantes qu’elle n’a l’habitude de le faire.

La plus extrême confusion s’est installée. Il y a désormais ceux qui, à Berlin, persistent et signent dans l’affirmation de leur politique mais sont de plus en plus isolés, ceux qui sont trop tardivement favorables à l’émission d’euro-obligations sous conditions, et ceux qui ne voient de salut que dans l’intervention de la BCE. Si les uns et les autres divergent sur la manière de résoudre la crise, tous s’accordent cependant pour considérer que la plus grande rigueur budgétaire est indispensable et affichent leur convergence à ce propos. Et c’est là que le bât blesse.

Malencontreusement, les feuilles de route qui ont été distribuées sont mises en cause par ceux qui sont en charge de les appliquer. Antonis Samaras, leader de la Nouvelle Démocratie, estime que « certaines politiques doivent être modifiées pour garantir la réussite du plan » sur lequel il lui est demandé de s’engager formellement pour débloquer la 6ème tranche du prêt de l’Union européenne et du FMI à la Grèce ; Mario Monti laisse planer le doute sur le retour en 2013 à l’équilibre des finances de l’Italie, en prélude à sa rencontre avec Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ; Miguel Arias Cañete, le porte-parole de Mariano Rajoy, demande d’attendre la vérification des comptes publics, avant toute annonce, par crainte de mauvaises surprises comme la droite espagnole en a déjà eu après sa victoire dans les régions. Les gouvernements portugais et irlandais n’ont pas été en reste, le premier pour demander une rallonge, le second une remise de peine.

Porte-parole attitré des mégabanques, l’Institute of International Finance vient d’annoncer que la zone euro était déjà entrée en récession. Ne faisant qu’accroître les déficits budgétaires, fait-il remarquer, critiquant implicitement la stratégie poursuivie par les dirigeants européens et confirmant au passage que les marchés ne croient pas à celle-ci. Dressant un sévère réquisitoire de la gestion de la crise par les autorités européennes, l’IIF préconise l’intervention de la BCE « dans les semaines à venir ».

L’Autorité bancaire européenne (EBA) vient d’apporter un éclairage complémentaire sur l’autre face de la crise, qui monte en puissance bien que cachée. En annonçant que les banques européennes vont devoir en 2012 refinancer 700 milliards d’euros d’obligations émises par leurs soins, qui vont arriver à échéance, elle confirme les difficultés qu’elles rencontrent, qui les conduisent à se tourner davantage vers la BCE pour se financer. À ce propos, la Banque de France a révélé que les banques françaises avaient considérablement accru leurs emprunts à la BCE depuis août dernier, ceux-ci passant de 37,4 à 100,6 milliards d’euros en octobre.

La crise de la dette publique rejaillit sur les banques qui ne parviennent plus à se financer sur le marché interbancaire. Il est donc primordial que le marché obligataire retrouve sa fluidité, expliquent les analystes, rendant indispensable que la crise actuelle soit jugulée. À défaut, les deux se conjuguent. Le système bancaire est sous une assistance respiratoire promise à durer, masquant la réalité de sa situation. Il est également confronté à la nécessité de renforcer ses fonds propres, la détérioration de la situation amenant l’EBA à durcir les stress tests qu’elle mène et à révéler des besoins supplémentaires dans ce domaine. Cela concerne notamment les banques allemandes, dont la Commerzbank. À elle seule, celle-ci verrait ses obligations croître de 5 milliards d’euros, ce qui pourrait l’amener à demander un soutien public, faute de pouvoir les lever sur le marché. Ce dernier est en effet très encombré et de plus en plus jugé à risque, créant une situation très indécise.

Un autre aspect de la crise sous-jacente des banques a été révélé par Citi, la banque américaine, qui contribue à un tableau déjà sombre : les dépôts des banques italiennes, espagnoles et françaises sont en forte diminution. De 10 et 16 % respectivement pour Unicredit et Intesa, 10 et 11 % pour Santander et BBVA, et 6 et 7 % pour BNP Paribas et Société Générale.

La situation des banques espagnoles, dont les 5 principales doivent augmenter leurs fonds propres de 26,16 milliards d’euros, va particulièrement retenir l’attention, en raison des 176 milliards d’euros de crédits problématiques dispensés par les banques dans le secteur de l’immobilier et de l’éclatement continu et difficilement contenu de la bulle correspondant. Ce ne sont pas seulement les Caisses d’Épargne, en pleine restructurations et privatisations difficiles, qui sont touchées : les grandes banques sont également atteintes, même si elles parviennent mieux à absorber ou reporter le choc.

« La faiblesse de l’économie de la zone euro a le potentiel de se diffuser au reste du monde à travers un certain nombre de canaux. L’un des plus immédiats et des plus puissants est le secteur bancaire », a également constaté l’Institute of International Finance, se faisant l’écho des inquiétudes américaines, sans préciser que cette contagion aurait pour principal vecteur les CDS émis par les banques outre-Atlantique, s’ils devaient finir par être activés.

Le mini-sommet réunissant Angela Merkel, Mario Monti et Nicolas Sarkozy s’ouvre aujourd’hui à Strasbourg. Le président français a exalté mercredi « l’amitié et l’alliance entre la France et l’Allemagne », alors que les divergences n’ont jamais été aussi grandes entre les gouvernements des deux pays. En dépit de leur isolement accru, les autorités allemandes ne varient pas, contredisant à nouveau ceux qui croient percevoir ou pouvoir annoncer un infléchissement de leur position : « il faut faire les choses dans l’ordre » a encore réaffirmé mercredi Wolfgang Schäuble, le ministre des finances, exprimant sa conviction « qu’il faut changer les traités et qu’il est possible de le faire dans un délai rapide », et que l’Allemagne sera ensuite prête « à toute la solidarité nécessaire ».

Les marchés en décideront, obéissant à une autre logique ! Le taux des obligations espagnoles et italiennes a continué à se tendre mercredi, atteignant respectivement 6,6 % et 6,8 %.

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85 réflexions sur « L’actualité de la crise : HORS DE LA FOI, POINT DE SALUT ! par François Leclerc »

  1. ‘Lut AncestraL. Ca roule..?
    par ordre inverse :
    http://www.startribune.com/politics/statelocal/124952649.html
    Mais ils ne sont pas en récession.. non non.
    http://www.fdic.gov/bank/individual/failed/banklist.html
    http://contreinfo.info/
    et toutes les “sources” plus ou moins fiables des Financial times, blomberg, …

    Pour la géopolitique, voir avec Zébu.
    Son article a donné un débat politique… Ca a fusé dans tous les sens.

    Je laisse MM Jorion et Leclerc te répondre sur leurs recommandations et, rassures-toi, le blog est lu par le gouvernement.Puisqu’il est le gouvernement qui demande le plus de renseignements nominatifs sur les internautes à google. C’est donc qu’il surveille, pardon, est “à l’écoute”…

  2. « il faut faire les choses dans l’ordre » a encore réaffirmé mercredi Wolfgang Schäuble. Je reconnais bien là les allemands avec qui j’ai des contacts et qui utilisent à profusion l’expression “step by step”. Savez-vous la difference entre les allemands et les italiens ? Les italiens n’organisent jamais rien et rien ne fonctionne, les allemands organisent tout et ça ne fonctionne pas non plus.

  3. L’Allemagne “prête à tout solidarité nécessaire”?
    Pourtant, le gouv. allemand est, pour l’instant, hostile aux émission des euro-bonds (obligations), ne veut pas entendre parler d’une solidarité en faveur des pays en difficulté, d’autant plus que les traités l’interdisent clairement.
    Barroso plaide pour la solidarité, problablement le fait-il aussi en raison de son origine portugaise.
    Il faut voir ce qui se passe au Portugal: la population est dèsemparée face aux mesures restrictives, octroyées par les marchés. Les centres sociaux n’arrivent plus à fournir des aliments pour les rentiers, les chômeurs…..tellement la demande est forte. D’autres, des médecins, avocats……ne peuvent plus rembourser leurs dettes – et la situation s’aggrave.Le personnel politique par contre ne semble de souffrir trop de la situation.
    A mon avis, il faudra procéder à une restructuration de la dette, à un haircut de 80 pourcent au moins. Le reste remboursable sur 30 ans.

    1. Les centres sociaux n’arrivent plus à fournir des aliments pour les rentiers

      Germanicus !
      Mais est-ce bien raisonnable ?

  4. je ne suis pas sûr qu’ils viennent lire ici…

    Détrompez vous ! C’est parce que vous ne savez pas qui se cache derrière les pseudo.

    Allez, je balance :

    BA c’est en fait François Fillon
    Dissy, c’est Carla Bruni
    Feu Optimiste, c’est Mélenchon
    Yvan, c’est Coppé
    Moi, c’est Baroin
    Et Vigneron, je mettrais ma sécurité en jeu si je vous disais … devinez

  5. Le Nouvel Obs a confessé l’ambassade d’Allemagne et l’entourage de la Chancelière d’où ils tirent comme conclusion ce qui est très vraissemblable : Angela Merkel veut de son côté franchir trois obstacles :

    1/ laminer définitivement les libéraux anti-européens avec qui elle gouverne jusqu’à l’automne 2013, en prouvant à leurs électeurs que leur position anti-européenne les conduit à une impasse.

    2/ Trouver un terrain d’entente avec la Tribunal constitutionnel de Karlsruhe dont les 9 juges refusent toujours les euro-obligations, suspectées de peser sur les finances publiques allemandes (donc contraire à la “règle d’or” inscrite dans la loi fondamentale de Berlin).

    3/ Trouver un habillage technique préservant la “mutualisation” des critiques des contribuables allemands qui y voient en fait un “transfert” des dettes des cigales imprévoyantes (Grèce, Italie…) vers les fourmis laborieuses de la grande Germanie.

    Vaste programme… pour lequel les deux semaines précédant le grand sommet européen du 8 décembre ne seront pas de trop.
    Jean-Gabriel Fredet – Le Nouvel Observateur

    J’ajoute à celà que dans dix jours se tient à Berlin le congrès de la SPD et qu’un certain François Hollande doit y faire le discours de cloture. et quasi le même jour, un certain Nicolas Sarkosy va refaire un nouveau discours à Toulon. A l’Elysée Musca et Guaino relisent tous les articles et toutes les contributions de ce blog pour dire tout ce qu’il faudrait faire qu’ils ne feront pas.

    Comme il n’est pas du tout improbable que 2012 en France se termine par une cohabitation Sarkosy à l’Elysée et Hollande ou Aubry à Matignon et en 2013 à Berlin Merkel survivante avec Steinbrück l’anti hedge fund vice président pour une coalitionles lendemains seront sereins

  6. Bof!
    Les banques tirent la langue, ce qu’elles veulent désormais c’est monaitiser leurs dettes…
    Ca résouds rien. Mais ça me fait rigoler:
    Il est impossible de résoudre un naufrage en victoire de l’America Cup.
    Pour flotter sur l’argent, il faut qu’il soit plus leger, un bonne méthode c’est la planche à billet.
    Si tu controle la planche à billet, tu restes le plus riche…
    Le rentier boche est ennuyé: L’euro qui baisse, ça fait moins en dollars, unité de reference…
    C’est bete hein? De voir 30% de son patrimoine partir en fumée à cause de la planche à billet.
    J’en vois ici qui tirent la tronche!
    Hahhahahhhha!
    J’en ai rien à cirer….

  7. excusez-moi si je suis (mais peut-être pas tant que ça finalement…) hors sujet… mais quelqu’un pourrait-il me (nous) faire un rapide mais précis résumé de ce qui s’est passé (et qui est toujours en cours ?) en Islande, s’il vous plait… le peu que j’en sais ne pourrait-il pas servir de piste, même si les échelles sont disproportionnées…?

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