E pluribus unum*. Vraiment ?, par Roberto Boulant

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

Après une longue diaspora de plus de 80.000 ans et plusieurs vagues de migrations, nous, hommes modernes, sommes en passe, au-delà de nos langues, de nos cultures et de la variété de nos morphotypes, de retrouver l’unité qui était celle de nos ancêtres dans leur berceau africain.

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Snow-Therapy à Macro-Therapy : de l’être primitif au peuple debout, par Annie Fortems

Billet invité. À propos de Paul Jorion pense tout haut le dimanche 15 février 2015.

Le dernier opus du suédois Ruben Ostlund, Snow-Therapy, n’est pas qu’un thrilleur psychologique, intimiste. Il esquisse aussi une vision de macro-Therapy politique et sociale. Passer une semaine de sports d’hiver dans les alpes françaises en compagnie de cette famille de bobos scandinaves n’est pas de tout repos. On ne revient pas indemne de cette luxueuse station, posée dans un écrin blanc en haut d’un pic rocheux. Amphithéâtre féerique de lumière et de blancheur scintillante où l’on se prend à rêver de feux d’artifices accompagnant les coups de canons à neige. On verra que ce sera plutôt le lieu des artifices qui partent en fumée.

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Le temps qu’il fait le 21 août 2014

Sur DailyMotion, c’est ici.

Paul Jorion & Bruno Colmant : Penser l’économie autrement (2014)

Paul Jorion : Principes des systèmes intelligents (1989 ; 2012)

Des décisions cornéliennes à l’intérieur d’un destin

Benjamin Libet (1916 – 2007)

« Être honteux » : c’est toujours après coup, jamais au moment-même où on pose l’acte

Pourquoi j’écris un livre sur Keynes ?

Skidelsky,Robert, John Maynard Keynes. Hopes Betrayed 1883-1920, London : Macmillan, 1983

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Piqûre de rappel : NOTRE CERVEAU : CONSCIENCE ET VOLONTÉ, le 7 avril 2012

Le biologiste François Jacob a utilisé à propos de notre cerveau, une image admirable : le cerveau humain est conçu, dit-il, comme une brouette sur laquelle aurait été greffé un moteur à réaction. Par cette image frappante, il attirait notre attention sur le fait que notre cerveau n’est pas constitué comme une machine d’une seule pièce. Il y a en son centre, le cerveau reptilien, appelé ainsi parce qu’il possède déjà la même structure chez le reptile, et le cerveau des mammifères s’est construit comme une couche additionnelle, absolument distincte : le cortex est d’une autre nature que le cerveau reptilien. Lequel est celui des sens, de la réaction immédiate, celui du réflexe, de l’affect, comme s’expriment les psychologues.

Le cortex s’est spécialisé dans le raisonnement, dans la réflexion rationnelle, l’enchaînement des arguments, le calcul mathématique, tout ce qui est de l’ordre des symboles, et il est greffé sur ce cerveau reptilien qui est lui d’une nature purement instinctive, ce qui fait que nous réagirons par l’enthousiasme ou par la peur devant ce que notre cerveau-cortex aura déterminé de faire. Les plus beaux exemples dans ce domaine, ce sont bien sûrs les traders qui nous les proposent. Ceux d’entre mes lecteurs qui connaissent des traders savent que le jour où ils ont gagné beaucoup d’argent ils sont dans les restaurants et les bars des beaux quartiers, ils fument de gros cigares et boivent beaucoup, alors que les jours où ils ont perdu des sommes impressionnantes, on les voit beaucoup moins : ils sont à la maison, ils essaient de dormir et ont pris des cachets pour tenter d’y parvenir.

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Les robots, la mémoire et l’espèce humaine, par Pierre-Yves Dambrine 

Billet invité.

Cher « Un Belge »,

J’ai lu avec intérêt ton billet intitulé « Le robot n’est pas celui qu’on croit » où tu nous assimiles d’ores et déjà à des robots, je souscris à cette analyse, qui met le doigt sur le symptôme d’une humanité en perdition.

Nonobstant, il me semble qu’on peut apporter un élément supplémentaire dans le débat ; je veux parler de la mémoire, celle qui nous est personnelle, et celle, collective, que nous partageons avec nos semblables, ces deux mémoires n’étant en réalité que deux aspects d’une même réalité où se mêlent souvenirs personnels, c’est à dire relatifs au parcours de nos existences individuelles, et souvenirs relatifs à des références collectives, et celles qui nous sont léguées par l’histoire, la littérature, en un mot par la culture, au sens le plus large du terme, celle-ci incluant aussi bien le développement des sciences. Cette question est importante en ce qui concerne le problème que tu soulèves, parce que les robots et les machines du futur pourraient bien ne pas être simplement des esclaves auxquels on dit ce qu’ils doivent faire, comme dans le cas des ordinateurs ou des systèmes experts. Certes les robots et les machines sophistiquées ont en quelque sorte leur mémoire, mais celles-ci sont encore très frustes, même si elles causent déjà de gros dégâts, je pense notamment au Trading à haute fréquence (HFT) utilisé pour spéculer.

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Keynes et le mystère du taux d’intérêt (I) Mécanismes psychologiques et conventionnalisme

John Maynard Keynes n’était pas économiste de formation mais mathématicien. Il disposait également d’un bagage substantiel en philosophie, conséquence d’une éducation secondaire au sein de la prestigieuse « public school » d’Eton, suivie d’une éducation supérieure dans l’environnement tout imprégné de philosophie dans la tradition médiévale, qu’est l’université de Cambridge. Il deviendrait bien sûr une autorité dans le domaine de la « science » économique mais au même titre qu’il serait également une autorité au sein du monde bancaire ou dans la gestion des affaires de l’État.

L’éclectisme de Keynes explique son style très particulier en matière de théorie économique : faisant appel d’une part à la théorie économique de son temps ainsi qu’à celle de ses prédécesseurs, recourant d’autre part à tout à ce que peut offrir le monde autrement plus vaste de la culture dans son ensemble. C’est là la raison majeure pourquoi il nous faut revenir à Keynes chaque fois que s’impose, comme c’est le cas aujourd’hui, le sentiment d’une urgence dans la tâche de reconstruction de la science économique, en raison du fait que quelque chose a manifestement très mal tourné pour la pensée économique. On ne peut s’empêcher de penser à la catastrophe qu’a constituée l’incapacité des économistes contemporains (à l’exception d’une poignée d’entre eux – je ne me compte pas parmi eux, n’étant pas économiste de formation) à prévoir une crise pourtant aussi destructrice que la crise des subprimes, et ensuite, lorsque celle-ci prit toute son ampleur, à proposer des solutions susceptibles d’être mises en application.

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CTETE TROHIÈE TINET-ELLE DOUBET ?

Dsérodre

Edit (Julien Alexandre) : ce texte est évidemment un « mème internet » et aucune étude de la sorte n’a jamais été menée à Cambridge. L’auteur de ce texte, par ailleurs décliné dans de nombreuses autres langues avec plus ou moins de succès, s’est attaché à respecter un certain nombre de règles de typographie (espacement des lettres, type de police, les mots de base comme « une », « de », « la », « et » sont inchangés), avec un choix de mots relativement simples, tout en limitant les interversions à des permutations de lettres deux à deux, préservant ainsi l’enchaînement consonantique. Cet exemple ne marche que parce qu’il a été soigneusement « monté » pour fonctionner, et il n’est pas possible de généraliser, l’exercice étant rapidement confronté à des limites de lisibilité dès lors qu’on s’affranchit des règles précitées.

Pour ceux qui voudraient aller plus loin, voici une étude publiée en 2008 dans la revue Les actes de lecture.

Pour les autres, la conclusion s’impose : ce n’est pas demain la veille que vous pourrez vous passer de l’orthographe au nom d’une « étude de Cambridge » !

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L’EMPATHIE COMME DISPOSITION À NÉGOCIER, par Timiota

Billet invité.

En lisant les deux billets LE VIVANT ET LE SOUFFRANT de Claude Lévi-Strauss, sur Rousseau et EXPRESSION SPONTANÉE ET STRATÉGIE EN FINANCE ET EN ÉCONOMIE de Paul Jorion, sur Keynes, il me vient le questionnement suivant sur l’empathie.

L’empathie se couple chez l’humain à une partie consciente de l’attitude : « que vais-je faire pour la/le convaincre ? Pour la/le séduire ? « , elle a une partie spontanée assez variable (tendant vers zéro le long du spectre autistique, ce que pourra commenter Paul Tréhin, auteur du billet LES ORIGINES DE L’ART ET DE LA CULTURE : le rôle des individualités) et une partie « négociée » lourdement médiée par la société, les règles de dialogue orales, la « nétiquette généralisée » si je peux en profiter pour faire d’une (récente) partie un tout.

Il me semble donc qu’il y a cette tension entre le spontané et le négociable dans l’empathie.

Si je me souviens bien du « principe des systèmes intelligents », la machine doit donner l’impression que le savoir est « négociable » pour paraître humaine (c’est du moins mon à-peu-près sur la question). Avec différentes formes de négociabilité (vigneronne ou plus calme).

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L’ILLUSION DU CONCEPT DE DESSEIN, par Fabien Villard

Billet invité. À propos de : LE PROCESSUS « CULTUREL » DE REPRODUCTION / SÉLECTION « NATURELLE » par Jean-Baptiste Auxiètre et Paul Jorion.

Ah le joli texte que voilà ! Enfin révélée, l’illusion du concept de dessein, aussi illusoire que celui de dieu. Tout concourt aujourd’hui à nous en convaincre : les expériences de Libet (1), bien sûr, mais aussi les explications de Pascal Boyer (2) sur la structure logique du cerveau, la meilleure compréhension de ses fonctionnements et de leurs origines évolutionnaires, les analogies de Hofstadter et Sander (entre autres) (3), l’hypothèse mémétique (Blackmore (4), Dennett…), les réflexions sur l’émergence et sa capacité à expliquer des comportements complexes par une collection de comportements simples (5), et surtout notre capacité structurelle et évolutive à raconter des histoires, à créer l’histoire « a posteriori ».

Vous posez les deux questions qui découlent et commencez à y répondre par la voie politique, ce qui est naturel évidemment. Il y a un complément indispensable à cette réflexion : la conception. Elle permet de fabriquer, comme un sous-produit, les éléments de communication nécessaires. Elle y apporte la cohérence, la clarté des messages, et les moyens de filtrer les contenus en fonction des intentions de communication. Elle permettrait sans doute aussi de sélectionner différemment les choses, pas sur ce qui marche, mais sur ce qui nous intéresse en vertu de principes (par exemple démocratiques ?).

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PARLER POUR SAVOIR CE QUE L’ON PENSE

Ayant lu mon texte Le secret de la chambre chinoise, publié en 1999 dans la revue L’Homme, et dont j’ai récemment résumé dans Misère de la pensée économique (pages 31 à 37) l’argument niant l’existence de l’intention et du même coup du libre-arbitre, Annie Le Brun attire mon attention sur deux petits textes d’Heinrich von Kleist (1777 – 1811) tout à fait dans le même esprit : Sur l’élaboration progressive des idées par la parole (1806) et Sur le théâtre de marionnettes (1810).

La représentation du mécanisme de la parole que l’on trouve dans le premier texte préfigure en effet celle que j’ai tenté de théoriser dans Le secret de la chambre chinoise et que j’avais modélisée de manière anticipée dans le projet ANELLA (Associative Network with Emergent Logical and Learning Abilities) que j’ai eu l’occasion de réaliser au laboratoire d’intelligence artificielle des British Telecom et dont j’avais rendu compte dix ans auparavant dans Principes des systèmes intelligents (1989 ; 2012) : à savoir que « si ce que l’on dit, on n’a jamais eu ‘l’intention de le dire’, alors ce que l’on dit, on l’apprend seulement – comme quiconque – au moment où on se l’entend dire » (1999 : 190).

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PRINCIPES DES SYSTÈMES INTELLIGENTS (1989), chapitre 7, réédition en librairie le 23 novembre

Je poursuis la publication des chapitres de Principes des systèmes intelligents. On en était resté jusqu’ici à des questions générales, histoire de déblayer le terrain. On entre maintenant dans la partie « charnue » si je puis dire. Et j’en imagine déjà qui – aussitôt lue l’histoire du mystérieux dromadaire blanc – tremperont leur plume rageuse dans l’encrier !

7. L’enchaînement associatif

Le chapitre précédent a suggéré que l’association d’idées, l’expérience commune et banale d’une idée en appelant une autre, pouvait constituer la structure sous-jacente non seulement au processus de remémoration mais aussi à la pensée en général voire à la génération du discours. Pour éviter le mot problématique d’« idée », on parlera ici d’enchaînement associatif (de signifiants). Bien que nous n’envisagions ici comme méthode que le parcours inscrit à l’intérieur d’un espace de mots, il n’est pas possible de mettre entre parenthèses un élément qui joue un rôle tout à fait essentiel dans les enchaînements associatifs de la pensée humaine : la production des images. Celle-ci ne sera pas ignorée même si nous savons d’avance qu’il ne sera pas possible de lui rendre justice dans le présent livre.

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TÉMOINS… PEU INFORMÉS !

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Quand j’ai vu hier sur le site du Monde la vidéo dont j’ai fait ensuite mon billet Les jeux du cirque, ou la société du spectacle, j’ai voulu la partager avec vous. D’autres vidéos de la même mort circulent sur l’Internet, beaucoup plus « graphiques », comme on dit aujourd’hui. Si vous les comparez, vous verrez que sur les autres, et en particulier sur celle-ci, on comprend mieux ce qui se passe parce que l’iPhoneur se trouve à hauteur des policiers, mais ce qui m’avait paru le plus significatif, ce n’était pas qu’il s’agissait d’une exécution en forme de lynchage (l’article du Monde était titré « FAR WEST »), mais l’omniprésence du filmage de la scène par la foule qui court et accompagne le drame, et j’imaginais des jeux du cirque romains avec la foule sur les gradins de l’arène où chacun au lieu de lever ou baisser le pouce, brandit son iPhone.

Certains d’entre vous se sont posés la question de savoir si la motivation des filmeurs était essentiellement le voyeurisme envers ce qui promettait d’être une exécution ou le désir de témoigner plus tard sur ce qui s’annonçait comme une bavure. Si vous avez jamais fait partie d’une foule qui court, vous savez comme moi que la pensée est mise en veilleuse : le corps a été mis en mouvement, et il ne vous informera de ce qui se passe que s’il le juge vraiment indispensable. Si notre espèce avait dû réfléchir à tout ce qu’elle a fait avant de le faire : formuler une intention, pour ensuite réaliser cette intention, il y a longtemps qu’elle ne serait plus là.

Je me suis surpris comme cela, un jour, à courir sur une plage en direction de la mer, et à me demander « Mais pourquoi tu cours ? » Et au bout d’un moment : « Ah oui ! C’est à cause de cette femme qui crie : ‘Je me noie’ ! » Je ne suis arrivé que le troisième, et ce sont les deux premiers qui l’ont sauvée, mais si je raconte ceci, c’est parce que j’avais eu ce sentiment très vif : « Mon corps court, mais pourquoi le fait-il ? pourquoi ne suis-je pas personnellement informé ? ». J’avais 17 ou 18 ans, c’est cette expérience qui m’a conduit plus tard à m’intéresser à l’« intention », pour aboutir finalement à la conclusion qu’elle est une illusion rétrospective : j’en ai parlé récemment dans Notre cerveau : conscience et volonté.

Il y avait une deuxième dimension à mon désir de montrer cette vidéo : l’Amérique, que je connais sans doute mieux que la plupart d’entre vous, y ayant vécu douze ans, mais, ne mélangeons pas tout : j’y reviendrai dès que j’aurai rempli ma promesse envers Paul Ariès, de lui envoyer un texte avant ce soir.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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PRINCIPES DES SYSTÈMES INTELLIGENTS (1989)

Quand, en 2008, les Éditions La Découverte ont refusé de faire un second tirage de La crise du capitalisme américain, paru l’année précédente, c’est Alain Oriot, aux Éditions du Croquant, qui a décidé de republier l’ouvrage. Alain a publié ensuite en 2010 l’un de mes manuscrits originaux : Le prix.

Je vous ai déjà signalé que les Éditions du Croquant s’apprêtent à sortir (c’est dans cinq jours – je le signalerai), une nouvelle édition de mon premier livre : Les pêcheurs d’Houat, datant de 1983, bien plus belle que l’original puisque les photos ont été faites cette fois à partir des négatifs et non à partir de tirages, et dont je vous ai déjà proposé l’Avant-propos 2012.

Autre très grande satisfaction : mon autre ouvrage épuisé, Principes des systèmes intelligents (1989), va également être republié à la rentrée par les Éditions du Croquant. Je vous en propose ici l’Avant-propos 2012.

Principes des systèmes intelligents

Avant-propos 2012

« C’est l’histoire d’un mec… », commençaient les histoires du regretté Coluche, et c’est bien le cas ici aussi : c’est l’histoire d’un mec qui, d’une part, s’est émerveillé sept ou huit ans auparavant devant le pouvoir proprement démiurgique de la programmation (on écrit quelques lignes de texte et une machine FAIT ce qu’on lui dit de faire ! Wow !) et qui, d’autre part, à cette époque-là (on est en 1987), entreprend une deuxième psychanalyse (sa première tentative ayant été une totale perte de temps – et d’argent !) et qui, en raison de l’immense talent de son nouvel analyste (Philippe Julien), se convainc que Freud n’était pas seulement un extraordinaire penseur, mais aussi un authentique découvreur de continents.

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LE FAIT QUE NOUS PARLIONS

Le fait que nous parlions appartient à ces choses dont nous considérons qu’elles vont de soi. La linguistique rend compte du fait que nous nous exprimons en différentes langues, en comparant les manières que nous avons adoptées pour y parvenir. La linguistique s’intéresse aussi à la façon dont nous combinons des effets de sens (le sémantique) avec des effets de structure (le syntaxique). Elle n’est jamais parvenue, il faut le souligner, à expliquer comment le sens des mots se combine pour constituer le sens de la phrase, énigme que les Scolastiques appelaient le complexe significabile.

Honnêtement, je ne connais pas d’autres réflexions que la mienne qui ait été consacrée à la différence pour ce qui touche au sens, entre ce qu’opère le sémantique d’une part et le syntaxique de l’autre. Ainsi, dans l’article « Le secret de la chambre chinoise » (Jorion 1999), paraphrasé dans Notre cerveau : conscience et volonté, je concluais, en donnant aux mots les mêmes significations que dans la discussion hier à propos de la conscience :

En effet, le syntaxique ne parvient pas à l’imagination : il est du même ordre que l’acte ci-devant « involontaire » ; le sémantique, c’est au contraire ce qui y parvient : il est du même ordre que l’acte ci-devant « volontaire ». C’est ce contraste qui avait permis à certains Scolastiques, en particulier à Jean Buridan, d’affirmer que le syntaxique est privé de signification : il possède un sens mais qui n’est pas ce que nous appelons la signification, laquelle est précisément ce que le sémantique véhicule exclusivement. Le sens du syntaxique est entièrement traité en amont de la conscience, au niveau inconscient, par le corps – selon l’expression que j’ai utilisée dans ce texte –, c’est la partie aveugle, inaccessible du sens, celle qui nous oblige à des contorsions mentales quand nous essayons de définir – pour reprendre le vocabulaire scolastique – un syncatégorème tel « néanmoins » » (ibid. 197-198).

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NOTRE CERVEAU : CONSCIENCE ET VOLONTÉ

Le biologiste François Jacob a utilisé à propos de notre cerveau, une image admirable : le cerveau humain est conçu, dit-il, comme une brouette sur laquelle aurait été greffé un moteur à réaction. Par cette image frappante, il attirait notre attention sur le fait que notre cerveau n’est pas constitué comme une machine d’une seule pièce. Il y a en son centre, le cerveau reptilien, appelé ainsi parce qu’il possède déjà la même structure chez le reptile, et le cerveau des mammifères s’est construit comme une couche additionnelle, absolument distincte : le cortex est d’une autre nature que le cerveau reptilien. Lequel est celui de la réaction immédiate, celui du réflexe, de l’affect, comme s’expriment les psychologues.

Le cortex s’est spécialisé dans le raisonnement, dans la réflexion rationnelle, l’enchaînement des arguments, le calcul mathématique, et il est greffé sur ce cerveau reptilien qui est lui d’une nature purement instinctive, ce qui fait que nous réagirons par l’enthousiasme ou par la peur devant ce que notre cerveau-cortex aura déterminé de faire. Les plus beaux exemples dans ce domaine, ce sont bien sûrs les traders qui nous les proposent. Ceux d’entre mes lecteurs qui connaissent des traders savent que le jour où ils ont gagné beaucoup d’argent ils sont dans les restaurants et les bars des beaux quartiers, ils fument de gros cigares et boivent beaucoup, alors que les jours où ils ont perdu des sommes impressionnantes, on les voit beaucoup moins : ils sont à la maison, ils essaient de dormir et ont pris des cachets pour tenter d’y parvenir.

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Peur, incertitude, entropie et information, par Paul Tréhin

Billet invité

Une analyse approfondie des causes de peur chez les organismes vivants doués de conscience nous conduit à repenser au second principe de la thermodynamique selon lequel tout système fermé tend au cours du temps vers le niveau maximal de désorganisation.

Cette tendance à l’accroissement du désordre est également appelée accroissement de l’entropie en thermodynamique.

Cependant, tous les systèmes vivants arrivent à préserver un certain niveau d’organisation locale assurant au minimum l’intégrité physique de leur propre organisme. Mais cela est réalisé au dépend d’un accroissement de l’entropie de l’environnement dans lequel ils puisent l’énergie nécessaire au maintien de leur propre organisation au cours du temps.

Il s’agit d’un équilibre instable, qui cesse de se maintenir quand l’organisme n’arrive plus à puiser assez d’énergie dans son environnement, soit par sa propre faiblesse, soit par épuisement de l’environnement auquel il a accès. Dans les deux cas, l’organisme atteint alors un état stable de désordre maximal par la dispersion de ses propres molécules au travers du processus de mort. Comme de nombreuses situations peuvent conduire les organismes à cet état final d’entropie maximale, leur principale peur (dans le cas d’organismes conscients) est de ne pas arriver à se protéger contre l’apparition de situations où ils n’arriveraient plus à assurer le maintien de leur propre organisation. Toute situation d’incertitude, quelle qu’en soit la cause – manifestations géocentriques, éruptions volcaniques, tremblements de terre, ou atmosphériques orages et tempêtes, présence de prédateurs de tout ordre – accroit l’incertitude de l’organisme face à sa capacité à assurer sa survie et le maintien de son organisation.

Ces situations d’incertitude sont les causes primordiales, au sens vital, de la peur chez les organismes vivants douée de conscience.

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Un contrat social cognitif, par zébu

Billet invité.

Suite au billet « Une civilisation cognitive », de nombreuses remarques se sont fait jour, en particulier sur la seconde partie de l’article qui se voulait prospective et qui en lieu et place d’avoir circonscrit un périmètre d’étude est directement passé à la description des fonctionnalités possibles, sans passer par la case conceptualisation, ce qui ne rend bien évidemment la lecture ni aisée ni compréhensible.

Pour rappel, le paradigme de la mécanisation apparu avec la révolution industrielle est en train de s’écrouler, de par son extension logique : produire plus, signifiant consommer plus, d’où une société de consommation ‘de masse’, consommant de plus en plus ses propres ‘éléments’.

Ainsi du travail (en particulier le salariat), base sociale de ce paradigme, mais aussi de l’argent, devenu dans une économie financiarisée et libéralisée ‘totalement’ l’élément en passe d’être le plus produit et consommé sur terre avec l’énergie, qui elle, est de moins en moins produite.

Les États, qui ont joué une fonction de cheval de Troie pour l’économie financière et jusque là garants du contrat social, se retrouvent actuellement dans une double impasse.

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Une civilisation cognitive, par zébu

Billet invité

A mesure que l’on avance dans la crise financière en cours, il devient de plus en plus évident que celle-ci masque de plus en plus mal un autre type de crise : une crise du sens que les hommes donnent à la représentation qu’ils se font de ce monde. Pierre-Yves D. et Jean-Pierre Pagé, sans compter évidemment l’hôte de ce blog et François Leclerc ont déjà interrogé cette crise paradigmatique.

L’épuisement des hommes, des concepts et des environnements y apparaît en filigrane de manière rédhibitoire. Simultanément, l’urgence et la nécessité d’un nouvel ‘astrolabe’ pour effectuer des observations universelles mais aussi d’un ‘sextant’ pour faire le point hors de vue d’une terre en plein brouillard y sont sans cesse rappelées. Car la navigation humaine se pratiquant à l’ouïe, aux sons des chutes répétées que pratique de manière assidue et croissante le capitalisme financier, le risque que celle-ci ne s’échoue sur des bancs de crises, pour au mieux s’y amarrer, semble de jour en jour croissant.

La Révolution étant la chose la mieux partagée tant qu’elle n’a pas commencé, on convoque de toutes parts des processus qui permettraient enfin de sortir du bourbier que l’on constate, tant les similitudes se prêtent parfois à des analogies historiques : ‘1788’ est un item qui commence à ressortir de plus en plus fréquemment dans les moteurs de recherche sur internet (31 500 000 occurrences sur Google, contre 35 800 000 pour ‘1789’).

Mais d’autres révolutions ont aussi été évoquées comme référentiel d’analyse. La ‘révolution industrielle’ marqua elle aussi une profonde césure entre un ‘monde d’avant’ et un ‘monde d’après’, bien que ces deux mondes coexistèrent encore longtemps. Cette révolution là provoqua de vives contestations, parfois jusqu’à l’insurrection armée, comme avec le mouvement luddiste en Angleterre, en 1811-1812 et jusqu’à la fin des années 1830, dans le secteur du tissage artisanal, qui subit de plein fouet les premières politiques de libéralisme économique. Des fabriques ‘industrielles’ furent ainsi détruites mais le mouvement fut rapidement réprimé par le gouvernement anglais, autant inquiet de ce type de mouvement que de la lutte contre Napoléon.

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Pourquoi les riches se comportent si mal ?, par Tata

Billet invité

À cette question, de nombreux messages ici en font le constat, je vous propose la réponse suivante qui peut paraître bien provocante, j’en conviens :

Parce qu’il devient très difficile d’être heureux lorsqu’on est riche !

J’ajoute d’ailleurs qu’il semble beaucoup plus facile de l’être lorsqu’on estime que l’on va le devenir… Il peut sembler décourageant, voir exaspérant à certains, de se préoccuper encore des riches, mais l’influence de chacun sur notre avenir commun dépend malheureusement assez fortement de nos pouvoirs respectifs (les groupes se constituant et s’identifiant souvent en fonction de leurs capitaux respectifs). Alors pardonnez-moi d’offenser probablement certains d’entre vous, croyez au moins qu’il s’agit d’éclaircir un paradoxe que nous sommes condamnés à dépasser un jour (le bourgeois et le citoyen étant en chacun d’entre nous ?).

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