Le (non-)rôle de la conscience

Ouvert aux commentaires.

Timiota me signale un article récent (14 novembre 2017) en anglais intitulé Chasing the Rainbow: The Non-conscious Nature of Being, par David A. Oakley et Peter W. Halligan. Dans cet article est défendue la même thèse que celle que j’avais développée dans un article publié en 1999 dans la revue L’Homme intitulé Le secret de la chambre chinoise : du rôle non-causal de la conscience, et dont j’avais résumé l’argument dans Le dernier qui s’en va éteint la lumière (2016 : 143-150).

J’avais consacré un billet à ce sujet, au tout début du blog (14 avril 2007). Je le reproduis ici.


L’énigme de la chambre chinoise

Jean–Luce Morlie s’était montré chagriné de ce que je disais de la conscience dans « Apprendre en se lisant » et il revient à la charge dans un commentaire sur mon billet suivant, « Ce que le chat de Schrödinger en pense, lui ».

Comme j’ai un jour consacré Le secret de la chambre chinoise », L’Homme, 150, 1999 : 177-202.

(2) Searle, John R., Minds, Brains and Science, The 1984 Reith Lectures, Londres : BBC, 1984 : 32-33.

(3) C’est sur l’impossibilité pratique de réaliser cette tâche qu’avait achoppé la linguistique transformationnelle de Chomsky.

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Depuis sa création, apparemment en 2006, mon entrée en anglais dans Wikipedia mentionne ceci :

Memory and consciousness

In an article published in 1999, Jorion offered a new theory of consciousness which goes beyond the Freudian notion that some of our decisions have unconscious motives by suggesting that in fact all our decision-making has unconscious roots, revealing freewill to be an illusion.

Consciousness is shown to be a consequence of a mechanism allowing us to perceive as simultaneous the sensations produced separately by our five senses, a necessary preliminary to creating memory traces, that is, also, the prerequisite to any learning process. Drawing the consequences of an observation made by Benjamin Libet, that intention is an artifact as it springs to consciousness half a second later than the action it is supposed to have generated, Jorion further suggested that consciousness errs when it assumes to be the cause of human actions while it is nothing more than an ancillary consequence of the registration process that allows memory to accrue.

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J’étais revenu sur le sujet, le 7 avril 2012, dans NOTRE CERVEAU : CONSCIENCE ET VOLONTÉ

Le biologiste François Jacob a utilisé à propos de notre cerveau, une image admirable : le cerveau humain est conçu, dit-il, comme une brouette sur laquelle aurait été greffé un moteur à réaction. Par cette image frappante, il attirait notre attention sur le fait que notre cerveau n’est pas constitué comme une machine d’une seule pièce. Il y a en son centre, le cerveau reptilien, appelé ainsi parce qu’il possède déjà la même structure chez le reptile, et le cerveau des mammifères s’est construit comme une couche additionnelle, absolument distincte : le cortex est d’une autre nature que le cerveau reptilien. Lequel est celui des sens, de la réaction immédiate, celui du réflexe, de l’affect, comme s’expriment les psychologues.

Le cortex s’est spécialisé dans le raisonnement, dans la réflexion rationnelle, l’enchaînement des arguments, le calcul mathématique, tout ce qui est de l’ordre des symboles, et il est greffé sur ce cerveau reptilien qui est lui d’une nature purement instinctive, ce qui fait que nous réagirons par l’enthousiasme ou par la peur devant ce que notre cerveau-cortex aura déterminé de faire. Les plus beaux exemples dans ce domaine, ce sont bien sûrs les traders qui nous les proposent. Ceux d’entre mes lecteurs qui connaissent des traders savent que le jour où ils ont gagné beaucoup d’argent ils sont dans les restaurants et les bars des beaux quartiers, ils fument de gros cigares et boivent beaucoup, alors que les jours où ils ont perdu des sommes impressionnantes, on les voit beaucoup moins : ils sont à la maison, ils essaient de dormir et ont pris des cachets pour tenter d’y parvenir.

Une autre caractéristique de notre cerveau, c’est que la conscience que nous avons de ce que nous faisons, cette conscience n’a pas véritablement été conçue comme un instrument qui nous permette de prendre des décisions. Quand les psychologues sont allés expérimenter, dans les années 1960, autour de la question de la volonté, ils ont fait la découverte sidérante que la volonté apparaît dans le cerveau après qu’a été réalisé l’acte qu’elle est censée avoir déterminé. La représentation de la volonté que nous allons poser un acte, n’intervient en fait qu’une demi-seconde après que l’acte a été posé, alors que l’acte lui-même a pu être réalisé un dixième de seconde seulement après l’événement qui en a été le véritable déclencheur.

Le psychologue qui a découvert cela est Américain et son nom est Benjamin Libet (1916-2007). La première hypothèse qu’il a émise, quand les faits lui sont apparus dans toute leur clarté, a été d’imaginer qu’il existait un mécanisme dans le cerveau qui permet à une information de remonter le temps. Son explication première n’a pas été que « volonté » est un mot dénotant un processus illusoire, une mésinterprétation de notre propre fonctionnement, mais que la volonté devait bien – comme nous l’imaginons spontanément parce que les mots de la langue nous le suggèrent fermement – décider des choses que nous allons accomplir, et que la seule explication possible était que la volonté remonte dans le temps pour poser les actes que nous supposons qu’elle détermine, seule manière de rendre compte du décalage d’une demi-seconde observé.

Il n’y a donc pas comme nous l’imaginions avant la découverte de l’inconscient, une conscience décidant de tous nos actes, à l’exception des actes réflexes. Il n’y a pas non plus, comme Freud l’avait imaginé, deux types d’actes : les uns déterminés par la conscience et les autres par l’inconscient, il n’y a – du point de vue décisionnel – qu’un seul type d’actes, déterminés par l’inconscient, la seule différence étant que certains apparaissent dans le « regard » de la conscience (avec une demi-seconde de retard sur l’acte posé), et certains non.

Dans l’article où je proposais pour la première fois une théorie complète de la conscience tenant compte des découvertes de Libet, j’écrivais : « la conscience est un cul-de-sac auquel des informations parviennent sans doute, mais sans qu’il existe un effet en retour de type décisionnel. C’est au niveau de l’affect, et de lui seul, que l’information affichée dans le regard de la conscience produit une rétroaction mais de nature « involontaire », automatique » (Jorion 1999 : 179). Je suggérais alors de remplacer, pour souligner les implications de la nouvelle représentation, le mot « conscience » par « imagination », et le mot « inconscient », par « corps », pour conclure alors que toutes nos décisions sont en réalité prises par notre corps mais que certaines d’entre elles (celles que nous avions l’habitude d’attribuer à notre « volonté ») apparaissent à notre imagination : « En réalité, la prise de décision, la volonté, a été confiée au corps et non à l’imagination » (ibid. 185).

Il restait à comprendre pourquoi le regard de la « conscience » est apparu dans l’évolution biologique. L’explication – en parfait accord avec les observations de Libet – est qu’il s’agit d’un mécanisme nécessaire pour que nous puissions nous constituer une mémoire (adaptative) en associant à nos percepts, les affects qu’ils provoquent en nous, et ceci en dépit du fait que les sensations en provenance de nos divers organes des sens (nos « capteurs »), parviennent au cerveau à des vitesses différentes (ibid. 183-185).

Les observations de Libet, et la nouvelle représentation de nos prises de décision qui en découle, ont d’importantes conséquences pour nous, et en particulier quand nous voulons reconstruire sur un nouveau mode la manière dont nous vivons. Il faut que nous tenions compte du fait que notre conscience arrive en réalité toujours quelque temps après la bataille.

Il y a des gens heureux : ceux dont la conscience constate avec délice les actes qui ont été posés par eux. Il n’y a pas chez eux de dissonance, il n’y a pas de contradiction : nous sommes satisfaits de constater notre comportement tel qu’il a eu lieu. Et c’est pour cela que l’affect n’est pas trop déçu de ce qu’il observe. L’affect réagit bien entendu : soit il cautionne ce qu’il peut observer comme étant à l’œuvre, soit il est déçu quand il constate le résultat. On peut être honteux de ce qu’on a fait. Nous pouvons nous retrouver parfaitement humiliés par les actes qui ont été posés par nous : par ce que la conscience constate après la bataille. En voici un exemple : je me trouve dans le studio de FR 3, pour l’émission « Ce soir (ou jamais !) », et la personne invitée pour la partie musicale en fin d’émission, c’est Dick Rivers, et je lui dis : « C’est formidable, cette époque où vous chantiez avec Les chaussettes noires ! », et il me répond : « En réalité, le nom de mon groupe, c’était Les chats sauvages ». J’étais tellement humilié d’avoir commis une pareille bévue ! Il s’agit là d’un exemple excellent de dissonance, et ma conscience qui intervenait avec une demi-seconde de retard était extrêmement gênée de devoir être confrontée au triste sire que j’étais.

Bien sûr, nous sommes devenus très forts dans notre manière de vivre avec une telle dissonance : nous réalisons des miracles en termes d’explications après-coup de notre propre comportement. J’écoute parfois, comme la plupart d’entre nous, des conversations dans le métro ou dans le bus où une dame explique à l’une de ses amies à quel point elle était maître des événements : « Elle m’a dit ceci, et tu me connais, je lui ai répondu du tac-au-tac cela, et tu aurais dû voir sa tête… ». Nous sommes très forts à produire des récits autobiographiques où nous intégrons l’ensemble des éléments qui font sens dans une situation, après coup. Plusieurs concepts de la psychanalyse renvoient aux différentes modalités de nos « rattrapages après la bataille », quand la conscience constate les dégâts que nous avons occasionnés par nos actes et tente de « faire avec » : la psychanalyse parle alors d’élaboration secondaire, de rationalisation, de déni, de dénégation, etc.

Pourquoi est-ce important d’attirer l’attention sur ces choses ? Parce que nous contrôlons beaucoup moins de manière immédiate ce que nous faisons que nous ne le laissons supposer dans les représentations que nous en avons. Dans celles-ci, nos comportements sont fortement calqués sur ce qu’Aristote appelait la cause finale : les buts que nous nous assignons. Bien sûr, quand nous construisons une maison, nous définissons les différentes étapes qui devront être atteintes successivement et nous procédons de la manière qui a été établie. Nous avons la capacité de suivre un plan et un échéancier, de manière systématique, mais la raison n’est pas, comme nous le supposons, parce que nous procédons pas à pas, d’étape en étape, mais plutôt parce que nous avons posé la réalisation de la tâche comme un « souci » projeté dans l’avenir, souci dont l’élimination nous délivrera et nous permettra… de nous en assigner de nouveaux. Encore une fois, c’est l’inconscient ou, si l’on préfère, le corps, qui s’en charge. J’écrivais dans le même article : « Wittgenstein s’est souvent interrogé quant à la nature de l’intention. Il se demande par exemple, « ‘J’ai l’intention de partir demain’ – Quand as-tu cette intention ? Tout le temps : ou de manière intermittente ? » (Wittgenstein 1967 : 10). La réponse à sa question est en réalité « tout le temps dans le corps et de manière intermittente dans l’imagination » » (ibid. 189).

Mais dans nos actes quotidiens, dans la façon dont nous réagissons aux autres autour de nous, parce que nous vivons dans un univers entièrement social, il faut que nous prenions conscience du fait que nous avons beaucoup moins de maîtrise immédiate sur ce que nous faisons que nous ne l’imaginons le plus souvent, une maîtrise beaucoup plus faible que ce que nous reconstruisons par la suite dans ces discours autobiographiques que nous tenons : dans ces discours de rationalisation, d’autojustification faudrait-il dire, que nous produisons à l’intention des autres. Il faut bien dire que, sachant comment eux-mêmes fonctionnent, ils n’y croient pas en général. Et nous en sommes les seules dupes.

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Jorion, Paul, « Le secret de la chambre chinoise », L’Homme 150, avril-juin 1999 : 177-202

Wittgenstein, Ludwig, Zettel, Oxford, Basil Blackwell, 1967

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97 réflexions sur « Le (non-)rôle de la conscience »

  1. Analogie:
    il est des domaines disposant en même temps de circuit long et de circuit court (ne pas confondre avec court-circuit), où des réponses peuvent précéder la question 😉
    ou encore des espaces à deux vitesses: nous partîmes ensemble, mais, arrivé, l’un dut attendre l’autre.
    D’où, aussi, les fautes de frappe au clavier !

    Saint Chrone ! au s’cours !

    1. Mais, attendez une seconde… adoque !
      Si notre corps ne manque pas de toucher notre imagination en toutes circonstances et en tous lieux ; les mots également excitent nos neurones.
      Ici en l’occurrence, l’un d’eux, sorti de la bouche de Paul Jorion, me titille un peu plus que les autres…, comme s’il cherchait à s’agripper à ma conscience. Je vous le murmure : « seconde ». Paul Jorion utilise cette unité de mesure du temps, à plusieurs reprises, pour appuyer sa démonstration de la place qu’occupe la conscience dans le fonctionnement de l’être humain. La conscience lui apparaît « comme un mécanisme finalement accessoire », c’est à dire secondaire, puisqu’elle vient, dit-il, avec une demi-seconde de retard sur l’acte posé. La conscience est donc ce qui suit, comme la seconde est ce « qui suit » étymologiquement parlant…
      Mais quoi d’autre sous ce mot ?

  2. « Conscience » , vous l’écrivez en un mot Paul sans doute, parce que ça devient un peu con de s’en tenir à la science spéculative.

    N’oublions quand même pas que le but de notre action est de changer le monde, pas seulement de l’interpréter.

    Et je peux vous certifier Paul, que lorsque vous êtes l’un des seuls à dénoncer sur la place publique la politique abjecte du gouvernement Macron, quant à sa volonté de fliquer les chômeurs, à votre petite place mais en toute dignité, en conscience, courageusement, vous changez notre monde.

    Incroyable ! Ce matin je promenais mon chien dans un parc, et un autre propriétaire de chien, se félicitait en me parlant de vous (il ne connait pas Eninel), qu’encore aujourd’hui il puisse exister des bonhommes comme vous !

    La conscience existe, la preuve nous nous indignons et lorsque nous entendons un indigné nous nous félicitons collectivement !

  3. Ce que cela m’évoque : l’autre jour je discutais avec une amie peintre lors de l’une de ses expositions, et devant un tableau, elle m’expliquait un peu comment ça se passait pour elle : elle se lançait et peignait « à l’instinct », puis s’interrompait et réfléchissait à ce qu’elle voyait, « raisonnait » ce qu’elle avait fait, la composition, etc… puis recommençait. Parfois, elle laissait de côté un tableau entrepris, pour y revenir bien plus tard, après y avoir « réfléchi ». Cet aller-retour me rappelle celui que vous décrivez, entre, disons, inconscient et conscient, et dans le cas décrit, il est flagrant de constater que c’est le premier qui précède le second, ce qui parait contre-intuitif, mais avec un mouvement d’aller-retour essentiel à la constitution de l’œuvre. C’est assez contre-intuitif, d’une conception classique, où l’on imagine le peintre, par exemple, qui va réaliser son tableau par construction progressive, un peu comme on construirait une maison (votre exemple), mais non….

  4. Quand Paul rejoint le Tao avec une ellipse occidentale de plus de 2500 ans.
    Pour rigoler : Science (Raison) sans conscience n’est que ruine de l’âme.

  5. Si un garçon dit à une fille « que tu es jolie ! » et qu’elle rougit, les électrodes permettant de voir leur activité cérébrale à l’un et à l’autre permettront à l’opérateur de voir des tas de choses, mais pas de voir le sens des mots prononcés par le garçon, ni le plaisir ou déplaisir ressenti par la fille en les entendant.

    En d’autres termes si, à l’aide toutes sortes d’appareils extraordinaires, nous pouvons désormais voir le fonctionnement du cerveau, nous ne voyons pas tout de ce ce fonctionnement.

    Nier tout libre-arbitre sur ce fondement ne me semble pas convaincant.

    D’ailleurs est-il légitime de scinder corps et esprit ?

    1. Des électrodes ne permettent pas de voir le fonctionnement du cerveau.
      Il n’est pas légitime de scinder corps et esprit, c’est ce qu’affirme précisément l’article anglais et mes propres réflexions de 1999.
      « Nier tout libre-arbitre sur ce fondement ». Celui d’électrodes ? Il n’est question d’électrodes que dans votre commentaire.

      1. Les électrodes n’étaient qu’une image. Les neuro-scientifiques, Benjamin Libet en tête, utilisent bien des appareils leur permettant de suivre l’activité cérébrale.

        Vous scindez bien corps et esprit puisque vous distinguez le « corps » qui veut décide, agit… de l' »imagination » qui suit comme elle peut.

        J’ai du mal à vous suivre sur ce terrain.

        C’est sans doute que je ne comprends rien.

      2. « Il n’est pas légitime de séparer corps et esprit »… Ben voui. puisque le premier semble générer le second. Mais comment reliez-vous ce qui est dit dans cet intéressant article avec l’expérience de Grey Walter ?https://books.google.ch/books?id=hwLFoDMtxiUC&pg=PA382&lpg=PA382&dq=exp%C3%A9rience+de+Grey+Walter&source=bl&ots=cFAobuU9AE&sig=VeuvZhBZSiQ4n8OSXF7dNwQ_w8I&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwju_PHYl63YAhXL7RQKHe5sCPYQ6AEIUzAJ#v=onepage&q=exp%C3%A9rience%20de%20Grey%20Walter&f=false

  6. Mikao Usui.

    Juste aujourd’hui (aujourd’hui même)今日だけは (Kyō dake wa?) :

    Ne te mets pas en colère (怒るな, Okoru, ou Ikaru, na?)
    Ne te fais pas de souci (心配すな, Shinpai suna?)
    Sois rempli de gratitude (感謝して, Kansha shite?)
    Accomplis ton devoir avec diligence (行を励め, (Gyōwo hage me – Gō hage me?)
    Sois bienveillant avec les autres, et avec toi-même (人に親切に, Hito ni shinsetsu ni?)

    1. Ah, ma première mémorisation phonétique de « Harigato Kozaimas » c’était « Alligator cause à babasse ».
      La « babasse » fut le petit nom des ordinateurs, …
      c’était donc déjà un cas d’hybridation conscience (~algorithme de babasse) corps (avec un corps reptilien d’alligator, un peu mieux que juste le cerveau tant qu’à faire).

  7. Pour contredire (en toute amitié 🙂 )
    Tout cela postule que « conscience » équivaut à « controle ». Mais conscience veut dire conscience intentionnelle et intentionnalisatrice ; autrement dit ça ne s’utilise pas pour décider ceci ou cela (qui sont déjà effectivement actés plus ou moins) mais l’acte de conscience s’use afin de court-circuiter la cervelle (et tout ce qu’elle contient) afin de prendre soudainement en urgence (on imagine le chasseur dans la brousse) et de créer des … stratégies ; répétons le ; des stratégies nouvelles et soudaines ; non seulement nous sommes libres mais cette liberté consiste à inventer ; on est loin alors d’un contrôle centralisé qui déciderait a priori du réel, mais d’un court-circuit hyper souple et adapté à toutes les situations ; toutes. Toutes les situations et celles qui sont inattendues mais aussi celles qui n’existent pas ; on va créer les situations mêmes (en inventant des avions pour voler, par ex). Du reste Descartes ne définit pas la « volonté » sorte de durcissement de l’intention, mais c’est toute la pensée (représentation, langage, idées, imaginations, et perceptions, il prend bien garde de ne pas limiter ce que « pensée » veut dire) toute la pensée qui est appelée par la « volonté » cartésienne. Étant adapté à toute situation potentielle, l’articulation de conscience peut inventer un système (le langage par ex) qui absorbe toutes sortes de déterminations et n’est plus nullement assujettit de ce fait à un système question-réponse ; c’est bien pour cela que nous ne sommes pas seulement vivants mais intentionnalisés.

    1. Merci Pascal de rappeler à cette étrange assemblée la métaphysique sous-jacente de leur discussion. Pitié pour Descartes qui inclut même la sensation dans sa définition de la pensée, la volonté n’étant pas une faculté mais une attitude subjective (pour les penseurs un peu pressés : ne déduisez pas de la fausseté d’une métaphysique de la subjectivité l’irréalité du sujet..). Quant à la « nouveauté » des thèses débattues ici.. hostia! Rien que du rebattu et de l’épuisé depuis trois/quatre siècles.

      Nb : la latence des représentations conscientes invite à une redéfinition du soi plutôt qu’à un critique de l’humanisme classique hyper vermoulue et commandée par la fameuse métaphysique sous-jacente.

      Pour Daniel : Lionel naccache, Le nouvel inconscient, un beau cadeau de Noël.

  8. Bonsoir Paul
    Une étude, menée par Hewlett Packard je crois, avait déterminé que seules 25% des informations reçues de l’extérieur et traitées par nos sens sont « conscientisées ».
    Une bonne illustration dans le vie courante du phénomène que vous décrivez , c’est ce que l’on appelle le « coup de foudre » ! En fait, nous réagissons immédiatement, avec la somme d’informations mémorisées inconsciemment, au partenaire « ad hoc » (bénéfique ou non d’ailleurs) avant même de l’avoir « reconnu ». La différence entre l’illusion de la conscience et la « programmation » inconsciente, dans ce cas est une des sources majeures du sentiment de malheur ou de bonheur qu’un être humain peut éprouver.
    Je me sers depuis longtemps de ce décalage entre l’action du corps et l’intention qui y est liée avec les artistes qui veulent bien m’interroger: couleur, son, geste, mots, produits qui ne correspondent pas à l’intention du créateur. Prendre conscience de ce décalage et ensuite mettre en action l’art même de la personne lui permet de se réajuster seul et donc respecte sa personne et sa valeur en lui permettant de se rééquilibrer à l’aide de ses seules ressources.
    L’expression « Bien dans ma tête, bien dans mon corps », slogan couramment employé dans les pub, est perçue par tous mes amis chinois comme la preuve de notre insanité, car elle énonce, pour eux, mine de rien, que notre tête ne fait pas partie de notre corps! C’est une trace de la croyance en la dissociation de l’esprit et du corps qui imprègne la civilisation occidentale depuis…. un bon moment!
    Cordialement.
    Et mes meilleurs voeux à tous pour l’année qui vient.

  9. Pour quitter 2017:

    « J’ai usé ma vie sur l’asphalte
    Des mots me viennent
    Dans une langue qui n’est pas la mienne
    La nuit, l’innu-aimun
    M’ouvre à l’espace
    Je suis libre
    Sur la terre de Papakassik
    Je suis libre
    Dans les eaux de Missinak
    Je suis libre
    Dans les airs ou Uhuapeu trace une vision
    Je suis libre là où Uapishtanapeu
    Conserve le feu de mon peuple
    Je suis libre
    Là où je te ressemble. »

    de Joséphine Bacon , in : Nipishapui nete mushuat – Un thé dans la toundra.
    Cordialement.

  10. Notre cher Paul va un peu vite en besogne.

    Sur le plan scientifique, les expériences de Libet restent un sujet de recherche ouvert. Libet lui-même envisage que le cortex conserve un « droit de veto », qu’il puisse interrompre l’action correspondant au potentiel de préparation motrice (Journal of Consciouness Studies, 1999).

    Cf aussi neuroscience of Free Will (Wikipedia), Trevena & Miller (Otago), Aaron Schurger (INSERM)…

    Je pense que Paul attache trop d’importance à sa théorie sur le sujet, qui est certes très intéressant, mais pas à l’origine de notre possible disparition.

    1. « … un peu vite en besogne… »

      Trente-deux années de confirmation.

      « Je pense que Paul attache trop d’importance à sa théorie sur le sujet, qui est certes très intéressant, mais pas à l’origine de notre possible disparition. »

      1° D’accord : à l’avenir, j’attacherai moins d’importance à ma théorie du sujet, même si elle très intéressante.
      2° Là, au contraire, je persiste : ma théorie du sujet est à l’origine de notre possible disparition.

      1. Désolé, « trente-deux années de confirmation » n’est pas une réponse sur le fond.

        Plus loin, André reprend l’argument du veto, avec un lien à l’appui.

        Ceci dit, je vais lire Oakley et Halligan. Bien entendu, vous pouvez parfaitement avoir raison, je vous reproche seulement d’être trop affirmatif.

  11. A quoi ça sert de prendre conscience que notre conscience est toujours « en retard » , puisque , même armés de cette illumination , nous sommes et serons toujours et encore en retard ?

    1. L’article décrit en quoi cela a constitué un avantage évolutif. Non pas que le « cul-de-sac »(=la conscience) rende le moindre service direct au corps et au système (non-conscient) qui l’a fait émergé, mais que la « narration personnelle » (~ base consciente) qui va avec permet des émissions de message utile au groupe, pour, en gros, son apprentissage collectif. Et de même, nous apprenons en mode « non conscient » des choses venues du collectifs (comment se déplacer en groupe en fait sans doute partie). L’article (en anglais) est assez fouillé pour que chacune des objections usuelles et moins usuelles soit abordée (et pas toujours réfutée, mais discutée…)

      1. Et oui, la conscience est aussi un effet collectif. Comment connaître, savoir, comprendre ou décider quoique ce soit sans passer par l’expérience verbale d’une altérité interpersonnelle ? Sans faire partie de sociétés intermédiaires ? Sans se recevoir de ses prochains ?

      2. Henri Laborit : « Confronté à une épreuve, l’homme ne dispose que de trois choix : combattre, ne rien faire ou fuir. »
        Et, pourquoi pas les trois ensemble ?
        ……….
        Le titre du dernier livre de Paul Jorion est : « A quoi bon penser à l’heure du grand collapse ?  »
        Rien ne vous surprend dans ce titre, timotia ? Autrement dit : à quoi peut bien servir aussi cette conscience face à une impasse grandissante ?
        Soit à quoi ça sert un « cul-de-sac » (= la conscience, dixit timotia) dans un labyrinthe (=grand collapse) ?
        Alors, dans ce cas de figure, n’est-ce pas comme si… la réponse était déjà dans la question ?
        ……….
        Ou comment faire d’un cul-de-sac, un pont ?

      3. Réponse @BAIN : le pont est « un enfant ». Mais a-t-il trouvé sa place ? Où se cache l’indice ? Parce qu’il y en a un.
        PSDJ n’en est peut-être pas loin : « Et oui, la conscience est aussi un effet collectif… »

      1. Medellín, le 29 décembre 2017

        Oui, quid de la conscience-anticipante? Quid, par exemple, de la mélancholie qu´on peut ressentir d´une facon anticipante, avant de rentrer dans une ¨impression première¨ (first impression) sachant que cette forte émotion ne reviendra plus après, rentrant de nouveau dans les mêmes conditions.
        Ou, comme me le disait un de mes profs, ¨chaque première fois, notez très bien ce que tu vois, observes, sentis, ressentis et écoutes, parce que tu ne le feras jamais plus de la même manière, ou mème pire: tu n´obtiendras jamais plus la même FORTE ¨first impression¨.

        Et cela, malgré la chaîne de Pavlov 1, 2, 3 et ensuite (pas la chaîne Markov sur laquelle parle Tishby), mais en termes francaises: malgré les madeleines de Proust: après la première fois, elles ne seront jamais plus comme la première fois.

        Ou: malgré la thèse de l´augmentation de la conductivité des trajet de cerveau à cause de la répétition (http://lecerveau.mcgill.ca/flash/i/i_01/i_01_cl/i_01_cl_fon/i_01_cl_fon.html), l´impact de la répitition ne paraît pas se traduire pas dans une répitition exacte, disons de la même intensité, ou complexité, comme celle de la ¨first impression¨.

        De retour au ¨Quid¨ de Bain: contrairement au ¨post coitum omne animal triste¨, Bain et moi, nous aimerions agender un thème/sujet (complètement?) distincte: la tristesse anticipante, avant qu´on ne puisse même savoir / comprendre / prendre conscience de ce qu´on va ¨découvrir¨.

        Une sorte de ¨peur¨ de perdre le paradis perdu avant qu´on le connaisse, avant qu´on ne l´aie perdu même.

        Or, quid de l´importance de la ¨impression première¨ et du message prometteur de la fatigue de la répétition, de la diminution automatique et prometteuse: de la fin certaine de chaque clown ou politicien?

        (https://www.nytimes.com/2017/12/27/business/the-robots-are-coming-and-sweden-is-fine.html)

    2. @Juannessy
      « A quoi ça sert… »
      à tenter, de génération en génération, de prendre de l’avance sur ce retard, asymptotiquement, avec cette évidence que l’objectif ne sera jamais atteint ?
      ou
      à nous décourager d’utiliser un illusoire droit de veto ?
      ou
      à admettre que nous ne sommes rien, alors tout est permis !?

      nb quelquefois, je prends conscience d’une tempête dans mes neurones 😉

    3. @ Juan.

      Il est jamais trop tard pour bien faire, et d’opposer la science à la face des c…

      (Je ne parle pas de vous Juan puisque vous, vous êtes mon compère, voir mon compépére )

      1. Si « l’anticipation » n’est bien selon Laborit , possible que grâce à la mémorisation , en toute « humilité », j’anticipe que les confréries restent préférables aux compépèreries .

        Reste à ne pas passer de humilité à l’humiliation , comme il reste à éviter de glisser du courage et l’audace vers l’orgueil , ou la fierté mal comprise qui en est l’antichambre .

        Je vous laisse « arbitres » de trouver « à quoi peut servir » un pareil commentaire !

      2. @Juan
        Une belle année 2018 à vous et à votre épouse Juan. Continuez a nous offrir votre chaleur, votre profondeur et
        votre humanité : quelqu’un qui sait aimer.
        Je vous embrasse.

      3. @Gudule :
        Je vous souhaite aussi de continuer à trouver votre chemin de sérénité au delà de la fin programmée du blog .
        Bise aussi ( décidément l’année se finit bien .)

    4. Juan.
      Si je comprends, ça sert à chercher/trouver la non-dualité à partir de la dualité.
      Pour mieux me faire comprendre et avec le recul ma plus grande leçon d’humilité i.e. une période où toutes mes évidences étaient abolies, a été de passer de l’état de vie (omni-science du corps), à l’état d’être enceinte (endogène, pré-science des corps), d’accoucher, puis de repasser à l’état de vie + 1, exogène « soumise » à la mienne. Deep learning s’il en est puisque de mon savoir être corps à corps dépendait mon savoir faire tête à tête !
      Ce ne sont bien sûr que des mots lessivés à la raison hospitalière, parce qu’en amont et en aval manquent le chaos et le doute la peur et la joie en capacité ou pas de dévoiler l’essentiel. L’irréversible amour inconditionnel.
      Je crois que là, début 2018, ça peut éventuellement servir à ça.
      Belle année 2018 Juan.

      1. « A étudier: l’utilité du retard. »

        A expérimenter: n’émettre des vœux qu’à la fin de l’année 🙂

  12. https://le-cercle-psy.scienceshumaines.com/l-esprit-au-dela-des-neurones-une-explication-de-la-conscience-et-de-la-liberte_sh_30191

    Extrait :
    « En 2004, il publiait ce livre, aujourd’hui traduit en français (sous le titre L’esprit au-delà des neurones, bien éloigné de l’original, Mind time : The temporal factor in consciousness). C’était trois ans avant le décès de l’auteur, survenu en 2007.
    On découvre dans ce livre que les expériences de Benjamin Libet n’aboutissaient pas pour lui à abolir la conscience et tout libre arbitre. Si la conscience ne déclenche pas l’action, en revanche, il considère qu’elle peut la stopper en cours de route. Cette théorie du « veto » attribue donc à la conscience le rôle d’inhibition de l’action. En d’autres termes, le « libre arbitre » serait donc un arbitre au sens premier du terme. Sur un stade de foot, l’arbitre n’est pas le maître du jeu : il laisse les joueurs agir, mais il peut à tout moment arrêter l’action en cas de faute. L’arbitre n’est donc pas le moteur de l’action, celui qui mène le jeu, mais il peut le contrôler. Voilà le rôle que Benjamin Libet attribuait à la conscience. Le libre arbitre n’existe pas, mais il existe tout de même un arbitre capable de mettre son veto sur l’action en cours.
    Dans cette hypothèse, quel serait donc le support neurologique de cette activité consciente ? Pour Benjamin Libet, il n’y a pas de « centre neurologique de la conscience ». Il propose une théorie des « états mentaux conscients », où la conscience est comparable à un champ magnétique. Celui-ci n’est pas de nature électrique, mais il est créé par un courant électrique qui est susceptible de l’affecter. Ce serait le cas pour l’influx nerveux (issu de l’activité des neurones), qui produit un « champ de nature électromagnétique » et qui rétroagit sur les neurones. La conscience serait donc vue comme une propriété émergente de l’activité neuronale, non localisée dans un groupe de neurones précis, mais qui aurait un effet en retour sur ces neurones. Voilà pourquoi l’esprit serait « au-delà des neurones ». »

  13. Oliver sacks dans son dernier livre « A River of Consciousness évoque «l’organisme unicellulaire minuscule, pédonculé, en forme de trompette, Stentor, qui emploie un répertoire d’au moins cinq réponses différentes quand on le touche»

  14. Je souscris pleinement à ce texte. Cependant l’auteur fait une omission que je trouve regrettable.

    Certes la conscience de l’action intervient après l’action. Cette conscientisation nous donne satisfaction si elle correspond à nos valeur. C’est à dire que notre « corps » sécrète des hormones qui nous donnent cette satisfaction.

    Et c’est cet espoir de récompense qui motivera, lors d’un nouveau stimuli, l’action que nous entreprendrons.

    Notre libre arbitre n’intervient donc pas dans l’action présente (bien que déjà effectuée) mais dans l’action future.

    1. Salut Olivier,

      Je ne vois pas trop ce que c’est que la conscience, mais quand je lis des choses du genre :

      « Certes la conscience de l’action intervient après l’action.  »

      Puis juste dessous :

      « Notre libre arbitre n’intervient donc pas dans l’action présente (bien que déjà effectuée) mais dans l’action future. »

      Je me dis que je ne suis pas le seul pas au clair avec ce concept/idée.

      De la même façon que Paul Jorion nous dit que la conscience n’est pas l’organe de la volonté. Je me dis que le cerveau est un organe, le foi, l’estomac, le coeur, mais en quoi la conscience serait-elle un organe ? ne ressemble-t-telle pas plus à une fonction ?

      De même toutes les mesures de Libet dans les années 70, ça serait bien de mettre tout ça au goût du jour avec les techniques actuelles, comme ça pour vérifier ou reproduire. Non, vous ne pensez pas, avant de tirer des plans sur la comète et se lancer dans des changements de cadres ? D’ailleurs il semblerait qu’une expérience similaire sous IRM a mis en évidence que des zones du cerveau s’activent en fait avant la prise de décision jusqu’à plus d’une seconde et demi… On peut se demander si les résultats sont correctement interprétés.
      Pour ce temps avant la conscience, notons au passage qu’n très bon entraînement permet d’améliorer son temps de réponse et heureusement c’est ainsi que font tous les sportifs et pilotes d’exceptions dont les temps de réaction/décision sont en dessous de 500 ms !

      Enfin, soyons certain que lorsque je me projette dans le futur en prenant des décisions de toutes natures que je vais réaliser, c’est bien le résultat d’actions conscientes et volontaires. Comme quand je décide de me lever ou pas de mon lit après m’être réveillé ! Un bon yoga contrôlera même son rythme cardiaque en se concentrant.

      Alors de quoi parle-t-on précisément avec cette histoire de conscience cul de sac, qui traite après coup, comme la décrit Paul Jorion ? Je me demande si on ne mélange pas un peu tout, ce qui relève du domaine du réflexe (mécanique, chimique, électrique), de la maîtrise/perception/sensation de toutes les informations sensorielles nous parvenant, du libre arbitre, du choix, de la volonté, éclairé ou pas.

      M’étonnerait que Paul Jorion se serve de son de cul de sac pour écrire ses bouquins.

      1. Pas exactement, la répétition, l’entraînement pour transformer un geste/acte en automatisme permet de réduire le temps de réaction lorsque la conscience donne le go ! Mais cela se fait ensuite dans l’instant, les joueurs sur jeux vidéos, les sprinters/sportifs, les pilotes de chasses, les astronautes, sont très en dessous de 500ms en temps de réaction.

        Faut-il aussi que les capteurs sensoriels soient efficaces pour percevoir le signal, ça se travail aussi, mais c’est bien la conscience qui donne le TOP, que ça se mette en branle ou s’active « avant » la prise de décision ne signifie rien d’autre que ça se met en branle et que cela s’active, n’enlève rien à la capacité de la conscience de décider/choisir ou pas. C’est quoi se délire d’instantanéité ou de prescience supposé ?

        Faut quand même être assez tordu comme un psychomachin pour dire à un gars qui a des électrodes sur le cerveau, qui regarde une horloge et qui doit appuyer quand il veut sur le bouton avec la seule contrainte de retenir le chiffre qui défile à ce moment précis qu’il ne le fait pas en conscience ! Il est venu sans s’en rendre compte le gars pour faire cette expérience ? Non mais dis donc ! 😀

        On fait, on ressent, pleins de choses sans s’en rendre compte, mais cela n’a rien à voir, amha, avec une conscience cul de sac qui traiterait tout après coup, même si bien entendu cette incapacité à tout traiter en « conscience » peut nous être fatale. Je ne peux traiter que quelques paramètres et forcément en très léger différé dû à la contrainte physique et je me déploie dans l’espace et le temps avec ces quelques infos du réel absolument parcellaire. En tirer des conclusions sur la comète c’est assez osé. En quoi dire qu’on a toujours un temps de retard oblige une conscience cul de sac ? Le réel ne se mesure pas qu’en milliseconde, ça n’a pas de sens de prendre cette valeur de mesure pour déterminer la conscience.

  15. @ Olivier Montulet

    Pour votre prémisse, vous avez raison ; je vous cite Henry Laborit :

    « …nos « valeurs » sont bien la mémoire des récompenses hormonales qui y qui y furent associées par les paroles fondatrices « tient toi droit mon chéri, nous ne sommes pas comme eux». …

    « … la mémoire des « espoirs de récompense » (ou symétriquement « d’évitement du déplaisir ») associée au lexique disponible laisse courir l’enchaînement en syntagme selon le jeu des valeurs d’affect ; ainsi nous ne pensons pas, mais sommes pensés par « nos » affects, lesquels nous sont transmis par la socioculture dans laquelle nous sommes nés» »

    Pour la conclusion, suivant votre prémisse toujours, nous pouvons sans doute nous accorder sur me fait que vous valoriser le mot « libre arbitre ». D’autre part vous conviendrez sans doute que le processus d’évaluation qui prend place dans la phase de veto du délai de Libet, est également déterminé par la valeur d’affect globale de l’anticipation des conséquences de la réponse.

    Ainsi conçue, « votre » raison n’a que peu à faire dans « votre » – libre arbitre – , celle-ci ou celui-ci se réduit à une adaptation mécanique à « l’éthos » (tonalité affective, valeurs, etc ) du rapport de force existant entre la socioculture globale et celle reçue de votre élevage familial.

  16. Pour moi le cortex se concentre essentiellement sur les liens de causalité il cherche en permanence à établir et stocker des relations de cause à effets, d’où notre problème avec les notions d’infini ou on ne peut pas clore le schèma par un début et une fin et l’invention de Dieu ou tout autre artefact imaginaire pour soulager l’affect désagréable qu’engendre une causalité non résolue ou encore la « racontage » permanent de notre action instantané par l’illusion de volonté ; il me semble qu’on est perpétuellement en train de boucler des causalités et de les emmagasiner puis de les ressortir et les combiner pour planifier des actions complexes sur de longues durées de temps.

      1. @Dup « Va pour remplacer causalité par corrélation »

        Heureusement qu’il y avait un Smiley…………. Il me semble que La causalité implique sous une forme ou une autre le « temps », pas la corrélation…….

        Le va ne va pas de soi, n’en déplaise à l’empire du millieu

  17. Psyché

    J’ai lu le Phaedo avec ma cinquième classe
    et le mot  » ψυχή » est apparu dans le texte:
    j’ai expliqué, c’était encore une audition enfantine,
    pourquoi ψυχή était « l’âme » ET « papillon ».

    Pendant que je lisais le passage encore une fois,
    il y avait soudainement un bruissement, et une piste
    de brillance venait de la fenêtre, à travers de l’espace.
    Il y avait un grand papillon devant le verre.

    C’était un paon du jour. Et chacun(e) a vu
    la lueur violette, qui était étendue sur ses ailes;
    les yeux, dans lesquels brûle l´éther-bleu.

    Dernièrement – il était assis tranquillement sur sa main –
    lui a enlevé un garçon. Non-agressé,
    disait-il, qu’il s’était évadé vers le bleu

    (dr. Ida Gerhardt, dans: Sonnets d´une professeuse, 1951, Recueil de poèmes)

    Le mot ψυχή est généralement écrit en néerlandais comme psyché. Dans ce poème, Ida Gerhardt choisit (sauf dans le titre) de l’écrire avec des lettres grecques, mais il s’agit sans doute encore d’un mot néerlandais. En grec, un accent est mis sur la deuxième voyelle, et plus important encore: cette deuxième voyelle est longue. C’est donc, un moment techniquement, un mot jambier, mais dans les deux lignes où il apparaît, il est toujours à une place où il faut que l’emphase appartienne sur la première syllabe. Il y a été écrit ψυχή, mais pour que ça marche, il faut lire psýche.

    Il y a autre chose avec cette psyché. Selon la connaisseuse de Gerhardt, Mieke Koenen, Platon n’ a jamais utilisé le papillon comme symbole de l’âme tout au long de son œuvre: ce n’est que plus tard (après Aristote) qu’il est devenu une métaphore commune pour les Grecs. A première vue, c’est donc une explication superflue que la poète donne à son « audience d’enfants ».

    D’où peut-être la forme miraculeuse de la quatrième règle. Vous expliqueriez en fait qu’une enseignante explique à sa classe que ψυχή peut signifier « papillon » et « âme », mais elle dit plutôt pourquoi. Ce seul mot rend soudainement la leçon plus qu’une simple leçon de langue, il dédie les élèves à une vérité plus profonde. Pour le papillon et l’âme le grec n’ a pas accidentellement le même mot, il y a une raison derrière lui.

    Information supplémentaire. Mieke Koenen rapporte (via Facebook): Aussi agréable à savoir: Gerhardt ne voulait pas fermer la dernière ligne avec un point: à fin de montrer l’infini du bleu. Mais les compositeurs y mettaient toujours un point derrière et à un moment donné, Gerhardt concédait.

    Par: Marc van Oostendorp, Neerlandistiek, 30 décembre 2017.

    Traduit avec http://www.DeepL.com/Translator

    (mais il me faut raconter que cette fois-ci, c´était du spagheti qui venait de la machine tellement idéalisée.)
    JL

  18. Le blog a donné des idées au Monde qui consacre tout un sous dossier à l’intelligence artificielle ( Promesses et Périls ) dans son édition de ce dimanche -lundi -mardi .

  19. Essai de description de la colonne vertébrale du livre d’Antonio Damasio sur le système neuronal de l’homme. Ou la conscience salle de spectacle…

    L’ordre étrange des choses- Partie I et II La vie, les sentiments, (hors la partie III la fabrique de la culture).

    Alors que les systèmes inanimés tendent inéluctablement vers un état de repos d’énergie minimale, il n’en est pas de même des êtres vivants. Ainsi la bactérie agit, consomme de l’énergie, pour se maintenir en vie via des systèmes régulateurs internes. Cette faculté d’ajuster l’ensemble des caractéristiques nécessaires au maintien d’une structure à l’intérieur de certaines fourchettes de valeurs est appelée homéostasie.

    L’homéostasie a amené la mise en œuvre par les êtres vivants, au fil de leurs presque 4 milliards d’années d’existence, de solutions toujours plus complexes pour que le vivant, (tous les êtres vivants ne forment-ils pas un continuum ?) se maintienne, voire pour certaines de ses formes atteigne un stade époustouflant d’organisation. A chaque étape de l’évolution, l’homéostasie a fait que la vie s’en est, en quelque sorte, sortie par le haut.

    Dans son livre, Antonio Damasio explique le fonctionnement actuel du système neural humain et de sa connexion étroite avec le corps. En bon pédagogue, il rapproche cette description des diverses étapes de complexification de la vie induites par l’homéostasie au fil de l’évolution.

    Déjà au stade de la bactérie, l’homéostasie a privilégié des mécanismes chimiques qui font, qu’en plus de maintenir leur structure, ces mécanismes les rendent capables de se regrouper pour éviter un danger ou mieux tirer profit d’une source d’alimentation. Un embryon de société basé sur la chimie ? Un certain type de mémoire également apparaît déjà à ce stade (qui explique d’ailleurs l’efficacité des vaccins).

    A un stade ultérieur de l’évolution de la vie, celui des cnidaires par exemple, le filet nerveux apparaît et avec lui le mouvement et le transfert d’informations. Les parois de notre intestin sont munies de ces filets et évoquent les cnidaires. Les mêmes filets nerveux irriguent les organes apparus plus tard comme nos muscles, nos os et l’ensemble de notre corps. Ensuite les neurones, la moëlle épinière, le bulbe rachidien et le cerveau prennent le relais du transfert des des informations.

    A un stade précoce de ce cheminement des images sont élaborées pour être envoyées aux niveaux supérieurs. Le fonctionnement du cerveau est basé sur le traitement de ces images en provenance de diverses sources.

    Antonio Damasio distingue deux grandes familles d’images (trois si l’on ajoute celles qui sont stockées dans la mémoire) : celles qui représentent l’extérieur de notre corps et celles qui représentent à nous-mêmes l’état de notre propre corps. Ces dernières sont peu souvent évoquées, mais sont évidemment essentielles. Comment pourrions-nous marcher ou saisir un objet sans que notre cerveau n’ait une représentation en 3D de notre corps ?

    De celles en provenance de l’intérieur, il distingue à nouveau deux catégories : celles qui, des os et des muscles aboutissent à la représentation à nous-mêmes de notre corps physique et celles qui prennent la forme d’affects. Ces affects sont une image de nos besoins biologiques, de l’état de nos organes internes, satisfaisant ou non. L’état de nos organes internes les plus anciens, notamment l’intestin dont la communication privilégiée avec le cerveau est un objet d’études très actuel.

    D’autres affects sont en provenance du monde extérieur via les sens du toucher, de la vue, de l’odorat, etc…A ce propos, on notera que la vision nécessite bien sûr les images en provenance de la rétine, mais aussi des informations sur l’orientation de notre corps et de nos globes oculaires. A ce propos un récent article du journal La Recherche décrit comment est fait notre sens de l’orientation : comme un GPS : une carte de notre environnement et le positionnement de notre corps sur cette même carte sont élaborés à partir des images en provenance de la rétine, des muscles oculaires et de bien d’autres muscles de notre corps. Nos souvenirs sont également mis à contribution.

    L’image de l’état de nos organes internes prend la forme, dans notre cerveau « ancien » de sentiments. L’hypothèse est émise que les informations nécessaires transiteraient pour une bonne part via les neurones du système vagal qui n’ont pas de myéline et sont donc moins rapides. Des processus chimiques sont également à l’œuvre.
    Le sentiment inclut un jugement de valeur, c’est bon ou c’est mauvais, qui, comme on peut l’imaginer a une grande importance pratique et aura été un avantage évolutif majeur. Il est dit « valencé ». Une forme « primitive », l’humeur en est une illustration aisément accessible à tous.

    Par ailleurs les sentiments « valencés », positifs ou négatifs sont à l’origine d’un « soi de référence ». Il ne suffit pas à lui seul à l’apparition de la conscience mais en est une condition nécessaire. L’autre condition pour l’apparition de ce que nous appelons la conscience de soi est une mise en perspective subjective des images en provenance de l’extérieur et de celles stockées dans la mémoire par le soi de référence. Ce sont les éléments constitutifs de l’expérience mentale, mise en scène dans notre salle de spectacle intérieure.

    On comprend encore davantage à ce stade le titre qu’Antonio Damasio a donné à son livre : « L’Ordre étrange des choses ». Que la conscience que l’homme a de lui-même puisse reposer sur un logiciel de traitement d’images ! Cet étrange arrangement ne peut manquer d’étonner par l’élégance de sa construction et par son résultat. … On notera que cette construction a été expérimentée par étapes tout au long de l’évolution et on imagine aisément que l’homme ne soit pas seul à la posséder, même si elle y est plus raffinée.

    L’apparition chez l’homme d’une piste verbale d’accompagnement capable de mettre en récit l’activité du cerveau reste notre apanage. Ainsi que le traitement symbolique des informations.

    Une dernière couche a finalement été ajoutée: nous sommes conscients d’être conscients, le « petit homoncule » des philosophes…

    Mes réflexions connexes :

    La théorie psychanalytique :
    Un des arguments contre le fait que la psychanalyse soit une science est que l’on n’est pas arrivé à localiser l’inconscient, le moi et le surmoi à l’intérieur du cerveau.
    A la lecture de ce livre il n’y a qu’un pas à franchir pour supposer :
    – que l’inconscient reposerait sur les affects en provenance de l’intérieur du corps,
    – que le surmoi s’imprimerait dans le cerveau le long des connexions neuronales les plus sollicitées au cours de l’enfance.
    – que, de la même manière, les sentiments vécus aux stades oral, anal, phallique se sont transformés en traits de caractère, par là même devenus inconscients, images reliques mais bien présentes dans les actions de tous les jours. Les fameux poussins des oies de Konrad Lorentz qui suivent comme une mère le chiffon qu’on leur présente à la naissance confortent cette hypothèse. Quant au moi, on sait ce qu’il en est à la lecture de ce livre.

    Jean-Claude Kaufmann dans son livre « Je est un autre » essaie de décrypter ce qu’est la conscience de soi de l’être humain en étudiant le comportement de personnes à un moment où elles prennent des décisions importantes pour elles. Le résultat de ses observations est que le cerveau passe d’une idée à la suivante en permanence. D’ou le titre de son ouvrage. Et il affirme, sans dire comment, que le « Je » est en permanence à l’œuvre pour maintenir la conscience de soi.
    Antonio Damasio indique clairement que ce sont nos perceptions en provenance du corps qui maintiennent la permanence du moi alors que des images défilent et sont traitées en permanence dans notre salle de spectacle intérieure.

    Voilà de quoi serait faite la conscience humaine : on est loin du surnaturel… et si l’intuition s’avère exacte, bien d’autres êtres vivants que l’homme ont conscience d’exister….

    En attente de commentaires, rectifications et des progrès à venir de la science…

  20. Indispensable en intelligence informatique : Alain Cardon.
    (16 ans déjà, et tout s’agençait, une interview, le site automatesingelligent.com est excellent)
    http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2001/mar/a_cardon.html
    @Paul
    Quand est-ce que vous nous parlez d’Alain Caron ? qui a visiblement formulé les mêmes arguments que vous sur la conscience artificielle il y’a quelques années ? Bonne année, j’aime bien votre « framework » sur l’IA. Quel rebondissement intéressant dans cette fin de blog !

    1. @ Sapristi, merci pour la référence.

      Mieux, plus récent, 2013:
      Alain Cardon:
      « Les systèmes de représentation et l’aptitude langagière »
      Le livre est télé-chargeable, 144 pages. Pas encore lu.

      http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2013/mai/systemes_representation_et_aptitude_langagiere.html

      « […]architecture du système psychique. Je me suis appuyé dans ce but sur les travaux de Sigmund Freud, qui n’ont rien perdu de leur pertinence. J’ai transposé ses modèles […] »
      Un air connu , non ?

      Mais plus important:

      « …un système méta, qui génère des représentations et jugements portant sur les comportements des innombrables utilisateurs de petits systèmes informatiques locaux. Il évalue ce que font ces utilisateurs, le plus souvent pour mieux les contrôler. Ce système méta dispose dorénavant de pulsions artificielles, de tendances, de besoins, d’intentions.
      Comment éviter une telle situation ? D’abord, comme je l’ai fait pour ma part, en m’abstenant de réaliser des développements informatiques nouveaux tant que des organisations citoyennes efficaces ne se sont pas mises en état de comprendre, discuter et au besoin réorienter ces développements. »
      La sagesse même. D’un autre côté, risque d’attendre longtemps, longtemps… Et nous ne saurons pas si la chose est faisable.

      Les idées, ça se sème à tous vents et se récolte idem….

    2. Je n’ai pas la prétention d’avoir tout et bien compris le livre de Paul, mais il me semble que Cardon est loin derrière. En fait, il pense juste ( le langage…) mais n’a pas trouvé les outils que Paul a mis en évidence comme moyens indispensables. Il reste au stade descriptif parce qu’il n’a pas franchi l’étape suivante, comme bloqué.

      Allons plus loin: les mots comme par exemple « conscience » ou « volonté d’action » sont des artifices traduisant notre méconnaissance. S’ils figurent comme entités réelles dans un schéma de pensée programmatique, il y a erreur. Ces « fonctions » sont émergentes et même dynamiques. Elles ne sont localisées ou matérialisées nulle part. Elles ne peuvent pas être un but intermédiaire en soi.

      Et reste le critère suprême: expliquer les dysfonctionnements
      de notre esprit et celle de l’IA, telles la névrose, la psychose (et accessoirement le syndrome psychosomatique). Paul le peut d’une façon simple, élégante et convaincante, par « rétro-ingénierie » (!), il est vrai. Pour les curieux, il l’a exposé dans une de ses récentes causeries du vendredi.
      Cardon, malgré son appel à Freud, en est loin…

      La prudence de Cardon est remarquable, aux antipodes des démiurges de l’IA américaine gouvernée par le dollar.

  21. Vous rendez vous compte de la formidable dangerosité de ce type d’idée pour l’idéologie capitaliste? C’est une arme de destruction massive!
    Vous exprimez la simple idée que les « premiers de cordées » ne sont en rien dans leur propre réussite! C’est leur patrimoine génétique et éducatif s’exprimant dans leur inconscient qu’il faut féliciter non leur « volonté » donc une soi disant conscience qu’ils gouverneraient mieux que les autres et dont ils voudraient jouir des fruits sans partage avec les autres. Ce genre d’idée est cataclysmique pour les élites. Eux qui ont toujours pensé que c’était leur propre volonté et leur abnégation au travail qui était la cause de leurs succès et que au regard de ce fait ils étaient en droit de dicter aux politiques ce qu’ils jugent utiles de redistribuer aux derniers de la vie…..
    Mais j’ai bien peur que cette idée se fracasse sur 2 écueils:
    -1/ La résistance du monde universitaire économique qui voit l’homme comme un être rationnel maîtrisant sa vie et donc méritant le poids de sa fortune. Il est hors de question qu’ils fassent rentrer un intrus comme l’inconscient dans leur modèle. C’est la mort du capitalisme et d’une partie de leur enseignement religieux.
    -2/ Résistance des gens en général qui pourraient prendre peur à la vue qu’ils sont en réalité des bateaux ivres perdus dans un océan d’inconscience.

  22. L’anthropologue nous décrit comme colonisateur opportuniste qu’il me plaît à voir comme aventurier. Insatiable, il stocke dans la technologie le fruit de ses conquêtes. Que se soi pour la cosmologie et l’infiniment grand, la matière dans l’infiniment petit et surtout en nous-même avec les dernières avancées en IA. Si l’histoire humaine fait du surplace, la technologie, le faux nez de notre véridique(si ce truc existe vraiment) histoire, avance à pas de géant pour prendre le relais d’un autre Histoire. Indispensable à notre réflexion, nous avons transféré dans la technologie nos découvertes pour mieux les observer. Le triptyque que constituent notre origine, notre constitution matérielle et notre âme ou force de vie, méthodiquement comprimer dans des recettes de fabrication et leur dual fonctionnel à nos côtés.
    C’est pas beau la vie !
    Une bonne année à tous, robots y compris.

  23. Bonjour,
    je ne comprends pas en quoi cette anecdocte, des Chats sauvages et des Chaussettes noires, telle qu’elle est rapportée, illustrerait le retard de la conscience.
    Le locuteur s’est trompé de nom de groupe ; il n’a pas concience de s’être trompé ni pendant ni après son dire ; ce n’est pas lui (sa conscience) qui s’en aperçoit mais son interlocuteur qui le reprend.

  24. Qui sait que la conscience de Libet est en retard sur son cerveau ? La conscience de Libet.
    Le cerveau a priori ne le sait pas (thèse de la conscience épiphénomène, excluant la rétroaction).
    Donc puisque le cerveau de Libet ne le sait pas, il ne peut commander à la main de Libet d’écrire cette information.
    Et pourtant, la main de Libet écrit bien que « la conscience est en retard sur le cerveau ».
    (Pour simplifier l’exercice, il est ici admis que c’est le cerveau de Libet lui-même qui est observé dans l’expérience).

    Comment le cerveau de Libet pourrait-il traiter des informations sur la conscience, si cette conscience n’était qu’un épiphénomène, sans rétroaction ?
    Pourtant, Libet à bien écrit des pages entières sur cette conscience prétendument épiphénomène, laquelle serait en retard sur le cerveau !

    Où se cache dès lors la faille conceptuelle dans la théorie de la conscience épiphénomène et les théories de Libet ?
    Déjà dans le postulat abusif selon lequel la conscience serait une succession d’instants purs.
    Un instant pur est de durée nulle … et une durée nulle ne permet pas la conscience.
    (Cette erreur est fréquente, notamment dans les théories bouddhiques sur la vacuité).

    Par ailleurs, un instant pur ne permettrait pas la perception consciente (mais neuronale oui) et la conception de « changement », ni de durée et encore moins de temporalité.
    La notion même de temporalité présente à la conscience montre que la conscience ne se constitue pas d’une succession d’instants purs. Sans cette conception de la temporalité, la théorie de Libet sur le retard de la conscience n’aurait évidemment jamais vu le jour.
    La conscience a une « épaisseur temporelle » et une « acuité temporelle ».

    Cette « épaisseur temporelle » permet à la conscience de se développer « conjointement » sur une succession d’instants « simultanément ». Ceci invite à deux conceptions distinctes de la temporalité, à deux niveaux.
    Le « présent » de la conscience n’est pas un instant pur mais il inclut une part de passé récent et de futur proche.
    Le présent de la conscience est dynamique et non figé dans l’instant pur.
    Ceci permet une rétroaction de la conscience, au sens temporel dans ce cas.

    Si Libet n’évoque pas cette particularité de la conscience et qu’il en reste au postulat commun d’une succession d’instants purs, cela montre qu’il a sans doute des talents de technicien et de théoricien … mais probablement moins d’observateur.

    Cette « épaisseur temporelle » semble approximativement être de l’ordre de la demi-seconde (à la louche). Tiens !?
    En outre, les limites temporelles de cette « tranche de temps présent » correspondant à la conscience n’apparaissent pas nettes mais floues, pour se dissiper dans « l’inconscient passé », d’une part et « l’inconscient futur », d’autre part.

    Ce flou des limites, pouvant ainsi s’étendre tant dans le passé que le futur, avec une marge de l’ordre de la demi-seconde vient alors titiller les belles certitudes de Libet.

    Cette non instantanéité de la conscience permet bien (non seulement en théorie mais en pratique ; fait confirmé par observation) au cerveau/corps de Libet d’écrire, a posteriori (après rétroaction de la conscience), que « la conscience est en retard sur le cerveau ».
    Sans cette rétroaction, cette notion de « retard de la conscience » n’apparaitrait jamais a posteriori comme information traitée par le cerveau.
    Mais ce retard apparent de la conscience reste une « impression en première approximation », impression cristallisée ensuite en thèse abusivement validée par le postulat erroné de la « conscience instant pur ».
    Ce retard n’est pas absolu … voilà la faille de la thèse de Libet.

    Une « tranche temporelle de conscience » est bien en retard sur le cerveau … mais pas toute « l’épaisseur temporelle de conscience ».
    La frontière entre conscience et inconscience est elle-même floue.

    Pour l’anecdote, le postulat erroné de la « conscience instant pur » reste d’autre part difficilement compatible avec la relativité restreinte.

    1. Merci pour vos réflexions Pascal, qui clarifient et donnent à penser. Une réponse de Mr Jorion?

      [Plus P.C ainsi?]

      Nb : le mail de Pascal, svp?

  25. Ah! enfin un peu de pensée! Quel bol d’air, quel vent frais!

    [on finissait par trouver que Heidegger n’était pas si hors du coup avec son « la science ne pense pas »]

    La conscience, le vivant, l’existence, la perception, la connivence qui nous fait être à/avec un monde etc etc. Tout cela pose des « problèmes » (vous comprenez les guillemets je pense) pré-conceptuels (et tellement hors calcul, opérabilité etc…); c’est pourquoi science et technique s’y pètent les dents et que les demi-habiles refusent d’entendre.

    Nb : mon index en ce moment me fascine (petite facétie avec les lecteurs de Quignard), la pulpe du doigts, son intellgence non-conceptuelle approximante du monde -seule percetion qui soit exacte…. -le « bougé » de Merleau-Ponty, que tous ceux qui bossent dans et autour des questions débattues ici (conscience, corps, IA etc) seraient avisés de lire. Mais au fond Descartes déjà avait compris le truc, Descartes si mal lu la plupart du temps (déjà par moi -un peu sa faute quand avec ses Principes…) Descartes pour qui c’est précisément l’imperfection du jugement et du comprtement conscient opposable à la perfection machinique qu’il prêtait aux conduites animales qui signaliait le petit truc tout autre avec lequel on se débat.

    Tiens un peu d’eau à mon moulin, à front renversé. S. Dehaene qui travaille à localiser les bases neurales de la fonction d’approximation -universelle et innée- de tout cerveau (des cerveau animaux aussi je pense, bref inhérente à tout vivant). [calculer s’apprend (6×5=30), approximer est naturel (évaluation de la distance d’un saut, distinction du petit nombre et du grand nombre etc).

    A+

    1. « Par ailleurs, les éléments (sensations, idées, etc.) présents à la conscience ne sont pas constitués d’atomes … contrairement à la structure neuronale cérébrale à laquelle ils sont corélés. »

      Faux. Le cerveau est une centrale électrique, entre autres. Son fonctionnement implique une activité physique neuro-chimique et électrique corrélée; consciente et inconsciente et donc production d’énergie, elle même constituée d’atomes. Et ce, comme tout ce qui constitue la nature et le fonctionnement du vivant.

      http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/article-mesurer-la-conscience-est-enfin-possible-39028.php

      http://www.techno-science.net/?onglet=news&news=16904

      http://www.thierrysouccar.com/sante/info/le-cerveau-une-centrale-electrique-2407

      1. « donc production d’énergie, elle même constituée d’atomes. »

        FAUX ! Ah bon, et depuis quand l’énergie est constituée d’atomes ?

      2. @Cloclo

        « et depuis quand l’énergie est constituée d’atomes ? »

        Ben depuis toujours, constante de Max Planck la lumière transporte de l’énergie (E=h.v), Einstein théorie de la relativité, entre autres, puis la mécanique quantique, la théorie des quanta, etc… ont permis scientifiquement de valider ces différents états de la matière et de l’énergie , notamment la dualité onde-particule de la lumière, énergie-matière matière-énergie, l’énergie d’un quanta est proportionnelle à sa fréquence, etc….Physique quantique physique de la matière.

        « La relativité restreinte, (Einstein et Poincaré, 1905) :
        La vitesse de la lumière dans le vide est égale à 300 000 Km/s, et cette limite est infranchissable. Matière et énergie sont équivalentes selon la célèbre formule : E=m*c²  »
        où E est l’énergie, m la masse, et c la vitesse de la lumière dans le vide. Espace et temps sont intimement liés : l’Univers a donc quatre dimensions (les trois dimensions de l’espace plus celle du temps). Elles constituent l’espace-temps. »
        http://www.philamarmotte.com/histoire.htm

        Liens explicatifs :

        Capsule 1ereS : Théorie des quanta et niveaux d’énergie de l’atome
        https://www.youtube.com/watch?v=VML5NJg4nbQ

        Interaction entre lumière et matière :
        L’échange d’énergie entre lumière et matière.
        Modèle corpusculaire de la matière : le photon et le quantum d’énergie.
        Introduction aux niveaux d’énergie dans l’atome.
        Les transitions électroniques.
        https://www.youtube.com/watch?v=NPFSPSmNgN8

      3. Pour le dire autrement dans un langage imagé, un jus de pomme est-il une pomme, du vin un grain de raisin ? Il ne me semble pas. Mais je peux me tromper hein.

        Le photon est-il un atome ? Il me semble pas. Mais je peux me tromper isn’t it !

      4. « Ah bon la lumière maintenant c’est un atome ? »

        Non Cloclo, en fait, ils sont tous les 2 intriqués et en interaction.

        La matière est constituée d’atome lui même également constituée d’énergie, mais de vide aussi. La mécanique quantique a permis de découvrir l’interaction voire l’intrication lumière-matière notamment par le fait que concernant la lumière, deux modèles existent pour la décrire. Le photon selon le modèle ondulatoire (la lumière est une onde), le photon selon le modèle corpusculaire (la lumière est un faisceau de particules). La lumière est une onde et un faisceau de particules. Dans l’interaction avec la matière, exemple : l’énergie qui est contenue dans l’électron d’un atome peut se transformer en photon, de même un photon peut se transformer en énergie contenue dans l’électron.

        A noter la lumière comme la matière est constituée de grains appelés particules.

        « Un flux de photon est capable de modifier la vitesse d’objets matériels (accélération de particules, atomes, molécules, …). La conservation de la quantité de mouvement implique alors qu’un photon possède une impulsion non nulle. Le photon est cependant sans masse »
        « Les photons sont des « paquets » d’énergie élémentaires, ou quanta de rayonnement électromagnétique, qui sont échangés lors de l’absorption ou de l’émission de lumière par la matière. »
        « Sur le front théorique, l’électrodynamique quantique inventée par P.A.M. Dirac parvient à donner une théorie complète du rayonnement – et des électrons – expliquant la dualité onde-corpuscule. Depuis cette époque, et notamment grâce à l’invention du laser, les expériences confirment de manière de plus en plus directe l’existence du photon et l’échec des théories semi classiques. Il est notamment devenu possible de mesurer la présence d’un photon sans l’absorber, démontrant ainsi de manière directe la quantification du champ électromagnétique, de sorte que la prédiction d’Einstein est considérée comme prouvée. »
        https://fr.wikipedia.org/wiki/Photon
        http://www.cea.fr/comprendre/Pages/physique-chimie/essentiel-sur-particules-elementaires-matiere.aspx

      5. Lorsque les atomes libèrent, partagent ou échangent un ou plusieurs électrons de leur dernière couche, cela donne un courant électrique et/ou une réaction chimique. Ces phénomènes physico-chimiques restent bien constitués d’atomes ou de parties d’atomes (les électrons).
        Si l’on voulait couper les cheveux en quatre, il eut alors été plus pertinent d’évoquer les phénomènes magnétiques cérébraux. Bref.
        La circulation des électrons (parties d’atomes) se fait malgré tout entre atomes ou ions conducteurs, qui constituent la structure neuronale.
        Mais là n’était pas le propos.
        Tout ceci ne constitue en rien le contenu de la conscience, lequel n’est pas un phénomène physique.
        Le cerveau est une centrale électrique, en approximation très grossière, soit … mais certainement pas la conscience.

      6. « Lorsque les atomes libèrent, partagent ou échangent un ou plusieurs électrons de leur dernière couche, cela donne un courant électrique et/ou une réaction chimique. Ces phénomènes physico-chimiques restent bien constitués d’atomes ou de parties d’atomes (les électrons). »

        Entre autres. Effectivement, ce sont des faits physiques et biologiques indéniables, salutaire rectification.

      7. « Tout ceci ne constitue en rien le contenu de la conscience, lequel n’est pas un phénomène physique. »

        Diantre qui l’eût cru ? Lapalisse ?
        C’est évident. Elle n’est pas que le phénomène physique inhérent à sa fonction, ce serait un peu court et pauvre comme définition, voire borné. Donc, la conscience ne peut pas, en acte et de fait, voire dans sa manifestation, ses états et son expression riche et variée, être décorrélée du corps et de ses fonctions physiques et biologiques, et de leurs effets, pas plus que de son environnement, dont elle dépend relativement et dans lequel elle évolue en tant que conscience incarnée, et non hors sol. Elémentaire.

        Précisions de Lionel Naccache, neurologue à La Salpêtrière et chercheur en science cognitives.
        « Quelles sont les bases cérébrales de l’état de conscience ? Que se passe t-il, d’un point de vue psychologique et cérébral, lorsque nous prenons conscience de quelque chose ? »
        « La conscience est la capacité d’un sujet à se rapporter une représentation ou un état mental »
        « La propriété essentielle de la conscience c’est de produire du sens. » « Être conscient, c’est toujours être conscient de quelque chose »
        http://www.cortex-mag.net/la-propriete-essentielle-de-la-conscience-cest-de-produire-du-sens/

        L. Naccache sur france Inter. Podcasts
        https://www.franceinter.fr/emissions/parlez-vous-cerveau

  26. Par ailleurs, la conscience seule sait a priori qu’elle n’est pas une copie conforme du cerveau (système neuronal arborescent baignant dans l’obscurité de la boîte crânienne).
    La conscience est autre chose !
    (Sensations synthétiques, etc., classées pour certaines comme « qualias » par les « sciences cognitives » … pas leur parodie chère aux scientistes de Berkeley et de Palo Alto, John Searle et ses adeptes émergentistes, qui confondent propriété émergente et qualias de conscience, entre autres ; un qualia n’est pas une « propriété émergente » née de la complexité comme le suppose l’amalgame grossier de l’émergentisme … où la lampe magique d’Aladin).

    Si cette information (le fait que la conscience ne soit pas une copie conforme du cerveau) est traitée ensuite par le cerveau lui-même, cela montre qu’il y a bien rétroaction (au sens causal) de la conscience vers le cerveau.
    Cela participe de l’observation élémentaire … même Libet a écrit des pages entières sur la relation, non entre le cerveau et lui-même, mais entre le cerveau et la conscience, conçus comme deux entités notionnelles distinctes.
    Par ailleurs, les éléments (sensations, idées, etc.) présents à la conscience ne sont pas constitués d’atomes … contrairement à la structure neuronale cérébrale à laquelle ils sont corélés.

    En pseudosciences, quand une théorie (la non rétroaction conscience-cerveau) est contredite par l’expérience, on bricole les expériences ou leur interprétation pour ne pas infirmer la théorie.
    En sciences, on modifie la théorie pour tenter d’y intégrer les observations. Elémentaire.

    Il existe ainsi une longue liste d’éléments, propres à la conscience a priori, qui se retrouvent ultérieurement traités par le cerveau, infirmant alors le dogme pseudoscientifique de la conscience épiphénomène et de la non-rétroaction.
    Par exemple, tous les évènements neuronaux ne se reflètent pas à la conscience mais seulement ceux présents dans le cerveau … et parmi ces derniers, certains ne sont pas corrélés directement à la conscience et restent inconscients.
    Certains évènements neuronaux (dans le corps et une partie du cerveau) restent bien « inconscients ».
    Cette distinction (entre évènements neuronaux reliés à des phénomènes conscients et évènements neuronaux non reliés directement à la conscience) ne peut être opérée qu’au niveau de la conscience elle-même.
    En l’absence de rétroaction de la conscience vers le cerveau, cette distinction entre ces deux types d’évènements neuronaux ne pourrait jamais apparaître plus tard parmi les informations traitées par le cerveau.
    Pourtant, cette distinction apparaît bien dans les traités de sciences cognitives, dont ceux de Libet.

    Autre exemple. Certains psychotropes modifient la structure neuronale pour faire apparaître à la conscience des hallucinations, images illusoires mais bien nettes (que l’on n’observe ni dans le monde extérieur, ni dans la boîte crânienne elle-même, lieu de la structure neuronale obscure) qui n’apparaissent au départ qu’à la conscience elle-même.
    Cette notion d’image nette illusoire, « corrélée à » mais manifestement « distincte de » la structure neuronale elle-même, et la manifestation consciente elle-même de ces images nettes, ne devrait jamais se retrouver ultérieurement parmi les informations traitées par le cerveau de Libet ou de quiconque, selon l’hypothèse de non-rétroaction d’une conscience épiphénomène.
    Mais cette hypothèse théorique est radicalement contredite par l’expérience, puisque ces observations directes de la conscience se retrouvent ensuite écrites par la main commandée par le cerveau.
    Cette hypothèse de non-rétroaction est donc erronée … selon les règles de l’épistémologie scientifique.

    Bien sûr, comme le font les pseudosciences de Palo Alto ou d’ailleurs, il sera toujours possible d’éluder (par déni ou autre mécanisme psychique) certaines observations dérangeantes, pour persister à maintenir comme valide une hypothèse manifestement erronée.

  27. Même si Libet avait observé certains processus neuronaux (cognitifs ou moteurs) antérieurs de 10 secondes aux processus psychiques conscients corrélés, cela ne suffit aucunement pour en déduire que « tous les processus psychiques conscients » soient postérieurs aux processus neuronaux corrélés.

    En pseudoscience, le désir de valider, envers et contre tout, une thèse arbitraire qui plaise à l’idéologie du chercheur le pousse souvent à transformer hâtivement en loi générale ce qui ne concerne que des cas particuliers.
    Cela se nomme en logique une « induction abusive », une forme particulière de sophisme.
    En science, le chercheur s’applique à chercher et si possible à trouver des contre-exemples à sa thèse, pour la mettre à l’épreuve, en exerçant ainsi ce que la logique nomme la « contre-induction ».
    Lorsque le contre-exemple est enfin observé, la thèse de départ se trouve alors logiquement invalidée.
    Le chercheur s’applique dès lors à corriger et à améliorer sa thèse pour lui faire intégrer ces nouvelles observations contraires à sa position première.
    Et ainsi de suite.

    En pseudoscience, cependant, cette démarche logico-scientifique de contre-induction est largement omise (sauf bien sûr par des chercheurs concurrents voire dissidents).
    Cette omission (volontaire ou forcée) offre souvent au théoricien une aura (plus populaire que scientifique) largement surfaite … ce qui constitue parfois son objectif (égotique, idéologique, …) premier … mais parfois plus prosaïquement par simple impératif financier, pour obtenir de nouveaux subsides (donc pas forcément par malhonnêteté intellectuelle).

    En science, le chercheur voyant sa thèse invalidée se remet ensuite au travail (souvent dans l’anonymat) car son objectif premier n’est pas la renommée usurpée mais la recherche scientifique.
    La littérature de vulgarisation fait la place belle aux chercheurs de pseudoscience au détriment des autres. Business oblige. Ainsi va la vie.

    Certains processus conscients apparaissent de toute évidence comme antérieurs à leur transcription consécutive en processus neuronaux.
    Les relations cerveau-conscience étudiées par Libet ne sont manifestement pas exhaustives.
    Les conclusions attenantes concernant la thèse exclusive de conscience épiphénomène ainsi que l’hypothèse de non rétroactivité absolue de la conscience sur le cerveau n’ont aucune validité scientifique.
    Il s’agit là d’une dérive manifeste de pseudoscience … une de plus.
    Mais ces thèses fantaisistes plaisent à la littérature de vulgarisation … et à certains lobbies idéologiques.
    Ainsi va la vie.

    1. @pascal
      « Ainsi va la vie. […] (sauf bien sûr par des chercheurs concurrents voire dissidents). »

      Ceux- là, voient la coupe dans les subsides, se voient contraints de travailler « seuls », ce qui vaudra argument pour les « scientifiques conformes », et par dessus le marché une ostracisation: il ne fait pas bon fréquenter ce genre de chercheurs car il y a un risque de perte de crédibilité.

  28. Cela dit, il semble que les activités incluant une forte composante motrice du corps engagent des processus où la « volition neuronale inconsciente » précède sa traduction en « volition consciente apparente » (selon le schéma théorique de la conscience épiphénomène).
    Ces activités motrices sont majoritaires chez le commun des mortels. Ce qui fait au départ de tout humain un « animal » fortement conditionné, c’est indéniable.

    Mais pour d’autres activités plus intellectuelles, comme la méditation métaphysique, il apparaît manifestement que certains processus psychiques conscients précèdent leur transcription consécutive en processus neuronaux (puis neuromoteurs pour le langage oral ou écrit).
    La relation cerveau-conscience apparait dans ce dernier cas comme une synergie où la temporalité est plus complexe que le simple schéma de succession.
    Les notions de passé-présent-futur y sont intriquées de manière plus complexe qu’une simple succession.

    Sans doute est-ce pour cela que, pour exercer ces activités intellectuelles à forte composante abstractive, il est préférable de ne pas laisser les activités motrices corporelles parasiter les processus neuronaux.
    Soit on fige le corps dans une posture passive (les techniques sont multiples).
    Soit on lui applique une activité mécanique répétitive, comme la marche chez Platon.

  29. Je suis un peu circonspect sur les concepts d’épaisseur et d’acuité , mais je crois aussi que l’on ne peut avancer celui de « conscience  » sans parler d’abord de celui de  » temps » .

    C’est d’ailleurs ce qui me fait toujours me « réfugier » dans mon propre repérage articulé en quatre temps ( passé , hors temps , « présent », avenir ) , en notant aussi que , de cette bande des quatre , le « présent » est celui qui a le moins de réalité car il est toujours déjà mort quand on en parle .

    Et c’est bien le secret de la « survie »: se nourrir du passé et de la mémoire , imaginer sans cesse , organiser et réorganiser sans cesse la réalité proche , désirer et préparer un futur .

    A quoi sert la conscience toujours « en retard » ?

    A donner à nos temps , celui de vivre , et échapper autant que possible à celui que certain appelait « le temps des codes  » .

    Même si je connais davantage Baudelaire que Jérémie :

    https://www.youtube.com/watch?v=ZpKb5I6kxbM

    1. Je note au passage que c’est notre rapport individuel et/ou collectif aux temps , qui fondent aussi en grande partie notre rapport avec :

      – l’argent ( qui est du temps parait il ),
      – le travail ( on travaille pour de l’argent donc du temps , on mesure et distribue le temps de travail …)
      – le pouvoir ( la maîtrise des horloges et des codes , mécaniques ou numériques , en atteste )
      – l’infini ,
      – le début et la fin , la naissance et la mort ,mariage de Chronos et Kronos ,
      – la mesure du réel ( rotation de la terre , saisons , retour de comètes …) . Bizarrement , on a parfois la prétention de jouer « en temps réel » .
      – l’unification ( chère à Einstein ) avec le temps soit disant universel . Alors que grâce à lui , on devine qu’il y a en fait une infinité de temps en relation avec la masse et la vitesse , et que le temps est lié à l’espace ;
      – le bonheur ( bon et sale temps , après la pluie le beau temps )
      – …

      Sartre est aussi à relire sur cette relation entre le temps et la conscience ( l’Etre et le Néant :  » Sans la succession des « après » , je serais « tout de suite » ce que je veux être ) .Ou Lamartine , ou Rivarol , ou Saint Augustin , ou Kant , ou Goethe , ou celui là , libanais , que j’ai retrouvé :

      « L’instant est le creuset , la matrice du temps,
      si l’homme ne produit pas , le temps n’existera pas ,
      si l’homme produit , le temps devient espoir,
      il faut que chaque instant soit producteur de son temps . »

      Saïd Akl .

      Mais le temps des hommes et leur « production » passent par : Liberté , Egalité , Fraternité étendue au vivant .

      1. … et la musique.
        La musique s’exprime « dans » une temporalité présente « étirée », non dans un instant pur.
        Le rythme et la mélodie ne se déploient à la conscience sans un minimum « d’épaisseur » temporelle.
        La musique serait impossible en une conscience limitée à un instant pur.
        Une succession de notes non reliées par une conscience déployée en une temporalité transcendant l’instant resterait une collection plate, insensible.
        Considérations bassement techniques (mea culpa), qui s’effacent bien sûr devant la sensibilité qu’elles permettent.

    2. « Même si je connais davantage Baudelaire que Jérémie »

      Merci Juan, un instant de grâce, en conscience, offert par la voix et le sourire de S. Reggiani.

  30. « Epaisseur temporelle » : métaphore spatiale par défaut (pour la distinguer du terme de « durée », déjà trop chargé d’acceptions multiples et sous-entendant souvent un aspect de devenir) ; métaphore sommaire tentant de rendre compte de l’observation suivante.

    L’instant pur (de « durée » nulle ou d’épaisseur temporelle nulle) correspond à un cliché figé, dénué de temporalité.
    Inclus dans la temporalité, son être s’anéantit car son existence se réduit à une durée nulle. Temporellement, une non-existence.

    Une collection non synthétique de clichés figés reste, quant à elle, une collection de clichés figés, non reliés et inaptes à inclure le mouvement (le changement, le devenir, la temporalité, etc.), que l’on observe pourtant à la conscience « présente ». Ce présent n’est pas un instant pur.
    Pour que cette collection, a priori non reliée (comme un livre d’images, ouvert et figé à un endroit), génère la sensation et la notion de devenir en acte, la conscience doit au moins relier deux instants successifs et les comparer … « en même temps », dans un présent conscient (d’épaisseur temporelle non nulle), fugace certes et qui se transforme assez vite en passé (en moins d’une seconde).
    La conscience montre ainsi ce pouvoir de relier en un « devenir présent » (plus « épais » qu’un instant pur), plusieurs clichés pour faire du présent un devenir en acte (incluant les sensations de mouvement, changement, apparition, disparition … toutes sensations et notions impossibles à intégrer dans un instant pur).

    Ce « présent conscient », exprimant un devenir en acte et non une image figée, se « présente » comme incluant conjointement un passé en disparition, un présent fugace et un futur en naissance ; cette « synthèse présente en acte » semble avoir une « épaisseur temporelle » de l’ordre de la fraction de seconde (entre un vingtième de seconde et une seconde, environ car l’évaluation subjective de cette « épaisseur » reste délicate voire impossible).

    Le « hors temps », métaphore spatiale aussi par défaut (nous manquons ici de vocabulaire, ce qui témoigne de notre pauvreté culturelle dans l’étude de la temporalité, notre culture semble principalement spatiale), pourrait aussi se décliner en plusieurs notions non exhaustives et plus complexes.

  31. « Acuité temporelle » consciente : autre métaphore spatiale, inspirée du pouvoir de résolution en optique ; la capacité de la conscience à distinguer deux événements (sur le plan subjectif conscient) séparés par un laps de temps (sur le plan objectif) donné.

    On observe (subjectivement) aisément que la conscience n’a pas un pouvoir de résolution suffisant pour distinguer, par exemple, des événements faisant partie d’une suite de 100 événements distincts étalés sur une seconde.
    On observe aussi que cet exploit est devenu possible si la suite s’étale sur 100 secondes.

    Ce pouvoir de résolution temporelle se situe ainsi dans une fourchette approximative comprise entre 0,01 seconde et 1 seconde.
    On peut ainsi s’amuser, à partir d’un matériel rudimentaire, à expérimenter cet écart entre deux évènements, temporellement distincts sur le plan subjectif de la conscience.

    En se basant sur la résolution temporelle consciente des sensations visuelles, on arrive à une limite inférieure d’environ un vingtième de seconde … alors que le mécanisme optique (œil/cerveau) est capable d’une meilleure précision.
    Cette distinction entre performances conscientes et inconscientes constitue la base du procédé des images subliminales, insérées dans une séquence cinématographique.
    La résolution temporelle des mécanismes visuels inconscients est meilleure que les performances de la conscience.
    Ceci permet d’introduire, dans une suite de 24 images par seconde, une image (publicitaire ou autre) distinguée par le système visuel inconscient mais pas par la conscience elle-même.

    Ce pouvoir de résolution temporelle de la conscience, nommée ici par défaut « acuité temporelle », se trouverait ainsi dans une fourchette approximative de 1/20 à 1 seconde.
    Avec un matériel adéquat, il devrait être possible d’expérimenter plus finement cette « acuité temporelle consciente ».

    Ces premières expérience approximatives (images subliminales) ne sont évidemment pas suffisantes car elles introduisent éventuellement un biais propre aux mécanismes visuels.
    Il serait nécessaire d’expérimenter plus en profondeur.
    Mais cette première approximation suffit ici pour le présent exposé, lequel a surtout pout objectif d’introduire la notion elle-même, plus que son évaluation quantitative.

    1. @pascal
      donc, à titre « indicatif »,
      vous proposez (une campagne de) mesure de l’instant présent câlé entre passé simple et futur antérieur… 😉

      Soit plus de mesures pour moins d’évaluations.
      Avec ce genre de collection, l’IA saura mieux utiliser que nous ces conjugaisons !

  32. L’épaisseur temporelle de la consciente est logiquement plus grande que l’acuité temporelle.
    L’acuité temporelle nécessite d’inclure au moins deux événements temporellement distincts à l’intérieur de l’épaisseur temporelle.

    Pour comparer à l’optique, la finesse de résolution est incluse dans l’angle du champ de vision, sinon la vision se réduirait à une tache uniforme.
    On extrapole aisément cette réflexion visuelle aux considérations temporelles propres à la conscience.

    1. Ça permet de se rappeler que Descartes s’était lui aussi intéresser à l’optique ( la dioptrique ).

      Si l’on suit notre rapport à  » l’IMAGE » depuis l’antiquité , on pourrait hâtivement conclure que la conscience c’est l’image , voire le SENS ( comme le faisait Octavio Paz ). Aristote prétendait d’ailleurs que « jamais l’âme ne pense sans image » . Selon certains , même Dieu , cet inconscient, nous aurait fait à son « image » et ressemblance …

      Mais je ne sais pas ce qu’en penseraient les aveugles de naissance dont j’ai déjà fait remarquer ici qu’ils étaient majoritairement joyeux !

      1. Une autre symbolique de la Genèse nous serait plus qu’utile, si nous la placions au croisement de la Psychanalyse et de l’Intelligence Artificielle. Freud, en son temps, et dans le nôtre : celle de Caïn, d’Abel, et de Seth venu plus tard… afin de remplacer le second.

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