L’ENA hors-les-murs, « 2014 : Malversations financières en tout genre », N° 447, décembre 2014

L’année financière 2014 a débuté dans l’inquiétude qui avait caractérisé le deuxième semestre 2013 : que se passerait-il lorsque le quantitative easing américain, la création mensuelle de 85 milliards de nouveaux dollars, prendrait fin ? Une annonce anticipée avait causé en juin la panique sur les marchés boursier et obligataire, l’injection d’argent frais ne trouvant pas de débouchés dans une économie mondiale anémique, et alimentant du coup les bulles financières. Sur ce plan, c’est en laissant dans son sillage un parfum d’amateurisme que Ben Bernanke quitta la direction de la Federal Reserve dont il avait été le gouverneur pendant huit ans. Mme Janet Yellen, personne connue pour sa compétence et sa modération de centre-gauche, prit sa suite en janvier 2014. Son mari, George Akerlof, prix Nobel d’économie en 2001, par ailleurs très respecté, lui serait de bon conseil.

Janvier secoua la direction du Parti Communiste chinois quand il apparut que les familles de dirigeants chinois parquaient leurs économies dans les havres fiscaux, et leurs enfants à des postes décemment rémunérés dans les grandes banques d’investissement américaines. La preuve était faite que ce n’était pas seulement au capitalisme sauvage que la Chine s’était convertie mais aussi au capitalisme de connivence, et là aussi avec l’enthousiasme du nouveau converti.

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LE SOIR, Trading à haute fréquence : « La panacée ? Taxer les opérations annulées », samedi 17 mai 2014

ENTRETIEN avec Alain Jennotte

Faut-il tirer la prise des super-ordinateurs qui moulinent des millions d’opérations à la minute? Économiste et observateur attentif du système financier, Paul Jorion estime que le trading à haute fréquence est tout le contraire d’un levier favorable à la bonne santé de l’économie.

Les technologies se font de plus en plus sophistiquées. Ne risque-t-on pas de perdre tout espoir de contrôler le fonctionnement des places de marché ?

De 50 à 60% des opérations sont maintenant faites par des robots. Le mini-krach de 2010 avait eu lieu en quatorze secondes. À peine les observateurs ont-il pris conscience qu’il se passait quelque chose que tout était déjà terminé. Par comparaison, en 1929, le krach s’est étalé sur trois semaines. Contrôler en direct est devenu impossible à la vitesse où vont maintenant les opérations.

On met en avant des techniques comme le « quote stuffing », l’envoi d’un gros volume d’ordres destinés à déstabiliser les algorithmes de ses concurrents, qui perdent un temps précieux à analyser ces opérations. C’est ce genre de pratique qui rend inacceptable l’automatisation à outrance?

On parle de « quote stuffing » comme une manière pour les robots de créer un écran de brouillard autour de leurs propres opérations mais la fonction première de ces techniques est de faire une cartographie complète du marché. Les opérateurs lancent des coups de sonde afin de déterminer où sont les acheteurs et les vendeurs potentiels. On parle de 96% de transactions qui sont annulées quasi immédiatement et qui ont ainsi servi à du repérage. Du coup il y a de moins en moins d’erreurs car on sait de manière précise qui on a en face de soi. Ceci augmente paradoxalement le risque de krach, car les robots savent plus précisément si le marché est à la hausse ou à la baisse et poussent tous ensemble dans la même direction.

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Taxer les transactions financières, c’est trahir sa navrante ignorance en matière de finance

La France et l’Allemagne essaient en ce moment même d’accorder leurs violons sur la question de la taxation des transactions financières, encore appelée « Taxe Tobin », du nom de James Tobin (1918-2002), économiste, « prix Nobel d’économie 1981 », son initiateur autrefois.

Je voudrais rappeler ma position sur cette question.

Les opérations financières sont, comme la classification des insectes à l’école primaire, et comme l’a très bien rappelé Lord Adair Turner, de deux types : les utiles et les nuisibles.

Les opérations financières utiles sont, comme leur nom l’indique, utiles. Il faut les encourager. Les taxer, c’est les décourager. Ce qu’il ne faut pas faire parce qu’elles ne sont déjà pas si nombreuses.

Oui, les opérations nuisibles apportent de la liquidité aux marchés (= « du monde ») mais cela ne les empêche pas d’être nuisibles et c’est cela qui compte. Non, rendre leur marché « plus transparent » ne les rend pas moins nuisibles : la différence entre des opérations nuisibles opaques et nuisibles transparentes est sans pertinence sur le plan de leur nocivité : nuisibles elles sont, nuisibles elles resteront.

Les opérations financières nuisibles doivent être – attention je vais dire un très gros mot – interdites.

Les taxer, les rendre transparentes, changer la qualification des banques qui les pratiquent de « systémique » en « universelle », ne fait aucune différence, seul les interdire modifie la donne. C’est ce qu’il convient de faire.

L’activité de la Bourse est celle d’un marché secondaire pour les actions. Les marchés secondaires, où l’on peut revendre et racheter des produits existants sont utiles (cf. eBay, Le bon coin, etc.), ils permettent de réajuster les situations en fonction de nouvelles circonstances. Si l’on n’y prend pas garde, les marchés secondaires peuvent cependant devenir la proie de la spéculation.

Le caractère dangereusement spéculatif des Bourses doit être régulé en
1) s’assurant sur un plan comptable que les dividendes soient à nouveau des parts de bénéfices effectivement réalisés,
2) en s’assurant sur le plan fiscal que les dividendes soient moins taxés que les plus-values sur le prix des actions,
3) en imposant ces plus-values de manière dissuasive.

La volatilité du marché des actions est due en particulier aujourd’hui à leur négoce en continu par des robots pouvant faire plusieurs milliers d’opérations à la seconde tout en en annulant une proportion considérable.

La volatilité du prix des actions doit être jugulée par le remplacement du marché en continu par un marché en fixing journalier, c’est-à-dire par la réconciliation une fois par jour des ordres d’achat et de vente.

Les opérations financières sont utiles ou nuisibles et doivent être traitées en fonction de cette distinction essentielle. Imaginer que le fait de les décourager en les taxant « à tout hasard » ne peut pas faire de tort, c’est trahir le fait qu’on n’a pas la moindre notion de la manière dont les marchés financiers fonctionnent véritablement. Il y a moyen de faire beaucoup mieux – quitte à irriter les spéculateurs (ne pourraient-ils pas vivre pour un temps sur leurs [considérables] réserves ?)

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Y A-T-IL UN MOT PLUS FORT QUE NULLISSIMME ?

Le Monde : Trading haute fréquence, l’histoire d’un renoncement, par Mathilde Damgé

L’amendement 240, voté par la commission des finances de l’Assemblée nationale le 8 octobre, et qui se présente sous la forme d’un article additionnel, a été retiré par le rapporteur de la commission, le député (PS) Christian Eckert, qui en était l’auteur.

Il étendait le champ d’application de la taxe (de 0,2 %) aux transactions dites « intraday » – c’est-à-dire commencées et débouclées dans la même journée – avec pour but, selon ses partisans, d’augmenter les recettes de l’Etat, et surtout de dissuader les spéculateurs.

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AH ! CES ALGOS, ILS NOUS ÉTONNERONT TOUJOURS !

Il y a trois jours, le 2 octobre, la compagnie BlackBerry annonce ses chiffres, les robots – et leurs milliers d’opérations à la seconde, se déchaînent : le prix de l’action passe en dix secondes de 7,61 $ à 8,00 $. Voici (au ralenti, pour que nous les – minables – humains y voyions quelque chose), ces 10 secondes d’opérations par des « algos » (*) qui suivent la nouvelle.

(*) « Algo » pour « algorithme ».

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LE DICIBLE ET L’INDICIBLE

Je faisais partie cet après-midi du jury du rapport individuel d’expertise de Jean-François Gayraud, Commissaire divisionnaire de la police nationale, rapport consacré au « Trading haute fréquence : quels enjeux pour la sécurité nationale ? »

La soutenance avait lieu au CHEMI, le Centre des Hautes Études du Ministère de l’Intérieur, dont les locaux sont situés dans l’enceinte du Fort de Charenton.

J’ai rarement été invité jusqu’ici dans des forts et je n’avais jamais eu l’occasion auparavant de découvrir au cours d’une longue conversation qu’un directeur-adjoint d’Interpol et moi pouvions être sur la même longueur d’onde sur la plupart des sujets.

Les membres du jury se sont réunis après la soutenance. Nous nous sommes rapidement mis d’accord sur le fait que le rapport était d’une qualité exceptionnelle et qu’il devait être publié sans tarder.

Puis nous avons parlé de ce qui aurait pu se trouver dans le rapport et qui l’aurait rendu impubliable, de ce qui est faisable et de ce qui est infaisable en matière de sécurité, de ce qui est possible et de ce qui est impossible en matière de poursuites des crimes en col blanc, enfin, de ce qui est dicible et de ce qui est indicible quand on s’exprime en tant que fonctionnaire du Ministère de l’Intérieur.

À l’heure où j’écris, je me dis que j’ai bien de la chance d’être blogueur et de pouvoir vous parler quand et comme ça me chante de l’infaisable, de l’impossible et de l’indicible.

Pourvu seulement que cela dure, car comme nous l’avons découvert il y a quelques jours à notre grande stupéfaction : l’Internet a des oreilles !

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TRADING HAUTE FRÉQUENCE ET DÉLITS FINANCIERS, par William Bourdon

Billet invité

L’innovation technologique a permis le développement du trading à haute fréquence au sein des grandes places financières mondiales. Il représente aujourd’hui 60 % du trading sur actions aux États-Unis et 40 % en Europe.

Cette nouvelle pratique du trading, associant la sophistication des algorithmes à la vitesse du traitement informatique de données, remet en cause la transparence et l’équité du fonctionnement des marchés financiers.

Elle pose aussi la question de l’adéquation de l’arsenal législatif aux fins de prévenir et sanctionner les éventuelles manipulations de marché que permet cette nouvelle forme de trading.

Peu de travaux juridiques ont étudié la question de manière rigoureuse et systématique. Aussi faut-il saluer l’excellent article de Monsieur Stéphane DANIEL[1] dont sont issues les définitions citées ici.

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UNE ANECDOTE MAL CONNUE À PROPOS DE MOÏSE

Lorsque Moïse descendit du Mont, un lobbyiste vint à sa rencontre, et voyant sur les Tables de la Loi qu’il tenait : « Tu ne tueras point !!! » (l’histoire n’a pas gardé le souvenir des trois points d’exclamation), il lui dit, faisant la moue : « Faites attention : tous les assassins en puissance pourraient bien décider de quitter le pays pour aller s’installer sous des cieux qui leur seront plus cléments ! Pensez au fait que ce sont là des personnes qui jouent très souvent un rôle crucial dans l’économie ! ».

Ce qui m’a rappelé cette anecdote mal connue, c’est un article dans le Financial Times d’hier qui nous explique que devant le projet de réglementation allemande du High Frequency Trading, Deutsche Börse et la FIA European Principal Traders Association, le « syndicat » des maîtres-algo (sur le modèle de « maîtres-chien »), adressent un avertissement à Mme Merkel : « Une législation excessive [traduisez : « une législation tout court »] pourrait nous conduire à nous expatrier vers des marchés moins transparents ! »

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LA FINANCE CASINO RISQUE DE DÉTRUIRE NOS SOCIÉTÉS, par Denis Dupré, Marc Chesney et Paul Jorion, Le Temps, le 26 septembre 2012

La finance casino risque de détruire nos sociétés

Version papier dans le quotidien.

PAR DENIS DUPRÉ*, MARC CHESNEY** ET PAUL JORION***

Certains outils financiers sont à interdire. Exemple : les CDS nus, qui consistent à parier sur la faillite des États, devraient être prohibés dans la zone euro à partir de novembre 2012. Déjà la marine anglaise en 1745 punissait les joueurs lors de l’assurance de navires si l’assuré ne pouvait prouver son intérêt pour la cargaison. Combien de cargaisons de navires marchands anglais ne seraient pas arrivées à destination si les gouvernements avaient laissé les parieurs ramasser la mise, ayant payé des hommes de main pour couler les bateaux ?

D’autres pratiques devraient aussi être proscrites: lorsqu’une plus grande vitesse permet aux plus rapides de spolier les moins informés, quand le manque de transparence permet de manipuler les prix ou quand les parieurs dominent les transactions.

Un constat : le développement d’une zone grise a gangrené la finance. Les dark pools autorisés depuis 2007 en Europe permettent aux acteurs de rester anonymes. De même, le high frequency trading, par la vitesse de ses opérations, opacifie les marchés. Le mécanisme de formation des prix efficients, érigé jusqu’alors en dogme qui peut laisser croire à une « justice » du marché, vole en éclats puisqu’il suppose un accès public aux informations sur les transactions. Comment traquer les manipulations de marché et les délits d’initiés qui deviennent pratique courante ? En octobre 2011, le président de l’Autorité des marchés financiers française fait un terrible constat d’impuissance : « Alors qu’il nous faut plusieurs mois d’analyse pour démontrer une manipulation de cours faisant appel à des techniques de trading traditionnelles sur quelques minutes, est-il raisonnable d’imaginer démontrer d’éventuelles manipulations de cours liées à des pratiques de trading à haute fréquence ? »

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LE CAPITALISME CE MATIN

Dans mon livre La crise du capitalisme américain (2007), j’annonce, avec moult détails, la crise des subprimes. Dans une première partie – qui reprend ce que j’avais déjà écrit dans mon Investing in a Post-Enron World (2003) – j’annonçais autre chose, qui se produit là aussi, même si c’est de manière plus larvée et moins spectaculaire : la fin des marchés boursiers au comptant et à terme.

On parlait encore peu à l’époque de High Frequency Trading, de dark pools ou d’algos, mais tout cela était déjà là, en germe ou en préparation, en tout cas connu ou éminemment envisageable pour les gens de la branche.

Les incidents d’hier sur les marchés boursiers américains, dont Knight Capital, très présent sur le HFT et dans les dark pools, a accepté la responsabilité, est très révélateur de ce processus d’autodestruction des marchés prévisible depuis une dizaine d’années.

Pour ajouter à la morosité, Bill Gross, fondateur et co-dirigeant de PIMCO, filiale d’Allianz, le plus gros fonds de gestion obligataire américain, a annoncé la fin de la Bourse, faute de croissance et en raison d’une surévaluation chronique du cours des actions, annonciatrice d’une « correction » dévastatrice. Il a ajouté en post-scriptum, pour compléter le tableau, qu’avec des coupons négatifs pour les produits de dette encore fiables, le marché obligataire était mort lui aussi.

Je rappelle à toutes fins utiles, qu’un autre de mes livres s’intitule Le capitalisme à l’agonie (2011).

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P.S. Mon premier billet entièrement sur iPhone. Chapeau quand même MM. Steve Jobs et les autres.

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INJONCTION

Je reçois à l’instant par lettre recommandée, une injonction de retirer du blog la vidéo relative à l’émission
Cash Investigation intitulée « Finance folle : l’attaque des robots traders ». Je me suis exécuté : le lien vers la vidéo sur YouTube a été retiré.

Comme il y a de nombreux juristes parmi vous qui auront un avis éclairé sur la question, je reproduis la lettre reçue ci-dessous.

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« LE MONDE RÉEL » : LA REVANCHE !

Le 19 novembre de l’année dernière, dans un billet intitulé « Le monde réel et la raison », je rapportais la chose suivante :

Le Sénat français, à majorité de gauche, a créé dans la nuit de vendredi à samedi une « taxe sur les transactions automatisées », afin de limiter l’essor du « trading haute fréquence », dont je vous rappelle qu’il a fait fuir les êtres humains de la Bourse pour ne laisser en présence que des robots qui s’affrontent dans des duels faisant monter ou baisser le cours des actions sans rapport aucun avec la valeur des sociétés cotées en Bourse.

Selon l’AFP, Philippe Marini (UMP, droite), président de la commission des Finances, a accusé la rapporteure générale du Budget, Nicole Bricq (PS) de « ne pas se placer dans le monde réel », même s’il souscrivait « à l’intention ».

Sur le site du Financial Times, on trouvait hier un article intitulé : « Les opérateurs à haute vitesse cherchent à se restructurer » :

De nombreuses compagnies de trading à haute fréquence, dont l’activité a changé la nature des opérations en Bourse au cours des années récentes, sont en train de se restructurer en raison des faibles volumes et de la férocité de la concurrence nouvellement apparue.

Je prédisais cela en septembre de l’année dernière, dans un billet au titre explicite : « Faut-il fermer la Bourse ? Pas la peine, les ordinateurs s’en chargent ! »

M. Marini (si vous êtes toujours là), le « monde réel », comme vous dites, est en train de changer !

 

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COMPLEXITÉ ET EFFET « SKYNET »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui s’est rapproché de celui que l’on voyait représenté dans les films de science-fiction des années 1950, dont certains étaient d’ailleurs excellents en raison des questions de fond qu’ils posaient quant à la prise de pouvoir par les machines ou plus simplement à notre perte de maîtrise sur le monde dû à leur envahissement, envahissement que nous avons activement encouragé depuis plusieurs siècles. Le film 2001, l’Odyssée de l’espace (1968), s’achève par un combat entre la machine à qui la mission a en réalité été confiée et qui sait comment la mener à bien, et le membre d’équipage humain dont le sacrifice a été lui programmé ; c’est l’arrogance de ce dernier, incapable d’imaginer même qu’on ait pu le priver de la responsabilité de la mission, qui fait qu’il se rebiffe et qu’il parviendra à se sauver – même si la nature de son salut se révèle alors très problématique.

Le High Frequency Trading fait que les marchés boursiers sont aujourd’hui la proie des automates qui s’affrontent dans des duels se déroulant dans leur espace. Derrière les algos, il y a bien sûr des programmeurs, qui sont les auteurs de ces logiciels, et qui peuvent en examiner les effets en fin de journée, et corriger le tir si nécessaire, voire introduire des améliorations et apporter des innovations. Il n’empêche que certaines techniques d’apprentissage pour ces algos, comme les réseaux neuronaux ou les algorithmes génétiques (au comportement intime impénétrable à des yeux humains), rendent leurs comportements très largement autonomes tant qu’ils sont à l’œuvre. S’exerce désormais du coup, ce que l’on a pris l’habitude d’appeler l’« effet Skynet », du nom du réseau informatique tout-puissant dans le cycle cinématographique Terminator, où les êtres humains n’interviennent plus que dans un contexte global où les décisions majeures sont en réalité prises par une confédération d’ordinateurs.

La question qu’il faut se poser aujourd’hui le plus sérieusement du monde, c’est : disposons nous encore du pouvoir sur les ordinateurs et sur les automates (à part celui bien entendu de couper le courant), et si nous l’avons perdu, comment faire pour le reprendre ?

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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FRANCE 2, Cash investigation, « Finance folle : l’attaque des robots traders », vendredi 8 juin à 22h30

« Finance folle : l’attaque des robots traders », je suis l’un des témoins interviewés sur le High Frequency Trading.

Pour ceux qui ne l’auraient pas encore vu, Dominique Larchey-Wendling nous offre une vidéo de bien meilleure qualité.

INTERDIT

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HIGH FREQUENCY TRADING NEEDS YOU !

Vous êtes-vous jamais demandé à quoi ressemble une offre d’emploi dans le domaine du High Frequency Trading ? Si oui, vous trouverez la réponse ci-dessous, tombée à l’instant dans mon mail (mon CV traîne encore dans les bases de données de recruteurs américains).

Si j’avais dix ans de moins, je poserais ma candidature moi-même pour aller voir de l’intérieur comment ça marche (une vieille et mauvaise habitude chez moi), et vous n’en auriez jamais rien su, mais là, je suis sur d’autres trucs :-)) . Si cela vous intéresse, je vous filerai le contact. Après tout, comme disait ma grand-mère : il n’y a pas de sot métier ! ;-)

Hello,

My firm’s research team sourced your contact information, and I’m curious if someone from your professional network might be interested in the following opportunity:

Title:  Senior Trading Operations Professional (0665-004-111)
Location:  Southwestern US

Compensation: Commensurate with Experience

Summary:

This role will support the ongoing expansion into additional markets; and will work across a broad range of instruments and asset classes on the front lines of company’s real-time trading activities

In addition to monitoring model behavior and continually enhance algorithmic trading strategies, the ideal candidate will have the opportunity to drive business direction and lead the team’s efforts in researching and recommending new market opportunities.

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APPEL AUX ALGOS

Si vous êtes un algorithme, vous allez pouvoir nous aider (et je comprends que vous n’allez pas pouvoir me communiquer une adresse mail correcte…)

Vous vous souvenez de « Ma petite boîte à anomalies » ? Où on pouvait penser que les prix à la Bourse… enfin… il y a parfois un petit peu plus que l’offre et la demande, si vous voyez ce que je veux dire… des petits coups de pouce, quoi ! Dans l’intérêt général, bien entendu.

Enfin bon, il y a sûrement une explication beaucoup plus simple. Et l’un d’entre vous va sûrement nous la donner.

L’info se trouve ici, c’est à propos de la clôture à New York avant-hier.

© Nanex

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LE MONDE RÉEL ET LA RAISON

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le Sénat français, à majorité de gauche, a créé dans la nuit de vendredi à samedi une « taxe sur les transactions automatisées », afin de limiter l’essor du « trading haute fréquence », dont je vous rappelle qu’il a fait fuir les êtres humains de la Bourse pour ne laisser en présence que des robots qui s’affrontent dans des duels faisant monter ou baisser le cours des actions sans rapport aucun avec la valeur des sociétés cotées en Bourse.

Selon l’AFP, Philippe Marini (UMP, droite), président de la commission des Finances, a accusé la rapporteure générale du Budget, Nicole Bricq (PS) de « ne pas se placer dans le monde réel », même s’il souscrivait « à l’intention ».

Le Sénat s’est aussi prononcé vendredi soir en faveur d’un plafonnement à 30% de la déductibilité des intérêts d’emprunts pour les entreprises qui paient l’impôt sur les sociétés.

Selon l’AFP, la ministre du Budget Valérie Pécresse a jugé que cela « part d’une bonne intention », mais que le gouvernement n’était pas favorable. Philippe Marini a jugé que cette modification n’était « pas raisonnable ».

Le Sénat a également voté vendredi soir un dispositif pour limiter les opérations de LBO (leveraged buyout, rachat d’une entreprise à crédit par l’endettement), une des plus belles recettes pour un désastre mises au point par la finance créative.

« J’ai bien noté qu’il y a avait des abus », a expliqué, selon l’AFP, Valérie Pécresse, qui s’est cependant dite défavorable à cet amendement.

Les nouvelles de la nuit doivent être lues comme un complément illustratif à mon ouvrage « Comment la vérité et la réalité furent inventées » (Gallimard 2009).

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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FRANCE CULTURE, Place de la Toile, samedi 10 septembre 2011 à 18h10

Le podcast est déjà en ligne !

J’ai été l’invité de Place de la Toile, autour des ordinateurs et de la crise financière. Les ordinateurs dans la crise : blâmer des algorithmes plutôt que des hommes ? mais aussi la crise vue depuis les ordinateurs.

Nous avons évoqué à la fois Le capitalisme à l’agonie (Fayard 2011) et La guerre civile numérique (Textuel 2011).

La simulation des marchés boursiers dont je parle se trouve ici.

Romain Vitorge a pris la peine de transcrire l’émission. La voici.

Xavier de la Porte – Paul Jorion La catastrophe au long cours que nous vivons a au moins un mérite, un mérite qui nous intéresse directement dans Place de la Toile, c’est faire émerger la place prépondérante en tout cas très importante qu’a pris l’informatique dans les transactions financières, alors, algorithme incontrôlable, High Frequency Trading, les traders qui donnent l’impression de se comporter face à leur écran comme devant un jeu vidéo, on lit et on entends ça et là des choses à faire frémir les plus technophiles d’entre nous, qu’en est-il, quelle est l’histoire de ce rapport entre l’informatique et la finance, quelles sont les conséquences de tout cela, sont-elles forcément négatives, c’est une discussion, bonjour Paul Jorion

Paul Jorion Bonjour

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MARIANNE, « Paul Jorion annonce la crise suivante, celle des dark pools », par Laurent Pinsolle

Un compte-rendu – qui s’annonce en deux parties – de Le capitalisme à l’agonie (Fayard 2011). J’allais écrire « une critique », mais le mot aurait été trop fort : « Paul Jorion annonce la crise suivante, celle des dark pools ».

Je signale un petit malentendu :

Paul Jorion souligne que [les dark pools et le High Frequency Trading] permettent le « front running », système où une banque place un ordre d’achat en son compte juste avant l’exécution de l’ordre important d’un client, qui fait donc monter les cours, pour lui « une variété du délit d’initié ».

Non : comme je l’explique dans le livre, les dark pools ont été précisément introduits pour rendre le « front running » impossible.

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La manipulation du cours des actions

Le site Nanex nous offre ces très belles images de manipulation du cours des actions sur les marchés boursiers américains.

On pourrait imaginer que l’on n’ait pas affaire ici à du High Frequency Trading opéré par des ordinateurs suivant les commandements d’un algorithme, qu’on ait affaire par exemple à des êtres humains très bien synchronisés, comme ceux, par exemple, que l’on a vu à l’ouverture des derniers Jeux Olympiques en Chine, mais quand on lit que 15 000 offres d’achat distinctes ont lieu en 11 secondes, le doute se dissipe : ce sont bien des machines qui font ça.

Notez qu’on ne voit pas sur ces images d’offres de vente, uniquement des offres d’achat. Autant pour la légende urbaine qui veut que le High Frequency Trading procurerait à ces marchés de la liquidité.

Notez aussi, qu’en proposant ainsi d’acheter pour annuler cette offre aussitôt, on peut faire varier le cours de 10 %. Autant pour la légende urbaine qui veut que les cours sur les marchés boursiers sont encore déterminés par l’offre et la demande et reflètent une « vérité » des prix. Ou pour celle qui veut que les marchés boursiers ne sont pas entièrement corrompus par la fraude… Ceci dit, vous serez d’accord, c’est très joli !

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