ANNIE LE BRUN SUR LE MONDE, ET SUR LA VIE EN GÉNÉRAL

Asami Sato m’avait interviewé pour son site Yellowcultureclub, elle interviewe ici Annie Le Brun.

Il y a quelques mois à peine, je ne connaissais pas Annie Le Brun. C’est difficile à croire aujourd’hui car elle a fait en sorte que, de la meilleure manière qui soit, nous nous connaissions ; j’en ai parlé ici. Elle ne m’en voudra pas de révéler ici que si nous tentions avant le 25 février de changer le monde séparément, nous le faisons désormais ensemble (le monde n’a qu’à bien se tenir et… il en tremble le bougre !)

Fukushima, l’argent, les enfants, Facebook, la marchandise, le sport…

 

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L’actualité de la crise : TOUT FOUT LE CAMP ! par François Leclerc

Billet invité

Comme l’a rappelé Paul Jorion en mentionnant ses articles de l’époque, l’affaire du Libor trainait depuis des années, mais l’abcès vient finalement de crever avec la mise en cause officielle de la banque Barclays. Dans son papier du Financial Times, Gillian Tett rappelle comment elle avait commencé il y a cinq ans à poser des questions à ce sujet et suscité alors les réactions furieuses de la British Bankers’ Association (BBA) et de… Barclays.

La question est désormais posée de savoir jusqu’où cette nouvelle affaire va aller, si l’on ne s’en tient pas aux déclarations outrées de circonstance qui rivalisent d’indignation, dans l’attente d’une audition parlementaire de Bob Diamond, le patron de Barclays. George Osborne, le chancelier de l’Échiquier (ministre des finances anglais) donne le ton en déclarant que « la cupidité a été élevée au dessus de toute autre considération » et Ed Miliband, le leader travailliste, que « lorsque les gens ordinaires ne respectent pas la loi, ils doivent faire face à des poursuites et encourent des peines ». Ken Clarke, le ministre de la justice, vient d’annoncer que « des investigations doivent bien sûr encore être menées, mais une fois que ces enquêtes seront terminées, si des délits ont été commis, leurs auteurs devront être traduits en justice ». Il a poursuivi en déclarant : « Nous ne traitons pas comme il le convient les délits financiers au plan judiciaire dans ce pays. Je pense qu’il est plus facile de s’en tirer quand on commet un délit financier que pratiquement n’importe quel autre délit ».

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UN MONDE MEILLEUR N’APPARAÎTRA PAS DE LUI-MÊME, par AncestraL

Billet invité.

Nous vivons quelque chose « d’historique » (mais tout ne l’est-il pas, finalement, pour l’orgueilleux Occident ?) Tout s’effondre – et tous ici, qui sommes à lire ce blog, à débattre de cette Grande Perdition, nous ne pouvons – nous le croyons – que regarder, que constater cet effondrement, comme Néron regardant l’Empire brûler (Rome avait-elle tant d’importance que cela ?). Nous voyons donc tout s’effriter, se désagréger, s’effondrer… C’est le Spectacle. In Girum Imus Nocte et Consumimur Igni. Notre communauté de lecteurs du blog de M. Jorion observe, regarde, spécule, brasse l’air finalement au sujet de quelque chose qui s’effondre sous ses yeux (l’Impermanence finalement) sur lequel il n’a pas de pouvoir… Voilà notre plus grande activité, ici du moins et de la manière synthétique que je suis en capacité de concevoir. Pourtant, M. Jorion (et M. Leclerc) s’avère être un hétérodoxe en mesure de nous inspirer à aller plus loin. Mais nous continuons de gloser alors que M. Jorion attend que l’on franchisse le pas fatidique.

Quand j’étais petit, je rêvais de faire de nombreuses choses (cela n’a fait depuis qu’augmenter, en réalité). Adolescent, je fis quelque chose qui me plaisait : des études qui coûtaient de l’argent à une famille pauvre (quel luxe !) soit des études d’arts appliqués, puis continuant sur ma lancée rêveuse, des études d’arts plastiques, rêvant d’obtenir le diplôme, le concours, le sésame afin d’enseigner les arts… Quelle chance ai-je eu !! Mais la cruauté de la réalité, à laquelle je suis sans cesse confronté m’a rapidement rappelé qu’il me fallait payé mes factures, car je n’ai pas gagné le sésame tant espéré.

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LES ÉDITIONS DU CROQUANT : coopérative

Les grands éditeurs font un très bon boulot et je serais le dernier à me plaindre de la manière dont me traitent mes éditeurs Fayard et Gallimard, mais le nouvel auteur, la témérité, l’enthousiasme au service d’une cause, le contre-courant, la publication sur un coup-de-cœur, c’est au niveau des petites maisons d’édition qu’on les trouvera plus souvent.

Les éditions du Croquant qui ont republié mon La crise du capitalisme américain en 2009, ont publié Le prix en 2010, ont republié Les pêcheurs d’Houat il y a quelques jours, et s’apprêtent à republier Principes des systèmes intelligents, sont une petite maison d’édition. Mieux que cela : une maison d’édition coopérative.

Les livres que publient les éditions du Croquant ont pour titre : Enclaves nomades. Habitat et travail mobile, Les damnés de la caisse. Grève dans un hypermarché, Comment on expulse. Responsabilités en miettes, etc. C’est là le genre de livres qui intéressent les lecteurs du Blog de Paul Jorion, mais ce ne sont pas des best-sellers : ils se vendent sur un nombre considérable d’années.

Et cela pose le problème de la gestion des stocks, qui coûte très cher, en particulier si l’on veut continuer à sortir de nouveaux titres. De ce point de vue-là, une coopérative est en général sous-capitalisée, et c’est le cas en particulier des éditions du Croquant qui, pour survivre, doivent renforcer leurs fonds propres.

Mis à part acheter les titres qu’elle publie, il y a d’autres moyens de soutenir une maison d’édition coopérative : devenir sociétaire en souscrivant des parts sociales, ou créer un compte associé rémunéré 2,5%. Il suffit pour cela de remplir un formulaire et d’avancer les fonds. À partir de là, les éditions du Croquant, ce sera vous !

Alain Oriot, fondateur des éditions du Croquant, attend vos appels (samedi et dimanche compris).

• 06 42 38 66 00 • alain.oriot@wanadoo.fr • Éditions du Croquant • Broissieux • 73340 Bellecombe-en-Bauges

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LA MANIPULATION DU LIBOR

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

The English version of this post can be found here.

Ce matin, dans ma vidéo du vendredi, je disais que quand un pirate (Rupert Murdoch) est en affaires avec un naufrageur (la City de Londres), cela donne une certaine fragilité au système tout entier. J’ajoutais : du moins quand le peuple, qui observe tout cela de loin, atteint un certain degré d’écœurement.

On parle de l’affaire du LIBOR depuis quelques jours, en raison de l’amende de 290 millions de livres (359 millions d’euros) infligée à la banque britannique Barclays avant-hier. Ma réaction jusqu’ici s’était limitée à renvoyer aux deux billets que j’avais rédigés en 2008 au moment où l’affaire avait éclaté : « L’affaire du LIBOR », publié le 17 avril et « LIBOR II ou mauvaise nouvelle pour les subprimes », publié le 20 avril.

Preuve qu’il y a progrès dans l’appréciation des faits précisément du côté du peuple, encore appelé « opinion publique », le fait que ce qui n’avait provoqué qu’un froncement de sourcils au printemps 2008 fait trembler aujourd’hui sur ses bases la City elle-même.

Résumé des faits à l’intention de ceux qui n’entendent pas relire mes deux billets : le LIBOR à différentes maturités (= échéances de 3 mois, 6 mois, 1 an, etc.) est le taux interbancaire (celui auquel les banques se prêtent entre elles) en dollars pratiqué à Londres. Il est déterminé de la manière suivante : on demande à 16 banques de la City de dire quel taux ont exigé d’elles les établissements financiers auxquels elles ont emprunté le jour boursier précédent. Pour éviter que le chiffre ne soit influencé par des tricheurs, la British Bankers’ Association (BBA) classe les chiffres cités du plus faible au plus élevé, ignore les quatre valeurs les plus élevées et les quatre les plus faibles et fait la moyenne des huit du milieu.

Comme je le disais dans mon premier billet : « à la limite [le système] peut s’accommoder de 50 % de menteurs tout en restant fiable. Evidemment… si plus personne ne fait plus confiance à personne, tout le monde aura intérêt à mentir et les taux LIBOR publiés ne voudront plus rien dire ».

Une information publiée dans le Wall Street Journal le 19 avril me conduisait à conclure dans le second billet : « C’est donc clair : ils mentaient tous ».

Pourquoi une banque voudrait-elle tricher ? Parce qu’elle a tout intérêt à tricher, et bien pire que cela, pratiquement tout le monde, et le peuple en particulier, a intérêt à ce qu’elles trichent.

Pourquoi une banque a-t-elle intérêt à mentir quand on lui demande quel est le taux que les autres établissements financiers exigent d’elle pour lui prêter ? Parce que sa vie en dépend : si elle ne ment pas, sa vie peut être en danger. Lui poser cette question est-il alors le meilleur moyen d’obtenir une information vraie ? Non bien entendu, tout au contraire : c’est le meilleur moyen d’obtenir une information fausse.

Dans le taux qui est exigé d’une banque pour lui prêter est comprise la prime de risque que le prêteur juge nécessaire d’inclure pour se protéger contre le risque de non-remboursement. Ce qui fait que quand une banque répond honnêtement à la question qui lui est posée des taux qu’on lui consent, elle est obligée de révéler la mauvaise opinion qu’ont d’elle ses consœurs . C’est la raison pour laquelle je mentionnais dans le second billet en 2008 un ami qui se demandait : « Pourquoi les banques ne communiquent-elles pas plutôt le taux qu’elles exigent des autres, plutôt que celui qu’on leur consent ? ».

Si une banque est en difficulté, elle a intérêt à le cacher parce qu’aussitôt le danger perçu, ses rivales vont parier sur sa perte. Pourquoi ? Parce qu’en finance on ne fait pas de cadeaux : s’il y a de l’argent à gagner, on cherchera à le gagner. On le fera par le biais de positions nues sur des Credit-default Swaps (CDS) : on pariera sur la chute de celle qui faiblit. On n’est pas là pour faire du sentiment.

Dans une situation de crise, chaque banque citera du coup pour le taux qu’on exige d’elle, un chiffre plus faible que le chiffre réel : chacune prétendra que les autres lui prêtent à un taux réduit parce que tout le monde lui fait confiance. J’écrivais dans « LIBOR II ou mauvaise nouvelle pour les subprimes » :

« … en biaisant le chiffre, chacun cherche à cacher la difficulté qu’il a à obtenir en ce moment du financement, c’est-à-dire, cherche à cacher sa précarité actuelle. »

Il n’est donc pas même nécessaire que les banques s’entendent pour cacher les vrais chiffres : il est de l’intérêt de chacune de trafiquer les chiffres à la baisse.

La question qui se pose maintenant : était-ce gênant pour le système financier dans son ensemble que chaque banque triche à la baisse quant aux taux que les autres exigent d’elle ?

La réponse est non, bien au contraire, et j’expliquerai maintenant pourquoi.

En minimisant le montant du taux exigé d’elle pour qu’on lui prête, chaque banque contribuait à offrir une image plus positive d’elle-même que justifié, et du marché des capitaux dans son ensemble une représentation beaucoup plus apaisée que ce n’était véritablement le cas. Et comme un nombre considérable de prêts étaient indexés sur le LIBOR, les emprunteurs concernés en bénéficiaient. Autrement dit, chacun tirait avantage du fait que les mensonges des uns et des autres contribuaient à offrir une image beaucoup plus positive de la situation que ce que les circonstances laissaient en réalité entrevoir.

J’écrivais en 2008 dans mon second billet consacré au LIBOR :

« C’est sur ce LIBOR 6 mois qu’est indexé aux États–Unis le taux des prêts hypothécaires « 2/28 ARM », plus connus sous le nom de subprime. »

Tant qu’un LIBOR « irréaliste » à la baisse prévalait, les effets de la crise étaient donc amoindris.

Quand les autorités mirent les banques en demeure de dire la vérité : de révéler le véritable taux auquel leurs consœurs leur prêtaient, le LIBOR 6 mois gagna immédiatement 0,33 %, ce qui n’arrangea absolument personne et, au contraire, tendit encore davantage la situation.

Ce qui signifie que, paradoxalement peut-être, en mentant effrontément, les établissements financiers participaient au sauvetage du système dans son ensemble. Non pas que cela soit leur véritable objectif : il ne s’agissait là que d’un bénéfice accidentel. On était après tout en finance : pas entre intellectuels ou entre geeks, mais entre marchands, ce qui voulait dire que si l’on ne comprenait pas comment cela marchait, mais que l’on pouvait deviner que cela pourrait rapporter, on ne réfléchissait pas davantage et l’on passait outre allègrement !

Maintenant  les autorités ont réagi, et Barclays a été la première disposée à payer. Mais, comme je l’expliquais déjà en avril 2008, en réalité sur les 16 : « ils mentaient tous », et ce n’est donc pas terminé.

Ceci dit, en maintenant les taux LIBOR artificiellement bas, les mensonges des banques ont contribué sur un plan global à amortir les effets de la crise et, sur un plan individuel, ont minimisé le risque pour chacune d’elle de devenir la proie de spéculateurs charognards disposés à précipiter leur chute.

Il aurait mieux valu donc pour les régulateurs, dans ce cas-ci (ce n’est pas la politique générale que je préconise !), fermer les yeux, puisque la « main invisible » d’Adam Smith s’était – une fois n’est pas coutume – véritablement manifestée : en recherchant son simple intérêt égoïste, chacune des banques avait involontairement contribué au bien général.

Mais le peuple / opinion publique étant désormais sur le qui-vive, il fallait faire un exemple et la Barclays étant la première disposée à être châtiée, ce seraient ses 359 millions d’euros d’amende qui feraient la une des journaux.

Pourquoi une amende plutôt qu’un autre type de sanction ? Parce que l’argent est ce qui aux banques coûte le moins : d’abord parce qu’elles en font beaucoup et que ce qui peut sembler au public des sommes considérables est souvent de la roupie de sansonnet en ce qui les concerne, ayant toujours le loisir de répercuter sur leurs clients ou sur leurs investisseurs leurs pertes éventuelles, ensuite du fait que les banques ne sont désormais pas seulement Too Big To Fail, trop grosses pour qu’on puisse s’offrir le luxe de les laisser faire défaut, mais aussi Too Big To Be Interrupted : trop grosses pour qu’on puisse leur interdire les activités où elles se sont conduites ignominieusement, enfin du fait que les milieux financiers ayant monnayé leur soutien dans les campagnes électorales contre une décriminalisation des délits financiers, cela fait belle lurette qu’on n’arrête plus les banquiers pour leurs crimes : au pire, on leur tape sur les doigts, ainsi M. Diamond, P-DG. de Barclays – ayant touché 15 millions de livres (18,6 millions d’euros) de rémunération en 2011 – a affirmé qu’il renoncerait en raison des événements à son bonus pour 2012. Le peuple, sidéré par tant de générosité de sa part, s’est immédiatement prosterné pour remercier les dieux, quant aux régulateurs, leur inaction démontre qu’ils se sont eux convaincus que son remords le punissait déjà suffisamment.

Ah, oui ! pour terminer, juste une petite remarque. Vous vous souvenez de l’article sur les maîtres du monde, par Stefano Battiston et ses collègues, où l’on explique que le monde appartient à 147 compagnies aux intérêts entremêlés ? Dans la liste des 50 premières, devinez où l’on trouve Barclays ? Ah, vous êtes vraiment très fort : oui, c’est bien le N° 1 ! (voir ici : page 33).

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise : RÉMISSION, par François Leclerc

Billet invité.

L’alerte rouge est passée, la vieille tradition des négociations européennes au finish a été respectée, mais ce n’est qu’une rémission. Des mesures destinées à calmer le jeu ont été finalement décidées dans la nuit par le Conseil européen de Bruxelles.

Voilà le résumé des décisions connues. Les fonds de stabilisation financière (FESF et MES) vont pouvoir renflouer directement les banques, après accord de la BCE, ainsi qu’acheter de la dette publique afin de détendre le marché, sans qu’une Troïka redoutée et honnie n’intervienne dans les pays qui demanderont à bénéficier de ces aides. Des formes vont être trouvées pour appliquer la même politique. Le plan de croissance cosmétique de Rome a été adopté et les Européens vont confier à la BCE la supervision du système bancaire de la zone euro. Enfin, les prêts du futur Mécanisme Européen de Stabilité (MES) n’auront plus la priorité de remboursement sur les créances privées, ce que les marchés se sont également dépêchés de saluer sur les places boursières et le marché obligataire.

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L’INSOLVABILITÉ M’A TUÉ, par Michel Leis

Billet invité

Dans la nouvelle réunion qui vient de s’ouvrir à Bruxelles, l’attention des participants va une fois de plus osciller entre la situation des banques et celle des États, dans ce mouvement de pendule si bien décrit par le maître des lieux dans une de ses dernières chroniques du « temps qu’il fait ». Comme beaucoup l’ont souligné ici, les déclarations d’intention sont nombreuses pour solutionner les problèmes structurels. Le surcroît d’intégration européenne à la cote, mais les délais de mise en œuvre sont longs. Dans l’intervalle, le conjoncturel va dominer les travaux pratiques.

L’Espagne aurait souhaité que l’on traite l’insolvabilité des banques sans mouiller les États (déjà refusé), l’Allemagne voudrait que l’on s’occupe de celle des États, et la France voudrait que l’on saupoudre un peu de croissance en espérant résorber une partie des déficits par la relance de l’activité. Les maux structurels ne sont finalement pris en compte qu’à la marge, sauf peut-être dans l’approche allemande qui a pourtant deux inconvénients majeurs. Tout d’abord, le volet économique n’est pas transposable tel quel, comme je l’évoquais dans un précédent billet ; ensuite, la réduction des déficits de l’État passe par de nouvelles contraintes qui pèsent sur le budget des ménages.

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FAUT-IL ARRÊTER LE BLOG ?

Le Blog de Paul Jorion, né le 28 février 2007, a aujourd’hui cinq ans et quelques mois.

C’est long pour une entreprise qui exige une veille sept jours sur sept et (presque) vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Oui, bien sûr, il y a certainement d’autres manières de conduire un blog, mais celui-ci s’est voulu dès le départ un observatoire et il est arrivé souvent au cours de ces cinq années que nous soyons pratiquement les seuls dans le monde francophone à relayer certaines informations quand elles tombaient le samedi ou le dimanche et que les autres étaient à la pêche à la ligne. Je ne parle même pas de l’interprétation de événements pour laquelle nous avons souvent été longtemps seuls à proposer celle qui serait ensuite confirmée par les faits.

Le but du blog au moment où je l’ai créé était d’alerter devant la montée des périls. Les circonstances avaient voulu que je travaille dans le secteur du crédit hypothécaire américain au moment où la crise prenait son envol, j’étais le témoin d’événements qui me paraissaient porteurs d’immenses bouleversements et c’était un devoir pour moi de témoigner.

Depuis, mes avertissements n’ont pas été entendus ou, s’ils l’ont été, ce ne fut en aucune manière de ceux qui étaient à la tête des affaires en 2007 et qui, étonnamment, y sont toujours. Je dis « étonnamment » parce qu’il est prouvé par là que l’échec a cessé d’être sanctionné dans le monde où nous vivons. On peut parler à ce propos d’« oligarchie », et certains ne s’en privent pas, mais le mot n’arrive pas à trouver sa place dans ma boîte à outils. Ce qu’on explique de cette manière-là me semble s’expliquer de manière beaucoup plus convaincante par les effets d’une religion inventée dans les années 1870 dont l’objet est l’adoration d’un système économique bancal appelé « capitalisme » et dont le discours d’autojustification blindé contre le démenti par les faits, s’appelle lui « science économique ». Si les faits semblent ridiculiser le dogme de cette religion, la réplique qu’elle offre est imparable : soit les hommes ne sont pas suffisamment rationnels et il est impératif qu’ils s’abstiennent du péché d’irrationalité, soit le Grand Satan appelé « l’État » a interféré avec la sagesse infinie des marchés qui assurent la plus grande gloire du dieu « capitalisme » et il faut réduire toujours davantage ses pouvoirs.

Si l’on témoigne en criant « casse-cou » sans relâche et que l’on n’est pas écouté, que se passe-t-il alors ? Cassandre se transforme en Jérémie. Et si Cassandre peut être admirée a posteriori pour la justesse de ses vues, aussi inconfortables soient-elles, les jérémiades de Jérémie, faites d’interminables descriptions morbides de ce qui est en train de se passer, et que tout un chacun peut tout aussi bien observer par soi-même, finissent par lasser.

Ce qui pourrait nous encourager à ignorer ces considérations décourageantes, ce serait l’audience impressionnante du Blog de Paul Jorion, confirmation apparente d’un besoin de lire ce qui s’écrit ici. L’(anti-)corrélation du chiffre du CAC 40 avec le nombre de visiteurs du blog est cependant si évidente qu’elle en devient comique et suggère que c’est l’inquiétude des investisseurs à la petite semaine qui fait le succès du blog alors qu’ils constituent la part de la population la moins susceptible de prêter attention aux conclusions de nos discussions entre blogueurs et commentateurs sur ce qu’il faudrait impérativement changer dans nos institutions, non pas même pour améliorer le monde où nous vivons mais plus banalement pour le sauver de sa destruction pure et simple, que notre espèce s’ingénie pourtant à orchestrer.

La capacité à l’autocritique étant la vertu la moins bien partagée au monde, il est normal qu’elle se trouve pleinement représentée ici. Mais que faire ? Saborder le blog ? Parce qu’il ne suffit pas de reprocher aux autres d’ignorer le démenti par les faits ou de négliger la sanction par l’échec, si l’on entend faire la même chose quant à soi.

J’en suis là de ma réflexion depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Je ne me ferme pas pour autant aux messages que le monde nous adresse. Aussi quand je retrouve (même si c’est « enfin ! ») la teneur des avertissements de mon livre annonciateur de la crise (La crise du capitalisme américain – 2007, terminé d’être écrit en 2005) dans un rapport de l’OCDE ici, dans une petite phrase là de Mervyn King à la tête de la Banque d’Angleterre, dans le nouvel angle d’attaque de Joseph Stiglitz là encore, je me dis que le temps de réponse nécessaire aux choses qui nous préoccupent est peut-être en effet de cinq ans, et que l’impatience des individus ne représente aux yeux de l’histoire qu’un obstacle de plus pour que le nouveau puisse advenir là où il est attendu et espéré par le plus grand nombre.

Un mail reçu hier, qui suggère lui que mes propos considérés comme « ahurissants » il y a deux mois à peine sont déjà dans l’air du temps ou, hier encore, le relevé du chiffre des ventes de mes cinq livres consacrés à la crise, montrant que chacun a fait mieux, voire beaucoup mieux, que le précédent, sont autant d’informations allant dans le même sens et se renforçant l’une l’autre.

Alors, le sept jours sur sept, le (presque) vingt-quatre heures sur vingt-quatre, n’est sans doute qu’un prix minime à payer. Haut les coeurs ! On continue !

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L’actualité de la crise : AVOIR RAISON ET TORT À LA FOIS, par François Leclerc

Billet invité

Pour comprendre la poursuite lancinante de la crise dans sa version européenne, les oppositions entre intérêts nationaux sont appelés à la rescousse. Cela permet de se retrouver dans un monde connu et de ce point de vue rassurant. Sauf que cela n’explique pas les phénomènes d’une autre nature dont nous observons les effets déconcertants : le moteur principal de la crise reste financier, même si celle-ci s’est étendue pour devenir également économique, puis sociale et politique. Politique, elle l’est en réalité partout, mais de manière plus ou moins aiguë ou larvée.

Que veulent donc les Allemands, se demandent ceux qui privilégient cette grille d’analyse ? Ils ne donnent que deux réponses contradictoires : que ceux-ci veulent dominer l’Europe ou, alternativement, qu’ils sont suicidaires et concourent à leur propre perte. Une déclinaison s’appuie sur la naissance programmée de l’euromark vers laquelle nous nous dirigerions. Pourtant, la seule réponse possible est que le gouvernement allemand a raison et tort à la fois.

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