LES ÉDITIONS DU CROQUANT : coopérative

Les grands éditeurs font un très bon boulot et je serais le dernier à me plaindre de la manière dont me traitent mes éditeurs Fayard et Gallimard, mais le nouvel auteur, la témérité, l’enthousiasme au service d’une cause, le contre-courant, la publication sur un coup-de-cœur, c’est au niveau des petites maisons d’édition qu’on les trouvera plus souvent.

Les éditions du Croquant qui ont republié mon La crise du capitalisme américain en 2009, ont publié Le prix en 2010, ont republié Les pêcheurs d’Houat il y a quelques jours, et s’apprêtent à republier Principes des systèmes intelligents, sont une petite maison d’édition. Mieux que cela : une maison d’édition coopérative.

Les livres que publient les éditions du Croquant ont pour titre : Enclaves nomades. Habitat et travail mobile, Les damnés de la caisse. Grève dans un hypermarché, Comment on expulse. Responsabilités en miettes, etc. C’est là le genre de livres qui intéressent les lecteurs du Blog de Paul Jorion, mais ce ne sont pas des best-sellers : ils se vendent sur un nombre considérable d’années.

Et cela pose le problème de la gestion des stocks, qui coûte très cher, en particulier si l’on veut continuer à sortir de nouveaux titres. De ce point de vue-là, une coopérative est en général sous-capitalisée, et c’est le cas en particulier des éditions du Croquant qui, pour survivre, doivent renforcer leurs fonds propres.

Mis à part acheter les titres qu’elle publie, il y a d’autres moyens de soutenir une maison d’édition coopérative : devenir sociétaire en souscrivant des parts sociales, ou créer un compte associé rémunéré 2,5%. Il suffit pour cela de remplir un formulaire et d’avancer les fonds. À partir de là, les éditions du Croquant, ce sera vous !

Alain Oriot, fondateur des éditions du Croquant, attend vos appels (samedi et dimanche compris).

• 06 42 38 66 00 • alain.oriot@wanadoo.fr • Éditions du Croquant • Broissieux • 73340 Bellecombe-en-Bauges

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43 réflexions sur « LES ÉDITIONS DU CROQUANT : coopérative »

  1. http://atheles.org/editionsducroquant/

    Les Éditions du croquant sont une maison d’édition indépendante.
    S’inscrivant dans une démarche critique des mécanismes de domination, les Éditions du Croquant publient des ouvrages de chercheurs en sciences humaines en étroite collaboration avec l’association Raisons d’agir et le réseau scientifique TERRA, des témoignages d’expériences sociales innovantes et des travaux de collectifs du mouvement social.

    Constatant la concentration croissante du monde de l’édition, et sa dépendance des grands groupes financiers, ils ont choisi d’être autonomes et de garantir cette autonomie par un statut juridique de coopérative.
    http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89ditions_du_Croquant

  2. J’aimerais également partager ce lien: http://www.lesmutins.org/
    Société de production cinéma à petit budget et surtout à participation citoyenne… les thèmes mis en images se rapprochent de ceux qui nous préoccupent souvent ici !

    J’attends avec impatience la sortie du film “Howard Zinn” en cours de réalisation . vous pouvez , si vous le souhaitez , contribuer (même modestement) à son financement …

  3. Je dois dire que j’ai connu Paul Jorion en rendant visite, dans le cadre de mon travail, au service achats de Hachette Livre et que j’ai pu consulter pendant quelques minutes son ouvrage (l’Implosion) publié chez Fayard (marque de Hachette Livre) que j’ai, dans la foulée, acheté dans une librairie parisienne.
    J’ai connu ensuite les autres titres et le blog.
    De là, j’ai connu les autres titres et acheté des livres directement aux éditions du Croquant, dont je suis devenu actionnaire plusieurs mois plus tard, étant intellectuellment curieux du statut de coopérative et très connaisseur des méandres de l’édition.
    Je donne à tous le conseil d’acheter les livres des éditeurs artisanaux aux éditeurs directement, à moins d’avoir à portée de main un vrai libraire, et d’acheter les livres des éditeurs industriels aux libraires qui peuvent les fournir dans de bonnes conditions de service, le prix étant toujours le même (loi Lang) sachant que les 5 % de remise sont peu de choses par rapport à la nécessité de la survie des éditeurs, et des libraires, indépendants.
    Dans les cadeaux que je fais, figurent le vin et les livres, à l’exclusion de toutes les autres marchandises.
    Il convient de considérer les livres, comme les mets (les éléments cuisinés qui rentrent dans la composition d’un repas), avec considération, goût et respect.

  4. Une coopérative d’édition qui publie Paul Jorion “ne peut pas être complètement mauvaise”
    Pour ceux qui seraient tentés par un vrai geste politique ou les timides qui hésiteraient à pousser la porte bien qu’il y ai de la lumière,
    voici le message d’accueil que certains connaissent déjà,de “votre” future coopérative d’édition :

    Bonjour,

    Le monde de l’édition est fortement concentré entre les mains de quelques groupes.
    Il vous est possible d’agir et de résister en soutenant les éditions du Croquant.

    Notre originalité et notre force est celle de notre statut de coopérative où sont associés lecteurs, auteurs et éditeurs, et notre organisation en comités éditoriaux qui garantissent l’indépendance de notre ligne éditoriale.
    En une dizaine d’années d’existence, notre maison a publié plus d’une centaine d’ouvrages permettant de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons, et a acquis une reconnaissance dans le monde des sciences humaines.

    Pour assurer notre pérennité, nous devons renforcer nos fonds propres pour faire face à l’augmentation du coût des stocks.
    Vous pouvez apporter votre soutien en achetant et en faisant connaître autour de vous nos publications :
    http://www.editionsducroquant.org ou http://www.atheles.org/editionsducroquant

    Vous pouvez aussi souscrire des parts sociales et devenir associé de la coopérative.
    Si 300 personnes veulent bien investir 300 €, notre édition pourra continuer sereinement.

    Nous nous tenons à votre disposition pour toutes vos questions et informations : n’hésitez pas à nous solliciter.
    Alain Oriot • 06 42 38 66 00 • alain.oriot@wanadoo.fr • Éditions du Croquant • Broissieux • 73340 Bellecombe-en-Bauges

  5. A propos de :

    devenir sociétaire en souscrivant des parts sociales

    j’ai écrit à ma banque qui est une banque mutualiste pour leur demander si ils avaient un petit prospectus ou dépliant expliquant précisement ce qu’était une part sociale et surtout qu’elles pouvaient être les risques et diverses implications juridiques en cas de faillite de la banque pour le détenteur de ces parts.
    ils ne m’ont même pas répondu
    Y a t’il un juriste sur le blog? spécialisé dans ce domaine?

    Sinon le principe m’intéresse beaucoup et s’investir ainsi donne du sens a ce que l’on fait de son argent.

    1. En cas de faillite d’une entreprise dont vous détenez des actions ou des parts sociales, vos actions ou vos parts sociales ne vaudront plus rien et vous ne serez pas engagé au-delà sauf si vous avez donné des cautions pour des prêts bancaires ou autres types d’engagement.
      D’un autre côté, il paraît inconcevable à un banquier que la banque qui l’emploie fasse faillite ; c’est un sort généralement réservé aux clients de la banque.
      Du reste, même si vous n’êtes pas actionnaire de la banque et que celle-ci fait faillite (hypothèse absolument virtuelle), la reconnaissance de dette que constitue votre relevé de compte n’aura plus que sa valeur de vieux papier.

    2. @Laurent Tirel

      Vous trouverez, je pense, toutes les informations relatives à ces parts sur le site internet de votre banque.
      L’émission de parts sociales d’établissements financiers à destination des particuliers (ou autres investisseurs dits « non qualifiés ») est soumise à un agrément de l’AMF. Il existe nécessairement un « prospectus AMF », document juridique qui stipule toutes les caractéristiques du titre. Vous devriez donc y trouver réponses à vos questions.

      Concernant le client souscripteur, le risque juridique est nul. Les deux principaux points d’attention sont le risque de liquidité et celui de perte en capital en cas de faillite.

      La liquidité, qui consiste à permettre au souscripteur de récupérer ses billes sur demande, est généralement organisée par l’établissement émetteur qui lui rembourse ses parts au prix de souscription (le cours de vente d’une action de banque cotée dépend lui du marché). Le risque étant qu’en cas de stress l’établissement ne puisse lui assurer ce remboursement dans un délai raisonnable.
      Et si le stress perdure jusqu’à la faillite, le détenteur de parts sociales est (grosso modo) logé à la même enseigne qu’un actionnaire d’une banque cotée : il ne sera indemnisé que s’il reste quelque chose après remboursement les dettes de l’établissement par la cession de ses actifs.

      La part sociale est présentée comme garantie en capital par l’établissement émetteur, au même titre que votre épargne bilancielle (livret d’état, compte sur livret, compte à terme…). Ce qui est tout à fait exact dans le texte.
      Sauf qu’en cas de faillite, l’épargne financière d’un client représente une dette pour l’établissement financier. Elle sera donc restituée en priorité au client par le liquidateur. Ce dernier verra s’il restera assez d’haricots pour indemniser tout ou partie les détenteurs de parts sociales.

      La question du moment est plutôt de s’interroger si en cas de faillite bancaire, la cession d’actifs fortement décôtés (créance douteuses en tout genre) permetterait de rembourser tout ou partie des dettes, dont font partie vos comptes bancaires…

      Mais pas d’inquiétude ! Y’a le FESF & le MES :O))))) …

  6. Cht’ite question de la part d’un lecteur du blog qui a découvert Paul Jorion sur Internet et habite loin, très loin de la métropole (en Australie): Pourquoi ne pas systématiquement publier en e-book tous vos livres ? Frais d’édition nuls, frais de port nuls, frais de stockage nuls et livre disponible en permanence…

    1. La formule du e-book n’intéresse pas encore grand-monde. Le capitalisme à l’agonie est sorti en mars de l’année dernière dans les deux formules. Sur le chiffre des ventes en 2011, les ventes e-book représentent 1,47 % du total.

      1. si vous m’indiquez ou je peux le trouver, je vais faire progresser ce chiffre d’un cran 🙂
        je cherche sur Amazon par defaut mais ne l’ai pas trouve.

        En ce qui concerne le livre electronique, j’ai constate que sa simplicite de distribution est un argument majeur. J’etais franchement reticent au debut (respect de la vie privee illustree par l’affaire de “1984” chez Amazon, perte du contact avec le papier…) mais lorsque l’offre s’est etoffee (en anglais essentiellement pour le moment), je m’y suis mis et ai constate avec stupeur que depuis deux ans, je n’ai achete que des livres electroniques (dont “l’argent mode d’emploi”).

        Aussi quand vous parlez d’une maison d’edition alternative, je ne peux m’empecher de penser:pourquoi laisser ce marche a Amazon et ne pas utiliser cette opportunite? L’offre en francais reste maigrichonne donc il y a une niche.

      2. alors pour ceux qui le cherchent en ebook, c’est bien chez amazon entre autres
        http://www.amazon.fr/dp/B005SI72S2

        Mais si je puis me permettre, je pense qu’il y a maldonne sur les causes de votre bide dans ce format. Il faudra encore un peu de temps pour faire decoller l’ebook en France notamment (on lagge toujours de 3-4 ans par rapport aux US sur tous les trucs technologiques),
        et à titre d’exemple, j’achete maintenant quand c’est dispo en epub non protégé plutot qu’en arbres morts et hectolitres, MAIS faut pas pousser les geeks dans les orties non plus : ca fait belle lurette que j’aurai acheté le dit bouquin…s’il n’était pas protégé par des DRM merdiques qui pourrissent massivement la vie du lecteur, aussi bien en france (kindle format) qu’au canada (epub avec drm chez archambault)

        Je comprends bien que ce n’est pas vous qui choisissez de l’éditer en l’état mais tant que les editeurs continueront à se comporter comme de sombres idiots qui punissent leurs lecteurs vus uniquement comme de dangereux “pirates”, ceux-ci se demerderont autrement. Libre à eux de reprendre le train avec 10 ans de retard comme pour la dématerialisation de la musique, on les attendra certainement pas sur le quai…

        pour rappel, un editeur comme Bragelonne qui publie ses livres S-F/Fantasy sans DRM :
        novembre 2010 : Mise a disposition en numerique
        Mai 2011 : 20000 ebooks vendus
        Decembre 20111 : 50000 ebooks vendus
        Avril 2012 : 100000 Ebooks vendus (AVANT qu’ils lancent leur operation speciale 100k )

        Vous la sentez la courbe ? ^^
        apres c’est clair qu’ils vendent pas leurs ebooks 15 ou 20 euros non plus, mais vous voyez quand meme la tendance…

    2. Le livre sans papier, nommé livre électronique ou appelé par le nom d’une des marques qui veulent le promouvoir, est considéré par ses thuriféraires comme l’avenir du livre et par ses détracteurs comme la fin du livre.
      Le débat est donc ouvert et la conciliation sera difficile, voire impossible.
      Les raisons en sont nombreuses mais pour l’essentiel c’est que le livre sans papier est un livre sans libraire, voire sans éditeur. Pour le reste c’est que les transnationales d’origine américaines, dans leur tentative de privatiser Internet à leur profit, considèrent que le livre, comme tous les biens culturels, est un contenu dont la commercialisation peut leur être profitable.
      Pour le moment, les chiffres “officiels” font état pour la France d’une part inférieure à 2 % des ventes, ce que confirme Paul Jorion pour un de ses titres.

      1. 15% déjà aux USA. L’Europe est toujours un peu à la traîne dans la révolution numérique. Les ventes en ligne ont connu la même évolution difficile. Puis une autre raison est le catalogue de titres en français, plus restreint. Sans oublier le prix du lecteur numérique encore très élevé.

    3. Le livre-ersatz oblige le lecteur a être doté d’une machine relayant un flux énergétique – ce qui implique un monde où celle-ci serait partout, et partout à payer encore pour son usage – empêche de corner les pages, de noter en marge, de se repérer spatialement aux hauts et bas de page, pages de droite et pages de gauche, de feuilletter en repérant rapidement l’organisation du texte par une vision synthétique, d’y glisser des petits papiers, ne mémorise pas les tâches de café, de vin, et ne permet pas d’habiller le cul de la BB du Mépris. Mauvaise came.

      1. Notes en marge, signets et feuilleter sont déjà possibles avec un iPad. C’est même plus facile vu qu’on peut y faire des recherches sur des mots-clés.

      2. À propos “des ersatz“, je n’ai pu lire que l’extrait , la brochure m’est inaccessible.

        Quant à l’impossibilité

        de corner les pages, de noter en marge, de se repérer spatialement aux hauts et bas de page, pages de droite et pages de gauche, de feuilletter en repérant rapidement l’organisation du texte par une vision synthétique

        , que pensez-vous de ce logiciel : http://www.calibre-ebook.com/ ?

        P.S : gros lol avec l’habillage de BB 🙂

      3. @Moi, “déjà possible”. La copie s’approche de son modèle, selon le processus d’une approximation indéfinie pour rendre possible ce qui l’est déjà depuis belle lurette, sans machine et avec un matériaux qui vieillit. Le neuf se veut faux-vieux pour se substituer au vrai temps des choses et de leurs usages.

        @Eric. Je ne connais pas “calibre” (.2.0 ?) et m’en désintéresse s’il me permet de faire ce que je peux déjà faire moi-même. Que pensez-vous d’un crayon ? L’Âge de l’ersatz existe en livre.

        Les recherches automatiques d’occurrences et les possibilités d’hypertexte, pour leur vitesse, sont les seuls apports des techniques numériques dans l’histoire de l’édition littéraire, sans parler de la résistance d’une machine à la critique rongeuse des souris, sinon à un renversement de liquide. Elles peuvent être complémentaires des lentes recherches visuelles et manuelles dans les livres déjà lus et dans des bibliothèques réelles, mais elles forgent un tout autre rapport entre la mémoire et le corps du lecteur et n’impliquent pas les même associations d’idées ; même si l’abus de lecture à la bougie, recours en cas de panne du réseau énergétique, est peu recommandé par les ophtalmologues de même que l’abus de celle sur écran, ces abus ne suscitant pas les mêmes effets secondaires.

        Le reste est business et écrasement – erase – du passé, négation du passage. Enfin, prête-t-on un nie-book ?

      4. Oui, sur des points “l’édition numérique” s’inspire de la classique. Vous évoquez qu’il y a des rapports bien établis entre un lecteur et le support de ses lectures, à mon avis c’est là où se trouve le gros des divergences, car le business avec les e-books n’est pas forcément pire et plus prédateur que celui qui se fait avec l’édition en papier.

        Un exemple : là où je suis étudiant, tout le monde a accès à un ordinateur (soit de l’institution, soit le sien) mais aussi à la bibliothèque. Il y a une partie des étudiant-e-s qui préfèrent aller bouquiner dans la biblio, mais la plupart préfèrent les versions électroniques, alors qu’elles ne sont même pas proposées à la biblio : elles proviennent d’Internet (plus ou moins légalement…). Ceci parce que presque tout le temps de lecture (et d’écriture d’ailleurs) est passé sur un ordi : traitement de texte, réseaux “sociaux” et divers sites web, … Même les cours des profs sont en e-book : dans les amphis et les salles, les exposés sont des powerpoints (ou libre office impress et apparentés) et à la fin, le cours est diffusé tel quel (des ppt!!) ou avec des supports en pdf plus élaborés.

        Aussi, la diffusion (distribution?) des livres n’est pas aussi bien organisée (c’est un euphémisme) partout dans le monde : par exemple, j’ai eu la chance de pouvoir lire un livre que m’a offert et envoyé Monsieur Jorion en un “seul clic”, alors que s’il aurait fallu trouver une librairie où on le vend en papier, peut-être que j’aurais dû faire le tour du pays.

        Pour le prêt, je n’ai pas vraiment compris ce que vous voulez dire. S’agit-il du fait que quand quelqu’un me prête un livre, je le reçois avec tout ce qu’il a griffonné à l’intérieur? Si c’est cela, il y a des logiciels qui font déjà cela (calibre, adobe reader, …). Ou bien s’agit-il qu’un prêt est “asymétrique” (asymétrique dans le sens où le prêteur attend que l’emprunteur remet pour retrouver son accès à l’objet prêté) ? Si c’est cela, l’ordinateur permet mieux : le don et de façon “symétrique”; chacun a sa copie à tout moment.

        Mais bon, je suis totalement nul dans les problématiques de l’édition, de mon côté je n’utilise que ce à quoi je peux avoir accès le plus facilement et (pour le moment?) ce sont les e-books qui l’emportent. Peut-être avez-vous un papier qui rentre dans les détails de tout ça? Si oui, je suis preneur … électroniquement 🙂

      5. @Eric, fut un temps, ne serait-il plus ?, certains étudiants et non-étudiants curieux, se procuraient des livres qui provenaient de librairies “plus ou moins légalement”. Les réseaux sociaux étaient des bistrots. Certains profs séduisaient des secrétaires de fac pour… utiliser leurs photocopieuses. Les exposés et les cours oraux obligeaient les auditeurs à être dans la même salle. En bibliothèque, certains passages de certains bouquins se copiaient à la main. Cela faisait mal au poignet, ce qui imprimait la mémoire à la dure et sans disque. J’espère que les bibliothèques estudiantines recèlent encore des documents inaccessibles sur Internet. Sinon autant fermer les facs, sauf pour ceux qui n’y vont que pour trouver un boulot ou “réseauter”. Les librairies dépendaient des règles commerciales et de modes culturelles, mais leurs contenus dépendaient d’un passé qui était moins récent, et parfois du caractère du libraire moins que de l’air du temps. Ces pratiques différaient peu de celles des trois siècles précédents.

        Et cela existe encore, sans que du numérique soit un écran obligatoire. Et encore aujourd’hui, pour se procurer certains documents écrits, il faut voyager. Cela vaut parfois le détour, qu’on n’aurait pas fait sans cette recherche. Il fallait aller au cinéma pour voir cela, de 6 minutes 48 à 8 minutes 18 pour ce qui concerne notre conversation. Pourquoi faudrait-il que les choses viennent à nous ?

        Pour le prêt d’un livre je voulais seulement dire qu’avec le nie-bouqu’ soit vous prêtez votre machine, mais vous vous en servez, soit vous indiquez un lien, alors vous ne prêtez pas non plus. Pas de promesse de rendu de l’objet donc, tenue ou non tenue, et pour un chose choisie prêtée à quelqu’un de choisi : pas de risque de don et de perte. Prêter le support d’une expérience imaginaire, ce n’est pas rien.

      6. Du reste, pour pouvoir préter ou donner, il faut au préalable posséder.
        Ce qui était possible avec le livre papier ne l’est plus avec le livre sans papier dont l’acheteur est tout au plus un locataire.

      7. Très intéressant tout ce débat relatif à la circulation et l’usage de l’écrit à l’heure du numérique.
        Si je résume, il y a d’un coté le le livre (classique ou codex) impliquant des institutions (éditeurs, bibliothèques, librairies, écoles, universités) et de l’autre le numérique véhiculant de l’écrit avec son accessibilité instantanée et possiblement universelle.
        Pour les jeunes générations le mouvement vers le tout numérique s’apparente à une démocratisation de l’accès aux savoirs qui semble être dans l’ordre des choses. Pour les anciennes, la démocratisation de l’écrit se fait au détriment des diverses médiations que la matérialité du livre permettait et qui impliquaient une culturation, une maturation intellectuelle et affective, autour du livre comme institution.

        Avec le numérique l’accès et la circulation des écrits tend à se désaffecter puisque l’autre n’est plus nécessaire. L’écrit se banalise et se neutralise. Sur facebook l’on cite beaucoup, on affiche ses goûts et préférences, on s’affiche mais l’on y mène pas de discussions véritablement conséquentes, c’est le moins que l’on puisse dire. C’est le règne de la brève de comptoir. Toute la culture s’y trouve comme aplatie, ou réduite à un immense kaléidoscope. Mais il est vrai aussi que le bon coté de cette culture kaléidoscopique, en tant qu’elle constitue un milieu neutre, peut être que dans certaines circonstances elle facilite les mobilisations transversales aptes à renverser certains ordres établis, même si l’on a encore rien vu de très décisif jusqu’à présent en ce sens, hormis le cas des révolutions arabes, pour leur déclenchement tout au moins.

        Et je suis d’accord avec schizosophie, difficile de mettre sur le même plan le partage d’un fichier joint et le prêt d’un livre. Le partage du fichier joint n’implique aucun objet transitionnel, sauf dans le cas éventuellement où le prêteur dudit fichier est l’auteur de l’écrit. Un fichier a seulement été cloné. Par contre le livre qu’on a pas rendu, c’est un moment de vie partagé avec le prêteur qui n’a pas encore eu de suite. Il y a d’ailleurs aussi les livres que l’on veut nous prêter et que l’on refuse, parce que l’on sait que probablement on ne les lira pas, ce qui indique bien que le livre appelle des commentaires futurs et que ces commentaires ont leur importance.

        Pour Stiegler cette désaffectation liée au numérique ne serait pas fatale à partir du moment où la circulation des contenus numérique peut être intégrée à un système associé, où effectivement des individus échangent des contenus et en tant qu’ils peuvent être indistinctement auteurs et lecteurs. C’est déjà le cas pour les contenus échangés via Internet. Les tares d’un réseau social comme celui de facebook pourraient ainsi être évitées en faisant en sorte que les utilisateurs du réseau ne soient plus sous l’emprise d’un propriétaire qui impose son format et ses règles. Le facebook actuel est un vecteur d’uniformisation plus que de diversité. Annie Lebrun nous le rappelait encore dans son interview.

        Le numérique peut-il générer une réelle diversité et générer d’authentiques liens sociaux, c’est à dire provoquer des rencontres, des débats ? Bref articuler l’individuel et le collectif ? Bref, ce qui fait société, et non pas seulement ce qui fait des groupes. Pour l’heure il me semble que non. Jorion et quelques autres, sont les exceptions qui confirment la règle.
        Mais demain, dans un monde où le modèle économique et financier qui s’imposerait serait solidaire, participatif, qu’en serait-il ?
        Le système technique impliqué par le numérique peut-il produire l’appropriation des choses dans la durée via d’authentiques relations humaines ? Faudra t-il aller jusqu’au crash pour composer avec le numérique un nouveau modèle de société, ralentir la cadence infernale des échanges vides de contenus ?

        Le fond du problème ne me semble pas tant être le livre versus le numérique, que le problème des structures sociales qui dans leur état actuel font du numérique plus un facteur d’asservissement que d’émancipation sociale : le numérique aspire le rythme de nos vies dans le circuit global des flux de capitaux dont le rythme est accéléré, ce qui produit un sentiment d’accélération. Le sentiment de la durée ou dilatation du temps (distentio animi si l’on reprend le schéma augustinien) tend à s’effacer au profit de la succession des instantanés, qui furent d’abord induits par les horloges mécaniques, notre mémoire vive tendant à être doublée voire niée aujourd’hui par la mémoire externalisée des machines et des ordinateurs dont les rythmes ne répondent pas à des impératifs biologiques et encore moins humains.

        Mais il n’est pas interdit d’imaginer un monde avec ses nouvelles règles qui subordonnerait l’économie à l’humain, où le numérique pourrait alors trouver sa place en complémentarité avec le livre.

        Ceci dit, difficile de me mettre dans la peau d’un étudiant qui n’a connu que le numérique.
        C’est toute la difficulté de penser la transition en cours. Qui a raison, qui a tort ? Les anciens ont le passé pour eux, les jeunes l’avenir. Mais un avenir sans passé de même qu’un passé sans avenir ne sont pas souhaitables car cela reviendrait à nous appauvrir moralement, intellectuellement et humainement.

        Il est fort possible aussi que la crise énergétique qui est encore devant nous tranchera la question de savoir quel est du livre ou du livre-ersatz la solution la plus économe pour la consommation d’énergie.

      8. Toutes ces pratiques existent encore bien évidemment chez les étudiants et les non-étudiants. Il ne s’agit pas d’une opposition entre époques, les deux manières de lire se complètent bien. Et quand je parle de “e-book”, j’ai en tête le sens le plus large et non pas seulement les formats kindle-like, iPad-like et autres “likes” (ou dislike d’ailleurs 🙂 ).

        Le lien que vous indiquez renvoie à un commentaire de Marlowe, sous lequel se trouve une vidéo indiquée par Renou, laquelle ne dure que 3 minutes 20 alors que j’ai l’impression que vous vouliez indiquer une vidéo plus longue; fausse manip sans doute. A défaut de la vidéo correcte (celle de Renou n’est pas mal non plus avec sa charge ironique), je me contente de votre réflexion sur les aventures qu’on peut mener à la recherche de documents écrits : avec le numérique, tout ne vient pas à nous, là aussi il y a des aventures. Il n’est pas rare qu’on aille voir un copain qui s’y prend mieux en navigation sur la toile pour lui demander un coup de main à la recherche d’un document. Et même quand on le fait soi-même, il y a beacoup de détours inattendus : on peut croiser des gens et des choses totalement inattendus “au coin d’un coup de souris” (la sérendipité).

        Pour le prêt, je comprends la dimension “affective”. Le livre numérique n’a à mon avis vocation ni de reprendre ni de remplacer tout ce que le livre en papier permet, le premier n’est pas là pour nier le second (“nie-bouquin”). Les deux sont complémentaires.

        Bien à vous.

      9. @ Pierre-Yves :
        Stiegler… et Rifkin ? je suis dans les oeuvres du premier assez souvent, mais votre point de conclusion sur l’énergie me fait penser au dernier ouvrage traduit dudit Jeremy Rifkin.

        M’a l’air d’écrire trop vite, ceci dit, ce Jérémy R, en exploitant le filon du “regardez y’en a qui font pas comme les autres” (don tout le monde va changer ou le pourrait …) “,

        … mais si quelqu’un nous fait la synthèse Rifkin vs Stiegler vs. les autres évoqués ci-dessus, j’aurai gagner une brève de comptoir à me souvenir.

      10. @Eric
        Une certaine complémentarité des techniques est possible, l’important dépendant de leur usage, mais dans les conditions de possibilités permises.

        Alain Oriot nous confie que “Lors d’une rencontre amicale avec une quinzaine de jeunes sociologues, frais sortis de leur cursus, aucun n’avait lu un livre de sociologie en entier.” Dans les formations de journaleux, les lectures bondissantes sont érigées en méthodes. Mais ce réflexe a un passé : déjà les p’tits cons d’étudiants performatifs se contentaient d’abrégés ou de littératures secondaires. Beaucoup sont devenus prof, écrivains, experts-télévisuels, béachels.

        Les techniques existantes prédisposent certain type d’accès à la culture. Qui sait lire un dictionnaire sait poser des requêtes sur un moteur de recherche ; mais le processus inverse m’apparaît plus difficile. Recomposer un tout à partir de fragments plutôt qu’aborder un détail dans le cours d’une continuité sont deux manières de penser opposées. Sans l’expérience de la continuité dont parle Pierre-Yves D. avec son expression de “sentiment de la durée” passer du point de vue de la première à celui de la seconde me semble impossible. Mais cela s’apprend, aujourd’hui comme hier, et avec plaisir.

        A propos de “sentiment de la durée”, l’anglais utilise joliment l’adjectif sensible pour signifier ce que le français indique par le substantif “intelligence”, qui fait la part trop belle à l’âme ; mais time est ambigu “the point when a thing happens or the period during wich it continues” (The Royal English dictionnary, Thomas Nelson ans sons, Ltd, 1937). Comme sensibility renvoie directement à l’affection, duration senbility ne traduirait pas l’expression de Pierre Yves D. Je propose cette traduction de cette formule : Reading teaches to become sensible at duration. Même si elle est peu idiomatique, cette expression se trouvera disponible sur Internet ; mais d’ici quelques heures, quand l’accès à cette discussion chez Jorion aura encore reculé vers l’arrère-plan indéfini des accès numériques, il faudra quasiment la poser en requête pour l’y trouver, puisque la règle de l’abondance quantitative veut que l’on peut n’y trouver que ce que l’on cherche, et s’enferrer dans ses propres certitudes. La collection non critique des confirmations existait déjà avec les idéologies propagées par les éditions papier, mais le processus me semble aiguisé pour qui utilise principalement, et a fortiori exclusivement, Internet. Cette règle me semble en vigueur non seulement dans l’édition, et accentue l’illusion selon laquelle le monde est fait à destination de soi. Pour conclure notre discussion, sous les techniques d’édition veillent ou meurent les langues, y compris techniques.

        Un papier qui entre dans quelque détail, me demandiez-vous. Je vous propose les pages 71 à 74 de Contre la pensée unique de Claude Hagège (Odile Jacob, 2012). Le livre est très cher (22 €), il s’agit d’une charge – criticable en quelques aspects disons géopolitiques, mais intéressante quant à l’analyse de quelques moyens – contre la prétention à l’universalité d’un anglais, en fait un anglo-américain performatif. Le passage concerne Power Point.
        Merci pour la discussion

      11. Toc toc. Troubadours numériques…
        Site anglicisant pour de la belle doc d’oc…
        Pied de nez de Gogol.
        Vive l’angloy !
        Mort à Galligrasseuil et au germanopratin.
        Cansons…

        Chantars no pot gaire valer
        Si d’ins dal cor no mou lo chans
        Ni chans no pot dal cor mover
        Si no i es fin’ amors coraus.
        Per so es mos chantars cabaus
        Qu’en joi d’amor ai et enten
        La boch’ e.ls olhs e.l cor e.l sen.

        Bernatz de Ventadorn.
        http://www.trobar.org/troubadours/bernart_de_ventadorn/
        Bernart de Ventadour, francisé, Wiki :

        Lo tems vai e ven e vire
        Per jorns, per mes e per ans
        Et eu, las no.n sai que dire,
        C’ades es us mos talans
        Ades es us e no.s muda
        C’una.n volh e.n ai volguda
        Don anc non aic jauzimen…

        http://fr.m.wikisource.org/wiki/Bernard_de_Ventadour

      12. @ Pierre Yves D.
        Le facebook actuel est un vecteur d’uniformisation plus que de diversité.”
        Le même constat peut-être fait à propos d’autres lieux de rencontres : le bar, le restaurant, … J’ai entendu dire que la guerre en Lybie avait été décidée dans un café appelé “de Flore” où on se rencontrerait également pour parler de “livres”. Je considère que Facebook est de l’ordre de ces lieux. Certains jours, c’est quand même sympa d’être en quelque sorte un rescapé de l’Ethylos, comme quand on se met à la lecture du présent blog en tant que rescapé après une escapade chez Facebook.

        Le numérique peut-il générer une réelle diversité et générer d’authentiques liens sociaux, c’est à dire provoquer des rencontres, des débats ? Bref articuler l’individuel et le collectif ?” Je répondrais affirmativement avec une grande réserve car je n’ai pas encore pu appréhender les oeuvres de Bernard Stiegler malgré tous les efforts de veille et de sensibilisation de Timiota; quand ce sera fait, peut-être que je me joindrerais à votre réponse négative.

        Il est fort possible aussi que la crise énergétique qui est encore devant nous tranchera la question de savoir quel est du livre ou du livre-ersatz la solution la plus économe pour la consommation d’énergie.” Ecologiquement, l’abattage des arbres en vue de la fabrication du papier n’est pas une mince affaire, il se pourrait qu’un bilan des dégâts des exploitations “silicium vs arbre” ne soit pas très en défaveur des transistors.

        Cela dit, merci beaucoup de votre message, ça fait quelques mois que Stiegler est parmi les auteurs que j’ai mis sur ma liste des “must read”, je compte sur une grande “dilatation du temps” pour faire mes devoirs.

        @ schizosophie
        Je viens de m’amuser à tester ce que le plus grand index de l’Internet propose quand on cherche des entrées ressemblant à “Reading teaches to become sensible at duration“. Je suis servi ! Près de 26 600 000 résultats sur Google! Le premier renvoie au premier chapitre d’un livre d’auteurs british, Goouch & Lambirth, chapitre intitulé “Sensible approaches to the teaching of reading“. On peut notamment y lire que parmi les objectifs du chapitre,

        [the authors] aim :
        * to introduce reading as a complex activity;
        * to also describe the teaching of reading as complex;

        Cet exercice de caricature (aller piocher des docs sur Google) est la meilleure mannière que j’ai trouvée pour vous dire à quel point je suis d’accord avec vos propos mettant en garde contre l’avalanche de contenants sur la toile qui ruinerait une personne qui s’y adonnerait sans toute la temporalité nécessaire pour mettre le neurone sur le contenu.

        Quant à une descente en règle du PPT, vous prêchez un converti; j’ai remis le curseur sur un article du NYT où il était expliqué qu’avant de déplumer les coqs et les poules médiatiques, des officiels de l’US Army leur préparaient d’abord une petite séance d’hypnose.

        Merci pour l’indication du livre de Claude HAGÈGE, je le met sur la liste que j’ai évoquée dans la réponse à PYD; comme je suis un amoureux de la langue de Shakespeare, ça promet une petite bagarre. Et je vois que Vigneron a déjà tiqué.

        Pour la discussion, c’est moi qui vous suis très reconnaissant. Bonne nuit.

        P.S : Remerciements à MM Alain ORIOT et Bernard JAMES pour leurs contributions, j’ai beacoup appris et c’est loin d’être fini.

      13. Eric L

        « Le facebook actuel est un vecteur d’uniformisation plus que de diversité. »
        Le même constat peut-être fait à propos d’autres lieux de rencontres : le bar, le restaurant, …

        Vous avez raison d’une certaine façon, car l’uniformisation guette tous les aspects de nos vies, et donc tous ses lieux. Et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle je pense que l’approche de Stiegler trouve ses limites si elle se contente d’identifier des symétries, comme celle qu’il identifie dans le système associé qu’est structurellement internet. Stiegler ne fait pas suffisamment la distinction entre système des représentations et réalités.
        Il constate une réalité, en l’occurrence l’existence d’un système associé, internet, puis il en fait le prototype de ce qui pourrait être une généralisation du système associé à tous les secteurs de l’industrie et de l’énergie, sans voir que le système de l’association n’est pas d’abord inscrit dans une réalité technique mais s’inaugure dans une certaine représentation de la société qui rompt avec un certain ordre social établi, en l’occurrence un ordre justifiant et créant de grandes inégalités.
        Comme je le disais en conclusion le problème crucial est celui des structures sociales qui concentrent la richesse et les pouvoirs. Or poser la nécessité d’une structure sociale alternative c’est distinguer radicalement représentation et réalité, ce qui intellectuellement ne peut se faire qu’au moyen de nouveaux syllogismes, lesquels par anti symétrie identifient de nouvelles réalités issues de nouvelles représentations par opposition à d’anciennes représentations qu’elles rendent complètement caducs.
        Stiegler avec son modèle du pharmakon, dont le premier exemple historique fut l’écriture en tant que celle-ci peut-être aussi bien poison que remède, s’inscrit d’emblée dans l’ambivalence, et donc la symétrie. Il en résulte une vision régulationniste de l’évolution des sociétés, là où il faudrait plutôt il me semble changer le cadre global de la réflexion et donc trancher plus radicalement.

        Dans l’histoire de l’humanité il peut sembler rétrospectivement que c’est de l’accumulation des petites transformations locales et partielles que viennent les changements plus globaux. N’empêche que parmi celles qui apparaissent au début comme de petites transformations figurent certaines inventions conceptuelles dont l’importance sera beaucoup plus déterminante que le reste.

        La question de l’égalité si cruciale dans nos débats relève bien d’une symétrie, qu’il faut conceptualiser et s’efforcer de traduire dans une réalité, mais c’est au moyen de l’anti symétrie comme moyen intellectuel qu’elle peut d’abord s’effectuer.
        Il est nécessaire de dédoubler la réalité qui s’impose à nous en la rendant à son statut de représentation pour la considérer à nouveaux frais, pour la dépasser, en commençant donc par la nier.
        Je ne fais ii que traduire et interpréter, imparfaitement, les développements de Paul Jorion dans son livre de philosophie des sciences intitulé Comment la réalité et la vérité furent inventées.

      14. Eric,
        “Et je vois que Vigneron a déjà tiqué”. Pas tout à fait, il a toqué : toc toc doc d’oc, pas tic tic dick d’hic.

      15. @Pierre Yves et Eric :
        ////// « Le facebook actuel est un vecteur d’uniformisation plus que de diversité. »
        Le même constat peut-être fait à propos d’autres lieux de rencontres : le bar, le restaurant, …//////

        C’est exact , a mon avis , mais a des niveaux differents :
        Face Book comme ce Blog , sont des lieux d’ interactions qui permettent d’ éviter la “prise de risque” , du moins de la limiter .
        Goffman dit que chaque interaction est une prise de risque , celle de “perdre la Face” …..Ds le cas du Net ,meme si elle est traumatisante , elle n’ engage pas l’ avenir puisqu’ on peut changer de Pseudo ou de blog.
        On peut aussi changer de troquet (pas de tribu ou de village archaique), meme si la présence physique améliore l’investissement ds l’interaction (Never Nothing Happen ).
        C’est un problème d’ “engagement” ….Ds le groupe archaique ( celui qui a modélisé , optimisé l’ individu), l’ engagement est entier et concerne non seulement l’ individu , mais sa fratrie , sa famille , son quartier , ce qui implique un feed back tres fort (le flic ds la tete) ….Je peux pas etre ministre si mon frere est en taule …..on est responsable de ses proches …car on participe au “droit” de leurs actes , c’est une justice autogérée fractale , le niveau superieur n’intervenant théoriquement jamais ou rarement car il pénaliserait plus le groupe que l’ individu ….
        Ce modèle “chaotique complexe” peut co-incider avec l’ idéal Libertaire , plus aliénant qu’on veut le croire .

      16. @ Kercoz
        D’accord avec votre analyse et sa conclusion.

        “Goffman dit que chaque interaction est une prise de risque , celle de « perdre la Face » …..Ds le cas du Net ,meme si elle est traumatisante , elle n’ engage pas l’ avenir puisqu’ on peut changer de Pseudo ou de blog.”

        Je traduis “ne pas perdre la face” par “préserver sa position dans la structure sociale”. Votre commentaire rejoint alors ce que dit Paul Jorion à propos de la formation des prix: le véritable problème est de trouver un équilibre qui tend à préserver la structure sociale (et ce d’autant plus qu’elle est considérée comme bonne!). Typiquement ce que ne fait pas, ama, l’organisation actuelle des marchés financiers qui, on le voit, déstructure la société.

      17. @Basic Rabbit :
        Pour la question des systèmes societaux , je vous conseille d’ écouter cette excellente émission :
        http://www.franceculture.fr/emission-concordance-des-temps-les-monasteres-au-moyen-age-une-source-de-nos-democraties-2012-06-30
        Le moyen age a fait émerger la démocratie ds les monastères ….Du moins une forme de démocratie ou”election” signifie encore “aimer” et non déja “compter”.
        Un des intervenant (un moine , je crois) dit que c’est un modèle idéal , mais que le groupe ne peut dépasser 60 personnes sans se dévoyer …..!!! ce qui correspond aux limites tribales remarquées par les antropo .
        ///// Je traduis « ne pas perdre la face » par « préserver sa position dans la structure sociale ». /////
        Non , plus fort que ça …….Perdre la face etait /plus grave que perdre la vie …..(sorte de TINA, en qq sorte) ….Les assises sont pleins de gens qui ont préferer perdre la liberté que perdre la Face .
        L’ aliénation de l’ individu ds le groupe archaique originel est énorme , mais est compensée par une optimisation de l’individu ……….
        De toute façon , on ne peut quitter une aliénation , …juste en changer !

        Pour les moines , …il me semble important de surligner le commentaire qui montre que le système n’ est pas rigide mais évolutif , adaptable , auto-organisé ….on pourrait oser “situationniste” mais ce serait un contre sens .

      18. @ kercoz
        Merci pour le lien (que j’avais déjà vu passer sous votre plume). Je vais écouter ça.

  7. La question du livre numérique recouvre plusieurs évolutions.
    Aux éditions du Croquant, très tôt, nous avons mis en diffusion les ouvrages en format numérique (.epub et surtout .pdf), avec cet argument que le lecteur aura accès, par ce moyen, à une bibliothèque mondiale.

    Poster un texte en .epub sur le WEB est à la portée de chacun.

    La question essentielle est celle du choix. Comment choisir (notamment en sciences humaines) un ouvrage de qualité ?
    Le choix est, pour le livre-papier, fait par deux acteurs : l’éditeur (et aux éditions du Croquant, ce sont des comités de chercheurs et d’universitaires qui assument ce choix) et les médias qui font la critique des ouvrages.
    Le livre numérique, avant de paraître, peut se passer et d’éditeur et des médias.

    Le premier risque est, avec la possibilité qu’offre ce moyen de s’auto-éditer, d’être dans l’impossibilité, pour le lecteur, de choisir (les critères de fréquentation du public ou de rythme d’achats des librairies en ligne ne font que renforcer la “domination” des ouvrages consensuels).

    L’autre risque est “l’éclatement” du livre.
    Cette tendance est déjà très engagée dans l’enseignement supérieur, avec les conseils donnés aux étudiants de “piocher” dans les bibliographies, les passages qu’il faut connaître pour passer les examens. (Lors d’une rencontre amicale avec une quinzaine de jeunes sociologues, frais sortis de leur cursus, aucun n’avait lu un livre de sociologie en entier.) La possibilité, avec le livre numérique, de fragmenter et de rediffuser des extraits peut conduite à la disparition du livre en tant qu’exposition de la pensée de son auteur, avec toute la démonstration de la preuve. Or, de mon point de vue, il est impossible de comprendre le travail de Paul, dans l’excellent livre “Le Prix” (un des meilleurs ouvrages que nous ayons édités en 10 ans d’existence), sans sa lecture complète.
    La fragmentation d’un ouvrage conduit à mettre sur le même pied l’argument de celui qui a étudié une question et l’avis du “consommateur du café du commerce”, même si je suis aussi très critique vis-à-vis du “pouvoir des experts”, c’est-à-dire ceux qui n’ont été formés que par un seul courant de pensée (comme en économie) ou ceux qui sont invités régulièrement dans les grands médias à produire une analyse à chaud sur des sujets qu’ils n’ont pas étudiés.

    Le livre reste pourtant le principal moyen, dans nos civilisations occidentales de transmettre la connaissance (les aborigènes d’Australie utilisent d’autres moyens qui leur ont permis la transmission de connaissances vieilles de 30000 ans).

    1. Cher Alain,

      Content de te voir en ces lieux.
      Pour aller dans ton sens, je pense qu’il faut distinguer entre la vente d’un fichier qui peut voyager et être imprimé et les pratiques que développent les transnationales qui ont entrepris à leur profit une privatisation d’Internet.
      Par ailleurs il ne faut pas oublier l’aphorisme de Marshall Mc Luan paru en 1964 dans son ouvrage Pour comprendre les médias : les prolongements technologiques de l’homme : “Le médium, c’est le message“.
      Nous sommes quelques uns à savoir pourquoi cette petite phrase, qui avait rendu célèbre son auteur, a disparu de la “pensée” des médiatiques et des prétendus experts.

      Cordialement.

      Bernard JAMES.

    2. @ Alain Oriot
      En maths on dit souvent que les livres se vendent au poids pour souligner qu’il y a souvent peu d’idées fondamentales dedans. Toujours en maths j’aime bien les ouvrages russes (traduits en français) parce que très souvent c’est l’idée qui est exposée en premier, puis développée, le théorème étant formulé comme un résumé de ce qui a précédé.
      Perso ce qui m’intéresse c’est l’idée. Partant par exemple d’un livre comme “Le prix” ou “Comment la vérité et la réalité furent inventées” ma première question est: tiens, il y a des loups là dessous? J’essaye alors de me faire d’abord ma propre idée sur ces sujets avant de la confronter à celle de l’auteur. C’est pour moi le seul moyen de pouvoir en faire une lecture critique et enrichissante. Lorsque je commence par la lecture du livre, la linéarité de la lecture polarise mon attention de manière très forte et il m’est beaucoup plus difficile de repérer les éventuels points de désaccord. Lorsque je lis un livre qui traite de sujets oú j’ai déjà quelques idées (perso ou préconçues, la frontière est floue) je le lis rapidement en diagonale jusqu’à trouver mon point d’entrée (celui d’un matheux peut être différent de celui d’un anthropologue), la phrase ou le paragraphe qui m’accroche (qu’il y ait fit ou misfit). J’essaye alors de rayonner dans le bouquin à partir de là. Dans cette optique un index fourni me semble un complément indispensable car il permet de lire un livre “en surfant dessus”. Toujours dans cette optique la bibliographie devrait évoluer. Actuellement ça fait un peu “regardez comme je suis savant avec tout ce que j’ai lu” voire “je cire les pompes de ma secte” (je me réfère bien entendu à mon propre vécu d’auteur en disant ça!). Souvent l’auteur ne refère qu’à quelque courts passages des auteurs cités en biblio. Qu’il serait agréable qu’il y ait des accords interéditeurs permettant de telles citations qui sont autant de publicités. Dans cette optique le livre en ligne pourrait ama acquérir ainsi un avantage peut-être décisif.

      1. Merci pour vos réflexions.
        Dans la structuration d’un ouvrage, je trouve toujours plus efficace l’usage anglo-saxon du “chapeau” de départ de chapitre qui expose en résumé la thèse défendue (permettant plusieurs niveaux de lecture), avant d’entrer dans le corps du texte… l’usage en France fait qu’il faut attendre la fin de l’exposé.
        Mais chacun a ses propres usages de la lecture, et nous avons chacun des usages différents selon les domaines.
        L’intérêt de la linéarité, pour une thèse défendue hors de notre champ de compétence, est justement d’être “emporté” par la pensée de l’auteur… et surtout quand l’auteur bouscule nos représentations. Je ne sais pas si c’est correct comme image, mais il me semble que les concepts, les idées sont placés dans des creux de notre intellect et qu’il faut énormément d’effort pour les en déloger et en substituer d’autres, ou modifier le paysage des “creux” et des “bosses”.
        Sans le temps et la linéarité, aux premières remises en cause de nos représentations, on se rétracte sur nos certitudes… et on zappe.

        J’ai toujours été ambivalent quant aux bibliographies fournies, il y a deux façons de voir : soit c’est l’étalage des compétences et des remerciements obligés aux “dominants” du champ, soit c’est l’honnêteté de l’auteur qui rend à César… presque toujours un mélange des deux.
        C’est aussi vrai (sondage perso qui vaut peu) que peu de gens vont lire les livres cités en bibliographie, ou vérifier les passages cités.
        En revanche, avec le format numérique (et quand tous les ouvrages seront numérisés), la biblio en hyper-liens permettra effectivement d’aller d’ouvrage en ouvrage. Cela demandera un accord inter-éditeur qui n’est pas pour demain.
        Peu de livres ont un index (un index bien pensé) parce que c’est très long et très coûteux à réaliser, aussi long que le maquettage plus la relecture en fabrication.

      2. @ Alain Oriot
        Je suis étonné de votre réponse à propos de la difficulté de faire un index. Les progrès de l’informatique font qu’il est immédiat de retrouver dans un livre électronique toutes les occurrences d’un mot. Je pense que pour des ouvrages d’un certain type (ça me semble de peu d’intéret pour les romans) ce pourrait être un contrat entre l’auteur et l’éditeur. L’auteur fournit un index de noms propres et un index de noms communs, de mots clés. Un groupe de lecture propose quelques ajouts (ce qui est évident pour l’auteur l’est rarement pour le lecteur) et une réunion entérine le choix définitif (qui ne l’est d’ailleurs jamais online).
        Concernant les citations je suppose qu’il existe déjà des accords qui font qu’on peut reproduire quelques citations d’autres auteurs (nombre de caractères limité, mention de la source, …). Il n’y a pas d’autre solution dans un livre papier. Par contre en numérique on pourrait peut-être négocier entre éditeurs des citations plus longues à la condition que la citation ne figure plus dans le texte mais par un clic qui renvoie sur le site de l’éditeur online concurrent (site qui en profite pour faire sa pub). J’y vois une possibilité de mise en réseau progressive de l’édition.

        D’un point de vue plus général il y a pour moi deux grands modes d’organisation de la pensée, par ordre et par équivalence. Comme vous me l’avez fait remarquer il y a une linéarité dans un livre qui fait qu’on est tenu de suivre la pensée de l’auteur dans l’ordre qu’il a décidé. À la suite de Michel Serres dont je viens de voir une récente conférence je pense que cette linéarité est imposée par le support de mémoire (le parchemin ou l’imprimé). Cette linéarité a modelé les relations humaines et impose un logique compatible avec cette façon de s’exprimer (relation de cause à effet qui est une relation d’ordre). Je pense que cette contrainte technique du support de mémoire a complètement atrophié l’autre composante de l’organisation de la pensée, le mode par équivalence (allant pratiquement jusqu’à l’interdiction de ce mode de raisonnement -comparaison n’est pas raison). Paul Jorion, entre autres dans “Principe des systèmes intelligents” nous montre l’extraordinaire ouverture qu’apporte le raisonnement analogique et la subtile combinaison de ces deux logiques, l’ordologique et l’analogique, d’organiser sa pensée. Le changement de support de mémoire de l’imprimé au disque dur permet ama cette mise en réseau de sa propre pensée. Je pense que le plus du livre en ligne par rapport au livre papier doit être de favoriser cette réintroduction de l’analogique comme mode de pensée rationnelle.

  8. à tous,

    Je recommande la lecture d’un ouvrage paru en langue anglaise (Etats-Unis) intitulé THE SHALLOWS qui pourrait, selon mes pauvres connaissances dans cette langue, être traduit par les superficiels et que l’éditeur français (Robert Laffont) a traduit par : Internet rend-il bête ? Réapprendre à lire et à penser dans un monde fragmenté.

    Extrait de la quatrième de couverture : “Et si notre esprit et notre comportement social étaient totalement bouleversés à l’heure d’Internet ? Voilà la question fondamentale que Nicholas Carr, éditorialiste parmi les plus célèbres du monde anglo-saxon, ose poser dans son ouvrage.(…)
    Aujourd’hui, face aux écrans qui nous bombardent de messages où s’entrechoquent textes, vidéos, photos, interviews, liens hypertexte, publicités bruyantes…resterons-nous capables de nous concentrer ?”

  9. La meilleure raison de ne pas abandonner le livre aux majors qui règnent sur Internet, c’est que ces transnationales nous demandent (nous ordonnent ?) de le faire sans s’occuper de ce qu’il y a dans les livres, mais seulement de la manière dont ils sont vendus et peuvent être source de profit.
    Quand l’échange et la valeur qu’il produit finissent par diriger l’usage.

  10. Facebook et le “temps de cerveau disponible”.

    Un article portant ce titre est paru le 21 juin 2012 dans le journal Libération et semble encore disponible en libre accès.

    Voici la conclusion de l’article : “Ce qui se passe sous nos yeux, c’est la privatisation du Web : avec la participation passive, si ce n’est la bénédiction, de tous, quelques multinationles sont en train d’acheter Internet pour la somme de…zéro euro.”

    Et j’ajoute : avec la complicité de ceux qui ont choisi gaiement la servitude volontaire.

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