Archives de catégorie : Questions essentielles

Vos idées : proposition

J’ai lu avec attention ce que vous m’avez écrit. J’ai été sensible en particulier à ceux qui m’ont encouragé à continuer dans la même voie. Comme la plupart d’entre vous l’ont compris, ce qui fait obstacle là, ce sont les moyens. J’ai pensé l’avoir dit mais je le répéterai en quelques mots : j’ai cessé d’avoir des revenus il y a huit mois – j’ai vécu sur mes réserves depuis (pas d’allocations de chômage ici), cherchant sans succès un nouvel emploi dans la même branche. D’où la conclusion à laquelle j’ai abouti quant à la nécessité de me reconvertir.

L’avantage – pendant ces huit mois – comme certains l’ont noté : pas de censure ni d’auto-censure puisque je subventionnais ma propre écriture. J’aimerais bien pouvoir continuer de cette manière et c’est là que vos encouragements ont fait la différence. Alors on va essayer. Ce qui y mettrait un terme, ce serait bien sûr la fin des ronds.

L’idée d’association est tentante, renforcée par la suggestion faite par certains qu’ils seraient prêts à verser quelque chose, et j’ai pensé à la combiner avec une formule découverte chez certains auteurs de newsletters américains.

La pire des choses à mes yeux ce serait d’opérer parmi vous une sélection par l’argent : je veux que cela reste gratuit parce que je veux pouvoir continuer de m’adresser à ceux pour qui tout ce qui n’est pas gratuit est trop cher. Et il me faut du coup compter sur d’autres qui pourraient mettre davantage – mais sur une base volontaire.

On est entre amis qui réfléchissent à des formules nouvelles, des formules « libres », en termes de « communs », pour reconstruire la vie autrement et j’ai pensé à ceci – qui présente sans doute des défauts et il y a peut–être des conséquences auxquelles je n’ai pas songé et que vous me signalerez. Je ferai précéder ce que je publie sur mon blog d’un avertissement :

Le texte suivant est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que soit reproduit à sa suite son paragraphe final

et le paragraphe final dirait :

Paul Jorion est un journaliste indépendant qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez.

Ce qui serait suivi d’une adresse internet où un versement pourrait se faire.

Je verrai aussi avec ceux qui reproduisent mes textes aujourd’hui (Contre Info, Betapolitique), ce qu’ils en pensent.

Si ça ne donne rien, ou pas assez, il me faudra alors un jour ou l’autre m’arrêter. Si ça donne plus que nécessaire – on peut rêver ! – on étendrait la formule dans le même sens du développement d’une presse « alternative » : en faisant monter à bord d’autres « journalistes indépendants » (et pourquoi pas vous ?).

Est-ce que cela marcherait ? Le public est-il prêt à payer pour ce qu’il peut avoir à l’œil ? Certains se sont dit que non et se sont tournés vers les formules payantes mais je ne suis pas aussi pessimiste et puis cela ne coûte rien d’essayer. La limite, c’est celle que j’ai dite : si ça ne marche pas, la machine s’arrêtera d’elle–même un jour de tourner.

Partager :

Mouloudji (1922 – 1994)

Clair matin
(paroles : Louis Simon – musique : César Geoffray)

Le matin, tout resplendit tout chante,
La terre rit, le ciel flamboie,
Mais pour nous, qu’il tonne pleuve ou vente,
De tous temps, nous chantons notre joie.

Car chaque jour est un jour de fête :
Dans notre coeur le soleil luit toujours.
Pleine de joie, d’élan et d’amour,
notre chanson se lève chaque jour…

J’ai appris Clair matin à l’école primaire. Au lieu du vers qui dit « pleine de joie, d’élan et d’amour », le professeur de chant nous avait appris : « pleine de joie, d’élan et d’entrain ». C’est là l’une de mes premières découvertes scientifiques : avoir deviné que quelque chose clochait avec cet « entrain » qui ne rimait pas avec le reste, et avoir remis l’amour à la place qui lui revenait de droit. Le bel amour avait été censuré pour ne pas éveiller des sentiments prématurés dans de jeunes consciences des années cinquante. Quelle époque !

Mais j’étais déjà prévenu : dès l’âge de six ou sept ans on m’avait appris à me méfier de ce que je chantais ! Car ce n’était pas la première fois qu’on me cherchait des poux à propos de l’amour : ma mère avait été convoquée à l’école. L’« incident », si l’on peut dire, avait été le suivant : on nous avait dit : « Chacun va chanter une chanson qu’il connaît et qu’il aime bien ! » Et moi qui entendait ma mère, à la maison, chanter d’autres choses que des comptines cul-cul-la-praline, j’avais entonné ma chanson préférée. Et paf ! gros scandale ! Alors, puisque j’y suis, je vais dire merde à la censure, et je vais vous rechanter, bien des années plus tard, ces vers scandaleux, très haut et très fort :

La premièr’ fois que je l’ai vue,
Elle dormait, à moitié nue
Dans la lumière de l’été,
Au beau milieu d’un champ de blé.
Et sous le corsag’ blanc,
Là où battait son cœur,
Le soleil, gentiment,
Faisait vivre une fleur :
Comme un p’tit coqu’licot, mon âme !
Comme un p’tit coqu’licot.

Pour éviter que ce genre d’incident ne se répète, quand des amis de mes parents leur ont prêté le premier trente-trois tours de Georges Brassens, on nous a sermonnés ma soeur et moi, que Brave Margot, n’était pas une chanson à chanter à l’école. Je l’avais d’ailleurs deviné vu le rôle crucial joué par le même énigmatique « corsage » – le corps manifeste du délit. Quant à l’histoire elle-même, je n’y entravais que pouic : « Donner la gougoutte à son chat » ? Kézako ?

Je l’ai entendu chanter, Mouloudji, dix ans plus tard, en plein air, à une kermesse à Woluwé-Saint-Lambert. Ça ne marchait plus très fort pour lui et il faisait les fêtes de village. Mais quand il a chanté Le p’tit coqu’licot (de Raymond Asso et Claude Valéry), quelques spectateurs sont montés sur les tréteaux, et l’ont descendu de là et, suivis bientôt par plusieurs autres, l’ont porté en triomphe autour de la prairie où nous étions. Et le moment était bien choisi pour lui : sa chance avait tourné, malgré le petit coquelicot et les amants infidèles et il était en proie au doute. Et je le voyais là, perché sur deux épaules, qui n’y croyait pas tout à fait, mais rayonnant quand même.


PS : J’ai ajouté – en haut, à droite – une page intitulée « Musique, etc. » où sont répertoriées toutes les chansons présentes sur ce blog.

Partager :

J’ai besoin de vos idées

Il y a six mois, le 25 janvier, je faisais le point dans Audience du site. Je vous y proposais un diagramme montrant la progression des accès mensuels à www.pauljorion.com, de 1 213 en juin 2007 à 5 586 en janvier 2008. Depuis, le chiffre n’a pas cessé de grimper : il est aujourd’hui de 13 239 pour le mois écoulé. Vous êtes chaque jour plus de 300 à me lire, et chaque jour plus nombreux avec 40 % de nouveaux visiteurs.

Comme vous le savez, Philippe Barbrel a la gentillesse de reproduire mes billets d’actualité dans Contre Info dont l’audience est plus de dix fois supérieure à celle de mon propre site et où j’ai le plaisir de constater qu’ils sont parmi les plus lus. Betapolitique de son côté semble avoir pris l’habitude de reprendre ce que je publie dans Contre Info, et ainsi de suite.

Tout cela pour dire que je sais être beaucoup lu et que j’en suis flatté.

Ceci dit, j’ignore ce que vous découvrez dans ce que vous lisez. Je constate – au nombre de commentaires – les débats qui vous passionnent, mais j’ignore tout de ce qui vous fait lire ce que j’écris plutôt qu’autre chose.

Or, j’ai besoin d’un retour. Et ceci pour une raison précise : je dois me reconvertir. Je suis spécialiste d’un secteur qui m’a fait vivre depuis dix–huit ans, la « finance structurée », mais qui est aujourd’hui totalement sinistré. Comme j’ai pu le constater depuis que j’ai perdu mon emploi chez Countrywide en octobre dernier, les débouchés y sont désormais inexistants.

Vous l’avez donc compris. je ne vais pas à la pêche aux compliments : j’ai vraiment besoin de vos idées, j’ai besoin que vous me disiez à quoi vous me voyez servir pour que j’y trouve des pistes quant à ce qu’il convient que je fasse maintenant.

Partager :

Fierté d’une génération ! C’est vrai, quoi…

L’autre jour Sylvestre présentait devant une commission un projet de film et il mentionna son grand-père (mon père). Le monsieur qui présidait lui dit : « Je l’ai bien connu : j’étais son collaborateur au ministère (belge) de l’Education Nationale. Il préférait son poste à l’Institut de Sociologie et quand je lui préparais un dossier, il me mettait une petite note : « M’en parler ! », pour ne pas avoir à le lire », et le monsieur ajouta : « Votre père lui causait bien du souci ! Il me disait : « Il passe tout son temps à fumer et à écouter de la musique avec ses copains » ».

Depuis, beaucoup d’eau a passé sous les ponts mais de découvrir quarante ans plus tard que je « causais du souci » à mon père m’a chagriné. Quoi ? On faisait exactement ce qu’ils demandaient : on ne mentait pas, on ne volait pas et on était bon à l’école. Que leur fallait-il de plus ? Choisir notre musique ? Et on ne faisait d’ailleurs pas que ça : ça c’était ce qu’ils voulaient voir, c’était la surface. On réinventait le monde, les gars et les filles, chacun à sa façon, mais tous ensemble. Et pas vite dégoûtés : on continue !

Quant à la musique qu’on écoutait inlassablement, c’était de la bonne musique, et elle l’est toujours, même si elle était comme nous : un peu désordonnée. Mesdames et Messieurs : l’Incredible String Band ! A la télévision et à Woodstock, dans l’ordre.


Partager :

Les Everly Brothers

J’essaie bien sûr de joindre l’agréable à l’utile et puisqu’il me faut de toute manière lire le Wall Street Journal, je me suis plongé ce matin avec enthousiasme dans un compte rendu de la tournée de concerts qu’entreprennent en ce moment conjointement Alison Krauss et Robert Plant, dans le sillage de leur album de l’année dernière intitulé Raising Sand. La combinaison est a priori un peu inattendue : d’un côté l’égérie du blue grass et de l’autre, le chanteur solo du Led Zeppelin – qui passait à une époque pour un groupe de hard rock (si, si, je vous assure mon bon Monsieur !). Rien de surprenant toutefois si l’on pense aux autres duettistes de choc de l’année dernière : Emmylou Harris et Mark Knopfler de Dire Straits et leur excellent album All the roadrunning.

Et je lis ceci, sous la plume de Jim Fusilli, le commentateur du Wall Street Journal, à propos de Krauss et Plant : « Leurs voix se mêlent si bien lorsqu’ils chantent à l’unisson dans une harmonie serrée, contrôlée, de type Everly Brothers, le Rich Woman par lequel ils débutent la soirée ». (*)

Je ne rédigerai pas ici un traité sur les Everly Brothers (je compte sur vous pour cela), qui n’ont bien entendu pas inventé l’unisson harmonique, mais puisqu’on parlait d’influences l’autre jour, il faut bien dire que rares ont été les duettistes de pop anglo-saxonne qui n’ont pas pensé aux frères Don et Phil quand il s’est agi de chanter à l’unisson. Les premières chansons de Simon et Garfunkel (à l’époque où ils n’étaient encore que Tom & Jerry) en constituaient d’ailleurs un simple démarcage.

Tout ceci m’a rappelé quelques paragraphes que j’ai consacrés aux deux frères dans des notes prises en 2003 et que voici exhumées de la naphtaline à votre intention.

Et on fait comme ça de gaieté de cœur son deuil d’un million de choses « pour faire plaisir à ses parents ». Et ces deuils portent sur ce qui est peut–être pour vous essentiel, alors qu’il ne s’agit de la part des parents que de caprices fondés sur des expériences personnelles mal interprétées, voire de simples erreurs de jugement. Parce que les millions de petits deuils qu’on a faits, on n’en a même pas conscience. J’en donne un exemple, d’il y a quelques années, de l’époque de Brenda et de Laguna Beach. J’ouvre un jour le journal et je lis « Concert des Everly Brothers à San Juan Capistrano ». Oh ! On ne peut pas rater ça ! Et nous allons effectivement les écouter, avec à notre table un couple anglais dans la cinquantaine dont la femme pleurera d’émotion sans discontinuer pendant toute la durée du concert, et ils chantent dans cette salle genre saloon Wake up little Susie et All I have to do is dream et bien sûr ils ont soixante ans mais, comme dit la chanson : la voix est là, le geste est précis et ils ont du ressort.

Et en sortant du Stage Coach, j’ai le sentiment d’une extraordinaire victoire sur le temps. J’ai dû à un moment de ma vie me dire quelque chose du genre : « Il est maintenant trop tard : tu n’assisteras plus jamais à un concert des Everly Brothers ». Non pas que ça me tarauderait outre mesure, mais il doit y avoir des millions de deuils minuscules comme celui-là, qui s’accumulent et qui – littéralement – vous tuent, et pour la plupart d’entre eux, il y a en réalité encore quelque chose à faire, il existe encore une parade.

——————
(*) Vous apprendrez avec satisfaction, qu’ils rendent également hommage à Bo Diddley en interprétant Who do you love ? que Mr. Plant ponctue d’un solo d’harmonica qualifié par Fusilli, de « perçant ».

Partager :

Aux artistes

J’ai participé l’autre jour – d’une seule phrase – à un débat sur la création. La phrase, la voici : « … quel est le rôle exact que l’on veut voir jouer à l’Etat – et les contraintes que cela implique (impôt, défense des frontières, soutien ou non des artistes [abandonnés à crever la dalle – vu la jouissance que leur procure par ailleurs la création – voir le débat d’hier], etc.) ». La thèse défendue – vous avez dû le comprendre – était qu’il n’est pas nécessaire de soutenir les artistes : le marché fera le tri !

Le cas de Jara nous rappelle que les artistes créent sans doute pour eux-mêmes mais essentiellement pour nous tous. YouTube nous permet de nous le rappeler et ma note laconique sur Jara m’a donné envie de le souligner encore davantage. Hier, en commentaire à mon billet sur Bo Diddley, j’ai cité deux chansons. Je suis allé ajouter des « performances » qui y correspondent : Elizabeth Cotten chantant de sa voix cassée Freight Train, qu’elle composa, accompagnée (bien que ce ne soit pas dit) par Pete Seeger et Emmylou Harris, chantant Hobo’s Lullaby de Goebel Reeves, lors d’un hommage à Woody Guthrie qui fut le principal interprète de cette chanson.

Je suis également allé revisiter mon billet Quiet days in Santa Monica, où je mentionnais Jim Morrison chantant The End pour y ajouter l’extrait d’un concert des Doors. Le caméraman n’a pas raté la petite blonde, tout à la fin. C’est pour elle qu’on vit. Malgré les stades de Santiago du Chili.

Petit joyau, Georges Brassens chantant Les passantes, paroles d’Antoine Pol comme je l’explique dans mon billet et comme il le rappelle aussi, accompagné de Maxime Leforestier (merci à Anper !).

Vous trouverez enfin Jeanne Moreau chantant Le tourbillon de et avec Bassiak dans François Truffaut (1932–1984), ainsi que, comme le suggérait Jean Tiguemounine dans un commentaire, la version de Vanessa Paradis, rejointe par Jeanne Moreau.

Post Scriptum : je redécouvre petit à petit mes références à des chansons et je complète. Derniers en date : Under the Boardwalk des Drifters dans Toute une époque ! , Bravo pour le clown dans Edith Piaf (1915 – 1963), Comme à Ostende dans Léo Ferré (1916–1993).

Partager :

L’anglais comme « langue scientifique »

Je reviens sur un thème que j’ai déjà évoqué dans Les scientifiques et la langue française.

Le point de départ est une discussion née au sein du MAUSS (Mouvement Anti-Utilitariste dans les Sciences Sociales) à partir d’une remarque relative à un colloque qui s’est tenu à Paris « tout en anglais, la traduction en français étant au-dessus des moyens des organisateurs ». J’ai proposé les observations suivantes :

Cela soulève quand même une question : celle de la qualité de l’anglais utilisé par ceux pour qui il est une deuxième langue. J’habite depuis près de vingt-cinq ans dans des pays anglophones et j’ai pu faire un certain nombre de constatations (intuitives !) :

1. La qualité de l’anglais utilisé par ceux pour qui il est une deuxième langue est en moyenne très médiocre – elle s’améliore si l’on habite un pays anglophone mais même dans ce cas-là, pour de nombreux locuteurs, la qualité plafonne rapidement à un niveau qui demeure très bas ;

2. la qualité de l’anglais utilisé par ceux pour qui il est une deuxième langue est surévaluée par eux de manière démesurée : ils confondent l’acquisition relativement aisée d’un vocabulaire (qui demeure la proie des « faux amis ») et l’acquisition d’une langue ;

3. je connais – j’ai connu – de nombreux Français habitant le Royaume-Uni ou les USA qui s’expriment parfaitement en anglais ; mais à l’inverse, je ne connais pas de Français n’ayant pas vécu de nombreuses années dans un pays anglophone capables de s’exprimer – au niveau scientifique – dans un anglais correct. Je lis tous les jours les textes rédigés en anglais par ceux–ci : ces textes ne sont compréhensibles que par un exercice mental de retraduction en français ;

4. tout cela n’est pas surprenant : l’anglais est une langue du même niveau de complexité que le français et apprendre à la maîtriser demande un effort considérable que la plupart n’ont pas le loisir de consentir ;

5. voici une réflexion qui m’a été faite, par quelqu’un qui n’était pas un imbécile, au séminaire de philosophie des sciences de l’université de Cambridge : « Pourquoi établissez-vous des distinctions entre idée, notion et concept, alors que ce sont des synonymes ? » : au contraire du français et de l’allemand, la culture qui entoure l’usage de l’anglais n’a aucune affinité pour la pensée analytique et synthétique. Hobbes, Locke, Hume ou Berkeley sont de très grands penseurs que j’ai étudiés avec bonheur mais il ne faut pas se cacher qu’ils sont allés à rebrousse–poil de la culture qui entoure leur langue. Les textes théoriques rédigés en français et en allemand perdent une partie de leur qualité par la traduction en anglais.

Ma conclusion rejoint une remarque faite précédemment :

1. Si un texte rédigé par quelqu’un pour qui l’anglais est une deuxième langue doit absolument être traduit en anglais, il vaut mieux confier cette traduction à un professionnel ;

2. un texte théorique rédigé en français ou en allemand n’a aucun besoin essentiel d’une traduction en anglais.

Il devrait exister un service qui permette aux auteurs francophones de faire traduire, pour une somme modique, leurs textes rédigés en français, dans une langue étrangère, pour faciliter leur diffusion internationale.

Partager :

Planète Terre – Trousse de Survie

Dans mon dernier billet, Les méchants de la nouvelle génération, j’offre sous une forme condensée l’information que j’ai glanée ici ou là sur la spéculation sur les matières premières. Stilgar dans son commentaire, demande des précisions. Je connais la réponse à certaines de ses questions et il faudra que je les offre sous la forme d’un autre commentaire ou en y consacrant un nouveau billet. Ce sont là les limites du genre blog.

J’ai l’occasion d’approfondir un sujet davantage quand on me commandite un article, comme celui qui paraîtra en juin dans Savoir/Agir ou celui que je prépare en ce moment sur la crise financière pour Le Débat (numéro de septembre). Je vais bientôt avoir également accès à la totalité de l’infrastructure UCLA, ayant été promu de Research Affiliate à Visiting Scholar en date du 1er juin (merci Dwight Read et John Bragin !), ce qui va démultiplier mon accès à l’information.

Le problème là – pour quelqu’un qui comme moi tire ses revenus d’un emploi dans le secteur privé – c’est que je dois subsidier moi–même ma recherche – ce qui ne peut se faire – comme je l’ai expliqué dans mon introduction à L’implosion rédigée pour ContreInfo – qu’en alternant des périodes chômage–recherche avec des périodes travail–pas de recherche. Je viens de le faire pendant vingt ans mais ce n’est vraiment pas pratique.

Une alternative, ce serait bien entendu de voir sa recherche subsidiée par un poste d’enseignant ou dans un organisme de recherche officiel, comme ce fut le cas pour moi de 1977 à 1984. Depuis, rien ne s’est présenté de ce côté-là, probablement du fait de ma polymathie complétée de mon franc–parler.

Il faut donc trouver une autre formule. Une autre possibilité, c’est bien entendu de voir sa recherche subventionnée par ceux que ses conclusions intéressent, c’est–à–dire, et le grand mot est lâché, par des « clients », ou mieux encore par des « coopérateurs » qui sont intéressés à ce que votre recherche suscite l’intérêt.

Pour cela, j’ai besoin de votre feedback, de vos idées – ainsi que de toutes les bonnes volontés. J’ai créé une page permanente dans le blog intitulée – pour donner une idée claire de ce qui nous intéresse (eh oui, nous somme déjà deux, peut–être même trois… voire quatre !) – « Planète Terre – Trousse de Survie (PT–TDS) » (*), que je mettrai à jour au fur et à mesure. Il faut comprendre s’il y a une demande et si oui, ce qu’elle est exactement et aussi, quelle formule adopter pour la réaliser : on n’est pas là pour, d’un côté réinventer le monde en théorie et de l’autre, retomber dans tous les pièges et dans les formules éculées !

Si vous jugez que votre feedback doit plutôt prendre la forme d’un courriel, utilisez l’adresse suivante : PlaneteTerre.TrousseDeSurvie@gmail.com

————–
(*) « Planet Earth – Survival Kit (PE–SK) ».

Partager :

Commentaire des cartes-postales

Première carte-postale : Memorial Day aux États–Unis est l’équivalent du 11 novembre : un hommage aux morts militaires de toutes les guerres. Sur la question générale des soldats morts à la guerre, mon opinion ne s’écarte pas de la sagesse populaire telle que la reflète l’expression « chair à canon » ou les paroles des chansons : « Car les bandits qui sont cause des guerres n’en meurent jamais, on n’tue qu’les innocents » (Monthéus, La Butte Rouge).

Autres cartes postales : la vallée glaciaire de Yosemite, Sierra Nevada, Californie.

Les photos furent prises lundi. Nous avons déjeuné et dîné dans deux hôtels dont la très belle décoration est empruntée à la tradition amérindienne. Au sein d’un parc naturel se trouve toujours un centre d’information. Ces centres sont excellents : les messages transmis sont multi-culturels et n’y vont pas par quatre chemins. On apprend ainsi que les Indiens Ahwahnee qui habitaient Yosemite Valley furent harcelés, virent leurs récoltes brûlées, furent tués, par les mineurs à la recherche d’or – et ceci avec la bénédiction de l’état de Californie. La réparation contemporaine de tant d’avanies consiste dans l’allocation exclusive du droit d’exploitation de casinos aux territoires indiens enclavés dans l’état, ce qui a signifié pour eux des revenus considérables, même si ceux–ci sont en déclin dans le climat économique actuel. Je vous laisse juge si la réparation est ou non à la hauteur du mal enduré. Il s’agit en tout cas d’un rappel salutaire du fait que toutes les colonisations ne se sont pas conclues par des décolonisations.


Il y a quelques semaines j’ai été invité à déjeuner à UCLA à l’occasion de la visite d’un « prix Nobel » d’économie. Nous étions une quinzaine, encouragés à poser des questions à notre invité dont le poignet s’ornait d’une montre ouvragée dans le style navajo et dont huit des doigts portaient des bagues de style amérindien. Une dame lui a demandé s’il y avait une raison à ce choix particulier de bijoux. Sa réponse a jeté un froid approbateur dans l’assemblée : « Nous sommes venus habiter chez eux, non ? » Quand je vous disais qu’on dit trop de mal des « prix Nobel » d’économie.

Partager :

L’irréversibilité des catastrophes induites par l’activité humaine

Dans ce qui a été appelé à juste titre mon « coup de sang » à propos de l’écologie, mon billet intitulé Le tout-solaire – ou la mort !, ma provocation grinçante à propos du Gulf Stream, dont je disais qu’on pourrait le faire redémarrer en cinquante ans s’il devait s’interrompre, n’a pas été comprise par tous comme je l’avais espéré : à savoir comme l’affirmation que notre espèce ne croit à une catastrophe pourtant certaine que lorsque celle–ci a eu lieu et mobilise alors un ensemble de ressources dont elle clamait pourtant qu’elles n’existaient pas ou étaient inaccessibles.

Je vais donc mettre l’ironie entre parenthèses et traiter cette question sur le mode le plus sérieux qui soit en proposant un test grandeur nature : je voudrais savoir quelles sont l’imminence et l’inéluctabilité d’un désastre écologique de la taille de celui que j’avais pris en exemple : l’interruption du Gulf Stream, dont les spécialistes – je suis allé vérifier les chiffres – jugent qu’elle ferait baisser la température en Europe Occidentale de 5 à 10 degrés. Une telle crise est-elle imminente, est–elle inéluctable et, si elle devait se produire, quelle serait notre capacité à y répondre ? Autrement dit, le phénomène serait-il réversible et comment pourrions-nous assurer le renversement à l’aide des moyens techniques dont nous disposons aujourd’hui ?

Je ne me contenterai pas de poser – passivement – la question, dans mes deux blogs, en français et en anglais, je vais tenter également de contacter les spécialistes. Devrais-je recevoir des réponses optimistes à mes questions précises sur le Gulf Stream, je n’en resterais cependant pas là, je poursuivrais dans la voie des questions – je pense essentiellement à des questions d’ordre politique – qu’il nous faudra impérativement résoudre pour que soit exclue, sinon une fois pour toutes, du moins dans les cent années à venir, la possibilité-même non seulement de ce désastre là en particulier mais de tous les autres du même type.

J’entends bien entendu faire communiquer l’information obtenue dans les deux blogs – chacun dans sa langue. Le message équivalent en anglais s’intitule Would an interruption of the Gulf Stream be reversible? And if so, at what cost?

Partager :

Heidegger, ennemi de Socrate

Fabrice Flipo défend une position qui se situe au sein du mouvement qui milite en faveur de la décroissance. J’ai déjà eu l’occasion de le citer, dans « Pourquoi Paul Jorion est-il contre la décroissance ? » et je lui ai directement répondu dans Un nouveau paradigme doit être en prise avec le monde tel qu’il est.

Ces jours derniers, le débat est reparti au sein du MAUSS sur une question précise : quel est le rapport entre le mouvement décroissant et la pensée de Heidegger. Fabrice a rédigé ce matin une longue lettre à ce sujet.

J’ai déjà eu l’occasion de parler ici de Heidegger. Je l’ai fait dans Le philosophe H. et pour ce qui touche plus spécifiquement à « décroissance et Heidegger », dans Pourquoi je ne suis pas en faveur de la décroissance.

J’ai adressé tout à l’heure la lettre suivante à Fabrice Flipo.

Fabrice,

Merci d’avoir pris la peine de rédiger cette lettre : elle te permet d’expliquer les choses très clairement, elle nous rappelle aussi de manière dérangeante que les religions joueront nécessairement un rôle quand notre espèce aura pris la pleine mesure du fait que sa chemise craque aux entournures et elle me montre surtout qu’entre la position que tu défends – une variété que j’appellerai « radicale » de la décroissance – et la pensée de Heidegger, le lien n’est pas accidentel mais conscient et délibéré : il ne repose ni sur une ignorance de sa pensée, ni comme il a été dit, d’un « éclectisme » à la Victor Cousin, où l’on se sent autorisé à constituer son propre système à partir d’éléments empruntés ça et là et qui – dans cette recombinaison – sont automatiquement extraits de leur contexte.

Autrement dit, la pensée de Heidegger t’intéresse au sein de son contexte. Or nous avons été plusieurs ces jours derniers, à te rappeler que le contexte de cette pensée déborde l’univers des leçons qu’il a prononcées et des textes qu’il a écrits. Certains d’entre nous ont insisté sur le politique : le nazisme, et une position qui ne peut pas être qualifiée de tiède au sein de celui–ci, j’ai voulu moi insister sur la pensée elle–même : sur sa philosophie et – comme tu le rappelles – sur le rapport de celle–ci avec la théologie.

Pour résumer ma pensée, la position prise par Heidegger – sans aucun doute, l’un des plus grands philosophes (*) – est le premier grand coup de force anti-socratique au sein de la philosophie depuis le Moyen Âge, la première tentative moderne – d’ampleur magistrale – de re–subordonner la philosophie à la théologie. Tu sais que Socrate fut condamné pour athéisme, pour avoir conseillé aux hommes d’écouter leur voix intérieure (que l’on appela ensuite « conscience » ou « raison ») plutôt que les oracles obscurs délivrés par les dieux. Heidegger se réclame des pré-Socratiques (tous des mages, selon moi) pour remettre Dieu au sommet de la pyramide et, comme je l’écrivais l’autre jour à son propos dans notre correspondance : il appartient « à la tradition scolastique « théologique » – par opposition à la tradition « logique » – où le mystère prévaut sur le savoir, qui doit lui générer la crainte. »

Tu écris :

L’un de mes anciens profs disait que chaque système comporte sa faille logique et que les philosophes la recouvrent d’un post-it : « Dieu », ce qui signifie : « à résoudre plus tard ». Pour moi il n’y a pas, et ne peut avoir, de système logique clos. Pas plus chez Heidegger qu’ailleurs, le sens ne se laisse forclore dans nos textes. D’où l’herméneutique et sa vogue actuelle.

Tu sais ce qu’il fallait rétorquer à ton ancien prof : ce que Laplace aurait répondu à Napoléon : « Sire, je n’avais pas besoin de cette hypothèse ! » mais tu as raison : le message de Socrate était bien le message inverse de celui de Heidegger, pour Socrate, « le sens se laisse forclore dans nos textes », autrement dit, « il n’y a pas de sens à attendre en provenance du ciel : le sens est dans la raison et dans la raison seule ». Il en découle bien entendu de manière immédiate que changer le destin des hommes est entre leurs mains et leurs mains seules. C’est cela qui nous sépare toi et moi : le monde où je vis moi est un monde clos où les hommes peuvent seulement – et je citerai ici un autre grand athée – « compter sur leurs propres forces ».

Les choses sont claires désormais parce que tu les as très bien clarifiées et je me contenterai donc pour conclure de reprendre – bon sang ne peut mentir – les paroles d’un grand poète belge :

Adieu Curé je t’aimais bien
Adieu Curé je t’aimais bien tu sais
On n’était pas du même bord
On n’était pas du même chemin
Mais on cherchait le même port

Paul

(*) J’aimerais pouvoir critiquer Heidegger comme il a lui critiqué Hegel (je pense au cours donné à Fribourg durant l’hiver 1930–1931 : La « phénoménologie de l’esprit » de Hegel, Gallimard 1984).

Partager :

Le tout-solaire – ou la mort !

Vous avez dû voir – c’est peut–être même vous d’ailleurs ! – qu’on me fait parfois des reproches comme « Vous ne parlez pas du problème écologique – ou plutôt vous en parlez en termes vagues et tout à fait généraux. Vous ne semblez pas avoir conscience du fait que le danger est très grave et imminent ! »

Est-ce que je pense qu’on va droit dans le mur ? La réponse est oui. Est-ce que je crois que ça ira vite ? Oui, je crois que ça ira très vite, vingt ans, grand max !

Alors pourquoi est-ce que je n’en parle pas davantage ? Parce que je suis convaincu que le problème – et sa solution – sont beaucoup plus simples que ce dont je parle d’habitude. J’ai la faiblesse de croire que si je mobilise toute ma matière grise, je vais peut–être arriver à résoudre une question importante qui permettra de réformer la finance dans le sens qui convient. J’ai au contraire le sentiment que je pourrais écrire dans les jours qui viennent vingt billets à la queue pour dire que le Gulf Stream va disparaître dans les dix ans à venir et que ça ne ferait aucune différence. Est-ce que je pense que c’est possible ? Parfaitement. Mais je suis tout aussi certain que l’espèce est du genre Saint-Thomas et qu’elle ne croit qu’à ce qu’elle voit. Et je n’ai pas tellement de temps devant moi que je puisse me permettre de le passer à pisser dans des violons.

Le jour où le Gulf Stream sera mort et que la température en Europe tombera de cinq degrés (corrigez-moi, si c’est dix), je vous fiche mon billet que tout l’argent dont on nous dit aujourd’hui qu’il est impossible à trouver, on le trouvera soudain en moins de trois heures. Je vous fiche mon billet également qu’il faudra à peine cinquante ans pour le ressusciter. Bien sûr je ne serai pas là pour le voir, je m’adresse ici à la postérité : « Cinquante ans ! ». Parce que ce n’est pas la réflexion qui manque : observons-nous à l’œuvre ! Et nous ne sommes qu’un blog parmi des dizaines de milliers. Ah ! C’est la volonté qui fait défaut !

Pareil pour les émeutes de la faim qui viendront : avec des émeutes de la faim, les choses vont très vite. Il suffit de quelques bâtiments incendiés ou mis à sac et la situation change du tout au tout. Regardez en France : on est passé comme ça de la monarchie à la république, ce qui n’était pourtant pas une mince affaire. Oui, je sais, on a coupé la tête d’un roi et d’une reine (ce que je ne conseille pas : vous avez noté que je recommande toujours qu’on s’asseoie autour d’une table) mais ils avaient pactisé avec l’ennemi… et il y eut un vote démocratique… et certains sadiques ont même voté contre (Donatien Alphonse François marquis de). Avis cependant aux « rois » et aux « reines » d’aujourd’hui : le moment est venu de se mettre à réfléchir : le coup de la brioche, on nous l’a déjà fait !

Les bio-carburants, on l’a vu ces jours derniers, ça a été vite réglé : s’il faut un champ par bagnole, et si on compte que les engrais nécessaires, c’est du pétrole sous une autre forme et que l’eau qu’il faut amener, c’est aussi, essentiellement, du pétrole… Même chose pour le moteur à hydrogène : liquéfier l’hydrogène c’est, une fois de plus, du pétrole !

Permettez-moi donc de mettre les points sur les i à propos de cette question de l’écologie : nous sommes une espèce dure de comprenure mais également tout à fait persuadée qu’un fait est plus fort qu’un Lord-Maire. Alors une fois le nez vraiment dans la merde, nous tirerons très très rapidement les conclusions qui s’imposent : le tout-solaire ou la mort !

Partager :

La terre tremble

Je vis dans une région hautement sismique. On ressent très souvent de petites secousses et on craint tous les jours les grands tremblements de terre dont on sait qu’ils viendront.

Je sais que vous pouvez voir ceci en de nombreux endroits. Mais si vous lisez ce blog plutôt qu’autre chose, voici votre moyen d’accès. Vous y verrez la planète où nous vivons dans un de ses mauvais jours : elle dispose déjà d’elle–même d’une capacité à la catastrophe, alors souvenons-nous de ne pas la pousser davantage dans cette voie. Elle est une aussi, et toute vie à sa surface est solidaire. Les victimes auront besoin de nous, la Chine aussi, qui revient de loin. La Chine a besoin de notre compréhension, elle a également besoin de nos critiques mais faisons preuve de sagesse : sachons distinguer l’accessoire de l’essentiel.

Partager :